jeudi 25 janvier 2018

Zigs'Arts Venise (9) 2017


Support - Lorenzo Quinn - 2017

Bien sûr, personne ne peut rater, sur le Grand Canal, ces deux mains créées par l'artiste italien Lorenzo Quin, qui apparaissent sur la façade de l'hôtel Ca'Sagredo. L'installation mesure 9 mètres de haut, et pèse 5000 kg. Ces deux mains semblent retenir ou s'agripper ?... Au palais historique. L'artiste explique avoir voulu "symboliser à la fois la force créatrice et destructrice de l'être humain". Cette double intention est très bien perçue par le public, chacun choisit celle qui lui convient le mieux.  Mais nul n’ignore les dangers que l'on devine pour Venise.


Lorenzo Quinn

La massification du tourisme finira par faire de Venise une ville musée (qu'elle est déjà en grande partie), ville désertée par les Vénitiens, qui s'en vont ailleurs, préférant vendre ou louer leurs appartements. Petit à petit la ville devient un grand dortoir... La poule au œufs d'or...

Depuis de nombreuses années, j'ai vu le phénomène s'accentuer : moins de commerces de proximité, remplacés par des commerces de pacotilles, d'articles souvenirs. Les appartements se louent aux touristes sur des plates-formes internet, faisant diminuer du coup la possibilité de location ou d'achat pour les Vénitiens qui veulent rester sur la lagune... Le processus touristique s’accentue... Sans oublier le travail destructeur des marées.

Nous ne sommes pourtant pas au début d'en voir la fin... Mais je ne suis pas devine... 

Chaque année donc, j'y vais en marche arrière, et j'en reviens pleine de projets pour l'année suivante, la petite dépression refait surface un peu avant de partir... Mais je pars heureuse, sans l'ombre d'un doute, les années de Biennale, où tout devient encore plus passionnant à Venise.

J'ai encore aimé passionnément une oeuvre d'Ibrahim Mahama, artiste Ghanéen,  31 ans :



Nkansa II non orientable - Ibrahim Mahama 2016 (impossible de prendre une photo sans le contre-jour de la fenêtre)


Ibrahim Mahama - détail



Approche...


Encore plus près...


Ce grand navire hétéroclite est entièrement composé de vieilles boites de cordonniers africains, l'artiste a échangé avec les propriétaires rencontrés : une boite neuve contre une vieille boite, et visiblement ça a bien fonctionné. Ce troc a eu du bon pour tout le monde, Ibrahim Mahama a pu construire son arche de Noé, sans rien rajouter au décor naturel, pas de frisottis, pas d'enjolivements intempestifs, quelques fragments colorés simplement venus du matériau laissé brut. L'empilement est fait de telle manière qu'il rend visible chaque détail, comme dans un cabinet de curiosités, on peut longuement scruter les boîtes une à une. Je pouvais imaginer derrière chaque "usine à chaussures" un homme au travail, courbé sur les pieds des passants. J'ai pensé également à une sorte d'hommage rendu à tous ces cordonniers qui travaillent et qui vivent de la rue dans les grandes villes africaines... Je me souviens avoir vu ces cordonniers à Istanbul en 2010, à Lisbonne en 2012 :


Istanbul, cordonnier sur trois roues (2010)


Ça brille à Lisbonne (2012)

Dans une démarche de réalisation souvent collaborative, ses installations monumentales emploient des matériaux issus d’environnements urbains tels que des restes de bois et de textiles, ou des sacs de jute, cousus ensemble pour draper des édifices architecturaux. Ici, des vieilles boîtes de cordonniers...

