Pour Charlie, les Policiers et pour les Juifs assassinés par les terroristes...
dimanche 11 janvier 2015
jeudi 8 janvier 2015
jeudi 1 janvier 2015
mercredi 17 décembre 2014
Les neiges du Mont Fuji...
La grande vague de Kanagawa - Okusai
L'autre soir, dans la petite église qui se trouve juste en bas de chez moi, nous donnions un concert avec ma chorale conjointement avec un chœur voisin de notre ville. Rien de bien extraordinaire jusque-là, mais ce soir-là nous avions dédié nos chants à notre "ancienne" choriste qui partait en maison de retraite. Nous nous demandions si nous allions pouvoir chanter, tellement nous avions le cœur gros. Cette femme formidable partait malgré elle, ayant de grandes difficultés maintenant pour rester seule chez elle. Elle était de notre chœur depuis le début, peut-être 25 ans et même plus... Jamais elle n'avait oublié une seule répétition, quand il lui était arrivé de manquer, nous nous demandions : mais où est Jeannette ? Est-elle souffrante, un ennui, un empêchement majeur ? Nous nous engagions tout de suite à lui téléphoner pour en être informés...
Souvent ces dernières années, dès les premières absences, quand elle restait trop longtemps sans nous donner de nouvelles, je l'appelais pour tout savoir ... Souvent nous avions parlé de ce que la vie avait de cruel : très/trop tôt au travail, un fils très malade, des soins de tous les instants nécessitaient tous les jours sa présence auprès de lui. Jeannette assurait comme un petit soldat la bagarre perpétuelle avec les difficultés de sa vie, jamais une plainte, jamais un regret, jamais une mauvaise humeur, Jeannette était comme une cuillère de miel, mais nous savions tout ce qu'elle affrontait, supportait avec le sourire, nous l'admirions...
Le Mont Fuji - Okusai
Le temps a passé à chanter, à jouer, à danser dans des spectacles composés spécialement pour nous, nous en avons vu de toutes les couleurs, c'était le bonheur... Nous avons eu peur, nous avons eu le trac à faire claquer nos genoux, mais nous avons chanté... Nous avons voyagé tous ensemble, donné des concerts au-delà de nos frontières, avec notre chef de chœur à nos côtés, c'était le bonheur... Nos chefs se sont succédé, et le groupe a résisté, nous sommes restés ensemble...
Quand nous avons fêté nos vingt ans d’existence, nous n'en revenions pas : pas possible, vingt ans déjà ! Vous vous souvenez ?
On se souvenait de tout... Nous pouvions évoquer ces souvenirs avec le sourire, fiers et comblés...
L'autre jour, dans la petite église, je revoyais dans cet au-revoir à notre Jeannette les autres départs, les absents, les malades du moment, et aussi nos cheveux blancs qui s'étaient installés, j'ai pensé que nous étions comme le Mont Fuji, solidement planté dans le paysage avec sa petite neige éternelle... Quand quelqu'un de nous souffrait, nous étions des adeptes de la carte postale, une grande, très grande pour que nous ayons la place de mettre : nous t'embrassons, reviens vite, prends courage, nous pensons à toi, et c'était vrai, nous y pensions...
Le mont Fuji avec sa neige éternelle - Okusai
Nos repas pantagruéliques de fin d'année, de fin de spectacle, souvent pour rien du tout, uniquement pour notre plaisir je m'en souvenais parfaitement... Nous avions toujours du mal à terminer nos agapes sans : encore une chanson, une polyphonie de derrière les fagots, allez, chantons celle-ci, et puis celle-là, jamais nous n'en avions terminé... Allez les amis, à la prochaine répétition, n'oubliez pas, impossible d'oublier, tu penses !
Dans l'église ce soir-là, nous commencions le concert par un Kyrie corse, tonitruant, époustouflant Kyrie qui demandait tout à nos poumons. Moi je pensais avec quelques unes qu'il était parfait pour Jeannette, spécialement pour elle, le plus fort , le plus haut, le plus ensemble possible, comme nous l'avons bien chanté ! J'ai pu l'avoir sans pleurer de toutes mes forces, avec de la tristesse en tête...
