Quand je suis arrivée sur le site je n’ai pas fait : Oh ! Mais : Aïe !
J’avais mal ? Mon cœur était ulcéré, j’avais presque le vertige, le ciel n’était pas comme je voulais ; tout marchait de travers, sauf les touristes, les milliers de touristes qui sont arrivés comme moi, le matin, vers 8h30.
Je m’étais préparée psychologiquement à ne pas rouspéter, à ne pas m’énerver, j’avais la ferme intention de rester calme et d’admirer sagement les magnifiques temples de la civilisation Khmère.
Je vous le dis tout de suite, ça n’a pas été possible…
À l’entrée, j’ai attendu pour avoir le billet, le pass de trois jours qui m’ouvrait toutes les portes des sites, à gauche le billet d’un jour, à droite le billet de trois jours, fallait pas traîner, la queue grandissait comme le nez de Pinocchio. Le pass se faisait instantanément, photo à l’appui, dès l’entrée, une petite caméra prenait votre binette au guichet et hop ! A payé, au suivant.
Imaginez la foule qui se pressait comme moi pour voir les splendeurs angkoriennes, la plupart des touristes étaient asiatiques : Chinois, Japonais, Coréens, les Européens sont loin derrière… Des files de voitures, de cars, de tuk-tuk, de vélos, de motos, déversaient les curieux, les assoiffés de beauté mystérieuse.
J’ai fait : Oh ! Où vais-je mettre mon émotion, ma joie, ma surprise, mon excitation ?
À la porte du premier temple, il y avait les marchands cambodgiens bien installés sous des nefs de paille qui proposaient les souvenirs, les plus petits marchands, ceux qui tiennent à bout de bras toute leur marchandise, essayaient de vendre les chapeaux de paille. Des enfants, en travailleurs indépendants, chargés de livres, de foulards et de cartes postales, criaient à la ronde le prix de tous ces beaux objets, dans toutes les langues. Les enfants vendeurs d'ici connaissent toutes les accroches commerciales, ils vous les servent dans toutes les langues, ils apprennent vraiment sur le tas, mieux qu'avec la méthode Assimil, j'avais vraiment l'impression qu'ils avaient été scolarisés longtemps, non, ils ont appris très vite dans la rue, auprès des touristes.
Un peu plus loin, les éléphants majestueux, vêtus de rouge et or, avec le cornac vermillonné, faisaient envie à tout le monde, pensez donc, quels souvenirs à rapporter, quelles sensations, voir Angkor sur le dos d'un éléphant, toujours plus haut, palpitant. J'ai eu quand même la tentation d'y monter, et puis je me suis dit : il ne faut pas exagérer, mais l'économie de fatigue que représentait ces gros pachydermes... Bon, j'ai tout fait à pied.

Beaucoup plus loin, on voyait déjà le temple-montagne Angkor Wat trouer le ciel bleu. On s’y précipite en bandes, il faut jouer des coudes, comment s’extasier à 42000 ? Vous pourriez faire ça, vous ?
Beaucoup plus loin, on voyait déjà le temple-montagne Angkor Wat trouer le ciel bleu. On s’y précipite en bandes, il faut jouer des coudes, comment s’extasier à 42000 ? Vous pourriez faire ça, vous ?
J’ai toujours refusé d’aller voir les pyramides, trop de monde, je ne veux pas souffrir sur le terrain, je renonce, je continuerai à les regarder dans les livres, je veux bien feuilleter les photos des autres, de toute façon je ne vais pas faire le tour de la Terre, je ne vais pas pouvoir tout voir… J’envie les grands voyageurs du 19e siècle, particulièrement Henri Marchal qui passe plus de 60 ans au Cambodge, conservateur d’Angkor à la fin des années 30, il fait démonter les ruines et les remonte pierre par pierre… À sa mort, tout Siem Reap (la ville à côté du site) assiste à son enterrement, ses cendres sont répandues sur la chaussée d’Angkor Wat. Quel panache !
Notre époque n’est plus aux découvertes en solitaire, les tour-operators font ça très bien, ils passent tout au peigne fin, vous n'avez plus qu'à suivre… Ce qui fait que nous sommes nombreux à être sur les sites dès 5h du matin, pour avoir l’impression que nous sommes seuls au monde, d'être les découvreurs des splendeurs du monde. J'ai essayé cette heure-là à Venise, sur la place Saint-Marc... Il y avait déjà du monde.
Notre époque n’est plus aux découvertes en solitaire, les tour-operators font ça très bien, ils passent tout au peigne fin, vous n'avez plus qu'à suivre… Ce qui fait que nous sommes nombreux à être sur les sites dès 5h du matin, pour avoir l’impression que nous sommes seuls au monde, d'être les découvreurs des splendeurs du monde. J'ai essayé cette heure-là à Venise, sur la place Saint-Marc... Il y avait déjà du monde.
Pour faire la photo, il faut être adroit et rapide, si vous n'appuyez pas tout de suite, il faudra attendre le groupe de 50 qui vient juste derrière... Ouf ! Dans la boîte !
Les temples d'Angkor dominent un immense territoire, la foule se disperse et petit à petit, en allant très loin, à quelques kilomètres, vous trouverez un temple sublime où il y aura moins de monde, le charme opère immédiatement... J'ai bien fait de venir, c'est tout à fait exceptionnel, quelle civilisation, quels constructeurs, la foi (hindouisme, puis bouddhisme), la puissance et la richesse déplacent des montagnes... Pour construire le plus majestueux des temples, il faudra la participation de 300 000 ouvriers et 6 000 éléphants, pendant 37 ans...

