samedi 12 octobre 2019

Des histoires sans chronologie de la ville à la campagne... L'achat du petit chapelet (3)




Mes petits chapelets jolis... (musulman et chrétien) : le petit en argent, acheté parmi des objets anciens à Istanbul, celui en nacre, donné par mon ami de la campagne

Les jours suivants, après l'église Sainte-Élisabeth au métro Temple, la rue Notre-Dame-de-Nazareth et la belle synagogue  près de la République, je me suis dit : allons place Saint Sulpice, j'ai toutes  mes chances pour le chapelet ! Néanmoins, si je ne trouve pas, il me reste l'église Saint-Germain : là, pour les avoir vus, je suis certaine qu'ils vendent des objets de piété. Je me souviens aussi de Notre-Dame de la médaille miraculeuse, rue du Bac, où il y a toujours foule, ils vendent des médailles, c'est certain, peut-être aussi des chapelets ? Enfin bref, sur Paris, ça serait bien le diable si je ne trouvais pas un chapelet ! 


La belle église Saint-Sulpice (1646-1870), les pieds dans la fontaine (1844-1847)


Le choeur si lumineux de l'église


À la grande librairie chrétienne de la Procure, qui ressemble à une bibliothèque, je vais, à coup sûr, trouver le petit chapelet que je cherche. J'en profiterai pour aller revoir les grandes fresques de Delacroix restaurées à l'église Saint-Sulpice, juste la rue à traverser...

Ni une, ni deux, me voilà sur le sentier de la guerre, j'aime bien cette grande librairie, l'atmosphère y est agréable et feutrée. Rayon après rayon, j'aperçois le petit coin des médailles, chapelets, icônes, statuettes, mon petit chapelet doit être là, je vais le trouver... Mais tout est trop moche ici, les chapelets, en bois, plastique et vilaines perles, que du toc, allez, je file, ce n'est sûrement pas ici que je vais acheter les perles avec le Christ et la Sainte Vierge. Pour mon amie, je le veux protecteur, certes, mais beau ! Décidément, allons ailleurs !


Héliodore chassé du Temple (fresque de Delacroix, 1855-1861)


Détail


La lutte de Jacob avec l'ange (1855-1861)


Détail

Déçue, je traverse la rue, et je retrouve, fraîchement restaurées, les fresques de Delacroix, presque peintes de la veille... Quel plaisir de les voir, revoir, transformées, éclatantes ! Depuis la restauration, bien sûr, le monde est au rendez-vous... Je ne suis plus seule à les apprécier, depuis des années, dans leur jus. Je jette un œil sur l'énorme bassine métallique remplie d'eau bénite, toujours à la même place, dans une petite chapelle latérale, elle trône en haut des deux marches de l'autel, il y a un petit robinet dans le bas du gros récipient qui permet aux croyants de se servir à volonté... Jamais je n'ai vu ce service proposé dans une autre église à Paris (mais je ne connais pas toutes les églises).


Et sous la voûte : Saint Michel terrassant le dragon (1855-1861)

J'avais donné rendez-vous à mon amie dans les jours qui venaient, je voulais trouver absolument le chapelet... Aujourd'hui, pas plus tard ! Sur la grande place de l'église, il y a justement une petite boutique d'objets de piété, j'y plonge : des chapelets, il y en avait à la pelle, de toutes les couleurs, dans toutes les matières, en perles de verre transparentes comme je le voulais, montage sur argent, avec la médaille de la Vierge et le Christ en croix, pour un prix totalement raisonnable, je n'en croyais pas mes yeux...