Des 36 vues du Mont Fuji - Okusai
Elle était au premier rang avec sa canne et son sourire, à la fin elle m'a dit : j'ai eu la chair de poule, plaisir suprême, compliment le plus total qui soit, elle avait chanté avec nous, discrètement remué les lèvres avec les paroles retrouvées. Elle était venue bien en avance, comme une reine, accompagnée par les amis qui étaient allés la chercher jusqu'à son escalier, quand nous l'avons vue de loin, nous nous sommes dit : nous pouvons commencer, le monde petit à petit avait rempli les bancs... Elle était là, nous le savions, pour la dernière fois...
J'ai beaucoup pensé à notre vitalité, à notre son si spécial, à notre joie si visible de chanter ensemble, on nous l'a dit et redit... On le croyait, notre chœur était spécial, spécialement ensemble même dans le désordre... On ne sait pas pourquoi, nous étions si près les uns des autres, depuis des temps et des temps...
Ce groupe chantant faisait depuis longtemps partie de notre vie, malgré les manquants, les cheveux blancs, et quelques voix aiguës qui s'étaient repliées vers le pupitre plus grave, les cœur étaient restés les mêmes, nous n'en avions jamais fini de vouloir chanter, de faire des projets, de progresser encore : le travail, il n'y a que ça pour aller plus loin... Nous le savions si bien, mais nous avions quelques fois de la peine à l'appliquer...
Je me disais aussi à la fin du concert, quand nous nous sommes retrouvés les cinquante, soixante choristes si près de l'autel, sous la baguette du chef, comment faire pour partir à temps, bien des fois je m'étais promis : bon quand j'aurais dépassé les 65 ans je partirais, et je ne l'ai pas encore fait... Je laisse le temps décider pour moi...
La côte des sept lieux à Kamakura - Okusai
Pour Jeannette, à la fin des fins du concert, après les applaudissements et les saluts, il y eut le cadeau, le beau cadeau bien chaud, bien doux pour mettre sur ses épaules l'hiver, l'automne et même au printemps quand soufflent les petits vents bien riquiquis qui seront encore froids pour elle, si frileuse...
Elle va au bord de la mer, près d'une de ses filles, si douce et souriante, elle aura bientôt son portable dans sa poche, nous resterons en direct branchés sur ses nouvelles, peut-être entendrons-nous les vagues et les mouettes sous ses fenêtres ? Elle si indépendante, si vive, je la rencontrais souvent au marché le dimanche matin, papotant de droite et de gauche, plutôt de gauche, elle n'avait pas ses idées dans sa poche, elle restait lucide...
Jeannette, bon vent du large, nous ne chanterons plus ensemble, la vie est méchante, c'est maintenant que je pleure...
La route est longue, pas si longue que ça... Chantons !
vendredi 12 décembre 2014
Juste avant les fêtes de fin d'année... Avec F. Wiseman et Mike Leigh
Une restauratrice au travail, image du film National Gallery,
J'avais prévu de faire un nouveau post avec la visite de la ville de Brescia en Lombardie du Nord, et puis le temps a passé avec mille choses à faire, à voir, à réfléchir... Je remets donc la visite de cette belle endormie où sommeillent plus de trente églises de tous les styles, toutes plus belles et plus intéressantes les unes que les autres... Un énorme patrimoine de la préhistoire à l'époque romaine, un site Santa Giula à couper le souffle (inscrit au patrimoine mondial), avec le Monastère des religieuses bénédictines datant du 8e siècle...
Je saute donc 2000 ans d'histoire pour vous parler de cinéma... Avec deux grands réalisateurs, l'un est américain, Frederick Wiseman (85 ans), il ne réalise que des documentaires, j'ignorais tout de lui avant de voir sa dernière oeuvre : National Gallery, trois heures de bonheur complet à le suivre dans ce musée londonien, Wiseman n'abuse pas des commentaires, il n'en fait jamais, jamais de musique non plus, vous restez le promeneur solitaire qui découvrez ce grand musée anglais, avec ses animateurs d'art, ses ateliers de restaurations, ses réparateurs d'art que sont les doreurs, sculpteurs... J'ai adoré le discours de ces spécialistes de l'art qui invitent le public à plonger dans l'histoire contemporaine de la création de l'oeuvre pour mieux le comprendre et l'apprécier, sans démonstrations pédagogiques formelles. Cette approche met en appétit, par ce simple retour en arrière : voir avec les yeux de l'époque permet de regarder autrement, d'élargir son horizon, de se passionner, de refaire un cheminent jusqu'à notre époque, l'histoire de l'art est une histoire humaine...
