lundi 9 juillet 2018

Les coups de téléphone et l'image pieuse...


La Visitation, vidéo - 2001- Bill Viola (1951) à droite - Le Visitation -1528-1529  Pontormo (1494-1557) à gauche

Une sublime image pieuse reste (pour moi) celle créée par un peintre extraordinaire de la Renaissance, Pontormo, encore visible dans l'église de Carmignano (Toscane), que je n'ai malheureusement jamais vue en vrai, et la "revisite" qu'en a faite Bill Viola, ce génial vidéaste américain, que j'ai eu la chance de voir en 2001 dans l'église Saint-Eustache de Paris. Je ne l'ai jamais oubliée... Elle reste un très grand moment d'art, plein d'émotion et de joie pour moi...

Je suppose que ce n'est pas cette image que je vais recevoir par la poste... Mais de quoi parles-tu, Danielle ?

Ce matin, une de mes amies m'a appelée au téléphone pour prendre de mes nouvelles, un appel est toujours pour moi un bonheur et un privilège, même au bout de 1000... fois. Danielle, as-tu a reçu ma carte postale ? Cette amie choisit toujours ses cartes postales avec un art renouvelé, chaque envoi est une découverte, une harmonie, un point de vue nouveau, une marque d'attention affectueuse, bienvenue à l'ère d'internet, elle reste une nécessité pour elle et pour moi. Non, je n'ai rien reçu encore, zut, attendons lundi. Je me disais en même temps : pourvu qu'elle ne se soit pas perdue, elle doit être si belle ! Chaque fois que j'en reçois une qui me vient d'elle, je la laisse exposée sur un meuble, une table, à vue, jusqu'à la prochaine... Danielle, je t'ai déjà donné une image pieuse ? Ah non ! Bon, je vais te l'envoyer par retour, je suis donc en attente aussi de l'image pieuse, sûrement très belle, même si je doute de son efficacité (mon amie le sait très bien, elle sait depuis toujours que je ne partage aucune religion). Justement, sa pensée est si douce, si profonde, elle m'envoie ce qu'elle est, ce qu'elle pense, ce en quoi elle croit, je reçois ses pensées comme un cadeau... On ne sait jamais, elle vont m'aider à poursuivre ma route avec soleil et grâce, pourquoi pas ! Merci mon amie... Demain matin, pas question de louper le facteur ! Comme elle allait à la messe, elle fera une prière pour moi, merci mon amie, vous voyez comme je suis bien entourée... Des anges et des images pieuses pour une mécréante... C'est beau !



Ce dimanche est mon jour de chance, une autre amie m'a téléphoné et m'a laissé un message  : "je te rappellerai juste pour te dire ce que nous avons pu oublier de nous dire la dernière fois, une mise à jour"... Un coup de fil sans logique, sans but précis, simplement le plaisir partagé, l'amitié...

Comment est-ce possible de n'avoir pas entendu la sonnerie ? J'ai essayé de m'appeler avec mon téléphone fixe, la sonnerie marche parfaitement, claire et sonore... Mais bien sûr, j'étais dans ma douche, je n'ai rien entendu... J'espère !

Mes amies, que vous me donnez de contentement : l'image pieuse, la carte postale, le coup de téléphone, que des signaux d'amitié et de chaleur humaine... Merci !

Je n'oublie pas, je vous tiens au courant du reste... 

vendredi 6 juillet 2018

Hommage à Claude Lanzmann auteur du film Shoah !


Claude Lanzmann (1925-2018) Une vie pour la mémoire.

Avec sa disparition, je suis persuadée que son oeuvre, dont le mémorable documentaire, monumental  (9h) consacré à l'extermination des Juifs de l'Europe de l'Est par les nazis, Shoah, fera parler de lui dans l'histoire.

Son exigence de vérité, contre le mensonge et l'oubli restera pour toutes les générations...

Avec lui disparaît un grand artiste, qui a donné au monde des images et des voix exceptionnelles de vérité... L'émotion est dans chaque plan... Je suis très triste !

ARTE lui rend hommage en programmant l'intégralité de son film, Shoah, dans la nuit du samedi 7 juillet au dimanche 8/07.

Je vais essayer de tenir...

