mardi 14 octobre 2014

Venise juillet 2014... Les peintres... Sur les motifs (6)



Le peintre était parti se mettre à l'ombre...

En allant faire mes courses, j'avais aperçu le peintre sur le pont, un emplacement d'élite, un point de vue unique, la belle église San Raffael (une des églises que je préfère) au loin. Le petit canal se la coulait douce, c'était une fin de matinée paisible, je n'avais pas envie de partir de Venise en courant, le soleil certes était à son zénith, il fallait mettre un chapeau, avoir une bouteille d'eau à portée de main, ou un bistrot pas loin... J'ai continué mon chemin, je ne voulais pas sortir mon appareil photo sous le nez du peintre, quelle drôle d'idée...

Tout en repassant la liste des courses dans ma tête, je me disais : s'il est encore là au retour, je dégainerais mon appareil photo, tant pis... Chouette, seuls le chevalet et l’outillage étaient encore sur le pont, le peintre était allé se rafraîchir à l'ombre, dans le bistrot d'à côté, oui, je l'apercevais un verre à la main, tant mieux, prends ton temps mon gars, je vais tirer le portrait à ton oeuvre qui me paraît bien jolie...

J'avais posé mon sac à provisions en bas des marches, sur sa toile, il y avait du ciel bleu, du rose, de l'eau calme, les clochers étaient bien à leur place, une belle perspective, de quoi faire des heureux... J'ai déclenché !

J'apercevais en bas du chevalet un plus petit tableau, une esquisse de la vue qui se trouvait à sa gauche, il avait dû juste déplacer son chevalet de quelques centimètres... Il y avait deux ponts, mon pont était bien tout au bout... Tout y était, je voyais les couleurs de Venise...

Son sac à dos à roulettes où il rangeait tout son matériel l'attendait sagement, tout était en ordre...

J'en ai vu d'autres, des peintres, au cours de mon séjour, je ne les avais jamais tant regardés que cette année.


Attentive, la jeune femme dessinait dans le brouhaha... 

C'était un autre jour, j'étais allée du côté de la place San Marco voir le monde, il y en avait vraiment beaucoup, il suffit de ne pas rouspéter, de chercher quelque chose de beau à regarder, ce qui ne manque pas par ici, et toute votre envie de quitter les lieux s’évanouit...

Je m'étais trouvée une place sur un banc en pierre le long du Palais des Doges, bien à l'ombre, et je l'ai vue, avec ses baskets à semelles oranges, sagement assise sur un petit tabouret pliant, elle ne bougeait pas du tout, seule sa main faisait des petits mouvements rapides... Nous sommes restées un moment, elle à dessiner, moi à la regarder, j'ai déclenché !


L'artiste vendait ses œuvres sur la droite...

Un autre jour encore, j'allais voir les nouveautés du côté des Frari, il y avait du monde aussi, mais j'avais tout de suite repéré l'artiste qui faisait des dessins à toute allure, sa boutique tenait toute entière sur le chevalet, présent toute la journée, sans se lasser ? Je ne sais pas, certains de ses beaux dessins étaient à peine plus chers qu'une douzaine de cartes postales, les peintres d'ici ont tout Venise dans la tête, il suffit de demander, un pont, un puits, un monument, pas de problème, j'ai tout ce qu'il vous faut...

J'ai vu qu'il y avait un nouveau glacier, mais tout le reste était pareil, je crois... J'ai remarqué les traces des inondation des 4 novembre 1966 et du 2 août 1902 sur les murs de l'église des Frari, je ne les avais jamais remarquées : j'ai déclenché !


Les "acqua alta" du 4 novembre 1966 et du 2 août 1902 sont signalées dans la pierre sur le mur des Frari, on a du mal à s'imaginer l'eau à cette hauteur...


2 août 1902


Le dessinateur

Toujours au même endroit, discrètement adossé à la très belle église des Frari, notre homme de l'art esquissait... Je n'ai pas osé approcher plus près, je ne sais donc pas ce qui se passait sous sa mine de crayon, mais à Venise, tous les coins sont bons, il faudrait s'asseoir mille fois par jour pour prendre des notes, dessiner, peindre, photographier... Voyez comme les amateurs de dessins s'équipent de petits sièges pliants, très facile à transporter... : Bien sûr j'ai déclenché !


