mardi 18 février 2014

Mon amie, ma soeur, songe à la douceur...



Ah ! Comment vas-tu ? Ben je vais mieux, tu sais que mon mari, André, est mort... J'ai ouvert de grands yeux et me suis dis tout aussitôt : mon Dieu,  elle perd un peu la boule, je sais très bien que son mari est mort depuis un bon moment déjà.. Bien sûr que je sais que ton mari est mort, tu me l'avais dit.. Oui, oui, je vais mieux, vraiment mieux, tu sais, voilà, l'habitude de son absence est arrivée, pendant longtemps j'ai eu bien mal ici et là, me dit-elle en mettant ses mains sur sa tête et dans son dos... J'ai beaucoup pleuré, je ne pouvais parler à personne, je pleurais tout le temps...

La conversation a roulé ensuite sur les petits-enfants qui sont très grands, parents même, la voilà arrière-grand-mère, son fils est papy, lui que j'ai connu si petit.

Elle met les mots toujours là où on ne les attend pas, près du cœur, de la vérité, où ça sonne juste, les sentiments elle en connaît un rayon, fragiles comme des toiles d'araignée, beaux comme des jardins, ils sont de toutes les couleurs, des petits, des grands, toujours importants... Maintenant je vais mieux... C'est vrai, tu as bonne mine ! Elle avait mis ses jolies boucles d'oreilles, celles qu'André lui avait offertes... Je ne sais pas comment j'ai fait sans lui, le soir surtout, il faisait plus froid, plus sombre, c'était trop silencieux. Petit à petit le temps l'avait aidée à supporter, à oublier un peu, beaucoup, assez, pour vivre à nouveau avec envie. Elle était de ces personnes qui osait dire après un deuil douloureux : je vais mieux, je pense à lui autrement, il est présent mais je peux revivre aussi, nous parlons souvent de lui.



Après, nous avons repris le fil et l'aiguille et la conversation a marqué des points : tu sais, j'ai toujours gardé des relations avec ma première belle-fille, quand mon petit-fils était plus petit il me demandait souvent : tu l'aimes, ma maman ? Bien sûr je l'aime, ta maman, elle est très gentille ! C'est vrai tu sais, je l'aimais beaucoup, maintenant elle vient chez moi, c'est naturel, mon fils comprends bien, il n'est pas fâché, pas du tout...

Un jour qu'elle était venue me voir à la maison, ses sacs à provision de chaque côté du corps, sur le perron, je l'avais laissée sur le pas de la porte, nous restions là à bavarder sous la marquise, alors André est arrivé et m'a dit : mais voyons, fais la rentrer, avec un grand geste du bras puis de la main il a guidé nos pas à l'intérieur, depuis elle est toujours rentrée, tout ça c'est grâce à lui... Il l'a toujours invitée à entrer, moi j'étais contente, je ne savais pas comment faire, entre elle et moi ça avait toujours été chaleureux, affectueux, même si mon fils l'avait quittée, de temps en temps je lui téléphonais, nous restions en contact, je n'ai jamais pu me résoudre à ne plus lui parler, plus l'entendre, tu vois depuis quand elle vient je la fais rentrer... C'est grâce à lui...

Mon fils vient me voir souvent, il est très présent, mon petit-fils aussi ne m'oublie pas, j'ai de la chance... Elle avait le courage d'aller beaucoup mieux, elle ne restait pas dans la plainte, il lui fallait reprendre le train train de la vie quotidienne, elle le faisait très bien, avec le sourire...

Nous n'avons même pas parlé de politique, pourtant tout le monde était sur le pont ce matin sur le marché, la droite et la gauche, distribution de promesses avec le sourire...

Elle a repris sont petit chariot gris à roulettes, je vais faire un bon gâteau, j'ai du monde... Bon dimanche, soyons heureux...

Mon amie, ma sœur, songe à la douceur de pouvoir te remettre à exister sans lui, c'est bientôt le printemps, il a déjà une petite avance chez le marchand de fleurs qui a rempli son étalage, le rouge, le blanc et le jaune... J'ai acheté des cyclamens, un rose et un violet... La semaine prochaine, des primevères... À la santé du printemps, il nous le rend bien !


jeudi 13 février 2014

Je n'aime pas les jardins d'André Le Nôtre...


