lundi 17 juillet 2023

L'Église Saint-Eugène, le musée du Grand Orient de France et le petit square de la rue Cadet - Paris 9e...

Notre GPS (grandeur nature), guide officiel (photocopie du plan de métro) de la promenade

J'ai une liste longue comme le bras de sites à visiter dans le 9e arrondissement de Paris. Ce sont des sites anniversaires ! Comme je ne savais pas quoi acheter à mon amie comme cadeau d'anniversaire, je lui avais dit : écoute, il y a énormément de choses à voir dans le 9e arrondissement, j'ai fait le point, cherché sur internet, dressé l'inventaire, et chaque fois que nous irons dans un nouveau lieu de ce quartier, c'est moi qui paye les entrées, tu n'as même pas besoin d'emporter ton porte-monnaie. À nous les petites sorties récréatives et amicales : Passages, places, églises, squares, musées, cafés en terrasses... Nous en avons pour un moment ! L'idée lui a plu, mais mon amie n'a jamais laissé son porte-monnaie à la maison... J'ai du mal à lui faire lâcher prise...

Au programme aujourd'hui : l'église Saint-Eugène, tu connais ? Non... Parfait nous y allons ! Cette église est singulière, entièrement peinte, construite au 19e siècle sur le modèle de construction de Gustave Eiffel, fer et fonte, en même temps que le Palais de l'Industrie et des Beaux-Arts de la première exposition Universelle de Paris. Elle fut un temps nommée : l'église de l'Exposition universelle. Nous avons tout de suite adoré l'idée de la voir, hardi petites, par le métro c'est quasi direct... Dans le métro, mon amie évite de s'assoir car elle a mal à sa hanche en se relevant, moi je guette une place car j'ai mal au genou en restant debout, à nous deux, on fait la paire !

Par ici la bonne soupe, nous trouvons l'église immédiatement, avant de partir, bonne organisatrice, je photocopie le plan du quartier pour ne pas chercher pendant deux heures la rue St-Glinglin, ni elle ni moi ne sommes des championnes du GPS, quand il faut tourner à gauche, nous prenons à droite et ainsi de suite, finalement c'est aux passants que nous livrons nos interrogations et nos errements...

Nous y sommes, je ne peux pas photographier la façade car un groupe d'enfants y joue au ballon sans se soucier de nous, nous devons slalomer pour arriver à la porte principale. Nous sommes déjà contentes de pouvoir admirer l'intérieur, entièrement vide, une immense nef, simplement soutenue par trente-six colonnes en fonte, très fines, qui permettent une belle visibilité du maître-autel et de son tabernacle, des verrières magnifiques et colorées. La lumière entre de toutes parts, nous sommes totalement éblouies, oui, l'église est entièrement peinte, sous les voûtes, un semis d'étoiles nous fait perdre le Nord... Une splendeur !

L'église Saint-Eugène (pour tout savoir) - 1854-1855 - (Paris 9e - 2023) Cette église fut classée monument historique en totalité en 1983. Il a fallu du temps pour se décider : 130 ans... Mieux vaut tard que jamais !

Tous les lustres sont allumés, sans doute pour notre visite ? Installés à une petite table, deux gardiens du temple devisent ensemble, bonjour, sourires, nous continuons notre route...

Le chœur inspiré de la Sainte-Chapelle, avec une verrière rutilante et subtile qui date de la construction de l'église

Toutes à notre affaire pour la visite de l'église, téléphones et appareils photos crépitent, et voilà que nos deux bedeaux s'agitent, le premier s'est levé de son siège et rouspète après mon amie qui ne s'est pas agenouillée devant l'hôtel avant d'avoir dégainé ton téléphone pour la photo souvenir : c'est pas croyable, elle s'agenouille même pas devant notre seigneur, mais où vous vous croyez, c'est pas un musée ici, c'est une église catholique, pour prier ! Le ton monte, je me joins à la discussion : mais monsieur, si même les catholiques ne viennent pas dans votre église, que pouvons-nous y faire ? C'est déjà bien que nous y soyons pour en admirer la beauté ! Furieux, il a fait demi-tour auprès de sa collègue, pour finir de nous agonir... Nous avons continué notre visite sans plus nous émouvoir. Que pouvions-nous devant ce constat : les catholiques français pratiquants désertent de plus en plus les églises, les "sans-religion" sont désormais plus nombreux.  En effet, la part des athées, des agnostiques ou des déistes, est passée de 27 à 58 % de la population française en quarante ans. Il s'agit d'un groupe très hétéroclite, mais qui représente aujourd'hui la majorité absolue de la population française (analyses de sociologues spécialistes du fait religieux). Personne ne leur vole la place, l'entrée est libre pour tout le monde, le bâtiment appartient à la ville de Paris qui en assure les travaux et la préservation, le classement aux Monuments Historiques... Nous n'allions pas résoudre la complexité de l'affaire entre les travées...

