jeudi 18 août 2011

Août 2011... Retour à la galerie...


Yves Boussin, pastel
La robe bouillonnante et accessoires...

Yves raconte : le froufrou et la dentelle, et tout ce qu'il veut...

"Pour moi, c'est un pastel raté car le choix du motif de la robe est trop dense pour la surface du tableau, les mains gantées sont trop raides, les seules choses qui me plaisent sont l'ombrelle et le sac, les couleurs sont trop denses également, inadéquates pour le sujet, la facture rigide, trop colorée, a enlevé toute délicatesse et raffinement au pastel"

Entendez comme ses paroles sont cruelles, moi je ne vois pas du tout ça, je trouve que la robe bouillonnante est magnifique, rien n'est raté, les couleurs sont superbes, la densité au contraire me réjouit, le rouge et l'orange se marient à merveille.

Dorénavant, je vais éviter de demander à mon frère ce qu'il pense de ses oeuvres. J'en parlerais moi-même, restons entre nous, comme si nous demandions à Ingres ce qu'il pensait des grands membres dont il dotait ses portraits, que nous adorons.

dimanche 14 août 2011

Albi... Le sachet de thé.


 La forteresse, le bateau de haute mer, le château-fort, la cathédrale Sainte-Cécile

Cette cathédrale Sainte-Cécile donne le vertige rien qu'en essayant de la regarder d'en bas, elle n'en finit pas de s'élever vers le ciel, de loin c'est un véritable château-fort, une forteresse, un navire de haute mer. De toutes parts ses pentes lisses n'accrochent pas le regard, aucun décor, pas de statues, pas de tour de dentelle, juste quelques gargouilles qui la ceinturent. Elle domine le Tarn, c'est la plus grande cathédrale en brique du monde, elle a 729 ans.


La porte d'entrée, comme une mantille ...

Sa belle porte d'entrée ajourée, en pierre dentelée, transparente, luxuriante, engageante, a été rajoutée au 16e siècle, la porte est posée comme une mantille précieuse, j'ai vu le ciel bleu au travers de ses volutes, de ses arcades fleuries, la cathédrale subit des tas de modifications... Jusqu'au 19e... Mais ça, vous pouvez le lire en détail dans les livres.


Le chemin de croix et le coup de pied...

Pour peindre les merveilles de l'intérieur, on a fait appel aux peintres italiens du 16e siècle, aucune restauration n'est intervenue sur ces chefs-d'oeuvres.


Le grand Jugement Dernier

Quand je suis entrée, c'était l'émerveillement, l'église est entièrement peinte avec des couleurs claires et lumineuses comme de l'aquarelle, les teintes sont comme je les aime, fines, extrêmement variées, harmonieuses, même le Jugement Dernier ne me fait pas peur tellement il est beau, dommage qu'il en manque un bout. Le Jugement Dernier que je vois tous les ans à Torcello est sur le mur côté sortie de de la basilique, ici, à Sainte-Cécile, il est devant les fidèles, l'effroi devait être terrible.


Les voûtes bleu roi

Sur les voûtes, à des hauteur vertigineuses, le ciel bleu roi (couleur faite à base de lapis-lazuli) est tapissé de fleurs et de personnages de la chrétienté... J'ai levé très haut les bras pour prendre des photos...


Le jardin des Oliviers, des peintres italiens


L'Annonciation... Voyez !


L'ange Gabriel


La Vierge Marie dans la 2e Annonciation

Non seulement les peintures sont merveilleuses, mais des Oh ! et des Ah ! (intérieurs...) m'attendaient avec le jubé, énorme, grandiose, un livre ouvert sur l'ancien et le nouveau testament, une statuaire polychrome travaillée dans le détail avec élégance. Tout au bout du jubé, sur la porte ciselée, une délicate Annonciation avec la Vierge au centre et l'ange Gabriel sur le côté, ce qui fait qu'il faut être attentif pour percevoir la scène dans toute sa dimension... Il y a plusieurs Annonciations dans la cathédrale, l'une peinte sur les parois du choeur, et l'autre dont je viens de vous parler.


Le magnifique jubé (détail)

Il faut des heures et des heures... Pour raconter la cathédrale Sainte-Cécile dans le menu... Mais pour en arriver là, combien de massacres et de morts il aura fallu, combien de croisades de chrétiens contre des chrétiens, la tragédie cathare, il faut commencer par là... Il en faut des couleurs pour recouvrir celles du sang...


