lundi 12 novembre 2018

Mes petits cailloux... Doux... (1)


Branche de laurier et bouquet de menthe, secs

Allons bon, Danielle, ça commence très fort, des herbes séchées, squelettes végétaux, qu'y a-t-il à dire là-dessus ?

Tout, mes amis, tout, voyons-nous encore ce qui nous entoure dans nos logements, nos maisons ? Regardons-nous les objets qui font partie de nos quotidien avec un œil neuf, un battement de cœur ? Je vous propose une petite promenade intime à travers les choses qui m'entourent et qui me sont chères, ou indispensables...

Ces deux branches de feuilles sèches pendent au bout d'un petit ruban de soie verte depuis la fin de l'été. Une fois le dessèchement complet, je mets toutes les feuilles en pots, et je m'en sers soit pour le thé, soit pour les bouillons, les légumes... Le parfum de la menthe perd de son intensité, je lui  préfère les feuilles fraîches qui ne durent pas, et laissent un sillage et un goût uniques. Ces deux bouquets m'ont été donnés par des amies, le souvenir s'étire sur plusieurs mois, et chaque fois que j'ajoute une feuille dans mes préparations culinaires, je pense à elles, chaque fois...

Quand mon frère avait encore son jardin en Avignon, je revenais souvent avec un gros bouquet de laurier tout frais, je l'accrochais sur la poignée de ma petite valise, comme des fleurs des champs...

Maintenant qu'il est en appartement, ce sont mes amies qui me font ces cadeaux. Le petit ruban vert, en soie, a sa propre histoire : j'avais trouvé, il y a quelques années, des rouleaux de rubans en soie aux Puces de Montreuil, je les garde soigneusement, et pour orner mes petits cadeaux, je fais des beaux  petits nœuds que je dispose sur les paquets... Juste pour faire beau !

En vacances, dans ma campagne indroise, je suis tentée par tous les végétaux que je pourrais rapporter et faire sécher, mais je me retiens. Lles bouquets d’hortensias avec leurs couleurs arc-en-ciel m'ont souvent tentée, mais j'ai résisté...

Sur le chemin du retour de Montfort L'Amaury, je n'ai pas pu me retenir de glaner quelques marrons. Emportant un bout de promenade dans mes poches... Un homme qui passait nous salua : comme nous, il ramassait, mettait dans sa poche. C'est bon pour les rhumatismes, tout ce qui ne va pas, dit-il avec un large sourire, j'étais toute prête à le croire... Déjà, j'allais mieux... Du genou droit, surtout...


Les marrons de Montfort


Pommes, aulx, salade et noix (2015)

Cette jolie réserve, justement, je l'ai rapportée de l'Indre : cadeaux des propriétaires de ma location, cadeaux tout frais, tout bons, tous beaux

Les champs, la rivière, les chemins creux, les tas de bois, les fleurs, les roses fanées, les petits jardins alignés, pimpants... Sont restés là-bas... Tous les animaux, les gens sont restés aussi... Je vais les retrouver l'année prochaine, si prochaine... J'ai toujours le cœur serré quand je les perds de vue...


Ces fruits de la passion d'automne...

M'ont été donnés : prends ça, tu vas te régaler, une bonne soupe ! Mais non, je n'ai fait aucune soupe, je les ai mangé des yeux... Je me souviens aussi de magnifiques coings, donnés pour le parfum : tu verras, tu les mets dans une coupe dans ta cuisine où tu veux, et tu sentira leur fraîcheur et leur personnalité... Je n'ai jamais rien senti, il fallait que je mette le nez dessus pour avoir une petite effluve de rien du tout, un petit parfum acidulé, mais rien de magique... J'ai renouvelé l'opération plusieurs années, en vain... Mieux vaut compter sur le rêve... 

J'ai ramené des brassée de lavande, je l'adore, mais jamais je n'ai été récompensée, dans les petits sacs accrochés dans mon armoire, je ne sentais rien sans les avoir triturés un peu dans ma main, un petit filet d'odeur se dégageait alors, mais si furtif... Il reste le rêve, je les ai gardés longtemps pour le rêve...

Les pommes données, rapportées, je les ai toutes mangées... Non sans avoir pris la photo, leur temps était compté, il ne fallait pas qu'elles se gâtent trop vite, mais chaque fois qu'elles passaient sous mes yeux, j'admirais leur spectacle, quand toutes les feuilles furent tombées, elles avaient disparu.


Mes belles pommes d'amie


Fin de vacances d'automne à la campagne

Heureusement que j'ai gardé la photo, mes amis qui m'avaient fait ce cadeau se demandaient bien pourquoi je photographiais "tout et n'importe quoi", ils s'étonnaient toujours de ce qui me plaisait... Danielle, viens donc, je remue les pommes, Danielle, viens donc, j'allume le feu sous les feuilles mortes, Danielle, viens voir, je ratisse, j'élague, je coupe, je plante, j'arrose, je tonds, je fais propre avant l'hiver ! Ils m'appelaient, car ils savaient que tout me plaisait... Mon ami allait et venait dans ses petits chemins, il tournait en rond, regardait le travail fait, et ce qui restait à faire, avec le sourire et un grognement : Ah ! Si je n'avais pas tout ça à faire... J'en mourais... Plusieurs fois il m'en avait parlé : quand je me lève le matin, je réfléchis à ce que je vais faire, ça me rend heureux, même si je m'en plains. Ah ! J'ai encore tout ça à faire, quelle corvée ! Mais non, mon ami, pas une corvée, un élixir de jouvence. Il savait que ses jérémiades sonnaient faux, ça lui donnait du cœur à l'ouvrage, son cœur qu'il avait dû se faire rafistoler, il y tenait comme à la prunelle de ses yeux... Allez, au boulot mon ami, c'est ta vie... Cet homme est un poète sans le savoir, il ressemble à monsieur Jourdain, ses mots s'ajustent aux sentiments, ils sont beaux et simples, ça fait du bien, il me surprend toujours, il raconte ce qu'il fait de concert  avec ce qu'il pense, et ça donne de l'originalité à tout ce qu'il dit......

