lundi 8 octobre 2012

Le départ des hirondelles dans l'Indre...






Les quatre petits attendent au nid...




La béquée...

Dans l'ancienne grange il y a deux paniers suspendus aux poutres, quand il y a du courant d'air, ils se balancent imperceptiblement... Un nid ! Quatre petites hirondelle attendent la becquée, les parents ne tardent pas à venir nourrir leur progéniture, je reste à regarder ce petit manège à toutes les heures de la journée...

Moi qui ne connais vraiment rien en hirondelles, cette année j'apprends beaucoup, et je me pose déjà des milliers de questions. Je sais une chose, elles vont partir bientôt vers l'Afrique... Comment vont faire celles-là qui ne sont pas prêtes du tout, les petits sont encore au nid... Sont-ils condamnées ? Le suspense est entier...


Deux...

Chaque jour il y a des progrès, les quatre petits qui avaient toujours le bec ouvert se sont mis à voler, d'abord dedans, en hésitant un peu partout... L'un d'eux est rentré dans ma salle de séjour et ne pouvait plus en sortir, j'ai ouvert tout en grand et il a trouvé facilement le chemin du retour.

Un autre jour, ils sont tous partis faire un tour, quand j'ai lu sur Internet qu'ils pouvaient faire trois cents kilomètres par jour, je me suis dit : ils visitent la région, ce soir ils seront là, j'étais presque rassurée, le fait est que tous les soirs ils étaient rentrés pour manger, les petits avaient grandi mais les parents les nourrissaient toujours en leur faisant du bec à bec...


Plus deux...

Ce matin c'était noir de monde m'a dit ma voisine, elles se sont massées sur les fils électriques, on ne pouvait plus les compter, il y en avait des milliers, je pense qu'elles peuvent partir d'un jour à l'autre... Il faut se lever de bonne heure pour les voir nous quitter... De bonne heure ? Oui, vers 7h, bon, alors je vais mettre mon réveil à sonner demain matin...

J'étais contente, rien ne s'était encore passé sans moi !

Dans la grange tout mon petit monde voletait avec entrain, les petits étaient sur le panier le bec ouvert, vont-ils être prêts pour le grand départ ? Leur présence me confirmait que la transhumance n'était pas loin, et j'avais toutes mes chances pour demain matin... Ou après, il va falloir que je me couche tôt, moi qui suis une couche-tard, je vais devoir bouleverser ma vie pour le départ des hirondelles...


Font quatre petits... Presque prêts pour le départ

Ça fait déjà plusieurs années que je rate le départ groupé, moi qui aurait adoré les voir s'envoler toutes ensembles, vous parlez d'un spectacle. Sur Internet ils disent aussi que leur nombre a franchement diminué depuis de nombreuses années, à cause de la pollution, des pesticides, elles ne trouvent plus la nourriture qui leur faut, les insectes volants... Elles doivent se nourrir beaucoup avant le grand saut, quelques grammes de graisse pour faire dix mille kilomètres...

De quoi rêver : quelques grammes de graisse pour une distance aussi grande...

Je vais donc m'organiser, manger tôt, regarder un DVD et hop au lit, demain il y a hirondelles...

J'ai fait exactement comme je vous l'ai expliqué : un peu d'information, un DVD et je suis allée me coucher, j'ai mis mon réveil à sonner à sept heure, comme je vous l'ai dit... À six heures et demi j'étais sur le qui vive, le jour n'étais pas tout a fait levé, au loin je voyais les petites maisons enrobées de rose... Le soleil faisait en entrée dans la ruelle...

Sur les fils électriques du carrefour il n'y avait rien, pas un oiseau, pas un volètement, pas un "cui cui", j'avais vu devant la grande porte de la grange mes hirondelles qui m'avaient donné courage, elles sont là donc tout va bien, elles font des dessins dans leur course effrénée, elle tourne autour du pot, c'est sans doute un bon signe, peut-être le bon matin...

