jeudi 21 avril 2011

Le 104... Rue d'Aubervilliers à Paris.


Entrée par la rue d'Aubervilliers

En passant en voiture devant le 104 (côté rue Curial), j'ai vu trôner dans la cour un très gros manège rouge et carré, ce qui est rare... J'ai eu envie d'aller y voir de plus près... On dit : je vais au 104, comme on dit : je vais à l'Opéra, c'est un lieu, on oublie le nom de la rue... En fait on peut y entrer par la rue Curial ou la rue d'Aubervilliers, c'est tellement grand.

Ouverture non stop !

Mais c'est quoi le 104 ? Je vais vous raconter ce que j'ai vu, ce que j'ai appris : je connaissais ce lieu de nom, et n'y étais jamais venue. J'ai juste suivi les péripéties de sa mise en route, les nombreuses critiques sur la sous-utilisation des lieux et sur la mauvaise direction bicéphale : un gros budget annuel de fonctionnement (12 millions d'euros), peu de public, des activités artistiques qui peinaient à se développer.

Brièvement, ce grand ensemble immobilier (39 000m²) magnifique, situé dans un quartier très populaire, fut construit en 1873 par le Diocèse et servait de Pompes Funèbres. Après la séparation de l'Église et de l’État en 1905, s'est crée le Service Municipal des Pompes Funèbres (SMPF). Ce monopole municipal de la pompe funèbre a pris fin avec la loi Sueur du 8 janvier 1993. Sur le site de la rue d’Aubervilliers, l’activité a décliné progressivement, jusqu’au départ du dernier employé en 1997. Durant les années de pleine activité, 27 000 corbillards partaient chaque année du SMPF, 1 400 personnes y travaillaient, dont une quarantaine de femmes. Sur le site se trouvaient donc des bureaux, des écuries, un service d’état civil, des ateliers, une cantine, un coiffeur, un cireur, des logements pour les employés d’astreinte, des entrepôts pour les mâts et les tentures, etc.

En 2008, ces énormes bâtiments (classés) sont entièrement réhabilités (coût des travaux : 102 millions d'euros), ils deviennent un établissement artistique de la ville de Paris, dédié à la création et la production artistique, d'envergure internationale, il doit favoriser la rencontre de tous les arts avec leurs publics. Mais ce projet ne marche pas bien, le public n'est pas au rendez-vous, le budget est en déficit. Une nouvelle direction est nommée en mars 2010...

La dame qui dort

Le labyrinthe pour les enfants.

Quand je suis passée, en touriste, j'ai eu le sentiment d'un grand vide, il y avait des enfants des centres de loisirs du quartier (?) qui étaient venus faire un tour dans le labyrinthe en carton ondulé, installé par un artiste, Michelangelo Pistoletto... Dans la grande halle une dame dormait dans une chaise longue, le lieu de promenade devenait lieu de sieste, au milieu du bruit... De jeunes acteurs répétaient des textes pour participer au casting d'un film dans les locaux... Ça et là des promeneurs comme moi venaient en curieux faire le tour du propriétaire...


Quelques boutiques comme Emmaüs, une librairie, des restaurants, des cafés, proposent leurs services...

Des ateliers d'artistes sont occupés (?) par des artistes en résidence, ils peuvent aussi être loués...

Deux salles de théâtre sont également proposées à la location... Des spectacles son programmés, surtout de la musique actuelle.

La maison des petits

Une Maison des Petits accueille des jeunes enfants de 0 à 5 ans et leur famille, dans un espace de rencontre et de sensibilisation à la création par le jeu et l'expérimentation. C'est un lieu de parole et d'écoute où des professionnels de la petite enfance sont disponibles pour les enfants et leurs parents... Il y avait quelques petits enfants et leurs parents à l'intérieur.

L'art amateur dans un espace appelé CINQ est destiné aux habitants et aux associations des 18e et 19e arrondissements...

Le grand manège carré


Les petites bêtes...