Wiseman fait avec talent le tour du musée, il nous permet ainsi d'assister à un conseil d'administration, nous initie aux soucis financiers rencontrés par ces grandes maisons... Il nous montre la National Gallery par tous les bouts de sa lorgnette... Il nous immerge dans ce grand vaisseau, j'ai vogué avec plaisir sans trouver le temps long...
Mr Turner au travail, image du film de Mike Leigh
Dès la bande annonce, je me suis dit : encore un film que je vais courir voir, j'ai donc guetté sa sortie avec enthousiasme et je n'ai pas été déçue. Mike Leigh je le connaissais, j'ai vu beaucoup de ses films, toujours émouvants, des moments de vies simples filmés avec talent, avec des acteurs époustouflants de vérité, souvent de l'émotion à l'état pur.
Mais là, avec Monsieur Turner il surprend encore, émeut bien sûr et vous emporte dans la vie du peintre durant les 25 dernières années de sa vie... Misanthrope, sauvage, bougon, solitaire, sans compromis, plein de pudeur, l'artiste vit avec son père qu'il adore, et sa fidèle servante qu'il assiège durement... Il passera les dernière années de sa vie auprès d'une nouvelle compagne qui saura l'encourager, le chouchouter, l'aimer...
Timothy Spall, acteur souvent employé par le cinéaste, est un Turner magnifique !
Monsieur Turner transforme la peinture académique qui sévit en Occident depuis la Renaissance, il exploite la lumière d'une manière différente, vaporeuse, incandescente, il éclaire ses sujets comme personne avant lui, ses horizons prennent une place énorme dans ses toiles, il dissimule les formes sous des nuages, des brouillards, des vapeurs, des halos de lumière, donnant à ses œuvres une beauté nouvelle, un mystère, une poésie qui dépassent les conventions admises de l'époque, il est sans conteste un précurseur des Impressionnistes, il crée un art nouveau, il re-présente le monde à ses contemporains...
La reconstitution historique est un régal... Courrez le voir et dites-m'en des nouvelles !
Une manière de bien commencer ou terminer l'année avec des œuvres importantes pour dissiper un moment les grisailles de notre époque... Champagne !!
dimanche 23 novembre 2014
Automne 2014 dans l'Indre... Le défilé des souvenirs...
Le tas de bois au bout du sentier
J'habite l'Indre pendant un mois par an, dans mon château, ma villa, mon jardin d'automne, que je loue chaque année pas du tout pour des raisons de santé, mais pour la joie, la beauté de tous ses sentiers. C'est une ancienne petite fermette toute retapée par le propriétaire dans les moindres détails, c'est beau, et le jardin est recouvert d'herbe drue et bien verte, il y a deux grands arbres : un tilleul et un figuier qui s'entrelacent près du vieux puits, ils ont le même âge, sans doute près de 100 ans...
Le défilé des souvenirs :
Le défilé des souvenirs :
La confiture de mûres, faite avec les baies ramassées à la main, les pieds dans les ronces, leur odeur sucrée, vanillée, divine, quand elle se mettent à bouillir dans le chaudron, en un tour de main j'en avais aligné quelques pots sur la table, chaque année j'ai recommencé... Pourtant cette année j'y ai renoncé, j'en avais encore largement assez dans mes placards pour attendre l'an prochain...
Les noix, je savais sous quels arbres il fallait ramasser les plus grosses, quelquefois quand l'année était moins bonne je glanais aussi les petites, il ne fallait pas faire la difficile, l'année dernière je les ai toutes épluchées, enlevé même la petite peau si fine, je les ai mises dans des pots en verre et quand j'ai voulu les manger, offrir, elles étaient toutes moisies, j'ai tout jeté... Tristement ! Mais non Danielle, il ne fallait pas faire comme ça, tu dois juste les casser sans te presser, l'hiver au coin du feu ou de ton radiateur, ne t'embête pas avec la petite peau, tu les mets au congélateur, ça marche très bien... Je vais faire comme ça...
