mercredi 7 octobre 2015

Carnet de campagne indroise... Et la vie continue...(2)



Et le soir au fond des prairies, l'alignement des vaches


Après le décompte des morts, je vous épargne les malades, pas grand chose de changé par ici, tant mieux, c'est précisément ce que je cherche : les champs qui passent d'une culture à l'autre, les vaches qui changent de crèche, à la rigueur je peux le supporter...

J'ai commencé mon tour de piste par les sentiers : les pommiers étaient pleins à craquer, les mirabelles ? Il n'en restait plus une, la vigne était en grande forme, les grappes joufflues à souhait allaient faire "la piquette" du coin, disait une voisine ! Heureusement, la saison avait pris de l'avance cette année pour les noix, dès mon arrivée, pas le temps d'attendre, je les cueillais sur les branches, à l'intérieur leur brou à peine éclaté, à la fin de ma cueillette j'avais les doigts marrons, j'étais pressée de les goûter, La cervelle qui logeait dans la noix était toute fraîche, j'enlevais facilement et avec plaisir leur peau si fine pour obtenir un petit crâne en marbre blanc délicieux...


La piquette


Les noix et les dernières mûres m'attendaient : joyaux des chemins !

J'avais rapidement repéré mon pommier préféré, toujours délaissé, dans une petite parcelle à tous vents, en bordure de la route. Les reines des reinettes, toutes à terre, pourrissaient tranquillement à l'ombre attendant ma venue avant leur fin définitive... Une chance pour les compotes et les tartes que j'ai pu faire.


Mon pommier préféré assis sur ses cannes, à la lumière du soir


 La petite tarte aux pommes

Les mûres vivaient également leurs derniers moments, les mouches, les abeilles se les disputaient, les toiles d'araignées finissaient de les ensevelir, pas un instant à perdre, j'avais une commande, il m'en fallait un bon kilo d'urgence avant extinction complète des feux, j'ai pu en faire quatre pots, sauvée !





Les confitures de figues

Les mirabelles, les reines-claudes de par ici étaient déjà toutes stockées dans les pots, les congélos, la stérilisation, inutile de chercher, j'en ai donc trouvées dans un grand magasin, commande exprès, pas question de revenir bredouille, j'avais prévu la vanille en poudre, les pots, la louche et l'entonnoir, acheté de belles étiquettes, un sans faute ! Une belle panoplie des couleurs de l'automne...

Plus les jours passaient et plus mon stock de noix grossissait, cette année elles étaient comme des balles de ping pong, la chaleur sans doute leur a fait avoir la grosse tête... À la fin du séjour je ne me baissais même plus pour les ramasser, trop c'est trop, elles jonchaient les routes, je faisais juste attention à ne pas mettre ma roue sur leurs carapaces. J'avais mauvaise conscience, je résistais, non et non, plus une,  j'en avais largement assez pour faire une jolie distribution parisienne. Au cours de mes balades, j'avais trouvé un bel endroit pour m'asseoir, le marche-pied d'une citerne  d'eau,me servait de siège, en plein champ, citrouilles à gauche, vaches à droite, loin de tout, je sortais alors la belle pierre plate dissimulée dans un creux d'herbe et je cassais quelques noix pour une dégustation immédiate... Je portais alors mon regard au loin, 180° de beauté absolue...



Le stock de noix du mois


Le banc improvisé pour regarder 180 ° de beauté

Avec les ciels des jours qui se suivent et ne se ressemblent pas, j'ai toujours eu envie de sortir mon appareil photo, quelques fois je le sortais mais je n'étais jamais satisfaite, il y avait trop à faire avec les nuages, alors j'ai dit stop ! Pense avec les yeux, retiens les mouvements rapides, les changements lents, les pleins et les déliés, garde l'éblouissement de chaque minute, ça suffira à ton bonheur... J'ai réussi à regarder l'horizon sans faire un geste... C'est difficile, avec cette envie de vouloir tout garder, sauvegarder le moindre brin d'herbe, finalement j'ai emmagasiné le silence, les paysages, simplement en bougeant les yeux, émerveillée...

