lundi 8 août 2016

Venise 2016, le retour...


 Contemplation du côté de S. Polo



À peine partie... Me voilà de retour... 

Par quoi commencer ? Aux premiers pas 2016 dans Venise, je me suis dit : je n'y arriverai jamais ! Mais Danielle, tu n'arriveras jamais à quoi ? À tout voir, revoir, chercher, encore et encore : les rues, les musées, les églises, les petits coins sombres, les fulgurances chromatiques, le Palais des Doges, la place Saint-Marc, les escapades hors de Venise, les glaciers nouveaux, les tramezzini historiques, vous voyez bien qu'un mois n'y suffira pas, je le sais, je vais m'organiser, pour aller doucement et tout recommencer, ne suivre aucun ordre, seulement me fier à mes envies... Finalement au jour le jour les idées sont venues, si j'allais là ou ici ? C'était reparti...

J'ai reglissé sur le Grand Canal, d'un bout à l'autre, l'accord parfait ! Tous les jours, plutôt en fin de journée, quand la lumière est toute dédiée à la photographie... 

Je suis allée sur les Zattere, faire mes courses au supermarché Conad  (groupe n° 2 de la distribution alimentaire italienne), j'avais connu depuis plus de 10 ans la même boutique sous le nom de Billa, mais les alliances, les rachats internationaux ont tout bousculé sur leur passage, maintenant c'est Conad, un point c'est tout. 


Plus près

Nouveaux  propriétaires, nouvelles stratégies de ventes, ouverts 24/24, de 8h30 jusqu'à 21h30. J'ai reconnu quelques personnes de l'ancien service, dont une caissière charmante, toujours le sourire, la bonne humeur, elle vous rend la monnaie en plusieurs langues, un vrai plaisir.

Enfin bref, à Venise les grandes marques s'installent un peu partout, comme partout : Mango, Muji, Sephora, Mac Do...Tout le monde attend la spectaculaire ouverture du nouveau centre commercial de 6800 m2 Acheté par Benetton, un accord conclu avec la filiale LVMH permettra à Venise d'avoir son grand magasin de luxe, forcément de la grosse artillerie, LVMH annonce un lieu de commerce et de culture. Ce grand palais construit au 13e siècle (plusieurs fois remanié jusqu'au 20e siècle), donnant sur le Grand Canal, au pied du pont Rialto, est magnifique...

Du côté des touristes (dont je suis) tout va bien, nous sommes tous là, ce qui fait qu'il y a beaucoup de monde sur l’île...

Mais cette année je m'en fiche, je ne fais plus les comptes : boutiques fermées, boutiques ouvertes, je ne cherche plus la petite bête, il faut prendre les choses comme elles sont, les jérémiades ne servent à rien qu'à gâcher le plaisir des promenades. Venise est une ville qui subit comme toutes les autres les pressions du marché : beaucoup de demandes, beaucoup d'offres, concentration des capitaux, les gros dévorent les petits, les prix  montent, montent, montent... L'uniformité programmée par les multinationales, fait la loi, ici comme ailleurs... Les Vénitiens louent, vendent leurs appartements au plus offrant, comme partout...

J'ai quand même pu retrouver les petits chemins tranquilles, les églises vides, les musées déserts, patience, je vous raconte mes petits chassés-croisés...

Sur le plan météo, rien à redire, que du ciel bleu, un petit vent léger, forte chaleur et beaucoup de poissons dans les ri...

J'ai tout de suite su que je passerais un mois magnifique !


Rialto le lundi

Je me suis dit : faisons comme si je ne devais plus revenir à Venise, alors j'ai repris des photos comme toutes les premières fois, je me suis laissée surprendre par les couleurs, surtout par les couleurs...

Ne me quittez pas... Je reviens avec des brèves !l

vendredi 1 juillet 2016

Dernier concert avant l'été...


Les petites madeleines à la fleur d'oranger, rangées comme des moutons...

