Les tours à la Défense
J'aime bien vivre dans ma tour :
Ma tour n'est pas si haute que celles de la Défense, pas si belle, pas si bien placée, pas si loin. Elle est mieux intégrée à mon paysage, je suis contente qu'elle ne soit pas si géante, car il me faudrait deux vies pour en connaître les locataires ! Dans ma tour, les locataires changent souvent, à peine je retiens un nom qu'il faut déjà en avoir un autre dans la tête, mais le principe reste le même : quand je rencontre un locataire, je dis bonjour, un sourire (avec le masque, j'ai les yeux qui plissent), ça suffit pour dégeler la glace...
Quand on commence à se reconnaître, à se connaître, on devient plus bavards, après la météo, le virus, on saute à pieds joints dans l'intime : prenez soin de vous, restez prudents... On devient des amis de palier, d'étage, de balcon, il y a toujours quelque chose qui nous rapproche... C'est pas le Paradis non plus, comme partout, il y a les mauvais coucheurs, les silencieux, les irresponsables, ceux qui ne veulent rien savoir, qui ne sont jamais au courant de rien... Ceux qui salissent et qui ne nettoient jamais les traces de leur passage... Ceux qui font du bruit, qui ne tiennent pas leur chien en laisse, ils font aussi partie de ma vie...
Deux fois, j'ai passé une heure à bavarder avec intensité avec une personne que je ne connaissais pas du tout, l'ascenseur était en panne et nous avons attendu le dépanneur, ça crée des liens à jamais... Nous n'avions ni l'un ni l'autre de téléphone portable, chacun descendait sa poubelle et avait gardé juste la clé dans sa main...
Les tours de la Défense
Moi j'aime bien vivre dans une tour, une tour de Babel, c'est encore mieux, je vis en plein dans la mixité, les différences : des âges, des couleurs, les bonnes et les mauvaises humeurs c'est partout pareil, pas besoin d'être différents pour ça, mais la plupart du temps, presque toujours, les gens sont gentils, un peu timides, plus que moi : bonjour madame, monsieur, les jeunes, les enfants y ont droit, ils sont contents...
L'âge donne des primautés pour la politesse, le sourire, il suffit d'actionner les bons réflexes et ça roule tout seul ! Très souvent, en réponse, on m'a dit : prenez soin de vous madame, soyez prudente...
Cet après midi, ma voisine qui vient d'avoir un bébé m'a téléphoné pour m'inviter à aller faire un tour au parc avec le petit. Ah, merci beaucoup, mais j'attends une amie pour le thé ! La prochaine fois, avec plaisir...
Quand on a perdu ses clés, laissées pendantes à sa boîte aux lettres, on les retrouve, ça c'est le fin du fin, qui fait toujours mon admiration... Souvent, des locataires laissent les livres qu'ils ne veulent plus près des boîtes aux lettres, en dix minutes chrono ils disparaissent...
Tout le monde nous envie notre tour, vue imprenable, près du ciel, pas loin du métro, des commerces de proximité, on fait des jaloux, balcons à tous les étages, gardienne adorable, et un abricotier en bas des marches. Aux alentours, tout est moche, sauf la cité pavillonnaire, petit ilot d'autrefois avec jardins grands comme six lutins en faïence rouge et bleue avec pois jaunes...
Pourtant ce matin, en bas de ma rue, j'ai fait une grande découverte, mais je n'ai pas pu prendre de photo, je n'ai pas osé, terrain trop inconnu. Une porte ordinaire, presque dissimulée, donnant sur la rue, était restée ouverte pour des travaux intérieurs, j'ai passé mon nez, et trouvé un mini village de campagne, composé de quelques petites maisons à deux étages et des escaliers extérieurs, une dizaine de locataires/propriétaires devaient les habiter, la petite rue/cour intérieure qui longeait ces quelques maisons individuelles (deux ou trois) était faite de beaux pavés anciens, des fleurs en pots tout du long faisaient une haie d'honneur pour quiconque y passait, j'y suis passée...
J'espère pouvoir y revenir au printemps ! Voilà tant d'années que ce paysage se cache à mes yeux... Je suis contente d'avoir osé pénétrer dans ce petit village de trois ou quatre maisons, ignoré de tous...
Le chemin/cour du petit village est exactement comme ça
Je guette aussi un portail donnant sur la rue, toujours fermé, où pousse un grand marronnier, je rêve de pouvoir le photographier, je l'aperçois du haut de ma tour...
