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samedi 25 janvier 2020

Christian Boltanski à Pompidou "Faire son temps" ! J'aime ? Non, j'adore !




Hall du centre Pompidou, l'arrivée sur les lieux, toujours enthousiasmante !


Départ - 2015 - C. Boltanski (1944)

Préparez-vous à réfléchir sur la vie, les souvenirs, les traces, les hommages... Faire votre temps !

Allez, allez, on se dépêche, le centre Pompidou annonce Christian Boltanski, pas question de le louper une très grande expo, des œuvres datées de 1967 à 2017, au moins 50 ans de travail d'art ! Du grand Art ! Christian Boltanski est un artiste de ma génération, qui se bat contre l'oubli, je l'admire depuis des années. Lui travaille sur les traces laissées par les gens, pour Christian Boltanski, même morts, les gens sont vivants, et tellement vivants ! Il nous les montre en photos, en boîtes, suspendus, illuminés, encadrés, alignés ou en désordre, en tas, en totems, en ombres chinoises, et même les coeurs battants sur une île japonaise... Chaque fois il me surprend, m'émeut, me bouleverse, Monsieur Boltanski, merci pour votre art des disparus, merci pour les Archives du coeur, les battements des cœurs (volontaires, dont le mien, en 2010) de l'humanité archivés dans cette île japonaise de Teshima, ouverte au public en juillet 2010. J'ai fait don des battements de mon coeur à l'artiste. Dans cette île s'accumule les battements des cœurs, comme les Mormons accumulent les noms des gens du monde entier. L'oeuvre de Boltanski ne se résume pas à des registres, non, ses propositions sont des images, des lumières, des bruits, des couleurs, des sons, des battements de cœurs, des montagnes de vêtements, ses œuvres m'accompagnent profondément... Les codes de ces œuvres sont : la beauté et l'émotion, rencontre des cœurs pour le spectateurs... Pour moi, c'est comme ça !


Mon cœur battant (2010) donné à monsieur Boltanski

Il y avait une file d’attente impressionnante, non pas pour l'expo Boltanski, mais pour l'entrée de la bibliothèque publique, ce lieu de lecture est toujours saturé. Chemin faisant, je vois monsieur Boltanski qui pressait le pas comme moi pour aller à son expo, ni une ni deux je lui adresse la parole : excusez-moi, monsieur Boltanski, je suis si contente de pouvoir m'adresser à vous, si contente de pouvoir vous dire combien votre oeuvre me touche depuis si longtemps, je vous avais vu à Venise, sur l'exposition de Louise Bourgeois que vous admirez, et aujourd'hui j'ai encore la chance de vous revoir... Il était ému et toujours aussi gentil, humble, il me proposa de rentrer avec lui à l'expo... Nous nous retrouverons au dernier étage, chacun allait à son pas...




Les regards - 2011 - Christian Boltanski (1944) 
Cette oeuvre réunit des photographies d'anonymes... 
Chacune de ses œuvres évoque le temps qui passe... Indéniablement !

Subjuguée par la beauté des voiles aux regards : des ventilateurs les agitent, et une lampe les éclaire,  les larmes viennent vite aux yeux... J'aperçois l'artiste en grande conversation avec une caméra, il y a peu de monde, l'heure est propice aux confidences, toujours aimable monsieur Boltanski se plie à tout, interwiew, commentaires et sourires, puis-je vous prendre en photo ? Mais bien sûr...


Portrait souriant, monsieur Boltanski pose pour moi, il a reconnu mon cœur de fan, merci !!! 

Et la visite continue dans l’éblouissement et la grande émotion, comment ne pas vibrer à tous ces regards, lumières, couleurs, dévoilements et sonorités... Ces œuvres ne répondent pas aux questions que nous nous posons sur notre vie, elles interrogent...


Crépuscule - 2015 - C. Boltanski (1944) - L'installation en novembre 2019 (début de l'exposition)


Crépuscule - 2015 - C. Boltanski (1944) - Le Crépuscule advient petit à petit... 22 janvier 2020

J'adore le concept de cette oeuvre, dès l'ouverture de l'expo, toutes les ampoules sont allumées, les âmes scintillent, le temps a le temps de passer, les lumières sont aveuglantes, mais elles s'assombrissent avec les jours qui passent, et apportent une autre image, des réflexions sur le passage de la vie... Faire son temps... À mon deuxième passage, le 22 janvier, l'oeuvre était très assombrie, il faudra que j'y retourne le 16 mars, au dernier jour de l'expo... Cette oeuvre, me dit beaucoup du temps qui passe, j'ai presque envie de rester là... Pour voir toutes les lumières s'éteindre, cette version accélérée des jours qui passent fait beaucoup de bruit dans mon cerveau...