Cette nef prend une énorme place dans la grande pièce du palais, elle m'est arrivée frontalement au cœur. Une émotion forte m'a privée de tout sens critique, j'ai tout aimé ! J'ai admiré l'idée, l'échange, la construction,  la mise en place, les touches de couleurs laissées ça et là, et la réalisation de l'oeuvre à partir de "presque rien". J'y suis retournée plusieurs fois, l'émotion a toujours été au rendez-vous, je voyais un détail qui m'avait échappé. Dans la trajectoire d'Annette Messager avec les spectres de la couturière (post précédent), un autre artiste s’intéressait aux petits outils nécessaires au travail de la rue, de l'atelier, leur regard sur ces petits matériaux ont permis de faire naître de belles œuvres, sensibles... Les artistes décidément nous émerveilleront toujours, ils sont toujours là où on ne les attend pas... Ils nous surprennent et nous émeuvent sans cesse... Les œuvres d'art sont des puits sans fond, des plus simples aux plus complexes, elles peuvent toucher diversement nos sensibilités... À l'infini...

Il faut se donner aux œuvres en les regardant ! En les écoutant ! C'est ma façon à moi de ressentir les vibrations des images, des couleurs, des formes et des sons...

Il ne m'a pas été difficile de poursuivre ma route dans le dédale des rues de Venise, chaque jour m'attendait une surprise, un sujet d'émotion, avec des couleurs mâtinées de tristesse ou de joie... Je restais en éveil à la beauté pour calmer une douleur ou agiter mes pensées... Changements à vues...









Mes détails...

Nous ne quitterons pas Venise dans le prochain post, qui m'aime me suive... À très vite...

dimanche 21 janvier 2018

L'expo de la Maison Rouge à Paris...


Coiffes de la collection de monsieur Gaber (reflet dans la vitrine d'une vidéo qui passait dans le lieu)

Il y a très longtemps, pour être précise en 2005/2006, j'avais eu le bonheur de voir à la Maison Rouge (la Maison Rouge est la fondation de monsieur Antoine Gaber), la collection exceptionnelle de Monieur Gaber lui-même : les œuvres d'art des plumassiers d’Amazonie, et diverses coiffes africaines. J'en ai parlé souvent dans mon blog, je ne me souviens plus du tout quand exactement, mais le souvenir en est très vif dans ma mémoire.


Chaman d’Amazonie avec ses ornements superbes


Coiffe de femme africaine, matière végétale et plumes

Une surprise totale m'attendait en visitant cette semaine la collection privée de monsieur Marin Karmitz (propriétaire des cinéma MK2), présentée par la Fondation Gaber. Une collection montrée pour la première fois, et qui représente 30 années d'achats, un autoportrait en creux du collectionneur, chaque oeuvre nous en dit beaucoup sur ses centres d'intérêts.

Bon, la surprise c'était quoi ? Voilà, voilà, j'y viens, d'abord je vous parle de la collection privée de Monsieur Karmitz, présentée dans la maison, 400 œuvres de toutes natures. : des dizaines de photos noir et blanc superbes, mais assez loin de mes centres d'intérêts. Il faut être très outillé pour regarder une exposition de photo :  de patience,  d'intérêt pour l'auteur... Ou aimer découvrir un auteur, aimer la recherche formelle sur des sujets les plus variés... Je n'étais pas préparée aux photos, je venais pour d'autres artistes que j'aime beaucoup (C. Boltanski, Martial Raysse, Annette Messager, Kiarostami, Chris Marker, etc). Cependant, voilà qu'une photo m'attire, la seule, l'unique qui m'enthousiasme aussitôt :


Une photo magnifique dont je n'ai même pas relevé le nom de l'auteur (pardon !)

Sur le plan formel, je la trouve totalement exceptionnelle. En essayant de comprendre pourquoi elle me plait tant, voilà ce que j'observé : un repas intergénérationnel, un jour sans doute important pour tous, les convives sont en habits du dimanche, ils semblent heureux. Les objets du premier plan, même s'ils cachent en partie le visage d'une femme, valident l'idée de prise sur le vif, on ne débarrasse pas la table pour faire la photo, attention le petit oiseau va sortir... Les objets nous indiquent que nous sommes à la fin du repas, on a servi le café et les digestifs... L'équilibre des formes est parfait, les verreries partagent la photo en deux et se tiennent à la verticale comme les gens, l'ensemble crée un univers uni et fermé entre les personnages et les choses, le regard est obligé de s'attarder sur tous les détails, par de porte de sortie. Une réussite totale, le noir et blanc apporte une petite touche poétique, les ombres et les lumières en font un tableau grandiose digne des grands peintres de la Renaissance.