Juste un petit geste :


 Pour capter l'équilibre des bambous


Pour la perspective


Pour la paille ensoleillée

Pour retenir les couleurs il faudrait être peintre, très spécialisé : le ciel, les arbres, les vaches, les prairies, les ornières, les chemins verts, les vignes, les jardins, les fleurs, les ruisseaux, les étangs, les maisons, les murs de pierres sèches avalés par les ronces, le clocher d'église coupant comme une épine... Il faudrait beaucoup de peintres et des meilleurs... Encore et encore...


Pour la lumière du soir dans les blettes


Pour le petit tas d'herbes à brûler

Pour retenir les odeurs il faudrait des nez de parfumeurs, mais qui oserait inventer la fragrance des étables, du purin, des ensilages, du foin, de l'herbe coupée, de la terre, des reines des reinettes, pour la mûre il y a eu des essais éblouissants, les odeurs du soir qui vous arrivent encore tout chauds de la journée passée... Le figuier...Des odeurs du troisième type, inconnues, fortes et fugitives...


 Pour la nature vivante


 Pour le désordre et la lumière


Pour la belle ligne de linge

Alors je me suis mise à la photographie, j'essaye, je voudrais montrer exactement ce que je vois sans rajouture, sans rature, sans correction, c'est très difficile de rendre compte de ce qui me passe devant les yeux et qui me touche... Très difficile ! De toute façon, la réalité physique du monde ne peut se réduire aux format des cartes postales, des tableaux, du cinéma  et de la vidéo... Il faut être là !

jeudi 1 octobre 2015

Carnet de campagne indroise... Premiers jours !



La campagne

Avant de partir, il y eu la mort brutale de Michelaise (inventeuse du blog "Bons sens et déraison"), et puis quelques jours après, celle de Françoise, malade depuis de longs mois (créatrice du blog "Autour du puits") : le choc de leurs décès, la tristesse de leur absence, la pensée des familles dans le chagrin, m'ont longtemps poursuivie..
.
Je ne connaissais "en vrai" ni l'une ni l'autre, mais à travers leurs mots et leurs images, j'avais appris à les connaître et je les appréciais. Au cours des années, des échanges, des partages d'idées avaient été rendus possibles, attachants, sympathiques, drôles, nous devenions peu à peu des familières. Ainsi, la virtualité de chacune d'elle prenait corps.

Je pensais en arrivant ici, en campagne berrichonne, que la vie et la mort se distribuaient exactement de la même façon qu'en ville, la beauté des paysages n'y changeait absolument rien, hélas !


La vie du monde, si chaotique en ce moment, ne donnait aucune preuve d'apaisement, rien n'allait plus, les guerres, la pauvreté, le réchauffement climatique produisaient leurs effets désastreux : des milliers de réfugiés persécutés, malheureux, fuyaient leur pays.


J'avais beau essayer de me boucher les oreilles, fuir les informations, tout ignorer, je savais néanmoins que mes pensées allaient toujours du côté de la solidarité, un point c'est tout !Je me disais qu'il faudrait redonner du sens au monde, du bon sens, remettre au cœur de toutes les actions la responsabilité et l'humanité... Moi, je ne voyais pas d'autre issue...



Mes vaches

C'est ainsi, la tête bouillonnante, que je suis arrivée dans les belles prairies de l'Indre, je retrouvais avec soulagement les troupeaux de vaches qui pâturaient dans les prés avec application, les grands arbres centenaires qui s'agitaient au moindre vent. Les étangs poissonneux bordés du fin grillage des ajoncs dessinaient encore et encore des ronds dans l'eau, les hérons blancs, roux, gris, glissaient avec un bruit léger, léger, au dessus de tout...

Retrouvés avec joie des tas de bois, coupés en petites bûches, figés dans l'herbe depuis des lustres juste un peu plus moussus chaque année, de vieilles bottes de foin écroulées dans des prairies en friche, oubliées, délaissées, faisant grise mine.... Les maisons à vendre ici et là depuis beaucoup plus un an, fermées à double tour, gardaient leurs secrets...

