samedi 22 avril 2017

Gonflée au bloc !



Le petit pansement

Madame, c'est là, vous entrez par ici, le bâtiment principal, c'est là ! Et d'un large geste confraternel, l'inconnu qui sortait de la clinique cachée derrière deux palissades et trois échafaudages, m'indiqua l'entrée...

Son  sourire rassurant tombait à pic ! Il faisait beau, mais je m'en moquais un peu, tout allait bien.

Bien en avance, j'avais largement le temps de faire trois fois le tour du pâté de maisons. Mais non, absolument pas, l'heure c'est l'heure, même en avance... Le hall d'accueil était déjà rempli de monde, du tiers monde, du petit monde des quartiers avoisinants, dont je faisais partie...

Bonjour madame, je crois qu'il faut que je monte directement au premier étage... Oui, montrez-moi vos papiers, oui, oui, au premier étage directement... L'aventure commençait sereinement, juste trois marches à monter....

Les infirmière s'activaient dans le petit bureau d'accueil du premier étage, toutes sourires, fraîches et pimpantes, elles ne perdaient pas le fil des objectifs d'accueil : pianotaient sur l'ordinateur, préparaient les papiers en potinant sur leur soirée, leurs amies, les faits du matin. Bonjour madame, c'est qui votre médecin ? Ça commençait tambour battant...

Tension au bras, température dans l'oreille, bien, voilà votre petit bracelet, vous pouvez vérifier s'il vous plait, parfait ! Vous venez pour quoi ? Décontractée, souriante, reposante, elle écoutait ma réponse : vous ne savez pas pourquoi je viens ? Si madame, je le sais, mais justement, on veut entendre ce que vous avez à dire pour voir si ça coïncide avec notre fiche... Ingénieux, quelle présence, quel professionnalisme, ils ne risquent donc pas de se tromper de patient ! Me voilà totalement rassérénée.

Vous avez fait vos toilettes au Betadine ? Parfait. Vous êtes à jeun ? Oui, oui bien sûr, j'ai juste bu un thé vers 8h ! Et là, un blanc immaculé ! Elle ouvrit grands ses yeux, vous avez bu un thé ? Elle a bu un thé la dame, dit-t-elle à la cantonade... Les collègue : un thé!

Ah ! Ça va pas être possible, madame ! Zut je me suis trompée, c'est grave un thé ? Bougez pas, je téléphone à l'anesthésiste : elle a bu un thé vers 8h ! Et là, je me voyais faire demi-tour, reprendre mon agenda, recaler un rendez-vous plus tard, rembobiner le film à l'envers... Quelle idiote je fais, me tromper à ce point, c'est stupide, si je pouvais passer quand même... Bon ça va, elle a dit oui, on vous prend, vous passerez à la fin de la liste du chirurgien. Parfait, je préfère, et en voiture Simone... J'étais presque contente d’être ici, voyez comme les choses sont faites, moi qui traquais depuis la veille, sans rien montrer naturellement, j'étais ravie !

Mon petit bouton louche au coin du nez, il fallait l’enlever : il est moitié-moitié, madame, m'avait dit le chirurgien, donc un peu bon, un peu mauvais, il faut le retirer, c'était pour ça que j'étais là et contente d'y être, surtout en ayant bu un thé à 8h ! En prenant mon thé du matin, je me trouvais très à l'aise, heureusement que je peux boire un thé, ça fait du bien le matin, même sans tartine c'est câlin, ça réconforte, j'avais trouvé tous les mots qui allaient avec le plaisir du thé quand on doit rester à jeun... Raté, archi raté  !

L'attente dans la chambre était plutôt reposante, charlotte sur la tête, sur-chaussures sur pieds nus, enfin bref, toute la panoplie nécessaire pour le bloc opératoire. C'est fou ce que l'on peut penser dans cette attente, petites pensées insignifiantes, confiantes, ou film catastrophe, toutes font le même trajet dans le cerveau, le plus mauvais de toute façon, c'est comme ça, on n'y peut presque rien... Allo, allo, oui, tout va bien, j'attends tranquille, ne vous inquiétez pas, bisous bisous, la petite musique des affections contre les petites misères fait bon poids... Toute la famille était au rendez-vous...

Et puis j'ai eu de la compagnie, une petite dame en noir, prostrée, accablée, bossue d'angoisse, qui s'est mise rapidement sur son brancard, sans un mot, avec tous les beaux habits du bloc, j'étais prête pour les bavardages, mais ils n'ont pas pu avoir lieu...

Mes maux à moi étaient légers : je vais avoir un gros pansement ou un petit, voyez, ça devrait se surmonter rapidement...

Après, petite balade sur le brancard, bonjour par ci, bonjour par là, ça va madame, tout le personnel roulant étaient accueillant. Descendue en ascenseur, tournée, virée jusqu'à la petite salle d'attente du bloc, juste face à la télé qui marche sans interruption, ça tombait bien pour moi qui regarde volontiers les informations, par contre, la dame devant  moi en avait plus qu'assez d'entendre parler... Mais la télé était là pour toujours pour parler, parler, parler...

Voici l'anesthésiste, souriante, rapide, elle vérifie mon bracelet, me redemande mon nom, ma date de naissance, pas d'erreur, c'est bien moi, c'est là, et je repointe le bout de mon nez pour lui montrer mon bobo méchant, elle me raconte tout le processus, la petite sieste, l'endormissement et tout en me mettant l'aiguille dans le bras, elle me raconte aussi sa péridurale du temps ou elle accouchait de son premier enfant, comme je voyais bien qu'elle voulait boucher les trous, je l'ai laissée aller jusqu'au deuxième enfant...

