lundi 17 novembre 2014

Venise juillet 2014... L'office à l'église grecque (10)



Fondamenta S Lorenzo, le campanile de l'église grecque

J'étais venue bien en avance, comme d'habitude, mais vraiment en avance, je tournicotais de droite et de gauche, tiens, je n'avais pas remarqué ce glacier artisanal avec ses parfums originaux, sa vitrine était couverte d'articles de journaux, de guides qui vantaient ses mérites, un endroit unique, il faudra goûter ses délicieuses glaces, ce que je ferai l'année prochaine... Promis, juré... Mais pour l'heure, j'allais à la messe orthodoxe...

Cette commerçante qui vend de belles perles au détail... Il faut que j'y revienne voir de plus près, tiens, de jolis marque-pages décorés avec des perles, de Venise ? Pour les perles, rien n'est moins sûr, mais ces petits cadeaux feront des heureux quand même ...

J'ai tout le temps qu'il me faut pour faire quelques petits achats, souvenirs, plaisir... L'église orthodoxe (16e siècle) est près de tout, dans un endroit que j'adore, il suffit de passer le pont pour entrer dans son petit jardin, les portails des voies d'eau sont toujours fermés, rouillés, plus personne n'arrive en barque à la messe...



Le petit mur d'enceinte de l'église


Les grilles dorées, rouillées de l'entrée par la voie d'eau à la petite église orthodoxe grecque

Juste avant le pont, près du café qui fait l'angle menant à l'église, il y a toujours deux chaises dehors pour les gondoliers, j'y prends place un instant, personne ne me dérange, il est trop tôt pour la prise du service des gondoles, voilà qui va me permettre d'attendre l'heure de l'office sans me fatiguer..


La place occupée par des gondoliers sous le parasol

Le long de la fondamenta, en levant les yeux à la hauteur du premier étage, j'admire toujours cette figure de Saint Laurent qui donne fièrement le bras à son instrument de torture, la sculpture blanche est superbement mise en valeur sur l'ocre lumineux du mur...


San Lorenzo, souriant, serrant son grill de torture

Plus loin, en passant le pont, on arrive sur ce beau campo San Lorenzo, toujours désert et ensoleillé : une maison de retraite (sur la gauche), quelques bancs pour les résidents et les passants, les nombreux chats, la grande église (allez voir le beau blog d'AnnaLivia pour mieux connaître l'histoire et les mystères de cette église)... Sa façade reste de briques depuis des siècles, elle clôt le fond du campo, déconsacrée, elle n'est jamais ouverte au public, à l'intérieur tout tombe en ruine, mais elle reste impressionnante, les grilles de clôture du couvent sont encore en place, on peut y pénétrer lors de certaines expositions temporaires pendant les Biennales d'art contemporain... Je suppose que la maison de retraite doit exister dans les anciens locaux du monastère, entièrement transformés sans doute...


Le campo San Lorenzo (emprunté sur internet)


Triomphe des couleurs et de la douceur au coin du campo San Lorenzo

Dans le secteur il y a tout à voir, à revoir : les couleurs, les mystères, les beautés des palais, les reflets de l'eau présente partout, et il faut toujours beaucoup compter sur les découvertes... Assise sur le campo San Lorenzo, souvent je me suis dit  : pourvu qu'ils ne changent  rien ici, l'espace appartient aux personnes âgées, malades ou dépendantes, les fauteuils roulants peuvent y circuler en toute sécurité... Les chats y prospérer allègrement...

Il me semble bien que l'heure de la messe était à 10h30 le dimanche, j'étais quasiment la première "paroissienne" en avance, je suis allée m'asseoir discrètement sur les stèles en bois sculptés sur le côté, dans l'église orthodoxe il n'y a pas de bancs dans le chœur, les pratiquants se tiennent debout, après avoir embrassé les différentes icônes dès leur arrivée, quelques laïques tournent les pages des livres de chants posés sur un grand lutrin tournant en bois sculpté, ils attendent le début de l'office.

