dimanche 15 janvier 2012
Le Havre... Film de Aki Kaurismaki, une merveille !
Un des plus beaux films à voir en ce moment...
La surprise est totale, car le traitement cinématographique de Kaurismaki est toujours original...
Moi qui ai vu (presque) tous les films de ce cinéaste, avec enthousiasme, je dois dire que là encore, il m'a énormément touchée.
Il n'est pas facile de refaire encore un excellent film avec la misère du monde, il faut avoir un sacré talent pour trouver un langage nouveau, d'autres mots, d'autres images... Aki Kaurismaki (Finlandais) fait oeuvre d'art avec Le Havre.
L'histoire est celle d'un petit garçon africain, fraîchement débarqué clandestinement au Havre, qui veut rejoindre l'Angleterre. La solidarité se construit autour de lui pour le faire passer là-bas...
Ses images sont puissantes, chaque plan est superbe, fouillé : il a choisi un code couleur qui accompagne presque tous les plans : bleu/jaune/rouge, chaque scène reprend ces couleurs avec plus ou moins de présence, un peu comme l'avait fait Jacques Demy avec les Demoiselles de Rochefort (1967). Plans également dépouillés, pas de décors chargés, rien de superflu, le bleu domine. Les atmosphères des cafés et les harmonies chromatiques me font penser irrésistiblement à la peinture de E. Hopper. Kaurismaki affectionne lui aussi ces lieux de rencontres où la solitude voisine avec la compagnie.
Chaque prise de vue démarre comme une photographie, arrêt sur image quelques secondes, puis tout s'anime... Les plans rapprochés, comme des effets de loupe, font parler les visages avec délicatesse, et nous livrent un sourire, un regard, un geste... Il filme les objets comme des natures mortes, c'est superbe, du grand cinéma. Les acteurs, tout en retenue, théâtralisent les scènes par un langage et des gestes adaptés, phrasé détaché, gestuelle mesurée. Cette distance permet au spectateur de prendre son temps pour regarder, réfléchir, mais aussi prendre du plaisir à suivre cette histoire telle que nous la propose Kaurismaki, pleine d'espoir et de confiance. Malgré la distance, les personnages fonctionnent en vrai, plus vrai que nature, bien loin de la caricature, ils nous emportent avec émotion, leur langage poétique, précis, énigmatique, simple, consolide l'univers minimaliste de l'auteur, l'économie de moyens rivalise avec une grande richesse de vocabulaire cinématographique. Le cinéaste dissocie le temps : les personnages, qui payent avec des euros, évoluent et sont habillés dans un décor des années 1960.
Une fois les codes acceptés, comme au théâtre ou à l'opéra, le film devient une oeuvre d'art qui nous parle d'humanité. C'est beau ! J'ai préféré cent fois la poésie de Kaurismaki, au réalisme de Guediguian dans Les neiges du Kilimandjaro, auquel je n'ai pas cru une seconde, je n'ai pas cru au jeu des acteurs qui se transformaient sous mes yeux en prolétaires du port... Pas une seule seconde je n'ai cru à cette mascarade bien pensante, seul Daroussin, qui joue dans ces deux films, est parfait comme souvent.
Allez, j'y retourne, je vais le voir une deuxième fois, profitons du bouche à oreille qui fonctionne, profitons encore de sa présence sur les écrans... J'espère qu'en province vous avez aussi cette chance.
Je suis contente, je vais au bord du film de Kaurismaki comme on va au bord de l'eau, tout fait mouche, les belles choses vont avec les bonnes choses, un goût de vie réussie, un coup de bonheur d'être ensemble sans désastre, c'est si rare... Trop beau pour être vrai ? Mais non, mais non...
Faites comme moi, payez vous une tranche d'utopie... Ça fait tellement de bien.
vendredi 13 janvier 2012
El Gusto... Après le concert, le film de Safina Bousbia.
RÉSUMÉ
"La bonne humeur - el gusto - caractérise la musique populaire inventée au milieu des années 1920 au cœur de la Casbah d'Alger par le grand musicien de l'époque, El Anka. Elle rythme l'enfance de ses jeunes élèves du Conservatoire, arabes ou juifs. L'amitié et leur amour commun pour cette musique qui "fait oublier la misère, la faim, la soif" les rassemblent pendant des années au sein du même orchestre jusqu'à la guerre et ses bouleversements.
