samedi 30 août 2014

Venise au mois de juillet 2014... L'arrivée... (1)


Veduta

Cette année, c'est par avion que je suis arrivée... : quelle affaire, me direz vous ! Un grand changement pour moi qui venais à Venise depuis plus de dix ans par le train de nuit. J'avais suivi depuis toutes ces années les tractations entre les compagnies française et italienne qui voulaient se débarrasser de ce service de nuit, déficitaire paraît-il... Et puis un jour c'est arrivé, on brade, on liquide, on vend à une compagnie privée, du vieux matériel (années 70) pour faire le boulot...

Pas satisfaite du tout des premiers transports privés, dans du matériel vétuste, sale, peu engageant, et sur les bons conseils de mes enfants : mais maman, tu devrais prendre l'avion, c'est moins cher, plus rapide et pas du tout compliqué, tu devrais vraiment essayer !...

Branle-bas de combat, je change tout, cette année c'est décidé, je prends l'avion...

Ne t'inquiète pas, je serai à l'aéroport de Marco Polo pour t'accueillir... Comme un coq en pâte, me voilà donc sur le tarmac, toute contente d'être attendue par un de mes fils qui séjournait à Venise la première semaine de juillet...


Veduta

C'est comme ça que j'ai pris l'air pour arriver à Venise, moi qui soutenais depuis le début : c'est quand même plus sympa de prendre le train, papoter avec son voisin, dormir dans un vrai lit, arriver avec le soleil sur la lagune, repérer au loin les premiers campaniles, voir les mouettes voler, prendre un petit noir au comptoir en arrivant à la gare, et se dire comme tous les ans, en voyant les voyageurs prendre d'assaut les vaporetti : tiens, il y a encore beaucoup de monde sur Venise cette année...

J'étais bien décidée à ne pas rouspéter, Venise est la deuxième destination mondiale du tourisme (la première étant Paris), forcément je n'y serai pas seule... Nous sommes plus de 20 millions de personnes par an à vouloir circuler dans la Sérénissime, il faut bien nous mettre quelques part, dans les hôtels d'ici et de Mestre bien sûr, dans les appartements à louer sur Venise qui deviennent de bonnes sources de revenus pour les propriétaires qui émigrent sur la terre ferme, sans compter les énormes bateaux qui continuent de passer par Venise et qui déversent des milliers de touristes à la journée, inutile de vous dire que les places sont chères pour tout le monde...

Aussi est-ce toujours un étonnement pour moi de me retrouver seule à fouiner dans des petites rues désertes ici ou là, sur des sentiers moins battus que la place Saint-Marc et le pont du Rialto...


Veduta

Enfin bref, vous l'aurez compris, visiter Venise de nos jours demande une petite préparation psychologique : si vous cherchez la solitude, il faudra vraiment chercher ! Si vous êtes un fin connaisseur, vous finirez par trouver les petits coins dont vous rêvez, ils existent encore, mais depuis que je vois :  les jeunes (surtout) avec leurs GPS trouver instantanément ce que vous avez mis des années à découvrir, les nouveaux guides touristiques (que vous avez immédiatement envie d'acheter) qui sortent chaque année avec des promesses de nouveaux secrets, de nouvelles escapades insolites, de nouvelles révélations historiques ou gastronomiques, les blogs magnifiques des amoureux de Venise, tellement nombreux que je ne peux tous les citer, mais que je vais visiter, toujours avec plaisir et curiosité, on ne sait jamais, je vais peut-être trouver une petite adresse inconnue... Je me dis que bientôt il y aura du monde partout. Loin du centre historique, pour goûter l'air marin, la solitude, il faudra vous perdre dans les îles, dans des terres lointaines où il n'y a rien à vendre, rien à acheter... C'est surtout là que le monde ne va pas... Encore...

Mais quand vous mettez le pied, même un seul, sur le bord du Grand Canal, vous ne regrettez rien, vous jetez toutes vos bonnes résolutions à l'eau, comment est-ce possible de ne pas venir, revenir ici, c'est tellement beau, incroyablement beau ! Plus vos visites sont nombreuses et plus vous développez des rejets, mais les forces attractives qui vous assaillent dès votre arrivée restent les plus fortes. C'est comme ça, vous devenez un envoûté de la lagune...