J'ai tout mon temps pour admirer le grand mur d'icônes disséminées dans l'or, l'ange Gabriel et la Vierge Marie (l'Annonciation) se partagent la lumière de l'ouverture toute ronde, tout en haut du panneau qui fait rentrer le soleil, la superbe croix grecque s'impose magnifiquement...


Un mur d'or et de couleurs, tout en haut un rond de lumière, et très peu de monde

Bien assise sur mon banc un peu dur j'attends le début de l'office, nous sommes trois ou quatre personnes, une jeune femme alors placée plus avant, près du mur d'icônes, me fait signe de venir la rejoindre, je fais donc le déplacement et reprends ma place de sphinx. Les prêtres officient derrière le mur, à peine visibles par la porte centrale tout le temps ouverte, les laïques psalmodient, les chants que j'attendais ne viennent jamais dans la beauté que j'espérais...

Les stèles en bois ne sont pas confortables, je tournicote un peu pour mieux m'installer, une dame s'avance vers moi, encore une qui s'occupe des visiteurs, mais pas du tout, elle me dit avec un air renfrogné : on ne croise pas les jambes dans une église, et vlan !

Me voilà avertie, au moment où un groupe de touristes slaves entrent pour faire masse, chacun connaît le rituel, baisers aux icônes, petit instant de recueillement devant le mur d'or, trois petits tours et puis s'en vont... J'ai profité de l'envolé des fidèles de passage pour m'éclipser en douce...

Pas très prenant l'office chez les orthodoxes grecs, surtout avec si peu de monde, comme à l'église arménienne...

En sortant j'ai retrouvé le soleil éclatant, le ciel bleu, j'ai continué ma promenade... Au bout de la fondamenta, le linge brillait dans le soleil...


Le linge comme de grands drapeaux blancs...


Il suffit de passer encore un pont pour se retrouver devant la scuola San Giorgio degli Schiavoni (XV/XVIe siècles), dont la décoration intérieure au rez-de-chaussée est composée d'une dizaine d'oeuvres de Vittore Carpaccio... Rien n'a bougé, semble-t-il, depuis cette époque...





Extraits de l'oeuvre de Carpaccio, pour donner envie d'aller la voir de plus près...

Prochain épisode je ne sais pas bien encore... Affaire à suivre !

jeudi 6 novembre 2014

Je ne voulais pas tout ça !



Alice aura bientôt 100 ans

J'allais fermer ma porte et je vois Alice, ma presque centenaire de l'année, qui trottine sur le palier. Ma voisine m'émeut toujours : bonjour Alice, comment allez-vous ? Bien, bien, ça va, on va comme on peut, elle répond toujours ça, Alice, quand je lui pose la question, je le sais, alors j'essaye toujours d'aller un peu plus loin, pour en savoir plus.

Danielle, vous avez une minute, j'ai du courrier pour vous ? Bien sûr Alice, du courrier pour moi, quelle chance, la voilà qui m'invite à entrer chez elle, j'en profite... On se fait la bise, je la serre dans mes bras, petite, menue comme un fil de soie blanche...

Alice, nous allons fêter vos cent ans, vous êtes contente ? Pas du tout, je ne voulais pas tout ça, mais ce sont mes enfants qui ont tout manigancé. Ils sont fiers de leur maman, vos enfants, Alice, il veulent une belle fête pour vous... Oui bien sûr, mais tout ça me fatigue...

Elle me regarde fixement : vous savez Danielle, pour moi ce n'est pas si terrible que ça d'avoir cent ans, les yeux, les oreilles, les jambes, tout se déglingue, pour les autres oui, c'est beau d'avoir cent ans, mais pour moi, ça me fatigue...

Oui Alice je sais... Et puis elle me dit aussi qu'elle est allée faire des courses dans la grande surface d'à côté avec son panier à roulettes. Vous y allez toute seule ? Oui c'est facile, je prends l'autobus et hop, j'y suis... Je prends des petites choses, je fais ma liste pour ne rien oublier, je fais doucement, je m'appuie sur mon caddie. J'y pensais cet après midi quand je suis allée faire moi-même des courses dans ce grand magasin, à ces personnes âgées, fragiles, fatiguées, en voyant une dame assise, presque accroupie, dans un coin du rayon crèmerie... Pourquoi ne met-on pas des bancs, des chaises, pourquoi ne pas installer des petits endroits pour se reposer ? Personne n'y pense, il faut remplir toute la surface avec de la marchandises, on ne pense pas aux personnes, on pense uniquement à leur porte-monnaie... Quelle tristesse, quel manque d'humanité.