Mes amis, je ramasse mes cailloux... Doux et je reviens... Attendez-moi...

samedi 10 novembre 2018

Montfort l'Amaury... Le retour !


Les moutons au pré de Montfort l'Amaury, le 26 novembre 2009


Les vaches du 5 décembre 2012

Allons à Montfort ! Nous aimions cette petite ville pleine de charme... Petit inconvénient pour moi, il fallait que je me lève tôt, mon amie est matinale, je repoussais notre rendez-vous toujours un peu plus loin dans le matin : rendez-vous sur le quai, Danielle, oui mon amie, oui, j'y serai. Elle arrivait en principe une belle demi-heure à l'avance, et moi un petit quart d'heure seulement, nous étions extrêmement à l'heure, toujours plus tôt que prévu.. Mon amie me faisait des signes de loin...

Une heure de transport depuis la gare Montparnasse, un trait d'union entre la Capitale, bruyante, polluée, et la campagne, là-bas, l'herbe a toujours été plus verte !



Le charme de décembre et ses feux de végétaux, très poétiques (2012)

Depuis 2009, nous allions régulièrement à Monfort l'Amaury, il faudrait avoir enregistré nos conversations pour nous rappeler vraiment le climat de nos promenades. Rien à voir avec la météo du ciel, qu'avions-nous à nous dire en ce temps-là, faisions-nous la pluie ou le beau temps, refaisions-nous le monde autrement, avec moins de dangers ?

Les émotions provoquées par les paysages, la beauté des couleurs et des ombres, le silence, avec quelles âmes les avions-nous accueillis ? Impossible de s'en souvenir, mais nous avions toujours eu envie d'y revenir...

Ah ! Monfort l'Amaury : son église Saint-Pierre et sa merveilleuse verrière (37 vitraux du XVIe), d'une beauté confondante, unique. Unique en Ile-de-France, son très vieux cimetière des XVI/XVIIe, entouré de galeries semblables à un cloître, les vestiges du château du XIIe siècle, la maison de Maurice Ravel que nous n'avons jamais visitée, ouverte seulement le week-end, à 18 km de la forêt de Rambouillet... Et les nombreuses maisons à colombages dans les petites rues de la ville...

Ah ! Montfort l'Amaury... Nous réservait toujours de belles surprises...


L'abri voyageurs de la gare de Montfort, novembre 2018

Un paysage n'est pas complet dans mon souvenir sans les mots qui se disaient en marchant, sous le soleil ou avec des nuages. Une fois, sur le chemin du retour, nous avions ramassé sur nos épaules toute la pluie de la journée, trempées jusqu'aux os, nous avions gardé le sourire, mais nos mots, nos mots... Envolés ! Tant mieux, ils seraient de toute façon trop étriqués pour évoquer la réalité... Certaines conversations sont des confessionnaux ambulants... Nous avions le temps, un pas devant l'autre, sans se presser, nos cœurs en bandoulière, forcément, nous avions parcouru tellement de chemins dans notre vie, nous avions tant à raconter, tant à partager... Nous le faisions, naturellement, comme on respire...

Comme de belles ponctuations, les paysages, les églises, les chemins, les belles villas regonflaient nos poumons, comme c'était beau ! 




Quelques vitraux en pleine lumière, d'une beauté confondante !


L'entrée du cimetière (2018)



Une galerie du vieux cimetière, ratissée de près, magnifique (2018)



Et une vue générale, l'ancien et le nouveau...

Pour notre retour de 2018, il faisait un soleil radieux, la lumière pénétrait partout, triomphale, donnant à tout le paysage des nuances incroyables, la finesse des arbres effeuillés les faisaient ressembler à des Corot...


La présence de la lumière tant de fois imitée par les peintres


Le batelier de Mortefontaine - Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875)

Il ne faisait ni froid, ni vent, nous avons pique-niqué sur le banc d'une petite place. Le temps doux, illuminé, ne changeait pas ce qui ne peut être changé : le bruit ! Le bruit surprenait dès la sortie de la gare, tout le long de la nationale qui mène à Montfort (3 km). Mais Danielle, il n'y avait pas tant de voitures les autres fois, nous ne nous entendions presque plus parler. Danielle, c'est assommant ce bruit constant, ces vitesses, ces pétarades... Au bout des 3 km, nous n'en pouvions plus... Tiens, c'est bizarre, jamais nous ne l'avions entendu avec cette force, était-ce le trafic qui avait augmenté, ou était-ce nous qui avions changé ?

Arrivées en ville, nous l'avons trouvée plus désolée, quelques magasins fermés, à vendre, un cœur de ville désertifié. Heureusement, des commerces marchaient toujours : une supérette, deux boulangeries-pâtisseries, des magasins à colifichets, décors d'intérieurs, des coiffeurs... Les coiffeurs, dans une petite ville où il ne reste plus grand chose, sont les derniers à partir. Les voitures bruyantes circulaient dans les petites rues, et comme il n'y avait personne, les bruits des moteurs nous paraissaient plus forts.

Danielle, nous ne reviendrons plus à Monfort, assez, nous allons nous arrêter de vouloir y retourner.

Nous avons vu et revu avec plaisir  toutes les beautés du coin, inscrites aux Monuments Historiques, et les autres. J'ai félicité les jardiniers pour leur beau travail : heureusement que vous êtes là ! Merci madame, merci beaucoup... Et ils reprenaient leurs instruments de torture pour dompter la nature, la rendre encore plus belle. Nous étions restées énormément de temps dans l'église à admirer les vitraux, dans le cimetière ancien rien n'avait bougé, sinon les monceaux de fleurs qui coloraient les tombes, la chapelle de la famille de Charles Aznavour croulait sous les hommages ! 