Et puis les gens : Bonjour Marie, bonjour Georges, comment allez-vous ? Au fil des années les conversations s'enrichissaient des maux de l'âge... Invariablement revenaient les réponses : ça va comme ça peut, j'entends moins bien, j'ai refait mes dents, mes mains déformées ne peuvent plus tricoter, mais on garde bon pied bon œil... Pourvu qu'on ait la santé...

Madame Louise, 83 ans, est tombée de vélo l'année dernière, côtes enfoncées, poumon perforé, quinze jours d'hôpital. Et maintenant, Louise, comment faite-vous pour vous déplacer puisque vous ne conduisez plus votre voiture ? J'ai repris mon vélo, je l'aime bien mon petit vélo... Bravo Louise !



Les peupliers

Comment est-ce possible, madame Christiane, pétulante en septembre dernier, entre ses canards, ses oies et ses confitures, toujours porte ouverte, sourire aux lèvres, pleine d'humour... À 87 ans, elle n'avait pas fait un an de plus, elle a mis un mois à nous quitter, raconte son frère... Puis, juste devant sa maison j'ai rencontré son fils qui me raconte : avant de partir, elle m'a dit, qu'est-ce que tu veux, j'suis foutue, j'suis foutue, j'frai pu de vélo... Il avait les larmes aux yeux. Je suis triste, moi aussi qui aimais tant la voir auprès de son jardin, les bras croisés sur la poitrine, attendant le passant pour la causette... Ça suffit, je ne veux plus rien entendre, cessez de me parler des morts, je dois les ajouter les uns après les autres dans mon histoire, j'en ai assez, je n'en peux plus, plus... Mais les histoires ne se sont pas arrêtées, j'en connu d'autres par ici...

Mon ami Gérard ne bougeait pas, lui, bien plus jeune, ouf ! Il est éleveur dans une grosse ferme juste derrière chez moi, ce qui comptait pour lui, c'était le rendement... Gérard, avez-vous entendu parler de la culture du maïs sans eau, avec des semences anciennes, bien travaillées ? J'ai vu un documentaire là-dessus... Ah, bon ! Mais pour moi ça n'irait pas, il me faut du rendement. Vous avez acheté du matériel neuf cette année ? Non, j'avais déjà la broyeuse l'année dernière, autant pour moi qui ne l'avais pas remarquée, elle ressemblait pourtant à une voiture de pompier, pas vue, pas prise... Gérard, vous avez de plus en plus de vaches, il y en a partout... Vous croyez ?  J'sais plus, dit-il avec le sourire de celui qui sait parfaitement où il en est... Cette année, il a bricolé un engin qui rapproche la nourriture au plus près de la mangeoire extérieure des vaches dans la stabulation, elles n'ont plus qu'à passer la tête à travers les grilles, et la gamelle est toujours prête... Foin, ensilage de maïs et granulés... Un engin qui coûte mille euros, moi, j'y ai réfléchi et je l'ai construit, il est parfait !


La petite loge


Pour la santé, tout va bien, me dit Gérard, juste un petit rhumatisme à la cheville, souvenir d'un coup maladroit, rien du tout, du tout... Ça va me poursuivre un petit moment, dit-il avec un grand sourire, mais mieux vaut en rire... Et il riait, le bras appuyé sur la grande pelle qui lui servait à repousser le purin dans la stabulation...


Le propriétaire de mon bel étang, mort aussi, dans l'hiver, trois mois de temps après lui avoir serré la main l'année dernière, j'avais bien vu qu'il était mal en point lors de mon dernier séjour, mais de là à imaginer une fin si rapide... J'avais vu du premier coup d'œil que l'étang n'était pas aussi bien tenu que l'an passé, les abords en désordre, pas coupés de près... Il est à vendre...

Assez, assez, assez, tous ces morts qui me traversent...
Je parle des morts, de ceux que je connaissais de leur vivant, car je ne suis "trop jeune" par ici pour faire l'inventaire des nouveaux arrivants, des naissances, des maisons secondaires... Des gens qui s'installent avec bonheur dans de nouvelles vies, où on ne pleure pas encore...


