dimanche 26 juillet 2015

Le petit service !..


Comme une fleur

Ça sonne à ma porte, vite, je laisse mon fer à repasser sur la tranche, un nuage de vapeur s'échappe encore, et  je vais ouvrir. Je vois ma voisine Alice (101 ans en novembre prochain), toute fraîchement sortie de chez le coiffeur, permanentée, l’œil bleu et le sourire aux lèvres, elle me dit : Danielle, vous pouvez me rendre un petit service ? Mais bien sûr chère Alice, de quoi s'agit-t-il ? Danielle, vous pouvez me réveiller demain matin à 7h ? Je dois partir avec ma fille, elle vient me chercher, nous allons en Suisse, ça ne vous dérange pas, Danielle ? A 7h, vous frappez fort pour que j'entende bien... Le sourire, elle le conservait tout en parlant, elle n'arrête jamais de sourire et de vous embrasser.

Alice voyage par-ci, par-là : le midi de la France chez son fils, la Suisse chez son petit-fils...



Comme une rose


Le service que me demandait Alice n'était pas mince, car je suis comme on dit : une lève-tard, mon heure naturelle varie entre 8h et 9h, quelque fois même 10h, vous voyez le service qu'il fallait que je rende à ma  belle centenaire ?

Bien sûr, j'avais répondu favorablement, car sa question contenait pour moi la réponse, qui peut bien se lever au-delà de 7 h du matin, je vous le demande ? Et puis, pouvais-je refuser ? Impossible... Mais oui Alice, sans problème, aucun souci, je tape demain matin à votre porte, avec plaisir !

Merci Danielle, j'ai toujours peur d'être en retard, merci beaucoup, et on s'embrassa... Le dos un peu voûté, les frisettes aussi belles derrière que devant, elle partit rassurée.

Pour accomplir cette mission, il me fallait une certaine préparation : couchée plus tôt que d'habitude, mis le réveil à sonner un chouille avant 7 h : résultat des courses, du mal à m'endormir, mal dormi, rêves passables, mais... Bien avant l'heure, j'étais sur le pont, à 7 h tapantes, je frappe, je tambourine, je parle fort, Alice, c'est l'heure, tap, tap, tap... Boum, boum, boum !

Alors, j'entends une petite voix qui me dit : oui, ça va Danielle, je suis levée...

Sans ouvrir la porte, elle retourne à ses affaires.

Aujourd'hui, je vais faire la sieste, obligatoire, réparatrice, merci Alice, et bon voyage !


 Gardon frais comme Alice !


Je me suis bien avancée sur l'arrosage des plantes, lessivage de la couette, rangement, bricolage, tout ce qu'on ne veut pas faire un dimanche, grâce à Alice je l'ai fait ! Merci Alice, bon voyage ! Profitez de tout !

jeudi 23 juillet 2015

Yvon Lambert, célèbre galeriste parisien, a fermé boutique !!!


La galerie Yvon Lambert, dans le fond de cour du 108, rue Vieille du Temple

Fin juin j'y étais passée, rien vu, rien réalisé, rien senti ! Chez Yvon Lambert, je suis chez moi depuis bien 25 ans !

J'avais été subjuguée par l'exposition des œuvres d'un artiste camerounais : Pascale Marthine Tayou, 48 ans, autodidacte magnifique ! Il touche à tout : de la photographie, du dessin, de la vidéo, de l'assemblage, des performances, du graffiti. Il parle de son intérêt pour l’hybridation des formes et leur circulation en dépit des frontières, et de sa pratique du détournement d’objets usuels et de rebut.

Comme j'étais toute seule dans la grande galerie, j'ai pu pousser des petits cris d'admiration, dès la première salle la force, l'énergie, la beauté des formes m'ont absolument conquise :




Les grosses épines fichées dans le mur (Douces épines), comme des crayons de toutes les couleurs, le cristal, des visages pendus aux branches d'arbre (Arbre de vie) au fond, une fresque de charbon, des lianes métalliques au plafond - Pascale Marthine Tayou, 2015

Des accumulations il y en avait, douces, piquantes, sombres ou éclatantes, je ressentais le surnaturel, le rituel, la vie, la mort, sans l'expliquer, je baignais dans la beauté, uniquement la beauté, la surprise ! Les salles avaient été restructurées, blanchies, agrandies, l'artiste avait déposé là tout son monde spirituel pour nous spectateurs, des gris-gris somptueux, des personnages fascinants :



Poupées Pascale - Pascale Marthine Tayou  (2008-2012)

Balcon des Dieux  - Pascale Marthine Tayou (2010)

Ce petit autel qui paraît un peu touffu, il faut l'observer avec minutie, prendre son temps... Je découvre avec plaisir des miroitements inattendus venant des petites fenêtres de verre, les maisons miniatures posées dans le haut de cet étrange tableau en trois dimensions sont comme des yeux humains qui vous regardent avec le sourire... J'ai compris ça !

