mercredi 1 avril 2020

C'est le moment de réfléchir !


Les épices alimentaires, sucrées, salées, blanches, rouges, jaunes...

Je frotte, je lave, jour après jour, encore 15 jours de confinement, au moins... Arrivée à l'étagère des épices, je me suis dit : réfléchis, ma fille ! Toutes ces poudres me ramènent forcément aux ingrédients de la vie... Les unes masquent, les autres rehaussent, il faut en mettre un peu, beaucoup, pas assez, où est la bonne mesure, trop piquantes, trop fades, pour les viandes, les poissons, les légumes, les confitures, les compotes... Il faut en mettre à toutes les sauces, comme un peintre, vous prenez vos pinceaux, du plus petit jusqu'aux plus gros, vous distribuez les saveurs, les couleurs... Jusqu'où ? Aurez-vous le temps de toute une vie pour en essayez les nuances les plus infimes ? Vous êtes plutôt salés ou sucrés, poivrés, peut-être ? Ou tout à la fois, à profusion, pas de distinction, j'aime tout ? Combien de fois faisons-nous appel aux épices pour pimenter nos vie ? La note est salée, le propos est piquant, l'amour est doux comme du miel, la moutarde me monte au nez, tes cheveux sont poivre et sel, mais tu n'a pas changé du tout ! Tu sens la cannelle ou la vanille, c'est un délice ! La rose des vents, l'anis étoilé ferait merveille aussi à mon poignet...

Le choix est fait ? Pas sûr, pas sûr du tout, si vous tentez de rapprocher les nuances des épices avec les moments de votre vie, tout se complique... À quelles doses distiller la vérité, le mensonge, l'amour, la confiance, l'amitié ? Parler ou se taire ? Un peu de ceci, un peu de cela, quand on aime on ne compte pas ? Quelques fois même, on a bien envie de verser tout le flacon d'un coup pour sentir bon !

S'habiller en noir, ou en couleurs ? Il faut presque toute une vie pour le décider, plus on vieillit, plus on aime le rouge, le vert, le jaune, non ? Moi, j'ai rarement mis du jaune... Les goûts et les couleurs ne s'opposent pas, mais se discutent, aimablement, ça oui ! Enfin, je crois !


Sur mon petit plateau,  deux tubes ( puis quatre) de poudre de vanille

Pendant mes gros travaux de recluse, étagère par étagère dans mes placards de cuisine, quelle bonne fortune ! J'ai retrouvé deux petits tubes de vanille (ersatz, puisque ce sont des gousses broyées), qui fait illusion dans mes petites tartes sans sucre. j'ai eu toutes les peines du monde à comprendre que "Poudre de gousses broyées" voulait dire : il n'y a pas de grains de vanille, mais juste de la gousse écrasée...

Il y a quatre ou cinq ans déjà, j'allais acheter les gousses fraîches de vanilles enfermées dans des petits tubes de verre, près de la Gare de l'Est, chez les Indiens parisiens qui vendent de beaux costumes de mariage pleins de paillettes et de clochettes, ça brille, ça brille de mille feux... Maintenant, c'est comme partout, ils ne vendent plus de tubes, plus de vanille du tout : trop chère ! Alors vous pensez, retrouver deux petits tubes de vanille broyée derrière les épices, ça fait quand même  plaisir...

Je déprime un peu... C'est normal maman de déprimer, la situation est tellement lourde, triste, affreuse... Tout le monde déprime, tu as raison mon fils... C'est normal !

Il y a du soleil sur mon balcon, confinée avec balcon, je ne suis pas à plaindre, je n'ouvre ma porte à personne, je regarde dans la rue, j'écoute le silence qui monte, les chiens marchent en laisse, il y a la queue à la boulangerie, mètre après mètre chacun sort avec sa baguette sous le bras, comme un jour ordinaire... Combien y aura-t-il de morts ce soir, moins qu'hier j'espère ! À 20h le concert, redoublons de bruits, de bravos, de lumières... Pour eux, ceux qui soignent au maximum avec un minimum de protection... 

Mes amis portez-vous bien, restez chez vous, je vous donne rendez-vous à 20h ce soir...



lundi 30 mars 2020

Vous avez dit solidarité ?