Après, si vous êtes déjà passé par là, vous savez bien qu'on ne se souvient de rien, mais quel plaisir de se réveiller à la toute fin, dans ce champ d'or ! Un champ d'or ? Oui, dans cette salle de réveil, où tous les opérés qui ont froid ont été délicatement recouverts d'une couverture de survie, dorée comme le dôme des Invalides... C'est beau !

Revenue à la chambre, la petite sieste d'après, comme vous la savourez, il fait beau, vous allez manger, on va venir vous chercher, la vie, la vraie, va reprendre d'une heure à l'autre, le petit pansement est vraiment petit, ça ira bien pour la sortie...

Avant la sortie, il y a eu la collation, et c'est là que les bavardages commencèrent, j'y retrouvais ma petite dame de compagnie silencieuse qui maintenant parlait  : j'ai un peu mal au ventre. C'est rien madame, vous allez voir, ça va se passer très vite, nous étions deux autres personnes à la rassurer, comme si on avait les diplômes de la faculté qu'il fallait pour nous permettre de prendre ses affaires en mains, la voilà qui souriait, le mal diminuait, elle allait pouvoir manger sa délicieuse compote allégée en sucre... Chacun expliqua le pourquoi de sa présence en deux mots, le personnel est vraiment gentil, vraiment humain, rien à dire, à redire, allez, bonne continuation, au revoir monsieur, mesdames, passez une bonne fin de journée, portez- vous mieux......

À la sortie j'étais gonflée à bloc, bien chouchoutée, bien transportée, allo, allo, oui, tout va bien, j'ai juste un petit pansement sur le coin du nez, je n'ai pas mal du tout, bisous, bisous, je te rappelle ce soir...

jeudi 20 avril 2017

Les merveilles de Laon (2)


Notre-Dame de Laon dans le froid, le vent, la pluie et la grisaille du jour de ma visite

Sur la façade aux trois portails, juste en dessous des trois arcs, j'ai photographié ces figures de pierre, si expressives, et je me disais en les admirant : souffrance, tristesse, angoisse, frayeur...









Les tristes faces gardiennes du Temple... Le talent des artistes n'a pas de limite, le réel dépasse la fiction

Je ne suis pas assez calée en symboles religieux chrétiens pour en comprendre les significations exactes... Comme j'ai la flemme de faire des recherches sur Internet, je me laisse donc guider simplement par mes impressions, peut-être même semblables à celles que devaient ressentir les gens qui passaient par là au Moyen-Âge... Comment faire pour résister aux tentations interdites pour accéder au Paradis ? Si j'en crois les anges et les flammes des Jugements Derniers : peints de mille façons, sur fond de mosaïque d'or, sculptés splendidement et inlassablement sur beaucoup de frontons des cathédrale...Par quels détours faut-il passer pour tutoyer les anges ?

Je garde bien sûr en tête le Jugement Dernier de Torcello à Venise, dans la grandiose basilique Santa Maria Assunta (construite au 7e siècle), composé en mosaïque ( XIIe), qui se lit comme une bande dessinée sur un fond d'or : un véritable trésor artistique que je ne me lasse jamais de voir et revoir, chaque fois que je reviens à Venise, le trajet sur l'eau pour l'atteindre est déjà une oeuvre d'art... Je reste toujours un long moment à détailler chaque figure, à y mettre du sens, mon bon sens, petite païenne devant l’Éternel, souvent sans prendre une photo qui s'avère toujours bien en-deçà de l'original... Je me souviens aussi de ce monumental Jugement Dernier de la cathédrale d'Albi, une oeuvre éblouissante ! Inscrit au Patrimoine Mondial, donc il y a du monde, il faut venir le matin à l'ouverture des portes... Du Paradis...




Le Jugement Dernier de la basilique Santa Maria Assunta de Torcello, extraordinaire ! (Image empruntée sur Internet)





Le grandiose Jugement Dernier de la cathédrale d'Albi

À deux pas de la cathédrale de Laon, dans l'ancienne commanderie, il y a cette petite merveille : une chapelle (XIIe, restauration aux 19e et 20e), dernier vestige de la présence templière, le mur clocher domine l'ensemble et quatre pierres tombales se trouvent encore à l'intérieur. Il y a un musée (fermé) qui recèle un tableau des frères Le Nain natifs de Laon. Plantée au milieu de nulle part, au bout d'une pelouse, une autre surprise de la promenade...




 Le chœur

Dans le vent, la pluie, le froid, les grandes tours de l'Abbatiale Saint-Martin font leur apparition, énigmatique, énorme, splendide. Construite par une congrégation de chanoines Prémontrés au XIIe siècle, achevée au XIIIe, l'emplacement de l'abbaye accueille aujourd'hui l'hôpital de Laon. L'église est devenue paroissiale.


Elle a fière allure, j'en visite les abords puisqu'elle est fermée. En 1944, un bombardement a détruit tous les bâtiments entourant la cour de la "Communauté", les ailes ouest et nord mettant ainsi au jour les pignons médiévaux du cellier et du réfectoire. La médiathèque est installée dans le cloître, on y accède par un escalier suspendu monumental en pierre, avec une rambarde du XVIIIe de toute beauté.





La dédicace à Saint-Martin qui partage son manteau avec un pauvre


Saint-Laurent, martyr chrétien sur son grill : voyez comme la sarabande de souffleurs de braises est joyeuse !

Le cloître


Voici que je découvre en poussant la porte de la médiathèque, ce sublime escalier suspendu et sa rambarde de fer forgé


Je m'avance pas à pas, personne dans les lieux, je l'ai entièrement à moi ! Impossible de l'avoir d'un seul tenant dans mon appareil photo, il n'y a pas assez de recul, je le prends bout par bout :


La belle spirale


Jusqu'en haut...

