mercredi 20 février 2019

Les perles de Venise... Et les autres...


La couronne de fleurs en perles de Venise

Controverse :

Au moment de l'achat, je n'y avais pas pensé du tout, pas une seule seconde, c'est bien après les premiers étonnements, les petits sourires en coin, que j'ai compris : c'est quoi, ce truc de fleurs ? Ça ne fait pas un peu couronne mortuaire ? Remarque, c'est très joli tout de même, ça ne t'avait pas frappée ? Absolument pas, j'ai acheté ces fleurs de printemps pour la beauté de la composition, les petites feuilles toutes gaillardes qui allaient dans tous les sens, la fraîcheur de l'ensemble, tout m'allait. Jamais je n'ai songé à un décor mortuaire, jamais, jamais, la dame m'avait dit que c'était vraiment bien choisi, on pouvait mettre un chandelier au milieu, sur une table de fêtes. Ah, tu vois ! Il y avait bien mort d'homme dans l'objet... Mais, un chandelier, ce n'est tout de même pas forcément une veillée funèbre ? J'étais donc partie avec ma couronne sous le bras, dans un joli papier de soie, un beau décor végétal fait entièrement à la main, avec beaucoup de perles, à la mode de Venise, la couronne fut lourde de conséquences...

Encore un atelier que je n'ai plus jamais retrouvé, fermé, délaissé, disparu, adieu l'art !

Ce qui était dit était dit  : ma couronne faisait fin de vie, pas couronne de première communiante, pas couronne de fête de fin d'année, pas solstice de printemps non... À y regarder de plus près, je la trouvais à mon tour un peu tristoune, le ver était dans le fruit, comment remonter la pente maintenant, pour batifoler dans les prés avec ces fleurs d'enterrement ?

Depuis, j'ai appris à vivre avec, sans penser à mal. Des doutes, j'en ai encore, mais je l'aime bien tout de même, ma petite couronne. Allez, à la vie, à la mort, nous deux, c'est pour la vie !

Pour la nettoyer, je souffle dessus, la poussière est invisible, les couleurs, sous ce léger nettoyage, gardent toujours leur éclat, elle brillent, font les gentilles, je les aime malgré tout, tout, tout...


La fleur blanche : vice...



Et versa

Cette belle fleur blanche, je l'avais trouvée dans un atelier du côté de San Stae, qui ne faisait pas que des chefs-d'oeuvre, c'est vrai : colliers, bracelets, bagues, porte-clés, des choses pas terribles, terribles.  il fallait bien chercher, j'avais déniché la fleur dans un coin, seule au monde. Elle avait au dos une grande épingle dorée enrubannée dans du fil blanc, qui permettait de l'accrocher sur un revers, une vaste poitrine, ou de la poser sur un meuble, je l'ai posée sur un meuble... Sympa, ta fleur... Ce qui veut dire : trop laide, bouh, horrible, pas de goût, mais qu'est-ce qui lui a pris d'acheter cette mochetée ? Ah ! Oui, c'est joli, blanc, ça vient de Venise ? Ils font des objets comme ça là-bas, j'ai bien senti la petite raillerie... Mais moi, je l'aime, ma fleur, j'aime bien la prendre dans la main, elle pèse son poids de souvenirs...

Place Saint-Marc, j'ai vu de bien plus jolies choses, mais jamais je n'ai osé rentrer dans ces magasins luxueux où tout était hors de prix. Ma belle fleur blanche faisait l'affaire, ni parfumée, ni enchantée,  usinée dans un petit atelier, elle venait de ma Venise, elle suffisait à mon bonheur...

L'apprentissage sur le tas :

Et puis, chemin faisant, j'ai commencé à acheter des perles dans les quelques boutiques qui restaient à Venise... Je me suis  organisée,  j'ai tracé mon propre chemin...



Un petit aperçu de mon stock


Inspiration de Venise : mes pompons décoratifs

Je me souviens du commencement, les perles de toutes les couleurs, les fils, les aiguilles, les pinces, la colle et ma bonne volonté, je n'avais pas  du tout idée de toutes les manipulations qu'il me faudrait inventer pour avancer. J'ai trouvé en tâtonnant et finalement, ils étaient tellement jolis que tout le monde m'en réclamait, chacun voulait son ornement pour une poignée de porte, une clé d’armoire. J'en ai fabriqué de toutes les couleurs, j'avais mis au point une technique bien personnelle, j'inventais au fur et à mesure, je comptais les perles comme j'avais fait il y a des années pour aligner les point de croix de mes broderies, j'ai compté, tellement compté... Mon frère, à qui j'en offrais un ou deux pour chaque Noël, a mis des couleurs à toutes les clés des meubles anciens de son nouvel appartement, c'est beau !

Je me souviens qu'en faisant mes pompons j'ai eu mes premiers acouphène dans une oreille, ça m'est tombé dessus comme le tonnerre... Un soir, sous la lampe de travail, ils se sont posés dans mon pavillon gauche, j'ai eu comme des petits bruissements qui chuchotaient doucement, très supportables... Le premier soir, j'ai écouté, cherché d'où ça pouvait provenir, j'ai même regardé par la fenêtre si les petits chuchotement ne venaient pas de l'extérieur, j'ai fermé la radio, arrêté la télé, écouté le réfrigérateur... Ils étaient dans mon corps... Le deuxième soir et les soirs suivants, tout en comptant les perles, je n'ai plus entendu les grillons... Incorporés, absorbés, acceptés, et puis voilà !

Les perles, je les cherche partout, surtout dans des endroits insolites, les Puces, les vide-greniers, les tiroirs/greniers de mes amies,  les coins oubliés, plutôt que chez les marchands où elles se ressemblent trop... Et coûtent toujours plus cher...