La veille du dernier concert de l'été, nous avions joint l'utile à l'agréable. La répétition fut réduite à sa plus simple expression : depuis le temps que nous les ressassons, les chants de notre répertoire commençaient à être bien huilés, pas de faux départs, un bon son, et tout les pupitres bien présents ensemble à l'arrivée !

Après, nous avions ripaillé, chacun avait apporté des victuailles pour dix, alors que nous n'étions qu'une petite vingtaine, les gâteaux maison venaient de chez les pâtissiers du coin, les dernières pommes de terre étaient directement coupées dans la grosse salade composée, saucisson sec et olives de toutes les couleurs, pizza mi-figue mi-raisin, c'est-à-dire : pâte toute faite, mais garniture maison... Tout nous allait très bien, les bouteilles n'avaient qu'à bien se tenir, j'avais fait ma spécialité, petites madeleines à la fleur d'oranger !

Nous fêtions aussi des anniversaires, cadeaux, cartes signées de tous, comme vous pouvez l'imaginer, les deux intéressés ne se doutaient de rien, nous avions mis du temps à nous décider sur le choix des présents, et finalement nous étions très en retard par rapport aux jours de leurs naissances... Bon anniversaire, nos vœux les plus sincères que ces quelques fleurs... Baisers, il ne fallait pas, mais si voyons, ah ! Vraiment, comme je suis content, c'est bien normal, ça nous fait plaisir, nous regardions leurs yeux qui pétillaient : des livres d'art, de la poésie, nous avions prévu des bons-cadeaux qui complétaient ces belles lectures, ils achèteront ce qu'ils voudront dans les magasins de leur choix, nous n'avions pas regardé à la dépense, les anniversaires, c'est important !

Champagne !



Nous avions remplacé les flûtes de cristal par des gobelets en plastique, ça faisait très bien l'affaire...

Et puis nous avons chanté, comme d'habitude... Jusqu'à la fermeture des portes.

Bon, demain il faudra que nous soyons blindés, nous dit une choriste, mais pourquoi ? L'ambiance de la maison de retraite où nous devons aller chanter à 15 heures ne va pas nous remonter le moral... Ne t'inquiète pas, nous serons blindés et nous chanterons bien.

Nous avions, sans nous le redire, mis nos beaux habits de lumière, des couleurs unies en haut, du noir en bas, personne ne fut en retard, partitions sous le bras, rouge à lèvres pour les dames, coiffures bien en place, sourires et émotions arrivaient en même temps pour chacun.

Les résidents de la maison de retraite médicalisée arrivaient tranquillement, certains assis sur des fauteuils, d'autres en véhicules roulants, deux-trois dormaient un peu, d'autres ouvraient les yeux, les oreilles, curieux pour la plupart. Notre chef présenta le concert comme il l'aurait fait à l'église ou dans une belle salle pour un public ordinaire, les même mots, la même passion, la même gentillesse, le très grand respect, il traduisait avant chaque morceau, l'italien, le russe, l'albanais ancien, le corse, le portugais, le français aussi... 

Nous avons chanté la gorge nouée car nous connaissions des résidents, dont un qui nous suivait partout où nous allions, du temps de sa grande mobilité, de son esprit vif et clair, de sa grande créativité, un artiste en son genre. Il était architecte, cinéaste à ses moments de loisirs, il était là, au premier rang, dodelinant de la tête, il était visiblement ailleurs, mais peut-être présent, c'est vrai que nous chantions un peu plus pour lui, pour Antoine que nous aimions et qui nous l'avait si souvent rendu...

Entre les chants nous entendions des paroles désordonnées émises par certains, mais rien ne nous a distrait de notre joie d'être là, il fallait que ce concert soit une réussite totale !

Il le fut, nous y avions mis tout notre chœur, aux applaudissements, un homme se leva, rouge, sourire aux lèvres, les deux mains tapant l'une dans l'autre avec force, merci, merci, merci, il ne fut absolument pas possible de résister à cet élan, je voyais ma collègue essuyer furtivement avec un doigt une larme, tandis que je cherchais mon mouchoir...

Notre chef était content, nous avions vécu un beau moment !