Tous les quarts d'heure je suis allée sur le chemin, près de la glycine de monsieur Jean, rien, le ciel était vide, les fils lisses, j'avais tout raté, elles sont parties hier ! Le grand départ c'était donc hier ! Il faudra que j'attende encore un an pour les voir s'envoler comme un gros nuage noir, comme j'aurais aimé vous en parler, les prendre en photo...

Je suis rentrée prendre mon petit-déjeuner, sans entrain, j'avais loupé mon rendez-vous, malgré toutes mes précautions... Je n'ai pas senti l'appel de la nature.

Demain matin je me réveille sans réveil, naturellement...

Il faudrait que je trouve un calendrier spécial qui précise le départ des hirondelles comme celui qui indique le début et la fin du ramadan, c'est net, c'est clair, on reste confiant, on peut continuer à prendre son petit-déjeuner sans se presser... À huit heure j'y suis retournée, on ne sait jamais, un petit retard ça peut arriver, pour faire dix mille kilomètres elles ne sont pas à dix minutes, sur le grand pylône de la rue il y avait une tourterelle blonde qui prenait ses aises, elle roucoulait, seule, toujours seule...

Nous étions dimanche, part-on un dimanche ? On reçoit ses amis, on va faire un tour, un petit tour, on fait des gâteaux, des projets, on ne décide pas de partir pour l'Afrique de si bon matin...



C'est quand le départ ?

Quand je suis rentrée dans la grange, sans y penser, un peu plus tard, les quatre petits étaient bien là, sur les poutres, le panier dodelinait au moindre brin d'air, ils étaient restés, abandonnés, la nature est bien cruelle... Mais il y eut un départ de rattrapage, je n'ai même pas eu le temps de prendre mon appareil photo, une cinquantaine d'hirondelles qui passaient encore par là, fermant la marche, s'envolèrent d'un seul coup en une minute... Les quatre petits qui sont restés n'ont rien vu venir, ils sont toujours là, ils ne bougent pas, ils faisaient déjà partie d'une deuxième couvée, ceux-là ne feront pas le voyage avait dit le voisin en voyant toute la maisonnée, les petits ne sont pas élevés... Comment vont-ils faire pour grandir en Indre, seuls, sans les parents pour terminer leur élevage ? Je ne sais pas... Ils vont mourir, dit ma voisine...



Oui, quand ?

Mais en fait, je n'avais pas bien vu, ils sont là tous les six, les parents aussi, ils continuent leurs sarabandes en  poussant des "tui tui tui", volent d'un bout à l'autre du jardin, font mille tours et puis reviennent toujours dans le panier qui dodeline...

J'ai donc le temps de bien observer leur petit manège, de réécrire une page d'histoire d'ailes... Une fois que le gros du troupeau est parti, que font les dernières, celles qui ont raté le coche ?

Ne partez pas trop vite... Demain j'aurais des nouvelles fraîches, même ce soir, puisque je suis à côté, de leur côté...

Hélas ! Tous les matins je suis passée, je les ai trouvées sur le panier, voletant dans le grand espace de la grange, quelques sorties dans la journées, peuvent-elles se nourrir ? Vont-elles s'en tirer ?

Ce matin, j'ai encore vu un petit départ groupé, je me suis dit, allez, c'est le moment, sortez de la grange, profitez du dernier train...



Deuxième départ pour l'Afrique

Hélas ! Trois fois hélas !  Les quatre petits sont toujours là, sans leurs parents qui ont pris le deuxième train à tire d'ailes, laissant la couvée derrière eux... Pourtant la voisine m'avait dit : jamais ils ne partiront en laissant leur progéniture.

Tous les matins, jusqu'à mon départ, je suis allée les voir avec l'espoir de ne pas les voir, mais elles tournoyaient dès que j'ouvrais la porte de la grange...