Avant de vous parler de la surprise, encore un objet superbe dont je veux vous parler :


Femme debout  - terre cuite creuse (Mexique), entre 100 et 250 ans avant notre ère


Détail, sans doute d'une déesse mère

Cette sculpture, malgré sa petite taille, donne envie de s'y arrêter un moment tellement elle est belle et imposante.  Le visage, dans sa disproportion, est majestueux et grave. Les déformations morphologiques doivent sans doute être vues comme une véritable recherche stylistique et non pas comme une supposée maladresse primitive, vu l'âge de l'oeuvre.. Une vraie beauté !

J'y arrive, j'y arrive, mais avant, je ne peux passer sous silence cette belle oeuvre de Christian Boltanski : 


Resistors -1994 C. Boltanski (73 ans vit et travaille à Malakoff, conjoint d'Annette Messager)

Des dizaines d'yeux nous regardent, photos anthropométriques de résistants allemands fusillés par les nazis pendant le seconde guerre mondiale, leurs yeux ouverts résistent encore, ils semblent nous dire n'oubliez pas... Hommage puissant et réflexif... Toutes les photos sont maintenues simplement par deux clous assez longs, qui percent le haut de la photo... Les yeux frémissent... Mais restent ouverts sur le monde !

Je garde la surprise pour la fin, voici d'abord une installation dangereuse, des guillotines ? D'Annette Messager :


Les spectres de la couturière (2014-2015), Annette Messager (75 ans vit et travaille à Malakoff, conjointe de C. Boltanski)

Hommage ou spectres, ces outils de la couturière ? Je ne sais plus quoi penser. L'installation sombre, menaçante, pesante, coupante (pourtant le matériau employé : simili cuir skai cousu et rembourré, matière molle) projette ses ombres inquiétantes sur les murs... Annette Messager dit de son travail :  "J’exécute des sculptures avec des éléments du quotidien, en les détournant pour les montrer autrement".

Quelle belle installation que ces armes de couturière, impressionnantes et fortes,  les outils doivent peser à eux tous que quelques petits kilos... S'ils paraissent menaçants, la réalité nous tranquillise, puisque ce sont les simples petits outils de la couturière, ils n'ont aucune raison de nous faire peur... La représentation guerrière d'Annette Messager, le changement d'échelle (chaque instrument dépasse sans doute le mètre), la couleur noire, la pendaison,  nous plongent cependant dans l'univers effrayant de la métamorphose artistique, le détournement dont parle Annette...

Et la surprise ? La voilà : dans un espace immense, de hautes vitrines, subtilement éclairées, nous proposent un nombre important de coiffes et d'ornements venus de tous les continents. Présentées comme des bijoux, avec une lumière tamisée, chaque pièce est choisie avec subtilité, chaque pièce vaut le regard, chaque pièce est une oeuvre d'art, chaque pièce est d'un tel raffinement que j'ai envie de m'attarder sur toutes, mais il faudrait beaucoup, beaucoup de temps. Monsieur Gaber présente une partie de sa collection unique, j'en suis toute retournée... Regardez ce festival d’œuvres d'art  :


Les vitrines d'exposition


Suite des vitrines et projection vidéo











Les perles, les os, l'ivoire, les végétaux, les lacets de cuir, les objets, les plumes, les broderies, les coquillages, le bois, le tissu, les boutons... Une variété infinie de matériaux pour, au final, une sarabandes d'objets exceptionnels...

Je vous laisse à la contemplation...

