vendredi 6 mai 2011

Droit dans le mur... Les palmiers de Notre-Dame...

Les pompiers arrivent


Le héros monte à l'échelle pour sauver le chat


Ouf !

Le Pont des Soupirs parfait dans le paysage

Par un heureux hasard, j'ai rencontré d'autres murs peints à Paris, mais comme je n'ai pas pu les photographier en pied : trop grands, pas assez de recul, gêne au premier plan... J'ai donc décidé de vous les ramener en morceaux...

Le premier mur que je trouve amusant, vif et pétillant, plein d'humour, je l'ai aperçu tout près du métro Saint-Fargeau, j'ai attendu un petit moment que la voiture des jardiniers de l'immeuble s'en aille, mais rien à faire, à Paris, quand on a la chance de trouver une place, on la garde, j'ai bien tourné autour, et puis je me suis découragée, j'ai pris comme je pouvais ce sauvetage... J'ai trouvé que pour aller chercher un chat sur le Pont des Soupirs, en plein Paris, il fallait bien être héroïque comme les pompiers, le Pont des Soupirs à Paris ? Ben oui, c'est quoi qui n'est pas normal ? Voyez ... Absolument intégré au patrimoine historique... Peint depuis 10 ans (Philippe Rebuffet, 2000) il est frais comme une rose... On fait même attention de ne pas gêner le passage des chevaux...

Ensuite, j'ai filé à Notre-Dame de Paris, où j'avais appris qu'il se passait quelque chose de singulier, on avait planté 50 palmiers, des vrais, il ne fallait pas rater ça.

Derrière les barreaux...


Vite, vite, me voilà sur place, Métro Cité, je vous garantis qu'il y avait du monde, à droite, au Palais de justice, les avocats en robes noires,étaient en pleine manif (je n'ai pas su exactement pourquoi, à ma grande honte), à gauche, au pied de Notre-Dame les palmiers, le sable et l'eau, l'Oasis avait traversé la mer...

Sous les pavés, la plage...

L'Aide de l'Église en Détresse (AED) avait organisé la "Palme de la liberté" pour défendre la liberté religieuse dans le monde. Il y avait donc de jolis palmiers et une petite mare en plastique, du sable clair, chauffé par le soleil de midi, une petite estrade avec des bénévoles autour qui cassaient la croûte avec des plateaux repas, et j'ai entendu juste au moment où j'arrivais une voix dans les haut-parleurs qui disait ceci : "l'église chrétienne se meurt dans le monde, après 2000 ans d'histoire, à cause des musulmans fondamentalistes". Je ne suis pas restée longtemps pour avoir des réponses aux questions que j'avais envie de poser... Puisque c'était l'heure de la pause, mais je suis restée surprise du discours... J'ai pris mes photos et je suis partie, pensive...

L'Hôtel-Dieu bientôt fermé ?

En passant devant l'Hôtel-Dieu, j'ai voulu prendre une photo de la belle oeuvre sur toile de Claude Viallat, tendue au plafond de la salle d'accueil, comme une peau de chèvre, sur au moins 10m de longueur... Mais je n'en ai pas eu le droit, le cerbère du guichet d'accueil m'a déconcertée par son interdiction formelle de prendre la photo, comme une enfant bien soumise j'ai rengainé mon attirail... Je suis partie furieuse, non sans l'incendier à son tour...

Décidément, il y avait de l'électricité dans l'air près de la Cathédrale...

mercredi 4 mai 2011

Le musée d'histoire de la médecine... Pièce unique.


L'affiche

Encore un musée que je ne connaissais pas, je ne me souviens plus du tout où j'avais vu son nom, son adresse, mais l'envie m'est venue tout de suite d'aller y faire un tour... Métro Odéon, il fait beau, je peux même aller faire une petite balade dans les rues d'à côté, allez, je vous emmène...

Le hall d'entrée

Cet énorme bâtiment au 12 de la rue de l'école de Médecine, c'est aujourd'hui l'Université Paris Descartes (L'université des sciences de l'homme et de la santé à Paris, seule université francilienne réunissant médecine, pharmacie et dentaire), je suis passée des milliers de fois devant sans y entrer jeter un oeil.