La trouvaille :

Aux Puces, bien sûr, sur un stand proche de la poubelle aménagée, bien protégé dans un petit mouchoir de coton blanc, j'ai trouvé un col rebrodé de mini perles en parfait état, une beauté ancienne, ce fut le coup de foudre !


Une petite merveille, à prix doux comme du velours

Voilà comment j'ai craqué pour un objet totalement inutile, mais tellement réconfortant par sa beauté... Aucune négociation possible, le prix était tellement petit ! Les perles rouges étaient cousues avec du fil rouge, les pétales avec du vert, et les blanches... Avec du fil blanc. Au début, j'ai pensé que c'étaient des fleurs, mais après avis d'une amie,  j'ai bien compris que c'étaient des cerises...


Mes amis, merci de passer chez moi,  je vous parle d'une très belle exposition par une journée ensoleillée, sur le prochain post... Et je n'oublie pas Stephan Zweig, toujours époustouflant...

jeudi 14 février 2019

Au fil des jours.....


Détail de l'oeuvre du japonais Kohei Nawa (1975, Osaka) - PixCell-Deer - 2017 - présentée au Musée de la Chasse encore quelques jours...

Maman, nous venons de voir une oeuvre extraordinaire, un grand cerf recouvert de bulles de verre, il faut que tu ailles le voir... Très vite...

J'y courus, et je ne fus pas déçue, le grand animal ne devrait rester que quelques jours encore au Musée de la Chasse (qui l'avait accueilli de septembre à décembre 2018), le collectionneur qui avait acheté l'oeuvre devait la récupérer incessamment (dixit un gardien du musée).

L'animal est recouvert de 40 000 bulles de cristal fait maison, de tailles toutes différentes... Chaque grosse bulle dévoile par transparence le poil de la bête... Le gardien m'avait expliqué que l'artiste avait eu l'idée de remplacer les pixels qui composent les image numériques (plus il y a de pixels, plus l'image est belle), par des grosses bulles de cristal, dont il a recouvert l'animal naturalisé. Cet effet de loupe permet effectivement d'apercevoir les poils du cerf, légèrement grossis comme sous un microscope. Une pierre, deux (ou plusieurs) coups : une oeuvre artistique magnifique, plusieurs interprétations - retrouvées ça et là chez les critiques d'art - des bulles d'eau gelée, des drôles de champignons transparents, hommage au cerf qui au Japon symbolise la pureté et la lumière solaire. Une oeuvre qui ne se livre pas d'un coup est forcément passionnante...


L'effet  microscope, le mystère reste entier

Le grand cerf recouvert de cristal gardait tout son mystère et explosait silencieusement de beauté... Les bavardages allaient bon train.  Un face à face insolite entre les deux grandes bêtes, l'une dans ses bulles de savon, et l'autre dans sa grandeur nature...


Le grand cerf de Hohei Nawa dans toute sa splendeur



Le grand cerf grandeur nature...

Kohei Nawa a exposé dans le monde entier... Le Musée de la Chasse est un lieu insolite, merveilleux, pas trop encombré pour le moment de visiteurs, pourvu que ça dure encore un peu...

Au fil des jours : les perles...


Les travaux du jour

J'avais écumé toutes les adresses, sur internet, c'est facile et rapide ? Pas sûr, il faut avoir de la motivation, je l'avais...

Si j'allais voir à cette adresse inconnue, une boutique de perles que je ne connaissais pas, mon stock est encore bien fourni, mais la tentation d'aller voir ailleurs est toujours vivace chez moi... D'autres matières, d'autres idées... J'y vais...

Je suis descendue à la station Barbès-Rochechouart, toujours pleine de monde de tous les coins du monde... À mes pieds, presque à la dernière marche de l'escalier qui déverse la foule, je vois une quantité d'hommes, jeunes, la tête à l'abri sous la capuche de leur veste sport, il n'y avait pourtant pas beaucoup de soleil, et pas froid non plus, pas un temps à capuche...

Tous avaient le regard collé sur leur téléphone, toutes les secondes ils levaient le nez, regardant de droite et de gauche, moi qui ai l'habitude de voir les mêmes capuches dans mon quartier, je n'ai pas  mis plus d'une minute pour voir qu'il s'agissait de dealers en pleine activité commerciale...

Aucune gêne, aucune précaution, ils allaient et venaient au gré des événements... À ma grande surprise, j'en vis un qui comptait frénétiquement une liasse comme un vrai banquier, la liasse était épaisse, il faisait défiler rapidement les billets entre le pouce et l'index, sans se soucier le moins du monde de l'environnement... Il était un peu dissimulé par un kiosque à journaux, ce qui fait que les trois CRS bardés de mitraillettes qui se trouvaient de l'autre côté du trottoir, ne devaient pas le voir... Tout était tranquille... Au retour de ma petite exploration perles, le gus était toujours à la même place, la liasse, à vue de nez, plus volumineuse que le quart d'heure précédent, et comptait, comptait, comptait... Toujours comme un furieux !

Dans le magasin de perles, la dame m'avait dit : "les gens qui achètent sur internet ce que je vends ici ne jouent pas le jeu, petit à petit les magasins de perles ferment à Paris". C'est vrai, je les vois fermer les uns après les autres, mes ressources s’amenuisent, rien ne pourra remplacer pour moi le voir et le toucher, mais je fais comme tout le monde, j'achète aussi sur internet...

Je ne compte pas les heureux autour de moi : des bracelets réparés, les perles remplacées, les fermoirs cassés des colliers à changer, sans parler des créations qui feront plaisir aux belles de mon entourage, une bijouterie à deux sous pour le plaisir de ceux que j'aime...




Les bijoux fantaisie

Au fil des jours : les serpillères et les balais...