L'image d'un beau projet ! (Image empruntée sur internet)

L'épidémie me fait réfléchir, deux fois plus que d'habitude ! Vous aussi ? Ça tombe bien, on en a tellement besoin... Une amie me disait : je ne comprends pas, il n'y a pas de solidarité dans notre résidence, tout le monde s'occupe de personne ! Pas de sonnerie à la porte, pas de coup de fil : vous allez comment ? Besoin qu'on vous fasse des course ? Je sors donc le moins possible dans les magasins, mais je prends des risques... Mon fils qui est loin me dit : ne sors pas maman, mais comment faire autrement ? Je me suis fabriqué un masque (c'est une bonne couturière), à la prochaine sortie alimentaire je le mets...

Dans ma tour, la solidarité ne va pas de soi, derrière les portes fermées à clé, il faut aller au charbon pour déverrouiller tout ça ! C'est ce que j'ai décidé de faire, avec mon téléphone... Avec une petite affichette, bien rédigée, j'espère, qui dit à peu près ceci : Chers voisins, voisines, souciez-vous de vos voisins, la solidarité rend la vie plus facile, plus chouette, plus généreuse. J'ai collé la solidarité dans l’ascenseur, ça va peut-être donner des résultats ?

(Image empruntée sur internet)

Une amie de la campagne, de la belle campagne du Berry, où j'aime aller tous les automnes, me disait ce matin : tu sais, ici aussi ça manque de solidarité, personne ne vient me demander si j'ai besoin d'aide, c'est comme toi, ma Danielle, dans ta Tour Eiffel ! Donc, la solidarité n'est pas une affaire d'environnement, à la ville comme à la campagne, tout le monde a les mêmes besoins : câlins, attention, gentillesse...

Dans ma prison dorée, je ressens l'isolement, je ne peux même plus renouveler mes petits bouquets de fleurs, glanées dans les rues, une bricole, me direz-vous... Mon fils m'a dit ce matin : je suis presque guéri ! Il a eu le conora, voilà 15 jours qu'il renifle, est fatigué, n'a plus le goût ni l'odorat, sa femme itou, mais en plus elle tousse encore un peu, mais sa respiration est beaucoup plus claire, ouf !... Maman, ne t'inquiète pas, comme je vais carrément beaucoup mieux, la semaine prochaine je t'apporte les amandes qui te manquent, je te les dépose sur ton palier, merci mon fils chéri ! La vie va être plus belle avec fruits secs.

Si la solidarité pouvait se diffuser comme le corona, on ne serait plus obligés de se confiner, de se battre pour la vie de tous, le monde serait bien plus beau, plus d'angoisse, plus de méchants, plus de soucis... Mais Danielle, que t'arrive-t-il ? Tu dors debout, tu as changé de religion ? Déjà que tu n'en avais pas, c'est pas demain que ça va arriver ces rêves-là... Bon, tu as bien raison quand même de commencer par ton ascenseur, bon courage, tiens bon, tu vas ramer un petit peu, mais l'espoir fait vivre aussi...



Emprunt sur internet, bien sûr (solidarité oblige)

Je me souviens (merci G. Perec) d'une petite histoire de solidarité que j'ai vécue et qui remonte à la nuit de mes temps : je venais d'avoir mon premier fils, nous étions rentrés de la clinique avec un taxi, et comme nous habitions au premier étage, la marchande de vin et spiritueux de la porte à côté nous avait vu passer avec le précieux paquet... Le lendemain de notre arrivée, elle est montée toquer à la porte, sans que nous ayons eu le temps de dire quoi que ce soit, elle nous a mis entre les mains une bouteille de champagne, buvez ça à la santé de l'enfant, longue vie à lui, merci madame, merci... Et hop, elle disparut dans l’escalier, sans attendre, sans entendre nos remerciements balbutiés. Un énorme cadeau de bienvenue, royal... Je me souviens très souvent de cet instant, j'étais bien jeune à ce moment-là, j'avais été submergée d'émotion, l'élégance du geste, la beauté du cadeau, je ne les ai jamais oubliés, j'en ai encore les larmes aux yeux en couchant les mots du champagne sur le papier... Nous venions d'arriver dans l'immeuble parisien, nous n'allions que très rarement acheter du vin... Merci madame !




Ces fleurs sont pour la dame du rez-de-chaussée qui a eu ce geste royal il y a des dizaines d'années

Cet enfant-là viendra demain déposer sur mon palier des amandes... Renouvelant dans mon souvenir le cadeau d'escalier, si cher à mon cœur ! Merci, mon fils chéri.