Artiste peintre ayant pignon sur rue

Installé plus durablement, commercialement, face au mur qui annonce une exposition d'art contemporain, l'artiste fait ses preuves de mémoire, il connait tout par cœur, il connait Venise comme sa poche, et on a vite fait le tour d'une poche... Fascination, j'ai déclenché !


Artiste inspirée...

Je venais de sortir de cette sublime église San Cassiano que je visitais pour la première fois, j'en suis encore étonnée aujourd'hui, et j'ai aperçu cette jeune femme librement inspirée, sa robe s'harmonisait parfaitement avec son oeuvre, elle ne voyait pas du tout le monde qui l'entourait, elle prenait toute la place, elle était dans son monde... Elle avait le dos tourné vers son rêve... J'ai déclenché avec bonheur...

Cette église San Cassiano m'a enchantée, elle a été édifiée au Xe siècle et remaniée au XVIIe, l'extérieur est d'une grande sobriété, elle passe inaperçue, sans doute la connaissez-vous dans tous ses détails, mais moi je la découvrais :


San Cassiano invisible

Son décor intérieur est raffiné, beaucoup de marbres polychromes, des stucs, je sautais comme un cabri, j'allais d'un tableau à l'autre, d'une colonne à l'autre, d'un détail à l'autre, je ne pouvais pas immédiatement voir l'ensemble... J'ai été subjuguée d'abord par les lustres, les lanternes en verre de Venise, il y avait une petite coquille Saint-Jacques en verre dans le bénitier dès l'entrée, j'ai adoré !


Une église à trois nefs







Lampions et lustres de l'églises Cassiano

Les oeuvres de Tintoret, Tiepolo, Marconi, Bassano... étaient tantôt dans l'ombre ou trop à la lumière, impossible de prendre des photos


La coquille Saint-Jacques en verre


Une descente de croix, le Christ est porté par les anges, sculpture en bois, très délicate, très équilibrée, très touchante

Sur le côté, près du chœur, la porte d'une petite chapelle (San Carlo Borromeo, construite en 1746) était ouverte, et j'ai vu les marbres, les stucs, les peintures  et les boiseries, j'avais bien l'impression que tout était resté à la même place depuis le 18e siècle... Une atmosphère de chapelle et de salon, à cause des sièges roses...


La porte était ouverte... Une invitation à la visite, je n'ai pas tiré la chevillette, je suis entrée...


L'intérieur de la petit chapelle


Petit autel


Petite perspective, précieuse


Belle porte en bois donnant dans l'église

J'y reviendrai l'année prochaine, cette église m'a impressionnée, je m'y installerai comme un peintre, mes pinceaux seront dans mon appareil photo... Patientez !

dimanche 12 octobre 2014

Venise, juillet 2014... Le palais Fortuny... (5)



La très belle cour du Palais Fortuny (ancien Palais Pesaro)

Ce palais fait partie des lieux que j'adore à Venise, dès l'entrée vous êtes transportés dans un monde de beauté, de calme et de passion...

Ce vieux palais du XVe siècle fut racheté en 1900 (dans un état assez délabré) par Mariano Fortuny y Madazo, artiste espagnol né à Grenade le 11 mai 1871 et mort à Venise le 3 mai 1949. Couturier et créateur de textile, d'origine espagnole, il fit sa fortune à Venise, il fut aussi peintre, photographe, architecte, sculpteur, graveur et scénographe. Il se considère d'ailleurs avant tout comme un inventeur et un artiste peintre. Il y installa ses ateliers dédiés à ses nombreuses activités, il redonna au palais (dont il devient propriétaire dans son intégralité en 1931) toute sa splendeur d'origine, et sa veuve le légua à la ville de Venise en 1956. 

Aujourd'hui le musée propose également des expositions qui mettent en valeur de très belles œuvres d'artistes contemporains, et on peut toujours y admirer les œuvres de Mariano Fortuny. La pénombre et les lumières de ce lieu préservent du soleil les textiles des tentures et tissus, ainsi que la fragilité des objets exposés... C'est un endroit magique, de grands sofas permettent au public de respirer, et de s’imprégner de cet endroit hors du commun.

Cette année, le palais entièrement restauré exposait des oeuvres de l'artiste japonaise Mitsue Mishima, née à Kyoto en 1962 et installée à Venise depuis une vingtaine d'années, j'avais eu le très grand bonheur de voir ses pièces de verre transparent au palais Grimani l'année dernière, un enchantement...