Veduta

C'est terminé, cette année encore, et peut-être bien l'année prochaine, à cause de la Biennale d'art contemporain que je ne veux pas rater, mais après terminé, rideau, j'arrête ! J'en ai assez de piétiner entre les perles et les masques de Chine, la mondialisation du commerce fait que vous voyez dans les vitrines des magasins, de plus en plus nombreux chaque année, des sacs de cuir de toutes les couleurs, les mêmes couleurs, les mêmes prix, d'un bout à l'autre de la ville, on peut dire sans trop se tromper qu'à Venise on vend un sac en cuir pour le prix d'un sac en plastique, l'uniformisation est à l'œuvre, pour l'originalité vous repasserez. Voyez un peu cette foule, place Saint-Marc, il faudrait louer une chambre d'hôtel au palais des Doges pour arriver à faire une photo d'ensemble sans un touriste en vue, voir le soleil se lever sur les marbres roses et blancs, sur les dorures et les couleurs de la basilique... Tout en haut, les épines du palais vous donnent le vertige, comment est-ce possible, de contempler tant de beauté dans le calme absolu du petit matin ?

Faire "la" belle photo, tout le monde en rêve, sauf les insomniaques qui y arrivent : regardez, c'est sublime, j'étais seul, j'entendais le clapotis de l'eau sous les gondoles qui dodelinaient de la tête... Allons, tu ne dis pas la vérité, ta photo est truquée ! Pas du tout, j'étais à l'aube de l'aube, sur le pont avant tout le monde...


Veduta

Je n'avais aucune chance de faire "la" photo, moi qui dors à poings fermés, me restent les cartes postales à envoyer à ceux que j'aime... Les cartes postales sont parfaites, elles ne ressemblent jamais à la vérité, elles sont le complément de nos rêves... N'essayez même pas de rivaliser, vous partez perdant...

Et puis dès mon arrivée, tout a recommencé : je vais aller là, ici, là-bas... Encore une fois j'étais prise dans ses filets, enchevêtrée dans mes contradictions, je n'y fais même plus attention, j'ai trouvé des chemins tranquilles, des photos à faire, à refaire, des découvertes aussi j'en ai faites, j'ai même dégusté des glaces crémeuses comme jamais et des petits biscotti à se damner...


Veduta

C'est craché, c'est juré, cette année je ne donne aucune adresse, des indices peut-être et encore, comme le paysan qui vous dit d'un air de ne pas y toucher : oui, pour les champignons, les cèpes les plus gros, c'est par-là que vous en trouverez, et désigne avec sa main levée très haut tout l'horizon devant lui...

Ah ! Venise, quand tu nous tiens... Tu nous durcis le cuir...


Veduta...

Arrivée à Venise toujours confuse, contrastée, impressions colorées pour renouer le fil entre nous, avant un nouveau départ à la campagne : l'Indre m'attend, je vais devoir laisser Venise encore quelques semaines dans mes cartons, mais dès que je peux je reviens vers elle, vers vous...

Attendez-moi, je me mets au travail, sur l'herbe je l'espère, je trie mes photos, je rassemble mes idées... Je vous souhaite, chers lecteurs, un bel été indien...

mardi 5 août 2014

GREAT BLACK MUSIC !!!


Pour ceux qui habitent Paris et sa banlieue, ou tous ceux qui ont le projet d'y venir passer quelques jours faire coucou aux cousins, pour ceux aussi qui voulaient absolument faire un détour en Normandie... Ne loupez cette expo exceptionnelle : non seulement elle est bien faite, mais elle est formidablement éducative, pour des gens comme moi qui ne connaissent par grand chose à la musique noire, formidablement touchante aussi, car elle vous transporte dans des contrées musicales magnifiques, ignorées, émouvantes à pleurer...

L’Afrique y est représentée avec ses grands courants musicaux, de la brousse aux concerts... Pas besoin de discours pour avoir la larme à l’œil, les musiques, toutes les musiques parlent à nos cœurs.

Il y a du monde mais tout le monde trouve sa place...

L'expo se termine le 24 août, plus beaucoup de temps pour s'enthousiasmer comme moi !

Prochainement : Venise dans presque tous mes états...

samedi 2 août 2014

Maestro de Léa Fazer...


Un couple magistral...

Juste rentrée de Venise ! Pas encore eu le temps de déballer mes anecdotes, mais ça ne saurait tarder...

