Début de l'exposition : Départ (ampoules, douilles et câbles - 2015) à l'entrée de l’exposition - Christian Boltanski (1944)
Fin de l'expo : Arrivée (ampoules, douilles et câbles - 2015) - Christian Boltanski (1944)
Le centre Pompidou à Paris proposait de novembre 2019 à mars 2020, juste avant le confinement total, une très grande exposition de l'artiste Christian Boltanski.
Deux œuvres, deux mots, deux couleurs, le rouge et le bleu, "Départ" installée dès l'entrée de l'expo, et "Arrivée" accrochée juste à la fin, avant la sortie, pile devant la librairie qui proposait, comme partout, les objets dérivés. Quelle chance j'ai eue d'avoir pu voir cette expo, juste avant l'enfermement généralisé pour cause du coronavirus !! J'ai acheté les deux cartes postales que j'aimais et qui semblaient le plus correspondre à mon questionnement personnel... J'ai cette manie de garder à vue les petits souvenirs achetés lors de mes visites d'expos que j'ai adorées, je change d'une expo à l'autre, sans oublier les magnets que je colle sur mon réfrigérateur...
Longtemps après, en faisant la poussière sur ma petite bibliothèque, je me suis aperçue que les couleurs des deux cartes postales étaient tout l'inverse de celles des œuvres que j'avais vues à l'exposition, ce qui m'a interloquée ! Était-ce une volonté de l'artiste ? De l'éditeur ? Monsieur Boltanski a-t-il fait deux autres œuvres où ces couleurs étaient inversées, les cartes postales les reprenaient-elles ? J'ai donc mis un grand moment avant de m'apercevoir de ce petit tour de passe-passe, je suis restée surprise de mon inattention.
Cartes postales achetées lors de l'exposition 2019-2020 au centre Pompidou
Finalement, à la suite de cette découverte, je me suis dit : profitons-en pour réfléchir, accordons ce que je vois avec ce que je pense, cette oeuvre me touche tellement. J'ai déjà parlé de cette grande rétrospective dans
mon post du 25 janvier 2020. En mettant mes photos sur mon blog, je ne me suis même pas aperçue de cette inversion des couleurs...
Pourtant, au moment d'exposer mes deux cartes chez moi, je me suis posée la question : que veulent dire pour toi ces deux mots ARRIVÉE et DÉPART ? Chacun d'eux pouvait s'employer indifféremment pour parler du début et de la fin de la vie, ils pouvaient s'inverser, comme les couleurs des cartes et des œuvres.... Il y a que dans les gares que tout se simplifie, impossible de les confondre : sinon, vous ratez votre train, dans une gare, le départ, c'est le départ et l'arrivée, c'est l'arrivée, c'est clair, c'est net, attention au départ !...
Dans la vie, couramment, une naissance pour moi c'est plutôt une arrivée qu'un départ, une arrivée toute neuve dans la vie, un bon départ comme on dit, plein d’espérance, de belles perspectives en vue, l'espoir de faire un beau parcours, "Faire son temps", le plus longtemps possible, le mieux possible, donner du sens à sa vie, c'est encore mieux, mais vivre tout court, c'est bien aussi ! Un beau début ! Une chance ! Dans ma vie d'aujourd'hui, l'arrivée évoque plus pour moi le grand départ, le mot change donc de sens au cours de la vie... C'est pas si compliqué que ça !
Monsieur Boltanski n'a pas choisi par hasard de nous embrouiller avec l'arrivée et le départ de l'expo, acceptons le rendez-vous qu'il nous a fixé, justement pour jouer avec le sens et le contresens de chaque mot. Moi j'ai démarré au quart de tour, je me suis laissée entraîner dans la polysémie du mot rouge et du mot bleu, avec plaisir, malice et émotion...
Comment garder les traces des vivants ? Entre le Départ et l'Arrivée, entre la naissance et la mort, une vie s'est écoulée ! Comment peut-on en garder le souvenir ? Les œuvres de C. Boltanski ne sont pas des réponses à ces questions, mais des propositions artistiques qui mettent en scène ces questions (C. Boltanski).
Mes morts - 2002 - C. Boltanski (1944)
C. Boltanski nous dit aussi : "Chaque être humain mérite d'avoir son musée après ses 60 ans !" Alors il fabrique de magnifiques œuvres d'art qui leur sont dédiés, il met les humains sur sa sellette, crée des hommages d'art à sa façon, et me/nous invite à réfléchir forcément aux morts de l'Histoire. Et de toutes les petites histoires humaines, que laisserons-nous aux autres quand nous serons partis ? Avec les matériaux les plus minimalistes, l'artiste invente : des Autels, des boîte à souvenir, des lumières/âmes éphémères, des ombres chinoises, des marionnettes, des sons (paroles, cris, clochettes percutantes, vent, cœurs qui battent... Pour qui saura les entendre). Il remplit des salles entières de vêtements évoquant des disparus, rassemble de simples bottins plein de noms, issus de tous les coins du monde, simplement posés sur des rangées d'étagère pour former une bibliothèque du souvenir... Il fabrique des musées pour le commun des mortels... Les œuvres d'art contribuent merveilleusement à constituer la mémoire collective du genre humain... C'est ce que je pense ! Puisque la mémoire des événements ne se transmet pas génétiquement...

La salle des bottins - C. Boltanski (1944) - Musée d'Art Moderne

Sentimental Père-Mère de C. Boltanski (1944) - 2000
Son oeuvre est multiple, toujours surprenante, imprévue, fascinante, touchante, réfléchissante...
Monumenta - 2011 - C. Boltanski (1944)
Crépuscule (2015) (Détail) - C. Boltanski (1944)
Une amie me disait il y a peu : Ah bon ! Tu aimes Boltanski, toi ? Moi, il ne me fait ni chaud, ni froid, mais je suis prête à tout entendre ! Je ne comprends rien, c'est moche... Et petit à petit, j'ai bien entendu qu'elle entrevoyait autre chose au fur et à mesure que nous en parlions... Très intéressant, tu as raison, je vais le regarder autrement, vivement une prochaine expo !
J'ai remis les deux cartes postales sur ma petite bibliothèque, j'hésite toujours entre le sens des mots, pour moi, là où j'en suis de ma vie, je confirme, l'arrivée, c'est bien la fin du voyage... Mais en attendant ce jour à venir, forcément, j'ai encore des milliers de choses à vivre, le chemin est passionnant... Et vous, vous voyez ça comment, le parcours d'une vie ? L'Arrivée et le Départ ? Ou le Départ et l'Arrivée ?
En ce moment, j'ai un petit souci de santé, je ne vais pas prendre beaucoup de temps pour me retaper, mais quand même, cette année, il n'y aura pas d'automne dans le Berry, je vais tout manigancer pour y aller en octobre, et voilà tout... Retrouver les grands arbres, revoir l'orme extraordinaire, le grand chêne, les saules argentés très anciens, et mes amis... Je vais en avoir à vous raconter...
À très vite de toute façon, restons masqués, usons les gels et les savons, restons soigneusement éloignés, mais rapprochons-nous, je vous embrasse, amis fidèles et visiteurs...