mardi 7 juin 2011

L'abricotier a baissé les bras... En bas de chez moi.





Au début, les fruits verts

Il est grand temps que je vous parle de l'abricotier qui s'épanouit en bas de chez moi, les visiteurs de mon blog connaissent l'affaire de cet arbre fruitier qui pousse dans la plate-bande de l'entrée de mon immeuble  (voir posts des 23 et 25 juin 2010).

La récolte de 2010 s'est faite le 25 juin, j'avais eu la grande chance de récolter un fruit gros comme un oeuf de poule bien nourrie, magnifique, rose d'un côté et orangé de l'autre, parfumé à la rose et au goût de miel (j'ai jeté la photo !)

La récolte de cette année ne s'est pas faite du tout, bigre !  Voilà pourquoi : un petit historique, pour ne pas en perdre une miette... L'abricotier s'est développé, vous n'avez pas idée, déployant ses bras par dessus les moulins, juste la petite clôture de rien du tout qui entoure 20 iris bleus et quelques roses, et aussi une touffe d'herbe, rien de bien méchant, pas besoin de tondeuse, même une chèvre aurait encore faim. Un noyau planté là il y a quelques années s'est mis à pousser, pousser, tous les regards braqués sur lui...

Au printemps, il était tout blanc, des fleurs étaient  bien serrées autour de ses petites branches fines, il a fait beau, très beau, notre arbre s'est affirmé, il a fait des feuilles de partout, sans dessus dessous, je vous l'ai dit, on baissait la tête pour passer dessous, ça sentait bon la campagne... Même chez moi, le réchauffement climatique opère, l'abricotier a fait ses fruits bien plus tôt que d'habitude, comme partout.

Comment allait-on se sortir de là : le public attendrait-il la toute prochaine récolte, ou l'arrachage des branches se ferait au hasard des rencontres et des impatiences ?

Mais n'avançons pas trop vite, petit à petit, jour après jour, j'ai vu les abricots prendre des couleurs et du ventre, s'agiter dans le vent, bien arrimés sur leur branche.

Tous les passants faisaient leur petite génuflexion en passant sous ce pont naturel, levaient les yeux, et attendaient, il y eut bien quelques feuilles gaulées, sans gravité, les fruits tenaient bon, la nature est souveraine et costaude.


Les fruits bien dodus

Du coin de la rue là-bas, on les voyait de loin, ces abricots rouges et oranges, le danger était grand de se les faire chaparder avant le terme.

Attendons...

Je m'impatientais moi-même, mais enfin, quand la gardienne va-t-elle se décider à récolter ces fruits impertinents, le danger devient de plus en plus grand, rien ne les dérobent aux yeux qui les convoitent, nous courons à la catastrophe, les feuilles ne sont plus assez grandes pour cacher ses pêchers mignons.


Vue aérienne de mon balcon sur les fruits du jardin lilliputien 

Mais rien ne bougeait, la petite porte qui donne dans le minuscule parc était bien tenue par une grosse chaîne cadenassée, comme un prisonnier de grand chemin.

Ce qui fit bouger les abricots, tous les abricots, ce fût le grand vent méchant qui s'abattit dessus comme la pauvreté sur le monde, et de-ci et de-là que je te secoue ce prunier, tant et si bien que tous les fruits tombèrent à terre, dans une petite rigole creusée pour arroser les trois rosiers et les 20 iris bleus. La porte cadenassée jamais ne s'ouvrit, les beaux fruits de saison sont restés à pourrir dans la terre, personne pour les ramasser, ni les goûter, un printemps pour rien... C'est à vous dégoûter !


L'année prochaine, je vous raconte les progrès de l'humanité...

lundi 6 juin 2011

Gâteau de fête... Des mères.


Irrésistible envie de vous montrer le bon gâteau que j'avais fait un soir de visite d'un de mes fils... Peu de temps après la fête des mères, dont ils ont plaisir à me rappeler que c'est une fête pétainiste... Ils ont beau me le répéter chaque année, chaque année nous le fêtons, ensemble avec un bon gâteau, ou séparés par un appel téléphonique, avant, pendant, ou après le jour, nous marquons le coup... Mais je reconnais que le coup vient de moi, jamais je ne pourrais me passer de cette fête-là.