Les jardins de Le Nôtre à Versailles

Tout le monde le sait : André Le Nôtre fut le jardinier du roi Louis XIV, de 1645 à 1700 (55 ans), il conçut également les parcs et les jardins du château de Versailles, des jardins de Chantilly et de Vaux-le-Vicomte.

Après la création des jardins de Versailles, les jardins à la française deviennent une référence pour les cours d'Europe... Ils font appel à des règles de composition très strictes, très géométriques, murs, topiaires, labyrinthes... Les espaces végétaux sont coupés, rasés, découpés, taillés aux ciseaux, ils sont agrémentés de statues, fontaines, jeux et plans d'eau, bosquets, ils offrent des perspectives vertigineuses au visiteur qui surplombe ces immenses tapis naturels. Il y a peu de couleurs, les jardins restent identiques toute l'année. Les jardins à la française sont d'immense broderies déposées sur le sol, ils font l'admiration de tous, mais moi je ne les aime pas. Les couleurs qui manquaient cruellement à ces tapis à la française devenaient vertigineuses sur les robes des femmes et les rubans des messieurs, ce beau monde déambulait dans une mise en scène grandiose qui devait plaire au Roi Soleil, sa puissance et sa gloire suffisaient à à faire naître des fleurs faites de soie, de satin, de plumes et de bijoux en toutes saisons.... Le jardin conservait ses lignes épurées et sculpturales, les rendez-vous galants gardaient leur mystère bien à l'abri des murs des labyrinthes et des bosquets. Les grandes perspectives des jardins royaux permettaient la maîtrise de tout l'horizon...

Lors de ma visite au château du Belvédère à Vienne, je me souviens de l'impression que j'ai eue en regardant le jardin par la fenêtre : il ressemblait à un immense tapis qu'on aurait secoué par la fenêtre, il était la continuité du château, il faisait partie des meubles. Ni fleurs ni couronne de fleurs, du vert, uniquement du vert bien arrangé !


Le jardin à la française du château du Belvédère à Vienne

Perspective, broderie, pièce d'eau, statues, topiaires, rien ne manquait à l'original...

À Versailles, j'ai préféré le jardin potager, sauvé par les légumes et les fruits : les arbres fruitiers, même palissés en partie, échappaient à la rigueur des tapis de basse lisse des jardins du Roi. Les fruits dorés, argentés, appétissants, qui pendaient aux branches à la bonne saison, devaient donner des frissons de plaisir aux jardiniers. Au printemps, on peut imaginer le bonheur des promeneurs entre les arbres en fleurs, les couleurs et les parfums qui manquaient aux jardins d'agrément du château transformaient la rigueur des plantations... L'abondance des légumes, semés en carrés parfaits, devaient contribuer largement à redonner vie et saveurs à l'environnement. Les légumes et les fruits devaient faire saliver les visiteurs pressés de s'en régaler, les savourer était un privilège offert à quelques uns seulement...


La sécheresse du jardin carré gagné par les rondeurs des
citrouilles oranges... On aperçoit contre les murs les arbres fruitiers palissés

Aujourd'hui, le jardin potager de Versailles possède 5000 arbres fruitiers qui produisent bon an mal an quelques 50 tonnes de fruits, et 20 tonnes de légumes vendus à l'accueil au public.

Moi, je préfère les jardins qui ne payent pas de mine, avec des légumes et des fleurs...


Le charme des citrouilles de l'Indre qui poussent presque au hasard...


Le désordre assuré d'un petit jardin potager de l'Indre

J'aime les jardins quand ils n'ont ni queue ni tête, échevelés, fous, désordonnés, quelques carrés par-ci par-là, des rangées débordantes de fruits de la terre. J'aime les jardins à l'ombre, ni trop grande ni trop petite, de grands arbres qui s'agitent au moindre vent. Vous me direz, je ne suis pas bonne jardinière et vous aurez carrément raison, le désordre, le fouillis ne font pas bon ménage avec le soin, le calme et la sérénité qu'un beau jardin potager nécessite pour croître et embellir...


Le jardin et les fleurs dans l'Indre



Petites rangées, petit marché


Je ne serais jamais jardinière du Roi, j'ai de trop petites ambitions, je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez...

vendredi 7 février 2014

Franck Gerhy s'envole au jardin d'acclimatation de Paris...


