jeudi 25 janvier 2018

Zigs'Arts Venise (9) 2017


Support - Lorenzo Quinn - 2017

Bien sûr, personne ne peut rater, sur le Grand Canal, ces deux mains créées par l'artiste italien Lorenzo Quin, qui apparaissent sur la façade de l'hôtel Ca'Sagredo. L'installation mesure 9 mètres de haut, et pèse 5000 kg. Ces deux mains semblent retenir ou s'agripper ?... Au palais historique. L'artiste explique avoir voulu "symboliser à la fois la force créatrice et destructrice de l'être humain". Cette double intention est très bien perçue par le public, chacun choisit celle qui lui convient le mieux.  Mais nul n’ignore les dangers que l'on devine pour Venise.


Lorenzo Quinn

La massification du tourisme finira par faire de Venise une ville musée (qu'elle est déjà en grande partie), ville désertée par les Vénitiens, qui s'en vont ailleurs, préférant vendre ou louer leurs appartements. Petit à petit la ville devient un grand dortoir... La poule au œufs d'or...

Depuis de nombreuses années, j'ai vu le phénomène s'accentuer : moins de commerces de proximité, remplacés par des commerces de pacotilles, d'articles souvenirs. Les appartements se louent aux touristes sur des plates-formes internet, faisant diminuer du coup la possibilité de location ou d'achat pour les Vénitiens qui veulent rester sur la lagune... Le processus touristique s’accentue... Sans oublier le travail destructeur des marées.

Nous ne sommes pourtant pas au début d'en voir la fin... Mais je ne suis pas devine... 

Chaque année donc, j'y vais en marche arrière, et j'en reviens pleine de projets pour l'année suivante, la petite dépression refait surface un peu avant de partir... Mais je pars heureuse, sans l'ombre d'un doute, les années de Biennale, où tout devient encore plus passionnant à Venise.

J'ai encore aimé passionnément une oeuvre d'Ibrahim Mahama, artiste Ghanéen,  31 ans :



Nkansa II non orientable - Ibrahim Mahama 2016 (impossible de prendre une photo sans le contre-jour de la fenêtre)


Ibrahim Mahama - détail



Approche...


Encore plus près...


Ce grand navire hétéroclite est entièrement composé de vieilles boites de cordonniers africains, l'artiste a échangé avec les propriétaires rencontrés : une boite neuve contre une vieille boite, et visiblement ça a bien fonctionné. Ce troc a eu du bon pour tout le monde, Ibrahim Mahama a pu construire son arche de Noé, sans rien rajouter au décor naturel, pas de frisottis, pas d'enjolivements intempestifs, quelques fragments colorés simplement venus du matériau laissé brut. L'empilement est fait de telle manière qu'il rend visible chaque détail, comme dans un cabinet de curiosités, on peut longuement scruter les boîtes une à une. Je pouvais imaginer derrière chaque "usine à chaussures" un homme au travail, courbé sur les pieds des passants. J'ai pensé également à une sorte d'hommage rendu à tous ces cordonniers qui travaillent et qui vivent de la rue dans les grandes villes africaines... Je me souviens avoir vu ces cordonniers à Istanbul en 2010, à Lisbonne en 2012 :


Istanbul, cordonnier sur trois roues (2010)


Ça brille à Lisbonne (2012)

Dans une démarche de réalisation souvent collaborative, ses installations monumentales emploient des matériaux issus d’environnements urbains tels que des restes de bois et de textiles, ou des sacs de jute, cousus ensemble pour draper des édifices architecturaux. Ici, des vieilles boîtes de cordonniers...

Cette nef prend une énorme place dans la grande pièce du palais, elle m'est arrivée frontalement au cœur. Une émotion forte m'a privée de tout sens critique, j'ai tout aimé ! J'ai admiré l'idée, l'échange, la construction,  la mise en place, les touches de couleurs laissées ça et là, et la réalisation de l'oeuvre à partir de "presque rien". J'y suis retournée plusieurs fois, l'émotion a toujours été au rendez-vous, je voyais un détail qui m'avait échappé. Dans la trajectoire d'Annette Messager avec les spectres de la couturière (post précédent), un autre artiste s’intéressait aux petits outils nécessaires au travail de la rue, de l'atelier, leur regard sur ces petits matériaux ont permis de faire naître de belles œuvres, sensibles... Les artistes décidément nous émerveilleront toujours, ils sont toujours là où on ne les attend pas... Ils nous surprennent et nous émeuvent sans cesse... Les œuvres d'art sont des puits sans fond, des plus simples aux plus complexes, elles peuvent toucher diversement nos sensibilités... À l'infini...

Il faut se donner aux œuvres en les regardant ! En les écoutant ! C'est ma façon à moi de ressentir les vibrations des images, des couleurs, des formes et des sons...

Il ne m'a pas été difficile de poursuivre ma route dans le dédale des rues de Venise, chaque jour m'attendaient une surprise, un sujet d'émotion, avec des couleurs mâtinées de tristesse ou de joie... Je restais en éveil à la beauté pour calmer une douleur ou agiter mes pensées... Changements à vues...









Mes détails...

Nous ne quitterons pas Venise dans le prochain post, qui m'aime me suive... À très vite...

6 commentaires:

ELFI a dit…

tes billets se suivent , tu nous montres du toujours plus beau.. la biennale doit être un plaisir de visiter.. peut-être dans 2 ans ? bises

Brigitte a dit…

je te suis pas à pas !
Bises

Marie Claude a dit…

Impressionnantes ces 2 mains,une sculpture de taille et de poids...

Tu as déjà évoqué ce problème de VENISE désertée par ses habitants,c'est vraiment dommage,mais c'est ainsi.
J'espère malgré tout que tu pourras continuer à t'y rendre et partager tes belles découvertes.!!

Moi aussi je continue à te suivre
Bisous du soir

Danielle a dit…

Oui Elfi cette biennale était vraiment superbe ! Chaque fois j'y trouve des pépites d'or...

Toi aussi d'ici 2 ans ?

Bises du soir.

Danielle a dit…

Brigitre, Merci de rester dans mes pas... Avec plaisir je t'y retrouve...

Bises du très soir.

Danielle a dit…

Marie Claude ouî je continue d'aller à Venise...j'espère pouvoir le faire encore un peu...

On n'arrive jamais au bout de cette ville...

Je t'embrasse