Cette visite passionnante se terminait dans une salle bien étrange, d'autres personnages en cristal (Poupées Pascale) habillés de mille matières restaient à l'arrière de grandes colonnes de faïence, superbes. L'atmosphère mystérieuse qui régnait ici, je n'avait pas envie de la quitter, j'ai fait photo sur photo, je n'arrivais pas à trouver le bon angle qui pouvait rendre compte de tout, mais en fait, tant mieux, il faut se rendre sur place pour être saisi de cette magie...




Colonnes Pascale (2007-2015)




Poupées Pascale (2008-2012)


Pots Gri-Gris (2015)

Dans un grand bol recouvert de terre, des dizaines de petites aiguilles de toutes les couleurs, un art de vivre ou de mourir !

J'ai pris toutes les photos avec mon téléphone portable, je n'avais pas prévu de voir cette galerie, je me trouvais dans le quartier pour enquêter sur l'achat prochain d'un nouvel appareil photo ! La surprise a été totale pour moi, je voulais absolument garder toutes ses œuvres en tête, elles mettraient sans doute des années avant de réapparaître dans une galerie, avec mon téléphone tout est imparfait, aucun rendu des couleurs, des volumes, de l'atmosphère... Mais la joie d'avoir pu découvrir cet univers me comblait.

En sortant de la galerie, il faisait beau, bleu, je suis allée m'asseoir dans un petit jardin privé installé grandeur nature dans une ancienne cour entourée d'immeubles anciens, un endroit féerique créé par un jardinier payé par la communauté des propriétaires, la grande porte sculptée de l'entrée était ouverte, le banc en bois invitait quiconque passant par là...



 Le banc à cancans




Le jardin grandeur nature

En m’asseyant sur le banc accueillant, à côté d'une dame qui habitait ici, j'entamais la conversation, elle habitait là depuis plus de 40 ans et je lui racontais ma découverte artistique chez Yvon Lambert, juste à quelques pas de chez elle, elle ne connaissait pas ce lieu... Elle me dit : je vais aller voir cet artiste, vous suscitez ma curiosité... Échangeons nos téléphones... Je terminais mon sandwich, elle retrouva une amie, la porte se referma...

Comme à chaque fois que je fais des rencontres artistiques ou amicales, j'ajoute très souvent à ma journée, de la beauté, de la bonne humeur, de la gaieté, de l'espoir même...

Bon, et alors, c'est bien joli tout ça, mais reviens à tes moutons : la galerie Yvon Lambert ?

Oui, oui, j'y viens, plus tard, quelques semaines après cette belle rencontre, je me suis dit : si je faisais un petit post sur Pascale Marthine Tayou, cet artiste qui m'avait tant plu ?

J'avais heureusement gardé la petite feuille d'information mise à la disposition des visiteurs de la galerie. Au moment où je m'installais à mon ordinateur pour faire mon post, je plaçais la feuille à côté de moi... Alors seulement, j'ai fait attention au papier en-tête de la galerie : elle s'appelait VnH Gallery !! 

C'est quoi ce truc ? Je ne comprenais rien, la même adresse, oui, mais le nom avait changé...

Un petit tour sur Internet m'expliqua en détail la fermeture, le retrait d'Yvon Lambert du marché de l'art, la galerie avait changé de main... Deux femmes, Victoire de Pourtalès et Hélène Nguyen-Ban, lui succèdent, une galeriste et une collectionneuse.

Pas possible ! Que vais-je devenir sans lui ? Il était mon phare dans le dédale des galeries parisiennes, avec lui j'avais découvert tant d'artistes que j'aimais : Christian Boltanski, Daniel Buren, Jan Fabre, André Sorrano, Nan Goldrin, Anselm Kiefer, Douglas Gordon, Adami, Garouste... Et tous les autres à ma portée, sans tambour ni trompette des grandes expos de la capitale... La galerie Yvon Lambert avait été mon université pendant un quart de siècle...

