Le nouveau sac gris souris avec la couronne de perles vénitiennes
(achetée chez une dame qui les fabriquait encore)
(achetée chez une dame qui les fabriquait encore)
J'ai toujours cherché l'idéal, celui qui va correspondre à mes besoins, à mon goût... Ça ne vous rappelle rien ? C’est ainsi que je commençais mon post du 24 février dernier… Sur le sac idéal, spécial Venise.
Pour finir je n’ai emporté aucun des sacs que j’avais photographiés sur le porte-manteau de bois, pour illustrer mon billet.
Chacun avait sa faiblesse, son charme, mais finalement l’idéal, je ne l’ai pas trouvé…
J'ai acheté un nouveau sac bien avant mon départ, souple, léger, gris souris, passe muraille, pas magnifique, mais pratique, des poches partout, devant derrière, à l’intérieur, presque trop. Je ne l’avais pas vraiment choisi pour son style ni son élégance, mais pour le confort de la bandoulière, bien plate à passer autour du corps, et sa belle capacité : clés, éventail, bouteille d’eau, livre, carte, papiers divers, carnet, crayon, porte-monnaie, mouchoirs en papier, appareil photo, et éventuellement, un fruit acheté ça et là en route…
Il fit l’affaire pour l'aller en wagon-lits, j’étais contente de moi, j’avais bien choisi pour une fois, pas de regret, que des avantages, j'ai même pu y mettre un petit sandwich... En général, le petit sandwich du train est une affaire d'État, j'y pense au moins deux jours à l'avance, il doit être constitué uniquement de choses que j'aime particulièrement et que je ne mange pas très souvent, qui ne dégoulinent pas partout, qui se tiennent correctement dans le papier d'aluminium, la récompense en somme, le plaisir solitaire, l'interdit, l'exception... Et souvent, il me suffit de penser gruyère, jambon, pain, et cornichon, pour me faire un bonheur complet. Facile à satisfaire, la dame...
Je vous ai parlé aussi de mes idées positives, arrivées en trombe sur le quai de la gare de Lyon, comme un bain de jouvence, j’étais prête, profondément prête à tout accepter de Venise : le monde, les marchands des temples, les dégradations, la chaleur, la poste vendue, et bien d’autres choses qui m’auraient agressée en temps normal.
C’est ma Venise, impossible d’y toucher sinon je hurle, les grincements de dents, les énervements, c’étaient les idées de l’année dernière, pour cet été j’étais toute neuve, assagie, tranquille… Je ne sais toujours pas pourquoi.
Je n’avais pas pensé à mon genou, tout simplement. Allons bon, que veut-elle dire encore ?
Je n’avais pas pensé que l’état un peu douloureux de mon genou m’empêcherait de faire ce que je voulais, absolument tout ce que je voulais.
Rêver près du petit embarquadaire
Admirer la très vieille corte byzantine campo Margherita
Regarder le petit coup de soleil
Ainsi donc, dès le matin, j’allais faire mes course chez le Billa du coin avec l’ordinateur dans le sac à provisions, pas besoin de revenir sur mes pas, je déchargeais au retour, armes et bagages au café, pour boire mon petit verre d’acqua frizzante et tapoter sur mon clavier. L’idéal ?
Pas sûr du tout, car d’ailleurs l’idéal existe-t-il pour tout, dans tout ? Combien de fois avais-je fait la comparaison entre le sac gris souris idéal et les évènements de ma vie : tout prévoir, est-ce possible ? Tout idéaliser, est-ce bien raisonnable ? Les dérèglements sont-ils toujours cause de tourments ? Comment faire pour vivre avec conviction, avec passion même, sans pour autant idéaliser, c’est-à-dire passer à côté de la vie ?
De la tête aux pieds, j’avais réalisé cet été qu’il me faudrait faire autrement que d’habitude, sans pleurer, sans gémir, être dans la vie c’est déjà bien, entièrement bien ? Pourquoi pas, mais idéalement bien, ça n’arrive pas très souvent, j'ai essayé cette formule haut de gamme tout le mois de juillet avec succès.
Avec mon sac à provisions si voyant, absolument improvisé, si puissant... Je lui devais tout, il m’avait permis de rencontrer à S. Barnaba Françoise et Paul, mes chers lecteurs inconnus (post du 3 août), de communiquer avec moindre mal pour ma rotule, le joyeux mélange du poulet et des oignons, du pain et des poivrons parfumait mes idées...
Au bout du bras tout allait bien, aucune gêne, je pouvais supporter la charge, et je ne portais pas tous les jours de quoi manger pour une semaine… À chaque jour suffit sa peine.
Voyez, ici aussi je réfléchis, rien de ce qui est prévu n’est tout à fait accompli, il faut composer avec la vie, comme avec des notes de musique, il faut inventer une mélodie qui vous oblige à être heureux, à n’être pas tout à fait malheureux… À être bien, à être mieux...
En rentrant de Venise, enchantée, des projets pour l'année prochaine, il me reste tant de choses à voir, j’ai retrouvé mon Alice, ma voisine de 96 ans mais peut-être bien 97 aujourd’hui, qui me dit dans un seul souffle, aux pieds de l'escalier, mon chapeau encore sur la tête, ma valise à la verticale en arrêt sur ses roulettes, après les remerciements pour la carte de Venise : je ne pars plus, je ne déménage plus, comment ça déménager, mais Alice pour aller où, j’avais tout prévu, j’allais en maison de retraite et j’ai tout arrêté, je ne veux plus y aller… Vous avez bien raison Alice, ne faites pas ça, pourquoi, quelle drôle d’idée, vous êtes si bien ici, ne me dites plus de choses pareilles, je ne veux plus les entendre… Nous nous sommes embrassées, mais j’ai pensé, comment cette décision lui était-elle venue et puis disparue ? À 97 ans, Alice hésite encore, Alice ne sait pas… Alice ne sait pas encore tout à fait quoi faire… Alice a besoin de la petite mélodie, même quelques notes, juste le Do, ou le Ré... Le Fa...
Rien n’est fixé pour toujours, il faut sans cesse revisiter toutes nos idées, quel bel avenir, moi je ne veux pas qu’Alice parte de mon étage, demain, je vais lui porter un pot de confiture d’abricots à la vanille…