La citrouille

En pleine balade, je m'aperçois que mon appareil photo n'a plus de batterie et bien sûr, un tas de beaux coins me passent devant les yeux, le vent me met la tête à l'envers, ma coiffure va dans tous les sens, le ciel est gris d'un côté, bleu de l'autre, lequel va gagner, rien de sûr encore, j'ai emporté mon imperméable de touriste, bleu strident comme des gants de vaisselle en caoutchouc, je l'avais acheté à Venise un jour de tornade blanche... Dans ma campagne berrichonne, sur mon vélo, impossible de me louper, aucun risque d'accident aujourd'hui avec mon bleu fluo !



Nature morte ?

vendredi 28 août 2015

Au revoir chère Michelaise !


Jamais, jamais je n'aurais cru, et j'ai encore du mal à le croire, jamais je n'aurais cru que les fleurs que je t'envoie aujourd'hui seraient les dernières...

Un coup de tonnerre, ton départ, une immense tristesse qui ne me quitte pas depuis ce matin où j'ai appris la nouvelle de ton décès.

Je pense bien sûr à ta famille : tes chers enfants, Alter qui faisaient partie de notre famille sur la toile... Quel effroi !

Chaque jour je me disais : voyons un peu où va nous emmener Michelaise... Elle va encore me forcer à réfléchir, à contredire même, à crier bravo ! Comme j'aimais ça !

Ton absence pèse lourd pour moi, je vais avoir du mal, beaucoup de mal à t'oublier !

Tes posts programmés jusqu'au 15 septembre me seront pénibles, je vais sept fois de suite me dire : ce n'est pas possible, pas possible, pas possible...

Chère Michelaise au revoir, je t'embrasse très très fort.

jeudi 27 août 2015

Voici le temps de l'Indre...


La ligne des citrouilles, comme des points d'interrogation ?????

Fera-t-il beau ? Cette petit musique jouée avec succès, par tous, partout, rien de tel pour rentrer en contact, entamer une belle conversation. En ville, le ciel a la seule couleur espérée, le bleu... A la campagne, on va beaucoup plus loin, les sujets sont plus variés : après les foins, il y a les moissons, les cueillettes de mirabelles, les pommes, les noisettes, les noix, les châtaignes, pour les champignons c'est beaucoup plus délicat, il faut être du coin, se connaître depuis très longtemps, presque de la famille... Si vous rencontrez un producteur de lait, de viande, il faut carrément s'installer, moi je mets pied à terre, je coince mon vélo comme je peux, comment ça va ? Nous passons presque tout en revue, la situation est difficile, on tient le coup. Vivement que je parle avec Lionel, qu'il me rassure, qu'il me dise que pour lui, oui, ça va bien, comme je serais contente...

Et les mûres, il y en aura ? Qui le sait ? Car personne ici ne va s'égratigner les mollets pour faire de cette confiture-là, j'ai emporté des pots, plein de pots, pour les prunes, les mûres, les figues, pourvu qu'il en reste... Cette année, tout sera en avance, et moi bien en retard.

L'étang sera-t-il là ? Bien en eau avec les belles truites qui sautent au soir, les hérons, les cygnes, les libellules, les ragondins qui me font un peu peur, seront-ils encore là ? L'année dernière, j'ai entendu le propriétaire de l'étang morose qui voulait vendre, partir, retraite, assez de tout ça, je suis malade... J'ai un peu peur que tout s'arrête de se la couler douce...

J'emporte de la laine et des aiguilles, des perles, des pinces et du fil de nylon, les livres sont dans ma tablette, les jumelles pour voir loin, mais si lourdes, mon nouvel appareil photo qui zoome encore mieux que le précédent, j'y vais le cœur battant...

Ne m'attendez pas de sitôt, soyez patients mes chers lecteurs, je ne reviens pas trop vite.

Je vous embrasse tous.


Ma route principale


PS : Je vous recommande un film magnifique qui vient de sortir, "Les secrets des Autres" de Patrick Wong. Le film est tourné en pellicule argentique super 16mm, c'est l'histoire d'une famille américaine qui a traversé un événement douloureux, un père, une mère et des enfants, désireux de se comprendre... Après In the family, son premier film, qui m'avait bouleversée...

mercredi 19 août 2015

Le Théâtre du peuple de Bussang fête ses 120 ans !