Je vous ai regardée, Alice, avec des yeux écarquillés : comment faites-vous pour faire ce que fait tout le monde, vos courses, prendre l'autobus, avec votre petite silhouette dodelinante, je n'arrive pas à vous suivre...

Quand vous me parlez, que vous me dites que vous en avez assez de tout ça, que cent ans c'est trop, j'ai envie de pleurer... Vos paroles me percent le cœur. C'est difficile de vivre longtemps avec tous ces embêtements, oui Alice, je vous comprends, mais vos paroles disent autrement que vos yeux, que votre sourire... On se trompe, vous paraissez si heureuse de vivre, mais moi je sais que ce n'est pas tout à fait vrai.

Tout le monde pense que c'est chouette de vivre un siècle, tous vous admirent, souhaitent sans doute secrètement aller aussi loin que vous, mais moi je vous entends dans vos mots véritables, ceux que vous me dites entre quatre yeux, je sais que vous souffrez, que vous en avez assez, vous me le dites à chaque fois... Et chaque fois j'ai de la peine...

Elle me donne l'enveloppe où elle a écrit mon nom, son écriture qui tremble comme un coup de vent m'invite officiellement à la fête...

Alice, reposez-vous maintenant, merci pour l'invitation... Nous irons fêter vos cent ans.

Elle est restée sur le pas de sa porte à me regarder partir, elle fait toujours comme ça, au revoir Danielle revenez me voir... Bien sûr Alice, je reviens très vite...



mardi 4 novembre 2014

Venise juillet 2014... La fête du Redentore (9)


La liesse dans le bassin de Saint Marc

Le jour du Redentore, ça bouillonne sur Venise. Ce matin tôt, chez Billa, la petite surface installée sur les Zaterre, on fait la queue à la caisse, les caddies sont chargés à ras bord, le pain, le vin, la bière et tout ce qu'il faut pour faire un bon repas bien arrosé entre amis, en famille, les gens sont de bonnes humeur, on rigole, on parle fort en attendant son tour... Les caissières scannent des tonnes de marchandises à la vitesse de l'éclair... Les billets de 100, 50 euros sortent par enchantement des porte-monnaies, on ne regarde pas à la dépense, c'est pas le Redentore tous les jours, il fait beau, chaud mais pas trop, la journée va chavirer sur les flots...




Livraison chez Billa

Moi, tout tranquillement j'achète : haricots verts, blettes nouvelles, aubergines, melon, ananas, petits pains pour le petit-déjeuner, bref, je voyais bien que je faisais chambre à part avec mes crudités, totalement décalées avec les sardines grillées et les côtelettes de porc...

Le jour du Redentore : petite révision pour  ceux qui auraient oublié, ou pour ceux qui n'en n'ont même jamais entendu parler... La fête du Redentore est la fête la plus chère aux cœur des Vénitiens, elle a lieu le troisième dimanche du mois de juillet. Quelques jours avant la fête un pont votif métallique (330 m) est monté, il est composé de barges en fer mises les unes à côté des autres, il est orné de lampes de couleurs, il relie les deux rives opposées du canal de la Giudecca pour aboutir à l'église du Rédentore. Cette fête religieuse et populaire saluait la fin de la peste de 1575-1577 qui décima la tiers de la population. Le Sénat demanda l'aide divine pour mettre fin à l'épidémie et formula le voeu de construire en retour une église. L'église du Redentore fut donc construite dès 1577, par l’architecte Andrea Palladio (mort en 1580), et se termina en 1592.



