mardi 16 décembre 2025

Le chamboulement ! (Le début de la fin en Berry - 5 et fin)

Les surprises des couleurs, au loin...

J'ai revu M., la dame triste, une deuxième fois dans sa belle maison (pour la première visite voir le post n°3). Elle attendait ma venue avec impatience : tu veux un thé ? Oui, volontiers, comment vas-tu ? Oh ! Le changement n’était pas flagrant... Il est très bon ton thé, allez, raconte ! Elle me raconta son enfance, son démarrage dans le travail, très tôt, 16 ans peut-être, une peu partout dans les petites usines, pas loin de chez elle, dans le bourg, la confection, la couture, elle en connaissait un rayon. Puis le travail dans des maisons bourgeoises, très loin d’ici, sa campagne natale, elle embauchait tôt le matin, finissait au soir, tard. Elle savait tout faire, la cuisine, le ménage, tout, tout, tout... Elle n’aimait pas lire : j’suis pas du tout attirée, j’ai pas la patience. Elle aimait aller danser, se faire des amis. Et puis le temps a passé, elle était devenue une fille de la ville en région parisienne. Elle habite maintenant, depuis sa retraite cette belle maison berrichonne, toute reconstruite par son mari qui savait tout faire, lui aussi, pour transformer la vieille grange en palais. Nous bavardions tout tranquillement, agréablement, je n’avais rien vu en arrivant, elle m’avait fait entrer côté jardin directement dans sa belle cuisine qui donnait sur son très beau jardin... Quand je me suis tournée du côté salon, j’ai vu !

Elle avait tout chamboulé dans son salon, la table basse, le grand canapé décollé du mur maintenant en plein milieu, plus près de la télé appuyée sur un petit mur de côté. Au loin, vue sur jardin, le « fauteuil du défunt mari » un peu plus sur le côté, moins en évidence, avec de nouveaux coussins colorés...  La pièce avait pris une allure plus confortable : M., tu as tout changé, tu l’as fait, tu es formidable, bravo ! Je l’ai prise dans mes bras, on s’est serrées fort, on riait, tu t’es fait aider ? Comment ? Quand ma fille est venue, on a tout transformé. Elle a compris pourquoi ? Oui, elle m’a dit : allez maman, on y va !

J’étais tellement émue que j’en aurais pleuré, je comprenais la force qu’il lui avait fallu pour accomplir ce tremblement de terre. Mais comment n'avais-je pas vu en entrant, c’est sûr, nous n'étions pas rentrées côté salon mais côté jardin !! Je la voyais heureuse (un peu), mais ça n’a pas duré, petit à petit les jours passant, elle s’était remise à broyer du noir. Le salon, c’était bien de l’avoir bouleversé, mais dans sa tête, ça ne se faisait pas encore, tous les maux restaient à leur place. Patience, M., tu vas y arriver, j'ai confiance.


À ma fenêtre,  sur la table dans le pré, je voyais les oiseaux qui venaient picorer les miettes que je laissais... Comment les oublier ?

La veille de mon départ je lui ai fait une dernière visite, elle tournait en rond comme un lion en cage, et j’ai aussitôt pensé au film de Jean-Luc Godard « Pierrot le fou », où Anna Karina disait par deux fois, les bras ballants : j’sais pas quoi faire, j’sais pas quoi faire ! Elle savait pas quoi faire. En partant, je lui ai dit : on se téléphone sans faute. Oui, oui ! À l’année prochaine, bien sûr ! Oui, bien sûr !


Mon petit siège tripode, ma tour de contrôle !

Dans les paroles tout ne se passe pas comme sur des roulettes, un jour ça va, l’autre devient sans espoir. Je trouvais ça bien qu’on puisse communiquer, elle avait du mal à le faire avec ses voisines, qu’elle connaissait depuis l’enfance, elle attendait qu’on l’appelle, sans penser qu’elle pouvait le faire, elle n’osait pas faire le premier pas. Quand elle m’a dit sur le pas de sa porte : on se téléphone, je lui ai trouvé une belle audace ! Pourvu que ça marche, qu’elle tienne le coup, qu’elle m’appelle, sinon, c’est moi qui le ferai... Bien sûr ! Elle m'a appelée, nous avons fait le tour de tout ce qu'elle pouvait mettre en route pour ne pas perdre le nord, espoir surtout ! Nous avons fait des plans sur la comète pour l'année prochaine, des visites que nous pourrions faire pas loin, voir autrement : la place du village plus végétalisée, le cimetière (enfin) sans pesticide, plantation du gazon dans les allées, les jardiniers laissaient faire la nature... Toutes choses, dont elle était critique à l'avance. Et puis son tricot qu'il fallait reprendre, nourri de toute sa créativité, tu sais faire tant de belles choses : arrangements florales, broderies, dessin, peinture, tu vas reprendre les rênes de tes envies... Une chose après l'autre, tu m'enverras des photos surtout ! Tu verras, on va ouvrir les yeux, M., ouvrir les yeux autrement ! Elle m'a dit oui ! Il y avait du boulot sur notre planche... Elle était allée chanter avec son groupe à la salle des fêtes...