Mes amis, mes confinés du monde entier, tenez bon,  il faut en finir avec l'épidémie, soyons solidaires, restons chez nous !

dimanche 29 mars 2020

Plutôt le matin !!!


Les fruits

Pas de soucis, je vais vous faire vos courses ! Ma gentille voisine, une jeune femme belle comme le jour, a pris mon cabas déposé sur mon palier avec la belle enveloppe contenant : la liste de courses, ma carte bleue (sans contact), et en route, Lucette... Simplissime et solidaire, nous avons convenu de ce petit tour de passe-passe pour 0 contact, 0 risque pour toutes les deux, et le plein de produits frais pour quelques jours pour moi. Merci ma voisine !

Mes fils m'avaient dit : maintenant, maman, tu ne sors plus du tout ! L'île-de-France explose, pas de sorties, pas de courses, pas le nez dehors, en dehors de ton balcon !

Comme vous le savez tous, le cérémonial de la réception des courses demande de l'application et quelques heures d’attente avant de ranger les produits alimentaires, et le tout est de finir en grand lavage de mains, mais vous connaissez tout ça par cœur.

Les oranges étaient énormes, pas celles que je choisis d'habitude, mais justement, c'est pas comme d'habitude, tout le reste allait parfaitement, ma voisine est une fée...

Au matin, les fruits et légumes rincés frottés, j'ai tout rangé là où il fallait, et fait cuire ma soupe pour plusieurs jours.


La soupe, et le fenouil que j'adore

J'avais du pain sur la planche, pas question de jeter un coup d’œil sur les infos de la télé, trop tristes, trop angoissantes, j'ai tourné la page pour quelques heures sur le journal en continu... Je ne peux pas me désespérer trop tôt... Je me suis donc décidée à nettoyer une étagère de plus dans le placard de ma cuisine. "Pas trop vite Danielle, me disait ma voisine : une par une, les étagères,  tu as tout le temps".. Surtout avec le complément de confinement. Oui, mais quelques fois, à penser aux mauvaises nouvelles de l'épidémie, je ne trouve  pas le courage qu'il faut...


 Les instruments d'une passion passagère

Depuis plusieurs jours, j'avais délaissé les étagères des placards, pas de goût, pas l'énergie, pas la vocation... Ce matin je m'y suis remise, à dose homéopathique, demain ça sera : une étagère plus haut ! Ma voisine mitoyenne, que je rencontre à la balustrade de nos balcons, avec distance respectable, me disait : incroyable, depuis que je sais que personne ne rentrera chez moi, je vis en liberté totale, je ne range rien, je laisse bien des fois la vaisselle, je laisse mes affaires en tas, si ça continue, je vais devenir une véritable souillon... Si vous connaissiez ma voisine, c'est une méticuleuse très ordonnée, j'ai retrouvé toute la fantaisie de sa personne, tout en ne la croyant pas une seule seconde. Elle est condamnée elle aussi (par ses enfants, dont quelques médecins) à  ne pas sortir du tout, nous rions bien de cet interdit, elle est descendue hier, en douce, pour aller voir si sa voiture était encore entière : quand j'ai fait quelques pas dans la rue, j'avais l'impression de sortir de prison... Elle me raconte qu'elle a fait des châles avec des pulls détricotés, superbes, il n'y a pas que les pulls qu'elle détricote en ce moment...

J'ai classé ma journée : le matin je fais le ménage, la soupe, je téléphone, j'écoute de la musique, les nouvelles atroces seront pour ce soir, le cœur serré, je le laisse pour plus tard, le soleil je m'en moque un peu, je ne vis pas selon la météo ! L'après midi, j'écris, je téléphone, je me tourmente, je prends un verre de thym, j'écoute de la musique, je guette des nouvelles de mon autre voisine qui ne va pas encore tout à fait bien avec le corona, je m'inquiète, nous sommes si proches, et si loin, des intouchables...


Voilà, c'est fait, je n'ai plus qu'à les ranger

À chaque jour suffit sa peine, il se trouve que chaque jour j'ai de la peine pour les affaires du Monde... Jamais je ne manque un concert de 20h, mais j'ai trouvé hier soir qu'il faiblissait d'intensité, c'est peut-être une idée, une mauvaise idée ?

En me penchant par la fenêtre, je vois les camions de livraison qui déballent, qui déballent, les gens ont trouvé des solutions, heureusement que j'ai ma voisine à qui je peux donner ma carte bleue ! J'ai vu aussi quelqu'un avec un bouquet de fleurs et un sac à provisions...Des produits de première nécessité...