El Gusto, Buena Vista Social Club algérien, raconte avec émotion et... bonne humeur comment la musique a réuni ceux que l'Histoire a séparés il y a 50 ans."
El Gusto, Buena Vista Social Club algérien, raconte avec émotion et... bonne humeur comment la musique a réuni ceux que l'Histoire a séparés il y a 50 ans."
Voilà, j'ai trouvé le bon pitch sur Internet, pas besoin d'en rajouter pour l'histoire.
Le lendemain du concert au grand Rex, je suis donc allée voir le film, je me disais, s'il y a un peu de monde dans la salle, le film va marcher, souvent un film qui marche démarre dès la première semaine... Quand je suis rentrée dans la salle il n'y avait que moi, j'ai fait la grimace, et puis ils sont rentrés un par un, par deux quelques fois, mais il restait du temps avant l'heure du film, 10mn avant le début de la séance ça peu suffire pour remplir les fauteuils, vous l'avez remarquez : quand vous êtes bien installé, à votre rang, que vous avez mis vos petites affaires sur le fauteuil d'à côté, c'est là que la salle fait le plein... Poliment vous devez débarrasser votre veste, votre sac, tant pis, vous aurez un voisin...
Mais là je ne voyais pas les choses comme ça, je l'espérais ce voisin et à ma gauche et à ma droite, je ne sais pas pourquoi, mais j'avais envie qu'il marche ce film, que je n'avais pas encore vu... En somme, j'avais du parti pris. Le concert m'avait galvanisée, j'avais envie que tout le monde le sache que c'était beau, la musique du chaâbi, qu'elle était très émouvante. Et puis l'histoire de ces hommes, ces juifs et ces arabes qui se retrouvent 45 ans après la guerre d'Algérie pour rechanter, rejouer, re-rire ensemble... Boire des coups, plus petits sans doute ? Car ils avaient beaucoup vieilli, ils ont dû diminuer les doses... Et jouer de la musique, gratter les cordes de la mandoline, souffler dans la flûte, accorder le violon, répéter tous ensemble pour le prochain concert à Marseille.
Je m'étais dit, c'est pas possible qu'elle (Safina) rate un film pareil, ça doit être forcément bon, j'en avais vu des passages et j'avais tout de suite pleuré...
Et puis les spectateurs sont arrivés, les rangs se sont remplis, on était tous au complet quand le générique a commencé, ouf !
Pour moi tout a recommencé très vite, l'émotion, les pleurs, l'enchantement, comme je vais beaucoup au cinéma depuis des dizaines d'années, je connais un peu la musique... Les premières images d'un film comptent énormément pour la suite, les premiers plans doivent imposer toute la magie du spectacle, donner le ton, vous installer dedans, captiver, intriguer rapidement, le film doit se mettre en place, surprendre, la rencontre, la vraie, doit être au rendez-vous, pas de temps à perdre... J'ai bien vu que c'était pas Wim Wenders, mais Wim, il n'y en a qu'un... Mais quand même, cette jeune cinéaste savait y faire aussi, beaux plans serrés sur les visages, sur les petits détails qui se passent entre les gens qui sont contents de se retrouver, les sourires, les bribes de paroles, la musique. Elle savait y faire, et leur faire raconter leur guerre d'Algérie, celle que ces hommes avaient vécue, d'un côté comme de l'autre, les uns contre les autres, forcément leur rencontre ne pouvait pas se faire avant, il a fallu attendre près d'un demi-siècle, et la volonté de cette jeune femme, pour qu'ils se sentent heureux d'être ensemble... J'ai bien compris que tant d'années étaient nécessaires pour reprendre la vie du bon côté, quand la guerre vous a séparés. Du chaâbi j'ai tout appris dans le film, l'historique, les descendants, les acharnés, la nouvelle génération qui s'y mettait, ça été un plaisir de connaître cette histoire-là, comment tout avait commencé... Dans les années 1920.
Elle m'a fait découvrir la casbah, aujourd'hui ce qu'il en reste : des ruines... Pourtant dans certaines ruines j'ai bien reconnu les azuléjos, bleus de... Lisbonne...
