Un documentaire de 1h12 sur le couple Genesis et Lady Jaye des années 2000, en fait le film de Marie Losier s'est fait sur une idée de Lady Jaye : elle voulait qu'on se souvienne de leur très belle histoire d'amour.
J'ai donc appris en voyant le film que Genesis Breyer P-Orridge (l'époux) était un artiste majeur des années 70 à New-York et le père de la musique industrielle (musique électronique très dissonante et expérimentale), son épouse était beaucoup plus jeune que lui et très jolie : "elle était d'une beauté frappante, c'était la seule chose que nous n'avions pas en commun".
Ils se sont rencontrés, aimés, adorés, nous apprenons tout dans le film de leur volonté de fusionner, de ne faire qu'une seule personne, de se dévorer, de se ressembler. pour cela ils ont eu recours à la chirurgie esthétique, ils voulaient se fondre dans le même corps.
Genesis Breyer s'est fait poser des implants mammaires, corrigé un peu sa bouche, ils ont rectifié leurs nez, pour être plus proches, pandrogyne (deux parties d'un nouvel être). Ils pouvaient porter les mêmes vêtements, elle avait commencé par le féminiser, même pointure, même taille, ils se sentaient bien dans leurs peaux. Lady Jaye a voulu qu'il reste une trace de ce qui leur arrivait dans cet amour fulgurant, dévorant.
Le film passe à 40000 images secondes, si bien que il faut toujours avoir les yeux dans tous les coins, et la cervelle en ébullition, c'est dur ! (pour moi)... Car je ne connaissais rien à cette musique, rien à ces personnages, tout est à découvrir en 1h12...
Le film ressemble à une partition musicale, les images remplacent les notes, ça va vite, ça hurle, ça surprend, il m'a laissée loin derrière lui... Car pendant que je réfléchissais, les images défilaient, de plus la caméra sur l'épaule faisait que ça bougeait, sautait, dansait, et moi je faisais du sur-place.
Je sentais bien que ces deux personnages étaient passionnants, fous, en dehors des normes, très attachants.
Je ne connaissais rien à rien de ce qui m'était montré, il fallait tout rentrer en même temps dans mon cerveau, j'ai eu du mal...
J'ai été bouleversée par cette volonté de transformation par amour, tout le monde le pense, le souhaite, mais personne ne le fait (heureusement...) d'une façon aussi radicale.
Lady Jaye est morte très jeune, d'un brusque arrêt cardiaque des suite d'un cancer à l'estomac, ce film est un trésor pour son compagnon, une oeuvre d'art à part entière de Marie Losier qui ne s'est pas contentée de filmer d'une façon linéaire la vie et l'oeuvre de ce couple original. Elle y a rendu possible "le miroir au delà du miroir, le tournage du tournage de ce que nous étions en train de vivre", elle a fabriqué un documentaire passionnant et émouvant.
S'il passe par chez vous, laissez-vous tenter par cette pépite étonnante. Bon film.