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dimanche 9 janvier 2011

Cambodge... Le dernier jour.


Voilà, le séjour se termine, on a fait le plein de ce qui pouvait se voir, se sentir, se photographier...

Mais je le sais bien, il faut maintenant aller en profondeur pour comprendre ce que j'ai vu... Il faut relire les paysages avec les livres, je veux tout connaître, tout savoir, 2000 ans d'histoire, ça doit bien prendre un moment ? J'aurais du emporter la bibliothèque municipale.

C'est drôle, quand je vais à l'étranger je veux tout capitaliser, comme si je pouvais mieux comprendre ce qui se passe ailleurs que là où je vis.

Folie, illusion, prétention, pourquoi là-bas, tout serait plus limpide qu'ici ?

Bon, je vais rester avec mes petites choses, je vous aurais prévenus, je raconte des fragments, les tous petits moments d'une promenade, les impressions floues d'une conversation, je ne vais mettre aucun ordre dans les récits, et même, je vais laisser du désordre, à vous de faire le ménage.

Donc, le dernier jour, je savais que je devais laisser tous mes médicaments, ceux qui guérissent : les diarrhées, les maux de têtes, les petites coupures, les cloques aux pieds, ceux qui chassent les moustiques, et pour finir, les gros costauds : les antibiotiques...

Mais à qui laisser tout ça ?

A l'hôtel ? Aux marchands ambulants ? À la poste ? Au premier qui passe ? Comment remettre en bonnes mains les bons médicaments de l'occident ? En un mot, comment faire une BA dans un pays pauvre ? Comment se comporter en civilisée solidaire avec ses voisins d'Asie ?



On visitait toutes les pagodes, pour la beauté, le style, la curiosité, pour l'ambiance, pour l'histoire, pour les contacts, partout ça sentait bon l'encens, il suffisait juste d'enlever ses chaussures et son chapeau avant d'entrer saluer Bouddha.

Dans les pagodes, il y a souvent beaucoup de monde : les bonzes avec leurs beaux costumes safran et leur mystère... Les laïcs qui habitent ici, par pauvreté (plutôt les jeunes), par nécessité spirituelle (plutôt les vieux).


Les bonzes accueillent avec une extrême courtoisie, de l'empressement, tous les visiteurs qui cherchent le contact, il parlent un peu anglais, c'est beaucoup plus pratique pour nous que le Khmer. Ces visites sont bien agréables, on prend des nouvelles, on pose des questions, on fait le tour du propriétaire, on n'a jamais l'impression qu'on dérange et souvent la nuit tombe avant qu'on se soit quittés, ils ont tout leur temps, ils ne dînent jamais le soir (règle monastique), boivent un peu de coca-cola pour le sucre...

Alors l'idée nous est venue, on va laisser les médicaments à la pagode, ça pourra servir à ceux qui sont dans le besoin, les médicaments ici sont coûteux, nous les riches, on a tout ça chez nous pour beaucoup moins cher.


On a livré la pharmacie à un petit groupe de jeunes bonzes, ravis de l'aubaine, ça tombe bien, car leur règle permet qu'ils reçoivent des dons en médicaments.
La conversation tenait de la consultation médicale, il fallait expliquer comment on s'en servait, qu'il ne fallait pas jouer au malin avec les antibiotiques, mieux valait consulter un médecin en cas de besoin. Si vous avez mal à la tête vous pouvez prendre de l'aspirine, ou celui-là, du paracétamol... On avait quasi notre diplôme de médecin avec notre sac plastique rempli de tubes et de boîtes.

C'est pas du tout sûr qu'ils aient tout compris d'un coup, mais je me disais, ils ne sont pas bêtes, il demanderont de l'aide au pharmacien, le moment venu...
J'avais l'impression d'être une ONG, d'avoir participé au redressement du pays, une petite BA médicale, ça fait du bien au moral.

Les jeunes bonzes nous ont salués avec le geste gracieux de l'adieu ou du bonjour qu'on pratique dans ce pays, les deux mains jointes, juste au dessous du nez, la tête légèrement penchée, nous étions largement remerciés...
J'ai gardé en tête les couleurs safranées posées légèrement sur des corps minces, les épaules droites dénudées, les crânes rasés, les pieds nus, et leurs sourires...