Il faudra y revenir, nous devrions chanter plus souvent ici où ailleurs pour réjouir les gens qui ne peuvent plus se déplacer pour venir nous voir, nous entendre, plus sortir dans le monde des vivants sans accompagnant... La musique demeure une force de réveil, de douceur, nous chantons la gorge nouée, mais nous sommes là, ensemble !


Où vont nos paroles, la musique ?
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vendredi 24 juin 2016

Alice se fiche de mourir...


 

 Dernière création d'Alice, large rebord et pompon... 

Voilà déjà plus de 10 jours que je n'étais pas allée voir Alice, la centenaire de mon étage, je m'étais dit : ça suffit, il faut que je lui fasse une visite, très vite, le temps presse. J'ai sonné, tapé à sa porte un petit moment, Alice a toutes les qualités sauf celles d'entendre bien les coups de poing et les coups de sonnettes, les trépignements des visiteurs. Elle arrive tout tranquillement, rayonnante !

Dans l’entrebâillement de sa porte, elle apparaît avec un magnifique pull blanc, qui fait comme de la dentelle, tellement il est ajouré : une antiquité, me dit-elle. Très belle antiquité, Alice, quand les choses sont belles, elles sont belles, cela vous va très bien !

Elle était contente de me voir : je croyais, Danielle, qu'il y avait quelque chose, que vous étiez fâchée... Ça fait tellement longtemps que vous n'êtes pas venue me voir... Aïe, Alice, je m'en veux...


Dernière création d'Alice, très ouvragée...

Alice, comment pouvez-vous imaginer une chose pareille, j'étais partie ici et là avec des amis, me promener, chanter, visiter pendant quelques jours les sites et les musées de Nancy et de Metz, mais j'ai toujours pensé à vous, chère Alice. Je l'ai prise dans mes bras, et dans mes bras il n'y avait presque rien, pas de poids, pas d'épaisseur, un peu de chaleur, Alice est mince comme un fil de soie.

Sur son canapé, il y a une valise prête pour un petit voyage, sur le dessus s'étalent des paquets de bonbons, des friandises en tous genres, là où elle va il y a des enfants...


Dernière création d'Alice, manches courtes pour l'été...

Aujourd'hui ou demain, le départ est imminent, Alice va prendre l'avion pour descendre dans le sud, chez son fils, 15 jours de soleil garanti. Nous nous asseyons sagement à côté de la valise, était-elle contente de cette petite virée ? Pas sûr, pas du tout certain !

Alice, comment vous portez-vous ? Ça peut aller, c'est invariablement, inlassablement la même réponse que me fait Alice, elle me dit que tout fonctionne bien encore, mais qu'elle s'en fiche de mourir. "Je n'attends plus que ça" : elle dit toujours cette phrase avec le sourire, elle est désarmante, ses paroles me terrassent à chaque fois, je puise aussi le courage de l'entendre. Quand on arrive au bout du bout, que voulez-vous, Danielle, je n'ai plus rien à faire ici... Je lui prends la main, Alice, Alice, je n'aime pas quand vous dites cela, nous avons toujours besoin de vous... Vos yeux vont bien, regardez toutes les belles choses que vous faites, et encore sans lunettes, des merveilles, que des merveilles pour vos arrières-petits-enfants, je vais les prendre en photo, et je suis repartie chez moi chercher ma tablette. J'ai fait défiler ses créations une à une sur le petit pouf en cuir de sa salle de séjour, je me suis bien concentrée sur chaque objet, devant ses yeux ébahis, elle m'a dit : c'est rudement pratique, votre truc ! Oui, Alice, c'est ma tablette, je lui ai parlé d'Internet, du blog, de tous les amis qui étaient toujours contents d'avoir de ses nouvelles, mais je ne suis pas sûre qu'elle ait tout compris d'un coup... Aucune importance, les photos, elle a compris, compris aussi que son travail était important, que je comptais sur elle pour tricoter une belle suite... En plus, elle a souri...


 Dernière création d'Alice, jolis boutons brillants...