Les belles petites guitounes pour prendre les billets d'entrée dans le jardin

Pour avoir le droit d'entrer dans le Jardin d'Acclimatation (dans le bois de Boulogne)  j'ai payé 1,50 euros ! Vraiment peu pour découvrir un jardin dont rêvent tous les enfants : manèges, rivière enchantée, petit train, mini zoo avec canards, vaches, chèvres, moutons, poules et lapins, il y a aussi quelques lamas et des ânes... De très belles volières... Attention, les paons se baladent en liberté sur les pelouses...

Jeux de plein air, marchands de gaufres, glaces, chocolat et pastilles de menthe... Pour les parents et les promeneurs, il y a des salons de thé, des salons de crêpes, enfin bref, dans ce jardin vous pouvez manger toute la journée...



La Vache, le Cygne et les Canards


Les Lamas et la petite maison à colombages


Cochons de profil sous la lampe rouge


Le beau Paon en toute liberté devant le pavillon chinois


La boîte de peinture dans la volière... Un Faisan doré qui lisse ses plumes

Ce jardin a cent cinquante ans, il a été inauguré le 6 octobre 1860 par Napoléon III et son épouse l'Impératrice Eugénie, il s'étend sur 20 hectares, la Ville de Paris en est propriétaire, et en a donné la concession au groupe LVMH (Vuitton-Moët Hennessy) en 2010. 

Ce parc paysagé est dessiné sur le modèle des jardins anglais, le célèbre zoologiste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire cherche un lieu où présenter une large variété d’animaux, car la ménagerie du Muséum du Jardin des Plantes ne suffit plus. En 1854, il fonde la Société Impériale Zoologique d’Acclimatation, qui compte rapidement parmi ses membres trois mille personnalités éminentes des sciences, des arts et de l’industrie. L’objectif de la Société est de créer un jardin favorisant l’introduction, l’adaptation et la domestication d’espèces animales. Ingénieurs, architectes et paysagistes travaillent sous la direction du Baron Haussmann.

Dès l'entrée du jardin, on est à la campagne, il est très arboré, beaucoup de pelouses, la petite rivière enchantée (totalement artificielle qui fonctionne en circuit fermé, actionnée par une rouesupporte des petites barques qui ne risquent jamais de couler, bien enserrées entre deux rives étroites...


Rivière enchantée et Rhinocéros en bronze... Qui peut faire peur aux enfants sages...


La barque chargée coule doucement dans la campagne


Manège, palmier, chaises longues et au loin, une tour de la Défense...


Il y a aussi un petit train au jardin qui emporte ses voyageurs jusqu'à la Porte Maillot, un vrai parcours qui a de quoi plaire à tous, je me souviens des "grands voyages" que nous faisions avec mes enfants chaque fois que nous allions au Jardin d'Acclimatation, nous adorions cet endroit. Aujourd'hui il est agrémenté de manèges de toutes sortes, et d'aménagements sophistiqués, les hectares de campagnes diminuent d'autant, mais attractions obligent...




 Le petit train qui parcourt "la campagne", la plus ancienne exploitation ferroviaire de Paris, 133 ans, toujours en exploitation (1878), 22 ans avant le métro parisien

En fait, en venant au Jardin d'Acclimatation, je n'avais pas l'idée de faire le tour du propriétaire, il faisait froid, de gros nuages gris annonçaient la pluie, aucune attraction ne fonctionnait, un seul salon de thé restait ouvert, le coin était désert, les animaux s’ennuyaient dans leurs abris...

Non, j'étais venue spécialement pour voir le nouveau bâtiment de Frank Gerhy.  

Frank Owen Goldberg, dit Frank Owen Gehry, né le 28 février 1929 à Toronto, est un architecte américano-canadien. Professeur d’architecture à l'Université de Yale, il est considéré au début du xxie siècle comme un des plus importants architectes vivants. Ses constructions sont généralement remarquées pour leur aspect original et « tordu ».

C'est vrai, les constructions de cet architecte ne ressemblent à aucunes autres, partout dans le monde on peut les admirer, dans de nombreuses villes elles deviennent des curiosités qui attirent les foules... Je suis allée voir le musée Guggenheim de Bilbao que j'ai trouvé splendide et tordu à souhait, tout en titane brillant, une merveille, l'intérieur était moins rutilant car il y avait très peu d’œuvres à voir... Cette construction mondialement connue contribue énormément au renouveau et à la notoriété de la ville... Je me demande ce que va devenir le Jardin d'Acclimatation avec tous ses nouveaux visiteurs...



