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mardi 23 août 2011

Venise 2011... Le sac idéal ?


Le nouveau sac gris souris avec la couronne de perles vénitiennes
 (achetée chez une dame qui les fabriquait encore)

J'ai toujours cherché l'idéal, celui qui va correspondre à mes besoins, à mon goût... Ça ne vous rappelle rien ? C’est ainsi que je commençais mon post du 24 février dernier… Sur le sac idéal, spécial Venise.

Pour finir je n’ai emporté aucun des sacs que j’avais photographiés sur le porte-manteau de bois, pour illustrer mon billet.

Chacun avait sa faiblesse, son charme, mais finalement l’idéal, je ne l’ai pas trouvé…

J'ai acheté un nouveau sac bien avant mon départ, souple, léger, gris souris, passe muraille, pas magnifique, mais pratique, des poches partout, devant derrière, à l’intérieur, presque trop. Je ne l’avais pas vraiment choisi pour son style ni son élégance, mais pour le confort de la bandoulière, bien plate à passer autour du corps, et sa belle capacité : clés, éventail, bouteille d’eau, livre, carte, papiers divers, carnet, crayon, porte-monnaie, mouchoirs en papier, appareil photo, et éventuellement, un fruit acheté ça et là en route…

Il fit l’affaire pour l'aller en wagon-lits, j’étais contente de moi, j’avais bien choisi pour une fois, pas de regret, que des avantages, j'ai même pu y mettre un petit sandwich... En général, le petit sandwich du train est une affaire d'État, j'y pense au moins deux jours à l'avance, il doit être constitué uniquement de choses que j'aime particulièrement et que je ne mange pas très souvent, qui ne dégoulinent pas partout, qui se tiennent correctement dans le papier d'aluminium, la récompense en somme, le plaisir solitaire, l'interdit, l'exception... Et souvent, il me suffit de penser gruyère, jambon, pain, et cornichon, pour me faire un bonheur complet. Facile à satisfaire, la dame...


Je vous ai parlé aussi de mes idées positives, arrivées en trombe sur le quai de la gare de Lyon, comme un bain de jouvence, j’étais prête, profondément prête à tout accepter de Venise : le monde, les marchands des temples, les dégradations, la chaleur, la poste vendue, et bien d’autres choses qui m’auraient agressée en temps normal.

C’est ma Venise, impossible d’y toucher sinon je hurle, les grincements de dents, les énervements, c’étaient les idées de l’année dernière, pour cet été j’étais toute neuve, assagie, tranquille… Je ne sais toujours pas pourquoi.

Je n’avais pas pensé à mon genou, tout simplement. Allons bon, que veut-elle dire encore ?

Je n’avais pas pensé que l’état un peu douloureux de mon genou m’empêcherait de faire ce que je voulais, absolument tout ce que je voulais.


 Rêver près du petit embarquadaire



Admirer  la très vieille corte byzantine campo Margherita


Regarder le petit coup de soleil

Pour visiter, photographier, écrire, me payer une glace, regarder le ciel… Le sac gris souris était largement suffisant, mais c’était sans compter la communication avec le monde via Internet… J’en avais besoin, tous les jours il fallait que je communique, donner des nouvelles c’est bien, mais en recevoir, vous connaissez ce délice… J’avais besoin de mon mini ordinateur presque en permanence, si je ne voulais pas, au retour de la promenade, "courir" à la maison le chercher, pour repartir ensuite communiquer sur une terrasse, à mon quartier général. Aller, venir, revenir, c’est bien quand on est parfaite du genou… Mais cette année, il fallait éviter du surcroît de travail à ma rotule... Il fallait donc partir comme un sherpa, tout sur le dos, une seule route, un seul chemin, pas de repentir, je pouvais ainsi planter ma tente n’importe où…


Le sac à provisions jardin très criard

Ainsi donc, dès le matin, j’allais faire mes course chez le Billa du coin avec l’ordinateur dans le sac à provisions, pas besoin de revenir sur mes pas, je déchargeais au retour, armes et bagages au café, pour boire mon petit verre d’acqua frizzante et tapoter sur mon clavier. L’idéal ?

Pas sûr du tout, car d’ailleurs l’idéal existe-t-il pour tout, dans tout ? Combien de fois avais-je fait la comparaison entre le sac gris souris idéal et les évènements de ma vie : tout prévoir, est-ce possible ? Tout idéaliser, est-ce bien raisonnable ? Les dérèglements sont-ils toujours cause de tourments ? Comment faire pour vivre avec conviction, avec passion même, sans pour autant idéaliser, c’est-à-dire passer à côté de la vie ?