Yvon Lambert est né en 1936, il a quitté l'école très tôt, il n'a fait aucune étude, il était fils d'un chauffeur de taxi, il affirme avoir acheté sa première oeuvre à quatorze ans. Pendant six mois, sa mère lui paye le loyer de sa première galerie à Vence, place du Grand Jardin, puis il ouvre une galerie à Paris rue de l’Échaudée, en 1986 il arrive au 108, rue Vieille du Temple, qu'il ferme le 31 décembre 2014, sans m'avertir ! 

Yvon Lambert déclare (en gros) dans un entretien à France Culture : je quitte ce "marché" de l'art contemporain qui me déçoit, je ne me retrouve plus dans ce milieu "d'investisseurs", moi qui ai longtemps accompagné les artistes, fais des découvertes, gagné de l'argent, certes, mais aimé, surtout, aimé l'art contemporain, le métier aujourd'hui ne m’intéresse plus tel qu'il est devenu, uniquement centré sur l'argent.


Durant l'été 2008, Yvon Lambert est invité à exposer une importante partie de sa collection à la Villa Médicis de Rome. Cette même année, il annonce qu'il envisage de faire une donation à l'État français de 300 œuvres de sa collection, pour une valeur estimée à environ 63 millions d'euros, dans le cadre de la création à Avignon d'un centre d'art contemporain permanent. Ce projet est entériné en novembre 2011 avec la donation de 450 œuvres à l'État français, inaliénables, à l'hôtel de Caumont.

Voilà donc des années qu'à chaque visite chez mon frère, qui demeure en Avignon, je vais y voir les collections d'Yvon Lambert...

Quand j'ai appris, avec six mois de retardla fermeture de sa galerie, j'en ai été toute retournée ! Comment cela m'avait-il échappé ? Je n'en sais rien... Mais je suis triste ! 




La galerie Yvon Lambert a fermé, une page s'est tournée sur la scène artistique française...

vendredi 3 juillet 2015

L'abricotier, les orchidées, le nouvel appareil photo et le Hip Hop !


L'abricot de l'abricotier du bas de mon immeuble
L'abricotier :

Chaque année, fin juin,  branle-bas de combat aux pieds des marches de ma tour, l'abricotier qui y prospère nous gratifie de magnifiques fruits, très peu cette année car il a été mal taillé, me dit un voisin connaisseur, mais voyez la splendeur, un parfum unique : abricot, mâtiné de rose, fondant, un goût que vous n'imaginez pas si vous achetez vos fruits en supermarché... J'ai réussi à passer ma main à travers le grillage pour en saisir deux, un voisin m'en a donné un, la gardienne m'en a promis un autre... Vraies récompenses de saison...


Rose, un peu cabossé, le rescapé est chez moi, je l'ai dégusté comme un roudoudou...

Petit à petit, avec les années, je m'assagis, je regarde les abricots qui tombent sur le pauvre petit bout de gazon qui entoure l'arbre, sans colère, je me dis : pas grave si personne ne peut les ramasser tous, ils sont là, ça me suffit...

L'orchidée, les verveines :


La belle orchidée rempotée

Pour la Fête des mères, un de mes fils m'a offert une splendide orchidée, d'une couleur et d'une élégance incroyables, je me suis dis tout de suite : c'est le moment, je vais la mettre dans une vasque avec celles qui sont orphelines sur ma commode.

Je suis allée très loin de Paris pour trouver une vasque qui me convenait... C'est à l'unanimité que tous les livres, les sites internet qui donnent de bons conseils pour vos orchidées, disent (c'est l'ABC) : évitez de rempoter pendant la floraison ! Oui mais voilà, moi je ne pouvais attendre, j'ai donc travaillé sans filet avec la grande fleur qui bougeait dangereusement et le résultat est tout à fait satisfaisant. Le lendemain, l'ensemble des transplantées avait repris de l'assurance, la hampe de fleurs se trouvait délicatement posée dans un parterre de feuilles ragaillardies... Depuis tout va pour le mieux, les fleurs fleurissent de plus belle...

Pas facile de rester créative sans prendre de risques !

Et puis chemin faisant, j'ai voulu aussi changer les bacs à fleurs de mon balcon, vieux comme mes robes, tout décatis, noirs à faire peur, plus du tout vaillants et dans le jardinage, ce n'est pas forcément dans les vieux pots que l'on fait les belles fleurs...

