J'y étais !
Le KODO est le nom d'une troupe de percussionnistes japonais
Je n'aurais donné ma place à personne ! Je les avais vus dans un théâtre parisien, je crois bien que c'était le théâtre des Champs-Elysées, je ne sais plus exactement, il y a très longtemps, longtemps, peut-être bien 20 ans ou plus. Eh oui ! Je me souviens être allée deux fois de suite dans la même semaine voir le Kodo, les forces qu'il produisait me faisaient battre le cœur, mais surtout faisaient naître des tas d'émotions fortes, l’enthousiasme, je ne voulais jamais que ça s’arrête...
Le bruit du tonnerre qui jaillissait des énormes tambours du Kodo m'est resté longtemps en mémoire, c'était totalement impressionnant, totalement beau, totalement émouvant, totalement inoubliable...
Les percussions ont toujours eu sur moi un effet incroyable, ça me bouscule, ça me traverse de part en part, ça me touche autant qu'une symphonie de Mozart, c'est vous dire.
Le Kodo est spécial, il a ses codes, ses inspirations ancestrales, ses cadences, il ne ressemble à aucun groupe de percussions que je connaisse, différent des percussions africaines (que j'adore également) des cliques brésiliennes, fantastiques, comparé à tous les tambours de la terre, il est unique !... Le Kodo ne ressemble qu'à lui-même, tout fait partie du spectacle : une mise en scène minutieuse, lente et mesurée, les costumes : la sobriété japonaise stricte, blancs et noirs, rien qui dépasse, les coupes restent de notre temps. Les interventions sont bien calculées, précises, bien sûr tous les morceaux finissent en apothéose attendue, un crescendo fortissimo nous entraîne toujours au final, avec une force incroyable. Ils font vibrer les murs, sans doute chavirer les cœurs, les femmes incluses dans le groupe étaient fantastiques, fines, menues, mais tapant fort, une très grande présence... Cette fois-ci, "la nouvelle génération" présentait des chants ancestraux mais également des compositions contemporaines qui trouvaient merveilleusement leur place, il y eut aussi quelques chants accompagnés d'un instrument à corde, des petites cymbales, des bâtons qui, frappés même légèrement l'un contre l'autre, faisaient la pluie et le beau temps... Un tonnerre d'applaudissements saluait chaque final grandiose. Le roi n'était pas mon cousin...
Les tambours du Kodo
Je vous raconte aussi les moments d'avant le spectacle, mon entrée, une bonne heure avant les bruits du tonnerre et de la goutte d'eau.
La compagnie du Théâtre du Soleil, fondée par Ariane Mnouchkine en 1964, à la recherche d'un lieu pour poursuivre son activité, s'installe en 1970 de façon précaire sur des terrains militaires du XIXe siècle (Cartoucherie, en plein bois de Vincennes), appartenant à la ville de Paris. Ce n'est qu'en 1985, après la réhabilitation des bâtiments par la Ville de Paris, que des contrats de location ont pu être établis, pérennisant ainsi l'installation des différents théâtres : l'Aquarium, l’Épée de Bois, la Tempête et le Chaudron, qui se sont succédés dans les lieux, après le Théâtre du Soleil.
La grande salle d'accueil du public, petite restauration (bon marché), vente de livres, et gros bouquet de fleurs
Cet accueil confortable et beau me fait toujours chaud au cœur, l'endroit est chaleureux, illuminé par des lumières scintillantes, le gros bouquet de fleurs ajoute une attention si délicate pour le public, ce théâtre a toujours été pour moi un lieu de surprises et d'émotions fortes... J'y ai vu des spectacles qui m'ont fait pleurer, sourire, réfléchir... Réfléchir... Émerveillée !
Les roses de l'accueil, le public est le bienvenu...
Les décors indiens et les tables pour manger, ou boire un thé, ou toute autre chose
Comme je n'avais ni faim ni soif, j'ai quand même dégusté un petit gobelet de thé vert... Que du plaisir, la visite des lieux tranquillement, car venue une "vraie" bonne heure en avance, pour avoir le bonheur de faire le tour du propriétaire, il n'y avait personne, j'ai donc commencé l'inventaire... Tiens, je n'avais pas vu ceci, cela, en réalité rien n'avait changé, et je retrouvais tout avec étonnement...