L'escalier superbe

A l'origine, l'Académie Collège Royal de chirurgie, fut achevé en 1774, sous le règne du jeune Louis XVI, conçu par l'architecte Jacques Gondoin (1737-1818.) Jacques Gondoin était le fils du jardinier de Louis XV, qui remarqua ses qualités pour l'étude, il devint donc architecte grâce à la "bienveillance Royale".


La pièce unique

Au deuxième étage de la faculté se trouve le Musée d'histoire de la médecine, une très grande et belle salle toute boisée, construite en 1905. Au fond de la salle se trouve un escalier à double volée qui distribue une galerie qui fait le tour de la pièce. Partout des vitrines, où est exposé un important ensemble de pièces qui couvre différentes branches de l'art opératoire jusqu'à la fin du XIXe siècle, la collection la plus importante d'Europe, précise la petite brochure à 1, 50 euros.

Le tableau de Pierre-André Brouillet (1857-1914)

Jules Adler (1865-1952), transfusion de sang de chèvre

J'ai eu la grande surprise de voir, dans le grand couloir qui mène au Musée, le tableau si célèbre d'André Brouillet (1857-1914), qui s'appelle Une leçon de Charcot à la Salpêtrière (une toile de 3m sur 4,25m)... Entre les étages, quelques toiles intéressantes... Dont la transfusion.

La bibliothèque me faisait envie, mais impossible d'y entrer sans carte...

Un tas d'étudiants vont et viennent, les uns bavardent, les autres révisent, le lieu est très vivant.

Le crâne d'étude

J'ai passé là une belle heure à examiner tous ces instruments médicaux, visite passionnante, quel plaisir tout de même de pouvoir se faire soigner au 21e siècle !

Ambroise Paré

Le Musée en ce moment rend hommage à Ambroise Paré (1510-1590), dont on fête le 500e anniversaire, ce contemporain et ami de Ronsard déclarait : l’objet de la musique est de charmer Dieu, de mettre en fuite le Diable, de guérir les malades, de provoquer de l'amour.

En sortant de la faculté, j'ai fait trois petits tours aux alentours, une cour ici, un arbre-là, un mur peint... La belle journée...

La belle cour avec le lierre géant



L'arbre






Le mur peint

J'ai vu d'autres murs peints dans Paris, je vous en parle la prochaine fois, promis !

mardi 3 mai 2011

Une fois par mois, minimum !


Les tourniquets du libraire

Ma soeur et moi, nous avons décidé de passer l'après-midi ensemble, déjeuner dans un petit restaurant vietnamien, le meilleur, du côté de Belleville. Une fois par mois, c'est le minimum vital pour prendre le temps d'être ensemble, de parler, de se raconter, d'improviser des balades dans le quartier.

Une fois par mois, le rendez-vous est pris bien à l'avance, pour ne pas se rater, faute de temps, le même lieu, la même heure, les mêmes histoires ? Ça dépend de l'état du monde, pour nos histoires personnelles, c'est toujours différent, forcément en un mois, vous imaginez bien tout ce qui peut nous arriver, chaque heure, chaque jour... 30 jours, c'est long !

Une cour fleurie

Bien sûr, en dehors de nos rendez-vous, nous nous téléphonons, il faut bien se tenir au courant de nos petites santés, de notre moral, des affaires courantes... La vie passe comme un éclair, il ne faut pas perdre de temps à ne pas se parler, le coup de fil est toujours urgent et bien plaisant !

Donc ce mois-là, nous y étions, devant notre plat préféré, toujours contentes de prendre quasiment la même chose à chaque fois, c'est comme ça quand on aime, on ne change pas. En sortant du restaurant, il nous faut notre café, c'est obligatoire, ça fait partie des plaisirs du jour, à notre dernier rendez-vous, c'était son anniversaire, je lui avais dit : tu es à ma charge toute la journée, tu choisis, je paye, c'est comme ça, le jour de ton anniversaire, tu es la reine d'aujourd'hui et j'ai sorti mes petits cadeaux. Elle choisissait le bar, le plus beau, le plus rutilant, le plus sympathique, celui qui lui faisait de l'oeil d'un côté ou l'autre de la rue, entièrement libre, c'était elle l'artiste de la journée, on allait où elle voulait...