Je finis toujours avec elle par reprendre ma petite revue de paquetage, à laquelle elle se soumet de bonne grâce, sans s'impatienter : que mangez-vous de bon ce soir, Alice, et elle me détaille le programme avec appétit, vos oreilles ? Ça va comme ça peut, les appareils auditifs sifflent, j'ai pourtant payé très cher, ce sont des voleurs... N'oubliez pas de boire, Alice, pour bien vous hydrater ! Je ne bois jamais, je n'ai jamais soif. Alice est comme ça, elle est sobre comme un chameau... Bonsoir Alice, je reviens demain pour les bisous du départ...


Toute dernière création d'Alice, avec pompon...

Je viens d'aller frapper, tambouriner à sa porte, elle est déjà partie, envolée vers le sud, et je ne lui ai pas dit au revoir... Je lui avais promis de revenir pour les bisous... Trop tard, mais elle ne perd rien pour attendre...


Oeuvre en cours, Alice aime beaucoup le blanc

Mes amis, portez-vous bien, profitez de l'été et des ciels bleus  !

vendredi 17 juin 2016

Les artistes contemporains s'invitent au Louvre !




Panorama - Eva Jospin, cour du Louvre, juin 2016

J'ai couru jusque dans la cour carrée du Louvre, à l'intérieur d'une grande boîte nickelée, ensorcelante, déformante, brillante au soleil, il y avait une forêt imaginaire dédiée aux voyages !

Une forêt pétrifiée, sculptée entièrement dans du carton ondulé... Plaqués au mur, les végétaux couleur de terre morte étalent leur branches grises comme des squelettes...


La grande boîte nickelée, le paysage est à l'intérieur

Une forêt en plein Paris, un paysage lunaire, planté sur cette belle place... Il a suffi de grimper la petite pente en colimaçon pour la voir. 

J'y étais allée de bonne heure, peu de touristes, pas beaucoup de soleil, mais une grande surprise m'attendait, une très belle surprise...


La cour du Louvre en pièce

L'oeuvre s'appelle Panorama et l'artiste française (44 ans) : Eva Jospin



Le paysage minéral en carton ondulé - Eva Jospin

"Ma forêt est totalement mentale. Elle n’est pas figurative. Elle reflète des préoccupations humaines : l’idée de se perdre ou de se retrouver, notre rapport à l’enfance, aux contes, comme Bambi ou Hansel et Gretel, aux peurs archaïques… Mes forêts sont propices à l’échappée mentale".

Un très beau moment de contemplation dans la fureur de vivre de ce lieu touristique !


Installation de JR

Plus loin, sur la Pyramide du Louvre : JR (33 ans), artiste urbain (il se définit ainsi) français, a installé un trompe-l’œil en noir et blanc sur une des parois de la Pyramide. Il représente la façade du Louvre qui se trouve derrière, habituellement cachée par le monument.


Petit déplacement

Au fur et à mesure que vous vous déplacez dans l'espace, la façade réapparaît derrière le montage photographique, c'est très beau, ludique et très impressionnant. 

"Il y a un seul point de vue qui permettra de voir l’œuvre dans sa totalité, et d’autres angles qui viendront la déconstruire", annonce le créateur. "Les amateurs de photos se casseront ainsi la tête pour trouver le bon angle de prise de vue."


Les touristes arrivent, je pars...

Pas de cassement de tête, je me suis encore éloignée un peu du sujet et hop ! Ensuite, j'ai pris mes jambes à mon cou ...Partir très vite de ces lieux envahis par le monde entier...

À bientôt les amis, pour d'autres merveilles, je vous embrasse tous. 

mercredi 15 juin 2016

Vite, vite, vite, je suis en retard !!!


Hommage aux assassinés d'Orlando, solidarité avec leurs familles et amis...

J'en ai vu des paysages fleuris, des gens, des films, des spectacles, des concerts, des expos, le merveilleux mariage d'un de mes fils, je n'ai pas pris le temps d'en parler sur mon blog, vite, vite, je suis en retard... J'ai suivi tous les désastres de la Terre, au secours ! Jusqu'au dernier massacre des homosexuels d'Orlando, quelle ignominie !