Les grosses bêtes

Côté Curial il y a un grand manège rouge, superbe, carré, de 300m², composé d'un bestiaire imaginaire de : 3 buffles géants, 4 insectes grimpeurs, 10 insectes sur rail, 3 têtes de poissons et quelques autres facéties poétiques... Le concepteur de ces machines extraordinaires est François Delarozière, c'est lui qui inventa les grosses bêtes, les machines fantastiques, les personnages merveilleux de la Compagnie Royal de Luxe (la Petite géante, les éléphants, les girafes...). Ces machines ont voyagé dans le monde entier, et j'ai eu la grande chance d'en voir quelques unes déambuler dans les rues d'Amiens il y a quelques années, j'en garde un souvenir inoubliable, une émotion forte, une impression de moment rare, si cette Compagnie vient près de chez vous, prenez un jour de congé et restez dans la rue pour voir passer les nouvelles créations...

Il y a sans doute des tas de choses intéressantes qui se passent au 104 et qui restent à découvrir, ma courte visite ne m'a pas permis d'en savoir d'avantage, il faut sûrement de la pratique et de la curiosité pour en pénétrer les mystères...

Si j'ai bien compris, le lieu s'efforce, entre autres, de s'immerger dans le quartier en attirant du public de tous âges sur des activités artistiques...

Le tableau urbain.

À la sortie, encore sous la voûte du 104, je fus saisie par la beauté du paysage urbain qui se dressait devant moi, des tours jaunes et blanches qui faisaient une immense toile de peintre, sur un ciel bleu.

Le mur peint.
Plus loin encore, tout à fait à la sortie côté Curial, à gauche en longeant un peu la rue, au carrefour, il y a un grand mur peint en trompe-l'oeil éblouissant, grand et bien construit... Pour 10 ans au moins...

Allez voir par vous-même, prenez des photos, voyez si l'espace est à la hauteur des ambitions municipales... Bonne promenade !

Le 104 est une belle affaire à suivre...

mercredi 20 avril 2011

Les arbres du printemps... À Paris et ailleurs...

Au cours de mes balades dans le 19e à Paris, j'ai aperçu ce marronnier dans une cour très profonde, rue de Flandre, les maisons roses et blanches bordaient cet immense marronnier tout en fleurs, il y avait un silence complet, seules quelques voitures dormaient sous son ombre.

  A Neuchâtel, coincée entre des bâtiments, cette force de la nature nous offrait ses fleurs blanches devant une sculpture de marbre blanc, grandeur nature (je n'ai malheureusement pas retenu le nom de l'auteur...) Ne dirait-on pas que les marronniers se marient souvent avec le rose, en ville ? A Neuchâtel toujours... Et puis les belles surprises transparentes sont venues par les champs, pas loin de l'Abbaye de Romainmôtier. Celui-ci ne me dit pas tout de suite son nom, pour nous autres de la ville il nous faudrait des étiquettes, s'agit-il d'un noyer ? Je n'en suis pas sûre, ses feuilles ne sont pas encore mises comme il faut. Pour finir, une petite branche de pommier, dont je suis certaine...

mercredi 13 avril 2011

Les lilas de la Cité Véron... Boulevard de Clichy.


Je suis donc passée des pommes de Franck Scurti (post précédent) aux lilas de la Citée Veron, quelques pas plus loin... Il faisait beau, très beau, je me suis aventurée dans ce beau passage que je connais bien, pour y fréquenter le Théâtre Ouvert depuis très longtemps (bien avant qu'il ne fasse salle comble, depuis environ une dizaine d'années)… Cette petite salle, par le nombre de fauteuils, une centaine je pense, m’a réservée beaucoup de belles surprises théâtrales…


Depuis toujours (1976), le Théâtre Ouvert est un lieu d’essais et de création favorisant la découverte de jeunes auteurs contemporains, il est aujourd’hui une Scène Nationale subventionnée par les fonds publics… Et fait partie des endroits branchés de Paris... Son directeur, Lucien Attoun, et sa dame Micheline, sont toujours à la sortie de toutes les pièces pour saluer les spectateurs et prendre contact, un peu comme le fait Ariane Mnouckine qui déchire les billets à l'entrée de son théâtre du Soleil à la Cartoucherie, en vous souhaitant de passer une bonne soirée...