En sortant, tout au fond, dans la cour de la communauté, un beau reste d'un bâtiment du XVIIe, le logis de l'abbé.


Dans la grisaille du moment...

Prochain post : Gonflée au bloc !

vendredi 7 avril 2017

Les bœufs de la cathédrale de Laon... (1)


Notre-Dame de Laon (crédit photo : David Iliff )


Un boeuf sur la tour de Laon

Laon ! De ma dernière visite, je me souvenais très bien des grands bœufs qui dépassaient des deux tours de la cathédrale Notre-Dame, il y en a 16, 8 sur chaque tour, grandeur nature. Leurs têtes cornues avancent largement dans le vide, bien visibles de tous côtés, si bien qu'on peut les apercevoir de loin. Plus on s'approche, et plus le mystère s’épaissit... Le guide papier de la ville nous dit qu'il y a 16 boeufs ! Pourtant Jean-Mary Thomas, Picard réputé (un peu historien amateur) qui a raconté la légende des boeufs à France 3 Hauts-de-France en décembre 2015,  parle de huit bœufs, Wikipedia n'en donne pas le nombre... Je ne sais plus quoi penser... Je confirme : il y en a 16, c'est sûr, je viens d'aller regarder le site de la BNF, un guide descriptif de E. Lemaitre (1895) le confirme ! Ouf !

Pour l'histoire de ces bœufs, j'ai dû rechercher la vérité, certaines sources disent : 1) Que ces bœufs font référence à  la légende selon laquelle le bœuf chargé de monter au sommet de "L'acropole" de Laon les matériaux nécessaires à la construction de la cathédrale, épuisé par cette montée, aurait été remplacé par un bœuf miraculeusement apparu. Il est vrai que le cheptel des tours s'adapte très bien à la légende, E. Lemaitre écrit : c'est en récompense de ce service qu'on aurait donc placé des statues de bœufs sur les clochers de la cathédrale. La source des monuments historiques précise pourtant que cette légende serait apparue après l'achèvement des tours.  2) Ailleurs, des sources plus documentées nous disent que c'est en hommage à cette collaboration animale que des bœufs sont représentés dans les tours de LaonRéférence ? Hommage ? Récompense ? On touche au but ? Il a fallu être très très motivé et argenté pour grimper ces colosses tout là-haut...

Ma version à moi pourrait être celle-ci : il y avait un sculpteur sur pierre qui adorait les animaux, et comme il a (peut-être) été payé plus cher que les autres pour réaliser les bœufsavec l'argent gagné en plus il a pu ainsi faire plaisir à toute la famille.... 3) Ou bien : les gars (les tailleurs de pierre),  notre évêque qui adore les bêtes est très content de notre travail, du coup, il nous laisse carte blanche pour la déco des deux tours du devant ! 4) Comme il restait beaucoup d'argent dans les caisses de l’évêque, il eut cette idée remarquable et originale... Et si ces œuvres rendaient hommage au bœuf de la crèche ? Vous avez peut-être une autre version de la légende ? Ne manquez pas de nous en instruire dans les commentaires, merci d'avance, les amis.




Voyez le joli bestiaire, il veille... Regardez la beauté de la tour avec sa couronne posée délicatement tout en haut...

Sur la belle place, juste devant la cathédrale, nous discutions entre touristes, deux dames disaient : oui, oui, ce sont des bœufs, il y en a seize en tout... J'ai bien essayé de les compter, mais comme il faisait froid et qu'il fallait lever très haut la tête, j'ai renoncé à la vérification in situ...

Je n'ai pas résisté à la beauté de cette aquarelle qui orne un ouvrage de madame Iliana Kasarska, Docteure en histoire de l'art, spécialiste des portails gothiques, l'artiste peintre a vu huit bœufs.


Aquarelle de Boeswillwald, 1843, extraite de Iliana Kasarska, op. cit., p. 16, M.H. 4010


Comme cette tour est touchante avec toutes ces bêtes qui regardent les passants, la cathédrale de Laon ne ressemble à aucune autre, il faut absolument aller la regarder de près, vous irez de merveille en merveille...

La construction de l'édifice actuel débuta en 1155 et continua jusqu'en 1235. Elle fut une des premières cathédrales de style gothique bâtie en France, elle est antérieure à Notre-Dame de Paris.

L'intérieur est saisissant de beauté, la grande nef  de 110 m de long est illuminée en plein jour par une lumière douce et rosée. C'est le matin, il n'y a personne encore, la cathédrale est à moi, de chaque côté de la nef  il y a 28 chapelles fermées par des clôtures  (XVIe siècle) en pierre sculptée, les fines colonnettes des entrées, forment une sorte de  moucharabieh , une vraie splendeur !

Une magnifique grille (XVIIIe) en fer forgé doré et peint, d'une finesse incroyable, laisse aisément entrevoir le chœur au travers de sa dentelle.. 


La nef : 110 m de long 30 m de large, hauteur : 42 m sous la lanterne, un bâtiment impressionnant


Les clôtures des 28 chapelles (XVI/XVIIe siècle) finement ciselées dans la pierre


La grille du chœur en fer forgé (XVIIIe siècle)

Dans un petit coin, à l'arrière du chœur, dans le déambulatoire, presque à l'abri des regards, un haut relief du Christ en croix  (XIVe), beau et touchant de simplicité, d'humanité, baigne dans le bleu d'un reste de peinture murale. Hélas ! On peut facilement passer à côté sans le repérer...