Beau détail de lumière
Les coulisses, comme si vous y étiez, sous les gradins, les petites ouvertures dans les rideaux légers permettent de voir sans être (presque) vu des artistes
Les jeunes artistes du Kodo se mettaient en forme, maquillage, et bonne humeur... Il faisaient des vocalises, des mouvements d'assouplissement, ils se chauffaient...
Au Théâtre du Soleil, rien n'est laissé au hasard : pour vous éviter d'avoir trop chaud, pas de problème, dans un grand panier d'osier, avant de prendre place sur les gradins (avec dossiers), vous pouviez prendre un petit éventail en paille pour vous faire du vent.
Les ventilateurs de paille, en forme de pétales de lotus
Tout le temps que j'avais devant moi me permit des petites discussions bien sympathiques avec les gens, une petite parlotte avec deux dames qui attendaient comme moi que commence le spectacle. Comme nous n'étions pas des perdreaux de la veille, nous avions pleins de souvenirs en commun de la maison... Vous vous souvenez ? Elle se souvenaient... Voilà comment nous avons passé notre temps, joyeusement : pourvu qu'Ariane continue de nous enchanter avec ses spectacles, elle n'est plus toute jeune, toute jeune... Oui, pourvu ! J'ai lu quelque part une information, à vérifier et, à suivre de près, concernant le théâtre de l'Aquarium, je l'ai vu appelé : "l’ensemble immobilier n°4", j'ai lu aussi qu'un "appel à projets" avait été lancé pour l'Aquarium et ses locaux... Bon, je n'en sais pas plus pour l'instant, mais ça fait peur quand même... "L'ensemble immobilier n° 4"... Une rumeur ? Beaucoup de bruit pour rien ? Il y a des fumées sans feu... Mais attention... Méfions-nous de l'été et de ses coups tordus... Motus et bouche cousu... Si j'ai du nouveau, soyons vigilants, on en reparle... Avec tambours et trompettes... Et sonnettes d'alarmes...
Avec cette information à prendre avec des pincettes, j'ai inquiété ces dames, je leur ai mis le moral à zéro, mais toutes sourires, nous nous sommes précipitées à nos places... Avec nos éventails d'oiseaux de paradis...
Le tonnerre et les gouttes d'eau tombent sur mes épaules, j'ai senti que j'étais prête à pleurer aux premiers coups d'orage... Je ne peux pas traduire avec des mots le travail du Kodo... Les tambours résonnèrent aussi haut, aussi fort que des cascades, aussi haut, aussi fort que le grand vent, ils roulent, ils hurlent... Au début, souvent ils murmurent très finement, aussi légers que des ruisseaux, tout le plateau prend l'eau petit à petit, puis le feu arrive. Comme c'est beau, tous les tambours crépitent, l'ensemble est parfait, les roulements s'entrecroisent , se recouvrent, se répondent avec des reprises saccadées, rapides, très rapides, donnant à entendre des envolées inouïes. Le grand tambour, monté sur socle en bois, est frappé par deux hommes, postés de chaque côté, on retient son souffle... J'aurais voulu que ça dure encore et encore, j'étais dans un autre monde...
Les voilà ces valeureux, ces artistes étonnants, presque autant de femmes que d'hommes
À la sortie du spectacle, tous les artistes attendaient le public pour lui faire une dernière aubade avec les plus petits tambours, ils souriaient et moi je voyais les sourires du public, les applaudissements interminables, tous les téléphones portables étaient de sortie, ils crépitaient dans tous les coins. Merci les artistes pour votre art si touchant !
L'aubade aux spectateurs tout simplement
Chers amis, surveillons l'ensemble immobilier n°4, ouvrons l’œil, dressons l'oreille, je vous embrasse dans le bel été, un peu trop chaud !


