Les petits bouquets

Lors de ma dernières sortie autorisée par mes fils j'avais réussi à rafraîchir mes petites fleurs trouvées un peu partout sur mon chemin, je ne vais pas en changer de sitôt, heureusement que j'avais fait la photo !

Mes amis fidèles, mes visiteurs du hasard, prenez soin de vous, de vos proches, souciez-vous de vos voisins, restez solidaires, n'oubliez pas les concerts de 20h !! Claquez fort dans vos mains !

mercredi 25 mars 2020

DO, pas qu'une belle note de musique, mais un homme magnifique !


Pas au bout du rouleau !

Comme tout le monde, j'ai réfléchi au besoin de PQ, voyons, voyons, le confinement va durer au moins quinze jours, combien il m'en faudra ? Alors-là, chacun va dire son chiffre, je ne vais pas me risquer jusque là, je ne vais pas batailler sur le nombre de feuilles, le PQ, c'est très intime, voire secret... Vous ne le saurez donc jamais. Quand mes enfants étaient petits, je pouvais dire : mais non, voyons, pas tout le rouleau à chaque fois, c'était trop rigolo de faire des serpentins... Un peu plus grands, vraiment plus grands, je me souviens (merci G. Perec) du voyage que devait faire mon fils aîné ("je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre"). Il était alors adolescent : maman, je suis trop content, Do m'invite au Sénégal, il m'a dit que je peux venir quand je veux, je peux rester un mois, on se chargera de tout, manger, boire et dormir, toute ma famille sera très heureuse de te recevoir. Génial mon fils, je vais téléphoner à Do, nous verrons !

Do, la première note de la gamme, était aussi excellent musicien, Do était son diminutif, facile comme chou, consonne, voyelle, c'était net et clair ! Cet homme-là, tout le monde l'aimait dans le quartier, il était l'animateur qui avait le plus de "clients", exactement comme ma voisine du dessous, toute la Tour l'adore... T'as un problème ? Va voir Do. Tu ne sais pas quoi faire ? Va voir Do, une adresse, un numéro de téléphone, un bon conseil ? Demande à  Do... Il répondait à presque tout avec le sourire, tu pouvais blablater sans fin, Do répondait du tac au tac, mais quelques fois, il disait : je ne sais pas. Do était le plus costaud du quartier !


Pas du tout au bout du rouleau


D'accord avec plaisir ! Et voilà le voyage décidé, tout près de Dakar, pas de soucis. Mon fils était fou de joie, voir du pays quand on est ado, c'est chouette ! L'Afrique c'était le bout du monde... La valise bourrée, la tête en feu, le coeur battant, il est parti pas très loin de Dakar, moi, j'attendais au téléphone qu'il mette le pied à terre tout là-bas...

Ne t'inquiète pas Danielle, tout va bien se passer, on sera assez nombreux pour s'occuper de ton fils... Bien sûr, Do, j'ai confiance en toi, il est heureux comme un pape d'aller passer une partie de ses vacances là-bas...

Ce qui fut dit fut fait, j'ai attendu que l'avion se confonde avec les nuages pour partir... La larme à l’œil !


Pas du tout du tout au bout du rouleau

Je ne vous dis pas comme j'étais heureuse et inquiète à la fois, Do était la meilleure personne du monde, je vous le dis et le redis. Je ne sais plus comment il a téléphoné dès qu'il est arrivé, les portables n'existaient pas à quelques décennies de là... Maman, tout va bien, toute la famille de Do est venue m'accueillir comme si j'étais le fils de la famille, tout va bien, je suis heureux.

Seulement deux jours plus tard, il m'appelle : maman, je veux rentrer tout de suite ! Comme si le ciel me tombait sur la tête : mais pourquoi, mon fils, pourquoi, que se passe-t-il, pourquoi veux-tu rentrer, tu viens d'arriver ?  Maman, c'est terrible, il n'y a pas de papier toilette !!!!! Ah ! Bon, pourquoi il n'y a pas de papier toilette ? Ils font autrement ici, le papier est plus dur, du papier de journal, je ne veux plus rester ici, je rentre ! Il pleurait, l'affaire tournait mal...

Je te passe Do ! Allo ! Oui Do à l'appareil, ne t'inquiète pas Danielle, je vais aller à Dakar acheter du PQ, tout va bien se passer, merci Do, je compte sur toi !

