lundi 27 mars 2017

En quelques fractions de secondes !




Dans le bus, la belle rencontre :

Je n'y arrive plus, plus du tout à écrire des histoires sur mon blog, je suis prise par d'autres choses, le temps court bel et bien, je cours, je cours derrière lui...

Histoire de bus ? En voici une : il y avait du monde, je n'avais que quelques stations à faire pour arriver chez moi, j'étais assise face à une dame voilée, un peu enveloppée, souriante et attentive, elle avait tout de suite vu le vieux monsieur qui peinait à monter sur le siège, juste au dessus de la roue avant, pas du tout confortable, une place de jeune...

Elle lui proposa tout de suite de venir prendre sa place, plus basse, mais pas dans le sens de la marche...

Non, non, ça va très bien, merci madame ! Maintenant qu'il avait réussi à grimper là-haut, pas question de déménager. Elle était tranquille avec son téléphone, le sourire inscrit sur son visage, définitif ! Allez, je serai là dans un petit instant, ça suffit de regarder la télé, allez faire vos devoirs, et toi, descends en bas de la maison, mets ton anorak rose et viens m'attendre, j'arrive dans quelques minutes, je suis très chargée... Soyez sages... Je n'avais entendu aucun ordre, seulement des suggestions, fermes bien sûr, mais limpides, douces, avec de l'affection dedans...

Nous nous sommes regardées et nous avons souri... Comme vous avez dit cela madame, avec justesse, sans vous fâcher, quelle autorité naturelle, quelle gentillesse aussi ! Alors notre conversation démarra au quart de tour... Ils comprennent vous savez, il faut bien s'organiser, j'ai quatre enfants, ah ! Ils ont quel âge ? Trois, quatre, onze et douze, tout le monde fait quelque chose à la maison... Vous avez raison, il faut s'entraider... Oui, oui, vous voyez je travaille, j'ai pris mon travail à cinq heure ce matin et je rentre maintenant (il était 17h et des poussières...) Mais comment faites-vous pour les repas ? Le samedi je cuisine, je mets au congélo, je m'arrange... J'avais vu sa petite famille, elle me l'avait montrée sur son téléphone, quatre enfants rieurs et sympas. Tout le monde s'y met, garçons et filles ? Oui, bien sûr, si les draps ne sont pas bien tirés pour les garçons (ce sont les plus jeunes), je ne dis rien, il ne faut pas les décourager... J'admirais cette  façon innée, spontanée qu'elle avait de donner des ordres avec des mots qui ressemblaient à des ailes de papillon. Elle avait ce savoir éducatif si juste, ferme et tendre, je me souviens, quand mes enfants étaient petits, il fallait que je retourne tout ça dans ma tête pour chercher les mots justes, je n'avais pas ce "don" que je percevais chez elle, c'est très rare... J'ai une amie qui a ce "don" également, elle parle sans bruit, et sait se faire entendre tout de suite, simple, directe, sincère, tous les enfants l'adorent... Si elle se fâche, elle n’oublie jamais d’expliquer pourquoi, une artiste ! Elle a ça dans le "sang", elle sait trouver les mots qu'il faut pour dire sa pensée aux enfants et en retour les comprendre... Du grand art ! Elle a toujours su demander beaucoup aux enfants, elle connaissait leurs capacités, elle poussait leur curiosité le plus loin possible, tout en respectant leurs désirs, leurs passions. Plus tard, quand ils furent plus grands, elle su exactement les suivre et non les précéder, peut-être même renoncera-t-elle aux carrières exceptionnelles dont elle avait rêvé pour eux (comme tous les parents), pour les suivre au plus près des chemins qu'ils avaient choisi de prendre pour leur avenir, elle les encouragera avec bonheur, du très, très grand art !

Cette dame dans l'autobus me rappela mon amie avec beaucoup d'émotion...

Passez une bonne soirée, et surtout bon anniversaire pour votre petite fille (onze ans), elle avait tout préparé pour la fête... En douce...

Ma voisine, la belle Alice :




La belle Alice

Depuis plusieurs jours, Alice, ma voisine centenaire (102 ans) m'appelle Madeleine, je me suis dit, tiens, que se passe-t-il ? Au-revoir Madeleine, merci Madeleine, toujours le même sourire mais avec Madeleine au lieu de Danielle... Alice, moi je m'appelle Danielle, pas Madeleine... Je vous fais des gros bisous Madeleine, Alice prend l'avion demain pour aller voir son fils qui est près de la mer Méditerranée... J'espère qu'en rentrant je serais redevenue Danielle pour elle ?