Le décor de l'Opéra de Quatre Sous (B. Brecht) est en place

Voilà 120 ans que ce théâtre existe ! Créé en 1895 par Maurice Pottecher (1867-1960), homme de théâtre, écrivain et poète. Témoin des remous qui agitent le monde du spectacle parisien, il s'oriente vers un théâtre novateur, qui exprime les idées morales qui lui sont chères : "Un théâtre à la portée de tous les publics, un divertissement fait pour rapprocher les hommes et gommer les clivages sociaux et culturels". Un pionnier du théâtre populaire...

Maurice Pottecher est le second fils d’une famille de tisserands vosgiens, une activité prospère mais qui ne convient pas au jeune homme. Il écrit alors pour le théâtre, employant comme comédiens les ouvriers et ouvrières de la manufacture dirigée par son frère. C'est la création d'un théâtre amateur, destiné au public local. Il écrit des pièces à caractère social pour le Théâtre du Peuple qu'il a fondé à Bussang en 1895 et qui existe toujours. Surnommé « le Padre » (surnom qui lui fut attribué par Pierre Richard-Wilm), il est enterré aux côtés de sa compagne dans le parc du Théâtre.

Ce théâtre fonctionne encore aujourd'hui avec cet esprit : les amateurs et les professionnels sont dans le même bateau... Il propose des spectacles chaque année, les représentations ont lieu en juillet et août. Pendant 80 ans environ, on y a joué essentiellement des pièces de Maurice Pottecher, puis en 1973 Shakespeare fait son entrée... En dehors de l'été, période phare pour le Théâtre du Peuple, l'activité artistique continue : les spectacles créés à Bussang tournent dans toute la France, et une intense activité de formation se ramifie sur les territoires. Dans ses murs, le Théâtre du Peuple propose toute une série de stages à l'intention des amateurs, pour lesquels il est devenu un véritable lieu de ressources et de références. Aux alentours, de nombreux établissement scolaires et autres ateliers-théâtres bénéficient des interventions d'artistes du Théâtre du Peuple. Tout au long de l'année, le Théâtre du Peuple propose aux habitants de Bussang et des environs des formes théâtrales singulières, privilégiant la proximité, la rencontre et l'échange, une manière de rendre plus accessible le théâtre à tous. 

Nous avons commencé la fête avec l'Opéra de quatre sous de B. Brecht :

Le crime, les gangs, le sexe, l'argent et les affaires... Vous reconnaissez ?


Pendaison de Mackie-le-Surineur (avant-dernière scène Finale)


Applaudissements nourris (six acteurs professionnels, treize amateurs, et trois musiciens)


Un dernier mot après la représentation de Brecht pour annoncer le pot de l'amitié à la sortie, le magnifique fond de scène est ouvert, magique !


Mais nous sommes restés sur notre faim, je connaissais beaucoup de chants pour les avoir souvent entendus ou chantés avec ma chorale, je n'arrivais pas à retrouver l'émotion du sujet, la gravité des situations perpétuellement contemporaines... La dérision, l'exagération sonnaient creux ! Dommage.

Le théâtre est construit entièrement en bois, il contient 900 places, les bancs en bois accueillent les spectateurs avec leur coussin douillet, à chaque représentation le fond de scène s'ouvre sur la forêt vosgienne, une splendeur que chacun attend, la cerise sur la gâteau... Les metteurs en scène intègrent tous cette "contrainte", moi je dirais ce cadeau, et c'est tant mieux. L'ouverture des portes du fond de scène apparaît pour le fondateur du théâtre comme une évidence, afin de créer une harmonie entre l'Art et la Nature.

En 1975, le théâtre est classé aux monuments historiques, en 2005 il est racheté par l'État.