Mes amis à très vite sur mes lignes...Il fait beau, le soleil brille !

mercredi 4 juillet 2018

En attendant mon nouvel ordinateur...


Étude d'aile d'oiseau (Aile d'ange) Albrecht Dürer (1471-1528)

Je suis placée sous la protection des ailes d'anges de mes deux fils ! Tu as rudement de la chance , Danielle... Oui !

Le premier ange a déjà sélectionné pour moi la meilleure bête du marché, correspondant à mes besoins qui sont légers, il s'occupe de tout, il se tient prêt... J'ai juste à faire le virement correspondant... Facile.

Le deuxième ange m'a proposé de récupérer mon disque dur et me faire reconditionner un ordinateur par un spécialiste de sa connaissance... Pas si facile. Affaire à suivre...

Les deux anges se mettent d'accord pour mettre en route ce qui sera le mieux et, pourquoi pas, le moins cher pour moi.

Je suis aux anges !

Donc, je n'attends que des bonnes nouvelles. Quand votre ordinateur vous lâche, c'est fou ce que vous apprenez de trucs, qu'il fallait faire avant qu'il ne se scratche... 

- Mais maman, voyons, pourquoi tu n'as pas sauvegardé tes fichiers ? Il faut toujours sauvegarder ses fichiers...
- Tiens, c'est bizarre, tu n'as pas dû faire la bonne manœuvre pour la sauvegarde de tes images sur iCloud, il en manque ?
- Il a quel âge, ton ordinateur, il est vieux, non ?
- T'as pas besoin d'un appareil compliqué ?
- Tu devras acheter un disque dur externe pour tes nouvelles sauvegardes, il ne faut pas oublier !
- Vous vous rendez compte que que vous êtes une ignare en informatique que vous utilisez depuis des années et des années...

En attendant la solution idéale, je vais changer de sujet, nous attendrons un peu pour terminer la visite des murs peints de Vitry.

Je vais vous raconter deux petites histoires courtes : petites musiques de nuits...

Un soir que j'étais allée dîner chez un de mes deux anges, il m'avait proposé de me faire raccompagner chez moi par un taxi pris en bas de chez lui, rapide, confortable, et de surcroît une belle petite balade dans Paris... La chance ! Bien sûr, la chance, la grande chance !

Bonsoir monsieur, bonsoir madame, il avait vu que ma petite-fille m'avait accompagnée jusqu'à la voiture, baisers, rentre bien, mamie, on s'appelle très vite, et elle avait enfourché son vélo...

Et nous voilà à parler de la famille... Des fois, les amis, c'est comme la famille, il avait un petit accent du sud, il fallait que je dresse l'oreille... C'est vrai, monsieur, vous avez raison, il me complimenta sur la gentillesse de ma petite-fille et reprit son récit : chez moi, je connaissais une dame un peu âgée que j'aimais comme ma mère, gentille, adorable, on passait tous les jours voir si elle ne manquait de rien, ses enfants ne venaient jamais la voir, ou très rarement. Elle était de toutes nos fêtes, elle faisait partie de la famille.

Un jour, elle gagna à la loterie une grosse somme d'argent, mais vraiment grosse, 400 000 euros, vous voyez !


Image empruntée sur internet

Alors là, on a vu revenir ses enfants pour les visites, chacun en voulait un petit bout. La dame invitait tous ses amis à manger, elle était contente... Un jour, elle fut hospitalisée, personne ne venait la voir, nous y allions avec mes frères, j'ai téléphoné à ses enfants pour leur demander de venir voir leur mère, et je me suis fait engueuler ! Ah bon ! Vous vous mêliez de ce qui ne vous regardait pas, sans doute ? Exactement, je leur ai dit qu'il fallait venir, elle n'allait pas bien du tout...

Malheureusement la dame est morte peu après, c'est triste, je l'aimais beaucoup, comme une mère qu'on aime, voyez, ma voisine était très importante pour nous... Je n'ai plus revu ses enfants, ils ont dû se partager le magot... Oui monsieur, c'est comme ça que ça se passe, trois petits tours et puis bonsoir...