Sainte Cécile dans le choeur

J'ai cherché Sainte Cécile partout, et elle figure partout, et à côté de la Vierge...

Il faudrait des heures et des heures... Pour regarder, retenir, photographier, il faudrait revenir sans cesse, comme les vagues sur la plage, jamais on ne s'en lasse, chaque sillon est un autre, à chaque passage de l'eau.


Les fenêtres ouvertes sur le Tarn et l'eau de la fontaine plate

En sortant de la cathédrale, étourdie, presque le torticolis, j'ai vu les trois ouvertures sur le Tarn, vestige ancien et le reflet sur le petit miroir d'eau contemporain... Une vue magique, j'ai dû y revenir à deux fois pour qu'il n'y ait personne, il y a toujours du monde assis sur les margelles, les pieds dans l'eau, mais je voulais avoir cette image unique, sans personne dedans, j'ai attendu...


Dans le cloître aussi il y avait du monde, j'ai triché, j'ai attendu...

J'ai vu aussi le même jour, le cloître de Saint Salvi, ce qu'il en reste, emmitouflé dans les fleurs, les herbes, les odeurs de son jardin médiéval. une vrai perle nacrée à regarder de tous côtés... Il brille avec le soleil, il scintille à travers ses fines colonnes de pierre, on sent le silence et le recueillement qu'il devait inspirer...

Fatiguée, heureuse, je me suis retrouvée au matin dans la salle à manger du petit hôtel, en plein coeur de ville. La patronne s'activait entre les théières et les : "bonjours madame, bonjour monsieur..." A l'accueil d'hier elle n'avait pas été des plus douces, j'avais bien perçu dans le ton qu'elle mettait à tout organiser qu'elle était une autoritaire avérée... "Depuis que vous êtes inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, vous devez en voir, des touristes ?" "Oui, mais du meilleur, vous parlez, ils viennent le soir et repartent le lendemain matin, qu'est-ce qu'on peut voir, je vous le demande ? Pas du meilleur, c'est sûr, bon, il ne faut pas oublier votre clé pour rentrer le soir."

Le lendemain matin donc, je l'avais retrouvée pareille à elle-même, du thé, du café, le reste est là sur le comptoir... Moi, je voulais juste un sourire, une parole aimable, mais pour ça il faudra revenir...

J'avais choisi mon sachet de thé parmi l'assortiment de la corbeille, du Earl Grey, du parfumé, je l'avais mis dans mon bol sans le défaire en attendant de me verser de l'eau... Alors voilà ma furie qui regarde ma tasse d'un air ahuri : "mais il faut enlever le papier pour boire le thé !..."  Je lui réponds du tac au tac : "mais bien sûr madame, je sais ce que c'est qu'un sachet de thé, il faut enlever le papier"... "Vous m'avez fait peur" dit-elle... "Vous aussi madame, voyez, je n'en suis pas encore-là, je vais enlever le papier"... Pas du tout troublée par son manque de tact, elle revisite le comptoir, remet un cd classique dans le mange disques, tout redevient normal... Elle prend juste ses clients pour des crétins...


La belle maison avec son grenier aéré (Bien municipal)

Restait encore des tas de choses à voir, les rues et les belles maisons, il ne fallait pas rater un coin de rue, et aussi le musée Toulouse-Lautrec... La belle terrasse et l'accompagnatrice, vous pouvez imaginez la belle journée...

De belles saisons à Albi, il n'en faudrait pas, pour se concentrer dans l'intimité des oeuvres d'art, dans le mystère et la beauté, mais on dit tous ça quand on se retrouve tous à ses pieds... Très nombreux, trop nombreux.

vendredi 12 août 2011

Albi... L'accompagnatrice.




Pendant que je suis en Avignon, je me suis dit, c'est le moment d'aller voir Albi... J'en rêve depuis longtemps. Depuis que je l'avais vu passer sur un blog que j'aime, je n'ose même pas dire lequel tellement j'ai peur de me tromper, elle se reconnaîtra, j'en suis sûre, j'ai bien essayé de fouiller de chercher dans ses affaires, je me suis impatientée, mais j'ai pas retrouvé le post qui en parlait si bien,  comme je ne suis pas sûre à 100% du blog, je ne dis rien de plus... Je m'étais dit aussitôt, il faut que j'aille voir ça, ça manque à ma vie, ça manque à mes émerveillements...