Les noix
Les noisettes, j'en ai rempli de pleins paniers, j'allais chez une voisine qui avait un petit parc aussi beau que le Paradis, à la fin du mois de septembre, aux pieds des noisetiers, il y poussent des milliers de cyclamens sauvages, des violets, des blancs, pour la cueillette des noisettes il fallait faire attention à ne pas piétiner les fleurs... En choisissant les plus grosses, elle me racontait ses voyages à l'autre bout du monde, me montrait les photos, m'expliquait tout ! C'était passionnant... On s'asseyait sur un banc...
Les noisettes
Les fruits du grand figuier, bien en évidence au dessus de la table de la salle à manger du jardin, étaient toujours mûres à point pour les desserts, cette année j'ai essayé d'en faire de la confiture, je ne l'ai pas encore goûtée, j'attends les crêpes et les copains pour la Chandeleur, un peu avant ou un peu après, nous avons toujours autant de plaisir à les manger, mais la confiture qu'ils préfèrent c'est quand même celle que je fais avec des oranges achetées chez le marchand du coin, celles des mûres et même des mirabelles viennent très loin derrière... Mes clients sont difficiles.
Le désert réjouissant au dessus de la table en plein air
Les grosses salades du jardin de mes hôtes, les haricots verts, les courgettes, les tomates et les aubergines me sont livrées presque tous les matins, avec le sourire, le bonjour et les baisers, tu n'as besoin de rien d'autre ? Merci c'est merveilleux, merci mes amis.
Tous les jours j'ai besoin de toute la beauté du coin, de respirer, de marcher dans l'herbe, de regarder le ciel étoilé...
Tous les jours j'ai besoin de toute la beauté du coin, de respirer, de marcher dans l'herbe, de regarder le ciel étoilé...
Souvent avec les légumes du jardin, il y avait quelques grappes du raisin qui commençait à être mûr, en échange, je prenais des nouvelles de la famille, du voisin, on parlait de tout ce qui n'allait pas si bien que ça, maintenant qu'on se connaissait depuis des années on ne se gênait plus pour se lamenter sur les mauvais jours, les mauvaises nouvelles qui font mal, qui blessent, qui tenaillent, qui font souffrir plus que d'autres, on se prenait dans les bras... C'étaient les brassées de certains matins... Tu fais quoi cet après-midi ? Je vais voir les champs, je roule, je pédale, je vais faire mes petits tours parfumés aux odeurs de l'automne... Tu as raison, bonnes promenades, fais attention... Tu as mon numéro de portable ? Je l'avais...
Les odeurs, celles des feux de feuilles, de branches et d'herbes, quelle bénédiction, il fallait attendre d'être dans le bon vent, celui qui garde la fumée bien droite, c'est la loi, il ne faut pas enfumer son voisin, mon hôte savait que je prenais ses flammes en photo, il me prévenait : Danielle, je prépare un feu pour demain... Quand il avait déchargé ses tombereaux de végétaux, il plantait sa fourche juste devant, le feu changeait de hauteur presque tous les jours, il renaissait de ses cendres au fur et à mesure que le grand jardinier nettoyait le petit parc, il coupait, égalisait, élaguait, et transportait ses coupes dans une jolie petite charrette jusqu'au tas de bois vert à brûler... Alors-là, les odeurs se répandaient jusque dans nos maisons respectives, j'avais juste envie de respirer jusqu'à complète extinction du feu...
Le beau tas d'herbes au début, devant une rose trémière
Le petit cratère du soir
Mise à jour du tas un matin suivant
La petite charrette de ramassage
Les vaches dans les prés, toujours tranquilles, tiraient la langue, faisaient claquer leur queue, bougeaient leurs oreilles pour chasser les mouches, pissaient un coup, bousaient mollement à qui mieux mieux, c'était toujours une merveille de les voir, on se regardait de longs moments dans les yeux jusqu'à ce qu'elles abandonnent la place pour continuer leur repas... Souvent je m’asseyais juste devant elle, mais pour me relever, il fallait que je tire sur mes bras pour que mes jambes en fassent autant... Quel travail !