J'étais arrivée à destination, je n'avais pas vu le temps passer, ni le paysage, nous avions parlé tout le temps d'argent et de sentiments... Nous savions tous les deux que s'aimer, s'estimer, se considérer, c'était bien plus payant. Nous le savions. Au revoir, madame...



Berthe Morisot  (1841-1895)

Un autre soir, toujours en visite chez  le même ange, je devais rentrer avec un taxi, un jeune gars bien sympathique : Vous savez, une mère, c'est plus que tout, elle vous a tout donné, elle vous a porté, vous voyez ? Oui, oui, je vois, j'ai de la chance d'avoir deux fils si gentils et aimants. Ah oui madame, chez nous c'est très important, nous on est beaucoup d'enfants et on fait toujours attention à notre mère, c'est comme ça. Ma femme, elle le sait, quand ma mère est là, c'est elle qui compte le plus. Votre  femme, qu'est-ce qu'elle en dit ? Elle ne dit rien, elle le comprend très bien, elle fait pareil avec sa mère ! Une mère, c'est sacré !

Pas la peine de chercher à nuancer, avec le jeune chauffeur je n'avais pas vu le temps passer, ni le paysage... J'aurais eu beaucoup de choses à redire, mais j'ai préféré écouter... Bonsoir madame...


Patience et longueur de temps, en attendant le deuxième épisode de la virée de Vitry et le mystère du verre d'eau chez l'habitante...

Passez un bon week-end plein de soleil.

dimanche 1 juillet 2018

Ma machine a rendu l'âme !


Panne d'ordinateur ! Disque dur, carte graphique ? J'ai beau appuyer sur ses boutons, rien ne répond...Mes amis, mes visiteurs, patientez...De temps en temps, revenez entre mes lignes...

En attendant je vous souhaite de belles balades d'été, des découvertes, et de la sérénité au cœur...

Toutes mes amitiés d'été... Vite, vite retrouvons-nous pour mes suites de mots et d'images...

jeudi 28 juin 2018

Les murs peints de Vitry Sur/Seine (1)


Les magnifiques HLM "Les étoiles", de l'architecte français Jean Renaudie (1925-1981), à Ivry-sur-Seine


Nous avions prévu d'aller à Vitry-sur-Seine, et nous avons atterri à Ivry ! Oui, nous nous sommes trompées de station de métro, mauvais aiguillage, mais il nous en faut plus pour baisser les bras !

Mairie d'Ivry, tout le monde descend. Dès la sortie vous tombez nez à nez devant, ça fait plaisir : les terrasses en étoiles plantées d'arbres, les fleurs et les arbustes qui dépassent, vous ne pouvez pas vous tromper : vous êtes devant l'ensemble de logements sociaux imaginé par l'architecte français Jean Renaudie, inauguré en 1972. Le projet était à l'initiative de l'Office Public d'HLM d'Ivry. Cet ensemble architectural, appelé maintenant "Les étoiles de Renaudie", a une renommée internationale. Il répondait à une forte demande de logements de la Région Parisienne, et à la restauration d'un quartier jugé en partie insalubre. Pour la municipalité, il s’agissait également de démontrer sa capacité à transformer son cœur de ville en lui donnant une forte image de modernité, mais sans trahir ses principes fondateurs, notamment la place accordée au logement social.



"Les étoiles"- Jean Renaudie (1925-1981)

Je me souviens avoir visité l'appartement témoin quand je travaillais dans un cabinet d'architectes de Paris. Tout le monde était "sur le cul" : ça ne va pas marcher, les terrasses pleines de terre,vont fuir, il n'y a pas assez de murs pour mettre ses meubles, les logements étaient en pointes... Aujourd'hui, nous savons que tout marche bien. J. Renaudie avait mélangé dans la même structure à plusieurs étages, en béton : commerces, logements, équipements sportifs... Moi, je trouve qu'il y a beaucoup trop de circulation aux pieds des immeubles... Mais le reste est superbe !


"Les étoiles" - Jean Renaudie (1925-1981)

Il faudra y revenir... Vous avez remarqué que je n'y reviens jamais... Il y a tant de choses à voir... Une idée pousse l'autre...

Donc, pour aller voir les murs peints de Vitry, il nous à fallu faire marche arrière, reprendre le métro, et l'autobus... Allez, courage !