Réserves des Suisses morts - C. Boltanski (1944) - Photos anonymes des défunts parues dans les pages nécrologiques du journal suisse Le Nouvelliste 


Autel Chases - 1988 - C. Boltanski (1944) 



Autel Chases - détail - Photos, boîtes à biscuits rouillées, lumières


Repris mot pour mot du guide de visite de l'expo : "les Reliquaires ont pour origine la photographie de fin d'études d'un lycée juif de Vienne en 1937, le Gymnasium Chases. Pour la première fois, Boltanski se sert de documents ayant un lien direct avec la Shoah. Les lampes de bureau utilisées dans ces oeuvres éblouissent les personnages, rappelant les pratiques policières. Les boîtes à biscuits rouillées, utilisées par l'artiste à partir de 1968, représentent à la fois la boîte à trésors de l'enfance, et l'urne funéraire".


Reliquaire - 1988 - C. Boltanski (1944)


Reliquaire - 1988 - C. Boltanski (1944)


Reliquaire - 1988 - C. Boltanski (1944)

C'est vrai, on ne rigole pas beaucoup avec les œuvres de Boltanski, c'est la vie qui veut ça ! Fragile étoile filante... Dont il ne reste que la lumière...

Je n'avais pas encore remarqué, clouées au mur, des plaques qui représentent des vies entières : un trait d'union entre la date de naissance et la date de mort, un résumé simplissime d'une vie, et juste une lumière qui bat ! Cette oeuvre est un hommage à ceux que Boltanski a connus, et qui ne sont plus de ce monde...

Juste à côté, sur des portants, des tissus sur lesquels figurent de part et d'autre, le portait d'une victime  et celui d'un assassin, ces images sont tirées du journal Détectives... Qui est qui ?


Mes morts - 2002 - C. Boltanski (1944)  Les portants - 2000 - C. Boltanski (1944)



Il y a un nombre important d’œuvres dans cette exposition, je voudrais parler de chacune mais...




Le manteau - 1991 - C. Boltanski (1944) 


Boltanski s'est inspiré des attitudes des religieuses prostrées au sol, les bras en croix... Nimbées de lumière céleste ?






Animitas - Chili, 2014 - vidéoprojection avec son format 16/9, 13 heures 16 sec, foin, fleurs - 2017- Christian Boltanski (1944) 
Oeuvre inspirée des autels religieux chiliens édifiés au bord des routes, aux endroits des accidents... La vidéo fait entendre le son des petites clochettes, et voir tous les supports bouger au rythme du vent... Fascination très puissante... Réalisations in situ : au Nord du Québec, sur la Mer Morte, et sur l'île de Teshima... L'une en été, l'autre en hiver !


La visite se termine par une oeuvre monumentale, magnifique, très émouvante : Le terril Grand Hornu, et les registres du Grand Hornu, deux oeuvre qui font référence aux ouvriers qui travaillaient dans les mines du Grand Hornu en Belgique, de 1920 à 1940.


Les registres du Grand Hornu - 1977 - C. Boltanski (1944) 
Toutes les boîtes à biscuits renferment des archives relatives aux ouvriers travaillant dans les mines, des milliers de fiches comportant des noms et la date d'engagement, parfois accompagnées d'une photographie


Le Grand Hornu - détail -


Le terril Grand Hornu - 2015 - C. Boltanski (1944), composé d'un tas de manteaux noirs et d'une lampe...

Christian Boltanski parle mieux que personne de son oeuvre : "Plus on travaille, plus on disparait, et plus on devient son oeuvre. Je pense que le désir d'un artiste, c'est de devenir son oeuvre. Finalement, on joue sa propre vie pour la vivre réellement : on joue la tristesse et on joue le bonheur... Je pense que dans mon cas, j'ai montré la vie sans jamais la vivre... On fabrique son temps, on fait son temps de vie...