Le musée Guggenheim de Bilbao sous le soleil

Dès l'entrée, j'avais demandé à l'employé qui vendait les billets si j'avais des chances d'apercevoir le bâtiment du jardin : oui, vous avez des chances, il est tellement grand... Son air maussade et désabusé ne m'encourageait pas à la découverte...

Mais bientôt j'ai aperçu la merveille, à travers les palissades et les arbres dénudés, j'ai tout de suite vu que "l'oeuvre" ferait date !

Un vaisseau, un scarabée, une libellule, le gros insecte en verre transparent est bien avancé, il devrait être inauguré en septembre prochain, si tout va bien... Voyez comme moi cet enchantement,  pas à pas j'ai approché cet étrange animal, ses ailes se déployaient gracieusement sur l'horizon...









Le coléoptère se construit.... La grosse bête qui monte qui monte...

Je gage de l'avenir des tours-opérators qui en proposeront la visite à leurs clients... Les monuments d'exceptions comme celui-ci marqueront les esprits autant que les cathédrales, les architectes du XXIème siècle construisent l'avenir quand ils construisent comme cela...



Voyez l'harmonie que provoque l'ancien avec le nouveau !

De partout sa présence sera forte, en osmose avec le paysage... Sa légèreté et ses contours feront date ! 


La maquette du projet présentée au public en 2012

J'en avais assez vu pour l'enthousiasme et trop peu pour l’impatience... J'ai repris le chemin des écoliers à travers le jardin endormi sous le froid, au moment de sortir j'ai engagé une petite discussion avec l'employé municipal sur l'avenir du lieu. Je lui disais que le jardin allait gagner des gallons, qu'il y aurait plus de visiteurs... Vous croyez ? J'attends de voir, mais vous savez, vous pensez vraiment que cette construction se marie bien avec notre jardin 19e, c'est peut-être beau, mais on aurait pu la faire ailleurs, non, vous ne croyez pas ?

J'ai souri et j'ai repensé à toutes ces insultes, vociférations, émeutes, avis opposés à l'installation de l'espace Buren au Palais Royal qui ne se mariait pas avec les siècles précédents, il aurait fallu le faire ailleurs... Là où on le voyait moins...

Aujourd'hui, ce lieu a repris vie, cette place qui servait de parking depuis des décennies est maintenant visitée, admirée, célébrée, et personne n'aurait l'idée de déplacer ces petites colonnes calibrées noires et blanches pour cause de modernité...

Promis, j'y retourne avant l'inauguration, elle est prévue à l'automne 2014, mais le vendeur de billets qui a une grosse expériences des projets, est dubitatif : j'attends de voir, pour l'instant je ne sais rien, ça recule, ça recule, ça n'en finit pas... Au revoir monsieur, à très bientôt, larges sourires de courtoisie...

Bravo monsieur Gerhy vous dotez Paris d'un très beau monument, après l'exploit technique du XIXe siècle pour la Tour Eiffel, l'art du XXIe siècle sera bien représenté ! Les Paris restent ouverts...

lundi 3 février 2014

Parcours autour de Robert Wilson... Au Louvre...


Robert Wilson dans ses meubles, au Louvre


Très souvent, le mardi, je décide d'aller au Louvre, je ne sais pas pourquoi, le mardi j'ai envie d'aller dans ce musée, je me prépare avec enthousiasme, je suis prête, j'y vais, si je pars de bonne heure il y aura moins de monde... Quelle chance d'aller au Louvre !

Et puis, je me souviens que le Louvre est fermé le mardi, ça ne rate jamais, je m'en amuse, cette pensée du mardi pour un musée qui est fermé, je la mets ça sur le compte de l'envie distraite, jamais elle ne m'arrive le lundi, je ne sais pas pourquoi, sans doute parce que le lundi je me dis : je vais passer l'aspirateur !

Le moment de déception passé, je me retranche sur le cinéma ou n'importe quoi d'autre, ça marche aussi...

Donc, ma promenade au Louvre date de jeudi, un bon jour, au milieu de la semaine, à l'heure du déjeuner, hors période vacances scolaires, pas trop trop de monde, l'idéal !

Bien sûr, pour l'expo Robert Wilson vous contournez le Louvre médiéval ou vous montez au premier étage,  à vous de voir, merci monsieur, je contourne, je contourne et je perds le fil, pas le moindre ascenseur ni à gauche ni à droite, je grimpe le grand escalier, je cherche le parcours fléché pour Wilson, je tâtonne, je traverse des salles magnifiques, des galeries des glaces sans glaces, des plafonds étincelants de dorures et de couleurs, je tombe nez à nez avec des trésors : les couronnes toutes endiamantées (copies) que je n'avais pas vues depuis des lustres...