Il y a environ 300 temples dans la région d'Angkor, les constructions vont du VIIe au XIIe siècle, j'ai vu un temple appelé la Perle de grès rose (Banteay Srei, c'est ici que Malraux vola un bas-relief en 1930), un joyau de l'art Khmer, c'est la plus belle chose que j'ai vue ici... Des sculptures si fines, si denses, si délicates... Les femmes dansent sur les murs... Ce temple est dédié à Civa...

Plus loin, j'ai adoré le temple Babteay Kdei (Bouddhique), abandonné (presque), et livré à la végétation, l'atmosphère est étrange, les arbres qui ont plusieurs centaines d'années enserrent dans leurs racines les murs de pierre... La végétation coule entre les pierres comme des leviers de fer, et fait tout ébouler.
Ici, par chance, peu de monde, j'ai fait le tour du temple, sous le mur d'enceinte, juste les arbres, les pierres et moi... Envoûtant et presque angoissant...

Chaque fois que je me retrouvais devant un petit temple, en brique (les plus anciens sont tous en brique), presque seule, les pieds rougis par le sable, contemplant la grâce, les prouesses architecturales, les fines sculptures, j'étais touchée par la vénération dont il jouissait encore aujourd'hui, l'émotion était à son comble, les siècles sont passés, et je restais à l'unisson avec tous les peuples qui ont souffert et qui se sont agenouillés ici.
Angkor garde intacts son histoire, ses mystères, sa grandeur, son extrême beauté... Les milliers de touristes n'y changeront rien, il faut s'organiser, visiter à contre-temps, préférer les petits temples aux "vedettes", et prendre un guide qui augmentera considérablement le charme et l'intérêt de la visite.

Il y a environ 300 temples dans la région d'Angkor, les constructions vont du VIIe au XIIe siècle, j'ai vu un temple appelé la Perle de grès rose (Banteay Srei, c'est ici que Malraux vola un bas-relief en 1930), un joyau de l'art Khmer, c'est la plus belle chose que j'ai vue ici... Des sculptures si fines, si denses, si délicates... Les femmes dansent sur les murs... Ce temple est dédié à Civa...
Plus loin, j'ai adoré le temple Babteay Kdei (Bouddhique), abandonné (presque), et livré à la végétation, l'atmosphère est étrange, les arbres qui ont plusieurs centaines d'années enserrent dans leurs racines les murs de pierre... La végétation coule entre les pierres comme des leviers de fer, et fait tout ébouler.
Ici, par chance, peu de monde, j'ai fait le tour du temple, sous le mur d'enceinte, juste les arbres, les pierres et moi... Envoûtant et presque angoissant...
Chaque fois que je me retrouvais devant un petit temple, en brique (les plus anciens sont tous en brique), presque seule, les pieds rougis par le sable, contemplant la grâce, les prouesses architecturales, les fines sculptures, j'étais touchée par la vénération dont il jouissait encore aujourd'hui, l'émotion était à son comble, les siècles sont passés, et je restais à l'unisson avec tous les peuples qui ont souffert et qui se sont agenouillés ici.
Angkor garde intacts son histoire, ses mystères, sa grandeur, son extrême beauté... Les milliers de touristes n'y changeront rien, il faut s'organiser, visiter à contre-temps, préférer les petits temples aux "vedettes", et prendre un guide qui augmentera considérablement le charme et l'intérêt de la visite.