Rien de peut être mieux dit ! Vous l'aurez compris, le temps de cet artiste, le montreur de vies, l'artiste exceptionnel qu'il est, me vont droit au cœur, chaque tableau respire en même temps la vie et la mort, la simplicité des matériaux employés : lumière, photos, vêtements, câbles électriques, boîtes à biscuits, vidéo... multiplient à l'envie la richesse de ses propositions, toutes différentes, toutes prenantes, toutes philosophiques... Toutes me touchent... Si vous habitez Paris, courez à grands pas, si vous êtes loin, je vous plains, j'ai des regrets pour vous...


Sortie de l'expo... Arrivée - 2015 - C. Boltanski (1944)-  ampoules et câbles électriques


Le départ et l'arrivée, (j'en ai intentionnellement intervertis l'ordre), en cartes postales sur mon étagère, une petite vue arrière de Venise qui a fait tellement partie de ma vie


Juste deux mots : pour symboliser la vie, le parcours d'une vie : Départ / Arrivée !! Entre le départ et l'arrivée, qu'avons-nous fait de nos vie ?

Mes chers amis, mes passagers, je vois par mes fenêtres que les jours commencent à rallonger... Nous donnant un peu plus de temps pour nous émerveiller, profitons-en... Je vous embrasse...


vendredi 28 août 2020

Départ, Arrivée... Le début de la fin ! C. Boltanski, encore !




Début de l'exposition :  Départ (ampoules, douilles et câbles - 2015) à l'entrée de l’exposition - Christian Boltanski (1944)


Fin de l'expo :  Arrivée (ampoules, douilles et câbles - 2015) - Christian Boltanski (1944)

Le centre Pompidou à Paris proposait de novembre 2019 à mars 2020, juste avant le confinement total, une très grande exposition de l'artiste Christian Boltanski.

Deux œuvres, deux mots, deux couleurs, le rouge et le bleu, "Départ" installée dès l'entrée de l'expo, et "Arrivée" accrochée juste à la fin, avant la sortie, pile devant la librairie qui proposait, comme partout, les objets dérivés. Quelle chance j'ai eue d'avoir pu voir cette expo, juste avant l'enfermement généralisé pour cause du coronavirus !! J'ai acheté les deux cartes postales que j'aimais et qui semblaient le plus correspondre à mon questionnement personnel... J'ai cette manie de garder à vue les petits souvenirs achetés lors de mes visites d'expos que j'ai adorées, je change d'une expo à l'autre, sans oublier les magnets que je colle sur mon réfrigérateur...

Longtemps après, en faisant la poussière sur ma petite bibliothèque, je me suis aperçue que les couleurs des deux cartes postales étaient tout l'inverse de celles des œuvres que j'avais vues à l'exposition, ce qui m'a interloquée ! Était-ce une volonté de l'artiste ? De l'éditeur ? Monsieur Boltanski a-t-il fait deux autres œuvres où ces couleurs étaient inversées, les cartes postales les reprenaient-elles ? J'ai donc mis un grand moment avant de m'apercevoir de ce petit tour de passe-passe, je suis restée surprise de mon inattention.


Cartes postales achetées lors de l'exposition 2019-2020 au centre Pompidou

Finalement, à la suite de cette découverte, je me suis dit : profitons-en pour réfléchir, accordons ce que je vois avec ce que je pense, cette oeuvre me touche tellement. J'ai déjà parlé de cette grande rétrospective dans mon post du 25 janvier 2020. En mettant mes photos sur mon blog, je ne me suis même pas aperçue de cette inversion des couleurs...

Pourtant, au moment d'exposer mes deux cartes chez moi, je me suis posée la question : que veulent dire pour toi ces deux mots ARRIVÉE et DÉPART ? Chacun d'eux pouvait s'employer indifféremment pour parler du début et de la fin de la vie, ils pouvaient s'inverser, comme les couleurs des cartes et des œuvres.... Il y a que dans les gares que tout se simplifie, impossible de les confondre : sinon, vous ratez votre train, dans une gare, le départ, c'est le départ et l'arrivée, c'est l'arrivée, c'est clair, c'est net, attention au départ !...

Dans la vie, couramment, une naissance pour moi c'est plutôt une arrivée qu'un départ, une arrivée toute neuve dans la vie, un bon départ comme on dit, plein d’espérance, de belles perspectives en vue, l'espoir de faire un beau parcours, "Faire son temps", le plus longtemps possible, le mieux possible, donner du sens à sa vie, c'est encore mieux, mais vivre tout court, c'est bien aussi ! Un beau début ! Une chance ! Dans ma vie d'aujourd'hui, l'arrivée évoque plus pour moi le grand départ, le mot change donc de sens au cours de la vie... C'est pas si compliqué que ça !