Je vais donc faire court, juste pour les couleurs, et le plaisir des fruits de saison (!), venus quand même d'Espagne, j'ai un peu honte d'être allée les cueillir si  loin...

samedi 4 juin 2011

Les mauvaises idées ont la tête dure… Dans l’ascenseur et ailleurs sans doute




Evelyne… Comment allez-vous, vous êtes toute belle avec votre jolie coiffure, j’ai mis des bigoudis moi-même, j’y arrive très bien, très bien oui, on dirait que c’est le coiffeur qui vous a coiffée, vraiment réussi, bravo, je vais à un mariage, ah bon ! C’est super ça, c’est quand ? Samedi prochain, vous êtes prête, la robe, les chaussures tout ça ? Oui, j’ai déjà tout acheté…

Bravo ! Vous êtes contente ? Oui… C’était un tout petit oui, de ceux que l’on doit ramasser à la petite cuillère, un peu liquide, un peu solide…Vous ne m’avez pas l’air très très emballée ? C’est mon petit-fils qui se marie, mais il y aura des clans… Des clans ? Comment ça, des clans ? Ben oui, vous savez maintenant, avec les remariages, il y aura le clan de mon petit-fils du côté de son père, le clan de sa mère, ils sont divorcés, et puis la jeune mariée aussi a deux clans de remariage, on sera 150… 150 ! Ben dites donc, ils font les choses en grand, il faudra être très belle.


Mais Evelyne, ça sera un beau mariage alors, oui, vous n’avez pas l’air convaincue, que se passe-t-il ?

Ben, mon petit-fils, il épouse une juive, et je suis très inquiète, le mariage ne sera pas heureux… Comment ça, le mariage ne sera pas heureux, pourquoi vous dites ça ?

Je me disais : le torrent de mauvais mots va bientôt s’écouler sur nos têtes, attention, pas le temps d’ouvrir le parapluie, ça va gicler…

Mais pourquoi dites-vous ça, Evelyne ? Une juive ne fait pas une mauvaise épouse, d’où tenez-vous cette idée ? Votre petits-fils aime cette femme s’il l’épouse, alors soyez contente avec lui .Oui, bon, moi j’ai trop rien contre remarquez, mais les copains de travail de mon petit-fils ont bien dit qu’avec une juive, ça ne marche pas, ils en connaissent plein des cas, ils se disent ça entre collègues, ça ne marche pas avec une juive. Vous comprenez, je suis comme ça, je n’ai rien contre remarquez, mais ça ne me plait pas, ça ne va pas aller. J’peux pas me refaire, je n’ai pas envie d’aller à ce mariage, je suis contrariée…

Comment faire remonter le torrent dans l’autre sens ? Repousser cette violence, cette bêtise qui ruisselait de partout…

Ecoutez Evelyne, chassez ces idées-là de votre tête, c’est bizarre ce que vous dites,  il ne sera pas plus malheureux que les autres votre petit-fils, il y a beaucoup de couple « sans juive » et ils divorcent quand même, ça n’a rien à voir. Il ne sera pas plus mal marié avec une juive qu’avec une non juive, je vous assure, réjouissez-vous, ça va faire de la peine à votre petit-fils, s’il vous voit triste et grognon. Voyons, ça sera une belle journée de fête et d’amour. Ils font un mariage religieux ? Non, mon petit-fils n’est pas baptisé, vous voyez, tout s’arrange, et la jeune fille ? Elle non plus n’est pas croyante, et bien alors, ils sont pareils, pas de problème de cérémonie, juste la mairie, un souci de moins, Evelyne.Oui (petit)

Evelyne, je vous assure, vous ne devriez pas penser comme ça…

Mais c’était la mer rouge entre nous, jamais rien ne pourra la faire changer d’idée, de mauvaise idée…



Moi, j’avais baissé les bras, je l’ai regardée, j’étais surprise, triste, lui expliquer quoi ? Refaire l’histoire ? Comment lui faire entendre raison, pas possible, nous étions tellement loin de toutes discussions possibles toutes les deux, par quel bout prendre les choses ? Je voyais bien que rien n’avancerait dans le bon sens, Evelyne n’était pas contente du tout parce que son petit-fils épousait une juive, d’avance la partie était perdue pour lui… Elle me resservait des idées que je ne pouvais pas emmagasiner, pas assez de place dans mon cerveau pour ranger ces pensées-là, ça non !

Allez Evelyne, passez une bonne journée, il fait beau, préparez-vous bien pour cette belle cérémonie… Elle a tournée la clé dans sa boîte au lettres, elle était sérieuse, chagrinée…

Quelle mauvaise surprise, même avec ce beau temps, les mauvaises idées de ma voisine ont vraiment la tête dure, solides comme du roc, il faudra combien de temps alors pour que ça change vraiment ?


vendredi 3 juin 2011

Des Dieux et des Hommes... Et le chat du Rabbin.