Voir autrement... Le petit pêcher penché, avec ses deux cannes...

Voir autrement, à travers la beauté...

Voir autrement le vivant...

M. m'appelle régulièrement...

Voici les fêtes de fin d'année, les uns seront gais, les autres mi-figue, mi-raisin, les journées vont rallonger à partir du 25 décembre, le temps est doux, mes lauriers tiennent bien le coup. Dans ma tour, un voleur a volé la belle plante à fleurs rouges que j'avais mise dans le hall (anthurium, ou langue de feu)... Il faut être partout à la fois pour ne pas rompre la chaîne de la fraternité... On va peut-être recommencer avec une autre plante !! En 2026 on plante dans le hall !

Mes amis, passez de bonnes fêtes, pleines d'espoir, de paix, embrassez qui vous voudrez ! À bientôt sur mes lignes et mes images, je vous embrasse.

dimanche 7 décembre 2025

L’étang, j’y suis retournée la veille de mon départ (le début de la fin en Berry - 4)


Le bel étang

Le soleil y était, roulons petite, il reste encore des chemins d’aventure ! À chaque coup de pédale un nouveau regard, je voulais tout emmagasiner, rembobiner, garder, figer... Mais non, tu reviendras l’année prochaine ! Allons, roulons, un petit peuplier en flammes, des herbes jaunes, des noyers déplumés, des effets de lumière dans tous les coins, je savais où étaient les vaches, les pommiers, une dernière pomme cueillie à l’arbre, pour la route... Arrivée à l’étang, je me suis assise sur mon siège tripode et j’ai fait l’inventaire de l’air et de la douceur du jour. Les hérons étaient au rendez-vous, les cormorans, les carpes sautantes, les ronds dans l’eau à chaque saut, il y avait du monde, mais beaucoup trop loin pour la photographie.

J'ai pleuré souvent au bord de l'étang, car c'était beau à pleurer

J’ai poussé à pied vers l’allée des grands chênes, je ne me lasse jamais de cette cathédrale, laissant ma monture reposer dans l’herbe, les mains dans le dos, les yeux grands ouverts sur tout, pas un bruit, rien à faire... Il commence à faire froid, il va bien falloir m’en retourner, j’ai pas de lumière sur mon vélo, pas de sonnette non plus, juste mon tripode en biais dans ma sacoche ! Allez, le reste, tu le referas l’année prochaine. Peut-être, comme avait dit ma voisine qui est partie avant moi dans le Grand Paris... Il arrive un moment dans la vie, quand il vaut mieux regarder derrière que devant, où pour les projets, on n'emploie plus le mot : peut-être... C’est certain !

J'ai poussé à pied jusqu'à l'allée des grands chênes...

Mais la belle journée s’achevait, magnifique ! Le soir de ce dernier tour de piste, je savais que j'avais vu le plus beau, avec cœur, je me parlais toute seule : souviens-toi de cet arbre, de ce noyer qui cette année fait tomber ses noix sous mes pas comme un don du ciel, des vaches qui te regardent toujours avec étonnement, tournent la queue et puis s'en vont, elles se moquent complètement que j'attendais depuis un quart d'heure, sans bouger, prête à leur tirer le portrait, pour la pose idéale...

Toujours plus belles...

Comment vais-je faire pour ne pas oublier toutes ces sensations réconfortantes, à l'abri des bruits du monde, des avenirs incertains, du pire qui était à craindre ? Ici, personne ne marche, ne roule, ne parle, je suis entièrement seule avec la beauté de ce petit bout de Paradis !

Je me souviens de chaque pas, chaque tour de roue, chaque pente douce, virage, quelques noyers m'ont surprise à donner des noix sonnantes et trébuchantes, alors que j'y étais passée depuis des années sans rien ramasser, l'année est à noix, l'année est à moi ! À l'année prochaine, si je peux, je reviens, ne bougez rien ! Je n'ai pas ramassé assez de noix, je n'ai déjà plus rien...

Mes amis, je mets du temps à remonter mon temps du Berry, je compte encore sur votre patience ! Il pleut, il vente des jours entiers, je ne mets presque pas le nez dehors... Je vous embrasse...