Courez, volez, ameutez vos amis, votre famille, votre voisin de palier, et allez voir ce film, c'est une perle.

De la drôlerie, du sentiment, de l'émotion, de la poésie, une belle brochette d'acteurs dont le merveilleux Michael Lonsdale...

Vous passerez un moment délicat, subtil, et intelligent...

A tout bientôt pour le Grand Canal...

jeudi 26 juin 2014

L'essentiel c'est de vivre !


Vanité (Yves Boussin)

Oui, mais : comment, pourquoi, avec qui, pour qui, combien de temps, à quel prix, où ? Pour certaines personnes, vivre, c'est surtout survivre...

J'ai eu l'occasion, au cours de mon séjour en Avignon chez mon artiste de frère, de me confronter naturellement à ce type de questions, face à ses vanités qui se pavanaient sur les meubles de sa belle maison, parées, habillées, dorées, voilées, sous cloche, attention je veille, regarde un peu ce que tu vas devenir de toute façon... Impossible de ne pas réfléchir un peu plus !


L'histoire de cette année avec le crapaud doré... (Yves Boussin)


La même histoire ... De l'année dernière avec les oiseaux noirs (Yves Boussin)
Pour le temps, il avait pensé aux bougies, quelques fois on brûle sa vie par les deux bouts, mais il avait mis une seule bougie sous chaque globe ! 

Des couronnes et des fleurs, il y en avait partout, moi qui adore les fleurs, je me souviens en avoir mis pour le jour de mon mariage, sur la tête, quelques petites boules de fleurs d'orangers... Mais ça n'a pas duré...

Des couronne en verre, en diamants, infiniment fragiles, infiniment durables... Tiens !

Celle qui m’intriguait le plus, c'était celle avec le crapaud doré... Qu'est-ce qui était passé dans la tête de mon frère pour mettre ce batracien ? Je me souviens des histoires avec les crapauds qui se changent en colombes ou en diamants, comme dans le film de Jacques Demy "Peau d'Âne". L'année dernière, il avait posé des oiseaux noirs... 

Pour le masque étoilé, c'était le mystère, la dissimulation, qui suis-je ? J'en ai bien fini avec toutes ces histoires d'être ou ne pas z'être, je sais qui je suis, j'essaye de ne rien dissimuler, d'être ce que je suis, terminé les mystères... J'essaye d'être claire comme le jour, mais ce n'est pas encore facile tous les jours...


Encore une histoire nouvelle cette année, il y a une petite tête de mort avec la grande 

S'il a mis des petites étoiles dans le noir et le blanc, il a aussi fleuri les orbites qui se voient derrière le masque, pourtant on dit le plus souvent : avoir des étoiles dans les yeux, mais rarement des fleurs... Tiens !

Toutes ses vanités trônent sur un pied en bronze, solide, équilibré, pratique pour tenir debout, bien droit, ça aide à vivre, on dit : droit dans ses bottes, la tête haute, j'ai essayé de rester droite, mais quelque fois, ma tête penche un peu, trop lourde, j'ai baissé les bras... Tiens !

Elles sont toutes sous cloche de verre, bien à l'abri de la poussière, la poussière est dedans... Tiens !
Hors de sa maison, j'ai dû aussi réfléchir à la vie, intensément...


Devant le Palais des Papes

Sur la belle place du Palais des Papes, je me suis arrêtée devant un petit groupe de personnes qui parlaient de la vie : deux musiciens des rues avec guitare et accordéon discutaient avec deux passantes aimant la musique...

Voilà ce que j'ai entendu : le plus jeune musicien retenait entre ses bras son accordéon, qui paraissait aussi léger qu'une plume, ses yeux clairs accompagnaient son sourire, le guitariste avait sans doute le double de son âge, son père, son oncle, son cousin, son ami ? Il ne disait rien, il écoutait en souriant... Je ne sais pas où ils en étaient de leur conversation avec leurs deux admiratrices, mais j'ai juste entendu ces mots prononcés par le jeune musicien : être vieux, être jeune, ce n'est pas ça qui est important, ce qui compte c'est de vivre...

Pour moi qui ne veut plus fêter mes anniversaires en grandes pompes, voilà une belle leçon, mais bien sûr, l'essentiel c'est de vivre, on se débrouille comme on peut, on fait de son mieux pour être heureux...