Comme ça nous avons égrené toutes nos nouvelles, les bonnes et les mauvaises, il faisait beau, un printemps léger, sans gilet, sans manteau, juste en sandales d'été, c'était bien notre chance.

Rosiers d'une cour

La cour du miracle

Allez, on va se faire la rue, et puis l'autre, et tout du long nous avons fait des découvertes époustouflantes... Des cours sublimes, j'avais mon appareil photo, du soleil, on a embarqué pour les couleurs et les lumières, les jardins, les fleurs, les oiseaux, nous n'en revenions pas, en plein Paris, il y a peut-être des champs de blé cachés ?... Et puis en sortant de ces petits coins de campagnes urbaines, nous n'avions plus qu'à cueillir ici et là, au fil de la promenade, des mangues, des ananas, pour les desserts du soir, dans les magasins des maraîchers qui exposaient tous les fruits du monde, si près du trottoir et des voitures... Achats totalement contraires à notre maxime : acheter ce qui pousse à la saison et qui n'a pas trop voyagé... Pour l'ananas et la mangue on pouvait toujours se raconter des histoires, ça ne pousse pas en région parisienne... Nous avons fait exception et rempli nos sacs... Souvent femmes varient ?

La cour de danse

Nous qui sommes nées presque à Paris, nous nous étonnons de tout, il y a toujours quelque chose de spécial à voir, à découvrir à Paris, c'est tellement grand, tellement chargé d'histoire...
Comme deux fouines, nous entrions partout où les portes étaient ouvertes, là une belle cour, là un beau jardin, là le silence de l'arrière, arrière-cour... Là, caché au fond de l'allée, au bout d'un long, long corridor de pots de fleurs et d'arbustes fleuris, ouvrait un cours de danse classique et moderne, un piano, des miroirs et des danseurs...

Comme dans Alice au pays des merveilles, nous sommes entrées à la campagne par les petites portes ou les grandes, suivez-moi, j'ai pris quelques photos incognito...

Les paradis de cours

Ne me demandez aucune adresse, j'ai perdu mon petit carnet, je n'ai rien noté, j'ai jeté un coup d'oeil clandestin...
Les murs peints

Plus loin encore, des beaux dessins sur les murs, des pochoirs, des vrais murs peints... Vraiment dans le quartier tout est bien décoré, à première vue on ne dirait pas, il faut bien regarder, dans ce corridor des petites mosaïques comme à Pompei...


La prochaine fois, c'est décidé, on revient ici, pourvu qu'il fasse beau !

dimanche 1 mai 2011

Tempête sous des crânes... De Jan Fabre.



En passant dans le quartier, j'ai poussé la porte de la Galerie Templon, qui est mon baromètre (souvent au beau fixe) de l'art contemporain...

Cette semaine il y avait Jan Fabre, le grand !


L'exposition : on y voit plusieurs gros cerveaux (céramique, résine, porcelaine ?) avec leurs lobes bien joufflus, bien innervés... Sur/sous chaque cerveau un symbole unique, comme la pensée du même nom : un crucifix, une paires d'yeux, un petit arbre, une paire de chaussures... Chaque pensée unique et son cerveau sont à l'abri sous un beau globe de verre, comme les étranges morceaux de corps humains qui trempaient dans le formol, au petit musée du couvent des cordelier. Cela me fait penser également à l'oeuvre de Damien Hirst, dont l'exposition m'avait enthousiasmée à Venise il y a quelques années, il avait exposé dans de grands volumes en verre remplis de formol, des corps d'animaux morts, découpés en rondelles... Extraordinaire impression... Devant ces natures mortes en vrai.


Mais n'ayez crainte, même sans percevoir immédiatement le sens des allégories proposées par l'artiste, son univers est tellement poétique que l'on peut regarder ses oeuvres avec ravissement, étonnement, uniquement pour la valeur esthétique, comme on regarderait n'importe quel beau paysage...