Je ne sais pas où je serais sur le prochain post... Mais je gage que nous serons encore dans les couleurs...

jeudi 18 janvier 2018

Zigs'Arts Venise 2017 (8)



Escalade au-delà de l'escalade de terrain chromatique 
Au-delà des terres chromatiques - Sheila Hicks - 2016 / 2017

Titre un peu énigmatique et répétitif, mais les couleurs, les matières douces comme des doudous sont là pour nous réjouir, c'est l'effet qu'a produit sur moi cette oeuvre de Sheila Hicks. Un puissant magnétisme opère immédiatement, impossible de l'ignorer, elle attire tous les regards, son installation remplissait tout le fond de la galerie de l’Arsenal, une muraille en apesanteur, sans ciment, légère comme des gros pompons ; une cascade de couleurs saturées, mais dont la douceur vous arrivait immédiatement au cœur... Tout les visiteurs avaient envie de chanter, danser, s'extasier, les téléphones mobiles crépitaient... Les sourires étaient sur tous les visages...


Sheila Hicks - 2016/2017

Cette artiste est américaine, elle a 83 ans, elle vit et travaille à Paris. Sheila Hicks se destinait à la peinture quand elle découvre les textiles du Pérou précolombien. Elle parcourt le Mexique, l'Amérique du Sud, s’initiant aux techniques des tisserands indigènes. Son œuvre se situe entre la tapisserie et la sculpture. Elle utilise la laine, le coton et la soie. Aux fils de trame, elle ajoute parfois de grosses mèches qui retombent en milieu de panneau sous forme de pompons ou de tresses d’un aspect précieux, quand il s’agit de soie, ou au contraire sauvage, lorsqu'elle travaille la laine brute.

Ici, ses grosses pelotes sont faites de fibres naturelles et synthétiques, le moelleux de ces gros cailloux vous invite à vous rouler dedans, vous songez à vous endormir dans une boite de peinture...


Sheila Hicks


Sheila Hicks

Je vous laisse sur cet arc-en-ciel...

Le prochain post vous emmènera à Paris, il y avait une exposition formidable à La Maison Rouge : les collections de Marin Karmitz , beaucoup de photos noir et blanc, mais aussi de grands artistes comme Christian Boltanski, Annette Messager, Kiarostami... Revenez très vite... Je vous y attends...

mardi 16 janvier 2018

Zigz'Arts Venise (2017) (7)


Installation :  One Thousand and One Night (Mille et une nuits) - Edith Dekyndt



Remise en forme incessante...

Je comprends que ce rectangle de sable blanc, exposé sous une lumière blanche, vous interroge... Comme moi, dès que j'aperçu cette installation dans un coin noir de la Biennale : elle m'a plu à l'instant, éveillé ma curiosité, j'ai aimé sa poésie, son mystère et son perpétuel mouvement... Insolite, ça oui, car sans cesse, un homme balayait le sable pour qu'il épouse exactement la forme du  rectangle de lumière. J'avais bien observé que régulièrement, le faisceau lumineux qui tournait sur son axe de quelques millimètres, dissociait la lumière et le sable de façon permanente. Comprenez-vous mon explication maladroite ? 

Le mythe de Sisyphe ? La patience ? L'attente ? Le silence ? L'exactitude ? La répétition? L’Éternité ?  Mille et une nuits... D'ailleurs, cette oeuvre inattendue se trouvait précisément dans l'espace nommé : le temps et l'infini.

Edith Dekyndt est une artiste plasticienne belge de 58 ans, elle réalise des vidéos, des photographies, des installations d'objets, des environnements et des pièces sonores. Plutôt qu'à la forme finale de ses œuvres, elle s'intéresse au processus qui fera naître une forme, un moment, une action. Ici, la forme et l'action sont fascinantes !




La goutte de céramique




Porcelaine - Square 2014 - Liu Jianhua (artiste chinois, 56 ans)

Magnifique installation, toutes ces gouttes de porcelaine, de mercure, liquides (en apparence) légèrement dorées, brillantes sous la lumière, formaient un tapis ruisselant. Il fallait observer de près la matière pour se rendre compte, bien sûr, qu'il s'agissait de matière dure, l'opposition de la céramique "liquide" posée sur des plaques d'acier poli donnait à cette installation une beauté et  une sérénité incroyable... Toute asiatique !