Pour acheter des bacs à réserve d'eau il faut encore aller loin, les grands magasins parisiens ont réduit leurs rayons, les magasins spécialisés ont moins de choix, il faut aller en campagne pour s'approvisionner, se rapprocher des vrais jardins...

Mes verveines attendrons la transplantation, je les arrose avec amour tous les soirs, je les mets à l'ombre, je leur parle doucement, attendez s'il vous plait, tenez le coup...


Verveines en attente de pots neufs !

Il n'y a pas que dans les bacs qu'il y a du changement !

L'appareil photo :


Mon nouveau chouchou

J'ai reçu en cadeau pour mon anniversaire un nouvel appareil photo, un petit compact expert, dans la même lignée que celui que j'avais perdu dans le métro. J'avais bien sûr la mission de l'acheter, le choix n'a pas été facile, plus vous cherchez, plus vous êtes perdu, j'en ai fait l'expérience pendant 8 jours... Sur internet, j'ai passé en revue tous les sites de conseils, de top model, de classements sérieux, de blogs, j'ai interrogé les amis, demandé des avis dans les magasins de photo, j'ai beaucoup réfléchi et plus j'approfondissais  la question, plus elle restait sans réponse, une idée poussait l'autre, à la fin je fus totalement découragée : lequel acheter ?

Pendant une autre bonne semaine j'ai continué ma quête, investigué, et je me suis dit en bout de course : tu étais contente de ton appareil perdu, et bien achète le même, depuis 6 ans ils sont montés en gamme, fait des progrès, achète le numéro du jour, voilà c'était fait, il fallait y penser, le Canon G 16 s'est imposé, ouf ! Tout m'apparaissait clair, mûrement pensé, maintenant il fallait juste l'acheter.


Petite sortie à la campagne avec le nouvel appareil... Septembre devrait être prometteur !

Pendant 8 autres jours, j'ai surveillé les prix, à la Fnac ils changeaient tous les jours, presque toutes les heures, comme à la Bourse, c'est normal m'a dit la vendeuse, on s’aligne sur internet et sur la concurrence locale, il m'a fallu guetter la baisse pour sauter dessus : 100 euros de moins en quelques heures ! La bonne affaire en somme...

Je l'avais ! Je n'osais même pas m'en servir, le sortir dehors ? Pas question, je vais attendre de n'avoir plus peur de le perdre pour devenir audacieuse, reprendre du poil de la bête, j'ai acheté une housse, une courroie de cou, je me suis bien préparée pour le grand jour, déjà dans les petits chemins verts il y avait des noisettes...

Le Hip Hop :

Il faut que je vous raconte la joie que j'ai eue en regardant danser ces jeunes de toutes les couleurs, du plus clair au plus foncé. Je suis restée assise (par chance) sur une grosse borne, au premier rang des spectateurs, dans la rue, pas très loin du centre Beaubourg, le festival a commencé avec la sono à fond et puis les danseurs ont entamé leur démonstration...



Ne partez pas, le groupe de danseurs est derrière le groupe de jeune brésiliens en vacances à Paris

Moi j'étais émerveillée, je les avais déjà vus exercer leur art dans le coin, à chaque fois j'ai fait une halte, aimantée, admirative. En fait ils sont quatre, avec la musique ils entrent dans la danse tous ensemble ou séparément avec un petit solo, puis ils se complètent, se poursuivent, s'enchaînent, ils s'observent furtivement, règlent leurs mouvements sur l'ensemble, ce sont des magiciens qui gardent toujours le sourire, ils sautent, bondissent, font des pas de quatre, leurs bras comme du caoutchouc ondoient comme des algues, tous les corps se tordent, se plient, ils glissent sur le sol comme sur une patinoire, ils prennent possession du public, tout le monde applaudit à tout rompre. Ils disposent toujours, discrètement, un ou deux chapeaux devant le public, sans jamais le faire passer, ce sont les spectateurs qui se déplacent pour remplir les couvre-chefs...

Au moment où je me suis assise, il y avait du monde, des jeunes en balade, passionnés, ils ont tous voulu faire le selfie avec les danseurs, j'ai attendu patiemment le retour des artistes sur la scène et la sarabande est repartie, toujours différente, toujours surprenante de créativité...