Je pris le mien, il ne pesait pas bien lourd, et passais à la caisse. Un petit paquet cadeau ? Oui, s'il vous plaît, j'étais bien dans la maison du Bon Dieu. Pendant que le vendeur me faisait mon très petit paquet, une dame qui faisait l'emplette d'une petite statue de la Vierge en pierre, à la caisse comme moi, rayonnait : quand je l'ai vue, j'ai tout de suite su que c'était celle-là... Alors-là, madame, c'est sûr que vous avez fait le bon choix, votre enthousiasme ne peut vous tromper. Vous croyez ? Oui, c'est sûr, elle va vous apporter du bonheur ! J'avais dit ces mots avec l’aplomb d'une connaisseuse, je voyais bien dans ses yeux, à son sourire, que mon histoire lui plaisait, elle avait bien choisi, cette statuette lui porterait chance, mes mots si simples nourrissaient sa conviction...

Voilà comment j'achetais le cher chapelet, pour faire plaisir à mon amie. À son arrivée chez moi, à l'heure du thé, je lui offris le très petit paquet... Oh ! Merci, comme il est joli, je suis très touchée, il ne me quittera jamais, jusqu'à ma mort... Elle le mit immédiatement autour de son cou, la félicité opérait sur le champ... Tu sais, tu devrais le faire bénir pour renforcer son pouvoir de protection ! J'avais cherché pour elle ce chapelet qui lui apporterait la protection qu'elle souhaitait, il  avait vu sa valeur symbolique comme augmentée par mon amitié sincère. Le petit chapelet venait d'une grande maison spécialisée dans les objets de piété depuis le 19e siècle, à Ambert dans le Puy de Dôme. J'ai trouvé, (cliquez sur :  Youtube) un très beau documentaire sur la fabrication des chapelets, il vous intéressera surement, comme il m'a captivée, il dure une petite heure et il est passionnant, je vous le recommande... À vous de voir... Depuis que mon amie porte son chapelet, ressent-elle la confiance et la protection qui lui manquaient ? Je ne sais pas encore... Elle ne le quitte plus, et il s'harmonise à merveille avec ses belles tenues et son collier de perles qu'elle porte tout le temps aussi...

Mes amis, après le petit chapelet, je suis partie dans l'Indre, j'ai grimpé aux arbres... Avec mon appareil photo...

PS : j'espère que mon insertion de la vidéo va marcher, je ne suis pas très sûre !



mardi 8 octobre 2019

Des histoires sans chronologie, de la ville à la campagne... La rue Notre-Dame-de-Nazareth et la synagogue (2)



La rue Notre-Dame-de-Nazareth (photo prise avec mon téléphone)

La rue fleurie

La rue Notre-Dame-de-Nazareth est toute neuve, les commerces y ont été beaucoup renouvelés depuis quelques années (il y avait beaucoup de grossistes en textiles), et je ne les ai pas vu passer... Pas loin de la place de la République, elle reste relativement calme (il me semble qu'elle est à sens unique), surtout au mois d’août, sans doute, ce qui est vraiment fait pour me plaire.

Quand on découvre ou redécouvre une rue, c'est du bonheur garanti ! Tout paraît neuf, tiens ! Je ne connaissais pas ce magasin, ni celui-là, ni tel autre, finalement je ne reconnais rien du tout. Tout me paraissait changé, une nouvelle rue parisienne, les arbres plantés d'un seul côté de la rue sont-ils nouveaux eux aussi ? Dans mon souvenir très imprécis, il n'y avait pas d'arbres dans cette rue... Et pourtant, après un petit tour sur internet, les photos en attestent, ils n'avaient pas été plantés d'hier... 


La longue colonne de fleurs

Le jour où j'y suis allée, il y avait sur chaque branche une belle grappe de fleurs roses, j'ai interrogé les gens qui passaient dans la rue, mais aucun n'a pu me dire quand les arbres avaient été plantés... Personne ne savait de quand ils dataient : ils les avaient toujours connus, ou ne les avaient même pas remarqués, ah oui, tiens ! Il y a des arbres...

Cette rue se fait appeler aussi la rue des "néo-bobos", j'ai compris pourquoi. Des magasins à la pointe écolo, on vend tout en vrac, amenez vos sacs, des librairies où on a envie de rentrer, on peut prendre un petit café, des magasins de mode sympas, originaux, des galeries d'art, un fleuriste bien agencé, des restos, des bistrots rénovés... La rue est chic et branchée, elle a drôlement changé de style, moi qui en avais gardé un vague souvenir de grossistes, voilà bien une bonne vingtaine d'années que je ne l'avais pas remontée...