La douche froide n'était pas celle que nous attendions, dans beaucoup d'églises parisienne, désertes pour la plupart l'après-midi, nous avions l'habitude d'accueils bienveillants et aimables.

Le maître-autel,  la verrière et les grands lustres


Les verrières : la vie de Jésus et le chemin de Croix en-dessous. Au 19e siècle, dans le quartier, comme partout à Paris, il y avait tellement de croyants chrétiens que partout on construisait des balcons !

Un peu échaudées, pourtant admiratrices passionnées, nous avons résolument bifurqué vers le Musée du Grand Orient de France quelques rues plus loin, bien accueillies et sans bousculade. Le musée est très pédagogique, de grands panneaux très clairs expliquent comment s'est créé en France, importé d'Angleterre au 18e siècle, le Grand Orient de France... Nous avons pu conforter les quelques idées que nous avions, mais surtout apprendre et comprendre !! Le musée a été entièrement restauré en 2010.

Au musée du Grand Orient de France


Un beau lieu

Suivez le guide de la Franc-maçonnerie, le musée fait ça très bien, chronologie impeccable et synthétique,  Wikipédia, auquel j'ai renoncé, reste trop vaste pour moi !  








On ne rigole pas avec l'histoire, je vous laisse juge de l'histoire de cette confrérie...




Il y a une profusion de tabliers ( à rattacher aux tablier de cuir des maçons professionnels du moyen-âge réuni en confrérie, ancêtre des Francs-maçons), très beaux, de symboles rares, d'objets usuels dans les vitrines




Tabliers de cérémonie, et montres aux symboles de la Franc-Maçonnerie (2023)

Nous avons bien passé deux bonnes heures dans ce lieu, plein de repères historiques, de clarté, initiés et profanes, chacun peut y retrouver ses petits, le musée garde son mystère et son érudition. À vous de voir ! L'accueil est sympathique, chaleureux, encourageant...

Pour nous remettre de ce long apprentissage, et de nos attentions soutenues, nous avons eu le plaisir d'en discuter autour d'un thé, d'un café, les choses de notre vie sont également au rendez-vous, ces instants précieux nous ne les bradons jamais... Nous continuerons notre visite quand nous aurons fini de nous plaindre, de rire, de nous inquiéter, d'espérer, et de désespérer... Nous prenons toujours le temps des conversations, ces remonte-pentes qui font du bien,  quand le moral est à la baisse, l'inquiétude sourde devient plus légère. Les visites sont des papillons de toutes les couleurs, nous les adorons !

La rue Cadet est fermée à la circulation, la vie est bien agréable, pas de bruit de voitures, juste le papotage à profusion autour des tables,  j'aperçois en face du musée des arbres qui dépassent dans une cour, derrière une grosse porte entrouverte... Le petit jardin de l'Hôtel Cromot du Bourg, Cour Cadet, un espace secret, installé dans une cour, au pied de logement sociaux, une vraie cour parisienne transformée en petit jardin public :

"À partir de 2004, la Commission du Vieux Paris occupe une partie de l’hôtel jusqu’en 2015. Rappelons que sa mission est de préserver les édifices patrimoniaux, sites et quartiers parisiens ainsi que les vestiges archéologiques de Paris. De 2015 à 2018, la Mairie de Paris a procédé à la réhabilitation complète de l’hôtel et a souhaité redonner une vocation culturelle à ce lieu chargé d’histoire. L’ensemble des travaux sont achevé début 2019".

Une vingtaine de logements sociaux et trois ateliers d’artistes sont aménagés dans l’hôtel. Les prestigieux salons servent de cadre à des activités théâtrales, plastiques ou musicales. La chorégraphe Blanca Li y a installé ses studios de danse dans l’ancienne halle. Enfin, le bureau de style fondé en 1985 par Nelly Rodi (maintenant dirigé par son fils Pierre-François Le Louët) a regroupé tous ses bureaux parisiens dans l’hôtel Cromot. Quatre espaces favorisent les rencontres et les échanges entre professionnels et industries créatives : l’agence de prospective et d’innovation, la galerie d’art, la tissuthèque, les salons de réception. Bien sûr, comme presque toujours, il faudra y revenir, les ateliers d'artistes, les salons, le théâtre et la danse, nous n'avons encore rien vu...


