jeudi 23 novembre 2017

Alice a 103 ans !


ALICE !

Alice va bien, elle a eu 103 ans la semaine dernière, toute sa famille l'a couverte de fleurs, je lui ai apporté des chocolats qu'elle aime, plein de colorants, émulsifiants douteux, noms bizarres qui font chimiques... Il y a aussi du chocolat, rassurez-vous, mais c'est ceux-là qu'elle aime, quand on aime, on ne regarde pas l'étiquette ! C'est ce que j'ai fait, je n'ai pas cherché midi à quatorze heure, c'est ceux-là qu'elle aime, prenons ceux-là !

Je ne vous dirais pas la marque pour ne pas leur faire de la publicité... Ah non !

Elle se porte comme un charme, elle vient de faire contrôler sérieusement ses appareils auditifs, ça marche mieux, elle y retourne quand même la semaine prochaine pour des petits réglages, mais quand je frappe quelques coups à sa porte, elle m'entend très bien.

Elle venait juste de finir son repas et s'apprêtait à faire le tour du pâté de maisons, comme elle fait tous les jours... Alice ne fait jamais de sieste, c'est une bourlingueuse...

Elle a posé devant ses orchidées, la jaune est fraîche de ce matin : un monsieur est venu avec l'orchidée, il m'a prise en photo, je vais être dans le journal... Ses yeux rieurs s'accordaient avec son sourire qui ne la quitte jamais.

Très bien Alice, moi je vais vous mettre sur mon blog (elle ne sait pas du tout ce qu'est un blog, mais en cela elle n'est pas la seule).

Alice, je vais prendre aussi vos passe-temps favoris étalés sur le canapé : un gros livre énorme, et des grosses pelotes de laine blanche. Vous faites quoi, Alice, en ce moment, vous avez des commandes ? Non, mais j'aime bien avoir des réserve, et j'aime bien tricoter aussi, Noël approche, elle est capable de faire deux petits gilets pour ses arrière-petits-enfants, vite faits, bien faits... Elle adore le blanc, ça se marie avec tout, dit-elle...


Les loisirs d'Alice : le gros livre énorme et la laine pour bébé

Alice, que vous arrive-t-il avec votre bridge, vous avez une dent qui manque, vous aller la faire réparer ? Remarquez, ça ne se voit pas du tout, c'est sur le côté, elle a fait un petit geste de la main, pfff, qui voulait dire : ça restera comme ça... Pas grave ! Je sais, je sais, Alice, où vous en êtes avec la vie, on en a tant de fois discuté... C'est nous qui profitons de vous, soyez longtemps en bonne santé... 

Chère Alice, profitez du temps qui passe, nous vous aimons et veillons sur vous, tricotez tranquille, lisez des nouveaux mondes... Portez-vous bien... Pour nous...

lundi 20 novembre 2017

Paris sera toujours Paris (2017)


Collage visible sur le mur de la rue Mathis, Paris 19e - Travail de l'artiste Julien de Casabianca

J'avais vu la nouvelle dans Télérama-Sortir (n°3540), et je vous la livre telle quelle : "Pendant sa fermeture pour travaux, le musée Carnavalet ne se repose pas sous les gravats. En mode "hors les murs", il a invité l'artiste Julien de Casabianca à exercer son talent particulier sur une façade du 19e arrondissement : rendre monumental... Le détail d'un des tableaux qu'il photographie dans les musées du monde entier. Cet élément, une fois (très) agrandi, est collé sur un mur citadin. Cette fois, ce sont des jeunes de 14-15 ans, de la Fondation jeunesse Feu Vert (qui oeuvre pour leur insertion) et les habitants du quartier qui ont choisi ce visiteur venu de loin figurant sur le tableau de Louis Béroud : Le Dôme central de la galerie des machines à l'Exposition Universelle de Paris en 1889". (Merci à Télérama d'avoir signalé l’événement).


Crédit photographique PHGCOM 2009 -Tableau original qui se trouve au musée Carnavalet

J'ai donc décidé d'aller voir sur place un tel prodige et je n'ai pas été déçue, ce personnage magnifique déploie sa splendeur sur une hauteur vertigineuse, donnant à la rue un mystère et une beauté exceptionnels. Je suis allée voir de près le papier collé, j'ai passé ma main dessus, c'était très lisse, un bout du papier à gauche était déjà arraché...