La façade de la synagogue

La synagogue

Ah ! La voilà, elle était bien là, je redécouvre aussi la synagogue. Mais oui, elle est là, aucun souvenir de la façade, ni de l'intérieur, les portes sont fermées, mais, comme moi, un touriste anglais curieux qui se trouvait là voulait faire quelques photos de l'intérieur. Permission accordée sans aucune difficulté par le responsable de l'édifice. Il se trouvait à bavarder avec quelqu'un de l'extérieur et avait un pied dedans et la tête dehors, merci monsieur, c'est vraiment gentil, j’emboîte immédiatement le pas au touriste anglais, je n'en reviens pas, quelle chance d'avoir cette belle synagogue entièrement à nous ! La chance de l'instant, nous pouvions prendre des photos autant que nous voulions, je n'avais pas pris mon appareil, mais le téléphone y suppléa avec moins de précision. Nous avions tout notre temps, de plus, le responsable de l'édifice, avant de ressortir faire la causette sur le trottoir, nous avait  allumé les grandes lumières, comme à Versailles... Clic, clac, nous nous en donnions à cœur joie. Cette vieille synagogue construite en 1851/1852 est la plus ancienne des grandes synagogue de Paris, vous saurez tout sur ce lieu de culte qui a survécu à la drôle de guerre chez Wikipédia. Elle était magnifique ! Tous les lustres allumés faisaient de l'allée centrale une galerie des glaces. Encore merci, monsieur, pour les lumières...




Un peu plus près


La mezzanine

La dame rencontrée dans l'église Sainte-Elisabeth m'avais dit : je crois qu'il y a une église rue Notre-Dame-de-Nazareth, vous devriez trouver le chapelet que vous cherchez. Parfait, allons-y, et je trouvais la  superbe synagogue à la place de l'église, la rue fleurie, et mes souvenirs...

Si je n'avais pas acheté de chapelet, j'avais bien gagné ma journée en beautés. Cette dame avait-elle confondu église et synagogue ? J'avais encore un peu de temps devant moi avant d'offrir le chapelet à mon amie... Réfléchissons !

Mes amis patience, j'y arrive bientôt... À très vite ici !

jeudi 3 octobre 2019

Des histoires sans chronologie, de la ville à la campagne... Le petit chapelet (1)


Un petit chapelet que m'a donné un ami, il y a peu...


Comme je m'extasiais devant la beauté de ce petit "objet", dans un tas de bric-à-brac qu'il devait donner à un brocanteur, mon ami me dit : il te plait ? Mets-le dans ta poche. Il en avait hérité d'une vieille parente, mais ne pratiquait pas le chapelet. J'ai donc hérité, par ricochet, de ce petit chapelet en nacre qui avait son pesant d'âge et son cortège de vœux, prières, chagrins, espoirs... Me revint alors en tête l'histoire d'un autre petit chapelet :

Le petit chapelet 

Du premier coup d'œil, j'avais remarqué son petit chapelet bleu, pendu à son cou. Un petit chapelet, ce n'est pas une breloque que l'on porte comme un collier ordinaire. Elle était sans nul doute inquiète, préoccupée pour sa santé, quelques visites à l'hôpital l'avaient alarmée, elle gardait toujours le sourire, mais elle avait "des soucis".

Au cours de notre rencontre, ayant parlé de nos soucis respectifs, de ceux que nous donnaient les affaires du monde, elle allait de mieux en mieux à force de relativiser, l'espoir revenait petit à petit dans sa tête et dans son cœur. Le petit chapelet était à fleur de peau, derrière son collier de perles qui tombait délicatement sur son chemisier. Ah ! Giselle, c'est quoi ce petit chapelet avec ces perles en plastique bleu ? Toi, tu te fais beaucoup de souci, ton inquiétude, je l'ai vue tout de suite. Maintenant que tu vas un peu mieux, parlons bijoux... Elle a souri !