État des lieux et suite du programme :




L'arrivée


Le rideau rouge de l'entrée, côté pair


Côté impair

Dans la grande clairière, la foule se presse pour la fête théâtrale, pas la peine d'apporter son sandwich, tout est prêt pour vous régaler simplement : assiette de fromages, de charcuteries, ou les deux, et la tarte aux myrtilles, bien sûr ! Le spectateur qui n'a pas apporté son coussin pourra en acheter un, les gens sont joyeux, aimables, pas de bousculade, les places son numérotées sur les bancs, on attend sans impatience sous les toiles tendues, le soleil est de la partie, chacun parle de ce qu'il connaît, ou de ce qu'il s'apprête à découvrir, on reconnaît les habitués...


En toute quiétude...


Il y a de la place pour tout le monde



Deux habitués... (Coussins, Collection personnelle)

Enfin, quelques coups de trompettes sonnent l'heure des trois coups, tout le monde se presse pour être servis les premiers, papotages dans les rangs : ah oui, vous savez comment fonctionne le théâtre ? Mes voisins de derrière viennent ici depuis plus de 20 ans, pas besoin d'aller sur Wikipedia, la pièce de Schiller va nous réconforter, car nous n'avons pas aimé celle de B. Brecht, parti-pris hurlant et vociférant, mal chanté, pourtant, quelques moments de réelle émotion avec les très belles pièces musicales de la deuxième partie...


Le public attend...


Le très beau décor du Schiller (photo prise par effraction un peu avant le spectacle)


Détail

Parmi les acteurs connus, Jean-Claude Drouot dont (presque) tout le monde se souvient dans le personnage de Thierry La Fronde, qu'il interpréta pour la série télévisée (1963-1966).

Belle représentation de la pièce : conflit de classes sociales et conflit de générations, histoire d'amour éperdue sont au coeur de ces intrigues, un beau moment.

Pour ses 120 ans, le théâtre s'était mis aux couleurs de l'Allemagne avec des grandes œuvres classiques : B. Brecht, Schiller, et des contes traditionnels allemands côté marionnettes.


Applaudissements chaleureux du Schiller

Vite, il faut tout remettre en place, changement de décor, le prochain spectacle est dans trois heures, pas de temps à perdre, les techniciens s'activent... Et nous, nous sortons tranquillement, devisant allègrement sur l'aventure...




On change de décor : place au théâtre

L'aventure vosgienne prenait fin, mais l'envie d'un road movie dans le département avait germé dans ma tête : les paysages grandioses, les lacs, les abbayes, les églises, les sites industriels en plein boum, l'imagerie d'Epinal toujours en activité,  font vraiment envie... Et la ligne bleue des Vosges !

samedi 15 août 2015

La folle journée !


La couronne

Je l'avais suivie jusqu'à l'arrêt d'autobus quelques mètres plus loin, une silhouette énorme enroulée dans des voiles jaunes, légers, comme un sari à l'indienne, laissant voir le bas du dos plein de gros bourrelets, des fesses très rebondies, bien dessinées dans une espèce de pantalon serré. Elle retenait le voile légèrement posé sur sa tête, laissant voir ses cheveux noirs, crêpés en pétard, dans lesquels étaient plantées sept ou huit baguettes chinoises espacées judicieusement, comme les arrêtes d'un éventail. Une couronne factice en laiton, pleine de fausses pierres, trônait sur le haut de son crâne, elle portait des mitaines en résille et des chaussettes du même genre, et traînait un caddie noir assorti aux mitaines...

Plusieurs fois j'avais aperçu cette curieuse silhouette dans le petit jardin de la maison individuelle que je vois de mon balcon, sans vraiment savoir si c'était un homme ou une femme, je m'étais dit : tiens, quelqu'un qui fait du théâtre en face...

La silhouette était toujours enrubannée dans des voiles de couleur vives, la coiffure haute, de loin je distinguais la couronne remplie de pierreries, rien de plus... Le mystère de la rue.

Là, il fallait que je sache, je marchais derrière "elle", pas trop vite, j'avais largement le temps de la dépasser jusqu'à l'arrêt d'autobus, elle a pris place sur le banc de l'abribus, elle tenait une conversation téléphonique dont je ne perdais rien : mais oui, je t'assure, je ne me sentais pas très bien, j'ai passé une mauvaise nuit, tu vois dans une maison que je ne connaissais pas assez, je n'ai plus envie de recommencer, et puis les jeunes au cours de la soirée m'ont posé plein de question sur mes piercings, tu vois, j'étais gênée, non, non, pas méchants, tu vois, plutôt curieux, j'ai répondu gentiment, mais bon, je n'étais pas à l'aise, oui, oui, je suis rentrée, j'ai donné à manger aux chats, le noir ne voulait pas manger mais le roux va bien, je suis contente..." Une conversation toute normale, toute tempérée, raisonnable, banale, rien d'affolant... Du tout venant...