Pièces de verre exposées au palais Fortuny


Au palais Grimani en 2013

Le palais est un aussi un théâtre, les richesses du lieu et les œuvres sont mises en scène avec goût, subtilité et discernement, chaque pièce est ainsi parfaitement mise en valeur, la qualité des expositions tient non à la profusion mais à la sélection judicieuse des œuvres : ne pas tout montrer, mais mieux montrer...

Les installations des salles permettent aux lumières de sculpter des ambiances où vous avez immédiatement envie de demeurer des heures.




Senza titolo : l'espace du palais...  Trois vedute


La dame en jaune attentionnée dans l'ombre et la lumière des œuvres et objets de Mariano Fortuny

J'ai été captivée par de toutes petites œuvres splendides (sous vitrines), des broches, qui racontent des histoires inspirées du passé, créées par une artiste vénitienne Barbara  Paganin (53 ans). Elle maîtrise la technique d'un grand nombre de matériaux qui lui permettent de fabriquer des bijoux incluant le verre, la porcelaine, les pierres précieuses, les résines, l'or, l'argent, le bronze... Son travail a commencé par une recherche dans les boutiques d'antiquités de Venise de ces petits objets qu'elle a inclus dans ses oeuvres, mis sous griffes, collés, soudés, adaptés aux histoires qu'elle voulait inventer... Ses œuvres figurent aujourd'hui dans de nombreux musées de par le monde... Je vous laisse admirer :






5 histoires précieuses... Parmi les 25 exposées, de la poésie pure !

Au mur, une belle collection de photographies de Dora Maar... Dont je n'ai pris aucune photo...

Au dernier étage, une très belle interprétation photographique : d'immenses portraits (faits à partir du fond photographique de la collection de M. Fortuny) transpercés de milliers de petits trous, qui leur donnaient la légèreté de la dentelle, j'ai perdu le nom de l'artiste, impossible de la/le retrouver sur Internet... Mais voyez quand même :






Les derniers visiteurs partis, je suis restée seule dans le palais, avec le personnel, on referma doucement la porte sur mes pas, me laissant la belle impression de sortir de chez moi...

Quelques jours auparavant, j'étais allée faire un tour sur l’île de la Giudecca et j'avais photographié (sans le savoir), l'arrière du jardin de cette fabrique de textiles, qui perpétue aujourd'hui encore les créations de Fortuny (vendues sur Venise)...  Quelle belle journée...


Voie d'eau qui donne accès au jardin de la fabrique Fortuny

Prochaine épisode :  Venise Juillet 2014... Les peintres sur les motifs (6)

mercredi 8 octobre 2014

Venise juillet 2014... Mots doux sur Grand Canal...(4)



Je te fous à l'hôpital...

"La prochaine fois, je te fous à l'hôpital"... Ils avaient raté comme moi le départ du vaporetto, l'attente du suivant dura un moment, elle était dans un état d'énervement incroyable, lui ne bronchait pas, il s'appuyait tranquillement sur sa canne et écoutait sa compagne le menacer, il était en cire.


Elle avait des tas de colliers dorés qui faisaient des cliquetis chaque chaque fois qu'elle agitait la tête, son visage avait été un peu refait, rafistolé ici ou là, elle parlait fort, ne s'occupait pas du tout du public qui grossissait autour d'eux... "Mais c'est un monde ça, tu as fait exprès ou quoi ? Jamais prêt à temps, de mauvaise humeur, jamais content, c'est pas compliqué, les voyages, t'as qu'à les faire tout seul, j'ai pas demandé à venir à Venise, j'en ai rien à foutre de Venise, mais toi il faut que tu y viennes tous les ans, c'est monsieur qui décide, j'en ai marre je te dis, marre, tu m'emmerdes, tu comprends ?" Lui ne répondait pas, rien, pas un mot, il tripotait sa canne, regardait au loin, il prenait sa raclée en silence... "Je te préviens, c'est terminé tout ça, la prochaine fois, je te fous à l'hôpital !" Elle fumait avec frénésie une petite cigarette de princesse, blanche et rose... Ses grandes  lunettes de soleil de star dissimulaient son âge, illusion...



Tu me fais chier...