C'est à cause de ce post-là que j'étais à Albi, il fallait tout voir, presque, peut-être mieux en basse saison, car dans la haute c'est un peu Disneyland... Je suis restée calme à l'intérieur, apaisée, positive, comme à Venise, j'ai laissé faire le monde, la foule, moi j'ai pris des petits chemins, j'ai essayé... J'ai été patiente.


 Le beau jardin rouge et vert


Les fenêtres des ponts comme à la Renaissance


Les statues, la vigne vierge et le monde

J'avais fait le tour du paysage, je remontais par la grande terrasse du palais de l'évêché (Musée Toulouse-Lautrec) dont le jardin était rouge et vert, un jardin à la française, bien ordonné, avec buis et fleurs bien serrées. Je laissais derrière moi le Tarn, ses algues et ses beaux reflets ensoleillés, les deux ponts, le vieux et le jeune, avec de nombreuses arches qui divisaient l'horizon en zones bien symétriques, comme des fenêtres ouvertes sur le paradis, pareilles aux tableaux de la renaissance...

Sur la promenade du palais qui s'étend tout le long du rempart, il y a des arceaux où grimpe de la vigne vierge, ombrageant les promeneurs. Quelques statues d'enfants en pierre avec des fruits et des fleurs ponctuent les avancées de briques qui forment des petits balcons sur le vide, d'où l'on peut voir ce paysage, extraordinaire.

En remontant, je me retournais tous les dix mètres pour voir ce tableau naturel changer sous mes yeux, en remontant ou en descendant le spectacle était changeant, entièrement baigné dans le bleu, pas une goutte de vent.

J'étais restée un bon moment en bas pour prendre des photos, je me disais qu'ils avaient bien choisi l'endroit où élever ce château-fort, les forts du pays en ce temps-là, la vue était imprenable et le château aussi.

Le monde se pressait dans les deux sens, j'entendais les rires des enfants qui couraient, il y beaucoup d'enfants dans ces visites touristiques familiales...


J'arrivais en haut, encore une ou deux photos, j'avais envie de tout embarquer dans l'appareil, garder, garder tant de beauté... Il faisait doux, j'allais lentement, il faut du temps pour admirer.

Au début des marches de pierre, il y avait un groupe de jeunes gens, des jeunes avec un cerveau un peu lent, filles et garçons, à qui il faut répéter plusieurs fois, alors, tu veux faire quoi ?

Ils étaient moins d'une dizaine, se tenaient ensemble et attendaient que la décision soit prise. L'accompagnatrice avait déjà demandé à une jeune fille : c'est bien si tu veux descendre, moi je veux bien, mais il faudra remonter, voudras-tu remonter ?  ça ne va pas suffire de descendre, tu comprends, il faut remonter ensuite, c'est obligé. C'est comme tu veux, mais il faudra remonter, il faut choisir, on ne peut pas descendre seulement, voilà.

La jeune fille n'arrivait pas à se décider, elle tournait son foulard léger entre ses doigts et regardait par terre, alors ? On fait quoi ? Et puis l'inattendu se produisit, une autre jeune fille, un peu plus rapide,
dit : bon, moi aussi je veux descendre, ce qui emporta la décision d'une partie du groupe, et voilà quatre ou cinq jeunes qui s'apprêtent à descendre. L'accompagnatrice ravie dit : nous, on reste là-haut, à l'ombre, on vous attend, on reste assis en haut, vous voyez, là, sur le bord du chemin. Elle disait tout deux fois, même plus...

Le petit groupe qui ne descendait pas a vite pris la position assise dans un petit coin qui ne gênait pas les touristes. L'accompagnatrice, enfin l'éducatrice, avait un calme, une empathie, un sourire qui aidait à vivre, les jeunes avaient choisi, comme ça on était bien, ceux d'en bas et ceux d'en haut, on allait attendre bien sagement... La belle journée.

L'accompagnatrice, sitôt assise avec les jeunes, sortit son carnet, ses crayons, nota quelque chose, son sac était rempli de papiers, elle pouvait être contente d'elle, elle avait su initier le choix, ceux qui avaient renoncé à la descente n'avaient pas l'air malheureux pour autant, ils regardaient au loin, ne se parlaient même pas, j'ai vu qu'ils étaient bien, vivants dans le beau temps.

mardi 9 août 2011

Venise 2011... Les accompagnateurs.


