Notre lieu de tourismeDans mon post du 3 mai dernier, je vous ai raconté le petit rendez-vous mensuel que nous avons décidé de vivre ma sœur et moi, jusqu’à la fin de nos jours, envers et contre tout, absolument tout, même le mauvais temps... Nous avons dit : par beau temps, nous nous promenons et découvrons Paris, par mauvais temps, nous filons dans un musée.
Alors aujourd’hui, je vous raconte notre jour de mai, le rendez-vous de juin est pris, patience…
Le début de notre jour est toujours le même, nous allons déjeuner dans le même restaurant vietnamien, celui que nous aimons, où tout est bon, où le choix est très difficile, même impossible, alors, encore une fois j'ai choisi ce que je prends d'habitude, mon plat préféré, celui qui arrive au dessus de tous : les raviolis vietnamiens.
Nous étions venues de bonne heure pour éviter le monde, les tables serrées, la chaleur, la précipitation... Pour déguster son plat préféré, il faut prendre son temps.
Nous commençons toujours par les dernières nouvelles, les toutes dernières, celles du jour d'avant, car avec ma sœur, nous n'attendons pas de nous voir pour nous téléphoner, bien sûr.
J'avais cinq minutes de retard, moi qui suis toujours à l'heure, ça valait bien une petite discussion pour remettre nos montres à l'heure, nous savions que nous allions passer un bel après midi, nous étions heureuses de nous voir, il faisait beau, nous avions de la chance, Belleville offre encore des terrains inconnus…

Un café dans la petite rue bariolée
Le café, nous le prenons toujours ailleurs que dans le restaurant, là aussi, il faut choisir le bistrot parfait, à l'ombre, puisqu’il y avait du soleil, propre, pour les toilettes c'est mieux, mais comment savoir avant d'utiliser ? Sympa, accueillant, le petit je ne sais quoi qui vous fait dire : celui-là me paraît vraiment bien, qu’en penses-tu ? Parfait !
Les sièges sont confortables, il ne peut pas y avoir d'à peu près dans notre journée, chaque moment a sa valeur. Le café, c’est du lourd, détente à l’air libre, nous dégainons nos appareils photo, c’est parti pour l’art !
Finalement, notre café si bien choisi, à l'abri des voitures, dans une petite rue, toute petite, derrière le Boulevard de Ménilmontant, n’était pas si propre que ça, on a ri tellement on s'était trompées sur toute la ligne…

Sièges assortis à la rue

La rue végétalisée
Puis la vadrouille a commencé, la petite rue était belle à voir, piétonne, mignonne et fleurie, nous avons vite appris comment elle faisait pour vivre comme ça, en plein Paris, comme une rue de campagne. Il s’était organisé ici une vraie vie collective, associative.

Broderie et peinture
D’un bout à l’autre la rue est colorée, bariolée, griffée, illustrée, dans chaque recoin il y a un graff, la rue est en libre accès pour les graffeurs (autorisés par la ville de Paris), on peut donc revenir tous les mois, le décor aura changé, une galerie d’art à ciel ouvert, un vrai théâtre de rue, ne manquent plus que les rideaux rouges pour frapper les trois coups.

La causette sous le parasol

Beau travail d'artiste

La boutique locale, informations culturelles et sociales
Les petites boutiques en bas des immeubles, abandonnées par le commerce de proximité, abritent beaucoup d'ateliers d'artistes, d’artisans, d'associations socioculturelles, de cafés... Des parasols poussent ça et là, sur le trottoir, abritant des groupes d’habitants qui discutent sur le pas des portes, comme il n'y passe aucune voiture... Sauf les urgences pour le foyer retraite qui demeure là !... Pour tailler la bavette, rien de mieux qu’une rue piétonne… Un peu comme au bord de la mer, on attend l'heure de la marée basse pour aller chercher des coquillages….

Pot d'habitant, détail

Signatures des habitants
Au début, les habitants voulaient végétaliser la rue, alors ils ont fabriqué des gros pots, pour mettre devant chaque immeuble, confectionnés avec des céramiques de récupération, très personnalisés, les prénoms des artistes sont inscrits dessus, ensuite les fleurs ont été plantées pour le plaisir de tous, chacun arrose devant sa porte et tout le monde est content.
Il faut dire que la Mairie du 20e arrondissement a bien œuvré pour maintenir la rue hors des spéculations immobilières, en proposant aux habitants des locaux associatifs, aux artistes des baux précaires pour 3 fois rien... Pour l’instant, le village est préservé… On ne sait pour combien de temps ? Ce qui est pris est pris !


Voyez les beaux tableaux...
Nous avons mitraillé littéralement les murs de la rue, le soleil tapait juste du bon côté, impossible de ne pas faire clic ! Toutes les trente secondes...

Chemin qui mène à l'ancienne forge
Et puis chemin faisant, nous avons grimpé tout près du Parc de Belleville, par la rue Ramponneau où artistes et logements sociaux se côtoient… Plus bas, sur l’emplacement d’une ancienne forge (fabrique de clés), la bagarre est continuelle entre les squatteurs de la première heure dans cette friche industrielle, et les locataires patentés autorisés par la Mairie du 20e, une histoire complexe qu’il est difficile de tirer au clair, les associations se détestent, les gens s’ignorent, l’ambiance n’est pas très festive…

L'énorme fresque de la friche de la forge
Dans cet énorme trou, dont il subsiste seulement la forge et quelques ateliers anciens d'artisans, intégralement transformés en ateliers d'artistes plasticiens, les murs laissés libres sont régulièrement graffés par des artistes qui viennent des quatre coins du monde, ici aussi le paysage change régulièrement… Une ancienne squatteuse m’a dit que respirer à longueur de journée les odeurs des bombages, c’est totalement insupportable…
Mais ne vous inquiétez pas, nous avions l’âme tranquille, les querelles de voisinages ne sont pas pour nous, nous avons atterri dans une belle boulangerie de pâtisseries orientales et dégusté deux petits gâteaux au miel et aux pistaches, délicieux…
L’horloge de notre journée avait tourné bien vite, trop vite, quelques bricoles à acheter en passant devant les boutiques asiatiques, fruits, pâtes, et nous avons repris le métro, enchantées…
A bientôt pour notre jour de juin, juste avant mon départ pour Venise….