Vous connaissez tous

Les rencontres font des merveilles, aussi douces que les bijoux de pacotille. Voilà des lustres que nous ne nous étions pas vues, on commence par ma tour et on fait un petit tour dans la sienne, en deux temps trois mouvements, nous nous racontons nos exploits. Elle se souvient avec affection de cette vieille dame qui habitait sur mon palier, et qui l'avait accueillie avec son enfant, petite à l'époque. Elle lui avait dit : entrez, dormez ici si vous ne savez où aller, elle lui avait ouvert son canapé-lit et n'avait rien demandé de plus. Mon amie s'en souvient : tiens c'est gravé là, elle pointait son index sur son cœur, mamie un jour, mamie pour la vie. Quand la mamie de sa vie, "mieux que ma famille", connut l'heure des difficultés de la dépendance, très âgée, sans enfant, sans parents que l'on peut appeler, je l'ai prise chez moi, personne ne me l'a réclamée, je l'ai chouchoutée jusqu'au dernier jour, tu te souviens, tu étais venue la voir chez moi. Oui, je me souvenais très bien, chaque fois que le trottoir nous réunissait, je lui demandais des nouvelles de sa mamie... Elle est morte dans ses draps, main dans la main.

La voilà partie, la sauveuse de l'humanité, à me raconter sa tour, elle avait un langage si vivant, si expressif, si chaleureux, un vrai bonheur... Tu vois, moi, arrivée tout droit d'Algérie, il y a très longtemps, quand je vois des gens qui "dégueulassent" notre tour, je crie, je hurle plus fort que les autres, je les mets dans le droit chemin : les papiers, c'est ici qu'il faut les jeter, les mégots, pareil, c'est compris ? Les jeunes, les vieux, les même mots, les même intonations, il faut qu'ils comprennent que notre tour, c'est notre chez nous. Tu vas rire, l'autre jour avec deux voisines on a nettoyé l'escalier de haut en bas, 6 étages entièrement à la main et au balai, allez hop ! T'aurais vu le tas de mégots, de papiers, qu'on a ramassé au rez-de-chaussée... Maintenant, c'est nickel ! Un autre jour, on a pris les serpillères, même punition, le gardien qui devrait faire tout le travail n'y arrive pas, tiens, tiens, regarde, je te jure que c'est vrai : elle sort son téléphone et me montre la vidéo, elle avait filmé les séances comme pour une démonstration d'aspirateur au Salon des arts ménagers... Je n'en revenais pas : vous faites tout ça ? Oui, il faut éduquer les gens, d'où qu'ils viennent, si on n'était pas là, l'immeuble partirait en patate ! Quelle grandeur d'âme, la philosophie n'en parle pas de celle-là, elle est trop moderne... Elle créait du lien avec son balai et sa serpillère, c'était une résolue, elle voulait que sa tour de Babel reste propre, accueillante et fraternelle...

Je songeais immédiatement à tous les papiers que je ramasse au dessus de la poubelle suspendue, et que je glisse dans le trou (prévu à cet effet), juste en dessous... Nous n'avons pas encore sorti les balais et les serpillère dans ma tour, car notre "ange gardienne" est une perle ! Mais j'ai mis des petits arrêts de portes en feutrine, sur les chambranles, pour adoucir le bruits de certaines portes des parties communes qui claquaient avec violence. Sans doute, personne n'a encore remarqué que ça faisait beaucoup moins de bruit qu'avant !

Au fil des jours : Stephan Zweig


En cours de lecture

Après les nouvelles : La peur, Amock, Le joueur d'échecs, le cœur battant, j'attaque Les 24 heures de la vie d'une femme, aussi prometteur que les précédents... Je vous reparle de mon enthousiasme pour cet auteur !


Amis, à bientôt pour de nouvelles aventures citadines, moi qui rêve de campagne et de pays étrangers, il faudra que j'attende encore longtemps...

mercredi 6 février 2019

Encore du beau neuf dans la chanson française...


Hoshi, 22 ans : " Un charme fou", en duo avec Gaëtan Roussel


Hoshi : "Femme à la mer"





 Eddy de Pretto, 25 ans, un talent fou !

Allez-y la voir et l'entendre, un talent fou, des mots anciens remixés (l'amour, l'angoisse, la joie, la peine...), remis dans un ordre nouveau, de belles idées, de la poésie, du vrai neuf ! Une voix à la Eddy de Pretto... Pas de lassitude à l'écouter en boucle ! Elle me touche beaucoup, une demoiselle à suivre...

Tous ces jeunes artistes (Hoshi, Angèle, de Pretto) sont auteur(e.s)-compositeur(e.s)-interprètes et moi, ils me plaisent énormément : belles mélodies, belles personnalités, de l'émotion pure, ils ont chacun un univers très original, ils parlent à la première personne du singulier et restent totalement singuliers, les voix sont bien timbrées, fortes ou fluettes, une articulation parfaite : un peu pop, un peu rap, un peu jazz, un peu ceci, un peu cela, mais surtout... Beaucoup d'eux mêmes... Bravo les artistes !

Drôle de musiques urbaines :

Il s'en passe de drôles de choses dans ma tour, des disputes, des verbes hauts, très hauts, ils ont bien "failli" en venir aux mains (mais je crois bien que c'est arrivé). Ah bon ! Ben oui, ça été comme ça la semaine dernière, tout le monde était sorti sur le palier, ils faisaient tant de bruit, on a essayé de séparer les belligérants, mais il nous a fallu un bon moment pour calmer la tempête... Allons bon, mais pourquoi, pourquoi ? Curieuse je l'étais, mais on n'a pas su le fin mot de l'histoire, ma chère voisine, discrète comme un papillon de nuit, m'a dit : c'est pas nos oignons...