Allez je m'y remets, mais par quoi commencer ?

Le retour à Venise pour très bientôt, une année sans Biennale d'Art Contemporain, comme elle va me manquer, mais toutes ces merveilles à redécouvrir, j'ai le plan de la ville dans la tête, il faut que je me mette au goût du jour, comment sera Venise depuis mon dernier séjour ?

Mentalement, je refais une à une les petites ruelles désertes, à deux pas de la place Saint-Marc, du Rialto, et même du Pont des Soupirs, mais je me perds encore dans les dédales de certains quartiers, appareil photo en bandoulière, sac à fleurs au bout d'un bras, éventail bien choisi, assorti à la couleur de ma robe, dans son étui... Ma carte de Venise me suit depuis 15 ans, plastifiée, scotchée sur les lignes de plis pour renforcer son potentiel, comme mon logeur m'avait dit un jour : Danielle, vous viendrez à Venise jusqu'à votre mort, il faut que ma carte tienne le coup !


Mon sac à fleurs


 Ma carte


Mes éventails

Dans mon voyage prochain, et mes éblouissements dus à Venise, je n'oublierai rien des destins brisés, des malheurs du monde, de la faim, de la soif, des haines, des violences de toutes natures, mais je garde tout de même l'espoir d'un monde meilleur ! J'emporte tout dans mes bagages...

Mes chers lecteurs, et tous ceux du hasard, je vous salue bien, à bientôt de vous lire...

dimanche 8 mai 2016

Les images de R. Depardon, les mots des gens...




Inutile de vous dire q'il y avait urgence pour moi d'aller voir le nouveau film documentaire de Raymond Depardon : "Les Habitants", je m'y retrouvais parfaitement, merci Raymond (et Claudine sa femme au son) d'y avoir pensé !

La petite caravane blanche, transformée en studio de cinéma, sillonne les routes de France, une quinzaine de régions, le beau temps, tout à l'ancienne, avec des pellicules argentiques qui durent 30 minutes, une caméra de 35 mm, à l'intérieur du "studio ambulant"  il y a plusieurs micros, la caméra est cachée, pour gêner le moins possible les parleurs.

"Nous accostions des gens déjà en train de discuter et leur demandions s'ils étaient disponibles une demi-heure, pour parler devant la caméra des sujets qui les motivaient, les préoccupaient ou les enthousiasmaient""... Voilà le dispositif  installé pour 1h24 de film.



Face à face
Quatre vingt dix couples sont entrés dans la caravane, assis sur des  tabourets pivotants, une petite table, voilà le décor. "Le principe était de ne surtout pas leur poser de questions, de les mettre à l'aise, et de disparaître de leur vue derrière une cloison afin de les laisser parler tranquillement".

Beaucoup de femmes se sont exprimées, avec beaucoup d'émotion, elles ont déversé leurs difficultés de toutes natures, elles racontent des situations de vie difficiles : amour, violence, chômage, famille, travail, solitude, avenir... Les hommes parlent crûment de séduction, de sexe et de femmes...


La petite caravane passe...

Claudine Nougaret et Raymond Depardon sont surtout frappés par ce que vivent les femmes... "Beaucoup de femmes sont venues en disant : "je vais dire des choses que je n'ai jamais dites". On a des récits de vie poignants de violence contre les femmes. On a aussi en parallèle des jeunes hommes qui se permettent d'avoir envers les femmes des propos ignobles. Tout cela donne une vision des relations hommes-femmes en France, assez catastrophique".



Face à face


Pas de romantisme dans ces dialogues, les gens racontent des choses dures...

Une heure vingt-quatre, ça passe trop vite, j'en voulais encore, des trésors...