Grande Halle pour les cours de danse



Le petit jardin au pied des logements sociaux de Paris

Paris est une mine d'or, nous en ramassons les pépites, une à une, par chance, ou en cherchant...

Nous n'en avons pas terminé avec cet arrondissement, en attendant d'autres sorties, les vacances arrivent, le Berry m'attend, je me prépare, à moi les chemins ombragés, les étangs merveilleux, à moi tous les amis du bourg, le cimetière pour le petit coucou annuel, mon vieux vélo et le boucher du coin. Dès mon retour, je vous fais signe, c'est dans longtemps... Mon sac de médicaments augmente avec les années, maintenant les antalgiques sont rois, les répulsifs contre les aoûtats, les livres, les DVD, mon appareil photo, ma tablette, alouette, alouette...

Chers amis, bonnes vacances à vous, de près ou de loin, les ciels se ressemblent, je suis impatiente de retrouver les oiseaux, le silence (relatif), mes belles amies les vaches tranquilles dans les prés, nous nous regarderons dans les yeux, assise sur mon petit siège pliant...

Je vous embrasse... À pas trop vite ! Attendez-moi !

vendredi 23 juin 2023

Ron Mueck à la Fondation Cartier, la dame du bus...

 



Mass - 2017 - Ron Mueck (1958), sculpteur hyperréaliste australien, vit et travaille en Grande-Bretagne

Quelle joie de reprendre pied à la Fondation Cartier, j'y vais régulièrement et régulièrement je me dis : y'a quoi en ce moment chez Cartier ? Ron Mueck !! Un grand artiste que j'aime, l'occasion est vraiment trop belle, j'y cours. Cette fondation trentenaire est un lieu exceptionnel d'art contemporain, dans un écrin de verdure, une sublime maison de verre conçue par Jean Nouvel. Bien avant de pénétrer dans les salles d'exposition, la façade toute en verre offre une œuvre d'art. À qui veut les voir, les reflets, la profondeur de champ offerte par cette forteresse si fragile met en joie immédiatement par sa beauté !


L'œuvre des spectateurs, changements à volonté


Dès l'entrée, le magnifique mur végétal de Patrick Blanc (1998)

Ron Mueck :

Un sculpteur qui sculpte le réel avec une très grande exactitude, jusqu'au moindre détail, les cheveux sont comptés... Un sculpteur hyperréaliste comme son nom l'indique, mais il va plus loin que la réalité en augmentant ou diminuant considérablement les dimensions de ses sujets, avec des procédés de réplique très modernes comme le silicone ou la fibre de verre. Il propose des œuvres vertigineuses, fascinantes et mystérieuses, signifiantes pour chacun des spectateurs... Confronté à lui-même...

Aujourd'hui, il propose une œuvre, à partir de 100 crânes humains surdimensionnés, pesant chacun 45 kg. Les trois couleurs mélangées se voient à peine, l'espace principal de la Fondation est entièrement occupé par l'œuvre, les visiteurs peuvent se promener parmi les crânes, tourner autour, se mesurer à eux, réfléchir, se laisser prendre par les émotions qu'il suscitent. Quand l'accumulation ne permet pas la vision en trois dimensions, il suffit de sortir et de regarder "par la fenêtre".





Dead Weight - 2021 - Ron Mueck (1958)

Le crâne en fonte vous attend à l'extérieur, massif et solennel ! "Le mot anglais Mass signifie à la fois un amas, un tas, une foule, mais aussi une messe". La tête de mort ne laisse personne indifférent, mais la pensée que vous puissiez bientôt lui ressembler est toujours très loin derrière... C'est ce que pensait la jeune femme à côté de moi qui admirait l'ensemble, nous nous sommes mises d'accord sur le fait que le regard qu'on porte sur un objet peut dépendre aussi de l'âge que nous avons... Dans les Vanités si prisées aux 16/17e siècles, la représentation miroir de la mort ne badinait pas avec le public. Ron Mueck joue avec tout ça avec son grand talent pour aller au-delà de la simple reproduction de la réalité, pour devenir un art formel, artistique, plutôt qu'un genre bavard.


