Les épices alimentaires, sucrées, salées, blanches, rouges, jaunes...
Je frotte, je lave, jour après jour, encore 15 jours de confinement, au moins... Arrivée à l'étagère des épices, je me suis dit : réfléchis, ma fille ! Toutes ces poudres me ramènent forcément aux ingrédients de la vie... Les unes masquent, les autres rehaussent, il faut en mettre un peu, beaucoup, pas assez, où est la bonne mesure, trop piquantes, trop fades, pour les viandes, les poissons, les légumes, les confitures, les compotes... Il faut en mettre à toutes les sauces, comme un peintre, vous prenez vos pinceaux, du plus petit jusqu'aux plus gros, vous distribuez les saveurs, les couleurs... Jusqu'où ? Aurez-vous le temps de toute une vie pour en essayez les nuances les plus infimes ? Vous êtes plutôt salés ou sucrés, poivrés, peut-être ? Ou tout à la fois, à profusion, pas de distinction, j'aime tout ? Combien de fois faisons-nous appel aux épices pour pimenter nos vie ? La note est salée, le propos est piquant, l'amour est doux comme du miel, la moutarde me monte au nez, tes cheveux sont poivre et sel, mais tu n'a pas changé du tout ! Tu sens la cannelle ou la vanille, c'est un délice ! La rose des vents, l'anis étoilé ferait merveille aussi à mon poignet...
Le choix est fait ? Pas sûr, pas sûr du tout, si vous tentez de rapprocher les nuances des épices avec les moments de votre vie, tout se complique... À quelles doses distiller la vérité, le mensonge, l'amour, la confiance, l'amitié ? Parler ou se taire ? Un peu de ceci, un peu de cela, quand on aime on ne compte pas ? Quelques fois même, on a bien envie de verser tout le flacon d'un coup pour sentir bon !
S'habiller en noir, ou en couleurs ? Il faut presque toute une vie pour le décider, plus on vieillit, plus on aime le rouge, le vert, le jaune, non ? Moi, j'ai rarement mis du jaune... Les goûts et les couleurs ne s'opposent pas, mais se discutent, aimablement, ça oui ! Enfin, je crois !
Sur mon petit plateau, deux tubes ( puis quatre) de poudre de vanille
Pendant mes gros travaux de recluse, étagère par étagère dans mes placards de cuisine, quelle bonne fortune ! J'ai retrouvé deux petits tubes de vanille (ersatz, puisque ce sont des gousses broyées), qui fait illusion dans mes petites tartes sans sucre. j'ai eu toutes les peines du monde à comprendre que "Poudre de gousses broyées" voulait dire : il n'y a pas de grains de vanille, mais juste de la gousse écrasée...
Il y a quatre ou cinq ans déjà, j'allais acheter les gousses fraîches de vanilles enfermées dans des petits tubes de verre, près de la Gare de l'Est, chez les Indiens parisiens qui vendent de beaux costumes de mariage pleins de paillettes et de clochettes, ça brille, ça brille de mille feux... Maintenant, c'est comme partout, ils ne vendent plus de tubes, plus de vanille du tout : trop chère ! Alors vous pensez, retrouver deux petits tubes de vanille broyée derrière les épices, ça fait quand même plaisir...
Je déprime un peu... C'est normal maman de déprimer, la situation est tellement lourde, triste, affreuse... Tout le monde déprime, tu as raison mon fils... C'est normal !
Il y a du soleil sur mon balcon, confinée avec balcon, je ne suis pas à plaindre, je n'ouvre ma porte à personne, je regarde dans la rue, j'écoute le silence qui monte, les chiens marchent en laisse, il y a la queue à la boulangerie, mètre après mètre chacun sort avec sa baguette sous le bras, comme un jour ordinaire... Combien y aura-t-il de morts ce soir, moins qu'hier j'espère ! À 20h le concert, redoublons de bruits, de bravos, de lumières... Pour eux, ceux qui soignent au maximum avec un minimum de protection...
Mes amis portez-vous bien, restez chez vous, je vous donne rendez-vous à 20h ce soir...












