
Certaines rues de Barcelone ressemblent à certaines rues de Paris.
J'ai tout de suite vu que ce film dégoulinait dans mes rues de Paris, les rues pauvres, les plus exposées au trafic de tout ! Je reconnaissais tout ce que je vois ici, pas très loin.
Le film raconte l'histoire d'un homme au bout d'une histoire d'amour, au bout d'une histoire de vie, il trafique pour élever ses enfants, subvenir aux besoins de sa famille. La pauvreté est à l'oeuvre à Barcelone comme à Paris... Moi aussi je la vois, la pauvreté, dans certaines rues de Paris... Je ne peux pas faire autrement, elle est sous mon nez.
J'ai beaucoup pleuré pendant le film, j'ai beaucoup de peine et de révolte aussi dans certaines rues de Paris.
La première fois que j'ai vu des centaines de personnes vendre des chiffons, des objets, des riens du tout sur le trottoir à la porte de Bagnolet, juste au dessus de l'échangeur, je me suis dit, comment c'est possible tout ça ? Où ça va aller ? J'ai vu les courses contre la montre entre la police et les pauvres... Qui détalent en laissant toute leur fortune par terre.
La première fois que j'ai vu des dizaines et des dizaines de personnes vendre des fringues, des objets trouvés, des rebuts de poubelles, en pleine journée au métro Belleville, en pleine rue, je me suis dit, comment c'est possible tout ça ? Où ça va aller ?
J'avais vu la même chose à Venise, des contrefaçons vendues à la sauvette, pareil que sur la Butte Montmartre...
J'ai vu aussi les campements de fortune en haut des buttes, sur les côtés du périphérique, je les ai bien vus ceux-là, sans cesse détruits, sans cesse reconstruits... Heureusement que la voiture roule vite, j'ai presque pas le temps de les voir, ça fait du baume au coeur...
Biens sûr si j'habitais ailleurs, un peu plus loin, je ne verrais rien...
Dans le film Biutiful, je retrouvais avec émotion toutes ces misères, toutes ces difficultés à vivre, pour ceux qui viennent du sud, mais pas seulement les gens du sud... Comment ça va finir tout ça ?
Les marchands de sommeil, dans le film, on voit comment ça s'organise, mais je sais que pas loin de chez moi, c'est possible aussi... Je l'ai appris il n'y a pas longtemps.
Quelle impression j'ai eue un jour de voir rappliquer du haut de la rue des pauvres, poussant leurs caddies, remplis, blindés, un magasin entier de petits riens, sur roulettes... Ils allaient vendre à la sauvette...
Dans le film Biutiful, j'ai retrouvé ces images parisiennes désespérantes, désespérantes aussi à Barcelone...
Ce film est beau, émouvant, grave, désespérant certes, mais quelle belle humanité...
Vous avez peut-être vu ça aussi par chez vous ?... Si vous vous sentez le courage, allez voir le film... Vous me direz.