La Fondation Cartier demeure l'unique institution française à collectionner l'œuvre de R. Mueck, bravo !! Au sous-sol, il y avait les chiens noirs, effrayants, grands et hauts. Comment ces grands chiens vont-ils attaquer vos/mes neurones ? Aucune peur pour moi, malgré le noir, la force des chiens, les lumières tamisées. Pourtant j'ai toujours eu peur des chiens, une force tenace, irrésistible qui a passé avec le temps, mais il m'a fallu beaucoup de temps... Je n'ai jamais perçu un chien comme une protection, mais comme une attaque, une fureur, un chien pour moi est méchant et rapide, je prenais mes jambes à mon cou, ou je restais figée comme une statue ! Mais ceux de Ron étaient bien sages...  En moi, rien ne s'est effrayé... Ils ne montraient pas les dents, pas de regard, figés, sculptés, inoffensifs...


Les trois chiens - 2023 - Ron Mueck (1958)

Le début de l'histoire commence par le nouveau né, grandeur hors nature, précis, hyper précis, un beau début !


A Girl - 2006 - Ron Mueck (1958)

Le petit bébé a déjà sa tête de grand-mère, il faut souvent attendre quelques heures pour qu'il devienne le magnifique enfant que nous reconnaissons tous, dans les bras de ses parents. Sa dimension monumentale nous rappelle peut-être la formidable épreuve de sa naissance, qui tient du miracle !


De dos

Cette œuvre nous/m'enjoint à mesurer mentalement la place immense prise dans ma vie par chacun de mes enfants, dès le tout début... Je me souviens de l'arrivée du premier et du deuxième de mes enfants, si petits, gros comme des montagnes à bercer, soigner, nourrir, aimer pour toujours...

Méfiez-vous avec Ron Mueck, il faut toujours compter sur les émotions qui rebondissent, du début à la fin, on pourrait en parler pendant longtemps... Ainsi Man in a Boat -2002...


Man in a Boat - 2002 - Ron Mueck (1958)

Que vient-il nous dire dans sa galère, seul au monde, nu au milieu d'une embarcation fragile, le regard dans le vide, les bras croisés devant la dérive, la noyade ? La solitude ? L'impuissance ? À vous de voir, moi j'ai été impressionnée par ce dernier voyage, peut-être ? Comment faire ?


Ron Mueck (1958)

À la Fondation, c'est toujours un plaisir de faire le tour du propriétaire, après les œuvres, le jardin et les grands arbres, la douceur de la lumière et de la journée... Se laisser imprégner...
 

Une belle expo, une belle journée !

La dame du bus :

Ah ! Ma chérie, ça fait longtemps qu'on se voit pas, je me demandais où que vous étiez ? La petite dame toujours toute en noir, du turban aux chaussures, me pose toujours les mêmes questions à chacune de nos rencontres à l'arrêt du bus. Nos horaires ne coïncident pas beaucoup, le hasard, on s'embrasse : moi aussi je suis contente de vous voir, tout va bien, dites-moi ? Je me disais à chaque fois en écoutant les réponses : tout fonctionne bien, elle est pétillante, elle va se promener dans Paris, descend toujours au même endroit, derrière la Mairie de Paris... Et roulez jeunesse ! Toujours avec mon mari nous allons dans Paris, depuis qu'il est plus là j'y vais quand même... Parfait, vous avez raison, c'est bien de sortir ! Oui, avec mon mari on faisait ça, on prenait le bus, on descendait à la Mairie de Paris, on prenait un petit café, on était bien... Mes enfants me disent : maman, il faut sortir, avec mes enfants pas de zigzag, il faut marcher droit, j'les ai élevés comme ça ! Et la voilà repartie avec son mari, la Mairie de Paris... Plusieurs fois avant l'arrivée du bus elle a répété : le mari et la mairie de Paris... Je me suis dit : pourvu qu'elle tienne le coup, quand elle rencontre un voisin elle est toujours en fête, elle fera une belle promenade, je la sens toujours heureuse sur le banc, mais après, quand elle ne voit plus personne ?... Passez une bonne journée, bon voyage, à bientôt !

Mes amis, à bientôt, profitez de l'été, du temps doux, pourvu qu'il pleuve quand même un peu, tout le monde en a besoin, notre Terre doit rester bleue ! Je vous embrasse.

mardi 13 juin 2023

Georges Clemenceau, les abricots, les nouveaux habitants de l'immeuble neuf...