J'avais pris en main le petit chapelet bleu criard, de rien du tout, acheté dans l'urgence, il jurait avec ses belles tenues : il ne va pas du tout avec ton joli collier de perles, ton élégance en prend un coup, je vais me mettre en quête de t'en trouver un beaucoup plus beau. Elle sourit... Dis-moi, Giselle, ce qui ne va pas pour toi ? Ben, mes petites douleurs reviennent de temps en temps, je mets le chapelet pour me protéger, je me sens très vulnérable, une sensation de peur... Je savais combien son chapelet l'aidait à vivre, je respectais totalement son besoin...

Quelques jours après, j'étais bien décidée : je vais lui acheter un beau chapelet qui irait mieux avec ses toilettes, elle sera d'autant plus touchée que ce soit moi qui en fasse l'emplette, moi qui ne crois en rien ! Juste pour elle, par affection. Un jour, j'eus de graves ennuis de santé, elle m'avait donné à cette occasion une petite image sainte, en me disant : garde-la toujours sur toi, même si tu n'y crois pas. Je l'ai fait. La pensée de mon amie ne m'avait pas quittée...

Je me suis mise sur le sentier de la guerre. Où acheter un chapelet ? Pour moi, la question n'était pas superfétatoire, puisque c'était la première fois de ma vie que je songeais à un tel achat. Il fallait bien réfléchir à l'affaire, se concentrer, où aller ? J'avais vu que dans certaines églises, on faisait la vente d'objets pieux.


Une architecture 17e, classique, église dédiée à Sainte-Elisabeth


Le très beau chœur de l'église, avec ses magnifiques lustres en cristal

Puis la confirmation :

Je m'étais dit : allons voir dans cette belle église Sainte-Elisabeth au métro Temple (sur ma ligne de métro préférée), on ne sait jamais, il y en aura peut-être à la vente. Il y avait beaucoup de lumière ce jour-là, et j'y trouvais des merveilles, un bel autel, de beaux tableaux, une jolie église parisienne. Je ne l'avais jamais vraiment remarquée...



Sainte Elisabeth déposant sa couronne au pied d'une représentation du Christ - Merry-Joseph Blondel - 19e siècle 
Un superbe tableau !

J'étais toute à mon affaire avec mon appareil photo, et j'ai vite vu qu'il n'y avait rien à vendre ici. EN revanche, une dame faisait le signe de croix près du chœur, et je me suis vite rapprochée d'elle. Pardon madame, excusez-moi de vous déranger, sauriez-vous me dire où je pourrais acheter un petit chapelet dans le coin ? Ah ça, je ne saurais trop vous dire, madame, peut-être en trouverez-vous à côté, dans la rue Notre-Dame-de-Nazareth ? J'ai habité longtemps le quartier, c'est ici que je me suis mariée il y a 50 ans, je viens faire ma confirmation en passant... Excusez-moi, madame, mais c'est quoi, la confirmation ? Ben, je viens confirmer mon mariage tout simplement, je fais une petite prière. D'accord, oui, très bien, et donc pendant 50 ans vous avez été heureuse, alors ? Ah ! C'est compliqué de répondre oui. Je me souviens qu'à mon mariage, un petit mariage, il y avait avant nous un grand mariage, très chic, nous avons dû attendre notre tour et sommes passés par la petite porte de ce côté, alors que le grand mariage était rentré par la grande porte, devant... C'est bête, mais je m'en souviens avec un petit pincement au cœur. Bien sûr, je comprends... Je suis restée bien croyante, j'ai été élevée neuf ans chez les curés, et j'ai appris à obéir longtemps. Très tard j'ai obéi à mon mari... J'ai quand même résisté, j'ai résisté, oui, j'ai élevé quatre enfants et j'ai été plus heureuse avec mes enfants qu'avec mon mari ! Je n'osais pas bouger un cil, j'écoutais religieusement... Le quartier, je le connais bien, mais il y a plus de vingt ans que je suis partie en Bretagne, et je ne regrette rien. Je reviens régulièrement à Paris, car ma belle-sœur, qui a quatre-vingt-dix-huit ans, demeure dans la rue d'à côté. Nous étions au bout de la confidence : au revoir madame, portez-vous bien, soyez plus heureuse, je suis contente de vous avoir rencontrée. Nous nous sommes séparées devant l'autel que nous n'avions pas quitté, elle est repartie doucement, en faisant un dernier signe de croix... Moi, j'ai repris les photographies... Elle était donc venue confirmer un sacrement de mariage qui ne l'avait pas forcément rendue heureuse, mais qui durait depuis longtemps... Vous pensez bien qu'après son départ, j'étais loin du chapelet, je suis allée rue Notre-Dame-de-Nazareth et j'ai redécouvert la rue, je ne cherchais plus l'église, mais j'ai trouvé la synagogue...