Le temps passait... Allez Danielle, partons, il est l'heure de reprendre notre train, nous ne reviendrons plus à Montflort, il y a trop de bruit, le chemin qui mène à la gare n'est plus décoré de vaches et de moutons, où sont-ils passés ? Les voitures formaient le gros du troupeau, les vroum, vroum avaient-ils comme par enchantement remplacé le chant des oiseaux (que nous n'avions jamais entendu) ? Mon amie, qui d'habitude dans nos promenades n'était gênée par aucun bruit, recherchait maintenant le silence. Danielle, ce n'est pas croyable, aujourd’hui j'entends tout, c'est horrible, je perçois le bruit par dessus tout. Nous n'avons jamais pu trancher, pourquoi détestions-nous aujourd'hui ce que nous supportions sans problème jusqu'à présent ? Le lieu avait-il vraiment augmenté ses décibels, nos oreilles devenaient-elles plus délicates ? Nous ne le savions pas... Deux ronchonneuses, ça c'est sûr...

La prochaine fois, si nous allions à Noyon, voir la cathédrale ? Parfait, en décembre, c'est une belle période pour admirer des gargouilles, bien sûr, avec grand plaisir, nous irons, nous irons...

Le retour fut aussi bruyant que l'aller, j'ai pris une photo en trente seconde, sur la nationale, un petit bout de moment calme, mais ne vous vous y fiez pas... La photo est menteuse, le bruit arrivait de toutes parts comme un grand vent...


La route nationale pendant trente secondes de calme


Quand le bruit devient plus perceptible, quand il commence à faire parler de lui en premier, quand il envahit l'environnement, alors, il faut changer de lieu, rechercher le silence devient une priorité... Je songeais à l'Indre, à mon vélo, mais là aussi, je n'entends plus les oiseaux...

Mes amis de passage et mes amis réguliers, à très vite pour d'autres images et paroles...

vendredi 2 novembre 2018

Reprise de mon Atelier : perles...


Le parc Dupeyroux de Créteil

L'image de ce beau parc n'a rien à voir avec mon atelier de perles, j'ai choisi de mettre cette image en tête de mon post simplement parce que je la trouvais belle, en complet décalage avec ce qui m’obligeait à venir par ici, après un trajet assez long en métro, pour un rendez-vous chez mon dentiste, que je redoutais. Jamais d'agrément chez le dentiste, je n'y vais que contrainte par les événements, et ravie quand les soins se terminent. Ce petit parc est comme une perle posée sur un environnement bruyant et vraiment moche, une exception végétale traversée par le soleil...

Dans ce lieu inconnu, en sortant de chez mon dentiste, toute réparée des dents, je me suis trouvée, comme Alice au Pays des Merveilles, dans un parcours plein de beauté et de surprises... Personne à l'horizon, les allées fleuries poussaient pour moi seule, la lumière perçait les arbres jusqu'à mes pieds, la douceur du temps rendait les bancs utilisables pour toute la journée...

Mais je reprends les perles... Depuis ma guérison, je me suis mise à enfiler des perles avec passion, de tous côtés mes amies me réclamaient des réparations, des créations, des transformations, des petites envies nouvelles, à porter en tous temps... J'ai recommencé à tirer le fil de nylon, rassemblé les couleurs, trié les petites et les grosses perles. Commencer l'atelier par des réparations, c'est l'idéal, le travail de répétitions encourage la création, il fallait que je retrouve les techniques d'enfilage que j'avais perdues, depuis le temps...

Ce qui voulait dire que la solidité avait été mise à l'épreuve du temps avec succès ! Et surtout, le plaisir de faire plaisir avec trois fois rien...


La mise en route...



Réparation impossible d'un petit bracelet, les perles ne se font plus dans cette couleur !


Renaissance avec la diversification des couleurs



 Commande spéciale, avec plaisir



Transformation : le centre était un bracelet assez lourd en pierres dures, et hop ! Voilà un joli collier tout remonté...

Pendant le travail, si les perles s'ajoutent sur le fil, dans ma tête défilent aussi les pensées, les bonnes et les mauvaises. Les pense-bêtes s'accumulent, quelque fois même dans la seconde qui suit, il me faut les noter, pour garder des traces. Enfiler des perles n'est pas de tout repos, il y a du monde qui se bouscule au portillon, trop vite,  il faut donc faire avec, ni les couleurs, ni les formes ne peuvent rien changer au défilé des paysages mentaux qui s'agitent là-haut... J'ai vu le loup, le renard et la belette, j'ai vu le loup et le renard danser... J'lai ai vu taper du pied...

Ne dit-on pas que le travail manuel dissipe les inquiétudes, calme les angoisses ?... Pas du tout, il concentre vos forces sur les formes, les couleurs, il requiert votre vélocité, votre virtuosité, il s'appuie sur les difficultés rencontrées, et c'est ça qui sauve. Le travail met à distance, et vous donne des satisfactions issues des matières employées : à réussir un "truc", c'est le résultat qui fait du bien à l'âme... Si vous vous arrêtez, les paysages mentaux, tristes ou gais, reviennent intacts ! Il faut donc toujours rester en action, même dans des actions minuscules, enfiler des perles pour trouver de l'apaisement. Vous êtes toujours avec moi ?