Nous, on veut la paix, on ne pourrait pas négocier entre voisins de palier ? S'aider les uns, les autres, à ne pas dire pire, à ne pas faire pire ?  C'est pas marrant d'avoir la guerre sur son paillasson, tout ce que je sais, moi, c'est qu'il avait une arme, un pétard ? Oui un pétard. Pas possible ! Tu l'a vu ? Exactement, je l'ai vu... Elle l'avait vu ! Je l'avais écoutée, médusée, je n'avais rien entendu du tout...

Elle m'avait  dit ça tranquillos pépèros, les mains appuyées sur sa belle nappe bleue, et puis après, nous avons passé en revue tous les dangers de notre environnement immédiat. À deux pas de nos fenêtres, il y en avait un paquet : les nouvelles constructions avec terrasses, l'été, ça peut faire du bruit qui gênera les habitants, comme à Barcelone, les nouveaux cafés qui s'ouvrent sur la place, un peu plus loin, seront peut-être aussi source de bruits, même si c'est de la musique, même l'été, même la nuit, ça se transforme en bruits épouvantables. Le Paradis peut devenir l'Enfer pour les habitants qui dorment juste en à côté... L’ennemi c'est le touriste, le fêtard, le couche-tard,  le... À devenir complètement parano !

Les constructions qui poussent dans tous les coins de la ville, ça fait peur, la spéculation immobilière qui sévit, ça me dérange, il ne va bientôt plus rester un acre de silence, les arbres disparaissent les uns après les autres, comme en Amazonie pour le cacao et l'huile de palme. Et dans nos forêts françaises, pour la rentabilité, on ne plante que des sapins "le Douglas", cet arbre pousse vite mais ne laisse que le désert derrière lui, changeant du tout au tout la biodiversité... Etc, etc...

Même en ville... Un par un, les arbres disparaissent !



 Le bel abricotier

Cependant : 

Chaque jour, je regarde "mon" abricotier qui ne demande qu'à pousser, en bas des escaliers, à l'entrée de l'immeuble. Comme on l'a élagué l'année dernière, en comptant sur mes doigts je pense que cet été il devrait se couvrir de fruits... Mais vu le monde qui passe à côté, ça fait peur aussi de le voir rapiné avant l'heure, faudrait-il élever un mur ? Bien sûr que non, mais pourvu qu'on puisse voir le scintillement des abricots, s'ils tombent un à un sur le trottoir, je descendrais les ramasser... Je les prendrai en photo, comme des nouveaux-nés...

Je vais peut-être faire ma lettre pour l'élever au titre de : monument municipal, national, remarquable, et même au patrimoine mondial de l'humanité, j'ai le choix...

 La voix des seniors :

Moi aussi, je vais chanter, ce soir je vais répéter dans ma chorale, petit à petit les cheveux noirs ont tous blanchi, sauf les coquettes qui se font des couleurs pour paraître encore joli cœur, elles sont belles de toute façon... Ce sont surtout les photos qui nous rappellent à nos beaux souvenirs, et là, tu te souviens ? Depuis longtemps, chacun finit par avoir un petit quelque chose qui va de travers, des copains ont bien sûr disparu... La chorale est bien le microcosme de notre société, sauf que chez nous, comme dans beaucoup d'associations chantantes, il y a toujours plus de femmes que d'hommes... Nous disons "nos hommes", dès qu'ils font un très beau son, de très beaux accords, on les applaudit... Nous les encourageons... Ça fait longtemps qu'on n'a pas pris de photo... La fidélité, c'est l'ABC de l'amitié, dès qu'il y en a un qui manque à l'appel, à la répétition, on lui envoie des mails, tu vas bien ? Tu reviens quand ? On t'embrasse fort, à très vite, et nous attendons qu'il/qu'elle revienne... Nous ne manquions jamais un rendez-vous de février (surtout dans mon pupitre), les crêpes de la Chandeleur nous allaient comme un gant... Le groupe s'est  réduit, forcément, la roue de la vie a tourné, nous ne respectons plus février... Mais elle tourne encore et encore avec les présents ! Au moment où je suis descendue en Avignon, ils ont fêté la nouvelle année...


La pile de crêpes d'un février passé


Nous n'avons plus ni 20, ni 30 ans, ni même 40, nous n'allons pas démarrer immédiatement une carrière municipale,  mondiale... Mais quand on se retrouve pour travailler, les couleurs de la musique nous vont encore très bien...

Amis de passages, à très bientôt... Ici vous serez toujours bien reçus !

lundi 4 février 2019

Aujourd'hui : Angèle, Berlioz, Sara Graham et Grégory Kunde, Ivan Viripaev, et toujours Stephan Zweig...



Angèle, 23 ans, talent fou, auteure-compositrice-interprète, belge !

Alors-là, j'espère que la vidéo va fonctionner, je croise les doigts, vous me direz : ça marche, ça marche pas. Il paraît que la vidéo fonctionne quand vous publiez... Je croise les doigts...

Petite découverte de ce matin, et pas pour rien : la voix, les gestes, les textes, la musique, tout est parfait, tout me plait, les clips réalisés par Charlotte Abramonw sont magnifiques, ils coulent comme de l'eau, les effets sont à minima, pas un mouvement de trop, une fluidité qui s'accorde avec les mots, les images accompagnent les chansons comme de la peinture à l'huile pour créer un beau tableau chantant, pas une fausse note ! La chanson française est vraiment bien représentée, elle se renouvelle avec talent ! Vous vous souvenez  d'Eddy de Pretto ? Cet autre jeune qui chante comme personne les réalités de sa vie ?... De belles émotions...