Et mon fils est resté un mois tout près de Dakar, quand il en parle il a encore des étoiles dans les yeux, un séjour formidable, il y avait du PQ en veux-tu, en voilà. Mon fils me raconte encore des anecdotes, des figures familiales, la convivialité, l'accueil si chaleureux : j'étais le seul enfant blanc des alentours, Do veillait sur moi, sa mère me considérait comme un de ses fils ! Bien sûr, Do n'a jamais voulu que je participe aux frais, même pour 50 centimes... Il sont comme ça chez Do !


La vie est belle en PQ

L'autre jour, mon fils me dit : maman, j'ai retrouvé Do grâce à une vidéo, quand il n'y aura plus de Corona je me mettrai activement à sa recherche, par le biais de son éditeur... Do écrit des livres, il est poète, mon fils l'a vu dans une vidéo, il n'a pas changé, un visage épanoui, toujours le sourire ! Il n'a pas changé du tout...

Quand mon fils aura retrouvé Do je vous en parle ! 

Chers amis fidèles, chers visiteurs anonymes et fugitifs, à très vite de vous retrouver, sur un post léger... Les circonstances très difficiles que nous vivons s'y prêtent, faisons tout pour rester un peu dans la légèreté...  Restez chez vous et restez solidaires...

lundi 23 mars 2020

Le printemps, malgré le coronavirus !



Le printemps avance le long de l'église

Maintenant que je ne peux plus sortir, je regarde de plus près tout ce qui m'entoure, pourtant j'avais déjà pris l'habitude de voir de loin, mais il faut croire que plus le champ de vision se restreint, plus ma vue devient jumelles... Ouverture maximum des pupilles, pour les odeurs, rien de changé, pour le silence, bienvenue parmi nous, je ne fais plus la différence entre les fenêtres fermées et ouvertes, plus besoin de monter le son de la radio, c'est Mozart qui arrive le premier sans peine... Je me souviens du silence de la campagne, assourdissant, déroutant, et bien maintenant, c'est pareil en ville... Mais la joie ne pénètre pas mon cœur, je n'y arrive pas... Je vois bien les piétons qui passent et repassent sans se soucier du confinement...


Dans le petit jardin d'en bas, le printemps arrose les fleurs de couleurs

J'ai beau m'écarquiller les yeux, mon appareil photo voit bien mieux que moi, dans le petit jardin d'en bas, les rosiers, glycines, lierres commencent leur ascension, quelle joie d'avoir un petit jardin grand comme les deux mains réunies. Je me souviens (merci G. Perec) des odeurs et couleurs de ma campagne de vacances dans l'Indre, en septembre. Quand j'irai de nouveau, bien plus tard, chaque heure du jour, il faudra que j'ouvre l’œil plus grand ! C'est comme la vie que vous découvrez avec plus d'intensité au moment de la quitter, sans doute... Les paysages abandonnés pour cause de vacances terminées, vous hantent de jour comme de nuit, chaque petit sentier, vous le respirez encore quand vous êtes très loin de lui. Moi, je vais dans Venise avec ou sans touristes, encore tous les jours depuis que je n'y vais plus !

J'ai fermé la télévision, je ne veux plus voir les infos, surtout les chaînes en continu, ces charognards qui répètent tout le temps la même chose, plus il y a de malheurs, plus on dirait qu'ils nagent dans le bonheur, ils sont comme des poissons dans l'eau, nous avons augmenté notre audience ! À nous les publicités chèrement payées, pas tout le monde va faire faillite dans cette France au ralenti...  Ils décortiquent le moindre mot, découpent les paroles en syllabes, c'est ravageur de voir comme le désastre fait mouliner leurs machines de guerre !

Je n'ai pas beaucoup d'images à vous offrir, le printemps est très loin de moi... Pourtant, le deuxième jour du printemps, j'ai arrosé mes orchidées, et j'ai fait une croix sur mon calendrier d'arrosage !






Ma salade en céramique, jamais un vers, une limace, elle est toujours belle à croquer, c'est une belle oeuvre d'une artiste qui est décédée l'année dernière.

J'avais fait des petits bouquets issus de la rue, bien avant le confinement, quand tout allait à peu près bien, je n'ai rien osé jeter... Ils se consument de jour en jour.



Mes petits bouquet quasi lyophilisés, sauf le lierre qui prend racines, je vais pouvoir le replanter...

