vendredi 23 février 2018

Je n'aime pas les fêtes où l'on danse avec de la musqiue !


© Popperfoto, pixabay.com (crédit photo emprunté sur internet)

Confidence pour confidence, je lui avais dit : je ne sais pas pourquoi, j'ai peur des grands sapins plantés dans la nature, je ne peux pas emprunter une route, à pied, quand il y des sapins de chaque côté, je dois faire un détour, ou alors j'abandonne la promenade. Je ne peux pas non plus entrer dans une église si je suis toute seule à l'intérieur, ça me donne tout de suite de l'angoisse, une grosse pression, et je suis obligée de sortir vite fait. Je n'ai jamais su pourquoi, ça ne m'empêche pourtant pas de dormir, le mystère reste entier, mais je cherche ! Il faut que je me dépêche, car le temps ne travaille pas pour moi...

Oui, c'est curieux, ça, vous cherchez depuis longtemps ? Oui, environ un demi-siècle, comme le temps passe, une question peut trouver sa réponse très longtemps après se l'être posée, ou même jamais...

Je me souviens, lui dis-je, d'un petit jardin qui jouxtait la maison de campagne que j'avais louée un mois d'automne, il y avait deux énormes cyprès en plein milieu, qui cachaient la vue, le soleil, je les trouvais très laids, moches comme tout. Comme je suggérais, en plaisantant, au propriétaire de les couper, il me dit : sûrement pas, c'est mon père qui les a plantés à ma naissance, et puis peu de temps après, à la naissance de mon petit frère. L'affaire était bouclée, je n'ai pas risqué la démonstration du paysage gâché, du jardin trop petit pour de si grands arbres, j'ai juste dit, ils sont superbes, ils ont bien profité, quel beau souvenir, mais je n'ai pas reloué la maison l'année suivante... Elle riait, elle avait bien avancé le travail, elle me tournait autour, effilait ici, coupait là, l'argument plaisait beaucoup à ma coiffeuse, le salon était vide, elle prenait ses rendez-vous à l'unité, au compte-gouttes, personne n'attendait jamais, nous pouvions bavarder à loisir. 


Cyprès de naissances...

C'est vrai qu'on ne trouve pas toujours les réponses à nos questions, ça me rappelle à moi aussi une question que je me suis posée très longtemps, et j'ai trouvé la réponse. Ah ! Oui, combien de temps avez-vous attendu cette réponse ? Quarante ans. Elle avait de l'avance sur moi, elle était aussi beaucoup plus jeune, elle avait beaucoup cherché, sans doute mieux que moi...

Je me suis trouvée dans un petit village, je ne sais plus où, pas très loin de Paris, il y avait une immense Vierge, très haute, avec un bébé dans les bras, je crois bien que c'était un monument en souvenir d'un pape, mais je ne me souviens plus lequel. Il y avait des grosses cloches au dessus de la Vierge, le tout était complété par une petite chapelle juste à côté, les gens qui venaient prier faisaient des vœux, mais des vœux personnels, intimes, vraiment pour eux-mêmes, c'était la coutume il paraît, il y avait toujours beaucoup de monde pour faire ces sortes de vœux, vous voyez ? Oui, à peu près, et puis ? Elle était plutôt vague sur la chapelle, la Vierge, les cloches, mais elle y était...

Je me pose une question depuis longtemps, oui, et quelle question vous posez-vous ? Je n'aime pas les fêtes où l'on danse avec de la musique, je ne me sens pas bien, j'ai envie de partir tout de suite, je ne suis pas dans l'ambiance, je suis un peu triste... À chaque fois, ça me fait ça...