Je fais feu de tous bois, une de mes amies, chère, porte souvent du bleu comme ses yeux, je lui fais un collier bleu :


Le collier de mon amie

Une autre voulait briller discrètement mais sûrement, je lui fais un collier plein de lumière, mais j'ai oublié de prendre la photo, je lui ai fait aussi un collier de couleurs délicates en verre :


Les petits cailloux de verre

Je ne peux pas résister au plaisir de vous conseiller quelques films que j'ai adorés :

Les six portraits XL d'Alain Cavalier, cinéaste français qui, à 87 printemps, continue de nous éblouir avec cette oeuvre, à déguster sans modération, on peut même y aller plusieurs fois, tellement c'est foisonnant de détails. J'ai déjà vu le portrait de Léon le cordonnier, Guillaume le boulanger, Daniel le poète avec ses TOC si présents, Jacquotte qui garde son passé enfermé, intact et poussiéreux, dans la maison de ses parents, de ses grands parents... Je ne suis pas pressée d'aller voir les deux derniers portraits, je veux prendre le temps qu'il faut pour me réjouir, les garder pour la fin, saliver. Savoir que j'en ai encore deux à voir m’enthousiasme !

Six portraits XL, de Alain Cavalier


Le grand bain, de Gilles Lelouche

Un film qui donne à voir tout ce que l'on peut espérer des humains : la compassion, l'entraide, la solidarité, et en plus le rire, l'émotion, la beauté, et l’espérance... Un régal, pas de mièvrerie, des mots durs et des actions difficiles, cette bande de bras cassés va tout casser sous vos yeux... Courez... Moi, j'ai adoré ! Bravo monsieur Gilles Lellouche, une réussite totale...



S'il vous reste du temps allez voir le très beau documentaire, "Le grand bal" de Laetitia Carton, ça donne des frissons, sept jours complets et huit nuits à danser sur des répertoires qui viennent de tous les coins de France, également les standards des danses de salon. Les danses traditionnelles et collectives de nombreux pays sont présentes, un docu superbe et enchanteur. Courez aussi ! Calez-vous dans le fauteuil d'orchestre, et balancez...

Mes amis, mes passagers, suite au prochain numéro !!

mardi 23 octobre 2018

La belle rencontre !


Un dimanche à la campagne, dans l'Indre (2011)

C'était un dimanche avec ciel bleu qui invitait à sortir de chez soi... Justement j'y étais, dehors, un petit sac à provisions au bout du bras...

Le grand magasin près de chez moi ouvre le dimanche matin, je ne l’utilise que très rarement, pour les oublis de dernière minute, je m'en veux d'y aller, car je vais contre mon courant de pensée... Mais j'y vais quand même...

L'esprit humain est très tortueux, ou surtout trop pressé d'obtenir ce qu'il désire, rien ne peut attendre, nous sommes dans l'ère du " tout de suite"... Et je n'y fais pas exception...

Dans l'autobus, j'avais trouvé une place tout de suite, pour un tout petit trajet. En face de moi s'était assise, dans toute sa splendeur, une dame habillée entièrement en bleu, elle parlait presque toute seule, mais en fait ses paroles, j'ai eu la chance qu'elle me les adresse... Elle ressemblait à un personnage de la période bleue et rose de Picasso, toutes les couleurs s'étaient mélangées... Les habits bleus et le visage rose, le sourire rose, le ton rose... Difficile de lui donner un âge, mais ça faisait pour moi entre cinquante et cinquante-cinq grand maximum...

J'ai mal au pied. Ah bon ! C'est ennuyeux pour vous... La balade commençait par la douleur : j'ai mal dans le pied depuis que je suis toute petite. Ah bon ! Comme si on me traversait mon pied avec un grand couteau électrique, ça pique, ça fait comme un éclair, personne ne trouve ce que j'ai, j'ai mal, même la nuit, ça me lance... Elle avait dit tout ça avec le sourire, et j'ai pu voir ses yeux d'un bleu profond, cerclés de noir... Personne n'a pu trouver la cause de votre mal ? Non, c'est comme ça depuis que je suis toute petite. Personne ne voulait vous croire ? Nous étions vraiment entre quatre yeux : non, personne, tout le monde pensait que je faisais des caprices. Oh ! Comme c'est triste...

Voyez comme il fait beau aujourd'hui, je vais chez ma mère. Ah bon ! Elle habite loin, votre maman ? Dans les beaux quartiers, oui, les beaux quartiers. Elle avait mis un sourire malicieux pour "les beaux quartiers", je n'ai pas demandé l'arrondissement, je n'avais pas envie de savoir où étaient ses beaux quartiers... Mon beau quartier à moi, c'est Arts et Métiers, c'est pas compliqué. Elle avait mal à un pied, prisonnier de l'électricité, s'appuyait sur sa canne même assise, elle débordait largement de son siège et elle allait dans les beaux quartiers... 


C'était tous les jours dimanche dans la petite routine dans l'Indre (2001)

(Un petit chemin, bordé de fleurs et d'arbres, un chemin qui ne mène pas loin, qui est petit et qui traverse un champ ou deux, un droit de passage qui ne sert pratiquement à rien, mais qui permet la sortie d'une maison pour s'en aller vers le grand large, s'appelle une petite routine... La petite routine de l'Indre est la 8e merveille de toutes celles que je connais... Elle est verte, fleurie, ombragée, et mène au grand arbre à l'horizon...)

Mais reprenons la balade en bus : au début, quand la dame de la période bleue et rose, au pied électrifié a parlé, je ne pensais pas qu'elle m'adressait la parole, je pensais plutôt qu'elle parlait à la cantonade. C'est à moi que vous vous adressez ? Elle n'a pas dit oui, mais elle a continué à me raconter la belle histoire en me regardant dans les yeux. Elle allait me dire de l'or, écoutez... C'est doux comme du coton perlé...

C'est mon amie ! Ah bon, votre maman est aussi votre amie ? Oui, c'est ma meilleure amie, je l'aime beaucoup. Je comprends, c'est très touchant ce que vous dites. Elle a toujours été là pour moi, toujours, même dans les moments les plus tristes de ma vie, je lui raconte tout, et elle me comprend...