À la fin du film, la salle a applaudi, moi j'ai rangé mes mouchoirs en papier...
Allez-y, vous n'allez pas le regretter, et puis la musique arabe du chaâbi, peut-être que vous n'avez pas idée de ce que c'est, beau ! Peut-être qu'un jour vous les verrez sur scène près de chez vous... Alger, Marseille, Paris, Berlin... Ils jouent...
La répétition
mercredi 11 janvier 2012
El Gusto... J'y étais !
Une partie des musiciens
Si vous aviez entendu ça, si vous aviez vu ça... Quel bonheur !
J'ai mis du temps à me décider, j'y vais ? J'y vais pas ? Allez, je ne pouvais pas rater l'évènement, juste deux soirs, ils jouent à Paris, allez, prends ton billet, voilà c'est fait, sur Internet, j'avais eu de l'hésitation car c'était mon soir de chorale...
La belle salle du Rex comble
Quand je suis arrivée au Grand Rex, il y avait du monde partout, même avec le billet en main, il fallait faire la queue, mais tout le monde était joyeux, je sentais un "je ne sais quoi" dans l'air... "Je cherche un billet", affichait cet homme sur une enveloppe... Pas de chance, ça ne sera pas pour ce soir, tout est complet !
Au Grand Rex je n'y étais pas allée depuis que mes enfants étaient petits, ils ont vu ici tous les dessins animés de Walt Disney bien sûr, la féerie des eaux, des grands jets eaux, qui montaient et qui descendaient sur la scène, ils changeaient de couleurs sous les projecteurs, ça suffisait pour faire beau, très beau, un peu magique, et puis le grand bruit de l'eau qui dansait, les enfants n'en revenaient pas. Dans le ciel du cinéma, les étoiles scintillaient, le Grand Rex est inimaginable... Je pense que rien n'a changé depuis cette époque-là.
J'étais très bien placée, un chouille sur le côté, mais bon, parfait. Le temps que le public arrive, le concert a commencé à 21h au lieu de 20h30, c'est un détail qui compte pour celui qui doit prendre le métro pour rentrer...
El Gusto, c'est un orchestre très ancien composé d'une trentaine (vingt sont encore en vie) de musiciens et chanteurs, Pieds-Noirs (juifs) et arabes qui jouaient ensemble avec tous les instruments du genre, mandoline, mandole, contrebasse, violon, cithare, luth, deux pianos, flûte et une bardée de percussions, un xylophone... C'est ce que j'ai pu voir ce soir-là.
Ils jouaient ensemble le Chaâbi, musique populaire, née dans les années 1920 dans la Casbah... Les musiciens se sont connus ici dans ce vieux quartier d'Alger il y a un demi-siècle... Depuis, l'histoire, la guerre d'Algérie, le terrorisme, les ont séparés, ce sont des vieux messieurs aujourd’hui, réunis grâce au hasard d'une rencontre en 2003 dans une échoppe d'Alger avec l'un des musiciens de l'orchestre, que la jeune cinéaste Safinez Bousbia (30 ans), fascinée par leur histoire, a décidé de convaincre et de réunir à nouveau sur scène (2006 à Marseille) : elle réalise un documentaire El Gusto, ce travail lui demandera 2 ans, le film sort demain en salles.
Avec les percussions, les coeurs battent plus fort, regardez comme ils sont heureux, des jeunes ont pris le relais...
Vous comprenez maintenant, si vous avez vu le film de Wim, combien il était urgent pour moi d'aller au concert à la place de la répétition de ma chorale.
Monsieur Rachid Berkani
Donc, j'arrive au Rex pour le concert, c'est superbe cette impression d'assister à un évènement exceptionnel. J'avais emporté mon appareil photo... Je pensais à vous chers lecteurs... Et à la postérité !
Poussez pas, tout le monde rentrera...
Installée confortablement dans les grands fauteuils club du Rex, la soiré allait être fantastique, je le pressentais.
Sifflet, applaudissements, cris, agitation, alors, ça commence ?