Notre GPS favoris était les passants, les habitants du cru, et pour finir le MAC/VAL (Musée d'Art Contemporain du Val de Marne) de Vitry, qui nous mit définitivement sur la voie du street Art que nous étions venues voir...

À aucun moment nous n'avions désespéré de trouver les murs colorés que nous cherchions. Pile au milieu du carrefour de la Libération,(en plein travaux), en face du MAC/VAL, nous avons vu cette belle sculpture de Jean Dubuffet, un peu salie par le temps, mais toujours belle, en mouvement, reconnaissable entre toutes... J'espère qu'il donneront un petit coup de jet d'eau pour la nettoyer en partant. L'Oeuvre ne craint rien puisqu'elle est faite avec des matériaux solides : résine époxy armée de fibre de verre et peinture polyuréthane.


Chaufferie avec cheminée - sculpture - Jean Dubuffet, peintre, sculpteur, plasticien, écrivain français (1901-1985) 
Dubuffet a été le premier théoricien, et le plus important collectionneur, d'art brut

Allez, allez, nous y sommes presque, nos appareils photo autour de notre cou, prête à tirer... Quelle belle aventure, la découverte des cités urbaines...Ça faisait très très longtemps que je n'étais pas venue par ici, je n'ai rien reconnu...

Regarde, il y a du rose là-bas... Oui, mon amie avait des yeux de lynx, elle sentait les choses, nous sommes tombées dans une cité pas très radieuse, mais colorée dans le bas des immeubles, les portraits :


Beaudelaire - Place Jean Vilar -Vitry - (Orticanoodles, nom qui cache deux créatifs milanais Wally et Alita qui travaillent le pochoir) 


Christiane Taubira - C215 (Pochoiriste français, Christian Guémy -1973 - vit à Vitry)


Renaud - C215 (1973)


Bernard Tapie - C215 (1973)


Yannick Noah - C215 (1974) Ivry-sur-Seine


??? C215 (197) Aidez-moi à reconnaître ce visage ?


??? C215 Je ne reconnais pas non plus ce monsieur, help me !

Mais Danielle, pourquoi tant de C215 sur les murs ? Pas difficile à comprendre, l'artiste habite juste la maison d'en face, nous dit une petite bande de jeunes qui discutaient sur place... Coup de gueule de l'artiste, quand plusieurs de ses œuvres ont été volées in situ !

Il a donc exercé son talent sans modération... Il y avait plein d'autres artistes du Street-Art sur cette place Jean Vilar, les bas des immeubles regorgeaient de couleurs, des grands et des petits noms, des indéchiffrables, il y avait de la place pour tout le monde. Je ne sais pas si les habitants du lieu avaient été associés à cette débauche de couleurs, d'idées lumineuses, les techniques et matériaux étaient très divers : pochoirs, papiers collés, fresques, bombes... 


Servos (39 ans), le dessin est magnifique, plein d'humour


A1One, pseudonyme de Karen Chashad (né en Iran en 1981). Il est l'un des pionniers de la scène de l'art urbain dans le Moyen-Orient, depuis 2012 il vit en Allemagne


Alice Pasquini - (1980, née et vit à Rome) 
Scénographe et illustratrice italienne, une des rares femmes qui est mondialement 
connue dans le monde dans l'art du graffiti


Nous avons avancé dans notre parcours qui n'en finissait pas, heureusement il ne faisait pas trop chaud, nous 
poussions des cris à chaque découverte, nous demandions aux passants s'ils connaissaient d'autres murs peints,
les doigts se tendaient vers la gauche ou la droite, tout droit même... Nous n'étions pas au bout...
Jamais nous n'avons pensé à boire un petit café dans un bel estaminet, comme nous aimons le faire dans nos
promenades, pas le temps, pas le temps, nous voulions tout voir... Tout voir... Bien sûr, nous n'avons pas tout vu. 

Il faudrait qu'on y revienne... Mais nous n'y revenons jamais...