Elle labourait l'air ambiant de mots terribles, il faisait le gros dos, apeuré comme un petit garçon... "Arrête de crier, j'ai rien fait, je me dépêche, m'énerve pas", il parlait tout doux, ce qui l'agaçait encore plus... "Mais merde, il n'arrive pas ce foutu bateau... Monsieur veut voir des expos, dépense sans compter, j't'en foutrais, moi"...


J'ai cherché à comprendre ce qui se jouait entre eux, mais je n'ai rien su de plus... Ils allaient dans un sens, moi dans l'autre...

Je gardais longtemps dans ma mémoire du jour : "je te fous à l'hôpital"... Ce couple de Français se croyait seul au monde...

Venise reprit ses droits, le Grand Canal était royal, il faisait beau, l'air était très doux, pas trop chaud cette année, mais sur le bateau ça bardait... Des paroles méchantes, cruelles, coupantes, assassines, qui n'allaient pas du tout avec le bleu, le blanc, le rose, les couleurs de Venise continuaient leur travail de beauté sous mes yeux, j'avais envie de me boucher les oreilles...




Tu vas arrêter de m'emmerder...


Ce couple, qui devait additionner bien plus de cent vingt ans à eux deux, ne devait plus s'aimer depuis très longtemps, longtemps, ils n'étaient sans doute pas venus accrocher un cadenas d'amour sur le pont Accademia...


Après, bien après leur départ, j'ai oublié les cris, j'allais vers le musée Fortuny entièrement restauré, ce magnifique palais m'apporta toute la douceur, la beauté dont j'avais besoin après ce déluge de haine...



J'en ai rien à foutre de Venise...

Prochainement la visite au palais Fortuny, toute en douceur - épisode 5

lundi 6 octobre 2014

Venise juillet 2014... Le vieux prêtre...(3)


La dame à sa fenêtre (2014)

L'église Santa Marie dei Carmini (XIII-XVIe siècles) est à deux pas de "chez moi" dans le quartier de Dorsoduro, je passe tous les jours devant et chaque fois je la regarde, je l'ai vue sous toutes ses lumières. Le premier jour de mon arrivée, en principe je m'y précipite, voyons voir si rien n'a changé, peut-être ont-ils remis les brocards rouges qui habillaient toutes les colonnes de pierre qui bordent l'allée centrale ? Je me souviens de la forte impression qu'ils m'avaient fait lors de ma toute première visite à Venise, il y a quinze ans... Je crois bien que j'en avais eu les larmes aux yeux. Depuis le début des restaurations intérieures, qui durent maintenant depuis plusieurs années, ils ont disparu de la circulation...





L'intérieur de l'église Carmini. Imaginez toutes ces colonnes enveloppées dans des brocards rouge sang ! Renversant !


Dans cette église il y a une œuvre que j'aime particulièrement : le superbe Cima da Conegliano (1509) l'Adoration des bergers.  Les personnages du premier plan, je les connais par cœur, le petit Tobi candide avec son chien fidèle et son poisson donnant la main à l'ange Raphaël, la sainte famille bien sûr, recueillie et heureuse de présenter l'enfant Jésus aux bergers, les deux saintes, Catherine et Hélène, avec leurs attributs de martyres, les deux bergers en admiration, genoux pliés, et le splendide paysage lumineux d'un monde nouveau, fertile, enchanteur, prometteur, à côté du vieil arbre moribond dont les racines plongent dans une pierre qui s'effrite dans le vieux monde... D'avant le Christ... Une splendeur, les couleurs sont fraîches, douces, les rendus des matières sont exceptionnels, un équilibre parfait. C'est le plus beau tableau de Cima que je connaisse à Venise, me dit tous les ans mon logeur... Et je suis de son avis, ce tableau me donne presque envie de croire aux belles légendes chrétiennes...





Cima da Conegliano, "L'Adoration des bergers" (1509)


Ce jour-là, la messe était presque terminée, une messe spéciale pour la Vierge, je ne sais pas bien pourquoi j'étais rentrée dans l'église, sans doute attirée par les chants que j'entendais de loin, il y avait peu de monde, des femmes surtout, et quelques hommes... Vous savez bien, chers lecteurs qui me suivez, que je n'ai aucune religion, mais que je respecte beaucoup celles des autres...