Tous les soirs, devant la porte de la grange, elles venaient toutes les quatre dorer leurs ailes au soleil couchant... Je les ai confiées à la voisine : donnez-leur à manger, veillez sur elles... Oui, ne vous inquiétez de rien...


samedi 6 octobre 2012

Elle date de 1200...



Les toits de la belle maison de "1200" (l'année dernière)

Avec mon vélo je vais partout, un petit sentier, un chemin creux, c'est pour moi, je fais bien attention aux cailloux quand même, je fais du vélo en "mémère tranquille". Je suis descendue jusqu'au fond d'une petite voie sans issue, l'an dernier il y avait des fleurs de chaque côté, cette année il n'y a que des buissons et des touffes d'herbe, mais c'est vert et beau quand même.

Tout au fond il y a une jolie maison, une ancienne ferme avec un toit extraordinaire, d'une longueur démesurée, recouvert de petites tuiles rectangulaires en terre cuite comme on fait par ici depuis toujours.

Les branches d'un pommier dépassaient largement du jardin, des Reines des Reinettes, mes préférées, elles étaient petites, mal en point et beaucoup de celles qui étaient déjà à terre étaient pourries. Je me suis baissée pour ramasser quelques rescapées, j'en ai vite croqué une pour vérifier, c'étaient bien elles, les délicieuses, les sucrées qui craquent sous la dent comme du verre, pas d'erreur, c'est le trésor de l'automne.




Les pommes de l'année dernière

J'avais bien aperçu un monsieur à l'intérieur du jardin, assis sur un fauteuil de campagne, qui me regardait du coin de l'oeil, j'ai pris les devants, bonjour monsieur, je ramasse quelques pommes par terre, vous permettez ? Bien sûr, prenez tout ce que vous voulez, oui, se sont bien des Reinettes, elles ne sont pas mûres encore, mais elles tombent, pour la compote y'a pas mieux, nous étions entièrement d'accord la-dessus.

Il s'était rapproché tout à fait du grillage de son jardin et me passait les pommes qu'il ramassait de son côté, j'avais trouvé la scène rigolote, elle me faisait penser aux singes du zoo à qui on donne des cacahuètes, le singe c'était moi, ça m'amusait... Je me disais aussi, quelle drôle d'idée de ne pas m'inviter à venir les ramasser de son côté où visiblement elles étaient bien plus belles. J'acceptais bien volontiers sa petite livraison et nous avons avons fait un bout de conversation tout en continuant à cueillir les pommes par les trous du grillage...

Vous avez une bien belle maison, quelle magnifique toiture, vos voisins ne sont pas là ? Tout est fermé autour de vous... Oui, mes voisins d'en face sont d'Aix et ceux d'à côté de Paris, ils viennent seulement pour les vacances. Votre jardin est superbe, les salades, les tomates sont magnifiques, mais les pommiers ont bien souffert des gelées de mai... Oui, on n'a pas grand chose... Je me sens un peu seul dans cette grande maison, mais c'est bien mieux que la maison de retraite... Il me tendit encore une pomme, j'en avais plus qu'il n'en fallait, votre maison est très ancienne, oui, elle date de 1200... Pas possible ! Bien sûr on a fait des travaux, mais elle date de 1200, vous verriez les murs à l'intérieur, épais de soixante centimètres ou plus, ça fait longtemps que je suis là... Il était fier comme un petit banc de sa maison de 1200, il avait bien raison, elle était de toute beauté avec son envergure, sa puissance, parfaite dans ses proportions, une ferme qui a dû en voir de toutes les couleurs... Notre homme ne bougeait pas de son grillage, mais voulait visiblement poursuivre le conciliabule... D'ordinaire, j'aurais cherché  à en savoir plus, ajouté petit à petit mes mots aux siens, mais rien ne venait, je ne sais pas ce qui me pressait de partir, je n'avait pas envie de savoir, il y avait trop de barrières entre nous... Sans doute...

Au revoir monsieur, portez-vous bien, merci encore pour les pommes, au moment de la compote je penserais à vous...