Venant du métro Crimée, je me suis approchée à pas de loup, jusqu'à découvrir l'oeuvre en entier, somptueuse; je suis restée quelques instants devant, admirative, dans quelques jours, semaines, mois peut-être, l'homme à la cape rouge aura sans doute  partiellement disparu... Il fallait faire vite.


J'espère que les gens du quartier, les passants, les visiteurs, seront comme moi contents de voir cette beauté.

Poursuivant mon chemin vers un autre quartier de Paris, j'ai trouvé cette poupée/sculpture ? Alanguie dans l'herbe, au pied d'un arbre de la rue Beaubourg... J'ai pris la photo avec mon téléphone... Les couleurs ne sont pas aussi belles que l'original, mais l'émotion est conservée...


La belle alanguie, dépôt inconnu...


vendredi 10 novembre 2017

Venise Zigz'arts (5) 2017


2012 - Les bâches rouges du marché de Rialto !

Ces belles couleurs, rouge sang, bien vif, n'existent plus, ce temps est terminé, révolu, effacé, circulez, y'a rien à voir !

Ah, tiens ! C'est pas la mort, tout de même... Pour une, deux, voire trois couleurs , tu ne vas pas nous en faire une pendule ? Si ! Bon, voyons voir...

Une seule couleur enlevée et tout est défiguré, voilà plusieurs années que je photographiais les feux d'artifice des bâches du marché de Rialto, j'y allais avec empressement, spécialement le lundi, puisque le marché était fermé et que les bâches étaient baissées, il n'y avait personne sur le carreau, le soleil donnait à plein, je pouvais abreuver ma boîte de couleurs, je courrais d'un poteau à l'autre pour varier les plaisirs, je trouvais toujours un petit coup de pinceau à donner à un cadrage; ici ou là, je faisais mon petit Monet devant la cathédrale de Rouen, excusez du peu... Mais quand même, je m'appliquais sur le même motif tous les ans... Je tournais autour...



2012 - Rialto, capitale de la couleur

Une fois sur place, j'attendais que la brise soulève légèrement le rouge pour entrapercevoir le jaune, et l'ocre des briques, c'était trop beau ! Il y avait aussi des bâches bleues... Imprévisibles... Levées, baissées, il y avait du mystère...


2010 - Bleu et rouge

Des vertes aussi, un peu délabrées, c'est vrai, il faut avouer, mais quelle belle association de couleurs.



2010 - Rouge et vert


En mauvais état, certes

J'ai fait le tour de la palette, je reconnais volontiers que les tubes de peinture étaient usés, trouées, déchirés, à bout de souffle dans les voiles, il fallait bien les changer ! Cette année, il y a un beau système tout neuf, ultra moderne, qui monte et qui descend sans doute électriquement sur de beaux rails en inox, comme sur les fenêtres de nos maisons, maintenant, la couleur de la toile est marron foncé partout, passe-partout, passe muraille... Inutile d'aller voir au soleil, il ne se passe rien... J'étais tellement dépitée de voir les nouveaux pare-soleil que je n'ai pas fait de photo ! J'ai trouvé la nouvelle mise en scène, ordinaire, décor bien repassé, bien tiré, marron moche ! 

Je vais demander à l'Unesco de classer ces photos au patrimoine mondial des bâches... J'ai toutes mes chances...


Allez, à la prochaine à Venise, d'ici là prenez soin de vous...

lundi 6 novembre 2017

L'urgence des images et des sons...



Sans adieu - Christophe Agou


Suite à la découverte de ce photographe en janvier  2012, dans une galerie parisienne qui s’appelle "Fait et Cause", 58 rue de Quincampoix dans le quatrième arrondissement (une rue juste parallèle au centre Pompidou) : cette petite galerie associative  se consacre à la photographie à caractère social, elle est ouverte depuis 1997, j'avais aussitôt fait un post à son sujet, tellement ses photos m'avaient touchée.

Depuis, en septembre 2015, C. Agou est décédé à l'âge de 45 ans, d'un cancer... Il venait juste de terminer le premier montage de son film.

Il laisse un documentaire qui vient de sortir et qui s'appelle Sans adieu, je vous le recommande chaudement.

