Le peintre était parti se mettre à l'ombre...
En allant faire mes courses, j'avais aperçu le peintre sur le pont, un emplacement d'élite, un point de vue unique, la belle église San Raffael (une des églises que je préfère) au loin. Le petit canal se la coulait douce, c'était une fin de matinée paisible, je n'avais pas envie de partir de Venise en courant, le soleil certes était à son zénith, il fallait mettre un chapeau, avoir une bouteille d'eau à portée de main, ou un bistrot pas loin... J'ai continué mon chemin, je ne voulais pas sortir mon appareil photo sous le nez du peintre, quelle drôle d'idée...
Tout en repassant la liste des courses dans ma tête, je me disais : s'il est encore là au retour, je dégainerais mon appareil photo, tant pis... Chouette, seuls le chevalet et l’outillage étaient encore sur le pont, le peintre était allé se rafraîchir à l'ombre, dans le bistrot d'à côté, oui, je l'apercevais un verre à la main, tant mieux, prends ton temps mon gars, je vais tirer le portrait à ton oeuvre qui me paraît bien jolie...
J'avais posé mon sac à provisions en bas des marches, sur sa toile, il y avait du ciel bleu, du rose, de l'eau calme, les clochers étaient bien à leur place, une belle perspective, de quoi faire des heureux... J'ai déclenché !
J'apercevais en bas du chevalet un plus petit tableau, une esquisse de la vue qui se trouvait à sa gauche, il avait dû juste déplacer son chevalet de quelques centimètres... Il y avait deux ponts, mon pont était bien tout au bout... Tout y était, je voyais les couleurs de Venise...
Son sac à dos à roulettes où il rangeait tout son matériel l'attendait sagement, tout était en ordre...
J'en ai vu d'autres, des peintres, au cours de mon séjour, je ne les avais jamais tant regardés que cette année.
Attentive, la jeune femme dessinait dans le brouhaha...
C'était un autre jour, j'étais allée du côté de la place San Marco voir le monde, il y en avait vraiment beaucoup, il suffit de ne pas rouspéter, de chercher quelque chose de beau à regarder, ce qui ne manque pas par ici, et toute votre envie de quitter les lieux s’évanouit...
Je m'étais trouvée une place sur un banc en pierre le long du Palais des Doges, bien à l'ombre, et je l'ai vue, avec ses baskets à semelles oranges, sagement assise sur un petit tabouret pliant, elle ne bougeait pas du tout, seule sa main faisait des petits mouvements rapides... Nous sommes restées un moment, elle à dessiner, moi à la regarder, j'ai déclenché !
L'artiste vendait ses œuvres sur la droite...
Un autre jour encore, j'allais voir les nouveautés du côté des Frari, il y avait du monde aussi, mais j'avais tout de suite repéré l'artiste qui faisait des dessins à toute allure, sa boutique tenait toute entière sur le chevalet, présent toute la journée, sans se lasser ? Je ne sais pas, certains de ses beaux dessins étaient à peine plus chers qu'une douzaine de cartes postales, les peintres d'ici ont tout Venise dans la tête, il suffit de demander, un pont, un puits, un monument, pas de problème, j'ai tout ce qu'il vous faut...
J'ai vu qu'il y avait un nouveau glacier, mais tout le reste était pareil, je crois... J'ai remarqué les traces des inondation des 4 novembre 1966 et du 2 août 1902 sur les murs de l'église des Frari, je ne les avais jamais remarquées : j'ai déclenché !
Les "acqua alta" du 4 novembre 1966 et du 2 août 1902 sont signalées dans la pierre sur le mur des Frari, on a du mal à s'imaginer l'eau à cette hauteur...
2 août 1902
Le dessinateur
Toujours au même endroit, discrètement adossé à la très belle église des Frari, notre homme de l'art esquissait... Je n'ai pas osé approcher plus près, je ne sais donc pas ce qui se passait sous sa mine de crayon, mais à Venise, tous les coins sont bons, il faudrait s'asseoir mille fois par jour pour prendre des notes, dessiner, peindre, photographier... Voyez comme les amateurs de dessins s'équipent de petits sièges pliants, très facile à transporter... : Bien sûr j'ai déclenché !
Artiste peintre ayant pignon sur rue
Installé plus durablement, commercialement, face au mur qui annonce une exposition d'art contemporain, l'artiste fait ses preuves de mémoire, il connait tout par cœur, il connait Venise comme sa poche, et on a vite fait le tour d'une poche... Fascination, j'ai déclenché !
Artiste inspirée...
Je venais de sortir de cette sublime église San Cassiano que je visitais pour la première fois, j'en suis encore étonnée aujourd'hui, et j'ai aperçu cette jeune femme librement inspirée, sa robe s'harmonisait parfaitement avec son oeuvre, elle ne voyait pas du tout le monde qui l'entourait, elle prenait toute la place, elle était dans son monde... Elle avait le dos tourné vers son rêve... J'ai déclenché avec bonheur...
Cette église San Cassiano m'a enchantée, elle a été édifiée au Xe siècle et remaniée au XVIIe, l'extérieur est d'une grande sobriété, elle passe inaperçue, sans doute la connaissez-vous dans tous ses détails, mais moi je la découvrais :
San Cassiano invisible
Son décor intérieur est raffiné, beaucoup de marbres polychromes, des stucs, je sautais comme un cabri, j'allais d'un tableau à l'autre, d'une colonne à l'autre, d'un détail à l'autre, je ne pouvais pas immédiatement voir l'ensemble... J'ai été subjuguée d'abord par les lustres, les lanternes en verre de Venise, il y avait une petite coquille Saint-Jacques en verre dans le bénitier dès l'entrée, j'ai adoré !
Une église à trois nefs
Lampions et lustres de l'églises Cassiano
Les oeuvres de Tintoret, Tiepolo, Marconi, Bassano... étaient tantôt dans l'ombre ou trop à la lumière, impossible de prendre des photos
La coquille Saint-Jacques en verre
Une descente de croix, le Christ est porté par les anges, sculpture en bois, très délicate, très équilibrée, très touchante
Sur le côté, près du chœur, la porte d'une petite chapelle (San Carlo Borromeo, construite en 1746) était ouverte, et j'ai vu les marbres, les stucs, les peintures et les boiseries, j'avais bien l'impression que tout était resté à la même place depuis le 18e siècle... Une atmosphère de chapelle et de salon, à cause des sièges roses...
La porte était ouverte... Une invitation à la visite, je n'ai pas tiré la chevillette, je suis entrée...
L'intérieur de la petit chapelle
Petit autel
Petite perspective, précieuse
Belle porte en bois donnant dans l'église
J'y reviendrai l'année prochaine, cette église m'a impressionnée, je m'y installerai comme un peintre, mes pinceaux seront dans mon appareil photo... Patientez !





























