J'ai préparé mes sous pour le chapeau... J'ai sorti le téléphone pour les photos :


Ils entrent en scène


Je n'ai pas pu éviter le crâne à droite, il fallait faire vite

Bravo messieurs, le public est en liesse, l'après midi commence bien...

dimanche 21 juin 2015

Nicolas Poussin, Velázquez, et l'appareil photo...


Nicolas Poussin  - La Sainte Famille - 17e siècle

Le mardi, c'est souvent le jour où j'ai envie d'aller voir une exposition dans Paris, et bien sûr, c'est le jour de fermeture des musées nationaux, alors je me rabats sur les autres musées, ou bien je vais au cinéma...  Je ne sais pas pourquoi ! Il faudra que je creuse la question.

C'est donc aussi pour approfondir mes connaissances qu'un vendredi, j'ai eu soudain le besoin impérieux d'aller voir l'exposition de Nicolas Poussin au Grand Palais. Ce n'est pas que j'aime particulièrement Nicolas Poussin, je le trouve plutôt ennuyeux, ses sujets ne m'intéressent pas, et comme tout le monde l'adore, je voulais aller voir sur place et comprendre pourquoi ce peintre ne me procure aucune émotion, pourquoi, oui, Nicolas Poussin, le "peintre des gens d'esprit",  ne me touche pas...

C'est décidé, j'y vais, je vais prendre mon temps, étudier, comparer, entrer dans la peinture, changer d'avis, de point de vue, retourner ma veste, m'éclairer, me surprendre, boire à la source de la beauté, labourer le champ de mes savoirs en jachère, faire enfin comme tout le monde : aimer Nicolas Poussin, mais je crains quand même que mon inculture abyssale et mon obstination n'y fassent obstacle... Essayons, me dis-je, essayons !

Contente, pleine d'enthousiasme, je me précipite dans le métro, installée confortablement, près de la fenêtre, ma place préférée, je me plonge entièrement dans le journal gratuit que j'avais pris au vol avant de descendre sur le quai... Opéra ! Mon changement, hop ! Je descends rapidement du wagon, aussitôt sur le quai j'ai senti qu'il me manquait quelque chose, horreur, le métro s'engouffrait sous le tunnel et moi, je venais de comprendre que je n'avais pas pris le sac noir que j'avais posé sagement à mes pieds, et à l'intérieur duquel j'avais rangé mon appareil photo chéri !

J'étais au désespoir ! Je monte quatre à quatre (presque) jusqu'au guichet qui vendait les billets : je n'ai pas le temps, madame, me dit l'employé, un voyageur vient de se trouver mal sur le quai, allez en fin de ligne à Levallois et voyez s'ils l'ont retrouvé !

Je sais, je ne me fais aucune illusion, mon appareil photo est perdu, perdu, perdu corps et bien...Quelle idiote, quelle tête en l'air, je peste contre moi-même, j'ai instantanément perdu l'estime de moi. Ceux de mes lecteurs qui me suivent depuis très longtemps se rappelleront peut-être comment j'ai failli perdre ma tablette sur un banc de Central Park à New York... Ce jour-là, les Dieux étaient avec moi et je l'ai retrouvée...

Aujourd'hui, au bout de la ligne du métro, j'y était allée aussitôt, mais rien d'abandonné n'avait été signalé, j'avais beau pleurnicher, l'histoire se terminait mal, mal, pas de chance !

Les yeux remplis de larmes, je rentrais à la maison la mort dans l’âme, adieu Poussin, adieu mes prochaines photos, je ne pouvais attribuer à personne d'autre que moi-même cette énorme inattention... Il faudra en payer le prix.


Nicolas Poussin  - les Muses - 1632 - Beaucoup de toges, un homme et une femme presque nus, des anges qui volettent au dessus de ce petit monde... me laissent totalement insensible...

Toutes les questions, je me les suis posées : tu vas mal ma fille, perdre ainsi ton appareil photo, je ne voudrais pas être à ta place, je me suis mise à douter de tout, surtout de moi-même, voilà 10 ans que je me trimbale dans les transports en commun avec mon appareil photo dans un sac, posé à terre ou sur mes genoux, un sans faute jusqu'à Nicolas Poussin...

Du coup je n'ai pas encore vu l'exposition du grand maître, il faut que je me dépêche, elle ferme le 29 juin...

Dans mon malheur, par bonheur, je n'ai pas raté l'exposition de Velázquez au Grand Palais, depuis toujours les œuvres d'art me consolent.


L'affiche de l'expo prise avec ma tablette...