À la fin de a messe les lustres et les projecteurs restaient encore allumés, faisant ressortir les ors et les couleurs des tableaux, le décor de toute l'église brillait même dans l'ombre... Il aurait fallu faire vite pour les photos, je n'ai eu le temps de rien, et je ne sais pas si, finalement, j'en avais vraiment envie...

Les gens étaient souriants, tous debout, pas pressés de partir, ils attendaient sagement la petite procession qui allait suivre.

Il y avait ce jour-là deux prêtres pour servir la messe, le plus jeune avait conduit tout le rituel à l'autel, le plus vieux était resté assis sur son fauteuil, suivant avec attention le rite des yeux, sans se lever, ses deux bras reposaient mollement sur ses genoux, ils tremblaient légèrement mais continuellement, la tête penchée sur le côté, inexorablement...

À la fin des fins, après la musique, la quête, le serrement des mains, le petit public de l'église s'était levé, dans la travée centrale les deux prêtres marchaient doucement, revêtus des belles soutanes brodées, le plus vieux s'appuyait sur le bras de son collègue, sa marche était difficile, désordonnée, ses tremblements étaient plus perceptibles, il allait comme il pouvait, tous l'ont suivi avec lenteur, lui laissant l'avantage de mener le mini cortège...

Tout le petit monde s'est rassemblé devant la belle statue de la Vierge du Mont Carmel, sur un trône de bois doré (17e siècle), habillée de dentelle et de chapelets, elle tient dans ses bras l'enfant Jésus couronné...

La petit assistance priait avec ferveur, il y avait des sourires, des paroles, des chants murmurés, des regards, des mains jointes et le vieux prêtre tout tremblant, tout de travers, bien assis dans un fauteuil placé spécialement pour lui éviter la station debout, suivait des yeux avec ravissement ces gens qu'il connaissait sans doute depuis toujours... Je suis restée un peu à l'écart, sans prier, sans gestes, sans bouger, simplement à regarder les fidèles qui croyaient si fort... J'ai été saisie d'une grande émotion.

Je me souviens aussi de cet enterrement que j'avais suivi de loin, sur cette même place, en plein soleil, d'un communiste entouré de ses compagnons qui pleuraient, les drapeaux rouges flottaient aux bouts des bras, fidèles. Impalpable aussi cette émotion...


L'église Carmini



A toutes les heures, cette église nous offre la grâce et la sobriété de sa façade gothique du 13e (les ouvertures rectangulaires sont du 19e, on remarque la trace de l'ancienne rosace du 14e...), je n'ai pas pu rectifier le petit air penché de la seconde photo...

Le cloître du couvent juste à côté de l'église est ouvert toute la semaine, il est devenu le siège d'un l'Institut d'Art de Venise, et comme il n'offre jamais d’expositions exceptionnelles, il n'y a pas grand monde pour les visiter, il offre un vrai moment de paix et de beauté, souvent je m'y arrête, je m'y attarde longuement, sa lumière est exceptionnelle...





Cette année, je suis tombée juste dans la période où la tonte de la pelouse n'avait pas encore été faite... Quelle beauté !

samedi 6 septembre 2014

Venise juillet 2014... L'enfant perdu... (2)



Le beau guide de Marie-Caroline et les achats gourmands du jour

Moi aussi je m'étais un peu perdue, comme j'aime encore le faire à Venise : je pars toujours sans plan, on verra bien, c'est tout vu...

J'avais tournicoté du côté de la place Saint-Marc, derrière la belle vieille horloge qui marque les heures à coup de marteau pour la plus grande joie des touristes...

Je revenais de l'office du dimanche dans la petite église arménienne, bien cachée sous un porche, à l'abri des regards et des pas, depuis des années je passais devant sans la remarquer. Grâce au joli guide sur Venise de Marie-Caroline Saussier, je m'étais dit : cette année je vais voir ça ! Pour rien au monde je n'aurais raté ce rendez-vous, ouverte un seul dimanche par mois, vous pensez, il faut être à l'heure. Encore un petit coin secret, presque secret à découvrir... Une véritable aubaine...



La coupole étoilé de l'église arménienne

J'avais pris mes repères la veille pour être certaine d'être à l'heure pour l'office, je me méfiais de mon sens de l'orientation légendaire, c'était justement derrière la place Saint-Marc que je me perdais le plus facilement, j'avais pris des photos de la rue des colonnes où règne toujours un silence et une tranquillité inattendus, j'avais fait le tour des pâtés de maisons pour photographier le petit campanile de l'église... J'y étais parvenue...