Je la suivais du regard, curieuse, très intéressée : et bien, je suis rentrée dans cette chapelle, j'étais avec un ami, c'était un endroit de recueillement, petit, touchant, beau, les gens viennent ici pour réfléchir sur eux-mêmes. Ah oui, tiens ! Oui, je me suis dit que c'était le moment de réfléchir sur moi-même, et puis comme ça, la réponse m'est venue en tête, je ne sais pourquoi, comment, mais j'avais trouvé la réponse à ma question, la question de ma tristesse aux fêtes... Oui, je me suis souvenu de tout avec précision, j'ai revu un moment très spécial de mon enfance, j'étais assez petite encore, mes parents venaient de divorcer... Elle racontait avec une voix de tulle, de dentelle de Calais, il y avait des espaces dans ses phrases, des silences, des trous, elle avait arrêté de me couper les cheveux, elle y était, elle y retournait, elle remontait loin, j'étais avec elle sur ce chemin, passionnée, l'oreille aux aguets, pendue à ses mots, je me foutais bien de ma coupe, j'avais le temps... J'ai revu ma mère qui dansait à un bal où elle m'avait emmenée, elle dansait avec des hommes, mais ils n'étaient pas mon père; j'aurais bien aimé que ces hommes soient mon père. Vous n'étiez pas contente ? Non, ce n'était pas tout à fait ça, je regrettais que maman ne danse pas avec mon père, je me rendais compte que j'étais triste, aussi triste que quand je me retrouvais à des fêtes des années après... Vous imaginez la belle histoire qu'elle me racontait, elle avait cherché, retrouvé, reconnu la naissance de cette tristesse qui la faisait danser en rond depuis si longtemps...


Photo empruntée sur internet 

Elle avait repris les ciseaux, la tondeuse pour finir, et poursuivait le chemin du souvenir : je ne pouvais pas me tromper, je sentais que c'était la réponse, elle me collait au cœur. Vous avez trouvé, vous avez senti que c'était ça, c'était la cause, bravo !

Juste à la fin de l'histoire, la cliente suivante était arrivée, discrète, avec des cheveux frisés magnifiques, elle s'est assise tranquillement, attendant son tour, ma coiffeuse, qui était dans sa rêverie, n'a pas pressé le pas. Je lui ai épargné le brushing, mes cheveux étaient secs, j'ai secoué les cheveux que j'avais dans le cou, merci, c'est parfait, je suis très contente, elle était très belle, votre histoire... À la prochaine, merci, bonne fin de journée...

Elle avait trouvé, mais moi je restais sans réponse aux sapins, aux cyprès, aux églises sombres... La prochaine fois, il faudra que je lui demande l'adresse de la chapelle aux vœux si personnels !

Où serons-nous au prochain post ? Restez postés, je reviens avec mes refrains...

jeudi 22 février 2018

Qu'est-ce que je fais là ?


Quelques étages nous séparent (Sam Szafran) - 1990

Au cours de ma visite amicale, impromptue : tu viens quand tu veux, je suis là, c'est bien, je ne suis pas là tu reviens ! On fait comme d'habitude...

Ce jour-là, la porte s'est ouverte avec son sourire et son invitation invariable : entre, sois la bienvenue!...

Assieds-toi, tu prendras bien quelque chose à boire ? Bien sûr, un bon verre d'eau fera l'affaire, c'était toujours comme ça avec Marie-Louise : l'accueil, l’invitation à boire quelques chose... Quoi de neuf ?

Nous parlons de tout, du passé, du présent et même de l'avenir avec autant de passion. Elle avait une nouvelle coiffure, toute blonde, bien coupée, radieuse, une fois les nouvelles de nos santés passées en revue, nous en venions au reste. As-tu vu mon petit-fils, comme il est mignon ? Elle me tendit son portable, adorable, bien potelé, souriant. J'ai des craintes... Ah bon, pourquoi as-tu des craintes ? Il est déjà bien enveloppé, il mange tout le temps, des chips, des curly, il va devenir aussi gros que sa maman qui pèse 100 kg, aïe ! Mais je ne dis rien, tu vois, je ne dis rien, ça pourrait être mal pris, mais je m'inquiète... Et voilà, c'était lancé. Ils m'ont demandé de partir en vacances avec eux, ils louent une grande maison, ils veulent amener tout le monde avec eux, ils sont très famille, les grands-parents, les chiens, le chat, et en voiture Simone, au bord de la mer...

Mais j'ai dit non, je ne veux pas y aller ! Ah! bon, pourquoi tu as dit non ? Ah ! non, je ne veux pas servir de bonne à tout faire, garder les gamins,  les animaux, faire la cuisine, je ne veux pas, je ne veux pas ! Tu as dit ça comme ça tout de go, sans ronds de jambes ? Oui, j'ai dit que ne voulais pas, je préfère rester chez moi, j'ai dit que j'étais fatiguée.