Beau matin, mais pas seulement Angèle, du côté de l'Opéra aussi j'ai fait une découverte : Berlioz, bon, vous connaissez, mais les Troyens, moi, je ne connaissais pas vraiment de l'intérieur. Actuellement à l'Opéra Bastille, grâce à internet, j'ai découvert un air que j'adore : "Nuit d'ivresse, nuit d'extase", tout un programme. Au chant : Suzan Graham (mezzo-soprane américaine), superbe voix qui suit avec une douceur infinie et une force incroyable les modulations de la musique, le ténor Grégory Kunde, américain, lui aussi, complète ce duo renversant, si bien équilibré vocalement, cette vidéo date de 2004 donc les chanteurs avaient 15 ans de moins ! Ils devaient avoir une petite cinquantaine chacun. Il faudrait que j'aille voir ce que ça donne aujourd'hui pour chacun d'eux ! Si ma petite affaire de vidéo marche, régalez-vous ! Et plus encore, entendre cette oeuvre de Berlioz...





Susan Graham et Grégory Kunde (2004) - chef d'orcherstre E. Gardiner et le Monteverdi Choir au Châtelet 




Là, une autre interprétation,  un couple de chanteurs superbes : Roberto Alagna et Angela Gheorghiu, la date n'est pas mentionnée, peut-être 2012 ? Sur Youtube, les précisions ne sont pas au rendez-vous

Ivan Viripaev (russe), auteur contemporain de la quarantaine, au théâtre de la Colline. La petite salle du 1er étage est en placement libre, ce qui fait qu'il faut arriver bien à l'avance pour espérer une place très près, comme je l'aime. Mais voilà, étant arrivée un petit quart d'heure avant le début de la pièce, il y avait toute la salle qui était dans la file d'attente... Et je n'étais pas bien placée pour avoir le choix, par chance, j'ai pu avoir une place oubliée au premier rang, la joie !

Mais le reste n'a pas suivi, la pièce (Insoutenable longues étreintes) était composée de quatre personnages qui parlaient à la troisième  personne du singulier, donnant beaucoup de recul à l'action, mais l'action m'a ennuyée... Quatre personnages en recherche de valeurs plus authentiques, plus durables, pour vivre une vie heureuse. Leurs vies actuelles prenaient leurs  sources exclusivement dans les plaisirs apportés par : le sexe, la drogue, l'alcool, la violence, le véganisme... Ne me demandez pas comment ils réussirent à "spiritualiser" leur vie, je n'ai pas tout compris, je n'ai même pas essayé... Je suis restée entièrement occupée par mes propres pensées, bien au chaud, même si la pièce m'ennuie, je reste toujours jusqu'au bout, j'adore le théâtre ! La personne qui était à côté de moi, plus directe, est partie avant la fin...Visiblement, le public a bien applaudi, et moi je me suis retrouvée très vite dans le métro...

Voilà les petites trouvailles de ma semaine, je garde toujours sous le bras un livre de Stéphan Zweig, et je continue de pleurer, l'émotion est très forte, le style de Zweig est au plus près de tous les petits fourmillements du cœur, une telle créativité... Rien ne lui échappe, un vrai feu d'artifice, nous nous reconnaissons dans son oeuvre, il écrit comme nous ne pourrons jamais le faire, nous y sommes, nos histoires, nos peines, nos détresses, nos amours, ce sont les nôtres... Cette oeuvre est impressionnante... Comment peut-on voir de si près dans les cœurs, si délicatement, avec des mots si simple et si choisis.... Mais je vous en reparle...


Les petites roses apportée par mon amie... Encore merci, mon amie !

Le bouquet de fleurs de mon amie, était si beau, si doux, si amical, les pieds en l'air, il restait ainsi suspendu, ravissant dans mon cœur...

À très vite mes amis, d'autres mots, d'autres photos vous attendent...

vendredi 1 février 2019

Avignon à petits pas...


Un petit coin de ville en Avignon

En Avignon, ma sœur et moi profitons de tout, de presque tout le paysage urbain, comme nous le faisions à Paris au cours de nos promenades mensuelles. Nous choisissions une rue ou deux que nous explorions avec minutie, sous n'importe quels angles : l'histoire, la beauté, le soleil, la tranquillité, la découverte d'un lieu, d'une cour, d'une église, un beau café où nous prenions le nôtre, un magasin... Tout y passait. Ma sœur (si les anciens de mon bloc se souviennent) venait toujours avec son petit sac à dos bien rempli, son appareil photo qui dégoulinait comme un beau collier sur sa poitrine, petit, léger, pour l'avoir bien en main.

Nous ne faisions jamais beaucoup de kilomètre, ça n'était pas le nombre qui nous importait, mais la qualité de ce nous pouvions découvrir... Une rue, même petite,  pouvait nous tenir tout l’après-midi, le nez en l'air... Nous adorions ça ! La promenade terminée, je regardais ma sœur qui filait vers le métro du retour, avec le bruit du petit grelot qu'elle avait accroché à l'arrière de la bosse en cuir, pour faire beau et sonore ! Le petit coucou de la main, que finalement nous faisions jusqu'à perte de vue, clôturait nos promenades.

En Avignon, le pas n'était pas le même, plus petit, moins sûr, ma sœur démarrait sur le terrain la rééducation de sa cheville cassée quelques mois auparavant... Bras dessus, bras dessous, nous allions à plus petite allure, moins loin, mais tellement rapprochées, sa canne d'une main, mon bras de l'autre, qu'importait le temps, soleil : on sort, bien sûr, froid : on sort quand même, allez, il ne faut pas mollir...