Un calvaire (haut-relief XIVe)

La visite d'une cathédrale demande énormément de temps, on ne retient jamais tout de cet ensemble foisonnant, ce qui crée immanquablement le désir, la nécessité d'y revenir souvent, et c'est tant mieux, à chaque visite les œuvres délaissées s’accumulent dans notre esprit, comment des sédiments... Souvent, j'achète des cartes postales, pour mieux m'en souvenir, et je n'y reviens jamais... Il faudrait que je vous parle encore de la façade, des tours, des vitraux très restaurés, de l'icone sur bois du Christ (XIIIe), et du trésor de la cathédrale que je n'ai pas pu voir.

En 1790, l'évêché de Laon est supprimé et Laon est rattaché à Soissons. La cathédrale devient une simple église de paroissiens.

Le centre ville est désert, 80% des commerces sont à vendre, quelques restaurants bien sympathiques attendent les touristes de l'été, la ville endormie vit de sa cathédrale, sa perle, son joyau !



Un cœur de ville qui vit au ralentit !


Amis, à  la prochaine, peut-être Laon, encore, ou Amiens... Je vous espère au rendez-vous.

lundi 27 mars 2017

En quelques fractions de secondes !




Dans le bus, la belle rencontre :

Je n'y arrive plus, plus du tout à écrire des histoires sur mon blog, je suis prise par d'autres choses, le temps court bel et bien, je cours, je cours derrière lui...

Histoire de bus ? En voici une : il y avait du monde, je n'avais que quelques stations à faire pour arriver chez moi, j'étais assise face à une dame voilée, un peu enveloppée, souriante et attentive, elle avait tout de suite vu le vieux monsieur qui peinait à monter sur le siège, juste au dessus de la roue avant, pas du tout confortable, une place de jeune...

Elle lui proposa tout de suite de venir prendre sa place, plus basse, mais pas dans le sens de la marche...

Non, non, ça va très bien, merci madame ! Maintenant qu'il avait réussi à grimper là-haut, pas question de déménager. Elle était tranquille avec son téléphone, le sourire inscrit sur son visage, définitif ! Allez, je serai là dans un petit instant, ça suffit de regarder la télé, allez faire vos devoirs, et toi, descends en bas de la maison, mets ton anorak rose et viens m'attendre, j'arrive dans quelques minutes, je suis très chargée... Soyez sages... Je n'avais entendu aucun ordre, seulement des suggestions, fermes bien sûr, mais limpides, douces, avec de l'affection dedans...

Nous nous sommes regardées et nous avons souri... Comme vous avez dit cela madame, avec justesse, sans vous fâcher, quelle autorité naturelle, quelle gentillesse aussi ! Alors notre conversation démarra au quart de tour... Ils comprennent vous savez, il faut bien s'organiser, j'ai quatre enfants, ah ! Ils ont quel âge ? Trois, quatre, onze et douze, tout le monde fait quelque chose à la maison... Vous avez raison, il faut s'entraider... Oui, oui, vous voyez je travaille, j'ai pris mon travail à cinq heure ce matin et je rentre maintenant (il était 17h et des poussières...) Mais comment faites-vous pour les repas ? Le samedi je cuisine, je mets au congélo, je m'arrange... J'avais vu sa petite famille, elle me l'avait montrée sur son téléphone, quatre enfants rieurs et sympas. Tout le monde s'y met, garçons et filles ? Oui, bien sûr, si les draps ne sont pas bien tirés pour les garçons (ce sont les plus jeunes), je ne dis rien, il ne faut pas les décourager... J'admirais cette  façon innée, spontanée qu'elle avait de donner des ordres avec des mots qui ressemblaient à des ailes de papillon. Elle avait ce savoir éducatif si juste, ferme et tendre, je me souviens, quand mes enfants étaient petits, il fallait que je retourne tout ça dans ma tête pour chercher les mots justes, je n'avais pas ce "don" que je percevais chez elle, c'est très rare... J'ai une amie qui a ce "don" également, elle parle sans bruit, et sait se faire entendre tout de suite, simple, directe, sincère, tous les enfants l'adorent... Si elle se fâche, elle n’oublie jamais d’expliquer pourquoi, une artiste ! Elle a ça dans le "sang", elle sait trouver les mots qu'il faut pour dire sa pensée aux enfants et en retour les comprendre... Du grand art ! Elle a toujours su demander beaucoup aux enfants, elle connaissait leurs capacités, elle poussait leur curiosité le plus loin possible, tout en respectant leurs désirs, leurs passions. Plus tard, quand ils furent plus grands, elle su exactement les suivre et non les précéder, peut-être même renoncera-t-elle aux carrières exceptionnelles dont elle avait rêvé pour eux (comme tous les parents), pour les suivre au plus près des chemins qu'ils avaient choisi de prendre pour leur avenir, elle les encouragera avec bonheur, du très, très grand art !

Cette dame dans l'autobus me rappela mon amie avec beaucoup d'émotion...

Passez une bonne soirée, et surtout bon anniversaire pour votre petite fille (onze ans), elle avait tout préparé pour la fête... En douce...

Ma voisine, la belle Alice :




La belle Alice

Depuis plusieurs jours, Alice, ma voisine centenaire (102 ans) m'appelle Madeleine, je me suis dit, tiens, que se passe-t-il ? Au-revoir Madeleine, merci Madeleine, toujours le même sourire mais avec Madeleine au lieu de Danielle... Alice, moi je m'appelle Danielle, pas Madeleine... Je vous fais des gros bisous Madeleine, Alice prend l'avion demain pour aller voir son fils qui est près de la mer Méditerranée... J'espère qu'en rentrant je serais redevenue Danielle pour elle ?