Aller au Théâtre Ouvert reste toujours pour moi une petite partie de campagne, car en m’engageant dans le passage, assez profondément, je laisse petit à petit s'évanouir le bruit du Boulevard de Clichy, le Moulin Rouge et le flot incessant des touristes qui sortent du métro. Les petits jardins mitoyens qui bordent les 80 m de longueur de l’impasse laissent dépasser largement de leurs clôtures les branches de lilas mauves qui embaument dès le printemps...

Ce jour-là, je suis allée jusqu’au bout de l’impasse car j’avais bien vu que le grand portail vert, toujours fermé hermétiquement aux visiteurs, était ouvert à deux battants, il y avait des réparations… Les ouvriers y cassaient la croûte, à la pause déjeuner, sans me prêter aucune attention.

J’ai risqué un œil, puis les deux, et j’ai pénétré dans la propriété privée, admirative… De belles maisons anciennes offraient la beauté de leur décor, j’ai pris des photos, sans me soucier des allées et venues des quelques personnes qui rentraient dans ces beaux manoirs. Et puis de la fenêtre du 1er étage de la splendide maison au superbe portail ajouré, un homme m’a demandé : on peut vous aider madame ? Non, monsieur, je prends juste des photos... Ah bon ! Vous savez que c’est un lieu privé ici ? Oui monsieur, mais quelques photos ne vont pas déranger… J’ai fait clic et clac et je suis partie… Sans me presser.

En rentrant chez moi, j'ai voulu en savoir encore plus sur cet endroit et j'ai découvert grâce à Internet que Jacques Prévert s'y était installé dans les années 1950, et que Boris Vian était son voisin du dessus...

Depuis que je viens dans ce passage pour aller au théâtre, j'avais tenté de percer le mystère du portail vert... Il faut être patiente, voyez comme je suis récompensée, je vous le laisse découvrir presque en même temps que moi…

lundi 11 avril 2011

Charles Fourier et la grosse pomme de Franck Scurti... Boulevard de Clichy



Des hommages à rebondissements...

Le philosophe Français Charles Fourier (1772-1837), nous rappelle Wikipédia, est le « fondateur de l’École-sociétaire, considérée par Karl Marx et Friedrich Engels comme une figure du "socialisme critico-utopique", dont un autre représentant fut Robert Owen. Plusieurs communautés utopiques, indirectement inspirées de ses écrits, ont été créées depuis les années 1930. »

La pensée de Fourier ... Les quatre pommes :

Réside d'abord dans une critique acerbe de la société industrielle, qu'il qualifie d'anarchie industrielle, puis de celle de la société commerçante : à Marseille, Charles Fourier avait été obligé par son patron de jeter des sacs de riz à la mer afin d'en maintenir le prix.

Un soir, Fourier voit dans un grand restaurant parisien un client (pour la légende : Brillat-Savarin, le célèbre gastronome), payer une pomme 14 sous, alors que le matin-même à Rouen, ville qu'il vient de quitter, il venait d'en acheter une pour le centième de cette somme ! Pour Fourier, une telle distorsion dans les prix est totalement injustifiée, et condamne toute société fondée sur l'échange tarifé et la concurrence.

Cette remarque lui inspire une théorie sur le progrès de l'humanité, jalonnée par quatre pommes fameuses :

Celle qu'Ève offrit à Adam,

Celle que Pâris offrit à Aphrodite,

Celle que Newton prit sur la tête en dormant,

Et la sienne (pomme de Fourier), qui lui révèle la malfaisance des intermédiaires, la féodalité mercantile, l'ampleur de l'imposture commerciale, et le principe de l'attraction des passions humaines que lient les messages de la pomme !