Demain, je m'occupe de mon balcon, des géraniums y dorment encore, et j'ai vu les feuilles vertes qui commencent à pointer du nez, il me faudra bêcher, arroser, leur faire une place au soleil, je vais le faire, peut-être, sans doute, sûrement... Il faudrait ! Souvent, je fais de la procrastination sans le vouloir, je passe un jour ou deux sans rien faire d'autre que de garder espoir. Les lendemains me malmènent, comme vous, bien sûr,  allez, il faut résister...

Mes amis, mes confinés d'ici et d'ailleurs, je vous donne rendez-vous, entre mes lignes, pensez-y, pour les petites choses de la vie de tous les jours... Restons chez nous, résistons, le concert ce soir est à 8h, n'oubliez pas, ils nous entendent !

dimanche 22 mars 2020

Le concert de 20h !!! Hommage à nos soignants !!


Les nouveaux instruments du concert de 20h


Ce soir nos soignant seront gâtés, il y aura de nouveaux instruments, chaque soir, chacun en invente un autre. Hier soir, il y avait un djembé, il a claqué comme un coup de fougue ! On a crié : bravo, nos soignants, bravo ! Tapé, sonné, j'ai agité mon grelot qui sonne comme une grosse cloche, j'ai frappé encore et encore sur mon couvercle, chacun trouve une petite astuce pour personnaliser le son, lui donner de la force, comme un ouragan bienfaisant, la clameur prend de l'ampleur ! D'ici quelques jours, tous les soignants devraient l'entendre. Ce soir, c'est le concert du samedi soir, ça va péter dans tous les coins !

Tous les gens de ma tour sont au courant et le courant passe bien, et bim et boum, claque, claque claque... De 20h à 20h05, le concert est énorme ! Presque plus de place au premier rang !

Puisque j'en suis aux gens de ma tour, ils sont formidables ! Je vous avais dit dans un post précédent que j'avais apposé une invitation à la propreté dans le hall de mon immeuble, je vous confirme que ça marche, il y a quelqu'un qui s'occupe des corbeilles, il a écrit au haut de l'affiche, bien visible : je m'occupe des corbeilles, le relais est pris, je suis allée écrire à mon tour, un gros MERCI !! Au feutre noir.

Les jeunes ne viennent plus fumer leurs joints dans le local poubelle, mais ils continuent encore à faire griller quelques voitures dans le parking de la tour d'à côté. Comme je racontais cela à mon fils aîné, il m'a dit avec l'humour qui le caractérise : parfait, maman ils savent que le feu est un antiseptique, ils organisent la culture sur brûlis en ville, les salopards ! On ne peut tout changer à la fois, nous on s'occupe en premier de la solidarité et la propreté...


Je ne vous cache rien, c'est mon téléphone, en haut à gauche il y a le facteur qui est arrivé !

La sublime photo du Canal du Midi à la sortie de Toulouse, c'est mon fils, justement mon fils avec humour, qui l'a faite un jour d'un grand tour de vélo sur ce canal, depuis elle ne quitte plus mon téléphone et chaque fois que j'ouvre l'engin, j'y suis, sur le canal, je ne m'en lasse jamais...

Tout ça pour vous présenter mes instruments de communication, merci mon téléphone d'être là pour nous, je peux appeler partout, de près comme de loin, je ne compte pas les kilomètres, je ne traverse pas les frontières... J'ai juste à faire marcher mes doigts, ajuster mes oreillettes, mise à jour de tous mes contacts : ah oui ! Il faut que je les appelle, tiens, je vais leur écrire un mot, ah zut ! J'ai oublié de répondre... Le matin, je reste à "mon bureau", la grande table du séjour, près de mon bol de thé, de mes tartines, j'ai aussi posé ma tablette pour mettre à jour mes : tout va bien ? Restez chez vous, moi ça va, je reste auprès de mon balcon, j'ai tout ce qu'il me faut pour mes repas, ne vous inquiétez de rien... RÉSISTONS !!!



Ma tablette de tous les instants

Sur ma tablette, je fonce sur la revue de presse, je veux tout savoir en long, en large et en travers, où en sommes-nous de ce grand désastre sanitaire, j’appréhende, jusqu'à ce jour, jamais les nouvelles ne sont bonnes... Toujours avec le cœur serré, j'écoute les radios, là aussi les nouvelles restent amères, tristes, bouleversantes, pas une lueur de soulagement, les malades, les morts, les encombrements d'hôpitaux, les masques qui manquent, les respirateurs, sans doute un prolongement du confinement... Je ne veux plus rien entendre, je me cache les yeux, les oreilles... Attendons un peu pour revenir aux mauvaises nouvelles...