Ça commence... des voix magnifiques
Deux hommes sont sur scène, un Rabbin, un Imam, ils commencent leur chant a cappella... Une merveille, la force et la douceur de leurs voix envoûtent, ensuite viennent les mélismes, les ornements, les pianissimo d'une intensité poignante... Quel beau symbole de fraternité que ces deux hommes unis dans la musique, ils se répartissant les gammes, je pense que l'un chantait en hébreux et l'autre en arabe... Ne connaissant ni l'une ni l'autre de ces langues, je ne sais pas, mais je pleure d'émotion... Ils reçoivent une pluie d'applaudissements, le concert a sacrément commencé...
Viennent les chants du Chaâbi, les cordes d'abords, les voix ensuite et les percussions qui bouleversent l'espace, l'émotion monte, la musique est magnifique..
Je suis touché par une chanson en français qui raconte ceci : Français de France, écoute cette musique, Français de France, soit le bienvenu... Des paroles d'accueil, des paroles de joie, de réconciliation.
Subitement, au détour d'une chanson, des crépitement de la percussion, des voix, des mandolines et du xylophone, les gens viennent sur le devant de la scène, en bas, où il reste de la place pour se mettre à danser des danses de là-bas, les hommes et les femmes se balancent... Il y a beaucoup de bonheur dans la salle...
Jusqu'à passé minuit, la musique a fait son office, réunir les gens, les sourires, les rires, les appareils photo sont de la fête, chacun sort son téléphone, pour saisir les souvenirs à bout de bras... Les deux hommes assis à côté de moi, venus seuls, connaissaient toutes les chansons, ils ont dansé, chanté et frappé dans leurs mains, sans se dire un mot, par timidité sans doute ? J'ai toujours vu un sourire sur leurs visages...
Rapidement, j'ai repris le métro, il était minuit et demi... Chalom, salam alekoum, bonjour, tout avait commencé comme ça, ce soir-là ! J'ai voulu acheter le CD à la sortie, il n'y en avait plus...
Demain, je cours voir le film...
lundi 9 janvier 2012
Lisbonne, rua Augusta ... La fin de l'année 2011 !
Noël était présent partout, les Vierges avaient ce petit côté penché comme les vagues de la mer...
Le beau funiculaire pour grimper la pente d'une rue
Dès mon arrivée dans le centre historique, comme d'habitude, je suis tentée de regarder partout à la fois, au risque de tomber très rapidement, le danger est double car les trottoirs, un peu défoncés, sont entièrement composés de mosaïques faites de grosses tesselles d'asphalte noir et de calcaire blanc, pas toujours bien jointées... Pour des grandes distraites comme moi, il faut quand même marcher avec prudence. Sur les plus belles avenues, la mosaïque devient arabesques... Par chance, il n'a jamais plu pendant mon petit séjour, ce qui fait que je n'ai pas pu expérimenter la glissade, ouf !
Mosaïque de calcaire banc
La mosaïque avec les beaux dessins
La rua Augusta est large et rectiligne, très commerçante, très fréquentée, un des axes principaux du quartier de Baixa, entièrement reconstruit après le grand tremblement de terre de 1755. Cette avenue est piétonne, bordée d'immeubles hauts et très sobres des 18/19e siècles. Cette belle rue débouche sur une énorme place au carré parfait, formée par des grands bâtiments administratifs aux belles couleurs vives, vert, rouge et jaune... Pour finir le parcours, on arrive juste au bord du Tage, aux portes de la mer, quelques marches descendent dans l'eau, on aperçoit alors deux grandes colonnes de marbre blanc qui finalisent à merveille l'ensemble architectural. Les pieds dans l'eau, dans de petites vagues timides et mousseuses, et la tête couronnée de deux grosses boules blanches, ces colonnes servent de perchoir aux mouettes qui viennent au soir couchant, bruyamment, embellir tout l'espace : elles hésitent, posent leurs pattes, agitent leurs ailes, font de gracieux ballets, pour le plus grand plaisir des touristes, dont j'étais... Quelle belle idée d'avoir planté là ces morceaux de marbres, ouverture symbolique et mystérieuse, qui nous invitent à rêver, à voyager... Au loin, quelques voiles glissent dans le bleu...
Les oiseaux, la voile blanche, le bleu, dans la porte ouverte sur l'horizon... La beauté !