Le petit musée est annoncé, impossible de se tromper

George Clemenceau (homme politique français) est mort dans cette maison en 1929. Par la volonté d'un mécène américain (l'immeuble est secrètement acheté pour le compte d'un admirateur de Clemenceau, le milliardaire américain James Douglas Jr., 1867-1949), et de proches du "Tigre", ce lieu est resté depuis lors inchangé. C'est justement ça qui m'intéressait, un lieu de vie d'un homme célèbre "dans son jus" depuis le début du 20e siècle, ou récemment restauré à l'identique, de 2015 à 2019, sous le contrôle des Monuments Historiques. Parfait ! Comment j'ai repéré ce petit musée, je ne m'en souviens pas du tout, mais j'y suis allée avec beaucoup d'enthousiasme... Clemenceau s'installa à 55 ans dans cet appartement, il y a vécu 33 ans, jusqu'à son décès à 88 ans.

Rien ne m'a déçue, on y entre comme si on allait en visite du dimanche voir un vieux parent. Au premier étage de l'immeuble, dans un appartement vide, tout l'historique du personnage, vidéo, documents, photos, dont un très beau tableau de son épouse...


La cour de l'immeuble


Mary Plummer, épouse de Georges Clemenceau (1848-1922) - Ferdinand Roybet (1840-1920)

Au bout de 23 ans de mariage, trois enfants et un divorce (1892), cette Américaine retourne aux Etats-Unis (Clemenceau la fait expulser pour raison d'adultère, mauvais joueur et normes machistes de l'époque, puisqu'il avait lui-même de nombreuses liaisons féminines), puis revient à Paris, où elle gagne sa vie en guidant des touristes américains. Elle y meurt seule en 1922...

La vie de Clemenceau (1841-1929) est trop dense et passionnante pour en parler même à demi-mot, je vous invite à consulter Wikipédia pour un aperçu, le bonhomme m'a plu sur le simple fait que déjà en son temps, il était contre la peine de mort... Ami des arts et des belles lettres, médecin, Président du Conseil des Ministres de la guerre, Ministre de l'Intérieur, sénateur, député, Président du Conseil Municipal de Paris... Il a fait tous les fauteuils, son surnom "le Tigre" devait lui aller comme un gant ! Un homme a mille facettes, pas toutes de la même couleur !

Je me suis promenée d'une pièce à l'autre dans son petit appartement, où seule la poussière avait bougé... Passionnant de vivre dans le temps intime du Tigre ! Ce petit appartement ne représente pas la dimension du personnage : pas d'or, pas de pompe, pas de brocards, des belles choses, des tableaux, des livres, et ce petit jardin où il élevait des poules et jardinait, échangeant plantes et conseils botaniques avec son ami Monet. Lieu riche d'une vie formidable, à explorer...




La salle à manger


La salle de bain





La chambre à coucher



Le magnifique bureau

Un enchantement, je m'étais invitée dans l'appartement et je pouvais aller dans les coins, observer les objets, la disposition, l'ambiance feutrée, le mobilier d'époque, sombre, les bibliothèques bourrées de livres... Une petite entrée qui donne dans un petit jardin adorable, où je n'ai pas pu aller...



Le vestibule et le petit jardin... Fermé

Seule la cuisine n'était pas visible, les WC derrière la caisse... Dans cet appartement, loin du brouhaha de la vie de Clemenceau, absent du tumulte mais très présent dès l'entrée, je me suis dit : comment ai-je pu ignorer ce petit musée si longtemps ? Ouvert au public depuis 1931 ! Derrière le Trocadéro, dans une petite rue éloignée du circuit touristique habituel. En sortant, je repris mon itinéraire de hasard au pas de tortue... J'ai aussi pris cette photo menteuse que j'aime bien...


La mère et l'enfant

J'ai eu très peu de temps pour déclencher, avant que des personnes en promenade dans le coin ne viennent s'asseoir sur le banc, me prendre le vide. La place paraît tranquille, le cimetière de Passy est à deux pas sur la gauche, le Trocadéro juste à droite et un car entier de touristes asiatiques vient de déverser son flot de visiteurs de Paris, silence, on tourne !