Dans cette expo il était interdit de prendre des photos, ça tombait bien vu la perte de mon appareil, aucune file d'attente pour rentrer (il paraît que l'expo ne marche pas, comme celle de Nicolas Poussin, d'ailleurs), pas trop de monde devant les tableaux, aucun sujet de rouspétance !

Et voilà les grands portraits de femmes, d'enfants, tous de la famille royale puisqu'il en était le peintre attitré, sublimes ! Les photographies ont été prises sur Internet.

Finalement Velasquez a peu peint, à peine plus d'une centaine de tableaux tant il était pris par son rôle "d'agent artistique" du roi... Il n'a laissé aucun écrit sur son travail, il a signé très peu d'oeuvres, rendant souvent l’attribution de certaines d'entre elles (encore) difficile. Il fut le peintre officiel de la cour, il réalisa essentiellement des portraits du roi, de sa famille et des grands d’Espagne, ainsi que des toiles destinées à décorer les appartements royaux.

Si je n'ai pas été totalement admirative de ses œuvres de jeunesse, qui reprenaient les canons de l'époque (l'art était presque entièrement dédié aux représentations de l'histoire chrétienne), sa peinture devient un morceau d'anthologie quand il s'agit des représentations de la famille royale : la véracité de la représentation, la luxuriance des couleurs, les sujets choisis, tout impose des émotions aux spectateur d'aujourd'hui. Sans voix, sans parole, juste le bonheur de regarder ces figures enfantines, les bras ouverts, le regard un peu triste, la raideur des poses ne rebute pas, bien au contraire, nous sommes pris par l'embrasement et la douceur des matières, les visages de porcelaine me touchent...




L'infante Marguerite en bleu - 1659

La douce présence du velours bleu, l'éclats des fils d'argent, ce gros manchon de fourrure, l'attitude sérieuse du modèle, qui reste fragile sans être figée : ce portrait a une force et une beauté irrésistibles...


Maria Théresa, Infante d'Espagne - 1652

La chevelure extraordinaire de cette jeune femme, piquée de peignes papillons, est délicieuse.


Et ce portrait du Pape, rouge sang, est impressionnant, dur, sévère, adouci par la lumière ondoyante, ruisselant de la capeline qui recouvre son buste, il suscite encore aujourd'hui de la gravité, des interrogations, je le dévisage un long moment, son regard est encore perçant....


L'Infant Baltasar Carlos sur son poney -1634/1635

Représentation royale, fougueuse, dynamique, un grand paysage bleu-gris prolonge la perspective, la relève est assurée, pourtant l'enfant meurt à 16 ans d'une crise d'appendicite...

Au sommet de sa gloire, le peintre officiel de la cour exerce une influence prépondérante sur un groupe de disciples que l'on surnomme Los "Velazqueños", tels l'Italien Pietro Martire Neri, son ancien esclave maure Juan de Pareja, ou encore son propre gendre, Juan Bautista Martínez del Mazo.  

Velázquez a eu une vie trépidante, entièrement dévouée au service royal, il a fait des choix qui peuvent surprendre, sa vie de surintendant l'empêche de peindre, comme les peintres sévillans de l'époque il a recherché du travail et des responsabilité qui lui ont permis de mettre sa famille à l'abri du besoin, de devenir riche. Dès le début de sa carrière, il a répondu au goût de sa clientèle majoritairement ecclésiastique, qui réclamait des scènes religieuses, des portraits de dévotions que je trouve moins belles, plus conventionnelles... Velázquez très jeune fait preuve d'un talent artistique considérable, un génie ! Le roi d'Espagne Philippe IV le prend à son service à l'âge de 22 ans, le roi et le peintre avaient sensiblement le même âge, Velázquez va peindre le roi d'Espagne pendant 37 ans !

dimanche 7 juin 2015

Mes petits coups au cœur... Encore !


Le beau lustre cristal du Zénith... Côté loges d'artistes, un décor subtil...

J'avais fait le tour du Panthéon (voir post précédent), et je me suis dit : si j'allais manger avec mon fils à la Villette, pas loin de son lieu de travail, il y a un petit resto vietnamien qu'il affectionne tout particulièrement. La belle idée ! Je pouvais faire coup double en venant largement en avance : admirer le travail de Felice Varini, je savais qu'il avait peint une "illusion d'optique" dans un espace extérieur de la grande Halle de la Villette, et plusieurs autres dans un espace intérieur. Mais laissons-le parler de son travail : "l'espace architectural, et tout ce qui le constitue, est mon terrain d'action. Ces espaces sont et demeurent les supports premiers de ma peinture. J'interviens in situ dans un lieu à chaque fois différent et mon travail évolue en relation aux espaces que je suis amené à rencontrer".