J'ai dû attendre de prendre le bus pour entendre la suite. Deux dames un peu âgéesqui se connaissaient sans doute un peu, des voisines ?... Assises l'une en face de l'autre, elles discouraient sur le mal de dos, celle qui tenait la poignée de son caddie disait : Ah ! Le mal de dos, ne m'en parlez pas, j'ai mal même en me penchant pour fermer mon caddie, que voulez-vous, à mon âge... L'autre dame, visiblement plus jeune, connaissait la chanson : moi aussi j'ai mal au dos, c'est très pénible, je vous comprends... Vous n'auriez pas pris froid hier ? Alors la dame au caddie réfléchit : peut-être bien, oui... La dame d'en face lui dit aussitôt : ne cherchez pas, c'est ça, prendre froid ça fait mal au dos. Le diagnostic était tombé, la dame au caddie du coup se sentit tout de suite mieux : c'est vrai, j'ai peut-être pris un peu froid hier, j'avais pas mis de veste...

Voilà comment on se soigne un peu dans le bus, en confrontant les avis, le : "peut-être bien" ouvre des perspectives de guérison instantanée, et même si par chance elle persiste tout le voyage, c'est déjà ça de gagné pour mieux vivre en transports en commun...


mercredi 20 avril 2016

Faits divers... Les murmures de la ville...



Photo empruntée sur internet

Je suis continuellement bercée par toutes ces voix basses : les murmures dans les bus, les ascenseurs, les grands magasins, la rue, dans tous les endroits où les humains peuvent se rencontrer...

Vous le savez, chers lecteurs, j'aime qu'on me parle à l'oreille, qu'on m'interpelle gentiment, et ça m'arrive souvent, je dois prêter l'oreille, elle doit dépasser, être visible sans doute, comme le nez de Pinocchio, car on me parle beaucoup...

Pour les murmures je dresse l'oreille, je connais une foule de choses... Pas plus tard qu'aujourd'hui, on voulait m'offrir des tissus, la dame assise à côté de moi dans l'autobus avait d'abord parlé du beau temps, elle ne savait pas comment s'habiller, le matin il faisait froid, l'après-midi il faisait trop chaud... Comme elle reluquait mon petit sac en tissu, fait (par mes) main il y a quelques années, elle me proposa d'emblée : j'ai plein de tissus chez moi, de très beau tissus, vous en voulez ? Je vous les donne volontiers, j'ai travaillé dans mon jeune temps dans des grandes maisons qui vendaient de très beaux vêtements, merci madame, mais je ne couds plus, ça m'agace maintenant, je n'ai plus la même patience, j'ai fait trop de sacs, j'en ai pour le restant de mes jours, merci mille fois, passez une bonne journée... J'avais pris un coup de vieux, sûr, puisque je ne ferai plus ce que je faisais avec tant de plaisir, j'étais passée à autre chose, sans me presser...


Photo empruntée sur internet

Elle me tendait un gros paquet de poisson congelé : os dedans ? Au supermarché on prend le temps de se parler de choses très utiles, nous avons eu de la chance avec cette dame, j'ai compris tout de suite où elle voulait en venir, que "osdedans" voulait dire avec des arrêtes... J'ai pu lui expliquer rapidement, qu'il n'y avait pas d'arrêtes dans le poisson... Et que pour ses enfants, c'était parfait !

Les murmures dans le métro sont moins fréquents que dans le bus, peut-être cela est-il dû au côté voiture particulière, plus conviviale, plus intime, je ne sais pas... Le métro ne laisse pas souvent la place aux chuchotements des voix.

La rue regorge de bruissements, l'autre jour, alors que nous nous bousculions légèrement au coin d'un magasin : pardon, excusez-moi, j'étais dans mes pensées... J'espère qu'elle sont bonnes, vos pensées ? Non, je suis au chômage, elle m'avait dit cela avec un sourire et une tristesse infinie... Oh ! restez confiante, c'est tout ce que j'ai trouvé à lui répondre...