65 ans après sa mort (1899), pour lui rendre hommage, une statue de bronze est érigée sur un socle de pierre au 122, Boulevard de Clichy, à Paris.

42 ans plus tard (1941), les nazis « décrètent la fonte des statues parisiennes qui ne présentent pas d’intérêt artistique ou historique ». La qualité artistique ou historique des statues en bronze est à la discrétion du Gouvernement, qui en profite sans doute pour faire disparaître des grands hommes qui ne partagent pas les valeurs du Maréchal.

28 ans plus tard (1969), un petit groupe situationniste pose sur le socle vide une réplique de la statue en plâtre, couleur bronze. Une plaque indique: «En hommage à Charles Fourier, les barricadiers de la rue Gay-Lussac». L'utopiste de plâtre fut enlevé quelques jours après sur ordre de la préfecture.

38 ans plus tard (2007), une cabine vide est installée sur le socle par le Collectif aéroporté, qui souligne l’absence de la statue de Charles Fourier.

Enfin en 2007, la ville de Paris lance un concours pour une commande publique, afin de remplacer l'utopiste Charles Fourier. L’artiste contemporain, Frank Scurti pose une pomme sur le socle vide.


Le choix de l’artiste : une pomme, les quatre couleurs primaires et complémentaires.

Franck Scurti s’est largement inspiré de la théorie de Fourier pour lui rendre hommage, en inscrivant une pomme comme principe d’organisation et de planification du monde, et quatre côtés colorés. Voilà ce que cet artiste dit de son œuvre : « Ma proposition pour la conception d'un hommage à Charles Fourier associe l'image de la pomme comme catalyseur du principe d'attraction universelle, à celle du planisphère comme principe d'organisation et de planification du monde. Le projet se développe à partir du socle original de la statue d'Emile Derré et se fonde sur l'opposition du cube et de la sphère, de la transparence et du reflet, l’ensemble étant structuré par la relation harmonique entre les trois couleurs primaires et leurs complémentaires. J'ai décidé de situer idéalement mon hommage à Charles Fourier au centre du terre-plein proposé. Le positionnement central de I'oeuvre sur le terre-plein est important, car symbolique en rapport à son sens propre (l'harmonie universelle), mais aussi à son inscription dans le quartier. En effet, "La quatrième Pomme", placée au début de la séquence paysagère du Boulevard de Clichy, qui mène à la place Pigalle et à ses commerces érotiques pourrait devenir une sorte d'emblème, un totem pour le quartier et les populations. La dimension totémique recouvre et joue à la fois comme facteur de reconnaissance d'un lieu et de lien entre l'individu et la collectivité. »

Le 10 janvier 2011 est inauguré le nouvel hommage à Charles Fourier.

Bon, maintenant que j’ai remis nos pendules à l’heure, vous en savez assez pour contempler mes photos, et peut-être prendre du plaisir à flâner du côté du Moulin Rouge qui se trouve à deux pas… En prenant mes photos, j’ai remarqué que les touristes et passants ne s’intéressaient absolument pas à ce bel ouvrage… Pourtant digne d’un beau souvenir de Paris… Et d’une histoire incroyable d’hommages...

Rendez-vous dans 40 ans…

vendredi 8 avril 2011

Pêle-mêle... Mes toiles...


Mes films inutiles…Voilà comment j’appelle les films que j’ai vus, en me laissant guider par les bonnes critiques de presse et mes envies personnelles… Et que je n’ai pas aimés du tout, ou vus du bout des yeux, sans émotion, sans surprise, sans suite… Aussitôt oubliés.

Pendant la projection de ces films, je me demande souvent, mais qu’est-ce que je fais là, ça ne sert à rien, je m’ennuie un peu, je perds mon temps, mais pourquoi donc la critique était-elle si bonne, si unanime ? Pourquoi me suis-je embarquée ici ? Pourquoi l’ai-je choisi ? Le mystère reste entier. Quelques fois même je ne comprends rien, rien de rien, tenez pour le film avec Deneuve, Les yeux de sa mère de T. Klifa, je n’ai même pas compris le rôle de l’écrivain, je me suis laissée emmener sans grand intérêt dans cette histoire qui ne sert à rien, avec de très bons acteurs. Je ne néglige pas non plus les films inutiles avec bons acteurs... Pour le plaisir... Pour l'hommage.