Le cinéma, avec le film de Kaurismaki : De l'autre côté de l'espoir ! (Finlande)




Du grand art : De l'autre côté de l'espoir Aki Kaurismaki

Le pitch :


Dans la ville d'Helsinki Khaled, un réfugié syrien qui a presque tout perdu, maison et famille, dans les bombardements d'Alep, rencontre Wikström, un représentant de commerce qui vient de racheter un restaurant après avoir quitté sa femme alcoolique. Khaled, en fuite suite au refus de sa demande d'hébergement sur le territoire finlandais, est embauché par Wikström dont le restaurant a des difficultés à démarrer.
Le style :
Un film magnifique, qui redonne de l'espoir en l’humanité. Les valeurs qu'il défend : la solidarité, l'entraide et l'amour, triomphent dans cette oeuvre, non seulement son film est utile, salutaire, indispensable, drôle, émouvant mais en plus, il est impressionnant de beauté comme tous ses films ! Le style brillant d'Aki Kaurismaki éclate dès le premier plan : beaucoup de couleurs, plans simples et très travaillés avec peu de personnages devant la caméra, des gros plans sur les visages d'acteurs. La musique, très présente dans son film, contribue à donner beaucoup d'émotion et d'intensité à l'histoire, les gestes et les mots sont très précis, la poésie s'installe et ne nous quitte pas, Kaurismaki vous embarque pour un voyage de 98 minutes seulement, dans la vie des gens...

Courez, admirez, et faites fonctionner le bouche à oreille...

Le métro, avec le film le Mépris : Jean-Luc Godard



 Affichage lacérée (station de métro Père-Lachaise) découvrant l'image de Brigitte Bardot et Michel Piccoli (de dos) dans le film : Le Mépris, de Jean-Luc Godard

Il y a toujours du monde à la station Père-Lachaise, une station de correspondances, j'attendais bien sagement et je vois sur le quai d'en face l'affichage publicitaire lacéré, je ne sais comment la chose a pu se produire, mais l'effet est superbe : en gros plan, j'aperçois le visage de Brigitte Bardot avec la perruque de cheveux noirs et courts qu'elle porte dans ce sublime film de Jean-Luc Godard, un de mes films cultes ! Comment cette image se trouve-t-elle ici, comment et pourquoi resurgit-elle en dessous des couches de papier qui la recouvrent depuis des semaines, des mois, des années ? Je ne saurais jamais !

La vérité m'oblige à dire que je connais (presque) par cœur chaque plan de ce film que j'adore.

Mais voilà, pas d'appareil photo en poche, le téléphone, c'est moche, je suis revenue dare-dare le lendemain pour prendre : La photo ! Personne sur le quai, c'était le matin, avec le zoom, rien ne me séparait de cette oeuvre incroyable ! La prochaine tournée de publicité pouvait se faire à tout moment, il paraît que c'est le mercredi et ouf ! Nous étions jeudi...

Wrong elements : Film de Jonathan Littell. Un documentaire hallucinant !







SYNOPSIS : (Allociné)