Les personnages du documentaire : pauvres, vieillissants, malades, isolés, abandonnés par les pouvoirs publics, se démènent avec noblesse dans la misère. Ils sont parfaitement conscients qu'ils ne sont plus de "notre époque", ils ne cèdent pourtant jamais aux injonctions administratives sans combats, sans réparties, sans questionnements... Perdus d'avance...

À la misère, aux douleurs des corps vieillissants pour certains, il me semble que s'ajoute pour quelques autres un trouble appelé syndrome de Diogène (accumulation d'objets hétéroclites), qui rend leur environnement indescriptible, l'entassement compulsif de tout ne s'accordant pas bien avec le ménage.

Tous sont amoureux de leur campagne, de leurs bêtes, chacun résiste à sa manière, magnifiquement, avec des mots d'une justesse incroyable, au grand chambardement moderne : comment faire pour suivre l'évolution des tendances, des gros qui mangent les petits... Jean pleure son frère qui lui manque terriblement, Claudette veut comprendre, rouspète, tient bon, ne veut pas vendre son bien à qui ne lui plaît pas, Charlie et Babette se tiennent par la main, amoureux, voient partir leurs bêtes victimes de la vache folle, une tragédie !

Comment s'occuper d'une ferme, même très petite, quand on prend de l'âge ? Comment trouver les forces pour soulever le foin et nourrir les poules, les lapins, vider le fumier des vaches, nourrir les grosses bêtes, continuer la traite, entretenir les locaux, faire les courses et à manger ? Ceux qui le peuvent, heureusement, continuent le plus tard possible de conduire leur voiture...

Claudette finit par vendre sa ferme et réside maintenant dans une maison neuve, comme à l'hôpital (dit-elle...)

Un film foudroyant, merci monsieur Agou, votredocumentaire est aussi beau que vos photos, merci d'avoir écouté ces personnes avec votre regard. Grâce à vous, j'ai eu la chance de les rencontrer : tendres, généreux, mélancoliques, profondément humains et touchants. Je partage...

Christophe Agou / Face au silence / depuis 2002


Courrez voir ce film avant qu'il disparaisse des écrans...

Prochainement retour aux Zig'arts de Venise...


jeudi 2 novembre 2017

Venise, revenons-y avec les Zigz'arts (4) 2017



Evan Penny - Le Christ - 2017

Les années de Biennales sont des délices, une véritable euphorie ! Un mois, c'est court, il a fallu planifier les visites tout en prenant mon temps, il a fallu faire des choix, et qui dit choix, dit renoncements...

Après coup, je me suis rendue compte que j'avais renoncé à beaucoup d'expositions sans même savoir qu'elles existaient, il faut dire qu'il y en a dans tous les coins... Il faudrait que j'aille en voir trois par jours pour tout écumer, mais c'est au-dessus de mes forces et de mes envies... Je ne suis pas pour les accumulations, mais pour les délectations...

Dès les premiers jours, j'avais prévu d'aller au Palais Grassi voir Damien Hirst que j'aime beaucoup, mais en arrivant devant le palais, j'ai vu que la petite église Saint-Samuel, qui se trouve juste à côté, également au bord du Grand Canal, toujours fermée, était ouverte, une aubaine ! Et comme je n'arrivais  pas souvent à faire coïncider mes promenades avec ses heures d'ouverture, je ne pouvais la manquer. L'année dernière, je me souviens du bedeau, qui ramassait consciencieusement la poussière du crépi des murs qui tombait sur le sol, n'avait pas voulu que je fasse la moindre photo, la haine du touriste, sans doute... Cette année : expo, c'était une chance, une grande chance, car les sculptures d'Evan Penny (artiste hyperréaliste, il est né en 1953 en Afrique du Sud), étaient très émouvantes.


La petite église San Samuele

Il met scène le corps humain fabriqué avec des matériaux modernes tels que la silicone, des pigments, des cheveux, des yeux de verre, de l'aluminium qui permettent de reproduire des personnes "à l'identique". Toutes ses sculptures surdimensionnées, créent immédiatement des impressions inconnues, un autre regard, la précision de l'hyperréalisme donne le vertige, nous précipite dans un microscope mystérieux... Ce travail s'apparente à celui de Roan Mueck que j'avais vu à plusieurs reprises à la Fondation Cartier il y a quelques années. Je ne retrouve plus les photos que j'avais faites, je reprends une de celles que j'avais mise sur mon blog en 2013, j'avais beaucoup aimé ses œuvres. Les yeux fixes, en verre, de toutes ces personnages en trois dimensions, diffusent de la mélancolie...On peut dire que ce sont des natures mortes qui respirent... presque, elles émeuvent profondément.