Ce chemin, je l'ai fait dès le premier jour, et pris mes premières photos uniquement le long de cette grande artère... Un parcours jalonné de surprises, d'étonnement, de ravissement... J'ai besoin de temps pour reconnaître les lieux, percevoir les détails que je trouve à ma portée, je respire ce pays nouveau, en quoi est-il différent ? Je n'entends rien que je connaisse, le portugais sonne à mes oreilles comme une belle langue, douce et musicale. Je n'arrivais pas ici complètement vierge, j'avais lu le guide du Routard et quelques autres, visité les sites de tourisme sur Internet, pris des notes ça et là, et quand je suis arrivée là, dans cette grande avenue grouillante, je me suis dit : laissons aller les idées, regarde, respire, il fait beau, tu réfléchiras après... On ne peut pas connaître grand chose d'un pays quand on fait un saut de puce...
Dans la rue, les pâtisseries de Noël
Je me suis régalée, j'ai appris, j'ai réfléchi... Bon, faisons la grande rue, nous verrons après... J'ai vu comme à Istanbul des petits commerces de rue, des pâtisserie en grande activité, les azuléjos, j'ai dû les chercher, cachés dans des petites rues...
Le chanteur de la rue
Le cireur de chaussures de la rue
Le vendeur de billets de loterie de la rue
Le marchand de marrons au début de la rue
La marchande de fleurs de la rue
Les azuléjos qu'il a fallu chercher sur les maisons de la ville... (1)
Il ne faisait ni chaud ni froid ce jour-là dans les rues, on frôlait la douceur printanière, il y avait déjà des robes à fleurs... Le matin, on mangeait sur les terrasses au beau milieu des rayons du soleil, jusqu'à l'heure du goûter... Le soir encore, des grands poêles transparents, d'où s'élevaient des flammes, allumés au gaz, sans bois ni braises, attiraient les dîneurs qui n'avaient pas froid aux oreilles... La grand rue fourmillait de promeneurs, on parlait toutes les langues, mais surtout le portugais, dans d'autres rues, plus petites, plus éloignées de la mer, sur de jolies places on dansait, chantait, tambourinait, on fêtait la fin de l'année... J'ai vu plus tard que dans d'autres coins encore, des gens dormaient dans la rue, sous des cartons, au creux des porches...
Demain nous verrons le reste... Aujourd'hui, vivons l’allégresse !
(1) Azuléjos : ce terme vient de l'arabe, il signifie pierre polie, et désigne un ensemble de carreaux de faïence (le plus souvent de couleur bleue mais il existe aussi de magnifiques polychromies), assemblés en panneaux muraux qui ornent les façades des maisons, les églises, les intérieurs... En fait, cet art est directement hérité des Maures, qui le pratiquaient dans les mosquées, lors de leur occupation pendant des siècles. J'ai vu à Istanbul des mosquées sublimes entièrement tapissées de carreaux de faïence d'une très grande subtilité. Je me souviens de l'énorme émotion que j'ai ressentie en pénétrant dans ces extraordinaires lieux de cultes, les arabesques venues du Coran, les couleurs, les lumières, les grands tapis bleus, rouges, verts... Quelles découvertes.
Splendide travail de la faïence, dans un ancien couvent aujourd'hui transformé en musée des azuléjos
samedi 7 janvier 2012
Urgence, oeuvre d'art... Photographies de Christophe Agou.
Face au silence, respectueux… Travail de huit années d'imprégnation, de rencontres, le photographe s'est lié d'amitié avec des familles d'agriculteurs.
Il y a une quinzaine de jours, en me promenant avec ma (grande) petite-fille qui revenait d’Angleterre où elle est jeune fille au pair… Nous sommes tombées en arrêt devant une galerie de photos qui exposait le travail photographique de Christophe Agou !
Nous avons eu un coup au coeur, coup de grâce, coup de beauté, nous sommes restées sous le coup de l’émotion…
Les photos silencieuses parlaient de solitude, de vie quotidienne, de pauvreté et de travail, avec des lumières à la Rembrandt, Le Nain, et le coeur, l'accompagnement, le regard talentueux de Christophe Agou... Une exposition magnifique et émouvante.