Le canal de la Giudecca, enjambé par le pont votif dont je n'ai pris aucune photo

La fête commence le samedi soir, bien avant l'heure du dîner/souper, par un rassemblement impressionnant de petites barques à moteurs, d'embarcations à rames, de bateaux petits et grands, dans le grand bassin de Saint-Marc. Chacun s'active autour des barbecues qui frétillent sur les quais, ou sur les bateaux dont l'envergure le permet, les boissons coulent déjà à flot, les fumées qui tournoient à tous les vents diffusent des odeurs délicieuses, elles embaument ma promenade. Sur les grands bateaux il y a de la musique qui hurle à tue tête, diffusée par de grands haut-parleurs, les bras s'agitent, on chante, on danse bien avant la tombée de la nuit. Les premiers bateaux de toutes grandeurs se massent sur le grand bassin bien avant l'heure du repas...



Pour l'installation des tables, il y a des volontaires


Grillades et fumées par beau temps



Installation de la sono, une petite photo et une cigarette... On y est !


On danse déjà...


A côté, l'hôtel a installé des tables


Une petit déco modeste, mais l'essentiel est de participer...


Les bateaux dansent sur l'eau


Un pêcheur reste seul au monde...

Ça se bouscule au portillon dès le matin... Tout en revenant les bras chargés, je me demandais où je pourrais bien aller pour voir un peu le feu d'artifice (il paraît qu'il est magnifique) car, en près de 15 ans de carrière touristique, je ne l'avais jamais vu, seulement entendu les bombardements de mon petit appartement. La première fois que j'ai eu l'intention de le regarder, du côté des Zaterre, j'ai failli suffoquer, étouffer à cause du monde, je me suis dit, je rentre... Et depuis, je suis toujours rentrée avant l'embrasement...


Les pique-niqueurs arrivent vers Santa Elena


Tables et glacière arrivent

Je me souviens encore d'un soir où j'avais tenté de voir le feu depuis les Zaterre, je dis bien tenté, car il y avait tellement de monde que je suis rentrée bredouille, depuis, je n'essaye même pas. J'ai bien failli participer à la fête une année avec des amis qui allaient en barque, mais manque de chance, la barque était trop petite pour nous contenir tous... Je suis rentrée gros Jean comme devant...

Cette année j'avais décidé d'aller voir les préparatifs de la fête du côté de Santa Elena, dans ce quartier populaire un peu délaissé par les touristes...



Les places sont gardées, arrangées, décorées, comme dans la salle à manger familiale


Ici, les hôteliers attendent du monde...


Là, sur la Riva degli Schiavoni ,les prix tapent fort in english!

À la nuit j'ai entendu les canonnières du feu d'artifice tirer les belles rosaces et les fleurs de toutes les couleurs dans le ciel de Venise, mais je n'y étais pas !

Le lendemain matin, les corbeilles à papiers débordaient dans mon quartier, les éboueurs ramassaient depuis l'aube des tonnes de détritus déjà bien rangés dans des sacs, un petit ballet bien orchestré depuis des années par les services municipaux :



Pour participer de près à cette fête, il vaut mieux connaître quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a une petite embarcation, pour bien manger et regarder avec bonheur les éclats du feu d'artifice sans se faire bousculer ni se faire marcher sur les pieds, il faut ramer...

Prochain épisode de Venise juillet 2014 (10) : L'office à l'église orthodoxe grecque...

jeudi 23 octobre 2014

Venise juillet 2014...Tempesta sous les crânes (8)



La Tempesta - Giorgione (1500/1510) (emprunté sur internet)

Retour arrière en juillet 2013...

En reprenant mes petites notes, laissées sur ma tablette, j'ai retrouvé cette histoire et je vous la livre un an plus tard... A Venise le temps n'a pas d'âge !

Juste devant le musée Accademia, il y avait cette année-là un grand échafaudage qui cachait encore les travaux de restauration du musée... La femme tomba en arrêt devant une belle reproduction de peinture grand format, placée sur un des panneaux de l'échafaudage, lumineuse et tellement éloignée de l'original que c'en était touchant...