Jan Fabre en ce moment se concentre sur le cerveau humain, siège de la créativité humaine : "il concentre ses recherches sur le cerveau, morceau d'anatomie, contrepartie physique de l'intellect et siège de la créativité humaine", commente le petit papier explicatif mis à la disposition du public par la galerie. Dans une petite pièce de la galerie, une vidéo suit l'entretien de J. Fabre avec Edward O. Wilson, un grand scientifique de notre temps, mais voilà tout est en anglais, sans sous-titre... Passionnant pour celui qui ne comprend rien à l'anglais... C'est d'ailleurs la grande mode dans les galeries, on ne traduit rien, débrouillez-vous pauvres mortels illettrés... Comme moi. Dommage, car l'entretien m'aurait sans doute aidée à mieux comprendre, donc mieux apprécier la démarche de l'artiste. Pas grave ! Puisque J. Fabre, c'est d'abord la poésie...


En traversant la rue, dans une annexe de la galerie, J. Fabre expose toute une série d'autoportraits dessinés à la mine de plomb, superbes, sur du papier photographique, il se transforme dans chacun de ses portraits en monstre, détenu, clown, victime...


Si vous passez par-là sonnez et puis entrez, intérêt garanti (Jusqu'au 21 mai 2011)

vendredi 29 avril 2011

Mes toiles…Pina, de Wim Wenders… Tomboy, de Céline Sciamma


Pina :

Je vous préviens le film est en 3D, il faut des lunettes, ça tombe bien, j'ai fait comme les stars, j'ai caché mes larmes derrière… Wim Wenders a réalisé un film magnifique, un hommage sensible, beau, grave, qu’on a envie de se repasser en boucle, Pina et Wim : deux grands artistes.

Avec le miracle de la 3D, les danseurs sont proches, presque en chair et en os, la scène est sur l'écran, celle du Tanztheater Wuppertal, celle où Pina a travaillé durant 35 ans, c'est superbe. Dès le début du film l'émotion me submerge, le grand frisson, cette chorégraphe m'a toujours touchée, j'ai eu la grande chance de voir ses ballets au Théâtre de la Ville, plusieurs fois, avec bonheur.

Les danseurs sont presque toujours habillés en costumes de ville, les femmes avec de longues robes satinées, lumineuses, près du corps, talons hauts, les hommes dans d'élégants costumes.

Les rencontres des hommes et des femmes, heureuses, pathétiques, douces ou violentes, voilà l'univers de création de Pina, perpétuellement renouvelé.

Les mouvements d'ensemble accompagnent la musique, le bruit des talons et des chaussures s'ajoute comme des percussions, les grandes arabesques, les petits déplacements, les répétitions de postures font partie du vocabulaire chorégraphique de Pina, je les attends à chaque fois avec bonheur... Comment peut-elle inventer ça, quelle richesse, quel enchantement ?

Wim Wenders a saisi l'expression de chaque danseur… Chacun parle de sa Pina, et tous dansent de larges extraits des ballets connus comme Le Sacre du Printemps, Café Müller… La 3D nous permet d'être à l'intérieur du ballet, de révéler l’intensité des petits pas, des gestes minuscules, d'être au plus près des visages et des corps. Le cinéaste a aussi transporté les danseurs hors du théâtre, dans des lieux urbains, le train, les usines, les places, la campagne, des séquences époustouflantes. Ce procédé accentue la profondeur de champ, en donnant une énorme présence à tous les ballets.

2009, déjà 2 ans sans elle, merci Wim pour votre film magnifique et bouleversant.

Si vous allez voir Pina, préparez-vous à éprouver un choc de grâce, de joie et de chagrin…


Tomboy :

Pour une fois je suis à 100% d’accord avec Télérama, ce film est un évènement. Je ne connaissais rien au scénario, rien lu sur le film, je n’avais vu aucune bande annonce et c’est tant mieux, je suis arrivée absolument sans aucune idée à la séance, sauf : c’est une bonne cinéaste, révélée par son film précédent "Naissance de pieuvres" (que je n’ai pas vu, hélas). Son film a été lancé à grand rendort de moyens par des grandes affiches sur toutes les colonnes Morris de Paris, quelques passages à la télé… Je ne savais pas non plus que tomboy signifie "garçon manqué" en anglais, vous savez que je suis nulle en langues étrangères. J’y allais donc sur la seule envie de découvrir une jeune cinéaste.