Les cygnes, les hérons, les ragondins, les canards glissaient les uns à côté des autres sans se déranger, ils formaient des ronds, des triangles, des zigzags sur la surface de l'eau, l'étang est toujours resté ma promenade favorite, je restais des heures dans le silence, la beauté, la lumière et le doux froufrou des ailes des oiseaux sauvages qui se déplacent dès le moindre bruit, de temps en temps une carpe sautait par dessus l'horizon, juste pour se détendre...
À la ferme d'à côté, où toutes les vaches sont enfermées pour la traite de leur lait, pas de sortie pour elles, elles doivent rester à côté de la trayeuse électrique, matin et soir, leur lait coule dans les tuyaux, la paille de leur litière est changée deux fois par jour, mais le spectacle reste pitoyable, il ne vaut pas celui que donnent leurs collègues dans les champs... Ici, elles ont très vite de la merde jusqu'au cou, on peut dire tout ce qu'on veut, moi je les plains...
Je bavarde avec l'éleveur, il répond à toutes mes questions, il ne me cache rien, je crois, il est pour les grands rassemblement d'animaux dans les fermes des 1000 vaches, plus besoin d'importer le lait, savez-vous que tous les yaourts de chez Danone sont faits avec du lait qui vient de Lituanie ? Pas du tout, je ne sais rien de tout ça...
Il continue de faire un élevage pas du tout intensif de deux gros cochons roses pour avoir à disposition les jambons, les boudins, les côtelettes, tout ce qui fait du bien avec de la purée ou des patates sautées...
Derrière l'église, il y a un petit chemin exposé tout le temps au soleil, il traverse des jardins, tout le long des petits murets de pierres sèches, les fleurs et les arbres dépassent, il faut que je me mette sur la pointe des pieds pour apercevoir plus facilement les pommiers et les plans de tomates... On n'entend rien de ce côté-là, pas de voitures, pas de promeneurs non plus, je suis toujours seule à suivre ce sentier...
Les reines des reinettes sont les seules pommes que j'aime à la folie, cette année je n'en ai trouvées aucune, j'ai roulé, roulé jusqu'au seul coin où je sais qu'elles poussent sur un grand pommier sauvage, cette année pas une à me mettre sous la dent, quel dommage pour les tartes et les compotes... Il faudra attendre l'année prochaine, j'espère !
Le petit chemin vert, les gens d'ici l'appellent "la routine", tout à côté de chez moi, est un objet d'admiration permanente, du matin au soir il change de vert, vert d'eau jusqu'au vert bouteille, j'ai juste une porte à pousser, vous le verriez, vous en tomberiez tout de suite amoureux... Voilà où j'en suis.
Je ne peux pas vous parler de tout ce que j'ai vu, ça finirait par vous ennuyer... Cependant, encore un dernier mot : l'atelier de mon hôte, un grand hangar plein de trésors (il fait tout dans sa maison et son jardin) est très, très, très bien rangé, même plus que cela, j'y ai vu des tableaux, des obsessions, des marottes, j'ai tout pris en photos et je lui ai montré les photos de ses œuvres, il a ri, et puis j'ai pris tout ce qui traînait dans le jardin, tout ce qui me plaisait, il m'a dit, mais c'est incroyable Danielle, tu as les yeux partout, toutes ces choses que je ne voyais plus... Il n'en revenait pas de tout redécouvrir, depuis, il ne fait pas plus attention qu'avant, il me laisse aller partout en toute liberté, c'est vraiment bien... Dans son jardin, son hangar, j'ai tout le temps fait des découvertes... Une fois sur ma tablette et sur Facebook, nous les regardions ensemble... Je vous en fais profiter :
Les beaux tuyaux et les outils du hangar de mon hôte :
Les beaux tuyaux et les outils du hangar de mon hôte :
De l'ordre certes, et des harmonies parfaites
Dans le jardin de mes hôtes :
Des ombres, des lumières et des couleurs
Prochaine promenade : Brescia la Lombarde, la belle des belles...
vendredi 21 novembre 2014
Voilà c'est fait, ma voisine Alice a 100 ans !