L'artiste veut rompre les clichés réservés à la porcelaine. Il proclame, que la porcelaine n'est pas une matière uniquement destinée à la production d'objets incarnant la fragilité, la douceur...

L'installation est immense, une très grande surface lui est réservée, on peut naviguer entre les gouttes, j'ai pris des milliers de photos, mais rien ne rend assez bien compte de la beauté de cette oeuvre...



Liu Jianhua

Cet artiste vit et travaille à Shangaï, je ne connais rien de son oeuvre, bien sûr je suis allée sur internet, il réserve de très belles surprises, c'est une vraie découverte et un emballement formidable...

Ce jour-là, il n'y avait presque personne dans l'arsenal, je marchais allègrement entre les œuvres, avec un air de contentement, un grand bonheur du jour, je me disais : tous ces artistes, inconnus pour moi, heureusement mis en lumières à la Biennale, quelle chance d'être là ! Quelle chance de les approcher, de les découvrir...

Mes chers lecteurs, suivez-moi encore sur le prochain post, je reste à la Biennale...

mercredi 10 janvier 2018

Zigz'Arts Venise 2017 (6)


Oeuvre de Rina Banerjee

La rencontre avec cette artiste s'est faite comme un éblouissement, ses œuvres étaient accrochées dans un lieu de passage de l'exposition d'art contemporain, à l'Arsenal de Venise. Des sculptures, des objets, des totems, des choses, des fleurs ? Emplumés, emperlousés, enrubannés, encoquillagés, des graines, des tissus légers, des paillettes, du plastique... Aucune matière ne résiste à Rina, construit à partir de presque rien, un tout coloré, tordu, penché, suspendu, magnifiquement beau !



Sculpture - Rian Banerjee

Il faut les regarder de près, avec attention, loin de l’éblouissement qu'ils ont déjà produit à mes yeux,  pour se délecter des détails de la construction, et le miracle de la création continue son oeuvre... Il faut examiner avec attention, prendre son temps, comme devant un tableau de la Renaissance, si lisse, si vrai, si ressemblant à force de détails invisibles... Ici, pas de commencement, pas de fin, l’œil doit aller dans tous les sens, chercher le sens...


Détail

Rina Barnerjee est née à Calcutta en 1963. Elle émigra très tôt avec sa famille en Angleterre d'abord, puis aux Etats-Unis : "Je suis intéressée par toutes les mythologies, tous les récits qui parlent de la culture contemporaine et continuent de la façonner autour d'elle, comme autant de graines d'où germent la fleur et le fruit..." Rina est très bavarde, elle explique à longueur d'entretiens pourquoi elle veut tout mélanger...

In fine, ce mélange devient des beautés sidérantes, accrochées aux murs à la Biennale. Les projets de Rina ? "Je voudrais réaliser des œuvres qui puissent être exposées en extérieur... Dans des environnements naturels, des lieux urbains, des commerces, des jardins, des aéroports, des métros, des espaces où  les gens se sentent vulnérables, exposés. La rupture et la différence se rencontrent, mais elles sont anticipées."

Quelques artistes polymorphes ont déjà installé leurs œuvres spécialement conçues pour des espaces commerciaux, je pense notamment à Chiharu Shoota, dont je vous ai parlé à plusieurs reprises dans mon blog. Je n'oublie pas non plus toutes ces artistes incroyables comme : Louise Bourgeois, Annette Messager, Niki de Saint-Phalle , Berlinde de Bruychere, Joana Vasconcelos, que j'ai admirée à Venise il y a quelques années : elle avait envahi l'espace de tout un bateau avec des œuvres tissées, remplies de lumières, sublimes. Mona Hatoum, et tant d'autres qui ont travaillé les textiles, et que j'adore...