"Ouganda 1989. Un jeune insurgé acholi guidé par des esprits, Joseph Kony, forme un nouveau mouvement rebelle contre le pouvoir central, la LRA, « l’Armée de Résistance du Seigneur ». Une armée qui se développe au fil des années par des enlèvements d’adolescents – plus de 60 000 en 25 ans – dont moins de la moitié sont ressortis vivants du « bush ». Geofrey, Nighty et Mike, un groupe d’amis, ainsi que Lapisa, font partie de ces adolescents, enlevés à l’âge de 12 ou 13 ans. Aujourd’hui ils tentent de se reconstruire, de retrouver une vie normale, et reviennent sur les lieux qui ont marqué leur enfance volée. À la fois victimes et bourreaux, témoins et acteurs d’exactions qui les dépassent, ils sont toujours les “Wrong Elements” que la société a du mal à accepter. Pendant ce temps, l’armée ougandaise traque, dans l’immense forêt centrafricaine, les derniers rebelles LRA dispersés. Mais Joseph Kony, lui, court toujours." Durée du film : 2h19mn.
L'écrivain Jonathan Littell (Les Bienveillantes,2006), mondialement connu par ce livre, a réalisé ce film sur cette guerre en Ouganda qui opposa un illuminé, Joseph Kony, au gouvernement en place, et qui fit des milliers de morts et des milliers de bourreaux/victimes.
Pendant toute la durée du film, je me suis demandée pourquoi je n'avais rien su de cette tragédie... De ce fait, j'ai mis un moment à comprendre où je me trouvais, ce qui se passait sur l'écran, j'ai été totalement déboussolée, il me fallait tout absorber d'un seul coup  : la découverte de cette horrible guerre, l'enrôlement par la force de jeunes du pays, devenus les mercenaires de Joseph Kony, et la durée énorme du conflit. Tout m'arrivait en pleine figure. Le martyr du Rwanda, qui dura quatre mois entre avril 1994 et juillet 1994, je ne l'ai pas oublié, j'y pense encore, pourtant il arriva cinq ans après les crimes perpétrés en Ouganda et qui durèrent 25 ans, la cruauté avec laquelle les adolescents du pays ont tué, torturé des familles entières... Comment cela a-t-il été possible ? Durant 25 ans, sans que je perçoive des informations à ce sujet à un moment ou un un autre ?
J'ai mis des jours et des jours à y réfléchir avec une culpabilité certaine : dans quel dédale d'informations les faits, les images sont-ils tombés, sans que je puisse en être avertie, sensibilisée, scandalisée ? Comment ai-je pu ignorer ? Je ne sais pas...

En rentrant chez moi, je me suis jetée sur Internet pour connaître l'endroit même où se situait l'Ouganda. J'ai remarqué que Wikipedia  ne disait pas grand chose du conflit armé dans l'histoire de l'Ouganda : "De 1988 à 2006, l'Armée de Résistance du Seigneur a combattu l'armée régulière dans le Nord du pays, afin, sans succès, de renverser Museveni".
Par ailleurs, un article plus soutenu sur l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA, mouvement qui se présente comme chrétien), nous permet de mieux comprendre l'ampleur et la complexité  de cette guerre civile.




Les petits bonheurs du jour

Pour ne pas se quitter avec les (l)armes et les violences...

Mes orchidées me donnent entière satisfaction, elle me font un beau jardin intérieur de printemps, et l'abricotier qui pousse en bas de ma tour a mis des fleurs partout, pas une branche n'y a manqué, gageons que cela fera de jolis pots de confiture pour le mois de juillet. L'été dernier, un petit groupe de locataires a cueilli et mis en bocaux (au moins 70) tous les beaux fruits de notre arbre,  un petit bonheur intense pour Tous... Ma voisine Alice en a eu deux pots, bravo !

dimanche 26 février 2017

Labyrinthe et Histoire Sainte...


Le Palais de justice et la Sainte Chapelle (image empruntée sur Internet)

J'avais juste à déposer une lettre au Palais de Justice... Mais l'affaire ne se fait pas comme ça...

Il faut d'abord choisir la bonne file d'attente qui vous conduit au contrôle type "aéroport". Deux files : une très longue pour les dépôts de paperasse, et une toute petite, pour les convocations ? Vous pensez bien que je m'étais mise tout de suite dans la petite file, avec un air très innocent, j'avais donc toutes mes chances de ne pas attendre trop longtemps ! Le jeune soldat qui gardait l'entrée m'a laissé faire, je n'ai pas demandé mon reste...

Après le contrôle obligatoire, je me suis mise à chercher la porte où je devais déposer mon papier... Mais l'affaire ne se fait pas comme ça...

Au premier guichet, après le contrôle, on m'a donné un plan : madame, la porte que vous cherchez est là ! Elle avait entouré la lettre D, c'était pas compliqué.

Premier couloir à gauche, puis à droite, vous trouverez facilement. Je m'en allais le cœur battant, j'avais une heure pour y arriver, la maison de la justice fermait à 16h. J'ai tourné à gauche, à droite, et puis j'ai fait n'importe quoi, je n'ai pas trouvé l'escalier dissimulé derrière une porte, je suis repartie au point zéro...

L'heure tournait, j'avais déjà fait deux bureaux au hasard, tournez à gauche et puis à droite, vous verrez...

Un avocat en robe qui passait par là : vous êtes de la maison ? Pourriez-vous m'indiquer mon chemin, s'il vous plait ? Bien sûr, au fond du couloir, escalier D, ouf ! J'y arriverais avant quatre heures, en marchant bien...