Monsieur Boltanski n'a pas choisi par hasard de nous embrouiller avec l'arrivée et le départ de l'expo, acceptons le rendez-vous qu'il nous a fixé, justement pour jouer avec le sens et le contresens de chaque mot. Moi j'ai démarré au quart de tour, je me suis laissée entraîner dans la polysémie du mot rouge et du mot bleu, avec plaisir, malice et émotion...


Comment garder les traces des vivants ? Entre le Départ et l'Arrivée, entre la naissance et la mort, une vie s'est écoulée !  Comment peut-on en garder le souvenir ? Les œuvres de C. Boltanski ne sont pas des réponses à ces questions, mais des propositions artistiques qui mettent en scène ces questions (C. Boltanski).



Mes morts - 2002 - C. Boltanski (1944)

C. Boltanski nous dit aussi :  "Chaque être humain mérite d'avoir son musée après ses 60 ans !" Alors il fabrique de magnifiques œuvres d'art qui leur sont dédiés, il met les humains sur sa sellette, crée des hommages d'art à sa façon, et me/nous invite à réfléchir forcément aux morts de l'Histoire. Et de toutes les petites histoires humaines, que laisserons-nous aux autres quand nous serons partis ? Avec les matériaux les plus minimalistes, l'artiste invente : des Autels, des boîte à souvenir, des lumières/âmes éphémères, des ombres chinoises, des marionnettes, des sons (paroles, cris, clochettes percutantes, vent, cœurs qui battent... Pour qui saura les entendre). Il remplit des salles entières de vêtements évoquant des disparus, rassemble de simples bottins plein de noms, issus de tous les coins du monde, simplement posés sur des rangées d'étagère pour former une bibliothèque du souvenir... Il fabrique des musées pour le commun des mortels... Les œuvres d'art contribuent merveilleusement à  constituer la mémoire collective du genre humain... C'est ce que je pense ! Puisque la mémoire des événements ne se transmet pas génétiquement...


La salle des bottins - C. Boltanski (1944) - Musée d'Art Moderne


Sentimental  Père-Mère de C. Boltanski (1944) - 2000  

Son oeuvre est multiple, toujours surprenante, imprévue, fascinante, touchante, réfléchissante...



Monumenta - 2011 - C. Boltanski (1944)


Crépuscule (2015) (Détail) - C. Boltanski (1944)

Une amie me disait il y a peu : Ah bon ! Tu aimes Boltanski, toi ? Moi, il ne me fait ni chaud, ni froid, mais je suis prête à tout entendre ! Je ne comprends rien, c'est moche... Et petit à petit, j'ai bien entendu qu'elle entrevoyait autre chose au fur et à mesure que nous en parlions... Très intéressant, tu as raison, je vais le regarder autrement, vivement une prochaine expo !

J'ai remis les deux cartes postales sur ma petite bibliothèque, j'hésite toujours entre le sens des mots, pour moi, là où j'en suis de ma vie, je confirme, l'arrivée, c'est bien la fin du voyage... Mais en attendant ce jour à venir, forcément, j'ai encore des milliers de choses à vivre,  le chemin est passionnant... Et vous, vous voyez ça comment, le parcours d'une vie ? L'Arrivée et le Départ ? Ou le Départ et l'Arrivée ?

En ce moment, j'ai un petit souci de santé, je ne vais pas prendre beaucoup de temps pour me retaper, mais quand même, cette année,  il n'y aura pas d'automne dans le Berry,  je vais tout manigancer pour y aller en octobre, et voilà tout... Retrouver les grands arbres, revoir l'orme extraordinaire, le grand chêne, les saules argentés très anciens, et mes amis... Je vais en avoir à vous raconter...

À très vite de toute façon, restons masqués, usons les gels et les savons, restons soigneusement éloignés, mais rapprochons-nous, je vous embrasse, amis fidèles et visiteurs...

vendredi 7 octobre 2011

Venise 2011... La Biennale, le retour...Avec C. Boltanski


Chance, de Christian Boltanski

Depuis mon retour des champs, j'ai bien du mal à décoller... Pas de mots, pas de suite dans mes idées... Je vais donc reprendre là où j'en étais avant d'aller voir les vaches, les oies, les hérons et les carpes de l'Indre !