A la sortie de la séance, j’essayais de capter des conversations qui auraient pu me guider pour comprendre la fin… Deux dames s’interrogeaient : vous avez compris, vous ? Je me disais : ça y est je vais savoir... Pas du tout ! Ni l’une ni l’autre n’avais compris le fin mot de l’histoire… Arrivée à la maison, je me suis précipitée sur Télérama, bien sûr… Rien, pas un mot du mystère, je fonce sur Internet, je me débrouille pour aller voir des critiques qui en disaient plus long sur le pot aux roses, tiens, sur un blog qui est plus bavard… Ouf ! Je comprends, ce qui n’ajoute rien à l’intérêt du film, mais ça me tranquillise pour de bon, comme si vous lisiez le petit chaperon rouge sans en connaître la fin, impossible...

Aujourd’hui, rebelote, je vais voir Essential Killing de Jerzy Skolimowski (Polonais) dont j’ai même du mal à comprendrer le titre, je vous dis que je ne parle pas du tout anglais, presque une infirmité… Toute la critique est élogieuse, Télérama titre : l’Evénement ! C’est peu dire, alors-là, pas d’hésitation, même les Cahiers du cinéma en disent du bien, c’est du lourd : magnifique, formidableJe saute dans le premier métro venu…

Trop contente d’avoir trouvé un bon film, je jubile… J’avais lu quelques bribes du sujet, les trois lignes de conclusion, parfait, c’est pour moi.

J’ai suivi péniblement la survie d’un homme traqué, qui déjoue tous les pièges pour rester en vie, il retourne à la nature, ça fait envie, non ? Et bien moi, je n’ai pas aimé, il est très vite passé dans ma catégorie Inutiles… En sortant, j’ai voulu vérifier deux trois bricoles restées dans l’ombre, j’ai vite lu l’affichage à l’entrée du cinéma qui donne des précisions, ouf ! J’ai relu avec attention l’article de Télérama, rien à faire, je n'ai rien senti, je suis restée de marbre, comment c’est possible ça, un Evènement ! Pas pour moi...

Voyez, je ne vous cache rien, je me mets à nue, on ne dit ça qu’à ses meilleurs amis, qu’on n’a pas aimé, qu’on n’a rien compris, je peux même passer pour une simplette… Mais très sincèrement je m’en moque… Vivement que j’aille voir le Pina de Wim Wenders, j’ai hâte, j’ai hâte, de voir un film de survie… J’avais adoré Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch (dont j’ai parlé le 18/11/2010)

Nous, Princesses de Clèves de R. Sauder, documentaire français, très très intéressant, des jeunes d’une ZEP parlent de l’amour, de leur vie, de leur rêves, de leurs désillusions, en miroir avec le livre de Madame de La Fayette : La Princesse de Clèves, travaillé en classe, l’année du bac. La fiction dépasse la réalité ? Malgré des témoignages émouvants, trop de voix off qui cassent l'effet du réel et retirent l'émotion du pris sur le vif, je n’ai pas retrouvé le souffle de la fiction de L’Esquive de Kéchiche avec… Marivaux en classe et dans la vie, pour des ados de la cité…

En sortant du cinéma je suis allée immédiatement à la Fnac acheter le livre La Princesse de Clèves dans une collection à 2 euros, je ne l’avais jamais lu… Passionnant, un peu précieux, mais je ne le lâche pas… Tous les entrelacs de la passion amoureuse, si finement décrits, vous ligotent dès les premières lignes, l'hypocrisie, le mensonge, la jalousie, la bienséance et les entrechats des manières de cour du 17e siècle nous en apprennent beaucoup sur les conduites humaines de l'époque. Aujourd'hui, les même traits sont encore à l'oeuvre dans d'autres cours...