Elle dit à son compagnon : regarde comme c'est magnifique, je vais la prendre en photo, ça fera un souvenir formidable ! Il s'est poussé légèrement : je t'en prie, fais donc une belle photo... Alors très à l'aise, elle prit de la distance et régla l'appareil comme il fallait, cela prit quelques minutes, les passants, nombreux et respectueux, ne gênèrent en rien les prises de vue, il passèrent tous derrière elle pour ne pas déranger l'artiste. Elle opéra donc en toute tranquillité, pas le moindre mouvement d'impatience, elle doubla, tripla la pose, on ne sait jamais, c'était le chef-d'œuvre absolu... Son sourire satisfait faisait plaisir à voir, la journée était radieuse... Son compagnon, très intéressé, regarda immédiatement le résultat : bravo ma chérie, c'est parfait, excellent, nos amis vont être très contents...


 Autre vision de la reproduction (emprunté sur internet)

Cette petite scène vécue furtivement devant la reproduction, bien plus grande que "nature", du célèbre tableau de Giorgione, La Tempesta, m'intrigua... L'original (petite oeuvre par ses dimensions (83 x 73) était pourtant visible au musée, juste derrière, "c'est la pièce centrale du musée" disait un guide au moment où je me trouvais moi aussi en admiration devant la toile, avec un groupe de Chinois... Mais dans le musée (en 2013), on ne pouvait pas prendre de photo..
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Je les regardais en souriant, je ne comprenais pas du tout ce qu'ils disaient car ils parlaient en chinois... J'ai donc totalement inventé le petit dialogue du couple...

Avaient-ils vu la La Tempesta au musée ? L'avaient-ils trouvée tellement exceptionnelle, sans pouvoir la photographier, que le panneau publicitaire fut une aubaine et les récompensait de bien des frustrations ? Peut-être pourraient-ils l'envoyer ce soir par internet à leurs amis : voyez cette beauté célèbre ? Eh bien nous l'avons vue de nos propres yeux... Ou alors n'avaient-ils pas eu le temps de "faire" le musée et connaissaient, comme tout le monde entier, le tableau ? Petit tour de passe-passe, nous dirons que nous l'avons vu et voilà... L'énorme reproduction était belle, et donnait très envie de lui tirer le portrait, sans connaître du tout l'œuvre originale, elle attirait indubitablement les regards, ils l'avaient vue, elle leur plaisait tout simplement comme elle était, une belle image...


Encore d'autres nuances (emprunté sur internet)

Mais l'affaire se complexifiait car les questions se bousculaient à mon portillon : pourquoi photographier la reproduction d'un tableau qu'on pouvait voir à deux pas, d'autant qu'il n'y a pratiquement jamais de file d'attente dans le musée ? Ce musée est petit, les œuvres sont de très grande qualité, même pressé, on peut en faire le tour en prenant son temps...

Le mystère livra sa vérité tout à coup quand la jeune femme demanda à son compagnon (en chinois bien sûr) de se placer bien devant, presque à la place de personnage masculin, sur la gauche, rappelez-vous... J'en avait un peu parlé dans mon post d'août 2010  ...Voyez j'y étais, c'est moi, on s'amuse bien...


Dans les gris... (emprunté sur internet)

Ainsi me suis-je dit, les œuvres d'art quand elle sont vraiment belles, émeuvent de toutes les manières, les copies peuvent faire illusion, réjouir les cœurs, et nourrir les souvenirs... Combien de fois après avoir vu les œuvres, des églises, des beaux paysages... Ai-je eu envie d'en garder le souvenir en achetant une carte postale bien plus réussie que mes propres photos ?... La carte postale réduit la visibilité, mais prolonge le plaisir de conserver l'image de ce qu'on a vu, et puis, pouvoir glisser le tableau, la veduta, le détail qu'on aime dans le livre que l'on est en train de lire, la poser sur un meuble à la verticale, quelques temps encore après être rentré de vacances... C'est ici que j'étais, comme j'ai aimé ce moment... Le dernier jour de juillet 2014, en revisitant l'église de S. Zaccaria, j'ai acheté une grande carte postale du merveilleux tableau de Giovanni Bellini qui décore l'autel sur côté gauche en entrant... Pourtant j'ai pris cette oeuvre des dizaines de fois avec mon appareil photo... Jamais je n'en ai fait tirer d'exemplaire papier...