Mes amis, suite au prochain numéro... La synagogue, je vous y attends...

lundi 30 septembre 2019

De la ville à la campagne... Des histoires sans chronologie... Le retour !



Le grand mûrier 

Mes amis me revoilà ! Un mois dans l'Indre c'est quelque chose, pour l'instant, je range mes affaires, mes photos, je trie, je lessive, je fais des courses, je m'installe, je reprends mes marques et j'ouvre mon courrier... Le débarquement en ville est difficile, j'ai conservé dans ma mémoire les émotions des rencontres que j'avais faites avant de partir au vert... Je vais commencer par celles-là, dans le désordre...

Quelques jours de patience et je vous raconte ces histoires...Petites, minuscules, de toutes les couleurs...

À très vite...


lundi 26 août 2019

Nous les arbres... À la Fondation Cartier !


Le beau jardin de la Fondation Cartier (Fondation 1984)

Je ne manque presque jamais les expositions de cette fondation, j'adore me promener dans son jardin, j'évite les mois avec touristes, les mercredis avec les enfants, les jours de pluie, c'est mieux !

Nous les arbres, les arbres parlent d'eux mêmes. Mais c'est bien sûr, c'est le moment de nous les montrer, sous toutes leurs formes, à la Fondation c'est possible, il y a du vert partout, les grands arbres, dans le jardin, le mur végétal de Patrick Blanc dès l'entrée, et à l'intérieur, les artistes s'en donnent à cœur joie. Je l'avais bien dit quelque part dans mes pages de blog, les arbres, il faudrait les considérer comme des trésors nationaux, internationaux, les classer au Patrimoine de l'Humanité, les planter partout, sans oublier dans les villes, des feuillus surtout, plutôt que des épineux, qui sont moches et qui brûlent tout de suite dans les incendies de forêt...


Le magnifique mur de Patrick Blanc, verdoyant depuis 1998... 20 ans déjà !

Moi, je me sens totalement concernée quand on parle des arbres, mais je ne savais pas qu'ils communiquaient... J'attends quand même d'y voir un peu plus clair de ce côté-là, mais il semble, d'après des savants, que oui, ils communiquent, par les branches, par les racines. Et même, ils se montrent "timides", certaines espèces évitent soigneusement de se toucher, le mystère est encore entier, mais on le constate, les vues aériennes le montrent, les savants se posent des questions,  pourquoi les arbres font-ils cela ? Laissons-les travailler à la question, attendons leurs conclusions... Une hypothèse fascinante "d'intelligence végétale" est à prendre au sérieux. Les plus anciens fossiles d'arbres datent de 385 millions d'années, en 2015 des scientifiques du monde entier estiment le nombre d'arbres présents sur la Terre à trois mille milliards. Les arbres étaient donc là bien avant les hommes (300 000 ans) et aujourd'hui, on déboise, on déforeste, on saccage, on détruit la diversité... Il faut de la rentabilité avant tout !