couple-parasol2.jpg

Un couple, en silicone, énigmatique, les yeux dans le vide... - Roan Mueck

Dans l'église San Samuele de Venise, dès l'entrée dans une lumière blanche, la surprise est totale, poignante :


Evan Penny - Corps suspendu et deux auto-portraits - 2017


Evan Penny - Vieux -2017


Evan Penny - Jeune - 2017

L'église était plongée dans le noir, il fallait marcher à tâtons pour en faire le tour, soudain, je découvrais un Christ allongé dans une petite fente, un tombeau creusé dans un mur, il faisait plus de deux mètre de long, un peu terrifiant, mais toujours fragile...


Evan Penny - Le corps du Christ - 2017

La visite s'achève avec un Christ vertical, sans croix, un corps démembré, décharné en souffrance, désarmant, impressionnant ! Une exposition dont je me souviens encore pas à pas... Comme le gardien de l'exposition voyant que je peinais à lire dans la pénombre la notice intentionnelle de l'artiste, m'a gentiment prêté sa lampe de poche...

Revenez-y mes amis, pour le prochain Zig'arts (5) de Venise...

lundi 30 octobre 2017

À chaud !


Le cheval - Yves Boussin



Le cheval aux pompons -Yves Boussin



Yves Boussin

Mon frère m'avait dit au téléphone : je suis en train de faire des têtes de chevaux, ça me plait beaucoup... Une envie soudaine, une inspiration de dernière minute... Je suis contente, vite, vite envoie-moi des photos...

J'ai attendu plusieurs jours, c'est long ! Voilà que je les reçois aujourd’hui, sur mon téléphone, c'est petit, mais je vois bien la beauté de la chose...

Ses magnifiques chevaux me font penser immédiatement à une de ses œuvres dont j'avais parlé dans mon blog en juillet 2011 : Les deux toréadors



Les deux toréadors -Yves Boussin (2011)

La concentration maximale de ces deux personnages, leur solitude, se sentait, se palpait, et ont provoqué en moi une impression si durable, qu'aujourd'hui, avec les chevaux, j'ai retrouvé ces émotions intactes, fixées largement au-delà de l'anecdote, si belle soit-elle. Ainsi donc, ces chevaux, ces êtres vivants, respiraient le même air que les humains : l'attente, la profondeur, et pour les hommes, la mélancolie, la gravité...

Par association, comme agissent dans nos souvenirs les mots avec les pensées, les images avec les impressions, les deux toréadors et les chevaux se superposaient pour moi dans la même strate émotionnelle... La même expression artistique, la même belle présence choisie des couleurs... Le style affirmé d'un artiste permet de telles identifications, même si les sujets sont très diversifiés.


Détail - Yves Boussin


Nature (morte ?) -Yves Boussin

Au fond de moi, j'étais contente d'éprouver cela, donnant un sens plus permanent, plus étendu, à l'ensemble de son oeuvre...

Quand j'ai reçu les photos, j'ai essayé d'exprimer ce que je ressentais à mon frère, à chaud, il m'a dit tout simplement : ben, je suis content, même si je ne pense pas du tout à tout ça quand je travaille, je fais ce que j'ai à faire, voilà tout... Souvent, l'humilité d'un artiste rencontre la complexité de l'admirateur, l'oeuvre appartient au regard de l'autre, ainsi se mélangent les intentions, les façons de faire, d'exprimer et de ressentir, qui vont de l'artiste à son public... Chacun y voit un peu de ce qu'il est !


Le travail de l'artiste

Oui, mon frère, tu fais bien de faire ce que tu as à faire, je ne suis pas du tout au bout de mes étonnements et de mes émotions avec ta création...


Vanité - sculpture - Yves Boussin




Prochainement : Venise, revenons-y avec Zigz'arts 2017

Je vous y attends !

lundi 23 octobre 2017

L'Indre, les tout derniers jours (2)



L'oubliée

Durant le mois de septembre, pendant les journées grises ou pluvieuses, le soleil est revenu plusieurs fois par jour comme en Bretagne. Avant de partir, j'ai fait le tour des gens que je connaissais, on ne parlait jamais politique, juste de la pluie et du beau temps, de ce qui avait poussé ou pas, de l'avance qu'avaient pris les mirabelles, les fruits en général, pas de noisettes cette année, beaucoup de noix, des pommes ici, pas là : on ne s'y retrouve plus du tout, ici il a fait très chaud pendant les mois d'été,  mais chaud à en être malade... C'est ce qui se disait...