Mon QG, acqua frizzante et sourire de la serveuse, sur le campo...

J'étais assise à la terrasse de mon café favori, sur le grand campo tout près de chez moi, j'avais sorti mon mini ordinateur, commandé un verre d'eau frizzante avec petite rondelle de citron et la serveuse, quasi une amie, m'a souri comme d'habitude. J'avais établi ici mon quartier général pour goûter au paysage, à l'eau avec bulles et fraîche, au sourire de la serveuse et avoir les nouvelles du jour via Internet... "Ma" serveuse appelle maintenant ma consommation « un classico » : arrivo subito ! Vous imaginez, commander un verre d'eau gazeuse à la terrasse d'un café parisien, pour un euro, avec cet empressement, cette gentillesse ?

Je regardais au loin venir un vieux monsieur qui marchait avec un peu de peine, appuyé sur une canne, costume bleu marine, impeccable, le regard un peu lointain.... Il était accompagné d'un homme jeune, grand et fort, qui avait l'air de veiller sur lui, ils choisissent tous les deux la table, le jeune homme fort invite le vieux monsieur à s'asseoir, tire la chaise, assisté de "ma" serveuse souriante, comme d'habitude, toujours prête à rendre service.

La commande fut prestement passée, deux cafés !

L'accompagnateur ne s'occupe absolument plus du vieux monsieur, ne lui adresse même pas la parole,  il sort son bel Iphone et commence une longue conversation en russe avec un correspondant. Laissant le vieux monsieur au regard lointain boire son café tout seul, dans le silence.

Arrive une jeune femme, souriante, qui salue en italien la personne âgée...  Elle s'installe à table et commande elle aussi un café.

Les deux jeunes parlent en russe et engagent avec entrain une conversation, le temps passe visiblement agréablement pour eux... Le vieux monsieur ne dit pas un mot, le regard fixé sur la ligne bleue des Vosges.

Moi, je m'activais sur ma machine, mais je n'en loupais pas une miette, je me disais : tiens, voilà bien la première fois que je vois un homme "accompagner" une vieille personne, il y a beaucoup d'emplois de cette nature qui sont tenus par des jeunes femmes d'origine de l'Est à Venise, beaucoup de Russes. J'entends encore chanter leur belle langue quand je vais au parc Savorgnan sur la Fondamenta Venier prendre un peu le frais, il y a toujours un petit groupe de femmes qui papotent en russe quand je passe...

Je m'active, lis la presse, je prends mon temps et je vois mes deux amis se lever, le vieux monsieur à qui nulle parole, nul regard n'avait été adressés, à part le bonjour à l'arrivée de la jeune femme, sort son portefeuille pour payer les consommations. Le jeune homme s'en saisit pour activer la manœuvre et paye tranquillement l'addition...

Je vois bien que le vieux monsieur, certes peu causeur, mais observateur, réclame de la main et des yeux avec quelques mots en italien, son portefeuille... L'homme jeune le lui redonne et notre Italien le remet aussitôt dans la poche intérieure de sa veste, et voilà nos trois personnages qui s'apprêtent à quitter la terrasse, les deux jeunes russes n'avaient pas cessé de converser, pas un regard à gauche, pas un regard à droite, l'homme à la canne sort comme il peut,  à cet instant "l'accompagnateur" prend une serviette en papier et essuie l'épaule droite du vieux monsieur, sans un mot, visiblement un oiseau qui passait par là avait baptisé le beau costume...

Les trois consommateurs quittent la terrasse, les jeunes continuent de causer et partent devant, le vieil homme continue son chemin, les mains derrière le dos, chacun pour soi, Dieu pour tous !

Le coup d'oeil curieux que j'avais depuis un moment sur ce trio intrigua la jeune femme qui, à plusieurs reprises, avait saisi mon regard...

Je n'ai rien su de plus, un employeur, un employé, un travail de routine, un rendez-vous, des consommations payées d'une façon naturelle par celui qui avait le portefeuille, j'avais échafaudé bien sûr une histoire d'accompagnement comme on en voit beaucoup par ici, je me disais quelle tristesse, quelle drôle de façon de terminer ses jours, comme un somnambule, sans parole, le regard lointain... Soutenu par tant d'indifférence, sans égard, sans regard... Simplement assez d'argent pour régler la note...

dimanche 7 août 2011

Venise 2011... Le palais Zenobio et les artistes contemporains.