Elle en profitait pour faire quelques courses urgentes, laissées à l'abandon, et qui pouvaient attendre encore longtemps : thé parfumé, bijoux réparés à récupérer chez le bijoutier, et si nous allions voir le fripier d'a côté, allez... Elle comptait sur mon œil averti de chineuse pour trouver la petite jupe, à laquelle elle n'aurait jamais pensé...

Les courses terminées, nous nous affalions avec grâce sur des fauteuils ou chaises bien confortables des cafés qui nous avaient fait de l’œil... La rééducation démarrait bien, mais le soir, en rentrant chez elle, ma sœur disait : je suis rétamée... Ce qui nous faisait toujours rire... Rétamée était le mot le plus fort pour exprimer sa fatigue...


Place Saint-Didier

J'avais aperçu le soleil en fin de parcours derrière le grand platane ouvert comme un grand éventail, une merveille, notre café se trouvait juste dans le coin à gauche : ne bouge pas ma sœur, je sors un instant pour prendre la photo !

Là, déballage de paroles, bien au chaud, les mains sur nos tasses de thé brûlant... Un joli mandarinier éclairait l'entrée  du grand café, tout pimpant à l'abri du froid...



Dans un petit coin du café il y avait ce bel oranger

"À petits pas, petit bus, si t'es pas content tu prendras l'autobus"... Depuis toujours je connais cette comptine... Mais je peux vous dire que pour revenir, nous avons pris un tout petit bus municipal qui se balade en ville, pour l'arrêter, il suffit de lui faire signe, il pile à vos pieds, 50 centimes au chauffeur si vous n'avez pas de ticket, et roule ma poule... Ce moyen de transport fut l'idéal pour compléter la rééducation de la cheville... On monte et on descend, qui dit mieux.... La petite course arrange bien nos affaires, on joue aux dames avec les transports...

Place des Corps-Saints, superbe, nous nous sommes aussi arrêtées pour prendre le café, tous les jours il y avait autre chose à voir, ma sœur ne lésinait sur rien, rééducation, rééducation, à mon bras toujours vaillante, elle allait à pas mesurés...


Place des Corps-Saints, ma place favorite !


Ce bel endroit, je ne m'en lasse jamais, justement quand les platanes n'ont plus de feuilles, ils font corps avec les vieux monuments. Les camaïeux de beige, gris, blanc et marron, d'une douceur et d'une beauté incroyables, donnent à cette place l'émotion attendue et mystérieuse que j'aime à retrouver dans quelques coins de cette ville. La place est déserte, les tables des terrasses  rangées, les chaises empilées comme pour un déménagement habitent encore le trottoir... L'été, tout le mobilier se redéploie sur les grands espaces dévolus aux piétons, les tables accueillantes se couvrent de glaces et de consommations diverses qu'on prend en famille ou entre amis, le bruit des voix est acceptable, il faut chercher sa place et sauter dessus sitôt aperçue.. Les grands platanes gris et vert bougent majestueusement avec le vent...

Pas résisté non plus au cloître Saint-Louis (bureau du Festival d'Avignon, et aussi entrée de l'hôtel du même nom). Ici, les platanes centenaires accentuent la singularité du lieu, le tirent vers le ciel, gardiens du paysage, ils se donnent en spectacle, je reste impressionnée par cette grandeur solennelle qui me dépasse...





L'ancien cloître Saint-Louis avec ses grands fantômes


Le cloître Saint-Louis, à la morte saison, calme, endormi... La petite fontaine ne fait aucun bruit...

Nous voilà dans une petite rue commerçante du centre piétonnier, la boutique de thés ne désemplit jamais. Comme ils grillent aussi le café, l'odeur subtile de sa torréfaction nous accompagne d'un bout à l'autre de la rue, nous nous glissons dedans avec délice... Le café fait sa publicité, tout seul, sans crier gare, les paroles, les images sont inutiles, il suffit de le respirer...


Le rouge est mis brusquement dans cette ville grise, le soir descend, les lumières s'allument...

Encore une fois, nous guettons le petit bus qui évitera à ma sœur de se sentir trop "rétamée" à la fin de notre périple...

Un soir, nous nous sommes retrouvés en famille devant ce géant séculaire, le Palais des Papes est en permanence sous le feu des projecteurs,  mais il arrive parfois qu'aucune âme qui vive ne fréquente ses quartiers d'hiver, voyez :


Le Palais des Papes, toujours aussi grandiose !

Amis visiteurs, je vous invite à rester sur mes lignes, pour d'autres aventures...

dimanche 27 janvier 2019

Michel Legrand, LE GRAND... Hommage...



Michel Legrand 1932-2019

Génial compositeur, je ne peux cependant pas le détacher de mes films préférés de Jacques Demy et d'Agnès Varda, ensemble, il ont crée des chefs-d'oeuvre, je les aime à part égale... Jacques Demy : Lola (1961) Les parapluies de Cherbourg  (1964) Les Demoiselles de Rochefort (1967) Peau d'Âne (1970) -  Cléo de 5 à 7 Agnès Varda (1962).. Florilège d'oeuvres merveilleuses et éternelles...  Je suis fière d'avoir aimé/adoré ces films dès leur sortie...

J'ai de la peine !!!

Mes amis à la prochaine, j'ai des histoires en réserve...

dimanche 13 janvier 2019

Dans le désordre... Avec méthode !


Les tigres des puces


Les tigres :

Quand je les ai vus, j'ai demandé bien poliment à la brocanteuse si je pouvais les prendre en photo... Elle était en train de pique-niquer sur son stand, stupéfaite par ma question, je l'ai bien vu, elle est restée bouche bée, le regard vague : c'est quoi c't'affaire ? Pourquoi elle s'intéresse à mes tigres ? Aucune réponse ne venait, quelques secondes ont suffit, pourtant, pour qu'elle me dise : oui... C'était la première fois que je la voyais avec des tigres, habituellement elle vendait seulement des casseroles, cocottes-minute et autres batteries de cuisine... Rien a voir avec la jungle...