Les abricots :

En jetant un œil "fouilleur" dans le minuscule jardin qui sert de plate-bande au pied de ma tour, je les ai vus ! Trois, dans un état presque parfait, l'un d'entre eux avait été un peu écrasé dans sa chute. Comment faire pour les ramasser, impossible d'accéder au carré de pelouse avant lundi, la petite porte d'entrée du public à l'Office est fermée ! Ils vont pourrir, c'est sûr, et voilà mon sauveur qui sort sur son vélo, un employé (que je connaissais) et qui avait terminé son service d'astreinte, je cours après lui : tu peux me laisser entrer ? Bien sûr, tu pourras ressortir en appuyant sur le bouton "porte" et hop ! À moi les abricots tous chauds, je les prends dans le creux de mes deux mains, comme un oiseau blessé, trois abricots, c'est pas gros... Je file, vue de personne, je vais me régaler ! Dans l'ascenseur, je les renifle, ils sentent la rose, comme d'habitude, arrivée à la maison, lavage, brossage (léger) et dégustation sur le champ, énorme, magnifiques, délicieux, trois abricots les meilleurs du monde, mieux que l'année dernière où j'en avais eu un seul ! Un petit bonheur de la saison, quand je me suis penchée à la rambarde de mon balcon, j'ai vu qu'il y en avait trois autres qui m'attendaient dans les branches, mais il ne faut pas crier trop vite victoire, demain, je démarre de bonne heure (énorme effort pour moi), à neuf heure je serai en bas... Je vous raconterais si la cueillette a pu se faire ! J'ai le cœur qui bat ! Une cueillette bio/locale/délicieuse, ça se mérite...


Première récolte (pile) - saison 2023


Première récolte (face) - saison 2023


Deuxième récolte (nickel) - saison 2023


Dégustation - saison 2023 - Alléluia !

Il faudrait des mots plus puissants pour vous faire sentir le délice de ces fruits ramassés dans l'herbe : du miel ? Non, du sucre ? Non plus, trop commun, très bons abricots ? Mais non, encore trop petit,  merveilleux ? (très très faible) Fruits qui ont poussé comme par miracle au milieu de rien, contre tous les vents et les giboulées, sans engrais, sans élagage, sans soins, avec le regard bienveillant de quelques voisins, quelques interrogations : vous croyez qu'il y en aura ? Mais non, il est mort, presque pas de fleurs. Demain matin petit déjeuner à 8h, je pousse la porte à 9h... Je trouve les mots qu'il faut, juré !

Ce matin, dès l'aube, à l'heure où... Pas du tout, je n'ai pas pu me lever tôt, mais j'ai fait une récolte extraordinaire, 6 d'un coup, gros, énormes, un peu grignotés par les fourmis, mais presque rien... Bien nettoyés, bien curés, je les ai mis en lieu sûr, bien à l'abri dans une belle boîte en plastique, au frais dans le bas du réfrigérateur, pour les faire patienter jusqu'à demain, mes fils viennent dîner avec moi. Je n'ai cependant pas pu résister, j'en ai goûté un, pas le plus beau, mais délicat, parfumé et franchement merveilleux au goût, le miracle a bien lieu tans les ans, un peu d'or pur a chu dans l'herbe...


Troisième récolte merveilleuse de 2023

J'ai regardé avec mes jumelles du très haut où j'habite, penchée raisonnablement sur la rambarde de mon balcon, j'en ai compté 10 encore perchés dans les branches... À nous deux mes amis, je vous attends...

Les nouveaux habitants de l'immeuble neuf :

Si rien n'indique franchement qu'il y a de nouveaux locataires dans les lieux, il faut regarder avec attention les balcons, les premiers habitants sont là, bien visibles : les grands séchoirs à linge, demain ou après s'installeront les canisses en tous genres, faux lierres, bambous, grillages, plastique noir, paravents, vélos... Ils sont là, bien avant les fleurs... Défigurant la façade plus vite que le temps... Je redoute les terrasses, qui peuvent générer la pollution sonore... Mais il faut bien loger les habitants, le mieux possible ! L'immeuble neuf est assez loin de chez moi, mais toujours trop proche à mes yeux, comme s'il allait se rapprocher, dans la nuit, imperceptiblement !!!

Allez, Danielle, occupe-toi de la quatrième récolte au lieu de ronchonner !

Mes amis, à bientôt, pourvu qu'il pleuve partout, c'est le grand bien que je peux souhaiter à la nature et à nous-même... Je vous embrasse fort.