Plus loin encore, j'ai pensé à la vie, une longue vie, lors de ma visite à la prison Sainte-Anne d'Avignon (vieille prison du 19e siècle, promise à la destruction et désaffectée depuis 10 ans), où sont exposées les œuvres d'art contemporain appartenant à Yvon Lambert, provisoirement "accrochées" pour cause de travaux dans les locaux qui doivent accueillir définitivement l'ensemble de sa collection. Je me suis réjouie de retrouver le travail d'un photographe (dont j'ai oublié le nom et je n'ai rien pu retrouver sur Internet, je lui demande de bien vouloir m'excuser...) que j'aime beaucoup,  et que j'avais déjà vu, à la Maison Rouge et au Palais de Tokyo à Paris, il y a quelque années. .Je retrouvais à la prison Sainte-Anne la même émotion...

Cette oeuvre est composée de 100 photos, 100 portraits de personnes différentes, âgées réellement de quelques jours à 100 ans, les photos sont mises en rang d'oignon, presque à touche touche, à hauteur de votre regard... Impossible de baisser les yeux, le temps défile... Défile, l'image vous colle à la peau, ah ! Me voilà à 20 ans, j'ai le temps... Ainsi de suite...




Une photo par année d'âge = 100 photo = 100 ans


La première photo : Felina, un bébé de 8 jours...


La dernière photo : Maria Victoria a 100 ans...


Mon frère, mets toi en face de la photo qui représente ton âge, il se mit devant, et nous avons regardé l'avenir en face... Courageusement, avec le sourire... Moi aussi j'ai pris place devant le portrait de mon âge, courageusement avec le sourire... En espérant vivre 100 ans comme madame Maria Victoria, comme ma voisine, ma chère Alice, qui pourra se faire tirer le portrait bientôt, entourée de tous ses enfants, petit-enfants, arrières-petits enfants, elle aura l'âge de Maria. En novembre prochain, elle aura 100 ans !

Des nouvelles d'Alice :  (ma voisine de pallier)

Alice revient du Nord et elle repart dans le Sud, toute rose de visage, tout sourire, toujours avec son gilet blanc qui lui donne un teint de perle nacrée... Ses cheveux frisés sont de la même couleur que son gilet... Alice a frappé à ma porte, elle m'a apporté des chocolats dans un petit paquet transparent, avec son grand sourire, je lui demande chaque fois : comment allez-vous, chère Alice ? Et elle me dit invariablement : on fait aller... Allez Alice, portez-vous bien, gardez le sourire, bon voyage chez votre fils... Pleins de baisers...

Mon frère dessina dans son carnet noir tout le temps de la visite :


La très belle oeuvre de Miroslaw Balka Ciel (2010), et mon frère qui dessine superbement tout ce qui bouge


En rentrant à la maison j'ai fait le point avec mon double mètre ruban, mon oeuvre, ma vie en quelques figures, j'ai pris soin de marquer le début et la fin (de 1 à 100 pour voir large), en jaune le début en bleu la fin, j'ai tortillé ma vie dans tous les sens, et je me suis dit : poursuivons, poursuivons, jusqu'à la fin il me reste du temps, j'en ai fait un jeu.








Ma vie, mon oeuvre de 1 à 100 pour voir loin, très loin...

C'est pas tout ça, mais il faut que je prépare mon voyage à Venise, encore des photos de 1 à 500, peut-être plus, est-ce bien nécessaire ? Chaque recoin de Venise a été photographié des millions de fois : portes et fenêtres, reflets, ombres et lumières, gondoles et gondoliers, ponts, places, chats, tous les jardins et les coins secrets, secrets de polichinelle... Peu importe, je vais et revoir, on ne sait jamais, s'il reste une pierre qui n'a pas sa photo....

Chers lecteurs, à bientôt, portez-vous bien, vivez en joie, en espérance, profitez du soleil, de tout...

dimanche 22 juin 2014

Il giorno delle sorelle… Le joli mois de juin (2)


Par temps un peu gris, le mur végétal de Patrick Blanc rue d'Aboukir (un an d'existence )

J'avais dit à ma soeur : si tu veux, nous pouvons aller rue d'Aboukir, rue Vivienne, Place des Victoires, faire le tour des propriétaires du coin… Parfait, m'avait-elle dit, notre rencontre mensuelle entre soeurs, vous la connaissez par coeur depuis des temps et des temps que je vous la raconte, fidèlement, avec empressement,  ça doit même devenir lassant, mais il faut bien que je dise à chaque fois par où nous commençons... Non ?

