
Comme tout le monde, maman m’a toujours dit de dire bonjour à la dame ou au monsieur, quand je les croisais.
Moi je trouvais la chose très pénible, ça sert à quoi cette petite formule ? On se connaît à peine, on est rien l’un pour l’autre, simplement deux personnes, une grande et une petite qui vivent sous le soleil, sur la même Terre, sur le même palier.
Mais, j’ai fait tout mon possible pour obéir à ma mère, pendant des années j’ai dit bonjour à la dame (ou au monsieur). Je me forçais, je me tortillais, ce n’est pas que j’étais impolie, en fait, j’étais timide, je n’osais pas dire ces mot-là.
Il est vrai que quand on est petit, ce sont des mots qui ne comptent pas, embarrassants, on est trop occupé avec soi-même, on n'a pas le temps découter les autres, c'est dur d'être poli , ça prend de son temps c’est du blabla…
Mais j’ai mangé mon pain blanc (avec du chocolat) j’ai grandi, je me suis occupée un peu plus des autres, même un poil envahissante avec mes : bonjour messieur-dames, partout, tout le temps, dans la rue, dans l’ascenseur, dans les magasins, au marché, à l’étranger... J’attends même de voir comment ça sera au Paradis…
Maintenant que suis archi grande, je dis bonjour à tout bout de champ « bonjour madame » c’est du lien, du porte-bonheur, c’est du chaud, rien à voir avec du poli, c’est bien plus important, ça permet de partir plus loin, de toucher son voisin en y mettant du sien.
Vraiment, je vous assure, « bonjour madame (ou monsieur) » Je ne peux plus m’en passer. L’autre jour, comme je passais dans la cité pavillonnaire de ma ville, je me retrouvais à la campagne, entre les petits pavillons d’avant guerre, des glycines, des roses partout (L’hiver les feux de cheminée qui sentent si bon) Un monsieur que je croisais avec sa baguette de pain à la main, donc un riverain, n’y a pas échappé, j’ai lâché mon petit bout de laine : Bonjour Monsieur. Quelquefois la pelote de laine se dévide tout de suite après le bout de laine, c’est solide, ça tient, on va plus loin, on tricote par-ci et par-là, jusqu’au cœur de chacun…
C’est rare, certes, mais quand ça arrive, je ne bouge plus, les yeux dans les yeux, le cœur sur la main, je plante mes pieds solidement au sol, à nous deux mon ami(e), c’est comment pour vous la vie, si on s’en disait deux mots ?
Avec mon petit bout de laine, j’ai vécu des moments de grâce, on rit, on pleure (en dedans) on prend le temps qu’il faut pour les banalités, et souvent la pelote dévale la pente ou remonte le moral, ça dépend du moment, de l'endroit, du ciel, de la pluie, c'est très mystérieux...
Finalement, il en a fallu du temps pour que je passe dans la cour des grandes, et que je comprenne que dire bonjour à la dame (ou au monsieur), ça n’était pas du blabla. Maintenant je fais le coup aux enfants, je tire la première, des balles à blanc, avec douceur : Bonjour les enfants, ça va ? Vous avez vu comme il fait beau ? Ça marche très bien !