Le bel embarquement de Chiharu Shiota Au Bon Marché (2017)

Shiharu Shiota, utilise une seule matière, la laine, pour en faire des toiles d'araignées géantes, monochromes, fragiles et puissantes. Rina Banerjee lui fait écho par la diversité et la polychromie des matériaux qui unissent textiles et objets... Deux artistes qui parlent du monde et produisent des formes très différentes, admirables et fortes, avec des matériaux de fortune... Shiota bâtit en grand, Banerjee se regarde à la loupe, la diversité de leurs langages enrichit l'expression contemporaine avec bonheur !



Rina Banerjee


Détail - Rina Banerjee


Détail - Rina Banerjee



Rina Banerjee


Rina Nanerjee


Détail - Rina Banerjee

Il faut tout particulièrement remercier Christine Marcel, conservatrice en chef du Centre Pompidou qui a mis en "Œuvres" l'exposition internationale de la Biennale 2017. Ses choix m'ont donné de la joie, de l'euphorie, de la douceur, de l'espoir, de l’admiration, tout au long de l'exposition, un emballement instantané !!! Il ne fallait rien rater, tout était d'une qualité plastique exceptionnelle, toutes les œuvres étaient à découvrir, je ne connaissais aucun des artistes, il m'a fallu deux visites pour leur rendre hommage et me réjouir sans cesse de leur vue.

Je continue sur le prochain post à vous parler de cette Biennale superbe ! À très vite chers amis...

mardi 9 janvier 2018

Paris sera toujours Paris (5)



Place de la République, Paris lumières

Déjà, dans l’ascenseur, nous l'avions appelé familièrement Momo (diminutif de son prénom) : le taxi arriva quelques minutes après notre appel, un homme jovial, souriant, accueillant qui nous attendait au sortir de chez mon fils, j'allais pouvoir rentrer chez moi en toute sécurité, dans le plus grand confort. De plus, j'allais avoir le grand plaisir "du petit tour dans Paris" éclairé, mystérieux, facile, merveilleux !)

En passant par la Nation, nous avions parlé des nouvelles places de Paris requalifiées par le maire de Paris, et puis aussi des Jeux Olympiques qui rendront la vie plus chère aux parisiens, puis du déficit assuré pour la ville de Paris qui accueillerait les jeux en 2024... Chemin faisant, pas loin d'arriver au bout de la course, dans ce Paris lumineux et fluide, je demandais au chauffeur jusqu'à quelle heure il travaillait... Ah ! Là je rentre chez moi. Il habitait en région parisienne, je suis fatigué, très fatigué, il avait bougé les épaules, tournait presque la tête vers moi, sa plainte se fit entendre doucement... Je suis inquiet. Oh ! De quoi vous inquiétez-vous, monsieur ? Dites-moi... Il ne mit pas trente secondes à m'expliquer son mal-être...


Le sucre

Je suis fatigué, j'ai reçu mes analyses et elles ne sont pas bonnes. Ah ! Bon, et que disent vos analyses qui vous préoccupent tant ? J'ai 2,32gr de sucre, avant j'en était à 1g/1,20g pas plus ! Aïe, c'est beaucoup en effet, vous irez voir votre médecin très vite, je suppose ? Oui, j'ai rendez-vous cette semaine, ça ne va pas du tout.

Que vous est-il arrivé, monsieur, pour avoir brusquement tout ce sucre dans le sang, vous le savez ? Je ne sais pas, j'ai pris 15 kg en 9 mois. Houlà ! C'est beaucoup en effet, monsieur écoutez-moi,  j'avais pris ce ton de chamane en plein exercice de son pouvoir, le bénéfice de l'âge pesait lourd du coté de l'expérience, j'avais donc toutes les qualités requises pour être écoutée solennellement.