La fatigue (quand on prend de l'âge) reste un énorme argument, indémodable, toujours raccord, citadelle imprenable, vous ne pouvez  rien contre ça, pas besoin d'aller plus loin, aucun argument ne pourra changer les choses, la fatigue est indépassable ! Vous pouvez être sûr qu'on va vous laisser tranquille, vous pourrez reprendre votre tricot, votre lecture, vous faire des petits gâteaux, aller au cinéma, voir une exposition, prendre le métro... Vous êtes trop fatiguée pour aller là où on veut que vous alliez... Ça vous parle ?





Ah ! Qu'on est bien...

Bravo, je t'admire, être franche à ce point-là, donc tu n'iras pas voilà, bon ! En fait tu sais, je me demande à quoi je sers... Qu'est-ce que tu dis ? Comment ça : je me demande à quoi je sers ? Tu veux dire quoi par là ? J'étais épouvantée, Marie-Louise ma si douce, mon excellente voisine, toujours là pour tout le monde, la nuit, le jour elle se lèverait pour vous... Je me demande à quoi je sers ? Tu vois, quand ils ont des amis, qu'ils sont entre eux, je reste dans mon coin, je ne dis rien, je ne suis pas là en fait, quelque fois même ils me disent : mais t'y connais rien, tu es butée, c'est plus comme ça qu'on fait maintenant... Mais voyons, tu fais comme d'habitude, tu es si discrète, si timide, si réservée, ce n'est pas parce que tu ne dis rien que tu n'es rien, ça fait une grande différence. Oui, c'est vrai, mais pas tout à fait, je ne suis plus dans le coup, ils parlent de choses que je ne connais pas. C'est quoi, les choses que tu ne connais pas ? Le téléphone mobile, l'ordinateur, internet, Amazon, même le lecteur DVD, des trucs dont je me sers peu. Je suis larguée !

Tu vois, quand on ne sait pas bien se servir d'internet, on est rayé de la carte, on n'est plus dans le coup ! La sentence était tombée, elle se sentait déconnectée, mise de côté, elle n'avait plus envie de vivre, elle n'avait pas assez de fils à la patte pour être dans le coup !

Elle me rappelait ma belle centenaire que je surveille comme le lait sur le feu, elle m’avait souvent dit, à brûle-pourpoint, au détour d'une phrase : Danielle, je ne sers plus à rien, je n'ai plus envie de rester là, j'attends que mon temps arrive, ça ne me ferait rien du tout. Je bougonnais, je lui disais : mais enfin, Alice, vous êtes utile à tout le monde, tout le monde vous aime, même sur internet il y a plein de gens qui pensent à vous...

Mais ma si douce voisine qui n'avait carrément pas l'âge du tout d'en avoir assez qui me disait ça, tout de go, sur sa toile cirée au couleurs de Noël, toute neuve et moirée ! La conversation avait pourtant bien commencé, jamais, jamais je n'aurait imaginé qu'elle en avait assez, tout son corps disait comme ses mots : la main sur la bouche, les yeux tristes, le sourire quand même un peu marqué, plus petit, sa mèche de cheveux dorée tombait sur ses yeux... Il fallait que j'aille la chercher sur ce chemin-là, loin, derrière les forêts de peupliers, tous les magnifiques paysages, les oiseaux qui vous mettent du soleil au cœur !... 

J'en aurais pleuré de rage, de douleur, de découragement, de peine, je voulais lui arracher ses mots de la bouche, les déchirer, les piétiner, les effacer, les brûler en place de grève, je voulais qu'elle n'y pense plus, qu'elle ne s'en serve plus, jamais, qu'elle me dise autre chose de plus vivant... Mais non, ils lui étaient était venus naturellement, comme une évidence, ils avaient roulé sur la table, comme des galets, durs, de la pierre, ce jour-là, le résultat des opérations de sa vie était négatif  ! J'en aurais pleuré à gros sanglots...


Comme le temps passe vite, arrêtez !

Nous allons aller au cinéma, la prochaine fois que j'y vais, je t'emmène, mais je savais que le petit désespoir dormait dans un coin, pas très loin, il faudra que j'y fasse bien attention. Le sourire, la bonne humeur n'y feront rien, ils ne diront rien des profondeurs, il faudra gratter, gratter les alluvions, les : comment vas-tu, dis-moi, parle-moi, je suis là pour toi, ne pleurons pas, tu verras, ça va aller, tu va retrouver ta place au soleil... La vie est belle ! Tu ne la vois plus assez claire, essuyons nos lunettes, mettons en marche nos essuie-glaces... Avançons, marchons, chantons si nous pouvons !