Le palais Zenobio, un soir...

Dans un palais, l'ensemble de la visite devient une surprise : il faut beaucoup de temps pour passer d'une pièce à l'autre, puisque l'enveloppe compte autant que le contenu.


La salle d'apparat du palais...


En restauration, sous toutes ses coutures...



J'écoute et je regarde...


Dans ce beau palais (fin XVIIe), peint par l'un des premiers artistes  paysagistes de Venise, les stucs, les dorures, les trompe-l'oeil ne manquent pas, les anges potelés sortent des cadres, deviennent de vrais enfants qu'on peut presque prendre dans les bras, les drapeaux, les signes de puissance y abondent.  Une grande échelle plantée au beau milieu de la pièce nous indique que la restauration des peintures a commencé, mais vu la petite taille de l'échafaudage, et la grandeur des oeuvres qui couvrent tous les murs... On se doute qu'il faudra beaucoup d'argent et beaucoup d'années pour en venir à bout... Dans la grande salle de réception une tribune en forme de balcon, où se tenaient les musiciens, surplombe l'immense pièce... Mais ce sont les voix du XXIe siècle qui aujourd'hui nous font entendre la détresse du monde...


L'échelle est petite... Pour se battre contre le temps

C'est au XIXe siècle que la Congrégation Arménienne devient propriétaire des lieux et y instaure un collège pour les jeunes d'origine arménienne. Aujourd'hui, et depuis plusieurs années déjà, le collège a plié bagages, il semble rester un lieu d'accueil pour les jeunes qui viennent en vacances l'été, l'hiver ?  Je ne  sais pas... À la fin du XVIIIe siècle, un édifice fut construit au fond du jardin pour servir de bibliothèque et d'archives, c'est maintenant un lieu d'expositions.


Dans le jardin, on écrit aujourd'hui les drames en lettres bleues

Le grand jardin (un des plus beaux de Venise), est magnifique, peu entretenu, sans doute faute de moyens, quelques roses cependant y refleurissent en plus grand nombre cette année... Pousse ce qui vient...

Les visiteurs sont peu nombreux, l'endroit est paisible, quelques tables et chaises installées sur la grande terrasse ombragée accueillent le public, les uns lisent, les autres sortent leur ordinateurs, le temps passe plus lentement que sur le cadran de l'horloge.

Ce grand palais distribue ses sorties dans trois endroits différents, l'entrée principale donne sur la fondamenta, en entrant côtés jardin on échappe au prix du ticket...

C'est mal ! Voyez, je vous fais la visite au millimètre avec le mea culpa !

Je suis donc entrée une fois sans payer, et une fois pour 3 euros, ce qui n'est pas la ruine. Le palais exposait des artistes autour du thème "Approche méditerranéenne". Ces oeuvres, "Évènements collatéraux" de la Biennale d'art contemporain 2011, avaient ce petit côté OFF à côté du IN, comme au festival d'Avignon... Les entrées en général étaient libres...

Il faut quitter les ciels éternellement bleus avec leurs anges potelés, les ors des peintures, les flèches et les arcs disséminés sous les arbres qui nous indiquent l'amour mais aussi les vertus,  il faut s'entraîner pour revenir sur Terre...



Le premier voyage vient à nous avec un esquif argenté, prenant l'eau de toutes parts, misérable, solitaire, des blocs de verre coloré évoquent les hommes, les femmes qui viennent mourir sur les plages de sable fin... De l'autre côté de la Méditerranée... Poignant... Cette oeuvre est la seule réalisée en verre que j'ai pu voir cette année... J'ai totalement oublié le nom de son auteur, mais pas le bruit de la mer en granules de verre, rugueux, coupants... Méchant, mortel, je l'ai dans l'oreille.

Ensuite je suis passé à la vidéo, une oeuvre d'Adrian Paci, un jeune artiste albanais qui vit et travaille à Milan, quatre écrans, quatre scènes, quatre adieux, "Last Gestures, 2009". Sur chaque écran, un épisode de séparation pour la jeune et belle mariée, qui s'en va vivre une nouvelle vie dans sa nouvelle famille, laissant ses parents, ses frères et familiers...

Un au-revoir par écran, un geste pour chacun, qui se révèle à nous dans une succession d'images ralenties à l'extrême.