La belle maison cette année, les maïs verts, près de la rivière

J'ai repris une photo ou deux par derrière, où les toitures sont mises en valeur, et j'ai remonté la pente...

Je songeais à monsieur Jean, mon voisin qui était maintenant en maison de retraite... J'ai pédalé pour ne pas penser... Et je suis rentrée à la maison avec mes pommes, j'ai bien fait la compote mais je n'en ai pas eu envie, plus tard le goût m'en reviendra...

Après coup je me suis dit que la conversation trop difficile avec le monsieur aux pommes n'était pas due au grillage, j'en ai vu d'autres des portes mi-closes, entrebâillées, et des appuis de fenêtres, je pensais trop à monsieur Jean qui avait dû tout quitter pour mieux se porter, je n'avais pas eu envie de remplacer les pommes par des mots, des mots tristes : seul, santé, maison de retraite, il faut tenir, mais tenir quoi ?




 Un petit chemin creux (l'année dernière)... Allez, allons plus loin...

vendredi 5 octobre 2012

PUB ! Le dernier film d'Alain Resnais...



C'est vrai, vous n'avez encore rien vu, j'ai adoré ce film, pleuré, mouché, pourvu qu'il dure encore longtemps... Pourvu que je pleure encore un peu... Quel bonheur !

Tout le film est adossé au mythe d'Orphée et d'Eurydice, à partir de la pièce de Jean Anouilh, jouée en partie triple, par trois couple d'acteurs, avec une intensité, un ton, une présence différents, c'est remarquable d'efficacité émotionnelle.

Un magnifique hommage aux acteurs, aux auteurs, au théâtre, au cinéma... Orphée et Eurydice nous confrontent au thème de l'amour, de la mort, de la résurrection (la retransmission d'une oeuvre, qui par le seul jeu des acteurs se révèle à chaque fois d'une façon différente)... À la vie, à notre vie à tous, qui avons aimé, pleuré, juré, espéré, trébuché.

Les acteurs sont superbes : Azema, Arditi, Wilson, Consigny, Piccoli, Poldalydès, Amalric et tous les autres remarquables, exceptionnels.

Décor, lumière, coup de théâtre, rien ne manque pour vous tenir en haleine, monsieur Alain Resnais, chapeau, vous avez fait un grand film !

Courez, volez, vous serez de plein pied dans l'émotion et la beauté les plus fortes des films à voir en ce moment... De tout bois Resnais fait feu. De la boue il fait de l'or (Inrockuptibles)

Très prochainement retour aux vacances dans l'Indre !






mercredi 3 octobre 2012

Je ne reconnais plus rien dans mon jardin de l'Indre...



Paysage d'octobre début septembre, la petite maison de vigne...

J'ai "descendu dans mon jardin" derrière, tout était à la même place mais rien ne ressemblait à ce que j'avais connu l'année dernière. La première chose que j'avais faite en arrivant dans le jardin, c'était de remplir mes poches de noisettes, elles me paraissaient toutes plus belles les unes que les autres, et encore une et une autre, j'en ai rempli un petit cageot, en rentrant dans ma banlieue j'aurais beaucoup de cadeaux à faire, des noisettes du jardin, c'est comme de l'or...

Cette année je marche dans les feuilles mortes du noisetier, à terre les noisettes de l'année dernière avec un petit trou sur le côté, mangées, dévorées par les asticots, les feuilles se froissent dans ma main avec un petit bruit de papier déchiré...



Le beau figuier aux figues noires, tout froissé, vide !

Je fais l'inventaire avec désolation, le figuier à belles figues noires a rapetissé de moitié, les grandes feuilles sont toutes ratatinées, pas un fruit à l'horizon... Le cerisier est tout roussi, il n'a presque plus de feuilles, il flambe du haut en bas...