Chantons si nous pouvons !

Amis qui passez par-là, ne vous effrayez pas, la vie est sens dessus dessous, aujourd'hui elle est dessous... Pour ma Marie-Louise la si douce... À très vite...

lundi 19 février 2018

Comment ça va ?


La bouche verte... Dans le hall d'attente du cinéma

"Comment ça va ? Ça va très bien, mais oui, vraiment, merci beaucoup." C'est souvent avec cette petite phrase mélodieuse que nous commençons notre mise en voix lors de notre soirée chorale, pour chauffer nos cordes vocales, nous détendre, c'est la coutume. Je n'ai jamais bien compris à quoi ça servait vraiment, mais comme ça déclenche irrésistiblement des bâillements, c'est bien la preuve que ça fait travailler le larynx qui abrite nos cordes vocales. Et puis surtout, ça permet aux retardataires d'arriver... Bonjour tout le monde ! On est heureux, on chante...

Cette petite phrase de politesse, bien ordinaire, nous devons la répéter en montant nos voix crescendo, jusqu'à ce que nous n'en puissions plus, tellement nous trouvons que le chef nous fait aller haut, ou si le chef en décide autrement, nous devons la chanter dans les graves, le plus bas possible... C'est une phrase d'entrée de "jeu musical" que nous connaissons bien.


La bouche rouge dans le métro

Mais quand nous nous servons de cette petite phrase, dans la vie, que se passe-t-il ? Souvent, je la lance : Comment ça va ? Très courte, avec le sourire, et j'attends la réponse, le temps d'attente est déterminant, car la personne à qui vous l'adressez doit pouvoir réfléchir quelques secondes, rassembler ses idées pour répondre,  le plus souvent, la courtoisie va jusque là :  "çavamerci "... En un seul mot...

Alors-là, vous êtes foutu pour la suite, c'est fermé, clos, rien à dire, rien à espérer pour avoir des nouvelles fraîches, bonnes ou mauvaises, quelque fois même la réponse se concentre avec : "trèsbienmerci"... N'attendez rien non plus, même pas les prévisions de la météo, le sourire ? Pas obligé non plus, vous vous quittez en toute indifférence mais avec politesse... Demain, ça ira mieux... Certains voisins vont toujours bien, ça fait plaisir à voir, ils ont toujours le sourire, ils sont en forme, les enfants grandissent, c'est la joie ! Je ne les ai jamais vus baisser la garde, ils réchauffent le cœur... Vingt ans de bonheur, ça existe dans mon ascenseur... Comme dans Peau d’Âne, la fin est très belle, il vécurent très heureux, longtemps et eurent beaucoup d'enfants joyeux...


La bouche jaune (prise sur internet)

Par contre, aucune importance si la réponse vous déçoit, n'est pas à la hauteur de vos espérances, il faut continuer quand même à s’intéresser à son voisin. Un jour... Peut-être.. Il vous en dira un peu plus...

Combien de fois ai-je répondu à cette petite phrase, d'une voix simple qui ressemblait à ma petite pluie intérieure : Ah ! Ça va, merci, et vous ? En renvoyant la balle, vous jouez les prolongations, ça peut marcher aussi, votre interlocuteur a quartier libre, vous êtes tranquille, vous pouvez continuer à dissimuler votre petite pluie, vous ouvrez simplement votre parapluie... Vas-y mon gars...

Je ne suis pas certaine d'avoir commencé ma phrase ainsi les jours où j'ai entendu des histoires tellement personnelles, touchantes, confidentielles, fortes, il avait fallu presque rien, je ne sais plus, même pas de mots du tout, juste un regard prolongé, une oreille dressée ?... Pas plus tard que ce matin, j'ai essayé le : Ça va comment ? On fait aller, ben, que voulez-vous, on fait aller ! C'est vrai que cette réponse arrive souvent... Je la comprends comme ça : on ne peut pas dire que ça aille complètement bien, mais ça ne va pas franchement mal non plus... On vieillit ! Cette voisine que je connais bien me fait souvent cette réponse avec un sourire philosophique qui en dit long... Sur le temps qui passe.. Pour elle, comme pour moi....