La rue des Colonnes, déserte...


C'est ici !

Dans l'église ronde et très petite, très peu de monde, quelques touristes comme moi, les prêtres attendaient l'heure, l'encens qui flottait largement dans ce petit espace irritait la gorge, les gens toussaient un peu, heureux d'être là...

Un petit chœur de quatre hommes formait le gros de la troupe chantante, deux laïcs et deux prêtres, le plus âgé des prêtres guidait les choristes les plus jeunes, et puis est venu le prêtre qui officiait avec son bel habit et ses chaussures brodés. Les chants rythmaient les prières et l'encensoir, balancé énergiquement par un jeune officiant, répandait dans l'espace un nuage épais...


La petite église arménienne, baroque


L'ange


La Vierge, l'annonciation gracieuse  du 17e siècle

L'office fut très court, un petit groupe de touristes slaves sauva les meubles in extremis en garnissant les bancs restés vides juste devant l'autel, les pratiquants arméniens ne se bousculaient pas, nous étions entre nous, un office confidentiel : moi, la non-croyante, et à peine une petite douzaine de pratiquants ou curieux...

À la fin de l'office, les prêtres souriants saluaient le petit public, une belle poignée de mains, dont la mienne, une vraie bénédiction...

J'ai pu prendre toutes les photos que je voulais, l'accueil bienveillant des prêtres me l'avaient permis...

L'office terminé, personne n'a traîne et en quelques minutes l'église retrouva sa porte close pour un mois. Dans la petite impasse, personne, alors que la foule, juste dans la rue derrière, se pressait autour des nombreuses boutiques restées ouvertes le dimanche...


Je connaissais par cœur le chemin du retour, juste derrière Saint-Marc, je voulais encore faire une dernière photo de cette belle vue au bout du sotoportego à la colonne qui est sur tous les blogs des connaisseurs... La lumière y est si douce, si magique, ce petit pont reste dissimulé dans une des rues les plus fréquentées du quartier.


La vue magique au fond du sotoportego de la Colonne

Presque arrivée à mon point de départ, je me suis arrêtée devant cet enfant, assis sur une chaise, dans cette rue si passante, entouré d'adultes qui tâchaient de lui parler dans la langue qu'il connaissait : anglais, allemand ? L'enfant se tordait les mains, regardait à droite et à gauche s'il ne voyait pas ses parents revenir, il était perdu, son visage crispé, ses yeux hagards ne trompaient pas, il vivait un cauchemar, perdu dans Venise, haut comme trois pommes, neuf ou dix ans, il poussait des cris si faibles, si petits, que mon cœur se serra...

Il ne connaissait pas son adresse, pas le numéro de téléphone de ses parents, il était tout seul au monde perdu parmi la foule... Il demeurait sur la chaise accablé, remuant seulement la tête comme un métronome, gauche, droite...
Je me suis dit : j'espère que ces gens vont appeler la police, j'ai vu l'enfant qui s'accrochait à l'adulte qui l'avait pris sous son aile, entrer dans l'hôtel avec lui, plusieurs personnes allaient s'occuper de passer les coups de fils, il serait sauvé, c'est sûr, Venise est petite, la police municipale est très présente... L'enfant pleurait... Il ne reprenait pas confiance malgré la main protectrice qui lui caressait l'épaule en essayant de le réconforter.


Quand je me suis retrouvée place S Marc, j'ai cherché partout des parents affolés mais je n'ai rien vu... Rien, rien, l'enfant était perdu. J'espérais bien qu'il ne resterait pas longtemps dans son chagrin pathétique... J'avais poursuivi ma route, le laissant aux bons soins des gens qui l'avaient récupéré...

La détresse du petit garçon m'est restée plusieurs jours dans la tête, j'avais retrouvé cette sensation d'angoisse qui vous prend quelque fois pour mille choses de la vie et qui vous bloque la respiration..

Mais à Venise tout peut vous faire battre le cœur, le petit garçon a du retrouver ses parents et moi je continuais de vivre tranquillement dans les beautés de la Sérénissime, j'avais cette chance, j'en ai largement profité...









Les beautés de Venise... A suivre !