Rendez-vous sur mon prochain post à la poursuite des couleurs, et le verre d'eau chez l'habitante...

samedi 23 juin 2018

Les nouvelles... Les moins bonnes (2) Illustrations végétales (photographiées dans mon agenda annuel de la BNF)



Fleurs de saison

Les choses de la vie un peu tristes :

Quelques fois, nous nous perdons de vue pendant des mois, des années, et puis tout à coup, nous nous retrouvons à tout bout de champ, dans la rue, deux, trois fois par semaine... C'est étrange... Nous reprenons alors notre conversation favorite : la vie et son cortège de bonheurs et de désillusions, crispations, douceurs, exaspérations... Qu'y pouvons-nous, ma chère Adeline, qu'y pouvons-nous ? Elle attaque son récit toujours avec élégance, sourire, elle réfléchit beaucoup et prend son temps pour trouver les mots ciselés sur son expérience, pour mieux se faire comprendre, elle reformule ses impressions et garde toujours le sourire... C'est Adeline !

J'adore qu'elle me raconte ses histoires, elles tournent toujours autour de sa vie de tous les jours, et tous ses jours sont très intéressants. Tu comprends, Danielle, je ne me laisse plus faire. Fais ceci, ne fais pas cela, je me sentais toujours obligée obtempérer, et puis un jour j'ai décidé qu'il fallait que je change. Ça ne s'est pas fait en un jour, j'ai pris mon temps, de victime je suis passée à : j'existe pour moi-même, agissante, et ça m'a changé la vie. Ah bon ! J'imagine... Raconte... Oui, j'ai décidé de prendre de l'épaisseur, pas en poids, tu vois, mais en présence, oui, oui, je vois très bien. Mais tu sais, il est devenu très gentil, toujours rouspéteur mais gentil, il fait plus attention à moi, mais reste difficile à vivre... Pour moi, le divorce est impossible, impossible... Je fais avec ce que nous sommes, et puis tu sais, il est très généreux avec nos enfants, tu vois, quand il fait un chèque il met plusieurs zéros après le premier chiffre... Elle était admirative... C'est bien, ça, Adeline, il faut bien qu'il ait des qualités, ton homme... Nous rions...

Depuis tant et tant d'années que nous nous connaissons, je l'avais vue reprendre du poil de la vie, plus gaie, plus passionnée sur tout, elle aimait la lecture par dessus toutes autres choses, la broderie aussi. En ce moment je ne lis plus, j'ai mal aux yeux, je ne sais pas, ça me pique, j'ai mal à la tête, j'ai un glaucome... Et Maupassant, Adeline, reprends Maupassant que tu adores, ses courtes histoires devraient suffire à ne pas énerver tes yeux, tu vas te régaler... C'est une idée, je vais reprendre Maupassant... Et puis, les vagues de nos paroles sont reparties vers d'autres rivages... Cette fois-ci, c'était l'exclusion : moi, je ne comprends pas ça, elle parlait d'un couple d'homosexuels qu'elle connaissait et qui s'était mariés, malgré le grand scandale causé dans leurs familles, un truc, tu ne peux pas imaginer, ils étaient montrés du doigt, on disait partout : tu te rends compte, ils ont osé, c'est pas normal. Eh bien, le curé du village (Portugal) est venu à leur mariage, elle riait, trouvait que la chute de l'histoire était belle, oui Adeline, belle ! Mais de quoi se mêlent les gens, qu'est-ce que ça peut leur faire, la vie des autres, moi je considère que les homos sont d'abord des personnes comme les autres, comme les autres... Elle venait de loin, Adeline, elle venait de loin... De très loin... Comment vont tes enfants ? Très bien, je file faire des courses... À la prochaine... À très vite, j'espère...


Fruits de saison


Ceux de mes lecteurs qui suivent mes fantaisies depuis un moment savent que je suis une fille des rues, si vous saviez ce que les gens m'ont raconté sur les trottoirs, quand le moment se présentait : les confidences, les chagrins, les serrements de cœur et de mains... Nous étions alors seuls au monde, par tous les temps, sauf sous la pluie, j'ai entendu des pleurs, des mots si beaux, si poignants, nous nous consolions comme nous pouvions, car dans les histoires des autres nous nous retrouvons si souvent...