Les couleurs sont somptueuses, c'est elles qui me frappent tout d'abord, puis la beauté des gestes pris dans cet imperceptible douceur du ralenti, qui contraste avec la tristesse, la douleur perçues sur le visage de tous ces gens qui se quittent en s'embrassant, en se caressant, en se séparant gravement.

Malgré l'intrusion de la caméra, qui aurait pu un tant soit peu modifier les évènements, ces scènes ritualisées et ancestrales se lisent sous nos yeux : les protagonistes se quittent,  chaque scène me touche, me bouleverse, il faut prendre son temps pour que la boucle se reforme sur chaque écran... Longtemps j'ai gardé au coeur ces scènes de la vie, forcément déchirantes, la mariée ne sourit jamais. Je superpose dans mon souvenir les films d'Ozu, ce metteur en scène japonais qui a filmé et re-filmé tout au long de son oeuvre les séparations familiales... Avec cette émotion, cette tristesse au coeur que je trouve ici, les larmes me viennent...

 J'ai tout suivi avec mon appareil photo, presque autant d'images secondes que dans les films, voyez les visages tristes, voyez les bras qui se referment, les baisers affectionnés, les yeux qui se ferment et les sourires absents...




Le frère, l'ami, le cousin ?




Le petit frère, le neveu ?




 Un autre familier...


La mère
 
Chaque seconde est un espace d'une grande beauté...

En partant, par toutes les portes ouvertes, j'ai trouvé cet autre chef-d'oeuvre du temps dans ses couleurs inoubliables... Voyez...



Ni ange, ni nuage, seulement l'usure, les couleurs du temps qui  fait son oeuvre

vendredi 5 août 2011

Venise 2011... Le signe.


  
Rio Barnaba, la maison n°2622, avec sa cheminée ancienne

Il faisait chaud, tout allait lentement, surtout moi qui avais mal au genou... Cette année chaque pas, il fallait le décider, le vouloir... Au début, ne plus y penser, et puis après, quand le chemin était lancé, rien ne pouvait m'arrêter.


 La chiesa Carmini, que je laissais derrière moi, le jour...


Et la presque nuit...
 

Ce matin, j'allais faire mes courses, toujours le même chemin, le plus court, derrière la chiesa Carmini, une petite rue fraîche, en dehors des circuits du  monde. Au premier pont, je vois deux gars, bien en chair, parlant fort, tatoués, bien de chez nous, d'ici, de Venise, vous allez savoir pourquoi.

Comme ces deux hommes parlaient haut, je les entendais de loin, j'étais mentalement prête à les observer, j'avais aussi entendu l'accent, et même si je ne comprends pas l'italien, je reconnais l'accent de Venise. Un peu plus rapide, plus coulé, plus ramassé. C'est comme ça que je l'entends.


Les gros poissons du rio

C'était au moment où je montais les marches du premier pont... Celui qui enjambe le rio de San Barnaba propre et limpide sous la lumière, où nagent de gros poissons, si gros qu'on pourrait presque les prendre pour des truites...


La belle lanterne sur le côté de la maison n°2622  et le fronton de l'église Raffaele

Ce rio est tellement beau qu'il se retrouve sur les jolies cartes postales de Mimmo Fabrizi, à commencer par cette maison au n° 2622 (voir la première photo du post) dont le portail penche légèrement : il est orné de deux belles petites colonnes en pierre d'Istrie, dont la blancheur resplendit sur le mur de briques rouges, une fine arabesque orne son fronton, un épais feuillage, bien vert, finit le décor, cette végétation me laisse penser que la porte ouvre sur un jardin, derrière on aperçoit un haut mur crénelé, de style Renaissance. Le second portail, construit également dans la brique, est bordé d'un fin liseré de marbre, il doit sans doute permettre l'accès à la demeure. Passé le jardin, sur le côté du mur qui borde la propriété, est accrochée une grosse lanterne de verre transparent qui éclaire, le soir, cette petite partie du monde. La grosse porte en bois vert qui donne sur la fondamenta est toujours fermée quand je passe, même plusieurs fois par jour (pourtant le dernier jour, j'ai vu une dame entrer et deux chiens qui l'accueillaient). Petit à petit le mystère se dissipe, mais il me faudra encore attendre combien d'années pour en savoir un peu plus ?


Avec du recul, les deux grandes tours de S. Raffaele apparaissent...