Felice Varini est un peintre contemporain suisse de renommée internationale, qui vit à Paris. Son travail a la particularité d'utiliser des espaces extérieurs architecturaux dans différents lieux publics afin de les intégrer à ses peintures et de créer des illusions d'optique.

L'heure du déjeuner est agréable à la Villette, personne dans les environs de la grande Halle de la Villette (ancienne halle aux boeufs, construite au 19e siècle, jusqu'à sa fermeture en 1974 elle pouvait contenir 5000 boeufs). Tout est calme, j'ai pu à loisir surprendre l'oeuvre de Varini dans toutes ses dimensions, voilà plusieurs mois déjà qu'il a investi cet espace avec un bel effet d'optique au bout de mes pas. Il suffit d'aller lentement le long du côté est de la Halle, se retourner de temps en temps pour le voir se former petit à petit sous vos yeux ébahis. Bien sûr si vous ne faites as attention à ce qui se passe au dessus de votre tête, vous pouvez passer à côté, je vois plein de gens qui passent sous les couleurs sans rien voir, Varini travaille avec la curiosité du spectateur, avançons ensemble :







Et voilà le résultat final ! Magnifique !

Aller manger avec mon fils est toujours un régal, dans le petit resto il connait tout le monde, et tout le monde l'appelle par son prénom, mon fils aime beaucoup les gens et les gens le lui rendent bien... Philippe, tu oublies ta casquette, lui dit la patronne, le cuistot lui demande si c'était bon... Ambiance de campagne à la Villette où les arbres sont en pleine activité, ils poussent le plus haut possible pour faire de l'ombre aux  promeneurs...

Soupe, riz, rouleaux de printemps, bô bun, rien ne manque à notre bonheur, papotage général sur l'ensemble du territoire, rien ne nous arrête... Il me dit avoir vu F. Varini et sa bande en plein travail de couleurs sous les arcades en fonte de la Grande Halle,  mais il n'a pas encore eu le temps d'aller voir le résultat !

Maman viens, je t'offre la visite du Zénith ! Cela faisait des lustres que je n'y étais pas venue, et de fil en aiguille j'ai vu l'énorme lustre installé du côté des loges d'artistes, juste pour faire beau, un très beau décor très réussi.

Puis mon fils m'a fait faire un petit tour de piste, bonjour par-ci, par-là, quand il passe c'est le sourire général, et puis quand il dit : je vous présente ma maman... Les clins d’œil discrets participent aux sourires. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, il lui fallait bien reprendre le boulot. Je suis repartie à l'assaut de Felice Varini, explorer ses travaux dans un site intérieur, un pavillon d'exposition de la Villette, juste à côté du Zénith. Il y a peu de monde et chaque visiteur s'applique avec beaucoup d'attention à trouver le bon endroit où mettre ses pieds pour que l’œil puisse reconstruire les formes qui se profilent dans les couleurs de Varini, les surprises sont toujours au rendez-vous, voilà c'est ici, non là, attention déplacez-vous un peu sur la droite, encore un peu, voilà c'est pile poil !






Tout se passe miraculeusement sous vos yeux...

Un petit jeu se met en place dans chaque salle, pour prendre la bonne distance, trouver la meilleure perspective, on s'entraide, on discute : oui, oui, venez voir par-là, c'est ici exactement qu'il faut se mettre pour bien voir l'effet, ah oui ! C'est épatant, merci, bonne visite... Avez-vous vu son son travail sous la Grande Halle ? Non, nous y allons tout de suite après, merci... L'exposition est festive, continuons ensemble :





Bel effet orange sur fond blanc

Encore un dernier trompe-l’œil nous attire au loin, au fin fond de l'espace, on tâtonne, on s'exclame : comme c'est beau, quel travail de précision, mais comment fait-il ? Personne ne sait...



Nous y sommes sans tourner autour...


Le public arrivait petit à petit, des groupes de jeunes avec leur guide, il était temps de partir...

Refaisons-ça plus souvent maman, c'est super chouette... Bien sûr mon fils, refaisons-le...

Prochaines aventures dont je n'ai encore aucune idée, bientôt ici...