Samedi tout le monde avait sorti
ses beaux habits, le champagne coulait à flots, les fleurs arrivaient par
wagons, les paquets, les cadeaux tenus à bout de bras par les visiteurs étaient
de toutes les couleurs, les petits, les gros, avec des rubans et des bolducs
blancs…
Quand je suis arrivée à la salle
municipale, louée pour l’occasion par sa famille, il y avait un brouhaha
sympathique, les appareils photos crépitaient doucement, un petit peu par-ci, un petit peu par-là, s’il vous plait souriez, parfait, c’est pour la postérité…
Sur une grande table tout était
disposé aux regards, les présents et les fleurs, je ne suis pas restée jusqu'au
bout pour voir la distribution… Mais vu l’amoncellement, ça a dû prendre un sacré
moment…
Les bavardages allaient bon
train, la famille, les locataires (les plus anciens de l’immeuble, ceux qui la
connaissaient de près), les amis de tous âges,
le Maire est arrivé avec son photographe, allez madame Alice, vous serez
dans le journal, c’est pas tous les jours qu’on a 100 ans !
Je voyais Alice qui courrait
partout, elle n’entendait rien mais souriait à tous, comme elle le fait
d’habitude, elle sourit avant les mots, elle fait comme elle peut… Je me
disais, elle qui ne voulait pas de fête, la voilà servie…
Après il y eut un repas pour la
famille, ils étaient au moins quarante m’a-t-elle dit plus tard, il y en avait,
il y en avait, le lendemain nous avons encore déjeuné avec les restes pour 15
personnes, vous vous rendez compte…
Hier encore j’ai eu de la famille
qui arrivait de Suisse, nous étions cinq, c’est moi qui ai préparé le repas... Je
n’en revenais pas, mais comment faisait-elle, Alice, pour trouver tant d’énergie ?...
Danielle, j’ai eu plein de
cadeaux, mais comme les noms ne sont pas marqués dessus, je ne sais plus de qui
ça vient, il faudra que je vois ça avec ma fille.
Elle allait promptement vider ses
tiroirs pour me montrer le beau pyjama de soie bleue, l’écharpe rose en pur cachemire, venue d’une grande maison, le foulard bleu en coton fin. Les fleurs, il y en avait partout, devant la
télévision qu’elle ne regarde jamais, une énorme corbeille de fleurs de toutes
les couleurs, des glaïeuls blancs, des roses, des roses, des roses... Quand je suis entrée chez Alice il y avait une odeur de jardin qui flottait dans l'air, un jardin de toutes les saisons, de tous les horizons, c'était le blanc et le mauve qui dominaient, des couleurs douces comme des bonbons au miel...
Dans sa cuisine encore des
fleurs, des orchidées mauve tendre, des grands papillons, en pleine floraison,
une vraie beauté... Regardez ! Un à un elle me faisait faire le tour de ses
vases : j’adore les fleurs et là et encore là, voyez !
Puis nous nous sommes assises sur
son canapé et nous avons un peu parlé du dessous des cartes : vous n’êtes pas
trop fatiguée, Alice ? Crevée, je suis crevée, ce soir je vais me coucher
très tôt, dans la salle je n’entendais rien, quand il y a plus d’une personne
c’est le brouillard, ça me résonne dans la tête, pourtant j’ai des
amplificateurs d’oreilles tout neufs, mais c’est pareil, plus d’une personne, je
ne distingue plus rien… Elle vous dit tout ça avec le sourire, et ses grands
yeux bleus sourient aussi.
A Noël ils vont vouloir
m’emmener je ne sais pas où... Mais vous serez fatiguée, Alice... Ah !
Fatiguée je m’en fiche, j’ai largement l’âge de mourir ! Le plus tard possible
Alice, le plus tard possible, elle souriait encore, mais je savais qu’elle
était prête pour le grand saut depuis longtemps...
Bon, Alice, je vous laisse,
terminez bien votre repas, allez vous coucher de bonne heure, je reviens vous
voir très vite...
Alice a 100 ans, je suis
émerveillée par sa vivacité, son esprit vif, sa silhouette fine et ses cheveux
toujours parfaitement coiffés...
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