Vous pensez bien que je ne vais pas vous refaire le coup de la critique, d’autres et des plus connaisseurs comme les Inrockuptibles le résument exactement à une nuance près, comme moi : chronique splendide et sans contrefaçon d'une petite fille qui passe pour un garçon... Moi je dirais plutôt : chronique splendide et sans contrefaçon d’une petite fille qui se fait passer pour un garçon, la nuance est de taille.


Dès le début du film, il ne fait aucun doute que l’enfant qui apprend à conduire avec son papa est un petit garçon, mais, nous apprenons très vite, quand sa maman l'appelle Laure, qu'il s'agit d'une petite fille.


Tout le film suit avec une intensité, une beauté, une subtilité, une émotion extraordinaire, tous les artifices que Michaël/Laure devra mettre en œuvre pour « être » un garçon devant tous ses copains et copines. Ses parents sont le contraire de caricatures : confiants, aimants, compréhensifs, mais cependant aveugles. Seule la petite sœur, princesse de 4 ans, est dans le secret, elle voit tout, entend tout et ne dit rien. Leur relation fraternelle est douceur, affection et délicatesse. Céline Sciamma excelle à tous les plans.


Le film fonctionne bien sûr comme un suspense énorme, comment Laure va-t-elle réussir à imposer son image de garçon à tous ? Quelle souffrance, quelle ténacité, quelle nécessité sont à l'oeuvre chez Laure pour être absolument Michaël.



Céline Sciamma, nous fait progresser dans l’histoire à petites touches, peu de mots, juste des regards, des gestes, des silences… Pourtant aucune perte de temps, pas un plan n’est superflu, tout participe à construire un film important, puissant, passionnant, tellement émouvant.


Bravo, courez-y, vous ne serez pas déçu… Je crois !




Si vous avez le temps, la chance, voyez aussi Rabbit Hole de J.Cameron Mitchell, qui pose ces questions qui nous touchent tous : comment surmonter un deuil ? Garder les souvenirs matériels, les jeter ? Intérioriser sa peine, l'exposer ? Vivre comment après la disparition d'un être cher, très cher ?

En sortant de la projection, j'étais moi aussi remplie de mes morts... Émue.

lundi 25 avril 2011

J'suis pas dans le bon quartier ?


C'est incroyable, pourquoi ? J'attends l'autobus bien tranquillement, assise à côté d'une dame, qui parlait fort dans son téléphone, une histoire de prises électriques qu'il fallait déplacer dans son appartement... Ne me dis pas au revoir, vient me voir, et elle a raccroché, elle a continué de parler dans le vide... Plus personne n'était au bout de son fil, j'ai entendu cette femme dire : Seigneur quelle souffrance, elle marmonna une petite suite que je n'ai pas comprise, elle avait le regard qui allait loin devant elle.

J'ai pris tout le temps qu'il fallait pour faire deux trois courses absolument nécessaires, voilà longtemps que je n'avais mis les pieds dans cette grande surface, je l'évite le plus souvent possible, je préfère le commerçant du coin de ma rue, on se dit bonjour, on se raconte des histoires, mais ses fruits et légumes ne sont pas folichons. Aujourd'hui dans la très grande surface, c'était comme si je la découvrais pour la première fois, les gens couraient dans tous les coins, les caddies pleins, coincés dans les espaces vitrés qui séparent les escaliers mécaniques qui montent et qui descendent, il y avait des centaines de paquets de friandises, mis à la disposition des gens qui n'avaient qu'à tendre les bras pour se servir, pas de perte de temps, en montant on prend des chocolats, en descendant des bonbons, deux chances de vendre d'avantage, on fait grossir le client, pas un espace de libre pour rester libre...


J'étais contente de voir mon petit panier presque vide, j'avais résisté à presque tout...