Vous allez la voir tous les dimanches ? Oui, je profite de sa présence, j'en profite pleinement, tous les dimanches, je passe toujours une très bonne journée quand je suis avec elle. La dame en bleu avait un sourire de quartz rose.Tout, tout, tout avait été dit avec douceur, ma maman, c'est aussi mon amie... Je vais la voir le plus souvent possible, je passe toujours un bon moment quand on est ensemble...

Ce qu'elle m'avait dit ne ressemblait à aucun discours entendu depuis des années...

J'avais écouté des viols, des brutalités, des maladies, des deuils, des ruptures, tant de dissonances familiales, si j'avais mis toutes ces confidences dans le plateau de la balance, il se serait écroulé avec fracas du côté des malheurs... Le bonheur, c'est dans les chansons qu'il explose... Qu'il vous fait voir la vie en rose...

Imaginez ce  beau dimanche en bleu...

Arrivée dans le grand supermarché du dimanche, j'ai mis trois choses indispensables dans mon filet de pêcheuse et je suis passée en caisse presque à la dérobée...

Mes amis, profitez de tous ceux que vous aimez, dites-leur, faites bouger votre cœur, les paroles, pour le partage ça aide énormément, pour tout ! Pour le bonheur aussi !

À très vite mes passagers clandestins, mes amis de toujours... À bientôt sur mes lignes, pour des petits riens qui en disent long...


dimanche 21 octobre 2018

Maman, tu n'avais pas assez d'assiettes ?


La grande assiette de 22 cm en porcelaine 

J'avais tout mon petit monde autour de moi : maman, assieds-toi, tu ne bouges plus, je m’occupe de tout. Il est comme ça, mon fils, il donne ses ordres quand je suis malade, quand il me voit un peu fatiguée, il est très attentif, j'ai beaucoup de chance...

Il n'y avait pourtant pas beaucoup de monde autour de la table, mais ça suffisait pour me mettre en joie et me fatiguer...

La table n'était même pas dressée, je ne m’étais occupée que du repas, la cuisson des légumes, le matin, la préparation de la viande, au bout du compte, j'avais largement dépassé mon quota d'énergie journalière...

Tout au long de la journée, j'avais bien avancé sur tout, mais quand on est fatiguée, le temps tourne autrement, tantôt rapide, tantôt lent, rien ne va plus comme avant... Il faudrait presque acheter un canapé en plus...

Il a dressé la table, il connaît par cœur ma cuisine, je lui avais donné les clés dès son arrivée, l'essentiel du repas était prêt, nous n'avions plus qu'à nous mettre les pieds sous la table et bavarder tout à notre aise, heureux de se retrouver...

En sortant les petites dernières, blanches avec un petit bouquet de fleurs adorables dans un coin, le tout cerné par deux lignes dorées, une qui se croise et l'autre appliquée sur le bord, rien de plus, presque impossible de les mettre dans la machine à laver de peur de les détériorer, pourtant j'avais décidé de les y mettre quand même, à Dieu va !


 La petite et la grande étaient parfaites

Mon fils me dit en voyant les nouvelles : maman, tu n'avais pas assez d'assiettes ? Ça n'était pas une interrogation, mais une boutade, un sourire, un clin d’œil, une petit facétie affectueuse dont il avait toujours  le secret...

Bien sûr que j'avais assez d'assiettes, trop même, mais quand j'avais vu celles-ci, de bon matin, aux Puces de Montreuil, j'ai eu un Kif comme disent les jeunes, une envie soudaine de les acheter, je pouvais en prendre autant que je voulais, le gars se fichait complètement de dépareiller les piles. Elles me plaisaient tant et plus... Peut-on prendre du recul avec un coup de foudre ? Ai-je vraiment le temps de ratiociner sur la nécessité ?

J'ai fait le compte, je prends ces sept grandes-ci, tout un bouquet sur la table, le brocanteur a même trouvé un grand chiffon pour les envelopper et j'ai tendu mon petit billet de cinq euros avec le sourire.

Le bonheur complet, et toutes ces fleurs délicatement posées sur la porcelaine blanche, j'en ai déjà partout à la maison, sur le balcon, sur la console, sur les murs, mon jardin secret est un secret de polichinelle.

Zut, je ne vais pas pouvoir les mettre à la machine à laver, plusieurs fois j'y avais pensé... Plusieurs fois j'avais répondu : pas grave, je vais les mettre quand même. La vie est courte ma fille, profite de l'instant !

En fin de matinée, une autre question vrilla mon cerveau : j'aurais dû prendre également les sept plus petites !!! Mais que je suis bête, que je suis bête, et je n'ai pas arrêté d'y penser, si j'y retourne maintenant, forcément elles n'y seront plus plus, forcément, tout le monde les voudra, elles sont tellement joliment fleuries, jusqu'à ce que je prenne mes cliques et mes claques, l’ascenseur, le bus, traversé bien comme il faut dans le passage piétons, regardé au loin le bout de chemin qu'il me restait encore à faire, puis arpenté les stands d'outillages, de chaussures usagées, de tuyaux percés, arrivée au but pour voir tout de suite que les piles étaient toujours là ! Ouf !



La pile des petites et grandes

Je les ai choisies une par une, le marchand s'amusait de me voir faire : mais je vous ai déjà vue ce matin ? Oui, j'ai pris les grandes assiettes, et je suis contente de voir que les petites sont encore là. Alors si vous êtes contente, je suis content aussi, j'ai senti l'empathie immédiate entre nous, j'ai sorti mon billet de dix euros et il me rendit mon petit billet de cinq euros du matin !

Le tout était joué, bien joué.

C'est donc ça la société de consommation, acheter sans besoin véritable ? Je me consolais en pensant que je donnais une deuxième vie aux assiettes anciennes,  un nouveau destin, j'étais presque consolée, confortée... Pas du tout culpabilisée...