Je vais bientôt visiter l’expo : Tous cannibales à la Maison Rouge… je vous en parle...

Des Dieux et des hommes... Suite.

Le Vagabond de A Silvan (Israël)



Un premier film (Quinzaine des réalisateurs 2010 à Cannes) dense, sombre, presque sans dialogues, des plans magnifiques dont chacun est indispensable (aussi) pour comprendre...

Pas simple ! Isaac, fils unique, vit durement auprès de ses parents, juifs orthodoxes. Il souffre dans son corps, dans sa tête, des mystères planent au dessus de la tête de son père, pourquoi est-il fils unique ? Pourquoi a-t-il des chances (?) d'être stérile ? Pourquoi son corps d'adolescent réclame-t-il autre chose que les frustrations sexuelles ?... L'austérité est partout, la vie de tous les jours, l'alimentation (en période de jeûne) minimaliste, quelques douzaines d'oeufs dans le réfrigérateur pour tous les repas... L'adolescent n'a pas de quoi rire, pas de plaisir, aucune distraction... Dieu n'est pas facile à aimer à ce prix.

Nous suivons Isaac dans sa quête, dans ses errances, dans ses doutes, dans ses mauvaises actions, nous n'en saurons jamais plus que lui, aucune réponse ni pour lui ni pour nous, jusqu’à la fin du film...

Je ne suis pas sûre d'avoir bien compris le crime de la fin : viol ou crime
de sang ? J'attends de vos nouvelles pour le savoir...

Le premier et le dernier plan du film sont les mêmes, seul le costume du héros est différent... Il a traversé tant de doutes... Pas de réponse à ses questions...

Le milieux orthodoxe juif a déjà fait l'objet de films magnifiques, sans tabous : Kadosh d'Amos Gitai, Tu n'aimeras point de Haim Tabackman, La petite Jérusalem de Karin Albou... et bien d'autres, je ne les ai pas tous vus, mais j'en avais le projet...

Je me souviens particulièrement de Kadosh, qui m'avait totalement éblouie par sa beauté et son humanité, sa violence aussi.

Pour le Vagabond, j'ai vu seulement un spectateur partir avant la fin... Je vous le recommande, si vous ne connaissez rien à cet univers, rude, névrotique, et terriblement angoissant, un beau film qui réfléchit avec vous.

samedi 2 avril 2011

Venise, me revoilà !


J’espère que tout ce passe bien chez toi ? J’ai appris qu’il y avait de grands changements dans tes rues, sur tes places, dans tes boutiques…

Paraît qu’ils vendent ta poste ? Veulent supprimer ton beau marché de Rialto ? La grande librairie près de Saint Marc a été vendue aussi ? Est-il vrai que tes petits commerces de proximité ont été remplacés par des masques et des perles de Chine ? Les panneaux de « réclames » énormes, place Saint Marc sont toujours là ? Ta voisine loue-t-elle maintenant son appartement aux touristes ? On dit que François Pinault va fermer son lieu d’exposition à la Dogana, pas assez de monde, déficit ? Macdonald a-t-il ouvert de nouveaux restos ? Le pont des soupirs est-il toujours emballé à la Christo, dans des bâches publicitaires multicolores ? Il y a du neuf chez toi, demain on rase gratis…


J’ai vraiment du mal à croire tout ça, j’ai hâte de venir vérifier sur place tout ce que tu me racontes.

As-tu bien vérifié toutes ces nouvelles ? Je suis sûre qu’il s’agit de rumeurs n’ayant rien à voir avec la réalité, celle que je connais depuis presque toujours…

Rassure-moi, tu fais toujours 22 millions de touristes cette année ?

Mais dis-moi, il y a bien la biennale d’art contemporain cette année, j’aime tellement m’y promener ? Moi je trouve que l’art contemporain te va très bien au teint.