Pour voir les vaches, tous les matins je prenais le petit chemin vert bordé de roses trémières, encore vaillantes en septembre, la seule qui pousse aujourd'hui est au ras du sol, elle ne fait plus d'effort pour se redresser, elle a chaque jour une misérable fleur rouge, mais c'est déjà ça de glané pour la beauté...



Les figues blanches que j'ai pu manger seulement fin septembre... J'ai mis les bouchées doubles

J'ai de la chance, devant la maison que je loue j'ai aussi un beau figuier, et les billes que j'ai trouvées en arrivant ont grossi énormément en huit jours. Depuis deux jours je commence la récolte, je vais les faire sécher au soleil... L'ombre du figuier est chaude, le tilleul planté juste à côté de lui en fait un arbre à deux têtes, ils forment un grand parasol d'été, ils abritent une table où il fait bon manger quand il ne fait pas trop trop chaud...



Le foin de mon jardin...


Les verts de l'année dernière

La pelouse, je ne vous en parle même pas, c'est un paillasson cette saison, je m'y essuie les pieds...



Le géranium dans la lumière

Je prends soin des géraniums qui ont une vie convenable, c'est la seule couleur qui réjouit l'oeil. Pour le reste, quand je franchis la petite barrière, je vois la belle glycine de monsieur Jean qui grimpe sur son toit, il m'avait dit l'année dernière : il faudra que je la coupe, elle arrache les tuiles, moi je la trouvais très jolie la-haut... Maintenant que monsieur Jean n'ira pas la chercher si haut, malgré la beauté qui demeure, ça m'attriste un peu...

Quand je prends mon vélo, je glisse dans l'automne bien brûlant, le raisin des petites vignes annuelles est minuscule, grillé comme du café, les feuilles de vigne ne couvriraient pas grand chose si Adam venait s'habiller par ici...

Les chênes sont tout gris comme s'ils avaient des poux et de la Marie-Rose, leurs têtes rondes ont rétréci au lavage...



Le millet autour du noyer

Les champs de millet prolifèrent, ils sont dorés comme les blés, plus légers et moins hauts.

Les vaches blondes mangent le foin qu'on leur apporte, la prairie est une vaste litière de paille... Elles broutent à même la grosse botte ronde, dès que j'arrive elles se mettent à l'arrêt, on reste les yeux dans les yeux...



Le petit pommier famélique


Les belles pommes du Paradis de l'année dernière


Les citrouilles qui attendent Cendrillon...

Dans les petits jardins en plein champ que cultivent les gens, loin de leur habitation, il n'y a rien du tout, presque rien, quelques citrouilles magnifiques, oranges, comme dans les contes de fées. Les pommiers sont faméliques, voyez les images, seuls les mirabelliers sont généreux, mirabelles en compotes, mirabelles glanées à terre, mirabelles au congélateur, j'en ai tellement mangé sous toutes leurs formes que je les néglige maintenant, trop sucrées, trop c'est trop, j'en ai encore assez pour faire une petite tarte...



La petite tarte : une pâte sablée, des mirabelles, un point c'est tout...

L'ingratitude humaine est insolente, l'année dernière j'allais en chercher deux fois par jour, je n'en avais jamais assez, je n'avais plus d'appétit, mais très vite j'ai fait la fine bouche... Quand la cueillette est trop facile, elle ne suscite plus autant d'envie... Et puis on ne peut pas manger toute la journée...



Les dernières mûres...

Les mûres peu abondantes feront aussi un bon dessert, une belle pâte sablée, un peu de fromage blanc vanillé, un œuf, du citron, un soupçon de sucre, ça sera sacrément bon...



"Mon étang", avec sa trouée bleue, toujours aussi beau, le soir d'orage

De mon jardin et trois coups de pédales sur mon petit vélo, me voilà déjà à l'étang, les roseaux sont plus bas, l'eau moins profonde, il y a du monde à plumes, à poil, à écailles, dans tous les coins : cygnes, canards, hérons, poules d'eau, ragondins, mouettes, carpes... Enfin un endroit qui ne bouge presque pas, j'ai mes jumelles, mon téléphone, ma tablette, un livre, mon appareil photo, je ne me prive de rien et je reste là des heures, Je n'emporte pas ma bouteille d'eau, je n'y pense presque jamais...