Comment ça va ? Ressemble à un grand filet de pêche que vous lancez loin sur le lac, vous pouvez le lancer, cent fois, mille fois, il reviendra toujours vide, et puis un jour, il y aura un gros sanglot entre ses mailles... C'est le moment de tirer doucement, doucement... Avec douceur, douceur...


 La bouche de deux couleurs (prise sur internet)

Quelque fois je vais vite, je ne veux pas pêcher,  je ne veux pas jeter mes filets, la politesse je m'en fous, je ne veux pas qu'on me dise bonjour, parce que je suis triste, je ne veux rencontrer personne,  je ne veux répondre à personne, moi aussi j'ai mes jours de filets vides, troués, usés, de lacs perdus, de vagues à l'âme...

Allez les amis, patience, la prochaine fois je reviens en bout-(che) en train...

dimanche 18 février 2018

Sheila Hicks... Les lignes de sa vie !


Cette artiste est américaine, elle a 84 ans, elle vit et travaille à Paris depuis 1964, quasi une parisienne ! Sheila Hicks se destinait à la peinture, quand elle découvre les textiles du Pérou précolombien. Elle parcourt le Mexique, l'Amérique du Sud, s’initiant aux techniques des tisserands indigènes. Son œuvre se situe entre la tapisserie et la sculpture. Elle utilise la laine, le coton, la soie et des fibres synthétiques. Aux fils de trame, elle ajoute parfois de grosses mèches qui retombent en milieu de panneau sous forme de pompons ou de tresses d’un aspect précieux, quand il s’agit de soie, ou au contraire sauvage, lorsqu'elle travaille la laine brute, le lin, la fibre synthétique... : voilà ce que je vous proposais dans mon post du 18 janvier 2018 (cliquer ici) consacré à cette artiste. L'exposition du centre Pompidou me replonge avec ravissement dans le souvenir de sa très grande pièce exposée l'été dernier à la Biennale de Venise, aujourd'hui, avec des pièces plus anciennes, des années 1960 à 2018, mais disposées sans ordre chronologique. Bien sûr, dès la première pièce, l'enchantement, la joie ont été immédiatement au rendez-vous, j'avais hâte de revivre la jubilation de Venise, je sentais bien que je vivais de beaux moments, tellement intenses et augmentés, puisque j'étais avec ma petite-fille (grande jeune femme) pour la visite. Ça commençait très, très fort...


Sheila Hicks (1934) - Cordes sauvages (2014-2015)



Sheila Hicks - détails

Dès l'entrée de la rétrospective (une vingtaine d’œuvres appartiennent au centre Pompidou), voilà ce qui vient à nous, une cascade de cordes de toutes les couleurs, enrubannées, entortillées, dans tous les sens, les sens de Sheila. Elles sont suspendues au plafond par des fils de nylon transparents, ce qui fait qu'on dirait qu'elle descendent du ciel par magie pure... Les ombres portées sur le mur amplifient le mouvement et la densité des cordes, une perspective grisée, impalpable, se dessine derrière ce rideau de couleurs, impossible de séparer les textiles et les fils colorés de leurs ombres... Les cordes sauvages vous retiennent déjà par l'émotion qu'elles suscitent, d'emblée ! L'oeuvre de cette artiste offre de la joie...

Dans une des vidéos que l'on peut voir pendant une bonne heure, l'artiste parle de son travail, c'est un régal de l'entendre "tisser" les liens entre ses apprentissages successifs des techniques artisanales mondiales, et institutionnelles (Aubusson), et aussi les techniques de teintures, avec son oeuvre textile si personnelle, si subtile, si créative. Elle tord les tissus, les fibres, dans tous les sens, les couleurs vives ou délicates coulent de partout comme des ruisseaux, des torrents, des végétaux, ou quelque fois même elle construit des murs avec d'énormes pierres, légères et duveteuses comme des plumes. Les matières qu'elle utilise, brillantes ou mates, fragiles ou solides, s'entassent avec harmonie, forment des monticules méticuleusement calculés, et, pour les matière venues de la récupération, de la réutilisation (deuxième main), elle leur fait revivre une nouvelle vie sous d'autres formes... J'aime beaucoup ses tas, ses empilements, ses pliages, ses rangements d'experte :







Sheila Hicks (1934) - Palitos con Bolas (2011). Ces merveilleux galets  et bâtons tissés multicolores, amoncelés "presque" par hasard, une merveille



Détail - Le frétillement des couleurs (sous un autre angle)


Plus je me rapprochais, et plus je pouvais distinguer les détails de couleurs dans tous leurs arrangements, comme les petits coups de pinceaux des peintres impressionnistes qui tentaient de faire vibrer la lumière (avec succès).