J'ai lu avec enthousiasme, il y a déjà quelques année, les BD de Joann Sfar, des dessins magnifiques, des dialogues spirituels, philosophiques, drôles, les Juifs et les Arabes enfin réconciliés, un chat qui veut faire sa bar mitsva et qui parle, c'est du jamais vu... Joann Sfar veut faire passer le message : "on a le droit de respecter les gens sans forcément partager leurs croyances".

Toute l'histoire se passe dans les années 20, mais on comprend très vite que la fable est d'aujourd'hui. Une sorte de voyage initiatique, où la raison se cherche, le partage se trouve et l'amour règne. Tout est bien qui finit bien, pas de cassement de tête, à la sortie du film vous vous dites, c'est possible, tout est possible entre les gens, le respect, l'amitié... Mais le chat lui n'a qu'une idée en tête, retrouver sa petite maîtresse (la fille du rabbin), ronronner sur ses genoux, se faire gratter le menton pour vivre heureux,il souhaite "qu'elle ne se marie jamais et qu'elle n'ait jamais d'enfant"

J'ai vu le film en projection 3D, ce qui rend toute l'animation encore plus savoureuse, on a les pieds dans le sable du désert...

Ne partez pas, j'ai besoin de vous...

Voilà : l'ennui, c'est que je ne suis pas sortie du film aussi emballée qu'avec la BD, j'essaye d'analyser pourquoi, mais j'ai du mal à mettre un mot devant l'autre.

J'ai fait un peu le contraire de ce que je fais avec les BD, j'ai écouté les dialogues et j'ai laissé passer quelques dessins, si beaux, si splendides, j'ai donc beaucoup perdu de pertinence. Je n'ai pas eu la divine surprise du livre, où je pouvais revenir sur tout, les dialogues, les dessins, les couleurs... Le délice de la découverte et du plaisir de l'histoire, je ne les ai pas eus d'emblée.

Je me suis dit qu'il y avait trop de beauté dans le film : les dessins, les dialogues, les voix si bien adaptées aux personnages (Hafsia Herzi, la fille du Rabbin), l'histoire (qui réunit plusieurs albums), les couleurs dorées des paysages...

Peut-être que mon cerveau ne va pas assez vite, il faut que je mange des omégas 3, ça doit être ça.


Vous y comprenez quelque chose ?

Allez voir ce beau film, vous me direz, moi je jette l'éponge...

mardi 31 mai 2011

Les turbans...


La vue devant le Sacré-Coeur, il fait beau

Je ne vous ai pas encore parlé de cette histoire, celle des turbans, non ?

Alors voilà, notre chorale travaille depuis quelques mois une œuvre originale composée par notre cheffe de chœur (à partir du livre "Gargantua", de Rabelais)... On répète, on répète, sans relâche, car avec nous, il faut s'accrocher et avoir beaucoup de patience, notre cheffe a beau nous donner les indications de nuances, de progression, de prononciation, nous faisons d'abord (presque) comme si elle n'était pas là, nous essayons tout par nous-même, nous faisons à notre tête, puis nous progressons lentement mais sûrement... Vous savez, notre chœur à la tête dure, il est frondeur, mais le cœur est bon... Finalement, la musique sort avec une très grande émotion et un son particulier, qui nous est propre, disent nos proches.

Nos noces de porcelaine... (post du 7 février dernier)

Au bout du compte, nous faisons comme elle dit, nous la suivons au doigt et à l'œil, mais pour en arriver là, il nous a fallu vingt ans de pratique, de chef de chœur en chef de chœur, de répertoire en répertoire, de concert en concert, de spectacle en spectacle… Notre adolescence a été longue et turbulente, nous sommes de grands enfants difficiles à mater...

Donc, reprenons, Gargantua est une œuvre musicale avec partie parlées, nos instruments de musique sont des verres de cristal, des clochettes, des petites cymbales et des tambours, nous imitons aussi les cris des animaux de la ferme… Vous voyez ? Très Moyen-Âge... L’histoire de Gargantua est grossière, on parle de cul, de bêtes à deux dos, de belle matière fécale, enfin, vous le savez, Gargantua ne mâche pas ses mots, et ça nous va très bien.

Pour la mise en scène, nous avons décidé de nous habiller tous en noir et de porter sur la tête un turban noué de couleurs vives et soyeuses.