Je les trouvais amusants et surtout, si inattendus, deux tigres grandeur nature, bien mis en scène sur cette grande table de camping, les pattes avant souples, détendues, griffes rentrées, les yeux vifs, et le sourire moqueur. Merci madame, et je cadrais tranquillement, je sentais toujours son regard sur moi, interrogatif, j'avais l'impression qu'elle se méfiait... Elle replongea cependant sa fourchette dans la boîte en plastique et repris son repas. Pourtant, si elle savait combien je la remerciais, combien je remerciais le hasard d'avoir mis sur ma route ces deux grosses bêtes insolites sur le marché...

Comme d'habitude, je n'étais pas venue au Puces pour trouver quoi que ce soit de particulier, seulement des étonnements, des curiosités, des tentations irrésistibles, des fatalités... La photo m'avait grandement gratifiée, ce n'est pas tous les jours que je trouve des beaux animaux sauvages près de chez moi !

L'église Saint Germain-de-Près :



L'église Saint Germain-des-Près (Abbaye fondée au 6e siècle) : le chœur des moines

Une de mes chères amies m'avait dit : viens donc voir, re-voir, re-re-voir l'église Saint Germain, elle est merveilleuse, entièrement peinte du sol au plafond, toute fraîchement restaurée. Le chœur, avec ses magnifiques colonnes rouges, toutes les fresques, les étoile des voûtes, tout est neuf, ça vaut le coup d’œil, tu verras. Elle m'avait chauffée à blanc, je trépignais d'impatience, ni une, ni deux, nous y sommes allées... Mon amie virevoltait dans tous les sens, agitait les bras, nous montrait ceci ou cela avec enthousiasme, j'avais à peine le temps de prendre des photos, comme elle, je sentais monter en moi la fébrilité de l'instant, à la vue de toutes ces beautés... Une merveille, un ébahissement, une étreinte, une émotion forte, du jamais vu, les lumières extraordinairement douces et bien dirigées,  créaient une grande intimité avec toutes les couleurs. Le peintre venait de poser ses pinceaux, se lavait les mains pour les siècles qui viendraient, mes amis j'ai terminé pour aujourd'hui ! Il n'a pas pu finir son oeuvre, des pans entiers de murs, bien crépis resteraient vides pour l’éternité. Hippolyte Flandrin (1809-1864), élève de Ingres, Premier grand prix de Rome en 1832, exécuta les peintures de l'église (1842-1864), il mourut de la variole à 54 ans, son frère Paul Flandrin termina le travail engagé...

Mon amie avait amené une amie à elle, ce qui fait que nous sommes vite devenues trois amies, notre joie de la découverte était visible... Nous vivions un beau moment !



Des colonnes à la voûte céleste, la restauration a fait merveille

L'église Saint-Germain est la plus ancienne des grandes église parisiennes. Le chœur actuel est du 12e siècle. "La restauration consista majoritairement en un simple nettoyage, une épaisse couche de crasse  recouvrait tout l'édifice, ce grand lessivage suffit à redonner à l'église ses couleurs d'origine, les fresques, le chœur, les voûtes étoilée de monsieur Hippolyte Flandrin (nous explique un technicien de l'église très au fait des travaux) sont telles que l'artiste les avait créées, les fresques ont été faites à la cire, les couleurs étaient mélangées à la cire, une technique découverte à Rome par l'artiste, très adaptées à l'humidité du nord de la France... Les vitraux ont été exécutés sur les cartons de Flandrin".


L'Abbaye de Saint-Germain au 17e siècle

"Le XVIIIe siècle est marqué par le « règne » de Louis de Bourbon-Condé (1709-1771), comte de Clermont, prince du sang, cousin germain et filleul de Louis XV. En 1715, Henri III de Thiard, cardinal de Bissy, évêque de Meaux, devient abbé commendataire. Il fait ouvrir plusieurs rues dans le sud de l'enclos (rue d'Erfurthrue Childebertrue Sainte-Martheplace Saint-Germain-des-Prés), afin d'y faire bâtir des immeubles de rapport, suivant le dessin de l'architecte Victor-Thierry Dailly. À sa mort en 1737, l'abbaye et tous les biens en dépendant se trouvaient dans un bien triste état". Merci Wikipedia !

À la Révolution, les restes de l'abbaye sont vendus à un particulier, pour une somme dérisoire.


Bon, assez d’histoire, même si elle est passionnante, reportez-vous à Wikipedia, vous en saurez beaucoup plus... L'histoire de cette abbaye est très longue et accidentée, les œuvres sont à découvrir, vous n'aurez pas assez de plusieurs visites pour tout admirer et déchiffrer, j'y suis retournée depuis, et je ne vais pas manquer de poursuivre mes recherches et mes émerveillements...



Statue de la Vierge dans le déambulatoire, une présence dorée à l'or fin !



Détail

Je n'ai pas réussi à capter la douce brillance de la dorure ancienne, j'avais l'impression que le tissu bruissait dans son or patiné et coulait sur le corps de la Vierge comme un miracle !


La chapelle Saint-Symphorien (tout de suite à droite dès l'entrée de l'église)

"La chapelle Saint-Symphorien a été bâtie sous l'abbé Morard, en même temps que le clocher-porche, et sans doute un peu avant la nef, à la fin du xe siècle. Cette chapelle est d'une grande simplicité, et sa luminosité contraste agréablement avec l'ambiance sombre de la nef. C'est aujourd'hui un lieu de prière et de recueillement, à l'abri des flux de touristes qui flânent incessamment dans l'église. Plus aucune trace ne subsiste à l'intérieur des travaux de 1619, qui ont porté sur une restauration, mais aussi sur une adaptation de l'aménagement intérieur au goût du jour..." Encore merci Wikipedia... L’atmosphère contemporaine de la chapelle, sobre et belle, convenait au silence et au recueillement, justement ce jour-là se préparait un enterrement, les fleurs affluèrent et les curieux laissèrent la place aux familles...