Je n'ai pas vu tout ça, j'étais trop pressée...

C'était sans compter que du premier étage, j'étais redescendue au rdc, j'avais lu le plan à l'envers, et comme je suis très mauvaise en orientation et en plan, même en randonnée pédestre, je n'étais pas du tout rendue... Ici, des couloirs il y en a des tonnes, des portes en veux-tu en voilà : avocats, greffes, régie, public, cour 1, cour 2 etc.

Le temps passait, et moi je circulais allègrement en maugréant, mais quant est-ce que je vais y arriver ? J'avais déjà les larmes aux yeux, comment vais-je faire pour trouver la lettre D ? Je ne peux pas frapper à toutes les portes...

Ni une ni deux, je pousse la porte d'un autre bureau, et là, une personne douce et gentille me dit : venez avec moi madame, je ne vais pas faire tout le chemin avec vous, mais je vais vous mettre sur la bonne voie... Alleluia ! Nous avions traversé la cour qui entourait la Sainte Chapelle pour re-rentrer sous une grande porte cochère, mon martyre touchait à sa fin, j'ai regrimpé le premier étage, la porte D, je l'ai enfin trouvée, le bureau était clair, le personnel vaquait à ses occupations, j'ai tendu mon papier, tampon, merci Madame... Et je suis repartie l’âme en paix, j'avais tout mon temps, je pouvais admirer les détails architecturaux...

Il était presque l'heure de la fermeture, mais je n'étais pas venue pour rien, je ne serais pas obligée de revenir, la vie était belle, je pourrais même visiter la Sainte-Chapelle, il n'y avait justement pas grand monde.


La grande rosace de la Sainte-Chapelle, joyau du gothique rayonnant (empruntée sur Internet)

Vous imaginez, moi qui rêvais depuis longtemps d'aller re-visiter ce lieu éblouissant, j'y étais ! Personne à la caisse, j'entrais de plain-pied dans la chapelle basse de la Sainte-Chapelle par la boutique des souvenirs, cartes-postales et sets de table... Un escalier en colimaçons permet d’accéder à la chapelle haute, là, un animateur (bénévole) a pris en main le petit groupe que nous formions avec quelques visiteurs, pour nous raconter l'histoire du lieu : entre 1242 et 1248, la Sainte-Chapelle est édifiée selon la volonté de Louis IX (et futur Saint-Louis) pour y conserver les reliques de la Passion du Christ. 

Les Saintes Reliques appartenaient aux empereurs de Constantinople depuis le IVe siècle. Parmi celles-ci se trouvait la plus célèbre, la Couronne d’Épines, acquise en 1239 pour une somme dépassant largement le coût de la construction de l'édifice lui-même. En les achetant, Louis IX accroît le prestige de la France et de Paris qui devient, aux yeux de l'Europe médiévale, une "Nouvelle Jérusalem" et par-là même, la seconde capitale de chrétienté (d'après le document des Monuments Nationaux).


Auteur de la photo : Gnosne -Wikipedia

Donc, si mes calculs sont bons, la Couronne d’Épines arrive à la Sainte Chapelle 1200 ans après la mort présumée du Christ, et d'après la photo que nous montre l'animateur, elle est entière ! Il y croit dur comme fer...

Plusieurs sanctuaires revendiquent la possession de cette relique. L'archevêché de Paris prétend la posséder au sein du trésor de la Sainte-Chapelle, mais il est fait mention de la Sainte Couronne, ou d'un de ses fragments, au Palais électoral de Munich, en la basilique San Domenico de Bologne, en la cathédrale de Pise ou de Trêves, sans qu'il soit possible de déterminer s'il s'agit d'une relique de première classe (don d'une Sainte Épine qui a été enchâssée dans un reliquaire en forme de couronne d'épines), ou de contact (transfert de la sacralité de la Sainte Épine en la mettant en contact avec un morceau de bois devenant lui-même une relique - wikipedia).

La relique sainte est actuellement à Notre-Dame de Paris depuis le 10 août 1806.


Couronne d’Épines (auteur supposé de cette photo Gavigan-Wikipedia), relique attribuée à Jésus

Pas facile  pour une mécréante comme moi d'adhérer à l'histoire, mais je respecte totalement les croyants et les vénérateurs des reliques saintes...