Blouses mise au rebut, pliées avec un savant décalage, qui évoquent les vagues du sable blanc... Une deuxième vie...


Les retombées élégantes des grands pompons serrés à la taille...



Le tressage et l'empilement




Sheila Hicks (1934) - La sentinelle de safran




Les escalades, les ascensions, les empilements, les répétitions, ici avec les poches (usagées). Les visiteurs étaient encouragés (aucun visiteur n'avait osé) à y glisser des mots, des lettres, des choses, participations multiples à l'oeuvre... Ça n'a pas marché ! Il faut peut-être attendre un peu, à mon prochain passage je vous dirai ça...


 La liberté d'assembler des chemises de nouveaux-nés de l'hôpital de Lund, en Suède ("Baby Time Again", 1977-78), ou de créer une oeuvre "chamanique" (deuxième main)

Avec Sheila Hicks, chaque volume "posé" au sol, ou "élevé" dans les airs, nous emmène dans un monde poétique... Moi qui ne suis pas tellement "poésie", car elle ne me touche pas toujours, je suis très souvent emportée par les œuvres des plasticiens, par une couleur, une idée, une forme qui va m'émouvoir, quelques fois je ne sais pas tout de suite pourquoi, mais je sens que ça me plait, sans bien savoir encore pourquoi... Je cherche...

Je le dis et le redis, pour moi, la hiérarchie artistique n'existe pas, les gestes des créateur(es) peuvent se faire de mille manières, avec milles matières, ils n'arrêtent pas de me toucher, de me surprendre, de m'étonner, l'invention/création est sans fin. Je suis toujours prête à me laisser embarquer... De surprise en surprise, de coup de cœur en coup de cœur... Je cours les galeries et les expos...

L'art de Sheila Hicks paraît naturel, simplissime, posé, relevé, brodé, enroulé, vite fait, alors qu'il est très travaillé, très réfléchi, très préparé, très compliqué, très élaboré. Ses carnets de travail sont des œuvres à part entière, elle s'entoure d'équipes importantes (d'après les vidéos) pour réaliser ses grandes œuvres. Tout comme dans les ateliers des grands peintres de la Renaissance, il y avait du monde pour peindre, avec Sheila Hicks, il y a du monde pour enrouler, tournicoter, installer, fabriquer... J'ai regretté que dans un si grand espace, elle n'ait pas présenté des pièces plus imposantes, plus architecturées... Mais bon, on ne va pas se plaindre...



Ses carnets préparatoires, ses origines d'apprentissages

On peut dire que Sheila Hicks sait apporter ses pierres à ses édifices, mais quelles pierres ! Des pierres rayées de couleur, comme les strates d'un temps passé... Le fil passe et repasse...


Ses pierres brodées...


Détail

Ses colonnes qui montent ou qui descendent, enserrées régulièrement par des fils brillants, comme les rubans autour des nattes des enfants, retombent avec grâce au pied des pilastres de coton, de laine ou de soie, ou de fibres synthétiques... L'effet est magnifique !




Je ne sais pas le nom exact de cette sculpture,
mais elle cascade...


Sheila Hicks (1934) - Atterrissage (2014) - cordes de fibres synthétiques


Détail


Et l'admirateur, devant les dernières créations (2018), des panneaux enveloppés de fils de lin, pouvant former les murs d'une pièce de la maison, et qui pourraient se changer suivant les saisons, c'est que que nous raconte Sheila dans une des vidéos...

Je vais peut-être revenir sur cette exposition qui durera jusqu'au 30 avril 2018 au centre Pompidou, vous avez le temps d'en entendre parler... Sûrement un petit retour sur ses petits tissages appelés Minimes, entrepris dès 1956... Des toutes petites pièces encadrées et accrochées au mur... À suivre...

À très vite chers lecteurs, chers passants... Pour d'autres enchantements...

jeudi 15 février 2018

La commande de billets SNCF sur internet...



