mercredi 7 juillet 2010

Lumière brodée… De Maître Itchiku Kubota…


Encore une autre histoire d’admiration, en date d’octobre 1990…

On m’avait dit ? J’avais lu ? Je ne sais plus, qu’il y avait une exposition tout à fait fabuleuse, au Palais de Tokyo.

Ça opérait exactement comme quand on vous dit : j’ai lu un livre totalement magnifique, qui m’a bouleversé, il a changé ma vie, tu devrais le lire et tu me diras ce que tu en penses.

Vous le lisez ?


Moi je me précipite chez le libraire pour le commander dans la journée, si j’ai connaissance de l'évènement exceptionnel, tard le soir, j’attends impatiemment le lendemain matin, pour courir acheter le livre qui a donné tant de bonheur à une personne.




Un livre, recommandé si chaleureusement, si passionnément par quelqu'un que vous connaissez, compte dix fois plus pour moi qu’une critique ordinaire, glanée dans un journal, à la télé, ou à la radio, il devient immédiatement un déclencheur de curiosité et d’intérêt, enfin un livre dont on m’a parlé avec ferveur.


Pour Lumière brodée, ce fut le cas, je ne sais plus du tout comment j’ai connu la grande nouvelle, mais j’y suis allée très vite.

Il n’y avait presque personne au Palais, alors j’ai pu prendre mon temps, aller de l’un à l’autre, bouche bée.




Il y avait là des dizaines (45, dont 30 créations) de kimonos en soie, accrochés de tout leur long sur de grandes tiges de bois en guise de portemanteau, bien repassés, bien éclairés, pas de décor particulier pour les mettre en valeur, ils se suffisaient à eux-mêmes, ils touchaient à peine terre, reposant délicatement, sur le petit bourrelet de soie qui court dans le bas de tous les vêtements, le seul endroit où la couleur était unie et brillante.


Les kimonos en soie étaient couverts de fleurs, de soleil, de paysages, de soir couchant, de nuages, de rivières, de montagnes, le mont Fuji miroitait aux quatre saisons… Les chefs-d’œuvre de Kubota étaient couverts de lumière, les couleurs éclataient soyeusement.




Maintenant me vient à l’idée l’émotion, l’émerveillement que les robes de Peau d’Âne dans le film de Jacques Demy ont suscité en moi, vous vous souvenez ? La robe couleur du (beau) temps, la robe couleur de lune… Avec Kubota, j'étais dans dans cette magie.




Le temps passé devant un kimono pouvait être long, car, chaque détail était un tableau, toutes les couleurs étaient formées par des petits cratères, la soie était en relief, on pouvait à première vue penser que c’était de la broderie. Il s’agissait uniquement de teinture sur soie. Et quand on connaît la technique de teinture ancienne (Tsujigahana 15/16e siècle) dont s’est inspiré Kubota, on réalise l’énorme quantité de temps qu’il fallait pour exécuter ces pièces, et l’énorme quantité de talent qu’il fallait pour les l’imaginer.


Je me suis assise devant et j’ai pleuré… Je pense même que je n’étais pas la seule, je n’arrivais pas à sortir de l’expo. C’est à cette époque que j’ai commencé à appeler tous mes amis, de la cabine téléphonique que j’ai trouvé pas très loin, pour qu’ils viennent voir le prodige (et j’ai recommencé pour Bill Viola bien des années après).

Voilà ce que disait Maître Itchiku Kubota, qui avait déjà 72 ans au moment de l’exposition : j’espère pouvoir ajouter à la série KoKyo soixante autres créations si un peu de vie m’est encore donnée. Il est mort en 2003.




Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai plus vu d’œuvres de Kubota, je me suis bien demandé ce qu’il avait encore pu faire subir à la soie pour l’enluminer avec d’autres paysages ? Il faut aller au Japon.


J’ai recherché des photos,et j’en ai prises directement sur le catalogue de l’exposition que je possède… Pour vous les montrer. Ne pleurez pas, partez pour le pays du soleil levant !

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8 commentaires:

Artemisia a dit…

Magnifiques ces kimonos ! quel art subtil, cette iconographie, ces couleurs ... j'ai aussi beaucoup aimé ce que tu as écrit sur les sabliers mais n'ai pas trouver de temps pour te le dire. C'est toujours un plaisir de te lire Danielle. J'aime ta curiosité. Bonne journée.

Danielle a dit…

merci Artémisia, tes petits mots sont toujours les bienvenus...

Je suis ravie que tu sois touchée par mes petits billets.

Passe une bonne journée.

maite a dit…

C'est merveilleux, merci pour ce partage, bonne journée

Album vénitien a dit…

Danielle, ces"Tissus de lumière" je les ai vus de mes yeux vus, en 1989,à Bruxelles, lors des manifestations d'Europalia Japon.En voyant tes photos, cela m'est revenu, d'un coup, en mémoire car de toutes les expositions organisées cette année-là, c'est celle-la qui m'a marquée et pour cause. Je me souviens de nos longues stations devant chaque kimono.Cette expo c'était de la somptuosité à l'état pur et de l'émotion poussée à son paroxysme.
Et quand on sait quel travail de patience cela représente , on ne peut que s'agenouiller et remercier le ciel d'avoir sous les yeux pareille splendeur ! Tout ce qu'il nous a été donné de voir, par après, dans le cadre de cette manifestation nous a paru terne et effacé.
J'en reparlerai samedi avec l'amie qui m'accompagnait

Danielle a dit…

Maite oui, c'est une oeuvre merveilleuse, tu as raison.

Merci d'être passée.

Danielle a dit…

Extraordinaires Danielle ! Je suis ravie que tu aies pu les voir toi aussi... Nous sommes deux alors :)))

Bisesss du soir.

Anonyme a dit…

J'avais vu l'éblouissante exposition à l'époque. Je crois que Itchiku Kubota est l'illustration même de ce que les japonais appellent :
"Trésors nationaux vivants", un qualificatif formidable.
Hermy

Danielle a dit…

oui, tout à fait "Trésor Nationaux vivants" Je trouve comme vous cette expression très forte et très juste.

J'avais été impressionnée par cette technique ancienne de teinture,qui me paraissaît irréalisable, tant la complexité du procédé est grande.

Merci de votre contribution.