On a construit pour elles des palais, des chapelles, des cathédrales, que nous admirons encore aujourd'hui... La Sainte-Chapelle est un éblouissement, la pierre s'efface presque complètement devant les verrières qui tiennent comme "par miracle", l’intensité des couleurs, l'élégance, le raffinement de l'édifice me laissent bouche bée ! Pourtant je n'en suis pas à ma première visite, mais l'impression de grandiose est présente à chaque fois.

La Sainte-Chapelle est un joyau ! Un reliquaire gothique monumental, les 15 verrières racontent la supposée histoire de l'Humanité, de la Génèse à la résurrection du Christ, d'après les épisodes tirés de la Bible... La lecture se fait de droite à gauche et de bas en haut, mais elles sont beaucoup trop hautes à la vue qui se perd dans les couleurs et les harmonies et non dans les significations...


Auteur de la photo Didier B (Wikipedia)

Il n'est pas aisé de sortir rapidement du site, on veut tout savoir, entendre encore et encore les légendes, l'histoire des représentations, les secrets, les questionnements... La Sainte-Chapelle est un feu d'artifice disposé à notre vue pour toujours !

Après j'ai traversé le pont, il faisait gris souris, la Seine coulait tranquillement sous les voitures, les piétons... J'ai repris le métro...

mardi 31 janvier 2017

L’écheveau des jours et des jours...


Alice toute pimpante aujourd'hui !

Je le reconnais, le petit grelot qui trépigne devant ma porte, plusieurs petits coups, c'est elle ! Alice, ma voisine de 102 ans qui vient me rendre visite, il est encore tôt, dix heures du matin, c'est tôt aussi pour vous ? Elle est toute belle et fringante, habillée avec ses pulls tricotés maison il y a plus de 25 ans, c'est elle qui le dit : c'est vieux ça, Danielle, oui Alice, c'est vieux mais c'est encore beau, et ça vous va comme un gant...

Oui, bonjour Alice, vous avez besoin de quelque chose ? Non, ça fait longtemps que je ne vous avais pas vue, alors je viens vous faire un petit bisou... C'est toujours son entrée en matière, sa marque de fabrique, Alice a besoin de contacts, de voir ses voisines, de faire des bisous. En avez-vous une, vous, de voisine comme ça ? Si affectueuse ? Je l'appelle la petite souris, car elle sourit tout le temps.

Entrez Alice, entrez, asseyez-vous là, et je l'invite à s'asseoir sur mon canapé bien confortable... Voyez Alice, je ne suis même pas encore habillée, je vais, je viens, je fais des tas de choses et l'heure a tourné... Elle s'en fiche, Alice, de la couleur de ma robe de chambre, elle veut des bisous, elle refuse même le verre de thé que je lui propose.

Nous avons passé en revue son enfance, ses souvenirs en avalanche, les bons les mauvais, le temps qui avait passé bon gré mal gré. Pour vivre aussi longtemps, Alice avait toujours vécu au présent, elle avait accepté les difficultés d'où qu'elles venaient, elles les avais digérés, broyés, et elle avait poursuivi sa route avec tous ses chagrins, ses manques, ses désespérances, c'est elle qui me l'a dit, je la regardais avec admiration...

Aujourd'hui elle attend son heure ! Avec son sourire, ses jolis pulls, ses envies de bisous, elle attend son heure, le temps lui semble long... Mais elle garde le sourire...

Un autre jour, l'embarquement, avec Chiharu Shiota... J'avais déjà parlé d'elle dans un de mes posts en 2012 (cliquez sur embarquement)


 Were are we going ? (Où allons-nous ?) Chiharu Shiota, au Bon Marché


Elle est revenue à Paris, au Bon Marché, jusqu'au 18 février 2017, avec une nouvelle installation que je ne pouvais rater, je l'avais découverte en 2011 à la Maison Rouge à Paris, ses robes de mariées entraperçues dans un dédale de fils noirs, un très grand moment...




Depuis, je l'ai suivie autant que je le pouvais dans ses œuvres éblouissantes : avec ses fils de laine noirs, rouges et blancs, Chiharu Shiota (japonaise, 45 ans, vit et travaille en Europe depuis plus de vingt ans), ensevelit littéralement l'espace, dissimule les formes, enrobe et transforme l'espace, soustrait la lumière, creuse des galeries. Elle installe des brouillards duveteux  autour des choses, et nous transporte immédiatement vers le mystère, la poésie, l'émotion, l'admiration... Du moins pour moi, c'est comme ça que cela opère, chaque fois que je rencontre ses toiles d'araignée qui m'étreignent la gorge et éblouissent mes yeux...