Derrière ce palais, en prenant suffisamment de recul, on peut apercevoir les deux grandes tours de l'église de l'ange Raffaele (ne vous inquiétez pas, je pense que vous devriez vous y retrouver avec les photos), cette église chère à mon cœur est d'une grande subtilité... Les œuvres d'art y sont nombreuses, notamment l'histoire du petit Tobie avec son gros poisson et son petit chien, peinte par Guardi, qui fait le tour de l'orgue. Et aussi des candélabres en bois dorés, accrochés sur le marbre blanc de l'autel de gauche, le dais à pompons tout en bois doré qui surplombe l'autel du chœur, ici, il ne faut pas avoir les yeux dans la poche, chaque détail compte en valeur artistique... La visite de la sacristie est indispensable, et pour un euro vous pouvez admirer des tenues liturgiques du 17e siècle, à l'air libre... Et quelques belles peintures... L'église étale sa majesté tout le long de la fondamenta, je ne peux jamais photographier toute la façade à la fois tellement elle est grande, et le recul possible si réduit. L'église est gratuite, on peut y entrer quand on veut, tout est calme et beauté.

La belle chiesa S. Raffaele 

J'ai renoncé à photographier ce petit coin de Barnaba, si riche, si beau, si paisible, la lumière n'est jamais dans le bon axe, le matin ou le soir il manque toujours un je ne sais quoi pour satisfaire mon goût... Mais pour illustrer mon post, j'ai laissé de côté mes hésitations et mis bout à bout les merveilles du lieu. Ce rio est un concentré des beautés de Venise... De jour comme de nuit.


L'autre palais renaissance de gauche, vu du pont

Sur le pont, on peut tourner la tête aux quatre point cardinaux, on ne rencontre jamais autre chose que des merveilles. Le pont de briques et de marbre, gracieux, et à sa droite (en montant) ce palais coiffé de verdure, à gauche un autre palais Renaissance avec balcon, terrasse, fenêtres gothiques, au loin ma gracieuse église de l'ange Raffaele avec ses deux tours, et pour finir, en redescendant le pont vers l'église Carmini (autre superbe église), il y a dans le coin, discrète, juste à l'angle de la maison rouge, une petite Vierge à l'enfant en terre cuite, datée de 1640, presque dissimulée dans une niche fermée par une belle grille ancienne, cadenassée.


La petite Vierge au coin du pont


 Enfermée à double tours et datée de 1640
Pour clore notre tour d'horizon, au bout du rio, le campanile de l'église du campo San Barnaba qui penche un peu vers la droite.


Le campanile penché de S. Barnaba

Près de cette église est accostée pour toujours une barque-boutique (barca) bourrée de fruits et légumes de la région (sauf les cerises qui venaient de Turquie !) Le jour, les touristes la mitraillent autant que la Basilique S. Marco. Depuis deux ans, il y aussi deux gondoliers qui hèlent les passants... Pour le tour en amoureux...



 La barca avec sa grande voile verte qui ombrage son jardin, et les deux gondoles

Bien, au fait, au fait, et l'histoire ? Le signe ?

Donc, j'arrivais au pont, près de la Vierge, et je vis un des deux grands gars sauter sur une jambe, une espèce de saute-mouton du pont, en s'appuyant sur le parapet avec sa main gauche pour aller avec sa main droite caresser le creux de la pierre, juste aux pieds de la Vierge, il porta ensuite son pouce à ses lèvres en se signant... Ce geste demanda quelques secondes, il redescendit lestement auprès de son compagnon, il n'avait interrompu ni sa conversation ni son allure... Il venait de caresser la pierre de la Vierge, faire le signe de la Croix comme des milliers de gens l'avaient peut-être fait en passant par-là, depuis 371 ans... En sautant sur une jambe...

Je ne sais quelle conversation se tricotait entre ces deux hommes, mais au bout du pont, il y eut assez de temps entre les mots, les phrases, les pensées de l'un deux, pour faire le signe qui m'avait tant impressionnée...

J'imaginais que tous les matins, il passait par là, sautait sur le pont, se mettait sous la protection de la Vierge pour commencer sa journée.

Je suis restée plusieurs jours à voir ce saute-mouton du pont dans ma tête, je m'imaginais avoir retrouvé un peu de cette Venise inondée de croyances quotidiennes... En voyant ce signe, tout simple, tout souple, tout naturel... Plein d'humanité.