
Mon voisin d’en bas, dans la cité pavillonnaire, s’est fabriqué un très joli jardin. Il a mis des fleurs partout, surtout des roses et des tas d’autres très colorées, ça lui a pris des mois et des mois d’arrangement, de calculs, de réflexion.
Son jardin est grand comme une salle de bain.

Il a fait tout carreler du sol au plafond, avec des belles briques rouges, il a fait creuser des bacs où il a mis de la terre, et dans la terre, je crois bien qu’il a mis des pots…En fait je ne comprends pas bien comment ça marche, il faudrait que je me fasse inviter, pour la visite commentée.
J’ai vu monter brique par brique, par des carreleurs qu’il avait embauchés, les murets, la terrasse, les petites marches qui donnent dans le jardin… Tout est briqué !
Son jardin est très petit, et sa terrasse tient autant de place que son jardin, il a mis des fleurs partout, l’été, on ne voit presque plus les briques. Il a mis un grand parasol vert avec du beau mobilier de jardin, moi qui suis de très haut, ma vue est presque plus belle que la sienne, avec de la hauteur, l’effet est superbe.

En général dans ma ville, ce sont plutôt les dames qui achètent, qui arrosent, qui soignent les fleurs, qui font prendre le lierre, faire pousser des boutures ça y va, on va voir ce que ça donne, il faut avoir de l’audace pour la grande aventure de la nature.
Je n’ai pas vu beaucoup de messieurs, autrement que sous leur voiture, ou dessus, à frotter, mais un arrosoir à la main, c’est plutôt le genre féminin qui domine ici.

Donc, mon voisin n’est pas ordinaire, jamais je n’ai aperçu sa compagne faire boire la terre, mais en fait je suppose que l’arrosage est automatique, car je ne l’ai jamais vu non plus donner de l’eau à ses belles fleurs.
Quelquefois je le vois sur sa terrasse, regardant son horizon, comme dans une pampa imaginaire, il fume une cigarette, debout, il contemple son Paradis, ça doit lui donner du bonheur.
Depuis peu, il a fait installer un petit arc de triomphe entre la terrasse et le jardin, rempli de rosiers grimpants.
Les hommes qui arrosent les plantes, qui bêchent et s’occupent des fleurs, dans ma ville, c’est principalement le personnel des espaces verts, c’est vrai, on ne voit que très peu de femmes dans ce secteur, pourtant porteur.
Mais revenons à mon voisin, parce qu’il fait du bien à tout le monde, il nous met un peu de beauté, juste devant les tours voisines. Les soirs des fêtes qu’il donne, très tranquilles, il fait scintiller des tas de petites lumières, éparpillées dans son espace vert, jaune, bleu et rouge, c’est très joli.

A la nuit on dirait des petites lucioles…J’ai pris des photos, et même de très haut, ça ne rend pas pareil que celles de Yan Arthus-Bertrand. Je n’ai pas l’impression de découvrir un continent, mais un mouchoir de poche rempli de pétales de roses, ça oui.
Quand je passe dans sa rue, une petite rue de campagne, bien calme, j’ai le plaisir de voir les lilas, les roses, les glycines, les iris, les giroflées, chacun en sa saison, s’agripper à la grille de son petit jardin, ramper sur les murs de sa maison, pousser partout dans son allée. Il ne rentre jamais sa voiture, ça pourrait prendre la place des géraniums, des clématites, des fleurs sauvages…
Il a bien raison, mon voisin. Ce jardinier de ma rue, ce n’est pas la main verte qu’il a, le lierre et la lavande lui poussent sur tout le corps, il l’a bien mérité, heureusement qu’il est là, il veille à son bonheur en même temps qu'au nôtre.

Merci mon voisin !