L'autobus arrivait, chargé comme un gros cargo, le "mystère" en jaune avec sa couronne est monté, alors j'ai vu son visage de femme rempli de piercings pointus autour de sa bouche, comme une deuxième ligne de dents acérées, des pointes nickelées redessinaient ses sourcils, un pieu d'acier traversait le haut de son nez, son visage était décoré de toutes les couleurs, ses yeux disparaissaient dans le noir de son maquillage...Tous les gens se retournaient sur son passage, la dévisageaient, je voyais leurs regards étonnés, comme les miens... Stupéfaction ! Quel était ce personnage sorti tout droit d'un conte personnel ?

Royale, elle monta dans le bus en soulevant un peu sa traîne de soie... Fouette cocher...

Je pris l'autobus d'après qui était complètement vide...

Je n'y ai plus pensé de la journée, finalement j'étais bien contente d'avoir fait sa connaissance incognito...

Dans le métro, juste sur le quai d'en face, un homme s'est assis, paisiblement, normalement, et puis petit à petit ses gestes sont devenus curieux, il se mit à passer ses bras autour de son corps, sur sa tête, ses yeux, ses jambes, se palpant du plat de ses deux mains, minutieusement, il se fit comme une grande et interminable caresse, et puis quand le rituel fut complètement terminé, il reprit une attitude d'attente, tout à fait normale, pendant quelques minutes, comme si de rien n'était... Il eut le temps de répéter plusieurs fois son envoûtement cabalistique avant l'arrivée du métro... Au début, ses voisins n'avaient pas remarqué le petit manège, au bout de trois fois, notre obsessionnel fut repéré et observé par tous les voyageurs...

Les gens en folie sont bien étrange, certains, avec leur grand calme apparent, ont l'allure qui s'agite tout soudainement, sans raison pour nous, la dame en jaune, tellement théâtrale, m'intriguait, si calme, si posée, mais impossible de rentrer en contact avec elle...



mardi 11 août 2015

Avignon, le petit voyage au chaud...


Le splendide Palais des  Papes, profil changeant à toute heure du jour et de la nuit

Avignon, tout le monde descend, me voici au sud, au chaud, en un tour de roues TGV !

Le train va si vite que le paysage est avalé sans avoir eu le temps de le mâcher, les champs sont en foin, les arbres sont déjà un peu gris, des vaches et quelques moutons dans les ombres, dans le wagon il fait frais, trop frais, il faut se couvrir...

Un petit séjour rempli de visites, d'affection familiale, de bavardages, d'étonnements, de découvertes et de bons petits plats...


Tous les ingrédients pour la soupe au pistou


Le pistou


Les cubes de l'apéro

Les bons petits plats, il y en eut tant que je ne les ai pas tous photographiés, mais j'ai rapporté les recettes, les conseils, les couleurs et les parfums... Mais le tour de main de la cuisinière est resté là-bas !

Bien sûr nous n'avons pas manqué la visite à la Fondation d'Yvon Lambert, une exposition spéciale Patrice Chéreau qui ne m'a pas du tout passionnée, bien moins que les collections Lambert que je revoyais avec plaisir. Pris aucune photo des œuvres photographiques de Nan Goldin, qui est allée là où personne ne va : le noir et l'ombre des vies, les coups, les blessures, et les caresses...

Parmi mes chouchous :  


 Claude Lévêque (au Louvre également, sous la grande Pyramide de cristal !)


Christian Boltanski


Berlinde de Bruyckere


Guillaume Bresson

Et tant d'autres... L'hôtel de Caumont, nouvellement agrandi, devient en Avignon un lieu incontournable de l'art contemporain.