L'abricotier de notre immeuble l'année dernière


Cette année, nous n'aurons aucune récolte, pas un seul abricot ne pousse sur notre arbre municipal, il a subi les coupes de l'élagage avec pansement rouge aux cicatrices des grosses branches, il se remet lentement... Il est tout en feuilles, en boule, gracieux, bien vert, moins haut, une santé de fer, il se prépare pour l'année prochaine, nous serons à son chevet jusqu'à la nouvelle récolte... Je vous tiendrai au courant... Nous avons coupé les petits arbustes de la jardinière en dur au bas de nos escaliers, maintenant c'est dit, notre office nous abandonne (à notre demande) le soin de tout ce qui pousse en bas des marches. Nous avons aussi replanté trois plantes vertes dans le bac de notre hall d'entrée qui avaient été volées, une par une, nous restons surpris de voir que tout va bien, tout le monde s'en occupe, un peu d'eau par-ci, un peu d'eau par-là, elles vont finir par avoir des hauts-le-cœur tellement elles auront bu...


Alice ! Fleur parmi les fleurs, très fière de poser !

Alice ! J'y viens (ma chère voisine dans sa 104e année)

Elle s'était cassé le bassin au cours de son voyage chez son fils dans le sud, la voilà revenue en maison de rééducation, tout près de chez elle, nous sommes allées la voir, et l'avons trouvée assez pimpante. Elle fait le tour de son l'étage deux fois par jour minimum avec son déambulateur, elle ne souffre de nulle part, allez hop ! Le kiné la trouve très en forme... Elle ne se plaint pas, on mange bien, les gens sont très gentils, sa voisine ne lui parle pas car elle est sourde et ne veut pas porter d'appareil, elles se sourient simplement, se font des signes... C'est un peu triste... Pendant toute la visite, dans le petit jardin, dans l’ascenseur et dans le hall d'entrée, je regardais à droite et à gauche les résidents en chaise roulante, la tête penchée, les idées ailleurs, l'endroit était sinistre... Alice, revenez vite, ne restez pas là-bas, on vous attend, vous nous manquez sur notre palier... Tout l'immeuble vous réclame !


Légumes de saison

Encore une mauvaise nouvelle du jour !

Bien installée dans l'autobus, dans le sens du  paysage en marche, j'allais au cinéma dans le quartier d'à côté, il y avait du monde, du monde, il n'y a jamais assez d'autobus, ils sont tous pleins à craquer. Une petite dame, bien mise, coquette, bien maquillée et souriante avec son petit caddy sur le côté, s'est assise en face de moi, voyant les voyageurs monter : femmes voilées, noirs, bronzés... Se penche vers moi et me dit assez discrètement : nous sommes envahis ! Je l'ai regardée interloquée, je suis restée bouche bée, je n'avais plus de voix pour parler, j'ai changé de place... Elle doit se demander encore pourquoi !

Prochain post les murs peints de Vitry-sur-Seine, j'ai adoré... Je partage...

jeudi 21 juin 2018

Les nouvelles... Les bonnes et les moins bonnes...(1)



L'affiche du film, d'Alexandre Messina

On ne sait jamais comment les énoncer, les bonnes d'abord, ou les mauvaises ? Vas-y Danielle, fais comme tu peux...

Les bonnes nouvelles, avec un film :

Alors je commence par les bonnes, les bonnes surprises : un film qui donne du bonheur, de l'émotion, un documentaire incroyable, qui nous raconte une aventure exceptionnelle. PERCUJAM, un film sorti très récemment, avril 2018, et pas distribué, une seule salle à Paris le propose. Il mérite mieux que ça, j'ai eu la chance de dire au réalisateur : Bravo, votre film est merveilleux !

Imaginez, un groupe d'autistes lambda et leurs éducateurs qui fabriquent le projet de monter un spectacle de musique déjantée, ils composent tout, absolument tout, paroles et musiques, qu'ils interprètent, ils sillonnent la France avec ce spectacle, des grandes salles les accueillent, ils ont un succès fou !

Dans le centre où habite tout ce petit monde, Alexandre Messina n'élude pas la vie quotidienne avec les éducateurs, les réunions où se règlent le déroulement des journées, les tensions, les angoisses, les : j'y suis - j'y suis pas, et le travail musical. Les gens sont ce qu'ils sont, c'est à dire des autistes patentés, tous différents, insupportables, attendrissants, musiciens, artistes, tellement sincères et enthousiastes... Ils expriment leurs états d'âmes directs, sincères, pas question de tricher. Ce film n'est pas un film sur les autistes, c'est un film sur le montage d'un spectacle !