Timidité des arbres, pourquoi certains évitent de se toucher ? (photo emprunté chez Wikipedia)

Je ne résiste pas à la citation d'un botaniste français Francis Hallé (81 ans) : "Je me demande si le rapport premier aux arbres n'est pas d'abord esthétique, avant même d'être scientifique. Quand on rencontre un bel arbre, c'est tout simplement extraordinaire" (cliquez sur son nom pour en savoir beaucoup plus sur ce savant défenseur des arbres...). Merci Wikipedia !

Je me souviens des arbres magnifiques que j'ai rencontrés dans la campagne, les arborétums, à Varèse en Italie, j'en parle souvent de cet arbre car il m'avait totalement impressionnée, il avait 450 ans, un cèdre du Liban, merveilleux, impérial :


Le cèdre du Liban, 450 ans, Varèse, Italie (2011), dans le jardin municipal


Le grand noyer de Saint-Genoux (Indre), 2008

En Indre, où je serai bientôt, je vais me consacrer aux arbres, il y a des noyers, des châtaigniers, des saules... Je vais me spécialiser dans les" trognes" (si j'en trouve), ces arbres taillés bas pour qu'ils fassent des rejets faciles à couper pour des usages courants : bois de chauffage, branches de saules pour les vanneries... Je vous en reparle en rentrant...


Pour vous faire une idée des trognes, en Champagne - 2020 (superbe photo empruntée à - Ver de Terre production - Son but est d’aider à former le plus possible d’agriculteurs dans leur transition agroécologique vers les sols vivants et fertiles)



Le cèdre bleu pleureur de l'Atlas (environ 150 ans), arborétum de la Vallée-aux-Loups,
Châtenay-Malabry (2018)



Photo empruntée à Wikipedia (le cèdre bleu pleureur dans toute sa majesté)

Quand je vois ces arbres j'ai les larmes aux yeux, car je mesure la chance que j'ai de les voir dans leur splendeur, c'est l'émotion ! Et aussi, auprès de leurs grands âges, je me sens rajeunie !

La fondation Cartier nous invite à considérer les arbres comme des acteurs essentiels de notre monde commun. Aujourd'hui, à l'heure où flambent les forêts amazoniennes, le poumon vert du monde, il est temps, plus que temps, de les protéger, de les chérir... Il faut décréter les arbres, la nature, tout le vivant, hommes, animaux, PATRIMOINE DE L'HUMANITÉ... Il y a urgence  ! Ne faisons rien sans réfléchir aux conséquences des destructions d'une espèce pour les autres, toutes les autres... Nous, habitants de la terre, prenons soin d'elle, elle nous le rend tellement bien, au centuple !!!


Comme je ne pouvais pas prendre des photos de toutes les œuvres d'art qui représentaient les arbres, j'ai fait mon petit tri sur le parcours de cette belle expo de la Fondation... Voyons, admirons et réfléchissons !






La Fondation Cartier, derrière ses murs transparents


Déjà, le sens de l'exposition était émouvant pour moi : Nous les Arbres, voilà des personnes qui parlent, nous dévoilent leur beauté. Nous les connaissions déjà, mais pas assez, pas intimement, les regardons-nous assez ?

L'artiste (brésilien) Luiz Zerbini m’éblouit par ses grandes œuvres peintes, où il mêle flore amazonienne luxuriante et modernité urbaine, comme si tout allait si bien ensemble. Et tout va si bien ensemble, en parcourant chaque toile si riche de couleurs, je ne sais plus où commence la nature, les objets de la vie urbaine, il faut prendre son temps, mais l'ensemble est grandiose, le spectateur est dans la nature et pourtant les objets un à un font présence à nos yeux, partie prenante de la nature.




Luiz Zerbini - (Sao Paolo) - 1959 - travaille à Rio de Janeiro (acrylique)


Détail


Luiz Zerbini - (Sao Paolo) - 1959 - travaille à Rio de Janeiro (acrylique)


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Luiz Zerbini - (Sao Paolo) - 1959 - travaille à Rio de Janeiro (acrylique)


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Luiz Zerbini - (Sao Paolo) - 1959 - travaille à Rio de Janeiro (acrylique)


Détail

Un petit coup d’œil sur l'accrochage du rez-de-chaussé, l’exposition est ouverture jusqu'au 10 novembre, les chanceux qui iront seront heureux !