Le cinéma, avec le film de Kaurismaki : De l'autre côté de l'espoir ! (Finlande)




Du grand art : De l'autre côté de l'espoir Aki Kaurismaki

Le pitch :


Dans la ville d'Helsinki Khaled, un réfugié syrien qui a presque tout perdu, maison et famille, dans les bombardements d'Alep, rencontre Wikström, un représentant de commerce qui vient de racheter un restaurant après avoir quitté sa femme alcoolique. Khaled, en fuite suite au refus de sa demande d'hébergement sur le territoire finlandais, est embauché par Wikström dont le restaurant a des difficultés à démarrer.
Le style :
Un film magnifique, qui redonne de l'espoir en l’humanité. Les valeurs qu'il défend : la solidarité, l'entraide et l'amour, triomphent dans cette oeuvre, non seulement son film est utile, salutaire, indispensable, drôle, émouvant mais en plus, il est impressionnant de beauté comme tous ses films ! Le style brillant d'Aki Kaurismaki éclate dès le premier plan : beaucoup de couleurs, plans simples et très travaillés avec peu de personnages devant la caméra, des gros plans sur les visages d'acteurs. La musique, très présente dans son film, contribue à donner beaucoup d'émotion et d'intensité à l'histoire, les gestes et les mots sont très précis, la poésie s'installe et ne nous quitte pas, Kaurismaki vous embarque pour un voyage de 98 minutes seulement, dans la vie des gens...

Courez, admirez, et faites fonctionner le bouche à oreille...

Le métro, avec le film le Mépris : Jean-Luc Godard



 Affichage lacérée (station de métro Père-Lachaise) découvrant l'image de Brigitte Bardot et Michel Piccoli (de dos) dans le film : Le Mépris, de Jean-Luc Godard

Il y a toujours du monde à la station Père-Lachaise, une station de correspondances, j'attendais bien sagement et je vois sur le quai d'en face l'affichage publicitaire lacéré, je ne sais comment la chose a pu se produire, mais l'effet est superbe : en gros plan, j'aperçois le visage de Brigitte Bardot avec la perruque de cheveux noirs et courts qu'elle porte dans ce sublime film de Jean-Luc Godard, un de mes films cultes ! Comment cette image se trouve-t-elle ici, comment et pourquoi resurgit-elle en dessous des couches de papier qui la recouvrent depuis des semaines, des mois, des années ? Je ne saurais jamais !

La vérité m'oblige à dire que je connais (presque) par cœur chaque plan de ce film que j'adore.

Mais voilà, pas d'appareil photo en poche, le téléphone, c'est moche, je suis revenue dare-dare le lendemain pour prendre : La photo ! Personne sur le quai, c'était le matin, avec le zoom, rien ne me séparait de cette oeuvre incroyable ! La prochaine tournée de publicité pouvait se faire à tout moment, il paraît que c'est le mercredi et ouf ! Nous étions jeudi...

Wrong elements : Film de Jonathan Littell. Un documentaire hallucinant !







SYNOPSIS : (Allociné)

"Ouganda 1989. Un jeune insurgé acholi guidé par des esprits, Joseph Kony, forme un nouveau mouvement rebelle contre le pouvoir central, la LRA, « l’Armée de Résistance du Seigneur ». Une armée qui se développe au fil des années par des enlèvements d’adolescents – plus de 60 000 en 25 ans – dont moins de la moitié sont ressortis vivants du « bush ». Geofrey, Nighty et Mike, un groupe d’amis, ainsi que Lapisa, font partie de ces adolescents, enlevés à l’âge de 12 ou 13 ans. Aujourd’hui ils tentent de se reconstruire, de retrouver une vie normale, et reviennent sur les lieux qui ont marqué leur enfance volée. À la fois victimes et bourreaux, témoins et acteurs d’exactions qui les dépassent, ils sont toujours les “Wrong Elements” que la société a du mal à accepter. Pendant ce temps, l’armée ougandaise traque, dans l’immense forêt centrafricaine, les derniers rebelles LRA dispersés. Mais Joseph Kony, lui, court toujours." Durée du film : 2h19mn.
L'écrivain Jonathan Littell (Les Bienveillantes,2006), mondialement connu par ce livre, a réalisé ce film sur cette guerre en Ouganda qui opposa un illuminé, Joseph Kony, au gouvernement en place, et qui fit des milliers de morts et des milliers de bourreaux/victimes.
Pendant toute la durée du film, je me suis demandée pourquoi je n'avais rien su de cette tragédie... De ce fait, j'ai mis un moment à comprendre où je me trouvais, ce qui se passait sur l'écran, j'ai été totalement déboussolée, il me fallait tout absorber d'un seul coup  : la découverte de cette horrible guerre, l'enrôlement par la force de jeunes du pays, devenus les mercenaires de Joseph Kony, et la durée énorme du conflit. Tout m'arrivait en pleine figure. Le martyr du Rwanda, qui dura quatre mois entre avril 1994 et juillet 1994, je ne l'ai pas oublié, j'y pense encore, pourtant il arriva cinq ans après les crimes perpétrés en Ouganda et qui durèrent 25 ans, la cruauté avec laquelle les adolescents du pays ont tué, torturé des familles entières... Comment cela a-t-il été possible ? Durant 25 ans, sans que je perçoive des informations à ce sujet à un moment ou un un autre ?
J'ai mis des jours et des jours à y réfléchir avec une culpabilité certaine : dans quel dédale d'informations les faits, les images sont-ils tombés, sans que je puisse en être avertie, sensibilisée, scandalisée ? Comment ai-je pu ignorer ? Je ne sais pas...