Nous sommes parisiennes depuis toujours, d'aussi loin que je m'en souvienne, même si sur le tard, nous avons fini par atterrir en banlieue... Mais puisque la petite couronne va devenir, devient, le Grand Paris... Nous serons d'ici peu de nouveau sur nos terres, sans nous en apercevoir.

Nous savons aussi que presque chaque rue de Paris mérite une visite détaillée, nous travaillons ainsi pour la postérité…

Bon, j'y viens, j'y viens à notre rendez-vous de juin. Un jour spécial, puisque nous devions fêter mon anniversaire, depuis quelques année je ne mets plus de bougies sur aucun gâteau, n'annonce plus la couleur de mes printemps, je fête mon anniversaire entre quatre yeux, plusieurs fois dans la semaine, des coups de fils, des  : maman, qu'est-ce qui te ferait plaisir pour ton anniversaire, j'ai toujours des tas d'idées, mais une seule à la fois... Notre dernière rencontre de juin était donc aussi un petit clin d'oeil à mon anniversaire, voilà tout.

Le resto vietnamien, nous ne changeons pas, le café, nous ne changeons rien non plus, la joie de se revoir est toujours aussi vive : alors, quoi de neuf depuis hier (nous nous téléphonons presque chaque jour, les nouvelles fraîches sont forcément souvent réchauffées). Vous connaissez sans doute ces habitudes auxquelles nous tenons, qui ne lassent jamais, ces petits riens qui font énormément de bien.


Nos petits noirs 

Puis je l'emmène voir le mur végétal : ce champ de fleurs à la verticale est une merveille, chaque petit brin de vent le décoiffe, il bouge comme un champ de blé... Voilà le passage du Caire, assez délabré et moche, il semble avoir du mal à se refaire une santé, les grossistes du prêt-à-porter occupent majoritairement les galeries, mais beaucoup de boutiques sont à vendre, le passage essaye de faire peau neuve... Sans doute, il faut attendre... Les trois galeries qui le composent n'attirent plus les flâneurs, seulement les curieux...

Le passage du Caire date du 18e siècle, il fut construit lors de la campagne de Napoléon en Egypte, l'immeuble qui ouvre le passage est original, la façade est ornée de trois éfigies de la déesse Hathor avec ses oreilles de vaches... Quelques hiéroglyphes et des colonnes...


La déesse Hathor forme le beau décor du 2e étage, c'est juste en dessous que nous avons pris notre café !

Dans la rue d'Aboukir qui reste très vivante, il y a presque exclusivement des commerces de vêtements en gros et au détail, bijoux fantaisie, maroquinerie, le petit métier de "porteur" se porte bien, ils attendent leurs clients avec un diable, les accompagnent jusqu'à leur voiture, en roulant leurs achats encombrants et pesants... J'avais vu des porteurs à Istanbul mais je ne me souvenais plus du tout des porteurs parisiens... La rue comporte également quelques immeubles des 17 et 18e siècles, il faudra y revenir... Et une fontaine Wallace dans sa couleur originelle, vert profond, la couleur du mobilier urbain de cette époque, pour être en harmonie avec les parcs et les allées bordées d'arbres...


Bel immeuble ancien restauré rue d'Aboukir



Pas loin du passage du Caire, une fontaine Wallace...  Elles tiennent leur nom du philanthrope britannique Richard Wallace, héritier de la grande fortune paternelle, qui finança leur édification au 19e siècle