Les spectacles s’enchaînent, Alexandre Massina nous sensibilise à l'envers du décor : les difficultés, les hésitations, les regrets, les timides, les excités, et puis le spectacle superbe, moi je m'en foutais un peu que les artistes soient autistes, j'avais seulement envie d'en voir plus de leur spectacle, comme n'importe quel autre, ils mettaient le feu sur scène, des belles voix, des belles paroles, des belles parties musicales, ils étaient dans l'essentiel, donner du bonheur au public. L’enthousiasme du public me donnait envie d'y être, d'en entendre d'avantage.

Un grand moment de bonheur, merci les artistes !


Le superbe documentaire de Nicolas Philibert (1995)

Je me souviens du film merveilleux : "La moindre des choses" de Nicolas Philibert (1995) réalisateur génial de grands documentaires : dans un centre psychiatrique de La Borde, soignants et malades répètent une pièce de théâtre, une troupe de théâtre professionnelle vient spécialement pour les répétitions avec les résidents. Ce documentaire n'est pas un film sur la folie, c'est un film sur le partage, la douceur, la détermination d'aboutir à monter ce spectacle de fin d'année... Je fais un grand parallèle avec celui d'Alexandre Massina, les mêmes douceurs, le même respect dans les deux films, il arrive que l'on confonde les soignants, les éducateurs et les patients, participants. Deux réalisateurs très très talentueux !


La suite des belles nouvelles, avec un concert :





L'ensemble de chanteurs au grand complet (Lisbonne)

Un beau concert de quartier. Ah, bon ! Oui, un très beau concert dans le cadre des rencontres chorales 2018 de Seine Saint Denis. Pendant deux heures, que du bonheur !

Un groupe de voix d'hommes portugais, une vingtaine des jeunes étudiants (doctorants, ingénieurs d'un institut technique supérieur) qui déboulaient directement de Lisbonne, tous en tenues noire, guitares, mandoline, tambours, tambourins et belles voix dans un programme de chants traditionnels et populaires. Participait aussi un ensemble vocal composé de 12 chanteurs professionnels de très grande qualité, Soli-Tutti dirigé par un chef (Denis Gautheyrie) qui défend depuis 30 ans la création contemporaine. Un autre chœur de Montfermeil, dirigé par Jean-Philippe Dequin, fit merveille, précis, émouvants, un beau répertoire.

Un grand moment de bonheur ! Merci les artistes !

Des bonnes nouvelles, comme s'il en pleuvaient avec les visites dans les galeries d'art : des artistes de tout premiers plans.

- Jan Fabre (plasticien) - Galerie Templon
- Bill viola (vidéaste) - Galerie W
- Pierrick Sorin (vidéaste) - Galerie W
- Fabien Chalon (maître des mystères, boîtes magiques) - Galerie W

Incroyable ! Tant de grands artistes en une seule journée, l'immense joie de voir, revoir le très grand vidéaste Bill Viola, connu du monde entier, à juste titre. Ses œuvres non seulement sont belles et émouvantes, mais elles nous font réfléchir, elles nous engagent à aller plus loin que l'apparence, plus loin que l'indifférence, il nous conduit dans des zones qui me touchent : la solidarité, l'humanité, la bienveillance et l'indifférence...  Une sorte de déluge biblique à la Géricault. Vous voyez ? Attendez de voir...




Vidéo de Bill Viola - artiste américain (1955) - Tempest - étude pour le radeau - 2005... Durée de 
la vidéo 16'50''

Un groupe de gens s’installent devant nous, laissant un grand vide sur la droite...



Petit à petit le groupe grossit, les gens se rassemblent et restent indifférents à leur voisin, un homme et une femme lisent, la femme en pantalon, au centre, regarde le spectateur, il forment une grande fresque classique, en rupture de communication...




Quelques seconde plus loin, la femme en bleu se retourne légèrement... L'action se prépare


Puis, imperceptiblement, le groupe bouge avec une quantité de tout petits gestes, que l'effet spécial du ralenti met en valeur, il faut les suivre avec attention, les deux femmes se reconnaissent et se parlent... Le lecteur continue de lire...