En rentrant chez moi, je me suis jetée sur Internet pour connaître l'endroit même où se situait l'Ouganda. J'ai remarqué que Wikipedia  ne disait pas grand chose du conflit armé dans l'histoire de l'Ouganda : "De 1988 à 2006, l'Armée de Résistance du Seigneur a combattu l'armée régulière dans le Nord du pays, afin, sans succès, de renverser Museveni".
Par ailleurs, un article plus soutenu sur l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA, mouvement qui se présente comme chrétien), nous permet de mieux comprendre l'ampleur et la complexité  de cette guerre civile.




Les petits bonheurs du jour

Pour ne pas se quitter avec les (l)armes et les violences...

Mes orchidées me donnent entière satisfaction, elle me font un beau jardin intérieur de printemps, et l'abricotier qui pousse en bas de ma tour a mis des fleurs partout, pas une branche n'y a manqué, gageons que cela fera de jolis pots de confiture pour le mois de juillet. L'été dernier, un petit groupe de locataires a cueilli et mis en bocaux (au moins 70) tous les beaux fruits de notre arbre,  un petit bonheur intense pour Tous... Ma voisine Alice en a eu deux pots, bravo !

dimanche 26 février 2017

Labyrinthe et Histoire Sainte...


Le Palais de justice et la Sainte Chapelle (image empruntée sur Internet)

J'avais juste à déposer une lettre au Palais de Justice... Mais l'affaire ne se fait pas comme ça...

Il faut d'abord choisir la bonne file d'attente qui vous conduit au contrôle type "aéroport". Deux files : une très longue pour les dépôts de paperasse, et une toute petite, pour les convocations ? Vous pensez bien que je m'étais mise tout de suite dans la petite file, avec un air très innocent, j'avais donc toutes mes chances de ne pas attendre trop longtemps ! Le jeune soldat qui gardait l'entrée m'a laissé faire, je n'ai pas demandé mon reste...

Après le contrôle obligatoire, je me suis mise à chercher la porte où je devais déposer mon papier... Mais l'affaire ne se fait pas comme ça...

Au premier guichet, après le contrôle, on m'a donné un plan : madame, la porte que vous cherchez est là ! Elle avait entouré la lettre D, c'était pas compliqué.

Premier couloir à gauche, puis à droite, vous trouverez facilement. Je m'en allais le cœur battant, j'avais une heure pour y arriver, la maison de la justice fermait à 16h. J'ai tourné à gauche, à droite, et puis j'ai fait n'importe quoi, je n'ai pas trouvé l'escalier dissimulé derrière une porte, je suis repartie au point zéro...

L'heure tournait, j'avais déjà fait deux bureaux au hasard, tournez à gauche et puis à droite, vous verrez...

Un avocat en robe qui passait par là : vous êtes de la maison ? Pourriez-vous m'indiquer mon chemin, s'il vous plait ? Bien sûr, au fond du couloir, escalier D, ouf ! J'y arriverais avant quatre heures, en marchant bien...


Je n'ai pas vu tout ça, j'étais trop pressée...

C'était sans compter que du premier étage, j'étais redescendue au rdc, j'avais lu le plan à l'envers, et comme je suis très mauvaise en orientation et en plan, même en randonnée pédestre, je n'étais pas du tout rendue... Ici, des couloirs il y en a des tonnes, des portes en veux-tu en voilà : avocats, greffes, régie, public, cour 1, cour 2 etc.

Le temps passait, et moi je circulais allègrement en maugréant, mais quant est-ce que je vais y arriver ? J'avais déjà les larmes aux yeux, comment vais-je faire pour trouver la lettre D ? Je ne peux pas frapper à toutes les portes...

Ni une ni deux, je pousse la porte d'un autre bureau, et là, une personne douce et gentille me dit : venez avec moi madame, je ne vais pas faire tout le chemin avec vous, mais je vais vous mettre sur la bonne voie... Alleluia ! Nous avions traversé la cour qui entourait la Sainte Chapelle pour re-rentrer sous une grande porte cochère, mon martyre touchait à sa fin, j'ai regrimpé le premier étage, la porte D, je l'ai enfin trouvée, le bureau était clair, le personnel vaquait à ses occupations, j'ai tendu mon papier, tampon, merci Madame... Et je suis repartie l’âme en paix, j'avais tout mon temps, je pouvais admirer les détails architecturaux...

Il était presque l'heure de la fermeture, mais je n'étais pas venue pour rien, je ne serais pas obligée de revenir, la vie était belle, je pourrais même visiter la Sainte-Chapelle, il n'y avait justement pas grand monde.


La grande rosace de la Sainte-Chapelle, joyau du gothique rayonnant (empruntée sur Internet)

Vous imaginez, moi qui rêvais depuis longtemps d'aller re-visiter ce lieu éblouissant, j'y étais ! Personne à la caisse, j'entrais de plain-pied dans la chapelle basse de la Sainte-Chapelle par la boutique des souvenirs, cartes-postales et sets de table... Un escalier en colimaçons permet d’accéder à la chapelle haute, là, un animateur (bénévole) a pris en main le petit groupe que nous formions avec quelques visiteurs, pour nous raconter l'histoire du lieu : entre 1242 et 1248, la Sainte-Chapelle est édifiée selon la volonté de Louis IX (et futur Saint-Louis) pour y conserver les reliques de la Passion du Christ. 

Les Saintes Reliques appartenaient aux empereurs de Constantinople depuis le IVe siècle. Parmi celles-ci se trouvait la plus célèbre, la Couronne d’Épines, acquise en 1239 pour une somme dépassant largement le coût de la construction de l'édifice lui-même. En les achetant, Louis IX accroît le prestige de la France et de Paris qui devient, aux yeux de l'Europe médiévale, une "Nouvelle Jérusalem" et par-là même, la seconde capitale de chrétienté (d'après le document des Monuments Nationaux).