Au rayon fruits et légumes tout venait d'ailleurs, de très loin, il y avaient juste les fraise qui n'avaient pas trop voyagé, elles sentaient bon, j'ai tendu le bras, pour les melons, encore un peu de patience, pour les groseilles et les framboises j'attends qu'elles poussent dans les bois

Avant de rentrer dans ce temple de la consommation j'ai rencontré une copine, elle avait pris le temps de voir passer la journée, sans se presser, avec le beau temps, on a envie de flâner même chez soi, mais tout de suite sont revenues ses histoires de famille, elle m'a dit une chose très jolie, tu sais, il ne faut pas me rencontrer si tu es pressée... A quelle heure ferme le magasin, dépêche-toi, on parlera une autre fois... J'ai toujours des tas de choses à dire, dépêche toi...

C'est peu après que j'ai vu les gens chargés de commissions, moi je n'avais plus envie de rien, trop c'est trop, trop de choses sur les étalages, trop de choses emballées, à peser, à acheter, je suis partie bien vite.

J'ai repris l'autobus pour rentrer, la flemme, le beau temps, pas pressée, si peu chargée, j'ai suivi la rencontre de deux personnes qui se connaissaient, l'une un peu amochée par la vie, la tête un peu simplette, l'autre vive dynamique, bonjour, fait beau, je reviens de chez mes enfants, oui, et vous ? J'ai rien fait, j'ai vu monsieur Armand qui allait chercher son pain, son journal comme tous les matins, oui vous l'avez vu, il fait ça tous les jours, elle lui parlait comme à une personne très ordinaire qui avait toute sa tête, elle souriait tout le temps, elle répondant aux questions, elle ne s'apercevait de rien, elle lui dit au revoir comme je dis au revoir à mon voisin. Il y a des gens formidables.


Je me disais j'en ai marre d'entendre des histoires qui se terminent toujours mal, j'suis pas dans le bon quartier... J'voudrais bien déménager... Aller où il y a des fleurs, des arbres, la mer pourquoi pas, non, la campagne, je préfère, avec les gens qui vont avec, bleus, roses, verts, qui sentent la lavande, le jasmin, chantent du soir au matin, ont des fleurs dans les yeux... Sans problème... Je rêve, c'est pas possible? Mais oui je sais le spleen, la douleur, ça n'a rien à voir avec le paysage, dommage !

Bien sûr, je plaisante, je ne suis pas assez naïve pour penser qu'il suffit d'écouter les oiseaux, faire son pain soi même, regarder pousser son persil, pour être heureux, j'ai de la bouteille, j'connais la musique, finalement, je suis bien avec les petites histoires de ma rue, celles que je passe au peigne fin, très fin, celles qui ressemblent à tout le monde, presque tout le monde... Ainsi, j'ai souvent envie de pleurer, la peine, le trouble, la détresse, ça me traverse... La joie aussi, ça me monte à la tête, le bonheur m'enivre, jour après jour, j 'ai les chagrins des gens au coeur, et leurs rires, et leurs sourires, je suis sûre que ça vous fait ça aussi... Forcément.


vendredi 22 avril 2011

J'ai rencontré mon ami Jean...


À la médiathèque de notre ville, nous nous sommes assis autour d’une petite table de lecture et nous avons bavardé… Au beau milieu des livres de géographie. Comment vas-tu, Jean ? Son visage se contracta légèrement, et avec juste un petit sourire très étroit, il m'a dit, pas terrible.

Il restait encore une bonne heure avant la fermeture, nous avions bien le temps, les lecteurs passaient et repassaient à côté de nous, les livres sous le bras, des petits bonjours par-ci, par-là, et puis notre petit carré de géographie se fit plus calme… Comment ça pas terrible, raconte…

Ben tu sais, je suis toujours en déprime, j’ai plus envie de rien, à la maison, c’est le bazar, des fois même j’ai plus envie de faire attention à moi… Je vais chez un psy de temps en temps, j’ai même fait un tour à Ville Evrard, je suis resté 8 jours, je le souhaite à personne. Ah ! Bon, mais comment ça ? Son petit sourire avait pris du large sur son visage, il reprenait espoir pendant trente seconde. Tu aurais vu le monde qu’il y avait, de tout, de tout, ça déprime d’avantage, j’avais même pas le droit de téléphoner… Tu allais un peu mieux en sortant ? Pas trop, je suis sous médicaments, mais ça me fait dormir, je baisse les doses…

Il avait la voix douce comme d’habitude, mais en dedans il y avait du boucan, un torrent de sentiments.