Je l'avais remarquée de loin, une belle femme encore jeune, bronze doré, un petit fichu très coloré sur la tête, elle se mettait des gouttes dans les yeux, elle avait la tête très renversée et baignait son œil, je me suis dit : tiens, voilà quelqu'un qui se met du collyre dans les yeux en attendant l'autobus, mais quand je me suis approchée, j'ai vu qu'elle prenait de l'eau directement dans une bouteille en plastique, versait un peu d'eau dans le petit bouchon bleu et se lavait ainsi chaque œil avec application... Je me suis dit : tiens, c'est bien hasardeux de se laver les yeux ainsi avec de l'eau minérale, elle peut s'infecter les yeux, elle progressait dans ses ablutions avec le lavage de nez, les deux narines, l'une après l'autre, bien délicatement, y passèrent, je me suis dis : tiens, elle n'est pas bien la petite dame, puis elle se versa de l'eau sur la tête, et recommença les opérations du début...


Photo empruntée sur internet

J'ai mis un moment à m'apercevoir que la bouteille d'eau contenait une branche de buis, la dame se purifiait et prononçait des paroles adressées à Dieu, les gens autour d'elle recevaient sans broncher, et même en la remerciant, un peu d'eau qu'elle leur tendait dans le creux de sa main... Puis je fis la traduction de la scène à une femme musulmane qui regardait comme moi la bénédiction collective, elle en paraissait complètement éberluée.. Pas besoin de beaucoup de culture chrétienne pour penser : tiens, cette dame n'est vraiment pas bien, elle avait totalement perdu pied... Autour d'elle, elle avait disposé des sacs mous, en plastique, bien remplis : tout le contenu de sa maison !

Le bus était bondé, pas de place, il a fallu attendre une grosse descente pour m'asseoir confortablement et poursuivre mon trajet.

Encore des murmures d'arrêt de bus, j'attendais le passage de mon bus, assise à côté d'une dame qu'il me semblait connaître, mais je n'ai pas retrouvé d'où je la connaissais... Au loin nous voyons descendre une petite troupe de jeunes, pas plus de douze ou treize ans, des garçons, des filles, joyeux et bruyants, une adulte tenait la tête du cortège, une mère de famille fermait la marche, nous étions dimanche. Comme j’interrogeais du regard  ma voisine, elle me renseigna tout de suite : c'est la prof de français, elle fait ça tous les dimanches, elle est vraiment sympa, elle emmène ses élèves à Paris, tous les cassés, les bilboques, c'est pour elle, elle a du mérite, moi je trouvais que c'était plutôt la Légion d'Honneur qu'il lui faudrait... Ma voisine continua à dire bonjour à tous les gens qui passaient, coucous, bises, serrements de mains, elle connaissait tout le monde, tout le monde la connaissait, je ne l'ai jamais retrouvée dans mes souvenirs... Mais quels talents, un petit mot pour chacun, un petit clin d’œil au beau dimanche ensoleillé...

Place de la République, le premier soir où j'y suis allée, il y avait du monde, pas moyen de comprendre quoi que ce soit en une seule visite, ici on discute économie, là de nouvelle constitution, ailleurs on vend à très petit prix des légumes, des sandwichs, les jeunes sont tous assis par terre pour écouter les interventions entièrement libres qui durent deux ou trois minutes obligatoirement... Je n'entends rien, je suis trop loin. Sous une tente très blanche, des médecins en blouses blanches racontent leurs métiers aux urgences des hôpitaux de Paris, situation que nous avons à peu près tous expérimentée : cinq, six heures, voire sept heures d'attente avant de passer devant un médecin... Mais vous avez peut-être vécu cette épreuve... Vous savez !

A ma deuxième visite sur la place, j'ai bien compris qu'il était question de tout changer, de réfléchir, les discussions allaient bon train, ça me rappelait les amphis sur les trottoirs de mai 68 !

Demain j'y retourne, moi ça me plait bien l'idée de refaire une constitution où  l’être humain serait vraiment au centre de toutes les réflexions concernant  la marche de notre société, sur la liberté, l'égalité et la fraternité rien à redire, ces chères idées me semblent toujours pertinentes...

Suite au prochain numéro....


Chut ! Graf de Jef Aérosol - 2011 place Stravinsky à Paris