Avignon sous le ciel bleu

Vous avez sans doute fait des grands voyages, des petits aussi, vous avez toujours pris vos billets sur Internet ? Personne ne va plus chercher ses billets dans les agences de voyages (c'était rudement chouette, on faisait rien, on disait où on voulait aller et on n'avait plus qu'a signer le chèque à la sortie, au revoir madame, au revoir messieurs), ou directement dans les gares de la SNCF ! Mais Danielle, c'est dépassé tout ça, ne rêve pas ! Je sais, je sais, maintenant je suis moderne des pieds à la tête, je vais sur le site de la SNCF.

Moi aussi je prends mes billets sur Internet, mais à chaque fois, ça m’électrise, ma pression monte, je retarde l’achat le plus possible, mais pas trop quand même, quand il faut y aller...

J’ai même pris des billets d’avion, acheté des livres, de la laine, du tissu, du parfum et autres babioles de la vie courantes que j’avais du mal à trouver en vrai dans une boutique parisienne, vous imaginez un peu, si j’habitais la campagne ?

Mais les billets sur le site de la SNCF, je ne sais pas pourquoi, ça me bloque, je transpire, je balbutie, j’aimerais bien trouver une aide de vie...

Pas plus tard qu'aujourd’hui, je voulais acheter des billets pour aller en Avignon, ma décision était prise, je vais aller me reposer, me changer les idées, voir le monde de plus loin, chez des parents chéris qui m’accueillent toujours les bras ouverts : huit jours, ce n’est pas assez, viens plus longtemps...

Mon frère m’avait dit : prends les billets les moins chers, et viens quand tu veux, il n’y a pas de problème... Mon frère dit toujours qu’il n’y a pas de problème, c’est sa phrase : il n’y a pas de problème.

Bon, je m’installe devant l’ordinateur et je commence mes gammes aller/retour, tout va bien, je pianote, je cherche, un jour puis l’autre, comme au marché quand vous choisissez un poulet bien dodu.

Alors, voyons, parfait, je choisis même ma place, impeccable, poursuivons, poursuivons, j’arrive presque au bout, je vais gagner le gros lot : deux belles places pour aller chez mes parents chéris, attention, attention, je vais cliquer le final, message d’erreur : mon âge ne marche pas ! Je n’avais pas dit dès le début de la commande que j’avais plus de 60 ans, et voilà qu’il fallait que je recommence tout au risque de ne plus retrouver les deux belles places que j’avais mises dans mon panier... Je pestais bien sûr, tant pis pour moi, il fallait faire attention dès le début.

Je laisse passer une grosse demi-heure pour que la partie redevienne comme avant, avec les mêmes offres...


Avignon à la belle saison

Alors, voyons, parfait, je dis que j’ai plus de 60 ans dès le début, tout va bien, je retrouve mes chères places aux mêmes prix, toutes pareilles aux premières, ouf ! Je vais cliquer le final, ça roule, carte bleue nickel, je cherche la carte que ne n’avais pas mise par prudence à côté de moi et là, branle-bas de combat, je ne trouve pas ma carte, je crie, je vocifère, j’injurie, rien à faire, je ne la trouve pas, mais pourtant je l’avais là à l’instant, je cours partout, je fais le tour de la maison, et la SNCF me dit tranquillement : Danielle, vous avez encore 10mn pour payer !

Alors-là, je vitupère, c’est de la magie noire, je suis envoûtée, c’est de la faute au Gouvernement, je vais devoir tout recommencer au risque de ne pas retrouver mes places biens placées, il reste encore deux minutes avant d’arriver au poteau, JE LA TROUVE, coincée sous mon clavier, je saute dessus, je tape les chiffres à toute allure, le code final : GAGNÉ ! J'ai bien dépensé mon argent...

Tout est bien qui finit bien, la SNCF me dit calmement, à voix très basse :  maintenant Danielle, vous pouvez imprimer vos billets, c'est ce que j'ai fait, ils sont magnifiques, je n’ai pas encore osé flasher la bonne nouvelle sur mon téléphone, dématérialiser complètement l'affaire, la prochaine fois, peut-être... Je suis trop contente d’avoir mes titres de transport tout neufs, sous les yeux, et en plus,  je ne suis pas obligée de les composter en gare... ROYAL !

Je pars bientôt, maintenant faisons la valise…

À bientôt les amis...

mardi 13 février 2018

Ave César ! Au centre Pompidou !