Demain j'ouvre mes fenêtres plus grand pour prendre l'air, reprendre espoir, rester solide, je résiste comme tout le monde, mes amis, mes confinés d'ici et d'ailleurs, je poursuis chaque jour avec vous l'artisanat des petits détails... Qui aident à vivre notre vie... 
RESTONS CHEZ NOUS !

samedi 21 mars 2020

Le confinement à pas lents, ça va vite seulement dans la tête...


La renaissance de mon hortensia

Je ne voulais pas démarrer un nouveau post par une photo des provisions que je suis allée faire ce matin, par coquetterie, je préfère montrer mon côté jardinière que mon coté fourmi, trop décrié, déjà La Fontaine avec sa cigale et sa fourmi... Socialement c'est quand même plus classe de se montrer évaporée, quasi poète, plus écolo que comptable, terre à terre, matérialiste... Non ?  Il vaut mieux être haute couture, que prêt-à-porter, non ? Plutôt l'esprit que le corps, non ? Avec le confinement, il faut rester dans le vent en ce qui concerne mon balcon... Je commence avec mon petit bout de printemps dans les feuilles, bien vertes et ensoleillées, de ma plante. Mais rassurez-vous, j'ai quand même fait la photo de mes petites provisions, j'aime bien les natures mortes, je ne vais pas me refaire. Tant pis si je me mets à découvert...


Les provisions (détail) - Mars 2020


Mes amis m'avaient dit : Danielle, tu y vas tôt le matin, tu seras hyper tranquille, personne je te dis, tu peux me croire ! Au supermarché, j'avais déjà beaucoup hésité à y aller, mais comme je n'avais plus de fruits secs, c'est ce qui m'a spécialement motivée, comme une droguée qui sort sous la pluie pour trouver son produit... J'avais pourtant fait une liste, mais c'était surtout pour les fruits secs, le reste venait après, bien après... J'avais mon papier de sortie dérogatoire en poche, allez, zou !

Je mets le masque ou pas ? Ma sœur m'avait envoyé quelques masques qu'elle avait depuis longtemps dans ses tiroirs, petits masques de dentiste, tout ce qu'il y a de plus ordinaires, j'ai résisté, résisté, je l'avais mis dans ma poche, vous parlez d'une asepsie ! Arrivée au supermarché, il y avait du monde, mais je pouvais circuler très à l'aise, un mètre devant, un mètre derrière, et si possible un mètre sur les côtés, comme sur le fil du funambule, je me suis lancée, et j'ai mis le masque, il y avait tellement de buée sur mes lunettes que j'ai dû les retirer, vous parlez d'une asepsie (bis) ! Je suivais ma liste avec la précision d'un chirurgien qui se fait passer les instruments par l'infirmière du bloc : mouchoirs, fruits secs, fromages, haricots verts, beurre... Pas de repentir, il fallait aller droit au but, sans perdre de temps...


Les noisettes sont torréfiées, petites peaux enlevées, prêtes à déguster

Vous pensez sans doute que ma pensée est canalisée par les provisions et la torréfaction, mais non, viennent sans cesse s’entremêler dans ma tête les informations du jour : j'ai envie de pleurer, alors il faut tenir, raconter les petites choses, avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de mots... Ma voisine que tout le monde adore dans ma tour a de la fièvre, elle tousse... Ça monte et ça descend, elle s'inquiète, elle est en cheville avec son médecin généraliste qui la suit comme le lait sur le feu... Mon fils a de la fièvre, sa femme aussi, en petite dose, Doliprane et ça passe, t’inquiète pas maman, ça n'ira pas bien loin... Je reste sur mon perchoir, le téléphone dans la main... Je m'inquiète !

Dans le hall de mon immeuble, on peut manger par terre, pas un seul papier qui traîne, les locataires sont formidables, quelqu'un a fait une affiche pour les appeler aux applaudissements de 20h, la solidarité s'organise, s'amplifie... Pourvu que tout le monde tienne le coup !!

Mes amis, mes confinés d'ici ou d'ailleurs, tenons le coup, nous en sommes au tout début, applaudissons, crions bravo, n'arrêtons pas ! Jusqu'à la paix de cette guerre-là !