Pour le vaporetto, ça roule toujours ? Ils ont augmenté les tarifs ? Mon frère m’a dit qu’il y avait toujours de la place pour s’asseoir, que ça ne se bousculait pas, bien sûr c’était au printemps, moi qui y vais toujours en juillet, j’ai jamais vécu ça, il faudrait que je change de mois…

Tu vois, je prépare mon voyage dans l’enthousiasme, je ne sais pas du tout quels livres je vais emporter, il y a tellement de nouveautés chaque année, pour renouveler le stock d’histoires secrètes, de lieux insolites, inconnus… Entre nous, devenus secrets de polichinelle…


J’emporte mon appareil photo, un plus petit que celui que j’avais l’an passé, avec un zoom extraordinaire tout à fait bien pour moi, car tu sais bien que depuis le temps que je viens chez toi, j’ai besoin d’aller dans les coins, je rêve de faire une photo que personne n’aurait faite… Pas possible ? Je vais essayer quand même, me laisser aller, tout simplement, je vais ouvrir l’œil…

Encore un mot, il fera beau ? Pas trop chaud ? Je mets mes robes légères et mon chapeau de paille… Ah ! Je n’oublie pas mes éventails. Je ne me suis pas encore décidée pour le sac que je vais emporter : à mettre à l’épaule, sur le dos, au bras, en toile, en cuir, en paille, en plastique ?

Tiens, pendant mon séjour, j’ai bien envie de te faire quelques infidélités, aller revoir Padoue, Vicence, Trévise, il y a beaucoup de changements ? J’adore ces villes, leurs églises somptueuses, leur patrimoine historique extraordinaire… La beauté est à tous les coins de rues, ça sent aussi la vanille, le café, et un peu les pots d’échappement…

Si j’ai le temps, j’irais bien faire un tour dans les montagnes, les Dolomites sont tellement belles en cette saison d’été… Je vais bien peiner un peu pour gravir ses versants, je ne prendrai que ses pentes douces… Le silence, les torrents, l’herbe verte, les hauts sommets, les fleurs, avec un peu de chance quelques vaches, c’est tentant…

Ah ! J’allais oublier, ton glacier si bon, sur le Campo Barnaba est-il toujours ouvert ? Pendant que j’y pense, tu as entendu parler de la Mostra del cinema au Lido, menacée, paraît qu’il y a des restrictions budgétaires drastiques, tu sais quelque chose là-dessus ?

Bon, cette année je me refais tous les musés, je prends mon pass Chorus, je retourne à Torcello, j’irais en fin de soirée pour éviter le monde. Tu sais, comme d’habitude, pour visiter ta Basilique j’assiste à la messe, je suis assise confortablement pendant une bonne heure et je peux distinguer la polychromie des marbres le scintillement des mosaïques, la beauté des sculptures, je suis sûre que personne ne m’en voudra d’admirer au lieu de prier…

Et puis tu sais, quand il fera trop chaud, je prendrais le large vers les îles, où le vent brise la chaleur, les arbres me consoleront de la ville agitée et mercantile…

J’ai hâte de venir te voir, j’ai préparé des itinéraires, je sens déjà l’odeur des matins près du pâtissier et du petit noir de comptoir, j’espère qu’il aura beaucoup de fleurs aux fenêtres qui feront comme des cascades de couleurs… Beaucoup de couleurs, j’en ai tellement besoin.

Mais dis-moi Venise, comment fais-tu, pour rester si jeune ? Bien sûr


quelques petites rides par-ci par-là, mais tu plais à tout le monde, tous te font la cour, les jeunes, les vieux, les filles et les garçons, ils sont de plus en plus nombreux, je suis jalouse, je voudrais bien t’avoir pour moi toute seule, chaque année je me demande si je vais venir t’embrasser, à force de voir tes passionnés qui sortent de partout, ça me fait peur…

Venise, à bientôt, prend bien soin de toi, fais attention aux nuages radioactifs, tu as tellement d’amoureux, il ne faut pas les décevoir…

J'arrive par le train de nuit, le 221 tu sais bien...

Viendras-tu me chercher à la gare ?