Depuis ce jour, chaque fois que je sors une assiette, je regarde les fleurs, toujours en forme, belles,  pas une égratignure, je suis charmée... Cet achat à deux tours, je l'aime durablement !

Comment dire tout ça à mon fils ?  Il avait dressé la table avec le sourire : "Maman, tu n'avais pas assez d'assiettes ?" Mais si, mon fils chéri, j'en ai plus qu'assez, des assiettes, mais des fleurs je n'en ai jamais assez, c'est vrai, j'ai fait une crise de consommation, avec tant de plaisir ! Sa façon si personnelle de me taquiner avec cette tendresse me rendit heureuse, comme le bouquet final...

Mes amis, patientez, je reviens très vite pour de nouvelles impressions de presque rien...



mardi 9 octobre 2018

Le rêve d'Alice...



Vieille femme à l'écharpe verte - Christian Seybold - (avant 1768)

Alice va avoir 104 ans d'ici un mois ! Elle habite sur mon palier, ça fait presque 20 ans qu'elle frappe à ma porte, et moi à la sienne... Au bout d'un long moment de discussion, les yeux dans les yeux, je lui demande : Alice, c'est quoi votre rêve ? Mon rêve, c'est de partir, je n'ai plus rien à faire ici ! Alice dit toujours avec pudeur : "je veux partir",  elle ne dit jamais : "je veux mourir"...

Je le sais, Alice, je le sais depuis quelques années, vous me le dites, mais aujourd'hui vos jours se sont densifiés, votre détermination est forte, vous me dites aussi que vous ne quittez pas votre appartement de plein gré, vous n'avez pas pu résister à vos enfants : non, je n'ai pas pu, je n'ai pas osé, je ne voulais pas partir, j'étais bien dans mon appartement, avec toutes mes affaires, mes souvenirs, mes objets, mon amie que je ne reverrai plus, mes chères voisines... Je me retenais de pleurer, car les émotions étaient fortes, fortes à soutenir, fortes pour rien... Puisque forcément, elle devait partir dans le sud, près de son fils... Ils avaient réservé un petit appartement pour elle dans une résidence pour personnes âgées.

Alice relève d'une fracture grave au bassin, elle s'en est remise, elle trottine maintenant avec une canne dans la maison de convalescence, et dans la rue, il lui faut un bras pour équilibrer le château branlant...

Nous étions allées lui rendre visite avec une autre chère voisine, si douce, si calme, si aimante, si attentionnée... Que tout le monde adore dans la tour... Elle n'attendait pas notre visite, et s'est réjouie immédiatement de nous voir.

Notre conversation tournait autour des besoins de sa vie présente, et de nos vies à toutes trois, finalement... Que savions nous vraiment de ces questions essentielles pour nous-mêmes, maintenant que nous en étions à réfléchir sur notre avenir si petit, même si nous étions encore loin de l'âge d'Alice ? Nous nous sommes engagées d'abord dans la nécessité impérieuse de comprendre, nous écoutions Alice, de l'intérieur, nous l'écoutions de tous nos cœurs, pour elle et pour nous-mêmes... Alice, que voulez-vous maintenant ? Même si nous ne trouvions pas exactement les mots qu'il fallait pour en parler, nous voulions faire de ce moment de la visite un moment de vérité, d'affection sincère, chacune de nous avait envie de pleurer... Elle était en colère et l'exprimait... Nous l'écoutions, nous écoutions le mystère des vœux des derniers temps... Nous en prenions de la graine... Une vraie leçon de philosophie dans la maison de retraite...

J'obéis à mes enfants, je ne peux plus rien dire, je ne dis rien, je garde tout là : elle met sa main sur son cœur, je n'ai pas pu choisir ce que je voulais emporter, ils se sont chargé de tout sans moi... J'aurais voulu être là, choisir, regarder une dernière fois, je suis triste...

J'avais posé machinalement mon portable sur la petite table autour de laquelle nous nous tenions, et elle posa un doigt dessus : c'est ça que j'ai demandé ! Mais mes enfants ont dit : mais ça ne va pas te servir, tu n'entends rien. Alice démonta un à un les arguments contre le portable "inutile pour elle", et qui ne lui sera pas accordé : mais si, j'entends très bien la sonnerie, et quand je le colle à mon oreille j'entends très bien, et puis je peux l'avoir avec moi tout le temps... Rattachée au grand monde, à son monde, à ceux qui pensaient à elles, à ceux qui l'appelleraient...


La vieille dame à l'écharpe verte - Christian Seybold (avant 1768)


Après le portable, elle revenait sur ses affaires qu'elle laissait derrière elle dans l'appartement, sans les trier, les choisir, les regarder une dernière fois : vous comprenez, j'aurais voulu être là ! Bien sûr, nous comprenions...

Plus tard, après la visite, j'ai aperçu sur le palier sa famille qui vidait les lieux, on l'emportait sans lui demander avis, sans la consulter, elle obéissait, un point c'est tout. Ils triaient, rangeaient, et jetaient... Et bientôt, sur le trottoir, j'ai vu un grand tas de bouts de bois qui avaient été des meubles, des sacs, des tringles, des... Ils avaient leurs mot à dire, Alice n'avait pas que des qualités, les histoires de famille, nous, les voisins, on n'en connaissait rien, j'ai bien senti qu'il y avait des rancœurs, des mots de trop, blessants peut-être, allez savoir comment le siècle d'Alice, ils pouvaient le raconter...

Elle n'avait qu'un rêve : partir au plus vite, je ne demande que ça, que ça ! Déjà, à ses 100 ans, elle avait trouvé superflu les bougies, les gâteaux, les petits discours, les cadeaux, elle n'avait déjà plus de place pour tout ça...