J'ai bien envie de revenir à ma dernière Biennale de Venise, il faisait doux, pas la grosse chaleur, donc un temps idéal, il suffisait juste d'avoir mon appareil photo et mon sac en bandoulière, j'avais oublié la bouteille d'eau... Bien sûr, je me suis tout de suite précipitée vers le pavillon français qui affichait Christian Boltanski... Personne... J'avais l'expo pour moi toute seule, quelle chance ! L'expo s'appelle Chance justement (bonne ou mauvaise), c'est vrai qu'il faut rudement de la chance pour arriver à exister et se construire une vie. Christian Boltanski a tendance à penser que généralement, c'est le hasard qui fait les choses. Le hasard est le thème de toute sa vie, de toute son oeuvre : "Notre vie est-elle écrite à l'avance et pouvons-nous intervenir sur son déroulement ? Pourquoi certains meurent et d'autres sont sauvés quand il se produit un accident ou un fait de guerre ? Y avait-il une raison, était-ce la volonté d'une puissance supérieure ou simplement le fait du hasard ?"




Oeuvre permanente à Berlin, le nom des victimes est apposé sur les murs sauvegardés

Et tous ceux qui sont morts comment s'en souvenir ? Comment garder leur souffle, leur visage, le battement de leur coeur, leur nom, leur trace ? Le thème du hasard qui fascine l'artiste est présent dans l'oeuvre permanente qu'il réalisa en 1990 à Berlin : "Il y a une maison qui a reçu une bombe en 1945, la partie centrale a été atteinte et ses habitants tués, les bâtiments latéraux ont été préservés et personne n'a été blessé. Pourquoi parmi ces voisins, certains sont morts et d'autres ont été sauvés ?" Il m'a été difficile de réaliser une photo qui prenne les deux pans de murs restants, j'ai pris juste d'un côté.


"Je pense aussi que chacun de nous est unique par le hasard de la naissance, et pour cela important." "Ce que je suis n'est-il que le fait du hasard ?


Christian Boltanski parle de son oeuvre avec une grande simplicité, il dit de lui-même qu'il n'est pas un intellectuel, il pense avec "ses tripes" c'est un artiste qui s'impose par la profondeur, la beauté et la grande émotion qui se dégagent de son oeuvre, après la surprise de la forme, avec lui on entre tout de suite de plein pied dans les questions de la vie, la mort, le souvenir, questions qui ne manquent pas de nous parler avec insistance de notre propre existence, du moins c'est comme ça que je reçois son oeuvre qui me touche tant.


L'oeuvre est à chaque fois différente, surprenante et fascinante, c'est pourquoi je n'en manque aucune (j'essaye). La roue tourne et c'est bien comme ça que j'ai vu son installation à Venise : 4 pièces, dans les pièces latérales 2 et 4, des gros chiffres qui défilent sur de grands compteurs, les uns verts pour les naissances dans le monde, les autres rouges pour les morts, il y a en moyenne 200 000 enfants qui naissent de plus que les gens qui meurent. les morts sont remplacés rapidement, aucun doute, l'humanité continue à se reproduire...


Le bébé aux trois images

Dans la pièce du fond (3) : un grand téléviseur, où défilent à vitesse grand V des visages de bébé découpés en trois parties, toutes différentes.


Le ruban de photos

Dans la pièce centrale (1) immense, celle par laquelle le visiteur accède, un énorme énorme échafaudage qui prend tout l'espace, entre lequel défile un long ruban de photos (N et B), ça me fait penser à une grosse rotative qui imprime un journal,  les photos représentent des têtes de nouveaux-nés, 60 polonais et 52 suisses décédés, le ruban de photos tourne à toute allure en faisant grand bruit.


Le bébé recomposé

Tout à coup, une musique se déclenche, l'installation arrête sa course, les photos qui défilaient entre les barres de échafaudage s’immobilisent, sur le moniteur de la pièce 3 on peut voir le visage d'un bébé, les trois images différentes qui défilaient de façon aléatoire appartiennent maintenant à la même personne, le bébé qui a la chance de naître, celui qui va avoir une bonne ou une mauvaise vie a été désigné par le hasard, nous pouvons contempler son visage, et nous poser la question, comment va-t-il vivre sa vie, bonne ou mauvaise ?

