Et le soir au fond des prairies, l'alignement des vaches
J'ai commencé mon tour de piste par les sentiers : les pommiers étaient pleins à craquer, les mirabelles ? Il n'en restait plus une, la vigne était en grande forme, les grappes joufflues à souhait allaient faire "la piquette" du coin, disait une voisine ! Heureusement, la saison avait pris de l'avance cette année pour les noix, dès mon arrivée, pas le temps d'attendre, je les cueillais sur les branches, à l'intérieur leur brou à peine éclaté, à la fin de ma cueillette j'avais les doigts marrons, j'étais pressée de les goûter, La cervelle qui logeait dans la noix était toute fraîche, j'enlevais facilement et avec plaisir leur peau si fine pour obtenir un petit crâne en marbre blanc délicieux...
La piquette
Les noix et les dernières mûres m'attendaient : joyaux des chemins !
J'avais rapidement repéré mon pommier préféré, toujours délaissé, dans une petite parcelle à tous vents, en bordure de la route. Les reines des reinettes, toutes à terre, pourrissaient tranquillement à l'ombre attendant ma venue avant leur fin définitive... Une chance pour les compotes et les tartes que j'ai pu faire.
Mon pommier préféré assis sur ses cannes, à la lumière du soir
La petite tarte aux pommes
Les mûres vivaient également leurs derniers moments, les mouches, les abeilles se les disputaient, les toiles d'araignées finissaient de les ensevelir, pas un instant à perdre, j'avais une commande, il m'en fallait un bon kilo d'urgence avant extinction complète des feux, j'ai pu en faire quatre pots, sauvée !
Les confitures de figues
Les mirabelles, les reines-claudes de par ici étaient déjà toutes stockées dans les pots, les congélos, la stérilisation, inutile de chercher, j'en ai donc trouvées dans un grand magasin, commande exprès, pas question de revenir bredouille, j'avais prévu la vanille en poudre, les pots, la louche et l'entonnoir, acheté de belles étiquettes, un sans faute ! Une belle panoplie des couleurs de l'automne...
Plus les jours passaient et plus mon stock de noix grossissait, cette année elles étaient comme des balles de ping pong, la chaleur sans doute leur a fait avoir la grosse tête... À la fin du séjour je ne me baissais même plus pour les ramasser, trop c'est trop, elles jonchaient les routes, je faisais juste attention à ne pas mettre ma roue sur leurs carapaces. J'avais mauvaise conscience, je résistais, non et non, plus une, j'en avais largement assez pour faire une jolie distribution parisienne. Au cours de mes balades, j'avais trouvé un bel endroit pour m'asseoir, le marche-pied d'une citerne d'eau,me servait de siège, en plein champ, citrouilles à gauche, vaches à droite, loin de tout, je sortais alors la belle pierre plate dissimulée dans un creux d'herbe et je cassais quelques noix pour une dégustation immédiate... Je portais alors mon regard au loin, 180° de beauté absolue...
Le banc improvisé pour regarder 180 ° de beauté
Avec les ciels des jours qui se suivent et ne se ressemblent pas, j'ai toujours eu envie de sortir mon appareil photo, quelques fois je le sortais mais je n'étais jamais satisfaite, il y avait trop à faire avec les nuages, alors j'ai dit stop ! Pense avec les yeux, retiens les mouvements rapides, les changements lents, les pleins et les déliés, garde l'éblouissement de chaque minute, ça suffira à ton bonheur... J'ai réussi à regarder l'horizon sans faire un geste... C'est difficile, avec cette envie de vouloir tout garder, sauvegarder le moindre brin d'herbe, finalement j'ai emmagasiné le silence, les paysages, simplement en bougeant les yeux, émerveillée...
Juste un petit geste :
Juste un petit geste :
Pour capter l'équilibre des bambous
Pour la perspective
Pour la paille ensoleillée
Pour retenir les couleurs il faudrait être peintre, très spécialisé : le ciel, les arbres, les vaches, les prairies, les ornières, les chemins verts, les vignes, les jardins, les fleurs, les ruisseaux, les étangs, les maisons, les murs de pierres sèches avalés par les ronces, le clocher d'église coupant comme une épine... Il faudrait beaucoup de peintres et des meilleurs... Encore et encore...
Pour la lumière du soir dans les blettes
Pour le petit tas d'herbes à brûler
Pour retenir les odeurs il faudrait des nez de parfumeurs, mais qui oserait inventer la fragrance des étables, du purin, des ensilages, du foin, de l'herbe coupée, de la terre, des reines des reinettes, pour la mûre il y a eu des essais éblouissants, les odeurs du soir qui vous arrivent encore tout chauds de la journée passée... Le figuier...Des odeurs du troisième type, inconnues, fortes et fugitives...
Alors je me suis mise à la photographie, j'essaye, je voudrais montrer exactement ce que je vois sans rajouture, sans rature, sans correction, c'est très difficile de rendre compte de ce qui me passe devant les yeux et qui me touche... Très difficile ! De toute façon, la réalité physique du monde ne peut se réduire aux format des cartes postales, des tableaux, du cinéma et de la vidéo... Il faut être là !



























