Auteur de la photo : Gnosne -Wikipedia

Donc, si mes calculs sont bons, la Couronne d’Épines arrive à la Sainte Chapelle 1200 ans après la mort présumée du Christ, et d'après la photo que nous montre l'animateur, elle est entière ! Il y croit dur comme fer...

Plusieurs sanctuaires revendiquent la possession de cette relique. L'archevêché de Paris prétend la posséder au sein du trésor de la Sainte-Chapelle, mais il est fait mention de la Sainte Couronne, ou d'un de ses fragments, au Palais électoral de Munich, en la basilique San Domenico de Bologne, en la cathédrale de Pise ou de Trêves, sans qu'il soit possible de déterminer s'il s'agit d'une relique de première classe (don d'une Sainte Épine qui a été enchâssée dans un reliquaire en forme de couronne d'épines), ou de contact (transfert de la sacralité de la Sainte Épine en la mettant en contact avec un morceau de bois devenant lui-même une relique - wikipedia).

La relique sainte est actuellement à Notre-Dame de Paris depuis le 10 août 1806.


Couronne d’Épines (auteur supposé de cette photo Gavigan-Wikipedia), relique attribuée à Jésus

Pas facile  pour une mécréante comme moi d'adhérer à l'histoire, mais je respecte totalement les croyants et les vénérateurs des reliques saintes...

On a construit pour elles des palais, des chapelles, des cathédrales, que nous admirons encore aujourd'hui... La Sainte-Chapelle est un éblouissement, la pierre s'efface presque complètement devant les verrières qui tiennent comme "par miracle", l’intensité des couleurs, l'élégance, le raffinement de l'édifice me laissent bouche bée ! Pourtant je n'en suis pas à ma première visite, mais l'impression de grandiose est présente à chaque fois.

La Sainte-Chapelle est un joyau ! Un reliquaire gothique monumental, les 15 verrières racontent la supposée histoire de l'Humanité, de la Génèse à la résurrection du Christ, d'après les épisodes tirés de la Bible... La lecture se fait de droite à gauche et de bas en haut, mais elles sont beaucoup trop hautes à la vue qui se perd dans les couleurs et les harmonies et non dans les significations...


Auteur de la photo Didier B (Wikipedia)

Il n'est pas aisé de sortir rapidement du site, on veut tout savoir, entendre encore et encore les légendes, l'histoire des représentations, les secrets, les questionnements... La Sainte-Chapelle est un feu d'artifice disposé à notre vue pour toujours !

Après j'ai traversé le pont, il faisait gris souris, la Seine coulait tranquillement sous les voitures, les piétons... J'ai repris le métro...

mardi 31 janvier 2017

L’écheveau des jours et des jours...


Alice toute pimpante aujourd'hui !

Je le reconnais, le petit grelot qui trépigne devant ma porte, plusieurs petits coups, c'est elle ! Alice, ma voisine de 102 ans qui vient me rendre visite, il est encore tôt, dix heures du matin, c'est tôt aussi pour vous ? Elle est toute belle et fringante, habillée avec ses pulls tricotés maison il y a plus de 25 ans, c'est elle qui le dit : c'est vieux ça, Danielle, oui Alice, c'est vieux mais c'est encore beau, et ça vous va comme un gant...

Oui, bonjour Alice, vous avez besoin de quelque chose ? Non, ça fait longtemps que je ne vous avais pas vue, alors je viens vous faire un petit bisou... C'est toujours son entrée en matière, sa marque de fabrique, Alice a besoin de contacts, de voir ses voisines, de faire des bisous. En avez-vous une, vous, de voisine comme ça ? Si affectueuse ? Je l'appelle la petite souris, car elle sourit tout le temps.

Entrez Alice, entrez, asseyez-vous là, et je l'invite à s'asseoir sur mon canapé bien confortable... Voyez Alice, je ne suis même pas encore habillée, je vais, je viens, je fais des tas de choses et l'heure a tourné... Elle s'en fiche, Alice, de la couleur de ma robe de chambre, elle veut des bisous, elle refuse même le verre de thé que je lui propose.

Nous avons passé en revue son enfance, ses souvenirs en avalanche, les bons les mauvais, le temps qui avait passé bon gré mal gré. Pour vivre aussi longtemps, Alice avait toujours vécu au présent, elle avait accepté les difficultés d'où qu'elles venaient, elles les avais digérés, broyés, et elle avait poursuivi sa route avec tous ses chagrins, ses manques, ses désespérances, c'est elle qui me l'a dit, je la regardais avec admiration...

Aujourd'hui elle attend son heure ! Avec son sourire, ses jolis pulls, ses envies de bisous, elle attend son heure, le temps lui semble long... Mais elle garde le sourire...

Un autre jour, l'embarquement, avec Chiharu Shiota... J'avais déjà parlé d'elle dans un de mes posts en 2012 (cliquez sur embarquement)


 Were are we going ? (Où allons-nous ?) Chiharu Shiota, au Bon Marché


Elle est revenue à Paris, au Bon Marché, jusqu'au 18 février 2017, avec une nouvelle installation que je ne pouvais rater, je l'avais découverte en 2011 à la Maison Rouge à Paris, ses robes de mariées entraperçues dans un dédale de fils noirs, un très grand moment...




Depuis, je l'ai suivie autant que je le pouvais dans ses œuvres éblouissantes : avec ses fils de laine noirs, rouges et blancs, Chiharu Shiota (japonaise, 45 ans, vit et travaille en Europe depuis plus de vingt ans), ensevelit littéralement l'espace, dissimule les formes, enrobe et transforme l'espace, soustrait la lumière, creuse des galeries. Elle installe des brouillards duveteux  autour des choses, et nous transporte immédiatement vers le mystère, la poésie, l'émotion, l'admiration... Du moins pour moi, c'est comme ça que cela opère, chaque fois que je rencontre ses toiles d'araignée qui m'étreignent la gorge et éblouissent mes yeux...