Affichage de photo.JPG en cours...

Loin de l'original, mais quel plaisir de se souvenir... 

Pour les vraies couleurs, allez voir l'original...

Éternelle illusion, sur la place du musée Accademia, il y a souvent des jeunes gens, habillés en habits d'époque, vagues, qui hèlent le chaland, pour leur vendre des billets de concerts, opérations Cavalli, Monteverdi, Vivaldi, Mozart... Qu'importe qui joue, qui dirige, qui chante, ça marche... Je les regarde toujours avec un œil amusé en me disant : que faut-il faire pour gagner trois sous ?


La marchande de billets avec sa jupe à panier...



Fin de journée... La musique recommence demain...


Chers lecteurs, merci d'être passés sur mes lignes, ne manquez pas le prochain épisode de Venise juillet 2014 (9) !



mardi 21 octobre 2014

Venise juillet 2014... La cathédrale (7)


Fondamenta Ognissanti

Ils étaient harnachés de la tête aux pieds, la carte d'une main, chapeaux, casquettes, appareil photo de grande classe, téléphones prêts à tirer, un bagage à main, baskets et lunettes de soleil... Le sourire aux lèvres, ils attendaient sagement le vaporetto... Ils paraissaient épuisés mais tellement heureux... Et parlaient français !

J'aime beaucoup écouter les gens sans qu'ils s'en aperçoivent, la spontanéité est totale...

"Bon, on a vu ça, finalement, on a bien avancé"...C'était sans doute un grand méthodique, il passait en revue les points qui lui paraissaient incontournables à Venise, tout était mesurable, bien quadrillé, pour ne rien oublier, aller de l'avant... II avait sa liste...

Moi, j'étais curieuse de savoir ce qui était bien avancé, mais je n'ai rien su, ils avaient sans doute fait les comptes avant le vaporetto... Tant pis pour moi.


Fondamenta dell'Osmarin

"Tu ne trouves pas que c'est génial d'arriver là, directement sur le Grand Canal, quelle impression quand même", elle hochait de la tête, "impressionnant ! Vraiment, tu ne trouves pas ?" Elle refit oui de la tête, "superbe" ! On sentait le couple solide, du moins sur Venise, ils étaient au diapason... Ils faisaient plaisir à voir et à entendre... Ils étaient heureux d'être là !

Je me souviens moi aussi de cette mémorable première fois, en sortant du train de nuit, chargée d'une grosse valise pleine de livres et guides de toutes sortes, j'avais acheté une belle carte plastifiée à la FNAC (dont je me sers toujours, plus de 14 ans après). Quand je me suis retrouvée sur le Grand Canal, éblouie, les larmes aux yeux : c'est donc ça Venise, comme c'est beau, et je n'avais rien vu... A Venise on n'en voit jamais assez, ce n'est jamais fini, la ville s'est construite durant des siècles, comment voulez vous tout voir ? Il faut marcher en douceur, se perdre encore et encore, regarder en haut, de côté, de partout, passer ses journées à flâner sans chercher à tout empiler, surtout faire doucement... Mais la vieille routière de Venise que je suis devenue n'a pas toujours dit ça, moi aussi les premières années, j'ai cherché comme tout le monde à tout voir, j'ai trié, choisi, suivi les guides, pris des photos par milliers, la boulimie vous guette à Venise...


Le campanile penché de Burano

Depuis, mon appétit pour cette ville n'a pas diminué, mais je mange mieux, chaque détail compte, et un mois ne suffit jamais pour en faire le tour, juste un petit tour et puis je m'en vais... J'ai souvent conscience de la chance que j'ai de pouvoir la déguster au jour le jour... Par tous les temps de juillet...