Mon petit attirail près de l'étang, je n'avais pas oublié la bouteille d'eau, pour une fois ! Mon téléphone, le livre et l'appareil photo sont dans la sacoche du vélo.


Près de l'étang c'est comme avant, les araignées d'eau font des ronds dans l'eau...

dimanche 30 septembre 2012

L'arrivée dans la campagne indroise !



L'arrosage des terres assoiffées...

Depuis plusieurs mois déjà j'y pense...  Les arbres, le silence, les oiseaux, les fruits, les mûres, la confiture, le doux soleil... Mireille, Jean, Roger, Léon, Irène, Louise, François et les autres...

Au téléphone, elle m'avait dit : il n'y a rien du tout, rien de rien, pas de fruits, noix, noisettes, pommes, rien, le figuier de notre jardin ne donne rien non plus, on a du mal à faire venir les tomates, l'herbe est comme de la paille, les gelées du mois de mai ont surpris tous le monde! À la fin du printemps, toute la campagne qui préparait son grand bouquet final de fleurs chatoyantes a gelé sur place, et puis la chaleur du mois d'août a terminé l'ouvrage, cette année, avec le printemps raté et l'automne avancé, tout fait faux bond ! Pour les belles compotes cueillies aux arbres, inutile d'y penser, il faudra tout acheter chez le marchand... La catastrophe, le garde-manger de la nature sera vide !

Elle doit sûrement exagérer, je vais quand même emporter mes pots pour la confiture de figues, pour les mûres ça peut attendre une année, il m'en reste beaucoup, je vais faire comme d'habitude, ramasser les noix, les noisettes, même s'il y en a moins on verra bien, j'en trouverais bien une belle poignée pour décorer mes salades, un petit panier... Si je fais bien attention...

Tout au long de la route, je voyais bien que les arbres n'étaient pas comme toujours, un peu roussis par là, racornis par ici, les branches dégarnies ne prenaient pas autant de place que l'année passée, les peupliers tout effeuillés se laissaient traverser par le vent et le soleil comme un vieil éventail usé dont il ne reste que les bois.


Le pop-corn

Plus je me rapprochais du but et plus je voyais disparaître les couleurs, l'herbe était bien plus verte ailleurs, le gris dominait la palette : la nature rentrait froissée et déjà rousse dans l'automne, les champs de maïs, de la feuille à l'épi, étaient grillés comme du pop-corn.

À la location, plus de doute, le beau tapis vert pré, tondu de près, épais comme une serviette de bain, frais le matin, chaud aux pieds nus le soir, qui m'accueillait depuis toujours avec fierté, ressemble à une meule de foin répandue avec soin pour cacher la  misère ! Le grand figuier centenaire, planté juste à côté du puits, est couvert de fruits gros comme des billes, il faudra bien deux automnes pour les faire grossir, ce n'est pas encore cette année que je vais en faire de la confiture ! Je m'étais dit : je mettrais des amandes grillées ou des noisettes, ça sera délicieux, je peux tout de suite remballer les cinq malheureux pots vides qui ont fait le voyage pour rien.

Seuls quelques géraniums roses tirent leur épingle du jeu, ils sont bien plus beaux que tous les précédents, le romarin darde ses épines odorantes, quelques fleurs bleues le décorent comme un petit arbre de Noël. Les rosiers grimpants sur les portes, aux fenêtres de toutes les maisons, avaient l'air d'un vieil herbier délavé.