Le pouce de César (1921-1998) - bronze doré 6 mètres de haut, réalisé en Normandie à la fonderie Bocquel pour le Parvis du centre Pompidou en novembre 2017

Comme je vous le disais dans mon post précédent : il faut avoir beaucoup de patience quand on est artiste peintre/plasticien pour prétendre à la reconnaissance... Sans compter tous ceux, qui ont beaucoup de talent aussi,  dont on ne parlera jamais ! Vint ans après sa mort à l'âge de 77 ans (1998), le centre Pompidou propose au public une rétrospective de César : les dernières années de sa vie ont été très fastes, beaucoup de rétrospectives dont une au musée du Jeu de Paume en 1997, en Italie, au Mexique, au Brésil et création du fameux César du cinéma en 1976. Les musées du monde entier achètent ses œuvres. "De son vivant, malgré sa célébrité, il reste néanmoins snobé par le milieu de l'art": remarque de Wikipédia qui s'accorde bien avec ma remarque de présentation simpliste du centre Pompidou aujourd'hui, qui m'a franchement choquée. La plaquette de présentation offerte dès l'entrée précise que cette exposition (20 ans après sa mort) permet de redécouvrir un sculpteur majeur à travers un demi-siècle de création, il était temps !

Habituellement, la présentation d'un artiste dans ce grand musée parisien prend 1/4 d'heure de lecture (plusieurs fois pour comprendre l'introduction), et là : 2 minutes suffisent ! Pour César, pas de grand discours, dès l'entrée de l'exposition, une simple nomenclature pratique de son travail :


Un résumé simple et concret

Je n'avais jamais vu aussi simple comme présentation d'un artiste, une énumération des matières et des procédés, imaginez la même description pour le travail de Rodin : plâtres, bronze, cire perdue, cire tout court, terre, fonte... Comme s'il ne s'agissait pas de sculptures ! 

Il y avait beaucoup de monde qui circulait dans tous les sens, mais je suis arrivée quand même à prendre quelques photos des œuvres qui me plaisaient, et il y en avaient beaucoup.

À cause du coût du matériel, César n'a pas pu travailler la pierre, il est donc allé chez les ferrailleurs acheter du matériel à la casse, et des matériaux de récupération à bas prix. Malgré des cours à l'école supérieure de Marseille et à l'école nationale des Beaux-Arts de Paris, des prix en gravure, dessin et architecture, César déclare :  « Je suis fondamentalement un autodidacte absolu ».

Je peux vous dire que son exposition est réjouissante : ses soudures, moulages, compressions, expansions... Sont superbes  et  font plaisir à voir. Le bestiaire : 






 César (1921-1998) - Acier et fer soudé, bronze : chauve-souris, coq, poule, scorpion


César (1921-1998) - Compression Pernod, 1962 (Ma préférée)




César (1921-1998) Toutes mes compressions préférées

Le rouge, l'argent, l'or, les couleurs scintillent sur toutes ses pièces, la force impressionnante des œuvres ne se mesure pas en kilos, elle s'impose comme des statues sur les places des villes... 

J'ai beaucoup aimé aussi les compressions murales qui me rappellent les œuvres supports/surfaces des années 70 créées avec des matériaux pauvres :



Compression murale cagettes


César (1921-1998) - Affiches, 1976  (Compression murale, papier, colle)

Et puis les grandes silhouettes de la Victoire de Villetaneuse, en référence à la statuaire antique (la Victoire de Samothrace), adaptée avec humour par César à la localité de l'usine où il a installé son atelier.



César (1921-1998) - Victoire de Villetaneuse, 1965 (fer soudé)

Faisant dire à César : " Ma Victoire de Villetaneuse, il lui manque la tête, mais il ne lui manque rien".

C'est un vrai bonheur de se balader parmi les œuvres de César, je n'ai pas pu résister aux enveloppages en plexiglas, moi qui adore les transparences, César a du penser à moi en les inventant !



  
César (1921-1998) - Les enveloppages, 1971 (plexiglas)

Ces enveloppages me font penser à la beauté des bouquets de fleurs que le fleuriste finalise en les enfermant dans du papier transparent, comme la touche finale de brillant et de pureté du vernis sur un tableau à l'huile...


Que se passera-t-il après ? Je ne sais pas, mais ne restez pas trop loin de mes lignes...