L’histoire que je vais vous raconter concerne uniquement les turbans…

Dans un groupe, seules quelques personnes travaillent activement et prennent les décisions, suivies en cela par l’adhésion des autres qui sont bien contentes que tout se fasse sans elles… Néanmoins, elles encouragent le noyau dur à poursuivre les initiatives et le bon travail entrepris… C’est comme ça, dans tous les groupes, il y a les reines et les ouvrières. Chez nous, les ouvrières sont toujours contentes des reines et leur font entièrement confiance…

Le petit café de l'arrivée

D’accord, on va enturbanner le groupe, pour cela il faut aller au marché Saint-Pierre, acheter les tissus... Il nous a bien fallu deux voyages pour faire le choix des tissus, évaluer les prix, calculer les métrages, choisir les commerçants, et passer une bonne journée.

Je faisais donc partie du groupe des (trois) acheteuses.

Le thé à la menthe

Au premier voyage, on s’est d’abord assises bien en face du Sacré-Cœur, dans un café tout ce qu’il y a de touristique, et nous avons pris notre café du matin... On avait décidé de faire un premier tour pour évaluer les prix, les couleurs disponibles, la largeur des tissu, les matières… Une belle journée avec soleil ! Et de réflexion en réflexion, nous avons pris le temps d’aller déjeuner à Belleville, et de fil en aiguille, nous avons remonté le Boulevard de Ménilmontant, pris un thé à la menthe et petits gâteaux algériens faits maison… Nous avons marché à côté du métro, jusqu’à chez nous, ce qui faisait une belle petite trotte…

On avait évalué, touché, précisé notre choix, expérimenté le marché, nous reviendrons pour acheter un autre jour, il fallait réfléchir…

Nous avons aussi beaucoup ri, beaucoup appris, pris du bon temps ensemble à bavarder, en somme, un bon jour de vacances et d’amitié, à la capitale.

Le café et les calculs...

Le choix...

Le bouquet de tissus

Au deuxième voyage, les jeux étaient faits, attention, nous avions une lourde responsabilité. Nous avons donc fait exactement comme la première fois, la première halte au café face au Sacré-Cœur, pour une mise en forme indispensable. Nous avons alors sorti les crayons, la calculette, et avons compté, recalculé les métrages de tissus nécessaires… Les commerçants lauréats étaient repérés suite au premier voyage, nous n’avions plus qu’à passer à la caisse.

Nous sommes repassées par toutes les cases plaisir : le café du matin, le déjeuner du midi au restaurant à Belleville, le thé à la menthe et même la défense d’un artiste qui faisait une œuvre sur le motif (trottoir), pris à parti par un agent de sécurité de la ville de Paris. Attention, l’affaire était grave, nous étions attablées devant nos thés et le pauvre homme se voyait verbalisé pour saleté sur la voie publique… Nous sommes allées immédiatement au secours de la création, et nous avons gagné la partie, pas de contravention, juste une petite parlotte de mise au point avec l’agent, et l’art fut sauf !

Le mur peint du Bd de Ménilmontant

Le mur peint... Suite.

Nous avons beaucoup ri, beaucoup appris, pris du bon temps ensemble à bavarder, à regarder les murs peints… À nous extasier de presque tout.

Nous ne savions pas encore s’il y aurait une troisième excursion…

Il ne nous restait plus qu’à prendre rendez-vous pour la journée machine à coudre pour réaliser une trentaine de turbans…

L'assemblage des couleurs

Les turbans réalisés

Nous l’avons faite chez moi, arrêt goûter obligatoire devant un bel ananas frais pour remonter le moral des troupes… Terminé les gâteaux au miel et aux pistaches, on ne pouvait pas, en plus, prendre des kilos pour les costumes…

Mais une journée n’a pas suffi pour tout faire, nous avons partagé le travail en trois, et chacune et repartie avec son ouvrage sous le bras…

Nous avions beaucoup ri, rien appris de particulièrement important en couture , beaucoup bavardé comme d’habitude, être ensemble restait l’essentiel pour faire de la belle ouvrage…

Voyez notre beau travail... Revenez très vite, pour nous voir enturbannés lors de notre prochain concert....

The Tree of Life... De Terrence Malick



C'est le monde à l'envers

Au début du film, je me suis dit, tiens, je me suis trompée de salle ? Je suis sur un docu. La création du monde, les animaux préhistoriques, pourquoi pas. J'irai voir l'autre après...