Tout à coup, un déluge soudain s'abat sur ces gens, sur les côtés,  ils sont frappés de plein fouet, cèdent à la panique, l'homme du milieu qui n'a pas encore été touché, continue sa lecture... Après moi le déluge, je n'entends rien, je ne vois rien !



Puis tout bascule, la panique gagne le centre, tout le groupe est frappé, désorganisé, effrayé, les gens tombent un par un sous le la force du typhon, des grandes vagues, du déluge... L'eau déferle avec violence...


L'ensemble du groupe s'agite, nous sentons la peur, certains sont à terre, victimes de la catastrophe...




Et nous voyons soudain apparaître les premiers gestes de solidarité, les mains se touchent...


Timidement,  ils se viennent en aide...

Et puis, 16'50" passées, la vidéo reprend... Il ne suffit pas d'un seul passage pour tout voir... 

Bill Viola nous dit : "Ce déchaînement des éléments naturels, s'il les laisse (les gens) échoués et désespérés, les réveille aussi de leur hébétude morale et ravive leur humanité".

L'effet spécial du ralenti augmente la densité de la tragédie, bouleverse nos perceptions, avec un œil d'entomologiste nous pouvons détailler ce qui se joue dans le groupe, et réfléchir...

Une merveille !

Jan Fabre fait son grand retour chez Templon (nouvelle galerie, beaucoup plus grande). La galerie lui a laissé les clés, il a eu carte blanche (elle l'expose depuis l'année 2000) pour l'inauguration des nouveaux locaux, il a fait ce qu'il a voulu et ce n'est pas triste, voyez, je me suis bien amusée...




La petite bête qui monte qui monte (titre de mon cru) Jan Fabre - artiste belge (1958)

Je vous avais prévenus, iconoclaste et imprévisible, un tantinet coquin, mais toujours avec un merveilleux talent,  et de l'humour !!





Matières premières : paillettes de toutes les couleurs... Qu'on se le dise !

Pierrick Sorin :

Que je n'avais pas vu depuis longtemps, un bonheur de le rencontrer avec des petits sujets animés, dans ses boîtes magiques :



Un petit personnage danse sur un vrai électrophone - Pierrick Sorin (1960)


Petit mise en scène avec projection de petits personnages - Pierrick Sorin (1960)


Projection en boîte - Pierrick Sorin (1960)

Les petites boîtes animées, installations vidéo de Pierrick Sorin, artiste français (1960), tour à tour vidéaste, scénographe, metteur en scène : ces petites boîtes sont des merveilles, où l'on voit des petits personnages marcher, danser, sauter dans un espace scénique minuscule, réduit à une boîte. Du rêve, du rêve, du rêve... Et de la poésie !

Fabien Chalon :

Cet artiste, ingénieur en physique nucléaire, est prodigieux, il invente des petites machine-Opéra qui s'animent et racontent une histoire avec son et lumière, extraordinaire créateur d'univers poétiques splendides : les boules roulent, les vapeurs montent, les lumières s'allument, la vidéo démarre, avec le son...

Il suffit d'appuyer sur le bouton de ses machineries extraordinaires et insolites pour que l'histoire vous soit contée,  de la beauté,  et des surprises vous attendent, ses œuvres sont généralement qualifiées de "mécaniques intimes" : le périple dure quelques minutes et il faut appuyer de nouveau sur le bouton pour se laisser embarquer...




La belle petite machine-Opéra qui raconte son histoire - Fabien Chalon - artiste français 


La machine-Opéra rouge qui danse - Fabien Chalon

Les boules activées par les spectateurs circulent à travers d'ingénieux labyrinthes, vous pouvez recommencer autant de fois que vous voulez, il suffit d'appuyer sur le bouton, le rêve est garanti à chaque fois... Dans la machine-Opéra rouge, la danseuse danse et les boulent roulent. Même arrêtées, les machines sont magnifiques, elles nourrissent le mystère et la poésie... Il faudrait que j'y retourne pour faire d'autres photos, pour le plaisir...

La prochaine fois, je termine les bonnes nouvelles et je parle des moins bonnes nouvelles... La roue tourne, à très bientôt les amis...