Les quatre petits attendent au nid...
La béquée...
Moi qui ne connais vraiment rien en hirondelles, cette année j'apprends beaucoup, et je me pose déjà des milliers de questions. Je sais une chose, elles vont partir bientôt vers l'Afrique... Comment vont faire celles-là qui ne sont pas prêtes du tout, les petits sont encore au nid... Sont-ils condamnées ? Le suspense est entier...
Deux...
Chaque jour il y a des progrès, les quatre petits qui avaient toujours le bec ouvert se sont mis à voler, d'abord dedans, en hésitant un peu partout... L'un d'eux est rentré dans ma salle de séjour et ne pouvait plus en sortir, j'ai ouvert tout en grand et il a trouvé facilement le chemin du retour.
Un autre jour, ils sont tous partis faire un tour, quand j'ai lu sur Internet qu'ils pouvaient faire trois cents kilomètres par jour, je me suis dit : ils visitent la région, ce soir ils seront là, j'étais presque rassurée, le fait est que tous les soirs ils étaient rentrés pour manger, les petits avaient grandi mais les parents les nourrissaient toujours en leur faisant du bec à bec...
Plus deux...
J'étais contente, rien ne s'était encore passé sans moi !
Dans la grange tout mon petit monde voletait avec entrain, les petits étaient sur le panier le bec ouvert, vont-ils être prêts pour le grand départ ? Leur présence me confirmait que la transhumance n'était pas loin, et j'avais toutes mes chances pour demain matin... Ou après, il va falloir que je me couche tôt, moi qui suis une couche-tard, je vais devoir bouleverser ma vie pour le départ des hirondelles...
Font quatre petits... Presque prêts pour le départ
De quoi rêver : quelques grammes de graisse pour une distance aussi grande...
Je vais donc m'organiser, manger tôt, regarder un DVD et hop au lit, demain il y a hirondelles...
J'ai fait exactement comme je vous l'ai expliqué : un peu d'information, un DVD et je suis allée me coucher, j'ai mis mon réveil à sonner à sept heure, comme je vous l'ai dit... À six heures et demi j'étais sur le qui vive, le jour n'étais pas tout a fait levé, au loin je voyais les petites maisons enrobées de rose... Le soleil faisait en entrée dans la ruelle...
Sur les fils électriques du carrefour il n'y avait rien, pas un oiseau, pas un volètement, pas un "cui cui", j'avais vu devant la grande porte de la grange mes hirondelles qui m'avaient donné courage, elles sont là donc tout va bien, elles font des dessins dans leur course effrénée, elle tourne autour du pot, c'est sans doute un bon signe, peut-être le bon matin...
Tous les quarts d'heure je suis allée sur le chemin, près de la glycine de monsieur Jean, rien, le ciel était vide, les fils lisses, j'avais tout raté, elles sont parties hier ! Le grand départ c'était donc hier ! Il faudra que j'attende encore un an pour les voir s'envoler comme un gros nuage noir, comme j'aurais aimé vous en parler, les prendre en photo...
Je suis rentrée prendre mon petit-déjeuner, sans entrain, j'avais loupé mon rendez-vous, malgré toutes mes précautions... Je n'ai pas senti l'appel de la nature.
Demain matin je me réveille sans réveil, naturellement...
Il faudrait que je trouve un calendrier spécial qui précise le départ des hirondelles comme celui qui indique le début et la fin du ramadan, c'est net, c'est clair, on reste confiant, on peut continuer à prendre son petit-déjeuner sans se presser... À huit heure j'y suis retournée, on ne sait jamais, un petit retard ça peut arriver, pour faire dix mille kilomètres elles ne sont pas à dix minutes, sur le grand pylône de la rue il y avait une tourterelle blonde qui prenait ses aises, elle roucoulait, seule, toujours seule...
Nous étions dimanche, part-on un dimanche ? On reçoit ses amis, on va faire un tour, un petit tour, on fait des gâteaux, des projets, on ne décide pas de partir pour l'Afrique de si bon matin...
C'est quand le départ ?
Oui, quand ?
Mais en fait, je n'avais pas bien vu, ils sont là tous les six, les parents aussi, ils continuent leurs sarabandes en poussant des "tui tui tui", volent d'un bout à l'autre du jardin, font mille tours et puis reviennent toujours dans le panier qui dodeline...
J'ai donc le temps de bien observer leur petit manège, de réécrire une page d'histoire d'ailes... Une fois que le gros du troupeau est parti, que font les dernières, celles qui ont raté le coche ?
Ne partez pas trop vite... Demain j'aurais des nouvelles fraîches, même ce soir, puisque je suis à côté, de leur côté...
Hélas ! Tous les matins je suis passée, je les ai trouvées sur le panier, voletant dans le grand espace de la grange, quelques sorties dans la journées, peuvent-elles se nourrir ? Vont-elles s'en tirer ?
Ce matin, j'ai encore vu un petit départ groupé, je me suis dit, allez, c'est le moment, sortez de la grange, profitez du dernier train...
Deuxième départ pour l'Afrique
Hélas ! Trois fois hélas ! Les quatre petits sont toujours là, sans leurs parents qui ont pris le deuxième train à tire d'ailes, laissant la couvée derrière eux... Pourtant la voisine m'avait dit : jamais ils ne partiront en laissant leur progéniture.
Tous les matins, jusqu'à mon départ, je suis allée les voir avec l'espoir de ne pas les voir, mais elles tournoyaient dès que j'ouvrais la porte de la grange...
Tous les soirs, devant la porte de la grange, elles venaient toutes les quatre dorer leurs ailes au soleil couchant... Je les ai confiées à la voisine : donnez-leur à manger, veillez sur elles... Oui, ne vous inquiétez de rien...





























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