De la tête aux pieds, j’avais réalisé cet été qu’il me faudrait faire autrement que d’habitude, sans pleurer, sans gémir, être dans la vie c’est déjà bien, entièrement bien ? Pourquoi pas, mais idéalement bien, ça n’arrive pas très souvent, j'ai essayé cette formule haut de gamme tout le mois de juillet avec succès.



Le mini ordinateur pas si petit que ça

Avec mon sac à provisions si voyant, absolument improvisé, si puissant... Je lui devais tout, il m’avait permis de rencontrer à S. Barnaba Françoise et Paul, mes chers lecteurs inconnus (post du 3 août), de communiquer avec moindre mal pour ma rotule, le joyeux mélange du poulet et des oignons, du pain et des poivrons parfumait mes idées...

Au bout du bras tout allait bien, aucune gêne, je pouvais supporter la charge, et je ne portais pas tous les jours de quoi manger pour une semaine… À chaque jour suffit sa peine.

Voyez, ici aussi je réfléchis, rien de ce qui est prévu n’est tout à fait accompli, il faut composer avec la vie, comme avec des notes de musique, il faut inventer une mélodie qui vous oblige à être heureux, à n’être pas tout à fait malheureux… À être bien, à être mieux...

En rentrant de Venise, enchantée, des projets pour l'année prochaine, il me reste tant de choses à voir, j’ai retrouvé mon Alice, ma voisine de 96 ans mais peut-être bien 97 aujourd’hui, qui me dit dans un seul souffle, aux pieds de l'escalier, mon chapeau encore sur la tête, ma valise à la verticale en arrêt sur ses roulettes, après les remerciements pour la carte de Venise : je ne pars plus, je ne déménage plus, comment ça déménager, mais Alice pour aller où, j’avais tout prévu, j’allais en maison de retraite et j’ai tout arrêté, je ne veux plus y aller… Vous avez bien raison Alice, ne faites pas ça, pourquoi, quelle drôle d’idée, vous êtes si bien ici, ne me dites plus de choses pareilles, je ne veux plus les entendre… Nous nous sommes embrassées, mais j’ai pensé, comment cette décision lui était-elle venue et puis disparue ? À 97 ans, Alice hésite encore, Alice ne sait pas… Alice ne sait pas encore tout à fait quoi faire… Alice a besoin de la petite mélodie, même quelques notes, juste le Do, ou le Ré... Le Fa...

Rien n’est fixé pour toujours, il faut sans cesse revisiter toutes nos idées, quel bel avenir,  moi je ne veux pas qu’Alice parte de mon étage, demain, je vais lui porter un pot de confiture d’abricots à la vanille…



dimanche 7 août 2011

Venise 2011... Le palais Zenobio et les artistes contemporains.



Le palais Zenobio, un soir...

Dans un palais, l'ensemble de la visite devient une surprise : il faut beaucoup de temps pour passer d'une pièce à l'autre, puisque l'enveloppe compte autant que le contenu.


La salle d'apparat du palais...


En restauration, sous toutes ses coutures...



J'écoute et je regarde...


Dans ce beau palais (fin XVIIe), peint par l'un des premiers artistes  paysagistes de Venise, les stucs, les dorures, les trompe-l'oeil ne manquent pas, les anges potelés sortent des cadres, deviennent de vrais enfants qu'on peut presque prendre dans les bras, les drapeaux, les signes de puissance y abondent.  Une grande échelle plantée au beau milieu de la pièce nous indique que la restauration des peintures a commencé, mais vu la petite taille de l'échafaudage, et la grandeur des oeuvres qui couvrent tous les murs... On se doute qu'il faudra beaucoup d'argent et beaucoup d'années pour en venir à bout... Dans la grande salle de réception une tribune en forme de balcon, où se tenaient les musiciens, surplombe l'immense pièce... Mais ce sont les voix du XXIe siècle qui aujourd'hui nous font entendre la détresse du monde...


L'échelle est petite... Pour se battre contre le temps

C'est au XIXe siècle que la Congrégation Arménienne devient propriétaire des lieux et y instaure un collège pour les jeunes d'origine arménienne. Aujourd'hui, et depuis plusieurs années déjà, le collège a plié bagages, il semble rester un lieu d'accueil pour les jeunes qui viennent en vacances l'été, l'hiver ?  Je ne  sais pas... À la fin du XVIIIe siècle, un édifice fut construit au fond du jardin pour servir de bibliothèque et d'archives, c'est maintenant un lieu d'expositions.


