lundi 15 juillet 2019

Des mots, mais lesquels ? (2)


Mystère des portes de campagne

Je suis allée la voir quelques jours après l'enterrement de son fils décédé brusquement, encore jeune.  Tous les jours j'y pensais, est-ce bien le moment, est-ce vraiment opportun ? Un petit coup de sonnette à sa porte n'avait rien donné la semaine dernière, partie, envolée, consolée, réconfortée ? Je l'espérais...

Je me suis décidée, il faut être volontaire dans ces moments-là, écouter son cœur, pas facile, sonner !

Bonjour, je viens vous faire un petit coucou ! Elle a tout de suite compris mon embarras : entrez, c'est gentil de venir me voir. Elle n'était pas seule quand je suis arrivée, je ne voulais pas interrompre leur conciliabule et pourtant, il a bien fallu m'asseoir et boire un verre d'eau, puisque je ne voulais pas autre chose, quelques chose de frais, d’indispensable, car il faisait chaud...

Les mot allaient bon train, elle nous rappelait le jeune temps de son fils, un bon garçon, un peu vif, pas à une bêtise près... Elle avait tout oublié, il était devenu sage comme une image, j'avais plaisir à la suivre, nous nous rappelions... Nos garçons avaient le même âge...


Mystère des portes de campagne

Il ne restait rien des agitations, ni de son garçon, ni du mien... Vous vous rappelez la fois où il avait piqué la petite voiture de votre fils ? Ah non, rappelez-moi ! Il l'avait prise, ça j'en suis sûre, mais il avait eu du mal à la rendre, vous aviez dit : mais non, il ne l'a pas volée, il l'a empruntée... C'était bien ce que vous aviez dit ! Je ne m'en souvenais que très légèrement, ça se noyait dans de si nombreuses années...

Son fils, avec sa gentillesse, ses sourires, elle le faisait revivre comme personne... Nous étions toutes autour d'elle pour la soutenir. Quand je suis toute seule, je ne fais que pleurer... Nous le savions comme si nous étions elle, elle racontait encore, des choses nouvelles pour moi, des choses gaies, vives, secrètes... Elle nous disait que son fils était un bon gars !


Mystère des portes de campagne

Votre fils connaissait beaucoup de monde, les gens sont venus pour lui en grand nombre, pour vous, votre famille, c'était très émouvant, vous vous souvenez, vous m'aviez dit : je ne sais pas s'il y aura du monde,  personne peut-être ? Elle se tordait les mains, s'essuyait les yeux, oui, je n'ai pas vu le monde, je n'ai rien vu, j'étais à ma peine, à ma douleur. Je l'avais vue qui regardait par terre, elle ne voyait rien...

Les gens sont venus me dire des mots si affectueux, si touchants, ça m'a transformée ! Je ne suis plus  la même, je ne vois plus du tout les choses comme avant, oui, ça m'a transformée. Ça vous a transformée ? Oui, je ne peux pas expliquer, ça m'a transformée, toutes ces paroles chaleureuses, ces serrements de bras, ces rapprochements, vous ne pouvez pas savoir comme je les ai reçus, comme un grand bienfait, je n'étais plus seule... Je ne vois plus du tout les choses comme avant. Quand je suis seule, je ne fais que pleurer... Elle le répétait et répétait sans cesse...

J'avais bu mon verre d'eau, je ne voulais pas trop déranger et les laisser à leurs confidences, mais j'aurais bien voulu savoir ce qui l'avait transformée à ce point, ce qui l'avait rassurée dans ces moments si douloureux. C'était formidable de l'entendre dire des choses si fortes, si chargées de sens pour elle, comme une évidence... Elle avait éprouvé des sensations inconnues qui lui avaient sans nul doute fait du bien, consolée ? Je ne savais pas, elle seule savait... Mais quand elle prononça ces mots-là, sans expliquer, j'avais l'impression de la comprendre, je pensais que les mots, les regards, la présence des gens l'avaient un peu guérie, bercée, elle avait parlé de sa transformation, avec une voix assurée, mais si douce...

Nous nous retrouverons à un autre moment, où elle sera seule, et je pourrai lui demander le secret des mots qui ont agi si fort dans son cœur...


Mystère des portes de campagne

Une autre rencontre m'a laissée sans voix... Je vous en parle prochainement. Bon été mes amis, mes passagers..

6 commentaires:

Marie Claude a dit…

Pas facile cette visite,mais elle était heureuse de te voir,les souvenirs remontent,vous vous connaissez depuis de nombreuses années...
D'autres moments se présenteront où tu pourras apporter ton réconfort,très difficile en effet pour cette maman,mais te connaissant,je sais que tu seras toujours à son écoute.

Belle journée à toi avec des bises du matin

Brigitte a dit…

Tu as bien fait de rendre visite à cette personne . Les mots ont beaucoup de pouvoir sur les maux, surtout dit avec douceur et compassion … Tu as été à l'écoute et elle se souvenait des bons moments, c'est important et c'est ce que l'on garde et chérit .
J'attends la suite de ta rencontre étonnante
Des bises pleines de soleil

siu a dit…

Triste et belle histoire... et tu es toujours très douée pour les rélations humaines, surtout quand il s'agit de réconforter quelqu'un.

Elle sont vraiment belles et mystérieuses, ces portes de campagne que tu as prises en photo...

J'attends la prochaine rencontre, j'en suis curieuse.

Gros bisous d'un bel après-midi de soleil.

Danielle a dit…

Marie Claude, oui, je vais revoir cette dame, très vite... La soutenir surtout, la soutenir...

Passe toi aussi une bonne fin de semaine.

Je t'embrasse du matin

Danielle a dit…

Brigitte, merci, oui je pense à l'autre rencontre, je m'y prépare...

Merci d'être là.

Je t'embrasse fort.

Danielle a dit…

Oui, Siu belle et triste histoire, c'est vrai j'ai eu cette idée de portes ouvertes ou fermées, prises dans les paysages de campagne que j'ai aimés...

Bonne semaine Siu, il va faire chaud, baisers d'été à toi.