Au Bon Marché, je n'y étais pas allée depuis des années, tout avait changé, plus luxueux que jamais, un vrai paradis de la beauté, très chère ! Les embarcations de fils blancs voguaient sous les voûtes du grand magasin, un article de Télérama, qui avait attiré mon attention, faisait allusion à "cent cinquante bateaux d'origines du monde entier, Un voyage immobile qui évoque Small Room, une installation composée de valises en carton, comme celles emportées par des survivants de Fukushima ou par des migrants d'aujourd'hui". C'est avec cette idée que j'étais venue voir l'exposition...

Bien sûr, je fus sidérée par la beauté de l'installation, je sentis très vite le décalage entre l'oeuvre et le le lieu, je le ressentais comme une évidence : ainsi donc, au Bon Marché, l'oeuvre était présentée comme "un rapport au monde oscillant entre poésie, mélancolie et recherche de l'universalité" "l'artiste établissait une analogie entre la vie humaine et le voyage"... Comment ne pas entendre ici le voyage de la survie ?

Et puis, il était dit sur le petit papier qui présentait l'expo : le grand magasin avait proposé le Blanc en hommage au Mois du Blanc ! Ainsi, pour la première fois, C. Shiota travaillait elle aussi pour la saison du blanc ! La pureté ! Mon malaise persista jusqu'à la sortie...


Au Bon Marché


Détail


Les barques, toutes les barques


Impossible de m'embarquer complètement...


Sous la grande verrière


Au RDC, le voyage commence dans des tunnels de glace en laine blanche

J'ai fait mon petit tour, jusqu'à la Grande Épicerie fine, il y avait de tout : sucré/salé/poivré/vanillé/safrané... TOUT !


Des couleurs éblouissantes à tous les étages

Les jours de cinéma exceptionnels :




Le merveilleux film animé de Jean-François Laguionie (75 mn)

Louise, une vieille dame, reste seule dans la petite ville estivale de bord de mer, le train emportant le dernier vacancier vient de partir... Il reviendra bien, mais à la saison prochaine, d'ici là Louise survivra dans cette ville fantôme entièrement pour elle. La solitude, le vieillissement, la mort, les souvenirs l'envahissent et comme les vagues, chaque jour la prennent d'assaut, Louise soliloque... Sans amertume mièvre, avec douceur, un graphisme somptueux, tout en pastel, comme Louise... Une perle !!

Paterson :

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Une semaine à Paterson petite ville du New-Jersey, la vie de tous les jours avec ses petits arrangements et dérangements, Paterson et Laura vivent une vie réglée au cordeau, mais à y regarder de plus près, tous les jours sont des jours nouveaux où il se passe quelque chose de poétique... Paterson écrit des poèmes, Laura crée des œuvres d'art en noir et blanc... Tous les jours de la semaine distillent de l'amour et de la beauté... Deux heures superbes et touchantes, un pur régal !

Harmonium :



Dans une discrète banlieue japonaise, Toshio et sa femme Akié mènent une vie en apparence paisible avec leur fille. Un matin, un ancien ami de Toshio se présente à son atelier, après une décennie en prison. À la surprise d'Akié, Toshio lui offre emploi et logis. Peu à peu, ce dernier s’immisce dans la vie familiale, apprend l'harmonium à la fillette, et se rapproche doucement d’Akié. La tension monte image après image... Passionnant et envoûtant !

On donne Le Misanthrope à la Comédie Française, ma pièce préférée, c'est fait, j'ai une très bonne place, qu'il pleuve, qu'il vente, j'y vais bientôt... Je m'en réjouis tous les jours, j'aime cette attente-là, comme j'aime bien arriver en avance dans le théâtre, pour respirer l'atmosphère, regarder les gens, le spectacle de l'avant spectacle... Ça multiplie tous les plaisirs par deux...

Les jours de petits tours sensationnels aux puces de Montreuil :

Il fait froid, il va pleuvoir, on verra bien, je fais des photos de l’Angélus et des Glaneuses d'après les peintures de Jean-François Millet (1814-1875), aîné d'une famille nombreuses de paysans. Berger dans son enfance et plus tard laboureur, il aime le dessin, à vingt ans son père l'envoie à Cherbourg, le Conseil municipal et le Conseil Général de la Manche lui octroient ensuite une pension pour qu'il puisse continuer son apprentissage. À Paris il expose, vend ses œuvres, il se marie et a neuf enfants. Au village de Gruchy dans la commune de Gréville-Haguesa maison natale a été reconstruite à l’identique et meublée comme une maison paysanne du xixe siècle. On y peut découvrir de nombreuses copies de ses tableaux. 


Aux Puces, les Angélus et les Glaneuses, je les ramasse à la pelle, quelque fois même les marchands froncent les sourcils, il faut demander l'autorisation comme au Musée, je demande et je clic... Beaucoup de brodeuses l'ont copié, les reproductions foisonnent, je n'ai pas eu à chercher très longtemps pour trouver des tas de beaux Millets, je pense même que l'Angélus est l'image que je rencontre le plus... :

L'Angélus :
















Les Glaneuses :







Le jour du (petit) sensationnel :

La belle trouvaille, avec cette petite boîte en verre émaillé, en parfait état, cerclée de laiton, pour un tout petit prix, la petite pépite m'attendait dans un tas d'objets absolument sans intérêt.

La Pépite :