Au bout de quelques seconde d'arrêt, tout se remet en marche, le ruban de photos tourne, sur le moniteur les images défilent, la grande mécanique du hasard de la vie se remet au travail. Qui sera le nouveau bébé chanceux ?

Puis de nouveau, la musique nous prévient que la "chance" a opéré, le miracle d'une naissance se fait devant nos yeux.


Chance

L'oeuvre nécessite une visite prolongée, il faut se laisser surprendre par tout : la forme, la musique, le bruit, les photos, le défilé des images sur le moniteur, et puis comprendre la mécanique qui va donner naissance à un nouveau-né, participer, attendre sans cesse le résultat de la roue qui tourne... C'est beau, fort et ludique à la fois... Je me suis mise à penser à ce manège du jardin du Luxembourg qui propose inlassablement (encore) aux petits enfants la queue du Mickey, en passant un bâton dans l'anneau de cuivre qui passe juste au dessus de leurs têtes... Quel bonheur, quels rires, quel espoir de l'avoir, personne ne veut descendre du manège avant d'avoir eu la queue du Mickey, je suis comme eux, je regarde les visages des bébés se reformer... Une spirale irrésistible, et puis petit à petit on se met à penser... À la roue de la vie qui tourne pour tout le monde.

Je me suis promenée dans ce labyrinthe bruyant et j'ai réfléchi, forcément avec Boltanski, si on accepte de l'accompagner dans son travail, on est obligé de réfléchir, d'aller plus loin que la forme, de traverser les zones d'ombre, et forcément pour moi, d'être touchée, car il aborde toujours des questions essentielles de notre vie.

CHANCE est une oeuvre qui fait du bruit, du fracas même, elle dérange, peut même agacer, mais... Moi j'ai adoré, touchée, percée au coeur, c'est Boltanski le grand gagnant...

mercredi 14 juillet 2021

Hommage à Monsieur Christian Boltanski !

 

18 novembre 2019 - Monsieur Christian Boltanski

Il avait accepté avec toute sa gentillesse que je le photographie, sur le lieu de son exposition au Centre Beaubourg en 2019.

Monsieur Boltanski,  vous allez me manquer ! Vous allez manquer à l'art du monde entier...

Je n'arrive même pas à croire cette très mauvaise nouvelle... Quelle chance j'ai eu de vous croiser dans vos expos, personnellement, fugitivement, comme admiratrice de votre œuvre, votre belle œuvre qui m'a si souvent fait pleurer, réfléchir, et aussi tellement émue par sa beauté...

Monsieur Boltanski, quel mauvais coup vous frappez aujourd'hui, on ne vous verra plus inventer la moindre exposition, disposer vos portraits, vos lumières, vos boîtes à souvenirs, vos autels éternels au genre humain ! Comment est-ce possible de ne plus guetter votre prochaine exposition ? Vous faites maintenant partie des traces humaines que vous avez si souvent célébrées, Monsieur Boltanski, vous avez été un immense artiste, et je pleure de vous avoir perdu ! 


dimanche 18 juillet 2021

Le Paradis normand... (1) Et le dernier au revoir à Christian Boltanski !

 

L'étang. magnifique !

Depuis des mois nous avions fixé notre date de retrouvailles en Normandie... Et ce jour est arrivé, avec le soleil, la gare Montparnasse bondée, je ne savais même plus où était le début de la fin des halls de départs et d'arrivées, le bout du bout du quai, de quel quai ? Je ne voyais rien tellement il y avait de monde, un immense chaos de départ en vacances, les voyageurs debouts, assis sur leur valise, sur un coin de banc, comme moi, et puis tout s'est arrangé, je me suis retrouvée assise bien confortablement dans le wagon, deux places pour une, la chance, dans le sens des paysages, l'idéal ! Le Paradis commençait très fort ! Une petite heure, et l'affaire du voyage fut réglée, sans que je sois pressée... Mon amie était là, le bras en l'air, sur le quai, comme un oiseau, elle battait de l'aile. Elle m'offrait de partager pour quelques jours son Paradis normand... J'allais vivre de beaux jours à tout revoir, écouter, parler, tout visiter ? Non mon amie, n'allons pas si loin, inutile, regardons autour de nous, si je n'ai pas vu une église au moins deux fois, je ne m'en souviens pas assez nettement...


Le Paradis de mon amie...

AU REVOIR ! Encore et encore !