Un petit coin encore perdu

Ces deux-là étaient éblouis comme des millions de gens avec eux depuis des temps et des temps, comme moi, pareil...Comme ils avaient fait le point, le "scientifique" a dit : "il ne nous reste plus qu'à voir la cathédrale", c'était bien la première fois que j'entendais traiter la basilique de cathédrale... Ils venaient sans doute d'une ville à cathédrale ? Chartres, Strasbourg, Lyon, Paris... Pour intérioriser ainsi la basilique, la sublime basilique, la grandiose basilique, en cathédrale... Quand vous arrivez dans une ville, n'importe laquelle, où il y a une cathédrale, vous y allez, vous ne la manquez pas, c'est normal... Ils savaient ce qu'ils faisaient, il avaient gardé le meilleur pour la fin...



Le beau musée Mocinego refait à neuf (avec des fonds privés, des parfumeurs dont on vend les produits en fin de parcours)

Nous glissions ensemble dans le même sens, sur le Grand Canal... Vers la belle cathédrale de Venise...

Qu'avaient-ils donc vu ? Tout, sauf la place St-Marc, ils l'avait réservée pour la fin. Pour moi c'est le contraire maintenant, je vais sans hésiter place St-Marc remplie de monde, bourrée de monde, envahie, débordée, bruyante, émerveillante dès les premiers jours, je cours m'amuser à chercher un point de vue inattendu à "immortaliser" avec mon appareil photo... J'y arrive toujours mais il faut beaucoup patienter, et marcher à pas de loup parmi toutes les beautés de la place noire de monde...



La musique... Place St-Marc




La tablette place St-Marc...Voyez leurs sourires heureux...



Il suffit de lever les bras très haut avec son appareil photo...

Ne manquez pas le prochain épisode de Venise en juillet 2014 (8)

dimanche 19 octobre 2014

Au théâtre de la Colline, un dimanche... De beau temps !


Mes citrouilles de l'Indre...

Un temps splendide, une douceur de vivre, un été indien prolongé, du monde à toutes les terrasses de cafés, le cimetière du Père Lachaise devient le  plus grand parc de l'arrondissement, une boutique qui y mène vend maintenant des articles souvenirs de Paris... Chez chaque commerçant de la rue, on vous vend le plan du cimetière, exactement comme au Louvre : par ici le crématorium, par là les grands de ce monde et tout près du mur, un petit mur de rien, il y a le jardin des souvenirs, et quand je longe sa pelouse, si verte, si bien rasée, je vois des roses éparpillées, alors je pense à ma mère que nous avons emmenée ici, il y a beaucoup trop d'années maintenant...

J'allais au théâtre (La Colline) qui se trouve juste à côté de ce beau cimetière, voir une pièce de Arne Lygre (un Norvégien) : "Rien de moi", mise en scène de Stéphane Braunschweig. L'histoire est très simple : comme les nôtres : une femme et un homme plus jeune qu'elle se rencontrent, et elle décide de s'installer chez lui... Ils s'isolent du monde et nous racontent leurs histoires en se parlant à eux-mêmes, toutes les phrases se terminent par : je t'aime, dis-je, nous allons essayer, dis-je,  les dialogues sont intériorisés pour chacun des personnages même s'ils s'adressent l'un à l'autre... Ce qui a provoqué en moi une distanciation énorme et forcément, je n'ai pas tout à fait accroché. Au début, bien installée au premier rang (mon rang de prédilection), je me suis beaucoup intéressée aux deux personnages, pour les situer, n’imprégner, installer leur histoire dans ma tête, mais très vite, je fus distraite...


Ma voisine de gauche s'est mise très vite à s'arracher machinalement des morceaux de peau qu'elle trouvait dans sa nuque, et les déposait consciencieusement sur son pantalon, un tic, une lubie, un geste imprescriptible, j'avais beau regarder tout à fait à droite je la voyais faire quand même, à un moment elle sortit son programme et y mit un à un les morceaux... Alors la gêne fut très forte pour moi, nous étions si proches sur la banquette que je l'ai regardée fixement quelques secondes, et elle cessa tout à fait de se décortiquer...