Pendant tout le mois de septembre, j'ai pensé aussi à l'Italie, Venise, la Biennale, les lacs avec leur belle vapeur du matin, le Sacro Monte de Varralo, les citrons qui poussaient partout, les bougainvilliers, les visites des églises belles comme le jour...
  
L'enthousiasme n'a pas de frontières, pas de hiérarchies, quand je me suis retrouvée assise au bord de l'étang, j'ai pris tout mon temps pour écouter les canards couiner, regarder les cygnes s'envoler avec un bruit de papier froissé, j'ai trouvé qu'il n'y avait pas beaucoup de petits oiseaux... Je n'ai pas entendu leurs jacassements dans les coins déserts, loin des routes, au milieu des herbes hautes, des arbres très feuillus... Où sont-ils passés ?

Tous les jours j'allais voir le jardin, qui s'ouvrait juste à mes fenêtres :


Les couleurs du jardin

Tous les jours je mangeais des tomates fraîches, de la salade douce, des tas de légumes, tous m'allaient : blettes, haricots verts, courgettes, choux blanc et rouge... Il paraît que pas loin, il y a un châtaignier de plus de 250 ans, je ne l'ai pas encore vu, ça sera pour l'année prochaine. Par contre j'ai visité des petits bourgs berrichons, dans leur jus, superbes, avec leurs grands toits qui descendent presque jusque par terre... Une petite église du 12ème, une grande abbaye, des fleurs, des fleurs, encore des fleurs...


La petite église du 12e


Avec son ange musicien sur un chapiteau très haut

Je n'ai rien fait d'extraordinaire, et tout m'a paru exceptionnel. Aujourd'hui, loin de l'Indre, j'y suis encore...

Tous les jours je faisais du vélo, des prétextes de rien du tout me servaient pour aller absolument jusqu'au village acheter l'indispensable petit truc, dont j'aurais très bien pu me passer. S'il pleuvait un peu, brouillassait, j'y allais quand même avec l'imperméable, j'étais équipée, je roulais doucement pour ne pas glisser, voilà tout...

Tout le long du chemin, je faisais comme sur le Grand Canal de Venise, je regardais, je m'imprégnais, je découvrais. Ici, dans l'Indre, les odeurs étaient belles : légères le matin, fortes le soir ou après une petite ondée, les chemins de terre sentaient la terre... De chez moi je sentais l'odeur des vaches, j'entendais les beuglements des veaux qui appelaient leur mère... Le jour du raclage du fumier chez le fermier d'à côté, on en prenait tous plein les narines...

Je reconnaissais les derniers jours : au début j'allais chercher les noix sur l'arbre, dans leurs bogues qui se fendillaient un peu, je les écrasais du pied et je finissais le travail de décorticage avec les doigts devenus marron pendant quelques jours. Plus tard, plus besoin d'aller les décrocher sur les branches, elles tombaient en douceur, chaque jour d'avantage, à la fin, les derniers jours de septembre, je rencontrais des cueilleurs, propriétaires des noyers, un sac ou un panier à la main, nous parlions, et ensemble nous ramassions les plus grosses... J'étais toujours bien accueillie...


La noix encore dans sa bogue

Les derniers jours je les reconnaissais aussi aux châtaignes qui tombaient en avance, au raisin plantureux des vignes, juste avant la coupe... J'allais plus souvent à l'étang, j'écoutais d'avantage, je m’asseyais plus longtemps pour regarder les vaches, je calculais le jour de ma prochaine lessive à étendre sur le fil, juste avant le départ, en regardant la météo, je ne faisais plus beaucoup de provisions, plus de menus pour les jours à venir, j'avais agrandi mon tour de village pour rallonger le temps...



Le raisin bien dodu


Tous les jours, je regardais les vaches


Sur le fil

Bientôt tu ne seras plus là, disaient mes amis d'ici... Tous les jours nous bavardions, et pas seulement de la pluie ou du beau temps. La saison est terminée, si tout va bien je reviendrais l'année prochaine... Gardons-nous en bonne santé !