Couronne de Louis XV (en 1729, perles et pierres précieuses furent remplacées par des copies à la demande de Louis XV. Au total, la couronne comportait 282 diamants (161 grands et 121 petits), 64 pierres de couleur (dont 16 rubis, 16 saphirs et 16 émeraudes) et 237 perles)


J'ai pris la photo en me disant : voilà une belle image qui pourra me servir pour  mes voeux de 2015 : je vous souhaite une année de jours précieux ! Quelle drôle d'idée ? Pour illustrer la bonne année 2014 j'ai déjà utilisé la photo d'une couronne qui faisait partie des trésors de la cathédrale de Séville (elle n'était pas en toc), ainsi j'ai souhaité à mes proches et mes amis une année en OR :


La couronne de la cathédrale de Séville

Après recherches dans moult salles, je tombe sur le lieu de l'expo. Robert Wilson, metteur en scène et plasticien américain, mondialement connu pour ses nombreuses mises en scène d'opéras et de théâtre. Je me souviens, et j'en suis encore émue aujourd'hui, de sa mise en scène de l'oeuvre  : Einstein on the Beatch, un opéra étonnant, unique en son genre, chanté, dansé, joué, qui ne reposait sur aucun thème précis, mais basé sur un personnage de l'histoire, pas de biographie non plus, non, juste des scènes sans lien évident avec les autres : Albert Einstein. Wilson avait fait des dessins et le compositeur Philip Glass la musique, ils ont travaillé ensemble à la réalisation de cet opéra qui durait cinq heure. J'ai eu la chance de le voir à la Maison de la Culture de Bobigny (MC93) en 1992. J'avais adoré, je n'avais pas bougé de mon fauteuil, même pour aller aux toilettes !...

Or donc, aujourd'hui, le Musée du Louvre a proposé à Robert Wilson d'exposer sa collection, au milieu de laquelle il vit dans son appartement à New York et au Watermill Center dans les Hamptons sur Long Island, une foisonnante variété d'objets très hétéroclites, qui l'accompagnent dans son travail et l'entourent dans sa vie quotidienne. 

Robert Wilson a mis en scène magnifiquement ses objets intimes,  cette mise en espace devient dans son ensemble un splendide objet à regarder : ensuite l'envie vous prend de détailler cet amoncellement de choses, mais aucune pièce ne se détache vraiment pour son incomparable beauté ou sa rareté... Il faut laisser vagabonder son esprit et faire des rencontres avec les objets qui vous parlent personnellement... Et c'est ce que j'ai fait...



Living Rooms : c'est le titre de l'expo


La collection de Bob Wilson dans son intimité

Photos, masques, chaises, chaussures, vases, poteries, sculptures, verrerie, broderies, un lapin blanc en fourrure... Et son grand lit... Un inventaire à la Prévert !

J'ai donc suivi R.Wilson pas à pas avec les quelques paires de chaussures et chaussons qu'il a choisis d'intégrer dans sa collection, notamment des chaussons de danse, très vieux, très abîmés : j'ai pensé qu'ils auraient pu appartenir à Merce Cunningham (chorégraphe, danseur américain qui a tellement contribué à faire bouger la danse moderne vers la danse contemporaine), dont j'apercevais le portrait tout en haut du mur de l'expo, près des lumières... J'ai fait cette liaison toute personnelle, car les objets exposés ne sont pas identifiés (à part une douzaine), je me suis souvenue en voyant ces chaussons de dance et la photo, que j'avais vu Merce Cunningham en 1990, à la MC93, il avait alors 80 ans et dansait encore un peu, il était venu saluer le public après la présentation d'une de ses créations, il fut salué avec émotion par les danseurs et le public lui fit une ovation, debout dans le théâtre... C'était grandiose, j'avais les larmes aux yeux...

Robert Wilson au début des années soixante, découvrait Merce Cunnigham, Philip Glass, Andy Warhol, Martha Graham, John Cage, Jessye Norman. À New York, c'est avec eux qu'il fit son éducation.  J'ai donc pensé que les chaussons de Merce Cunnigham pouvaient faire partie de l'univers de Wilson.