Je n'avais rien lu sur le film, juste une information légère sur le thème, l'auteur, les acteurs et la palme d'or à Cannes... Ça suffisait grandement pour que je m'y précipite.

Donc, le monde commençait avec de jolies nébuleuses, des couleurs, des lumières, du bruit, de la matière en fusion... Après les nuages ce fut la Terre, parfait, puis vint l'eau, la sublime, en ruisseaux, en torrents, en océans, et voilà les dinosaures féroces, les prédateurs, intéressant, bon, je suis vraiment sur un docu... C'est beau, rien à dire, de la belle musique de fond, très classe.

Et puis les hommes apparurent, mais une bonne demie-heure était passée... L'histoire bien sûr, je ne vais pas vous la raconter, Malick le fait très bien, mais au bout du compte, je me suis ennuyée, ce n'est pas par manque d'intérêt, mais par indifférence, une histoire lénifiante et inspirée, sa religiosité sirupeuse ne m'a pas convaincue du tout. L'actrice, Jessica Chastain, est magnifique, mais le jeu d'acteurs, même s'il est superbe, ne suffit pas tout à fait pour faire ici un bon film... Palmé.

En sortant de la salle, deux hommes en colère criaient : c'est quoi ce film de secte, d'évangélisation...

Moi, je suis sortie en plein soleil (du cinéma l'Arlequin rue de Rennes, dont j'aime bien la grande salle, avec son énorme écran), je me suis dit : allons voir l'église Saint-Sulpice, refaisons la découverte de ce beau lieu, enfin couronnée de sa grande tour refaite à neuf, blanche, étincelante, éternelle... À l'intérieur, il faisait sombre et poussiéreux, quelques touristes visitaient les lieux, personne ne priait, seul le prêtre attendait le "client" dans le petit confessionnal de verre. Delacroix, au fond, dans son combat avec l'ange, faisait grise mine, personne pour l'admirer... Dans la crypte, dont les portes étaient ouvertes, il se préparait une représentation théâtrale sur soeur Emmanuelle, dans une mise en scène de Michael Lonsdale, avec Françoise Thuriès dans le rôle titre.

J'attends avec impatience de voir les films d'Alain Cavalier, Kaurismäki, Moretti, je suis ravie d'avoir vu triompher le beau film "Le Gamin au Vélo" des frères Dardenne... J'aime beaucoup l'acteur Jean Dujardin, depuis "Un gars et une fille" dont je ne loupais aucun épisode... Couronné de lauriers mérités, au festival !

Mais pour la palme d'or à Malick, non, non, et non, pas d'accord !

samedi 28 mai 2011

Une fois par mois minimum... Notre balade de mai.

Notre lieu de tourisme
Dans mon post du 3 mai dernier, je vous ai raconté le petit rendez-vous mensuel que nous avons décidé de vivre ma sœur et moi, jusqu’à la fin de nos jours, envers et contre tout, absolument tout, même le mauvais temps... Nous avons dit : par beau temps, nous nous promenons et découvrons Paris, par mauvais temps, nous filons dans un musée.

Alors aujourd’hui, je vous raconte notre jour de mai, le rendez-vous de juin est pris, patience…

Le début de notre jour est toujours le même, nous allons déjeuner dans le même restaurant vietnamien, celui que nous aimons, où tout est bon, où le choix est très difficile, même impossible, alors, encore une fois j'ai choisi ce que je prends d'habitude, mon plat préféré, celui qui arrive au dessus de tous : les raviolis vietnamiens.

Nous étions venues de bonne heure pour éviter le monde, les tables serrées, la chaleur, la précipitation... Pour déguster son plat préféré, il faut prendre son temps.

Nous commençons toujours par les dernières nouvelles, les toutes dernières, celles du jour d'avant, car avec ma sœur, nous n'attendons pas de nous voir pour nous téléphoner, bien sûr.

J'avais cinq minutes de retard, moi qui suis toujours à l'heure, ça valait bien une petite discussion pour remettre nos montres à l'heure, nous savions que nous allions passer un bel après midi, nous étions heureuses de nous voir, il faisait beau, nous avions de la chance, Belleville offre encore des terrains inconnus…

Un café dans la petite rue bariolée

Le café, nous le prenons toujours ailleurs que dans le restaurant, là aussi, il faut choisir le bistrot parfait, à l'ombre, puisqu’il y avait du soleil, propre, pour les toilettes c'est mieux, mais comment savoir avant d'utiliser ? Sympa, accueillant, le petit je ne sais quoi qui vous fait dire : celui-là me paraît vraiment bien, qu’en penses-tu ? Parfait !