Veduta


Veduta : les splendeurs de cette église,  sculpture en pierre de la Vierge à l'enfant très ancienne, à gauche


Une fresque très douce du chœur - Hippolyte Flandrin -1809-1864


Détail du chœur

Combien de fois suis-je entrée dans cette église avant la restauration, sans couleur, sans lumière, sans grandes sensations... Comprenez-vous pourquoi cette église vaut le détour,  il faut y venir en semaine de préférence, il y a moins de monde... Pas loin de la place Furstenberg et de l'atelier d'Eugène Delacroix, il faut prendre tout son temps pour venir par ici, prochainement la sortie sera pour l'atelier du peintre...


L'église Saint-Germain-des-Près


La Place Furstenberg, l'atelier Delacroix est au fond, prochaine visite...

La lumière du jour baissait, petit à petit nous rentrions dans ces instants de bleu-argenté, pailleté, transparent, brillant, où les lumières artificielles deviennent des mystères, où l'on ne fait presque plus de différence entre le dehors et le dedans, entre chien et loup... Il faut se trouver dehors à ce moment de la journée, juste avant que la nuit vienne tout assombrir et nous égarer...

La boutique de la fleuriste est devenue un petit champ de fleurs, un tableau ancien, une nature morte... Un mystère, je me suis approchée, les lumières dorées révélaient des beautés insoupçonnées...







Le champ de fleurs...

Nous avons terminé la promenade dans un beau café, bien au chaud, chocolats et thé brûlant, 
et nous avons poursuivi les histoires de nos vies, toujours pleines de paroles réconfortantes...

Stéphan Zweig :



 Les découvertes passionnantes

Bien sûr, nous sommes exactement à l'époque des cadeaux, des souhaits, des douceurs, des bons repas, certains sont d'humeur chafouine, ou très malheureux, d'autres dansent jusqu'au matin et s'embrassent... 

Une de mes amies m'a fait un joli cadeau, un petit livre de poche de Stephan Zweig"Le joueur d'échecs". 100 pages que j'ai lues au compte-gouttes, je ne vais pas savoir traduire l'effet qu'il produisit sur moi, j'avais oublié cet écrivain, ce grand écrivain, chaque page fut une révélation, tout y était admirable, le ton, le style prodigieux, le récit passionnant, le développement de la structure narrative, l’ascension du suspense. Il crée une courbe ascendante au récit qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière page. Les descriptions synthétiques sont puissantes, elles balayent le superflu, chaque mot compte, aiguisé comme un couteau ou léger comme une plume. Cette créativité sans cesse renouvelée pour décrire une situation, je l'ai rencontrée avec Maupassant (un de mes écrivains favoris), quelque fois même je me disais, il va beaucoup plus loin, il émeut et diffuse à travers ses personnage des émotions si fortes que je devenais les personnages, je comprenais les hésitations, les angoisses, les sueurs sur les fronts, j'étais émue, Stefan Zweig me touchait entièrement, profondément, comme certaines œuvres d'art très fortes pouvaient le faire, il est unique, un conteur exceptionnel, profond, attentif aux moindres sentiments très contrastés, la crainte, la frayeur ou la joie. Nous avons tous notre fouillis mental, nous avons tous nos pensées indécortiquables, et nos lectures nous permettent quelquefois de voir plus clair en nous, nous rencontrons les mots qui nous aident, nous émeuvent, nous font vivre intensément. S. Zweig fait les choix décisifs avec la  précision d'un chirurgien, les déchirures, les angoisses et le bonheur, nous les sentons vivre dans les personnages, nous pouvons nous identifier à chacun d'eux, les phrases ressemblent à mes battements de cœur.. J'ai rencontré des personnes qui avaient le même pouvoir, trouver les mots justes... Pour vous...

100 petites pages,  je ne voulais pas les lire d'un coup, je faisais comme j'avais fait pour lire Belle du Seigneur d'Albert Cohen, j'allais très lentement, j'aspirais les points et les virgules, j'étais heureuse de voir que le livre, très épais, n'en finissait pas, pourvu que ça dure, pourvu que mon éblouissement demeure jusqu'au bout... J'ai vécu 850 pages de bonheur !

J'ai dégusté Belle du Seigneur comme une gourmandise, quelque fois même je lisais un soir sur deux pour garder en réserve des pages et des pages d'absolue beauté...

J'ai fait pareil pour Le joueur d’Échecs, seulement 100 pages, il faut beaucoup se retenir pour les faire durer, à la fin de ce grand livre, j'ai foncé à la bibliothèque faire mes provisions, j'avais tout à lire, relire de fond en comble, j'ai emprunté le recueil "Peur" composé de 6 nouvelles, le titre du livre est aussi celui de la première nouvelle, les frayeurs de l’héroïne, je les ressentais ! Le style de Zweig me faisait venir les larmes aux yeux, quel talent ! Une traduction reste-t-elle un peu en dessous de l'original ? Aurais-je pleuré à chaudes larmes si j'avais su lire l'allemand ? Il me reste 5 nouvelles à découvrir... Pas trop vite... Chantait Juliette Gréco !

Amis, je vous laisse j'ai fort à lire...

Je garde encore des choses à vous dire dans le désordre, mais je vais faire un petit voyage en Avignon... J'emporte le recueil de nouvelles...

Attendez-moi, je reviens.