Le grain de ses photos donne la chair de poule, il est à fleur de peau… Aucun travail additionnel sur le numérique, composition sans retouches, tout est brut de décoffrage.
Dans l'intimité de leur maison, de leur salle à manger, de leur la cuisine, en pleine campagne, les personnes se sont livrées avec confiance. Leur environnement plus que nécessiteux blesse, l’exiguïté des poulaillers et des étables installés dans de vieilles voitures, amusants ou pathétiques ? Tous ces agriculteurs sont de la région du Forez (partie centrale du département de la Loire, de la Haute-Loire et du Puy de Dôme). Christophe Agou a su saisir leurs expressions dans un abandon touchant.
Les photos sont tellement humaines, pleines de beauté... Avec les objets, Christophe Agou fait des natures mortes superbes et fortes, avec les vivants, il fait de belles figures et du sensible... Comment faire du beau avec tant de détresse, d'isolement ? C’est le métier d’artiste qui veut ça, mettre de la beauté partout, pas d'exotisme, pas de voyeurisme, non, il met son regard, ses couleurs, au service de l'humain, il nous invite à comprendre, à admirer, à réfléchir. Les larmes me sont venues aux yeux, c'est souvent comme ça pour moi avec l'émotion, mais pas seulement par compassion : par fraternité. Je voyais bien que la grande victoire de l'art sur un sujet aussi délicat était à l'oeuvre, car si je pouvais me dire : "comme ces gens ont l'air délaissés, seuls", je pouvais aussi me dire : "comme toute cette beauté accompagne bien la gravité, c'est possible de faire ça, ça me touche, ça m’atteint, regardez"... La beauté est partout, merci messieurs dames d’avoir bien voulu qu'on soit un peu à côté de vous grâce à Christophe Agou.
Si vous êtes à Paris, courez, le plus vite possible, pour voir l’expo, elle s’arrête le 14 janvier, si j’avais su j’y serais allée plus tôt...
La galerie s’appelle « Fait et Cause », 58 rue de Quincampoix, Paris 4e… Dans une petite rue qui est juste parallèle au centre Pompidou, c’est une galerie associative qui se consacre à la photographie à caractère social, elle est ouverte depuis 1997…
Je la découvre aujourd'hui seulement…
mercredi 4 janvier 2012
Jacques Genin ! J'aime, j'aime pas...
J'adore les pâtisseries, je les aime toutes : les éclairs, les religieuses, les millefeuilles, les Paris-Brest, les tartes au citron, les divorcés, les gâteaux au chocolat, les babas au rhum, les tartes à tout, les charlottes avec et sans rubans... J'allais oublier les flans, les sablés, les génoises, les palmiers... J'en passe et des meilleures, pas facile d'imaginer les prodiges qu'il faut faire pour quelqu'un comme moi qui veut rester dans les clous et ne pas prendre de poids, ce qu'il faut batailler dur pour établir des règles de dégustation...
Je me suis autorisée un gâteau par semaine, rarement, très rarement plus, mais alors il doit être parfait, exquis, divin, ses 500 calories doivent être parfaites, délectables, joyeuses, belles, mais surtout bonnes... Un gâteau hebdomadaire ne doit laisser aucune trace de la culpabilité que l'on ressent immédiatement à la dernière bouchée d'un méchant gâteau, ordinaire, à peine frais...
Vous voyez, la règle est simple : un seul, mais le meilleur ! Un seul, mais extraordinaire !
Ne pas lésiner, il me faut de la qualité à n'importe quel prix, les calories qui viennent d'un grand pâtissier ne font pas plus grossir que celles du petit, vous le savez bien.
Fin bref ! Pour manger une très bonne pâtisserie, il faut beaucoup investiguer, tâter, étudier, se déplacer et payer cher, même très cher, un petit gâteau.
La boutique d'esthétique
Un jour de flânerie, dans le Marais, juste à côté de l'école où j'allais quand j'étais petite, j'aperçois la boutique de Jacques Genin, ah ! C'est là ! J'avais été prévenue de l'adresse par un de mes fils, c'est vraiment bon, tu verras, renversant ! C'est un grand pâtissier doublé d'un grand chocolatier !