La glycine recouvrait le toit, et la voiture qui dormait juste en dessous

La glycine du portail caresse de ses bras bleus une petite voiture blanche qui dort juste en dessous depuis des jours et des jours, d'ici la fin de ce mois ou de l'autre, les lianes lui auront tissé un beau linceul vert. Le propriétaire, monsieur Jean, est parti en maison de retraite... L'année dernière encore il me disait fièrement : je ne vois jamais le médecin, je me porte très bien, combien de fois l'ai-je félicité pour sa belle santé ?... Mais monsieur Jean, comment faites-vous pour être aussi pimpant ? Je mange du pain et du fromage, du chocolat des fois... À la maison de retraite il a certes grossi, c'est ce qu'on raconte de lui, mais pour le reste... Son vélo, son bâton, les raisins de sa petite vigne qu'il goûtait soir et matin, sa maison ancienne sans aucun confort, le jardin de son voisin qu'il soignait encore pour quelques sous... L'année passée !... Cet hiver, on a retrouvé monsieur Jean écroulé dans la neige devant la maison, sans force, aussi léger qu'un duvet de cygne... Il a été bien soigné, réchauffé, consolé, mieux nourri, puis ils l'ont emmené... Il sera mieux là-bas, tout le monde le dit par ici, moi, je ne sais pas ce qu'il en pense...

Monsieur Jean, vous me manquez beaucoup, quand je passe sur le chemin, sans vous, ça n'est plus pareil du tout. Entre sa maison et la mienne il y a un droit de passage, le soir il venait s'y reposer, assis par terre, à l'ombre, à peine descendu de vélo, qu'il pratiquait encore très bien à quatre-vingt-dix ans. Curieuse, j'ai regardé par la fenêtre de sa petite maison, j'ai vu sa chambre sans aucun décor, un petit lit, pas même une chaise ni une image!... Dans sa cuisine, sur la table, la boîte de sel trônait au milieu de la toile cirée déchirée. J'ai eu un coup de tristesse qui a défiguré mon arrivée...


Le raisin, avec le soleil, sans les mots...

Tous les jours je vais grappiller quelques grains de sa belle vigne d'ornement, je les partage avec les abeilles, cette petite rapine me rappelle monsieur Jean... Son raisin est bon, avec un drôle de petit goût divin, je ne peux pas vous en parler, car je ne trouve pas les mots qui vont avec...


1914... La vieille ferme oubliée

J'avais bien vu en arrivant que tous les volets de sa maison étaient fermés, j'ai tout de suite eu une mauvaise pensée : monsieur Jean est mort ! Le savoir en maison de retraite est peut-être une bonne pensée mais pas du tout une bonne nouvelle. Rien ne compense son départ, avec lui, la vie prenait son temps, elle allait le plus loin possible, monsieur Jean avec son pain et son fromage ferait un beau centenaire... Dans la rue de son enfance il n'y avait que des petites fermes : 1900, 1914, 1912... Sur les frontons s'inscrivent les dates de construction : il ne reste rien de vivant, sauf la pierre, la paille dépasse encore des granges, les portes en planches sont fermées, tout a été laissé en plan depuis longtemps

Il m'avait raconté il y a deux petites années qu'il était né dans cette rue, quelques numéros plus loin, il m'avait dit, pas mécontent du tout, qu'il resterait ici jusqu'au bout, maintenant dans la ruelle, il manque un morceau de son histoire...


Le petit arpent de vigne de monsieur Jean

Monsieur Jean ne faisait aucun bruit, il n'avait ni télé ni radio, il était si fin sur sa bicyclette qu'on se demande comment elle faisait pour avancer sous ses souliers, je l'ai toujours vu avec sa casquette bleue, celle qui reste pendue au pied de son petit lit est blanche... C'est donc le seul mystère d'une vie ?

Portez-vous bien monsieur Jean, faites comme vous pourrez... Je vous envoie toutes mes pensées amicales et cette belle botte, rien que pour vous.


Le paysage  d'à coté... De chez monsieur Jean

jeudi 30 août 2012

J'ai rendez-vous, je vais les retrouver...


Mes amies m'attendent...