La veille, j'avais suivi avec attention un magazine de vulgarisation médicale à la télévision sur le diabète, qui s'appelait : Diabète, bombe à retardement ! J'avais donc appris des tonnes de choses, un français sur vingt avait du diabète, et j'en savais déjà un petit peu sur le sujet. Écoutez-moi, monsieur, n'ayez pas peur, vous allez guérir, perdez vos 15 kilogs, ne mangez plus de sucre. Ah ! Oui, c'est vrai ce que vous dites, je mange beaucoup de sucreries, des madeleines, des petits gâteaux, j'ai des soucis, mon travail me pèse. Le chamane continuait : monsieur,  le travail, les soucis ne font pas grossir, c'est ce que vous mangez qui fait grossir... Je ne sais pas pourquoi je me suis mis à grossir comme ça, je m'écroule sur le canapé et je mange des petits gâteaux, et je suis de plus en plus fatigué, il avait repris un peu de vigueur : j'y pensais justement en vous écoutant, je vais reprendre mon matériel, je l'ai dans le coffre de la voiture, je vais retourner à la salle. Écoutez-moi, monsieur :  si le sport peut vous faire du bien, il ne vous fera pas maigrir, arrêtez de manger des gâteaux... Vous retrouverez votre énergie, ne vous désespérez pas...  Ecoutez-moi !

Mais la course se finissait, l'homme se retourna vers moi. Ah ! Madame, vous m'avez redonné de l'énergie, je commence demain, j'aurai du courage, je suis content, vraiment merci madame, et par la fenêtre avant, dont la vitre était baissée, il me dit  avec la main sur le cœur : madame merci, madame, que Dieu veille sur vous très longtemps.

Ainsi donc en quelques minutes je lui avais redonné l’énergie, la confiance dont il avait besoin pour poursuivre sa route, j'étais contente, je voyais bien que mes paroles avaient marché, je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, mais le résultat était là, il souriait, il agita sa main vers moi, de loin...

Cette bénédiction-là, je la porte encore précieusement en moi ! On ne sait jamais, qu'elle puisse  aussi opérer sur moi et me donner du bonheur, de la douceur de vivre !


Promis, juré, la prochaine fois,  je reviens à Venise !


lundi 8 janvier 2018

Paris sera toujours Paris (4)


Les images derrière le métro aérien

Souvent, il fallait que je me contorsionne pour prendre les photos, de biais, de profil, j'essayais d'avoir une idée de l'ensemble, les grosses mains roses que l'on aperçoit du métro ne me disaient rien qui vaille...


La photo n'est pas bonne du tout : ciel gris, pas de recul...

Mais de ce que voyais, je réalisais que ce n'était pas mon univers : science fiction ? L'inquiétude est au rendez-vous, effraction murale, personnage  écorché et machine qui nous marchent sur la tête, la lune dort paisiblement le ciel est bleu, dormirons-nous tranquilles ?


Les jambes et les sparadraps ou des doigts ?


J'ai cherché, je n'ai pas trouvé le nom de l'auteur, qu'il veuille bien m'en excuser... Où aller pour se requinquer ? Devant ce grand flamand rose monté par Don Quichotte ? Non, un gardian de Camargue, lieu de naissance de l'artiste, vêtu de l’habit traditionnel et des espadrille marinées sétoises, il tient dans sa main droite un trident, dans sa main gauche des papillons sortent de sa bombe aérosol... C'est gai, léger, poétique, et tellement beau.


Oeuvre de Maye

L'artiste camarguais transporte  le promeneur à dos d'oiseaux dans des couleurs fraîche et légères. Les détails de sa fresque sont savoureux, pleins d'humour et de fantaisie, voyez :


Détail - Maye (jeune artiste de 28 ans)
 Là aussi, la photo manque de lumière il faisait tellement gris ce jour-là

Maye est passé du mur à la toile en 2013, mais je ne connais rien de lui, il a donc choisi le pérenne à l'éphémère, espérons qu'il y gagnera en notoriété, affaire à suivre !

Et puis, chemin faisant, je me suis mise à photographier les couleurs des camions que je trouvais magnifiques :


Le beau camion

L'avenue n'en finissait pas de se colorer, j'avais l'embarras du choix, j'ai choisi la boutique de bricolage, elle avait la couleur du soleil qui donne du courage au cœur...


Le soleil au cœur ?

J'ai repris le métro, et je ne sais de quoi sera fait le prochain post... Si je revenais à Venise ?