Herbier - Luiz Zerbini

Autour de ce sublime herbier (installation de Luiz Zerbini), quatre immenses toiles peintes recto / verso laissaient voir la végétation amazonienne et la ville imaginée, des merveilles !


Herbier - Luiz Zerbini


L'herbier et l'arbre fromager


Détail - arbre fromager, cet arbre à contreforts a une longévité exceptionnelle 


L'exposition continue au sous-sol, dans les jardins, il faut y courir, mes photos ne rendent pas assez compte de la beauté de l'ensemble, et ne parlent pas de tous les artistes présents... Notamment trois artistes Yanomami de l'Amazonie brésilienne, qui évoquent dans leurs dessins la "forêt-monde", hommes, animaux, végétaux intimement mêlés. L'émotion est au rendez-vous pour les œuvres qui magnifient la nature, et qui nous font pleurer aussi quand nous savons que celle-ci est terriblement en danger !...

Mes amis, mes passagers, profitez des derniers jours de l'été, moi je file en Indre et je vous embrasse...

vendredi 16 août 2019

Portraits de voyages...


 La dame aux lunettes - Yves Boussin

Il est comme ça, mon frère, il ne peut pas s'empêcher de regarder les gens qui passent autour de lui, et de les croquer, il se moque de la ressemblance, il ne cherche pas le réalisme, il cherche l'esprit, l'inspiration qui marche avec la vélocité, il dit aussi, par bravade : jamais personne ne pourra se reconnaître, tellement je dessine mal ! Vous parlez d'une histoire, personne ne va croire ça...

Moi, je ne trouve pas du tout qu'il dessine mal, il fait comme tous les artistes, il n'en fait qu'à sa tête.

N'est-il pas sitôt assis, au café, au resto, sur un banc, en gare, à l'expo... Qu'il croque, et croque ses contemporains, quelque fois même les personnes croquées réclament leur portrait, que mon artiste de frère s'empresse de leur donner avec le sourire. Les uns sont très contents, se trouvent rudement beaux, d'autres n'ont pas tout à fait le sourire, mais l'art c'est comme ça, il  n'obéit à rien, à personne...



Le monsieur au gilet vert - Yves Boussin

Donc, voilà qu'un petit voyage se  présente, et hop, il emporte son carnet de voyage, ses crayons, ses aquarelles. Plusieurs fois, il m'avait dit : ma sœur, tu devrais me faire un beau sac en tissu pour mettre tout mon matériel, carnet, crayons, pinceaux godets de couleurs, tu me fais une grande bandoulière pour que je sois totalement à l'aise, mais tu la fais belle, surtout.

Oui, bien sûr tu peux compter sur moi, la beauté ça me connaît ! Les sacs en tissu, j'en avais fait des tonnes, alors un sac d'artiste peintre, avec bandoulière, ne me posait pas de problème. J'étais contente de travailler pour mon frère, fière même, disons-le. Biens sûr, sitôt rentrée, je me suis mise à l'ouvrage, la couleur rouille, doublée marron clair, la bandoulière bleue rayée, le sac a été vite fini, pour y mettre ses chefs-d’œuvres... Allez, fouette cocher pour la partie de campagne, la galerie des portraits !


La jeune femme aux lunettes - Yves Boussin

Attention, mon frère ne s'occupe de rien, les valises, ça n'est pas lui, le sac en bandoulière, il ne le confie à personne, personne ne connaît mieux que lui quels crayons, quel carnet, quelles couleurs, quels pinceaux il lui faudra. C'est un casse-tête chinois pour ne rien oublier, vous imaginez la responsabilité que j'avais prise en confectionnant le sac.