Sur le palier, j'ai essayé de discuter, ils m'avaient invitée à venir choisir un objet qui me faisait plaisir, un souvenir, alors j'ai expliqué que j'avais déjà le beau souvenir : un magnifique coquillage nacre qu'elle m'avait donné un jour, après avoir entendu les compliments que je lui en faisais. Elle était venue sonner à ma porte à pas de souris grise, tenez Danielle, c'est pour vous ! Après l'avoir repoussé, j'avais saisi la nacre de mes deux mains, mais Alice, pourquoi ? Non, je ne peux accepter, et j'acceptais au bout du compte, tant elle insistait... C'était une splendeur qui me déchire le cœur aujourd'hui. Le coquillage ressemble aux cheveux d'Alice, blancs comme la nacre.



Le beau coquillage que m'a donné Alice, un jour, en souvenir d'elle !

Si nous lui achetions le portable avant qu'elle parte ? Nous complotions déjà entre voisines, entre deux étages, oui, faisons ça, nous le ferons...

Elle aurait pu rester encore quelques années, c'est sûr, dans son pigeonnier à côté du mien, elle avait du monde autour d'elle, ses voisines, sa femme de ménage qui se promenait avec elle, jouait aux cartes, bavardait, les repas communaux pouvaient lui être servis sans problème,  le dépaysement total, ça pouvait attendre un peu. Après les deux fractures du bassin, elle trottait presque comme un lapin, bien à l'abri sous un bras ami, et puis dans la tour, il y avait l'ascenseur, elle aurait pu attendre un peu avant d'aller voir la Méditerranée...

Je veux partir, c'est tout à fait ça que je souhaite, depuis tellement de temps qu'elle  intercède en vain, là-haut !

Rien à faire ma fille, encore un peu de patience, pour l'instant c'est le grand déménagement !

Tout, tout ce que j'entendais auprès d'Alice, tout ce que  j'y voyais, je l'avais pris pour moi aussi, je ne pouvais m'empêcher de penser à plus tard, pour moi aussi...

Alice, vous dites souvent que vous n'êtes plus utile à personne, mais si, Alice, quand il reste de l'amour, ça peut durer jusqu'à la fin, la seule utilité qu'on a vraiment pour les autres reste importante si on se sent encore aimé, ne croyez-vous pas ? Quand des cœurs battent encore pour vous, quelque soit votre âge, on reste utile à ceux qui restent, on se prend les mains, on pleure même à chaudes larmes, si l'amour nous est donné jusqu'à notre fin, il me semble que nous pouvons partir heureux, non ? Quand on a dépassé le siècle, comme Alice, que reste-t-il encore à partager sinon l'amour avec ceux qui vous aiment ? J'ai bien senti que mes histoires d'amour la touchaient profondément... Mais je crois que dans sa chaîne d'amour, il y avait sans doute des maillons faibles...

Je vous laisse continuer l'histoire, elles se ressemblent toutes, un peu plus par-ci, un peu moins là... Quand je vous le dis qu'il vaut mieux s’aimer les uns les autres, c'est à la fin, la toute fin qu'on s'en rend vraiment compte, peut-être ? L'amour est vraiment la seule chose utile, indispensable, avant le grand chambardement, non ? Nous verrons...



Mes amis, je ne choisis pas mes histoires, c'est elles qui me choisissent... Celle-ci est triste, grave, mais la suivante sera plus gaie... Promis, juré...

.

dimanche 23 septembre 2018

Mes dernières toiles..étoiles....


L'affiche du documentaire sur Martin Luther King


Un magnifique documentaire réalisé par Sidney Lumet et Joseph Mankiewicz, sorti au mois d'août 2018 (3h12) (USA)

Résumé parfait fait par le site Allociné, pourquoi en dire plus :

Depuis le boycott des bus de Montgomery en 1955, l’une des premières actions inspirées par Martin Luther King, jusqu’à son assassinat, le 4 avril 1968 à Memphis, ce documentaire retrace les étapes cruciales de la vie du leader non violent, prix Nobel de la paix en 1964, qui prononça devant plus de 250 000 personnes un discours resté célèbre, commençant par ces mots : « I Have a Dream ».

Que dire de plus, sinon l'émotion que suscite ce film : les faits chronologiques, les images d'archives, montrent la lutte engagée pour les droits des citoyens américains noirs, et nous font revivre ces grands moments. Un beau documentaire en hommage au pasteur Martin Luther King, qui a su conduire et accompagner ces mouvements citoyens. Les 3h12 sont à peine suffisantes...




Réalisateur Lee Chang-Dond (Sud Coréen) - 2h28


La longueur de ce film est une aubaine, nous pouvons ainsi nous plonger dans une ambiance trouble et énigmatique, le spectateur travaille autant que le réalisateur. Il nous invite à nous perdre dans l'intrigue, les indices qu'il nous donne ne suffisent jamais à comprendre toute la situation du premier coup, ni du 2e coup, d'ailleurs... Un régal pour la cogitation, des acteurs formidables, une mise en scène superbe, je vous laisse découvrir le reste... Ne le ratez pas, quand même ! C'est passionnant et grandement mené...




BlackkkkLanzmann - Spike Lee (USA) 2h16 

Un film important pour se rappeler et comprendre, il se situe dans les années 1970 : un policier noir arrive comme premier officier du Colorado... Mais son arrivée n'est pas acceptée par tout le monde, certains de ses collègues le stigmatisent... Il monte une opération d'infiltration du KKK avec un collègue blanc... Il font tous deux équipe autour d'un projet dangereux : neutraliser le Klan, dont le véritable objectif est d'aseptiser son discours ultra-violent pour séduire ainsi le plus grand nombre. Les dernières images (d'actualité) du film nous replongent dans la réalité d'aujourd'hui, avec les partis  d'extrême-droite qui relèvent la tête sur les mêmes sujets... Affaires à suivre...


Nicolas Philibert, grand cinéaste de documentaires, revient...