Merce Cunningham (photo de Marc Selinger)



Chaussons de danse ayant appartenu à Merce C. ?

La vérité : j'ai lu plus tard, sur Internet,  que les chaussons de danse avaient en fait appartenu à Rudolf Noureev !

De petits objets m'ont plu, sans les rattacher à des souvenirs personnels, j'en ai choisi quelques-uns...


Petite statue en bois, élégante gracieuse et mystérieuse...


Petit fauteuil miniature en bois doré, suspendu au mur !


Petite porte entrouverte en cuivre, insolite


La belle paire de basket rouge et perles...

C'est en cherchant la salle des vidéos réalisées par R. Wilson, que je suis tombée nez à nez avec un sublime fragment en bronze de Marc Aurèle (supposé), et j'ai fait comme aurait fait Bob, j'ai pris la photos à défaut de pouvoir le voler ...



Marc Aurèle (supposé), 170 après J-C

Outre la collection du maître, il y avait des vidéos qu'il avait réalisées et que je voulais absolument voirj'ai dû traverser la salle des peintres italiens avec la Joconde... Les enfants s'y précipitaient pour l'avoir dans leur téléphone, souvent ils posaient devant Elle pour faire preuve de leur visite...


Téléphone et mains inconnues devant la Joconde...

J'ai profité des miroirs de la galerie pour faire mon autoportrait derrière mon objectif :


Autoportrait...

J'ai fini par trouver les vidéos, derrière le vieux donjon du Louvre que j'avais déjà traversé une fois en arrivant... Sur un grand écran, le portrait d'une jeune bourgeoise de seize ans peinte par Ingres en 1806 (au Louvre), avec la tête de Lady Gaga, au bout de plusieurs minutes d'observation de petits éléments du corps se mettent à bouger imperceptiblement... Un clignement d’œil, mini mouvement de main, de bras, les deux yeux se ferment quelques secondes, la vidéo est magnifique, à un moment, dans le ciel, passe un grand oiseau blanc battant des ailes... Je n'ai pas réussi à l'attraper...




Lady Gaga ferme les yeux... D'après Ingres

Moi j'ai supposé que les yeux fermés de Lady Gaga pouvaient faire allusion à l'histoire de cette jeune bourgeoise, Caroline Rivière, 16 ans, peinte par Ingres et qui serait morte à l'âge de 17 ans. Je suis restée assise un bon moment devant ce travail vidéo superbe, à attendre le moindre frémissement.


Mademoiselle Caroline Riviere - Auguste Dominique Ingres, 1806

J'ai dû demander de l'aide à un gardien du musée pour trouver l'autre vidéo, premier étage avec ascenseur, vous tombez pile dessus, impossible de la rater :


Lady Gaga - Marat par Robert Wilson


Et je suis tombée pile dessus, une vidéo superbe, réalisée également avec la complicité de Lady Gaga d'après le tableau de J-L David. La lumière petit à petit laissait apparaître le corps de Lady Gaga, cet arrangement audacieux qui à mes yeux donne à voir le corps de Charlotte Corday, un échange troublant entre assassiné et meurtrière... Le velouté, les couleurs, le bleu Wilsonnien du fond de la scène, sont remarquable. Un jeune homme qui s'était arrêté à côté de moi pour regarder la vidéo s'écria : c'est quoi ce truc ? De la pub ? J'y crois pas ! Justement je crois que Lady Gaga sortait son dernier album juste au moment de l'expo au Louvre, imaginez la promo... Il avait raison le gars.



L'assassinat de Marat - Jacques-Louis David, 1793
(Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique)

Depuis un moment j'ai un peu laissé Robert Wilson aux oubliettes, déçue par sa mise en scène un peu conventionnelle des Les fables de La Fontaine à la Comédie Française en 2007. J'avais pesté contre lui et la banalité de son travail qui avait simplement consisté à habiller les comédiens en animaux, beaux animaux certes, mais un point de vue un peu court à mon goût, de plus, les jolis masques que portaient les acteurs bloquaient le son, ce qui fait que je n'entendais rien des fables... Grrrr ! Et puis son éternelle façon de plonger chaque fond de scène en bleu, même superbe, m'agace un peu, je demande à voir autre chose... J'attends !

Un après midi passé au Louvre au service de la découverte, de l'enthousiasme, de la réflexion, de la joie et des doigts de pieds en compote, vivement la prochaine fois...