Le jeune monsieur - Yves Boussin

En fin de compte, le sac l'a plutôt gêné qu'autre chose, avec la bandoulière, il n'avait pas ses aises, ça le gênait aux entournures, il fallait chercher au fond, tout était mélangé. Je crois que je n'avais pas prévu assez de poches, même, il me semble, pas de poches du tout, c'était ni fait ni à faire, comme si je n'avais rien fait, fichtre. Il a dit : c'est pas pratique, l'a mis peut-être une fois, ou deux, et l'a remisé dans un tiroir, vive la vie d'artiste, rien n'est à leur mesure.

Il a repris le rangement d'avant : les crayons dans les poches, le carnet et le téléphone dans le sac de sa femme, les couleurs dans la valise, bien plus pratique ! S'il oublie quelque chose, gare à la responsable... Il est comme ça... J'ai bien remarqué que les sacs de ma chère belle-sœur étaient toujours spacieux, pas folle, la guêpe !


La belle dame au collier - Yves Boussin

Mon frère est comme ça, il n'aime ni l'eau des ruisseaux, ni les petites et grandes randonnées, il aime même à dire, pour choquer le bourgeois et les amis de la nature (en perdition) : la nature m'agresse ! Il veut dire par là qu'il est un gars des villes, point barre, il aime le bitume, les voitures, les musées, les expos, l'architecture, les bistrots pour dessiner, et les bons restos. Ma petite belle-sœur, je te donne d'office la médaille du mérite, en or massif !


L'homme jeune à la barbe - Yves Boussin

Une fois dehors, en ville, quand il a trouvé sa place, mon frère est tout à son affaire, il sort son attirail à dessiner, qu'importe le bruit, le mouvement, les allers et venues des gens, il est au septième ciel, comme Tiepolo, dans les nuages... Sa femme fait la lecture à haute voix, lit le menu, à elle la poésie culinaire, à lui les portraits, les objets, les perspectives, tout ce qui se trouve à proximité peut trouver grâce à ses yeux, ça reste une surprise que vous ne pourriez  jamais prévoir.


La jeune dame - Yves Boussin


Le carnet de voyage, il a dessiné un arbre, tiens ! Un peu de vert tout de même...

Chez lui, dans son atelier, j'adorais le voir s'approcher de son chevalet quand il faisait du pastel, il fallait faire très attention à ne pas s'appuyer sur le dessin, il avait une petite baguette (bleue) qui lui servait de retenue, pour soutenir sa main légèrement au dessus des couleurs, pour ne pas les érafler. Le tableau montait lentement, il fallait du temps pour tout comprendre, à la fin, quand tout était terminé, souvent il disait : j'ai failli le louper, à un moment ça a merdé, mais j'ai bien  rattrapé... Il avait su prendre des risques.


Il triture, gratte, affûte, cherche ses couleurs, et ça va démarrer (la petite baguette bleue est là)


Avec le pastel, le chef d'orchestre ne lâche pas sa baguette

.
La petite baguette magique soutient sa main pour ne pas écraser le pastel


L'oeuvre est bien avancée (avec sa petite baguette), le pastel se fait hors sol !


Voilà c'est terminé, je peux l'emporter

Bien sûr, il n'avait pas fait tout le même jour, il a fallu une bonne semaine pour mener à bien cette belle entreprise, d'autant qu'elle était pour moi, cadeau royal, un cadrage serré comme je les aime, des couleurs flamboyantes et fraîches, une vraie beauté !

Depuis l'aventure de mon beau pastel, mon frère a décidé de lever le pied, déménager, et reprendre le dessin, tranquillement assis à une table, sur un banc, dans un musée, une expo, une balade (en ville), il reprend son langage habituel, son alphabet coloré. Il a l’œil, et le bon, pour voir tous les détails de son sujet, il va vite en besogne, vous pouvez parler à ses côtés, il n'entend rien, rien du tout... Seuls ses yeux ont des radars !

Mes amis, mes passagers, la prochaine fois je vous raconte les arbres... Profitez encore de l'été...