Au Bon Marché, je n'y étais pas allée depuis des années, tout avait changé, plus luxueux que jamais, un vrai paradis de la beauté, très chère ! Les embarcations de fils blancs voguaient sous les voûtes du grand magasin, un article de Télérama, qui avait attiré mon attention, faisait allusion à "cent cinquante bateaux d'origines du monde entier, Un voyage immobile qui évoque Small Room, une installation composée de valises en carton, comme celles emportées par des survivants de Fukushima ou par des migrants d'aujourd'hui". C'est avec cette idée que j'étais venue voir l'exposition...

Bien sûr, je fus sidérée par la beauté de l'installation, je sentis très vite le décalage entre l'oeuvre et le le lieu, je le ressentais comme une évidence : ainsi donc, au Bon Marché, l'oeuvre était présentée comme "un rapport au monde oscillant entre poésie, mélancolie et recherche de l'universalité" "l'artiste établissait une analogie entre la vie humaine et le voyage"... Comment ne pas entendre ici le voyage de la survie ?

Et puis, il était dit sur le petit papier qui présentait l'expo : le grand magasin avait proposé le Blanc en hommage au Mois du Blanc ! Ainsi, pour la première fois, C. Shiota travaillait elle aussi pour la saison du blanc ! La pureté ! Mon malaise persista jusqu'à la sortie...


Au Bon Marché


Détail


Les barques, toutes les barques


Impossible de m'embarquer complètement...


Sous la grande verrière


Au RDC, le voyage commence dans des tunnels de glace en laine blanche

J'ai fait mon petit tour, jusqu'à la Grande Épicerie fine, il y avait de tout : sucré/salé/poivré/vanillé/safrané... TOUT !


Des couleurs éblouissantes à tous les étages

Les jours de cinéma exceptionnels :




Le merveilleux film animé de Jean-François Laguionie (75 mn)

Louise, une vieille dame, reste seule dans la petite ville estivale de bord de mer, le train emportant le dernier vacancier vient de partir... Il reviendra bien, mais à la saison prochaine, d'ici là Louise survivra dans cette ville fantôme entièrement pour elle. La solitude, le vieillissement, la mort, les souvenirs l'envahissent et comme les vagues, chaque jour la prennent d'assaut, Louise soliloque... Sans amertume mièvre, avec douceur, un graphisme somptueux, tout en pastel, comme Louise... Une perle !!

Paterson :

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Une semaine à Paterson petite ville du New-Jersey, la vie de tous les jours avec ses petits arrangements et dérangements, Paterson et Laura vivent une vie réglée au cordeau, mais à y regarder de plus près, tous les jours sont des jours nouveaux où il se passe quelque chose de poétique... Paterson écrit des poèmes, Laura crée des œuvres d'art en noir et blanc... Tous les jours de la semaine distillent de l'amour et de la beauté... Deux heures superbes et touchantes, un pur régal !

Harmonium :



Dans une discrète banlieue japonaise, Toshio et sa femme Akié mènent une vie en apparence paisible avec leur fille. Un matin, un ancien ami de Toshio se présente à son atelier, après une décennie en prison. À la surprise d'Akié, Toshio lui offre emploi et logis. Peu à peu, ce dernier s’immisce dans la vie familiale, apprend l'harmonium à la fillette, et se rapproche doucement d’Akié. La tension monte image après image... Passionnant et envoûtant !

On donne Le Misanthrope à la Comédie Française, ma pièce préférée, c'est fait, j'ai une très bonne place, qu'il pleuve, qu'il vente, j'y vais bientôt... Je m'en réjouis tous les jours, j'aime cette attente-là, comme j'aime bien arriver en avance dans le théâtre, pour respirer l'atmosphère, regarder les gens, le spectacle de l'avant spectacle... Ça multiplie tous les plaisirs par deux...

Les jours de petits tours sensationnels aux puces de Montreuil :

Il fait froid, il va pleuvoir, on verra bien, je fais des photos de l’Angélus et des Glaneuses d'après les peintures de Jean-François Millet (1814-1875), aîné d'une famille nombreuses de paysans. Berger dans son enfance et plus tard laboureur, il aime le dessin, à vingt ans son père l'envoie à Cherbourg, le Conseil municipal et le Conseil Général de la Manche lui octroient ensuite une pension pour qu'il puisse continuer son apprentissage. À Paris il expose, vend ses œuvres, il se marie et a neuf enfants. Au village de Gruchy dans la commune de Gréville-Haguesa maison natale a été reconstruite à l’identique et meublée comme une maison paysanne du xixe siècle. On y peut découvrir de nombreuses copies de ses tableaux. 