Je reviens bientôt, pas trop vite quand même, je vais dans l'Indre revoir tout ce petit monde-là, il paraît qu'il n'y aucune pomme, aucun fruit, aucune mûre... Je vais vérifier sur place...

Profitez des minutes qui passent, le temps lui, ne compte pas, il file à toute allure...

À PLUS TARD, PRENEZ GRAND SOIN DE VOUS...

lundi 27 août 2012

En attendant l'autobus...



 Claude Lévêque, vapeur et néon

Aucune envie de faire le reste du chemin à pied, je vais prendre l'autobus, il va bientôt arriver. Assise sur le banc, je vais attendre patiemment.

Il fait chaud, quel temps !... Fait la dame âgée à côté de moi, et c'est avec une voix toute ordinaire que la jeune femme, la quarantaine tout juste, qui fumait avec application sa cigarette lui répond : oui, il fait chaud, mais vous verrez, dans l'autobus il fait bon. Venez vous asseoir, lui dit la vieille dame, il reste une place (je m'étais aussitôt poussée d'un cran)... Non non, je fume ! Et elle rejeta une belle fumée grise par le nez, par la bouche, elle était blonde, un peu forte, souriante...

Je n'arrive pas à m'en passer, j'ai plusieurs fois essayé, mais je deviens mauvaise, je dis des gros mots, je vous assure, je deviens une teigne, je ne peux pas... La cigarette se consumait tranquillement... Mais c'est de la faute des adultes si je fume ! Vous avez raison, dit la dame aux cheveux blancs, sans savoir vraiment de quoi il retournait : oui, quand j'étais plus jeune et que j'allais dans les boîtes, on nous proposait des cigarettes, plein de cigarettes, c'est comme ça que je me suis mise à fumer, si je n'étais pas allée danser, je n'aurais pas fumé... Maintenant c'est interdit de fumer dans les boîtes, c'est bien...

Vous avez raison, dit la vieille dame, mon mari fumait aussi...

J'ai de la bronchite, ça commence à m'inquiéter... Elle ouvrait ses grands yeux bleus et souriait tout le temps, la main sur sa hanche ou relevant ses cheveux qu'elle envoyait en arrière. Je suis vraiment odieuse quand je m'arrête de fumer, quand j'allais dans les boîtes, tout le monde fumait, c'est dangereux, on rencontre n'importe qui, ils mettent quelque chose dans votre verre et hop ! Vous ne savez plus ce que vous faites..

Ça m'est arrivé à moi, ils avaient mis quelque chose dans mon verre, ils étaient deux, j'ai rien vu, rien senti, je me suis réveillée, j'savais plus où j'étais, ce qui c'était passé... Je prenais la pilule déjà, j'ai pris la pilule du lendemain pour être sûre, on ne sait jamais...


Claude Lévêque, néon et vapeur

Elle racontait le plus naturellement du monde son viol... Vous avez raison, vous n'avez rien eu après ? Non, ils avaient mis des préservatifs, je ne savais plus où j'étais mais j'ai vu ça qu'il y avait des préservatifs à côté... Elle voyait bien que je la regardais et que j'écoutais tout ce qu'elle disait sans rien dire, nous étions là à attendre l'autobus, il faisait chaud...

Quelle triste histoire, dit la vieille dame... Oh ! Mais vous savez, j'ai fait une thérapie et j'ai tout effacé, la thérapie ça efface tout... Elle a fait un grand geste de la main qui efface tout... Mais depuis, j'arrête pas de fumer, j'ai jamais pu m'arrêter...

L'autobus est arrivé, nous sommes montées toutes les trois en ordre dispersé, je repassais dans ma tête chaque mot... Je voyais la jeune femme entamer la conversation avec une autre dame, détendue, souriante, j'étais trop loin pour en saisir le sens... Le beau temps, sans doute !

J'avais été le témoin involontaire d'une histoire lamentable, dite en quelques minutes avec le sourire, dans un nuage de fumée grise...

Claude Lévêque

Claude Lévêque, néon