Avec cet excellent film sur l'apprentissage du métiers d'infirmier-e, 1h45 d'émotion, et d'apprentissage également pour nous, spectateurs...

Si ce film passe près de chez vous, ou plus loin, courez le voir... Il a été tourné dans une petite structure hospitalière située près de la Porte de Montreuil, l'hôpital Saint Simon (une fondation privée), toutes les équipes ont accueilli avec ferveur le projet du cinéaste, et sont devenues partie prenante du tournage...

Nicolas Philibert rend hommage aux personnels soignants, en particuliers aux infirmiers et infirmières. Il tournait déjà autour de cette idée, avait déjà fait des repérages, quand une embolie l'a conduit en soins intensifs en janvier 2016.

"À l'issue de la projection auprès du personnel, j'ai été surpris de voir que leurs réactions dépassaient largement le cadre de leur propre présence. Ils ont été visiblement sensibles au mouvement général du film, ont dit s'être reconnus dans ce portrait collectif. Pour eux comme pour les formateurs, je crois que c'est devenu "leur"film".

Je crois que c'est devenu aussi le mien ! Je suis fan de Nicolas !! J'ai vu tous ses documentaires !



Film écrit, réalisé et joué par le réalisateur Jim Cumming (USA) 1h31

Bravo !

Contrairement à ce qui est écrit sur l'affiche du film, on ne " crève pas de rire", mais "il brise vraiment le cœur". L'acteur est remarquable dans toute la gamme des sentiments : la tristesse, l'angoisse, la dépression, le courage, l'énergie, la colère. Il joue le rôle d'un père policier qui veut protéger sa fille, il tente de l'élever comme il peut, et accumule d'énormes difficultés sur son parcours... Passionnant ! Âmes en peine, trop sensibles ou dépressives, s'abstenir... J'ai beaucoup pleuré !

Comment ne pas se laisser toucher par ce personnage singulier...



Emmanuel Mouret  (Français) - Mademoiselle de Joncquières - 1h49

Une jeune veuve (Cécile de France, magnifique !) cède aux avances du marquis des Arcis. Après quelques années d'un bonheur idyllique, il se lasse... Follement blessée, elle se venge... Tout est parfait, les dialogues, les acteurs, les paysages, les costumes, l'histoire (cousue de fil blanc, un peu à la Colombo), pourtant je n'ai rien ressenti, je me suis laissée aller seulement  à la contemplation de la beauté des paysages, de la nature, des parcs, des très belles couleurs et lumières, mais je n'ai pas été franchement émue, sauf que j'ai beaucoup aimé l’actrice aux manettes de la vengeance !

Allez le voir quand même, c'est très très beau et la fin, de la vengeance vous surprendra...


François-Xavier Drouet (Français) 1h43

C'est là que j'apprends tout sur les forêts françaises d'aujourd'hui : leur gestion intensive, l'industrialisation massive, la réduction des essences, les changement des paysages, la perte de la biodiversité. Nous sommes au cœur de la sylviculture : exploitation rationnelle des arbres forestiers (entretien, reboisement, etc.), afin d'obtenir une rentabilité rapide. Ainsi donc, les forêts françaises, dont 75% sont privées, vivent à l'heure de la sylviculture, de la rentabilité, au détriment de la sauvegarde des espèces. Les arbres qui sont plantés sont les Douglas (Amérique du Nord), espèce de sapin à pousse rapide, haute et uniforme. Pas un chant d'oiseaux ne les pénètre et il ne pousse rien en dessous, disent les forestier de l'ONF. Ces forêts sont très noires mais elles rapportent gros, la mécanisation est très forte et les machines, bien sûr, ont remplacé les bûcherons, la forêt est devenue une industrie comme une autre. La gestion forestière suit à vitesse accélérée le modèle agricole intensif.

Il y a énormément d'informations dans ce film, je n'ai pas tout enregistré d'un coup, mais le problème est posé : que deviennent les forêts de France, et que deviendront nos paysages, privés des 45 ou 50 espèces qui les composent, comme au Danemark où il en restent 3 !!!

Affaires à suivre... Courez le voir, il est très pertinent, et surtout très émouvant... On y apprend une foule de choses pas très drôles et très préoccupantes...




De la réalisatrice Debra Granik - 1h49 (USA)

Un dernier film pour la route, très beau film ! La réalisatrice nous en dit plus sur son film : "J'aime l'idée qu'il faut se demander : de quoi avons-nous besoin ? Plutôt que : que voulons-nous ? La société de consommation nous empêche de trancher la question, quel est l'enfant qui connaît la différence entre le besoin et l'envie ? On ne nous l'apprend pas, on nous apprend à vouloir toujours plus..."

Le père et sa fille (15/16 ans) vivent dans un parc naturel de l'Oregon (où ne sont plantés que des sapins horribles !), loin de la société. Ils vivent selon leurs besoins (surtout ceux du père) : nourriture, apprentissages, expérimentations, une vie sauvage, décalée et toujours très affectueuse et solidaire..

Au bout du voyage, la jeune "Tom" a le désir d'en finir avec cette vie-là, elle décide alors d'abandonner la solitude de son père pour vivre parmi ses semblables, dans une "vraie" maison, en pleine nature quand même, avec des personnes qui chantent et qui sont joyeuses, des sédentaires en Mobil-Home. Le père poursuit sa route. Les images sont très belles, précises, riches de gestes et de regards : inquiets ou confiants, interrogatifs, incertains, saisis avec justesse, bouleversants, les émotions m'ont envahie...

Magnifique ! S'il passe près de chez vous, laissez tout en plan et courez le voir aussi, il le mérite...


Mes amis, mon blog va se ralentir, je me soigne, et ça me prend un temps complet... Mais dès que je peux, je reviens très vite, je vous embrasse... Je vais profiter des apprentissages du film de Nicolas Philibert, je vous raconte après... Profitez de l'automne !