Les jardins accueillants de mes familiers, des matins au soirs, offraient des moments de convivialité chaleureux.

Les matins pas trop chauds, sous les ombres du laurier et du figuier : 


À l'ombre encore...


Avec les moustiques...


On plie bagages après le petit déjeuner

En soirée, dans d'autres lieux plus retirés, toujours avec les moustiques, un paysage magnifique à regarder à travers la fenêtre, gare aux piqûres, il valait mieux rester confinés à l'abri des 40°, nous nous y tenions bien malgré nous.


La lavande haute sur pattes


En attente d’accalmie... Le paysage, derrière les carreaux...

À l'intérieur, dans la cuisine, les couleurs criaient :


Les couleurs du sud : direct du jardin !



Les petites courses du matin

Nous faisions les courses directement chez un producteurs de l’île de la Barthelasse (située sur le Rhône, elle est la plus grande île fluviale d'Europe) dans une grande ferme. La traversée se fait en une minute à partir des remparts, avec la navette qui fait, sans se lasser, l'aller retour sur le grand fleuve toute la journée... On passe tout près du pont Bénezet, le fameux pont d'Avignon qui attire des touristes toujours plus nombreux chaque année. Construit au 12e siècle, il porte deux petites chapelles l'une sur l'autre, de la même époque. À l'origine il comportait 22 arches, les inondations successives eurent raison des autres arches, aujourd'hui il n'en reste que quatre. J'ai vu les touristes aller jusqu'au bout de la ruine et revenir, sans doute satisfaits, l'entrée est payante.

La ferme produit bio tous les légumes de saison et propose les fruits qui viennent d'une ferme voisine, un vrai festival de fraîcheur et de couleurs :




Les prix sont doux comme des agneaux, et bien plus petits que ceux des grandes surfaces

Il y a toujours beaucoup de monde, les paniers sont remplis, le tiroir caisse est actif, ce qui doit donner du bonheur aux producteurs, un succès bien mérité !

En balade dans les petites rues de la ville, il faut lever la tête pour apercevoir les niches sculptées, le plus souvent avec la Vierge et l'Enfant Jésus, quelques fois les niches sont malheureusement vides : volées, enlevées, à l'abri ? Elles attirent les convoitises de marchands sans scrupule, ces figures nous accompagnent avec grâce dans nos promenades... Un concours a même été organisé par la ville il y a quelques années pour remplir les niches vides, un appel lancé aux artistes locaux... Google My Maps s'y est mis, il contribue à un inventaire des niches sculptées et donne les indications des lieux, le blog :  http://avignon.midiblogs.com/ en fait lui aussi un inventaire photographique très documenté (dernière mise à jour en 2015).

Avignon possède une richesse patrimoniale époustouflante, des demeures construites à partir du Moyen Âge tardif (14/15e siècles), un vrai plaisir de les débusquer. Au cours de nos balades avec ma sœur établie maintenant ici, nous avons découvert le plus grand parc (2500 m2) intra-muros de la ville, lieu privé, qu'on peut voir uniquement du premier étage du voisin d'en face... Nous avons gardé nos habitudes parisiennes d'entrer partout où les portes restent ouvertes, une fois même nous avons été invitées, avec le sourire, dans un appartement d'une maison très ancienne, pour une visite guidée...

Mais il faut songer au retour... Dans le TGV, les Alpilles roulent à toute allure, les heures défilent à grande vitesse, paysages et pensées creusent leurs trous, les horizons sont en paille, la campagne s'étire dans le sens contraire de la marche, pas le temps de flâner, temps perdu, temps retrouvé, les fermes, les villages isolés, les clochers pointus agrémentent la randonnée, seules les ombres des arbres abritent les petits troupeaux de vaches. La traversée des rivières, des cours d'eau se fait en une seule enjambée, les détails de ma visite en famille s'organisent, prennent de l'importance, les moments passés ont de l'avenir, les grands poteaux électriques remplacent les chênes et les sapins, les bandes de terre deviennent plus étroites, les rivières goudronnées arrivent en ville et déjà, de chaque côté du wagon, les immeubles remplis de gens regardent passer les trains...

Gare de Lyon : tout le monde descend !