En fait, hier soir, avec la mort de Christian Boltanski (cliquer sur le nom pour revoir le post), l'art contemporain a perdu un maître. Le 25 janvier 2020, j'avais fait un post spécial sur sa dernière exposition, magnifique, au Centre Pompidou, qu'il avait appelée "Faire son temps". Monsieur Boltanski, sans vous, l'art contemporain est devenu un désert... Pour moi !



Crépuscule (2015) - Christian Boltanski (1944-14 juillet 2021)


Hommage ! La lampe éteinte pour Monsieur Christian Boltanski 


Au début de l'expo, une sublime installation : toutes les lampes/âmes scintillaient, chaque jour une lumière s'éteignait, ainsi, une par une, jusqu'au dernier jour de l'exposition, ... Une œuvre très émouvante... Monsieur Christian Boltanski, je vous dédie cette belle ampoule éteinte.... Par vos soins !

Revenons au Paradis normand d'Alice (au Pays des Merveilles) :

Dès le début, nous nous sommes assises dans ses deux grands fauteuils blancs (voyez sur la photo, plus haut), sous l'auvent, c'est toujours bien quand il fait beau, et quand il pleut... Partout les fleurs, les arbres s'en donnaient à cœur joie, par ici la visite,  recommençons notre tour de piste... Nous avons tout de suite opté pour la maison, ses nouveautés, ses enjolivements, bravo, c'est superbe... Puis le jardin hallucinant de couleurs et d'odeurs...



Les roses plein les murs


La brouette, la ligne de linge


Leçons de choses bleues et vertes


 Bien entendu, vers le soir, le soleil met encore quelques beaux coups de pinceaux


Dans le Paradis d'Alice au Pays des Merveilles, il faut voir et revoir les lieux pour espérer en graver l'intégralité dans mon disque dur, et encore, à cause du printemps, et des saisons suivantes, rien ne reste exactement à la même place, hormis ce qui résiste à tous les temps, bien plantés dans le sol : la maison, les arbres, les artefacts... Il faut pouvoir  vivre les quatre saisons pour avoir une idée du paysage... Chaque matin est un beau jour à vivre... Nouveau !


À la fenêtre de ma chambre


Tous les matins, ça commençait bien : parfait, si on ne se déplaçait pas en touristes, il n'y avait qu'à regarder autour de soi, la beauté se prélassait dans tous les coins. Chaque visite était un prétexte à élargir l'horizon : un village, une église, un étang, une usine : Bohin (la petite vidéo vous en dira plus que moi, je me contente donc de mes photos, et aussi de mon fond personnel). L'usine Bohin est magnifique, dans un espace naturel sublime, la visite est passionnante, non seulement j'y ai vu les machines et les personnes (6) qui fabriquent les aiguilles, mais aussi une très belle exposition d'art textile... La mise en scène du Musée / Usine (qui appartient à la Communauté de Communes) est subtile bien orchestrée, très pédagogique et historique, le visiteur est gâté, ici tout est exceptionnel ! J'ai été particulièrement sensible à la fabrication des petites aiguilles avec une tête en verre de couleur (verre de Murano), le besoin de continuer à fabriquer un petit objet utilitaire, si beau, réconforte.


Derrière, les cannes multicolores de Murano


La petite tête d'épingle en verre est créée


Le beau matériel qui recueille les aiguilles selon leur format


Mon fond personnel


L'usine


Au loin les vaches brouteuses

L'exposition d'art textile était tellement belle que j'ai bien envie de vous en parler dans un deuxième épisode... Dans tous les beaux paysages que j'ai vus, il faut que je fasse le tri, j'ai pris tellement de photos, trop ? Les petits bavardages du soir,  avec mon amie, devant la belle flambée de la cheminée, restent entre nous... L'affection circule partout, les émotions sont vives, passé-présent-futur sont tout amalgamés, si parfois, dans tout ça, quelques fils se démêlent, et rassurent, on reprend confiance, les mots peuvent être puissants pour le réconfort... C'est le lot de l'amitié sincère et bienfaisante...

D'ici là, les amis, prenez soin de vous et des autres, nous vivons des moments très difficiles, je pense tout spécialement à tous les gens qui travaillent... Qui doivent tout faire pour ne pas tomber malade, bien se protéger, et protéger les autres, se protéger, protéger les autres... À très vite pour le 2e numéro, je vous embrasse...