Les sièges sont confortables, il ne peut pas y avoir d'à peu près dans notre journée, chaque moment a sa valeur. Le café, c’est du lourd, détente à l’air libre, nous dégainons nos appareils photo, c’est parti pour l’art !

Finalement, notre café si bien choisi, à l'abri des voitures, dans une petite rue, toute petite, derrière le Boulevard de Ménilmontant, n’était pas si propre que ça, on a ri tellement on s'était trompées sur toute la ligne…

Sièges assortis à la rue

La rue végétalisée

Puis la vadrouille a commencé, la petite rue était belle à voir, piétonne, mignonne et fleurie, nous avons vite appris comment elle faisait pour vivre comme ça, en plein Paris, comme une rue de campagne. Il s’était organisé ici une vraie vie collective, associative.

Broderie et peinture

D’un bout à l’autre la rue est colorée, bariolée, griffée, illustrée, dans chaque recoin il y a un graff, la rue est en libre accès pour les graffeurs (autorisés par la ville de Paris), on peut donc revenir tous les mois, le décor aura changé, une galerie d’art à ciel ouvert, un vrai théâtre de rue, ne manquent plus que les rideaux rouges pour frapper les trois coups.

La causette sous le parasol

Beau travail d'artiste

La boutique locale, informations culturelles et sociales

Les petites boutiques en bas des immeubles, abandonnées par le commerce de proximité, abritent beaucoup d'ateliers d'artistes, d’artisans, d'associations socioculturelles, de cafés... Des parasols poussent ça et là, sur le trottoir, abritant des groupes d’habitants qui discutent sur le pas des portes, comme il n'y passe aucune voiture... Sauf les urgences pour le foyer retraite qui demeure là !... Pour tailler la bavette, rien de mieux qu’une rue piétonne… Un peu comme au bord de la mer, on attend l'heure de la marée basse pour aller chercher des coquillages….

Pot d'habitant, détail

Signatures des habitants

Au début, les habitants voulaient végétaliser la rue, alors ils ont fabriqué des gros pots, pour mettre devant chaque immeuble, confectionnés avec des céramiques de récupération, très personnalisés, les prénoms des artistes sont inscrits dessus, ensuite les fleurs ont été plantées pour le plaisir de tous, chacun arrose devant sa porte et tout le monde est content.

Il faut dire que la Mairie du 20e arrondissement a bien œuvré pour maintenir la rue hors des spéculations immobilières, en proposant aux habitants des locaux associatifs, aux artistes des baux précaires pour 3 fois rien... Pour l’instant, le village est préservé… On ne sait pour combien de temps ? Ce qui est pris est pris !

Voyez les beaux tableaux...

Nous avons mitraillé littéralement les murs de la rue, le soleil tapait juste du bon côté, impossible de ne pas faire clic ! Toutes les trente secondes...


Chemin qui mène à l'ancienne forge

Et puis chemin faisant, nous avons grimpé tout près du Parc de Belleville, par la rue Ramponneau où artistes et logements sociaux se côtoient… Plus bas, sur l’emplacement d’une ancienne forge (fabrique de clés), la bagarre est continuelle entre les squatteurs de la première heure dans cette friche industrielle, et les locataires patentés autorisés par la Mairie du 20e, une histoire complexe qu’il est difficile de tirer au clair, les associations se détestent, les gens s’ignorent, l’ambiance n’est pas très festive…

L'énorme fresque de la friche de la forge

Dans cet énorme trou, dont il subsiste seulement la forge et quelques ateliers anciens d'artisans, intégralement transformés en ateliers d'artistes plasticiens, les murs laissés libres sont régulièrement graffés par des artistes qui viennent des quatre coins du monde, ici aussi le paysage change régulièrement… Une ancienne squatteuse m’a dit que respirer à longueur de journée les odeurs des bombages, c’est totalement insupportable…

Mais ne vous inquiétez pas, nous avions l’âme tranquille, les querelles de voisinages ne sont pas pour nous, nous avons atterri dans une belle boulangerie de pâtisseries orientales et dégusté deux petits gâteaux au miel et aux pistaches, délicieux…

L’horloge de notre journée avait tourné bien vite, trop vite, quelques bricoles à acheter en passant devant les boutiques asiatiques, fruits, pâtes, et nous avons repris le métro, enchantées…

A bientôt pour notre jour de juin, juste avant mon départ pour Venise….