Le beau pastel de mon frère
S'il te plait, fais moi un beau pastel violet ! J'avais vu le pastel violet fait pour quelqu'un d'autre, et aussitôt je me suis dit : je vais demander à mon frère de me faire le même...
Voilà une bonne année qu'il m'avait dit, mais bien sûr, je vais te le faire... Et puis le temps a passé... J'ai toujours gardé dans les yeux la belle couleur dont je rêvais... Plusieurs fois j'ai dit à mon frère : tu te souviens de ta promesse, et plusieurs fois il a dit : oui, ne t'inquiète pas, je m'en souviens...
Et puis le temps a passé...
Après Venise (je vais y revenir plus tard), je suis allée en Avignon et j'ai encore demandé mon pastel violet... Mon frère disait toujours : oui, oui, ne t'inquiète pas...
Il commence par la dentelle
Le pompon bleu est posé
Je pouvais suivre l'évolution de l'oeuvre, tous les gestes de mon frère sur le chevalet, il m'a dit qu'aujourd'hui personne ne voulait acheter de pastel parce que c'est un matériau très fragile... Pourtant si beau !
Au bout de plusieurs jours de travail, le pastel prenait forme, il taillait les bâtons de couleurs sur un papier de verre et appuyait délicatement sa main droite sur une petite baguette rigide qu'il tenait dans sa main gauche, juste au dessus du dessin, pour ne pas effleurer la matière : la craie sert à donner sa texture au pastel, les pigments donnent les couleurs et les liants, la gomme arabique conditionne la dureté et la cohérence du bâtonnet sec, il faut prendre beaucoup de précaution...
L'appui de la main droite sur le petit bâton bleu
Le papier de verre pour tailler les couleurs
Il a ainsi fait jaillir, par magie, les trous des dentelles blanches, les dorés étincelants des ornements d'or et de métal, il a brodé chaque point de la tapisserie du sac, il a déroulé les plis épais de la robe, les ombres et les lumières ont envahi tout l'espace... Le pompon bleu était épais et doux.
Il travaille pour moi
À plusieurs reprises il a dû projeter sur le pastel un fixatif spécial pour lui garder tout son éclat et lui donner de la solidité... Un jour il a dit : c'est terminé (voir plus haut).
Je ne me suis pas demandée : comment vais-je faire pour transporter ce chef-d'oeuvre dans le TGV ? J'ai pu , tout simplement et avec une extrême facilité, le placer entre deux fauteuils, avec ma petite valise qui allait avec.
À la gare de Lyon, mon amie m'attendait, je n'ai pas pu lui montrer le pastel tout de suite car il était bien enveloppé, à l'abri dans son bel encadrement... Quand je suis arrivée dans ma maison, c'est l'arlésienne que j'ai dépliée en premier...
Merci mon frère de m'avoir fait ce magnifique cadeau, merci pour ton grand talent et ton affection...
Le commencement...

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