Jean peint, dessine, écrit, il a un talent fou, mais quand il n’est pas bien, il est triste et ne voit pas la fin des angoisses, plus envie, vraiment pas en ce moment, ni peinture, ni écriture, je vends juste du miel au coin de ta rue, tu m'as vu, chez l'épicier, on forme un petit comité, on vend du miel... Il leva les yeux au ciel.

Jean, garde confiance, tu vas repartir, et si tu rentrais dans une association, rencontrer des gens ça fait du bien, ça rend plus gai, toi qui a un si joli coup de crayon, va dans un atelier, deviens artiste, fais nous rêver, et toutes ces belles phrases que tu écrivais, reprends les mots, raconte-nous comment faire pour inventer ses journées !

Tu vas au cinéma de temps en temps ? Oui, j’y suis allé l’autre jour, qu’est-ce que j’ai vu déjà ? Ah ! Oui, et il me donne un titre que je ne connaissais pas, tant mieux, ça lui laissait toute la place pour en parler…

Mon fils est loin, nous ne nous voyons pas souvent, chacun fait sa vie de son côté, tu vois Jean, l’espoir il faut se le fabriquer de l’intérieur, tu fais comme un charpentier, pièce par pièce, bien solidement tu bouches tous les trous, pour que le chagrin n’entre plus dedans.

Quand est-ce que ça t'a pris, Jean, d'être bien en dessous du niveau de la mer ? Si on en parlait, on verrait peut-être les vagues coupables ? Je crois que c'est à cause de la maison de retraite de ma mère, ils m'ont réclamé beaucoup d'argent, je pensais même que je devrais vendre ma maison, mais j'irais où, tu te rends compte, j'ai plus du tout touché terre à ce moment-là, j'ai tellement pleuré, je me suis laissé aller comme un noyé...

Nous avons parlé aussi de Fukushima, du monde qui va de travers, c’était pas fait pour se donner de la joie… Mais plus on parlait, plus son sourire reprenait sa vrai place, Jean, du devrais arrêter avec le psy, c’est trop long, ça remue trop de choses, ça fait 20 000 fois que tu essayes, va au cinéma, range ta maison, retrouve des amis, fais du dessin, écris de belles histoires, t’as pas un petit voyage à faire ? L’heure approchait de la fin, on avançait dans la reconstruction, viens chanter à la chorale, la musique ça fait du bonheur, pour chanter en choeur c'est obligatoire d'être ensemble, il ne faut jamais être tout seul, ça t'irait bien ça, d'être avec les autres, tu as une belle voix, je le sais.

Ça ferme ! On a repris nos livres abandonnés sur la table et on est passés « à la caisse », trois semaines pour lire entre les lignes… À entrecroiser nos histoires avec les auteurs… Ça en fait des mots dans les mots.

Jean, tu sais, je vais parler de notre rencontre sur mon blog, tiens, tu devrais t’y mettre au blog, t’aurais un tas d’amis... Tu peux dire tout ce que tu veux, j’te donne mes droits d’auteur d’histoire triste, me dit-il avec un très grand sourire… Il allait mieux le temps de la sortie, peut-être même le reste de la soirée, il va repenser à reprendre les rênes de sa vie… Si l'avenir pouvait tenir jusqu'à la fin de la semaine, ça serait toujours ça de gagné.

Mon ami Jean, ce petit post c’est pour toi, si tu pouvais le lire, tu verrais qu’il y a largement de quoi vivre dans tout ce que l’on a dit… Le printemps, en principe, fait pousser les feuilles même aux gens, le bleu du ciel se met dans les yeux, on se dit que c'est pour l'éternité, on a envie de partir à la campagne, de voir des vaches, des moutons, d'écouter le silence, de lire de faire du vélo, d'apprendre le nom des arbres... De rencontrer l'amour...