Je regarde, je colle ma tête au carreau, je ne vois rien... Qu'est-ce qu'on vend la-dedans ? C'est la caverne d’Ali-baba, pleine de Bobos... Les gâteaux ne sont visibles que de l'intérieur, sur les étagères, rangés de façon clinique, des chocolats, des bonbons, des boîtes, l'espace respire, sommes-nous chez l’esthéticienne ? Vais-je trouver la crème anti-rides idéale ? Le fard à paupières des grands soirs ? Pas du tout, le marchand de design est un pâtissier... J'aime pas !
Le salon de beauté
Pour vous accueillir, quelques personnes en gants beurre frais, il y en a même une qui parle japonais, t'imagines... Ah bon, je suis chez un bijoutier ?... J'aime pas.
Chez Genin, il faut faire la queue tranquillement, sans bouger, même si le gâteau que vous convoitez vient d'être pris par la cliente, juste devant vous... Il n'y en a plus, c'est terminé, fini, faudra revenir... Pas de stock, on fait du sur mesure... J'aime pas.
La Cène
Dans la boutique du pâtissier, la Cène fait 50 cm², tout est là, éclairs, millefeuilles, Paris-Brest, tartes au citron... Difficile de faire un choix quand tout fait envie... J'aime bien !
En patientant pour attendre mon tour, je regarde le salon de thé où papillonne le beau linge, quelques Japonaises prennent le thé, l'homme est connu du monde entier, l'espace ne ressemble à rien qu'à un lieu argenté, sans âme, clinique, aseptisé, et snob... J'aime pas !
Le Saint Honoré
Je me suis donc décidée pour le millefeuille, j'en avais beaucoup entendu parler, le Paris-Brest me faisait envie, j'avais eu du mal à prendre la décision... J'aime bien.
De retour à la maison, le très beau sac blanc en plastique translucide prend place dans la réserve des beaux emballages qui pourraient peut-être servir une prochaine fois... L'ouverture de la boîte en carton prend aussi quelques minute, avec précaution extrême, rien ne doit cogner le joli gâteau, ensuite, tout est prêt enfin dans votre assiette, vous retournez la chose dans tous les sens, il est bien beau, comment aborder la première couche du feuilleté, avec ou sans la crème, avec, et là, les grandes orgues se mettent à chanter !!! Vous sentez le bonheur qui arrive en vous, comme c'est bon, délicieux, ça ne peut même pas faire grossir, c'est si léger !
Alors, lentement vous mangez le gâteau, pas une miette ne doit vous échapper, alléluia ! C'est dans la boutique qu'il faut retourner pour goûter tous les suivants... J'aime bien !
Il va falloir faire l'impasse sur tout ce que je n'aime pas, que je déteste, pour les 500 calories de la semaine suivante, je vais déjà réfléchir à celui que je vais prendre... Je vais prendre le millefeuille ou je me fais le Paris-Brest ?
Bonne pâtisserie à Lisbonne
Je connais plein de gens qui ne veulent plus y aller, veulent pas entrer dans ce système, être à coté de ses pompes, ils refusent de se mêler à cette masse-là, même pour un millefeuille, pourtant leur gâteau préféré...
Les rouspéteurs, je les aime bien !
Les délicieux pastéis de Lisboa
Bon, c'est pas tout ça, la semaine prochaine, je prends quoi ? Je vais peut-être sauter une semaine, avec les fêtes, j'ai pris de l'avance... J'aime pas !
dimanche 1 janvier 2012
Des voeux pour l'an 2012...
Porte du Tage à Lisbonne... En arrivant devant ces colonnes couronnées d'oiseaux, comment ne pas penser à partager cette lumière du soir, ces vols légers, ces petites vagues mousseuses, et l'horizon rose, pour les voeux de félicité de l'année nouvelle...
Mais revenons sur terre, j'espère pour vous tous, une solide santé, un peu d'argent, et l'amour, oui, l'amour de l'aimé(e), l'affection des proches, l'amitié des amis, les rencontres de ceux et celles que nous aimerons aussi... Partageons ce que nous pouvons donner... Recevons à bras ouverts... Restez combatifs...
A tous mes visiteurs, je souhaite une année 2012 la meilleure possible...
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