Les porteurs de la rue d'Aboukir


Le diable


Puis nous avons filé rue du Mail, pas très loin de la place des Victoires, voir le lieu de fabrication des pianos Erard. Au 23 de la rue on peut encore admirer la cour de l'ancienne manufacture des pianos Erard, 315 personnes y travaillaient encore en 1870, la fabrique à l'étroit rue du Mail ira s'installer rue de Flandre dans le 19e arrondissement et fermera ses portes définitivement en 1939. Dans cette cour est installée une grande marque de vêtements et les vendeurs, nous voyant avec nos appareils photos, nous ont invitées à rentrer et à visiter les lieux, nous offrant petits gâteaux, sourires et gentillesse extrême, nous avons parlé du passé de leur lieu de travail, en fait, ils ignoraient "qu'ici" des pianos et des harpes avaient été fabriqués au 19e siècle. L'accueil chaleureux et intéressé de ces personnes nous combla de joie. Le bavardage fut cordial, nous y avons passé un très bon moment. L'un d'eux me demanda si je pouvais lui donner des lieux à visiter dans la Capitale, encore un passionné de Paris... Je lui ai dit : allez sur mon blog, vous y trouverez certainement des coins parisiens qui vous plairont... Il a pris note aussitôt de l'adresse de mes "Merveilles"...


La cour de la fabrique des pianos Erard

Au 13 de la rue existe toujours la très belle maison de la famille Erard, le musicien F. Liszt y fut reçu pendant 50 ans, il y avait au fond de la superbe cour une salle de concert de 228 places qui existe toujours, malheureusement nous n'avons pas pu la voir, il paraît qu'on y fait des défilés de mode, elle est ouverte à la location pour des événements divers...



Ici était reçu le Maître…



La spendide demeure de la famille Erard (la cour)



La tres belle cour, au fond, la salle de spectacle




Une entrée latérale à droite dans la cour 



En pleine lumière artificielle

Nous ne demandions rien à personne, nous avons appuyé sur tous les digicodes que nous trouvions dans la cour, et notre surprise fut totale, face au marbre, aux dorures et aux lustres de bronze, nous sommes restées médusées, les lieux restent dans leur état original.



Une autre vue de la cour, au fond, près de la salle de spectacle 


Le programme était chargé, nous n'étions pas loin de la place des Victoires où trônait Louis XIV, la place était vide, la aussi quelques boutiques à vendre, l'activité commerciale était réduite.





Une moitié de la place des Victoires, sous le ciel gris


Demeurent dans ce secteur les marchands de tissus d'ameublement renommés comme la maison Lelièvre, et tous les autres grands noms... La passementerie a établi ses quartier par ici.


La passementerie...


Les très beaux tissus d'ameublement


Sans presque nous en apercevoir, nous nous sommes retrouvées au coin de la rue Croix des Petits Champs et de la rue La Vrillière, nous n'en finissions pas d'admirer cette immeuble à tourelles, avec ses balustrades de dentelle forgée, une étonnante maison, un hôtel particulier du 18e siècle (Portalis) qui a survécu à tous les temps. Il a été construit en 1750 par l'architecte Ledais. Nous en profitons pour reprendre un café sous le bel auvent gris en bas de la maison... Un peu de repos, le ciel est toujours gris, mais notre journée touche à sa fin, nos pieds commencent à compoter... Mais nos cœurs sont allègres...


L'ancien Hôtel Portalis de loin


De plus près


La dentelle des balustres

 Nous décidons de reprendre le métro, sur notre route nous découvrons encore une maison étonnante qui vend des animaux naturalisés, toutes les espèces, sauvages ou familières de toutes les couleurs, des présentations exceptionnelles. Dans le silence de la jungle, l'Arche de Noé existe à Paris, rue d'Aboukir. L'accueil est chaleureux : entrez je vous en prie, faites comme chez vous, on nous autorise même les photos, avec le sourire, nous les complimentons sur l'ensemble de leur collection, il y a du charme ici, de la beauté, du rêve et quelques frissons...










"Design et nature", 4 rue d'Aboukir, l'adresse vaut le détour

Il paraît que "la taxidermie est devenue à Paris le nec plus ultra, tout ici est spectaculaire, les lions, la girafe peuvent faire peur, les oiseaux, les papillons, les scarabées, les poules, les oies, les canards vous regardent fixement...

Retour au point de départ, le petit grelot accroché au sac à dos de ma sœur grelotte et disparaît de ma vue, mais avant de disparaître tout à fait dans le couloir du métro, souvent nous nous étions retournées pour nous faire un dernier signe de la main : rentre bien ! Nous prenions des directions opposées, mais nos têtes restaient émerveillées par les découvertes des beautés du jour.

Maintenant il faudra attendre octobre pour reprendre nos virées, Paris attend nous sagement, nous avons de nouveaux projets aussi beaux que la rue d'Aboukir à explorer...