Aux Puces, les Angélus et les Glaneuses, je les ramasse à la pelle, quelque fois même les marchands froncent les sourcils, il faut demander l'autorisation comme au Musée, je demande et je clic... Beaucoup de brodeuses l'ont copié, les reproductions foisonnent, je n'ai pas eu à chercher très longtemps pour trouver des tas de beaux Millets, je pense même que l'Angélus est l'image que je rencontre le plus... :

L'Angélus :
















Les Glaneuses :







Le jour du (petit) sensationnel :

La belle trouvaille, avec cette petite boîte en verre émaillé, en parfait état, cerclée de laiton, pour un tout petit prix, la petite pépite m'attendait dans un tas d'objets absolument sans intérêt.

La Pépite :



dimanche 1 janvier 2017

Bonne Année 2017 !



Même si la nouvelle année démarre très mal, avec le nouvel attentat meurtrier à Istanbul, ne perdons pas espoir pour la paix... Ne perdons pas espoir, ne perdons pas espoir...

vendredi 30 décembre 2016

Natures mortes ressuscitées...


Henri Fantin-Latour (1836-1904)

Après avoir vu récemment la grande exposition du peintre Américain Cy Twombly au centre Beaubourg, j'ai beaucoup réfléchi : malgré tous mes efforts, je ne suis pas arrivée à l'apprécier à sa juste valeur, ce grand peintre ne me touche pas, je n'ai pas réussi à m’intéresser à lui ! Pourtant, il est mondialement connu, aimé, adulé par les critiques, le public, mais avec lui je reste en plan, je m'ennuie ! Pourtant, je ne suis pas butée, et malgré plusieurs tentatives, notamment chez le galeriste Yvon Lambert, ça ne passe pas, il me laisse de marbre... Je le laisse donc à ses admirateurs. Moi qui suis avec passion les artistes contemporains, avec Twombly, rien à faire...

Si on allait voir Fantin-Latour, ça te dit ? Me dit mon gendre préféré... Oui, avec plaisir, allons-y en nocturne, il y a moins de monde. L'affaire fut "fête", j'adore Fantin-Latour, j'adore les fleurs, j'adore ses natures dites mortes...

Nous étions peu nombreux dans l’exposition, un plaisir immense d'avoir toutes ces œuvres pour nous seuls, un enchantement classique qui ne me laisse pas de glace. Je ne me gâche pas mon plaisir, les fleurs, les fruits, les vases transparents comme je les aime font mon bonheur, les photos sont permises, que demande le peuple ? Je mitraille...

Henri Fantin-Latour avait fait de ses natures mortes son fonds de commerce, elles se vendaient comme des petits pains. Souvent présentées comme une "pure besogne alimentaire", elles lui offrent de profondes satisfactions. Ce pan de son oeuvre est pléthorique, on dénombre aujourd'hui plus de 500 toiles dans la maison familiale de Buré, dans l'Orne.

"Le travail artistique, c'est tout, je veux faire des chefs-d'oeuvre, il n'y a rien d'autre"


"La peinture est mon seul plaisir, mon seul but"

Beaucoup des tableaux exposés actuellement au Musée du Luxembourg sont visibles au Musée d'Orsay, donc pas d'inquiétude si vous n'êtes pas à Paris...


détail








Les jardins de Fantin-Latour : "Voilà une idée qui me préoccupe beaucoup, faire croire à aucun effet artistique". En somme, avec Fantin-Latour, la nature souveraine se retrouve ici dans son expression naturelle : la nature est si belle, il suffit, quand on le peut, de la regarder pour avoir envie de l'avoir toujours avec soi. Un tableau, une photo, une fenêtre ouverte sur le jardin du voisin, je me souviens de tous les chemin de mes vacances à la campagne, chaque année je me dis : quelle chance de me trouver là ! Pourvu que je retrouve cette nature intacte tant que j'y viendrais !


De ma fenêtre, le panier de pinces à linge en Indre...


Dans les cours parisiennes

Mes amis fidèles et ceux de passage, soyez heureux auprès des personnes que vous aimez, pour fêter joyeusement la nouvelle année 2017 !!