Ma voisine de droite, tout près de moi, après quelques répliques ferma les yeux, je l'ai vue distinctement puisque je regardais bien à droite pour ne pas voir ma voisine de gauche qui s'arrachait les peaux. Quand les acteurs en furent aux scènes d'amour, assez descriptives, ma voisine de droite  fit des : oh ! Comme il y eut plusieurs scènes d'amour descriptives, elle fit plusieurs oh ! Et des : C'est pas vrai ! Se renfrogna, cela me gêna aussi, à son âge me dis-je, elle ne devrait s'étonner de rien, l'amour c'est l'amour, on se caresse dans tous les sens... Là c'étaient juste des mots, vous imaginez s'ils avaient été nus sur scène !



Finalement la vie de ces deux personnages défilait linéairement : on se rencontre, on se plait, on s'aime et puis l'inconstance s'installe, on ne sait plus comment tout s'enfuit... On ne sait même plus pourquoi on vit...

Quand ce que j'entends ne me captive pas des masses, je regarde le décor, la vidéo prenait toute la place, une beau plan fixe en noir et blanc, d'un port norvégien sans doute, et puis presque à la fin, quand l'histoire se termine, nos deux amoureux... Depuis trop longtemps, leur vie d'avant s'interpose, se croise avec leur vie de maintenant, ils se retrouvent les pieds dans l'eau, prêts à mourir l'un pour l'autre, au bord de la mer et alors le prodige se produisit, l'eau de la mer rentra sur la scène, sur toute la scène, avec le bruit des clapotis, comme j'étais au premier rang je me suis dit, pourvu que ça ne déborde pas... Il doit y avoir beaucoup d'argent à la Colline pour se payer un effet pareil... Les acteurs avaient les pieds dans l'eau, et tout à la fin ils s'allongèrent avec précaution complètement sur le dos, abandonnés par la vie...

Pendant tout le spectacle, le rideau de scène fut tiré et retiré, comme j'avais allongé mes jambe très confortablement, j'ai ressenti les doux passages du rideau de mousseline sur mes pieds, aussi doux qu'une écharpe de fourrure qui s'enroule à votre cou...


Si la pièce ne m'a pas entièrement absorbée, je me suis dit quand même : comme le théâtre est passionnant, il vous contraint à réfléchir, à vous questionner sur vous-même, à prendre du recul sur les choses de la vie, pour finalement les voir à la loupe... L'amour, la vie, la mort, toujours des chapitres à développer à l'infini.

Dans le petit programme de la soirée, pour illustrer le sujet traité par la pièce d'Arne Lygre, il y avait des petites phrases d'auteurs à propos des rencontres amoureuses et des séparations : Albert Cohen avec Belle du Seigneur (un de mes livres préférés), Marguerite Duras avec Emily, Hanif Kureishi avec Intimité, Bernard-Marie Koltès avec Lettre à sa mère, Roland Barthes avec Fragments d'un discours amoureux (que j'aime beaucoup), Patrick Modiano avec Pédigree (que je vais lire très vite sur ma tablette...), Hervé Guibert Rappel à l'ordre de l'amour : Pina Bausch au Théâtre de la ville (Pina que j'ai tellement, tellement aimée)je les préférais toutes à Arne Lygre qui m'avait, un peu, beaucoup ennuyée...

Les applaudissements furent nourris, mais au théâtre de la Colline je n'ai jamais entendu d'applaudissements tièdes, ma voisine de droite applaudissait discrètement en disant assez fort : pour les acteurs, pour les acteurs seulement...


En sortant, j'adore écouter les sentences, les appréciations, les enthousiasmes, les déceptions des spectateurs, je fus servie, deux dames avec chacune une canne, toutes heureuses de se trouver là dirent avec un large sourire : vraiment les acteurs étaient formidables et puis l'eau tu as vu, impressionnant !... Qu'est-ce qu'ils jouaient bien...

Dehors il faisait encore chaud, du monde aux terrasses, le métro était bondé, mais tous les voyageurs descendaient à Gambetta, quand je suis montée il y avait autant de places que je voulais ! Quel beau dimanche...

Je reviens très vite à Venise, ne manquez pas le 7e épisode...