Dans le jardin, on écrit aujourd'hui les drames en lettres bleues

Le grand jardin (un des plus beaux de Venise), est magnifique, peu entretenu, sans doute faute de moyens, quelques roses cependant y refleurissent en plus grand nombre cette année... Pousse ce qui vient...

Les visiteurs sont peu nombreux, l'endroit est paisible, quelques tables et chaises installées sur la grande terrasse ombragée accueillent le public, les uns lisent, les autres sortent leur ordinateurs, le temps passe plus lentement que sur le cadran de l'horloge.

Ce grand palais distribue ses sorties dans trois endroits différents, l'entrée principale donne sur la fondamenta, en entrant côtés jardin on échappe au prix du ticket...

C'est mal ! Voyez, je vous fais la visite au millimètre avec le mea culpa !

Je suis donc entrée une fois sans payer, et une fois pour 3 euros, ce qui n'est pas la ruine. Le palais exposait des artistes autour du thème "Approche méditerranéenne". Ces oeuvres, "Évènements collatéraux" de la Biennale d'art contemporain 2011, avaient ce petit côté OFF à côté du IN, comme au festival d'Avignon... Les entrées en général étaient libres...

Il faut quitter les ciels éternellement bleus avec leurs anges potelés, les ors des peintures, les flèches et les arcs disséminés sous les arbres qui nous indiquent l'amour mais aussi les vertus,  il faut s'entraîner pour revenir sur Terre...



Le premier voyage vient à nous avec un esquif argenté, prenant l'eau de toutes parts, misérable, solitaire, des blocs de verre coloré évoquent les hommes, les femmes qui viennent mourir sur les plages de sable fin... De l'autre côté de la Méditerranée... Poignant... Cette oeuvre est la seule réalisée en verre que j'ai pu voir cette année... J'ai totalement oublié le nom de son auteur, mais pas le bruit de la mer en granules de verre, rugueux, coupants... Méchant, mortel, je l'ai dans l'oreille.

Ensuite je suis passé à la vidéo, une oeuvre d'Adrian Paci, un jeune artiste albanais qui vit et travaille à Milan, quatre écrans, quatre scènes, quatre adieux, "Last Gestures, 2009". Sur chaque écran, un épisode de séparation pour la jeune et belle mariée, qui s'en va vivre une nouvelle vie dans sa nouvelle famille, laissant ses parents, ses frères et familiers...

Un au-revoir par écran, un geste pour chacun, qui se révèle à nous dans une succession d'images ralenties à l'extrême.

Les couleurs sont somptueuses, c'est elles qui me frappent tout d'abord, puis la beauté des gestes pris dans cet imperceptible douceur du ralenti, qui contraste avec la tristesse, la douleur perçues sur le visage de tous ces gens qui se quittent en s'embrassant, en se caressant, en se séparant gravement.

Malgré l'intrusion de la caméra, qui aurait pu un tant soit peu modifier les évènements, ces scènes ritualisées et ancestrales se lisent sous nos yeux : les protagonistes se quittent,  chaque scène me touche, me bouleverse, il faut prendre son temps pour que la boucle se reforme sur chaque écran... Longtemps j'ai gardé au coeur ces scènes de la vie, forcément déchirantes, la mariée ne sourit jamais. Je superpose dans mon souvenir les films d'Ozu, ce metteur en scène japonais qui a filmé et re-filmé tout au long de son oeuvre les séparations familiales... Avec cette émotion, cette tristesse au coeur que je trouve ici, les larmes me viennent...

 J'ai tout suivi avec mon appareil photo, presque autant d'images secondes que dans les films, voyez les visages tristes, voyez les bras qui se referment, les baisers affectionnés, les yeux qui se ferment et les sourires absents...




Le frère, l'ami, le cousin ?




Le petit frère, le neveu ?




 Un autre familier...


La mère
 
Chaque seconde est un espace d'une grande beauté...

En partant, par toutes les portes ouvertes, j'ai trouvé cet autre chef-d'oeuvre du temps dans ses couleurs inoubliables... Voyez...



Ni ange, ni nuage, seulement l'usure, les couleurs du temps qui  fait son oeuvre