Le passage Vivienne, derrière le Palais Royal (mon chouchou) :
Le passage plein des scintillements de Noël
Ah ! Voilà un bon prétexte pour filer sur Paris, ça fait des mois, presque des années, que je n'avais mis les pieds au cœur de Paris, j'avais besoin d'urgence (mais ça pouvait très bien attendre) de quelques feuilles séchées pour mes infusions, un des derniers herboristes de Paris y tient encore une petite boutique, toujours grouillante de monde, juste derrière le Palais Royal, belle occasion pour foncer, pas trop vite quand même, mais avec gourmandise...
L'occasion rêvée de voir ce qui avait changé, de prendre l'air de Paris, à des heures où les gens sont au travail... Tiens, une fermeture est annoncée, mais dans l'ensemble les commerces ont bien résisté dans le passage, chez le marchand de fleurs artificielles, c'est le printemps, la végétation s'accroche à tout, ça ne gèle jamais dans le passage !
La végétalisation en marche
Chez le marchand de tableaux, de l'humour, toujours de l'humour, ça fait plaisir à voir...
Talent et humour
Le grand marchand de châles, si beaux, qui m'ont si souvent fait rêver, est debout également... Illuminé !
Il est là, et bien là !
La librairie Jousseaume, très ancienne (fondée en 1826), qui propose des ouvrages datant des 19e et 20e siècles, la marchande de fleurs en papier, guirlandes en papier, objets en papier, ici, tout est en papier... Ces belles boutiques rutilent, bravo !
La librairie ancienne Jousseaume (intacte)
Quelle belle petite balade, j'ai vite rangé mon appareil photo, trop froid, un peu étourdie, comme si je sortais de prison, l'air libre me tournait la tête... Mais le froid tenace me faisait presser le pas, pas assez chauds tes vêtements, ma fille, plus l'habitude. Chez l'herboriste, j'ai réglé mon achat d'un coup de carte bleue magique, et ziiiip le sans contact ! Un si petit paquet pour une si belle promenade, le jeu valait bien mes trente-six chandelles !
Et toujours le Covid :
Le jour du marché, je prends des nouvelles par ci, par là, oh ! Des belles tulipes, prenez-les, elles durent quinze jours, des rouges, ma femme n'est pas là, elle a attrapé le virus qui l'a rendue très malade, elle a failli mourir ! Elle ne voulait pas se faire vacciner, maintenant, c'est dans la tête qu'elle est vaccinée... Et il faisait tourner son index à sa tempe : elle a bien réfléchi ! Bon dimanche, bonjour à votre dame !
Elle avançait à pas rapides comme d'habitude, je savais qu'elle avait attrapé le virus au début du confinement, il n'y avait pas encore de vaccin, maintenant elle avait des séquelles sérieuses : vous savez, il y a "avant et après" le virus, une partie de mon poumon est calcifié, foutu, l'autre n'est pas en très bon état, je fais cinquante mètres et je suis essoufflée... Vous savez, j'ai 84 ans, j'ai l'âge de mourir, on ne va pas pleurer sur mon sort, un enfant sous oxygène c'est ça qui n'est pas normal...
Moi, j'entendais sa culpabilité, être encore là "à mon âge", c'est cette idée qu'elle défendait : excusez-moi de vivre, je n'ai plus l'âge, je sais ! Terrible, cette culpabilité de se "sentir" encore en vie, alors que d'autres plus jeunes y passaient, j'avais envie de pleurer, je connaissais son énergie, sa gaité, sa gentillesse, sa bonne santé "avant le covid". Mais voyons, c'est super que vous ayez repris la gymnastique, il y a encore de belles années à vivre, passez un bon dimanche, moi je vous trouve en pleine forme et j'en suis très contente ! Vous êtes magnifique ! Nous avions la banane sous notre masque, nos yeux étaient rieurs !
Mon fils, ma belle-fille ont attrapé le virus pour la 2e fois, ils étaient bien vaccinés, c'est passé comme une lettre à la poste, juste deux jours de toux et de fatigue et on n'en parle plus... Quel bonheur !
Mes amis, à bientôt, par petites doses je vais reprendre le cours de mes aventures, on verra bien !
En attendant, restez prudents, il court, il court sacrément, gardez masque et gel... Je vous embrasse.