lundi 11 juin 2018

Sur le pas de la porte... (post illustré par les verts de Normandie)





Pommiers de Normandie

Pour continuer dans les parlotes, je vais vous raconter celle-là... Elle ne vient ni de Normandie, ni d'un salon, ni d'un groupe de paroles, elle s'est fabriquée sur le pas de la porte, sur le trottoir, au sortir d'une salle de cinéma que nous fréquentons toutes les deux. Nous nous connaissons depuis longtemps... Pas vraiment amies, plutôt copines, pas très proches, mais pas trop éloignées non plus, actives dans des activités associatives, mais nous ne nous étions jamais penchées sur nos berceaux... Nous avions abordé beaucoup de sujets, plein de choses et d'autres, pas très personnelles, mais toujours intéressantes...

Les mots défilent, filent, filent des trésors qu'on ne dit jamais...

Je ne sais pas vraiment d'où, comment, les paroles ont surgi, mais elles sont venues de loin...

Nous étions allées voir, chacune de notre côté, dans la même salle, ce très beau film : "Retour à Bollenes", de Saïd Hamich, réalisateur français que je ne connaissais pas du tout. Le thème du retour, des retrouvailles est complexe. Un homme, issu de l'émigration marocaine, revient dans sa commune du sud de la France où l’extrême droite est aux manettes municipales, il ne se  reconnait plus dans les traditions ancestrales maintenues par les membres de sa famille, et dont il s'est défait au cours des années de travail à l'étranger. L'amour pour les siens est resté intact... Comme son père parti du Maroc, lui aussi est parti travailler à l'étranger, loin de sa famille... Au retour, il bascule dans l'incertitude. En gros, le film parle de ces exils singuliers avec délicatesse, les questions sont posées, mais les réponses restent à trouver, les mots à dire... Le fils et le père ne peuvent pas trouver les mots, mais ils se serrent dans les bras...


Bouleaux de Normandie

Rien n'existait autour de nous que nos paroles, nos regards. Louise me disait que bien souvent, la vie était ainsi faite, les réponses ne suivaient pas toujours les questions. Cette attente avait parfois du bon, elle nous tenait en éveil, nous étonnait, nous questionnait sans cesse... C'est quoi la réponse ? Nous somme toujours pressés de la connaître, nous savons empiriquement que cette absence, cet espace inconnu nous donne de la liberté, et quelque fois même de la créativité. Nous essayons de trouver les réponses, jusqu'à la fin de notre vie, et sur ce chemin nous ne sommes sûrs de rien...

Je lui disais combien j'avais aimé ce film, ni compliqué, ni simple, il abordait avec tact et subtilité les rapports forcément passionnés et contradictoires des membres d'une famille...

De fil en aiguille, filent, filent des trésors qu'on ne découvre jamais...

Engageons-nous, Louise, soyons sincères, soyons vraies, dans la relation avec tes enfants, ose leur dire que tu n'es plus la plus forte, ose parler de ta vulnérabilité, de ton besoin de les sentir plus près de toi, commence à compter sur eux. Elle avait deux garçons qu'elle aimait plus que tout, elle me disait aussi que c'était réciproque, mais ils ne se le disaient jamais, personne n'osait dire ces mots-là. Tu as raison, l'essentiel, nous le réservons pour la fin, comme c'est dommage... Oui, Louise, comme c'est dommage, arrête de faire la forte, la costaud, arrête, mon amie, sois faible, sois comme tu es maintenant... Courage, confiance !

Moi aussi, j'ai fait comme toi, j'ai attendu, et le temps a fui... Je leur ai dit qu'ils m'étaient nécessaires, indispensables, ça fait longtemps déjà que je leur dit que je les aime, ils savent, ils me le disent aussi. Vous savez, mes enfants, plus le temps passera et plus j'aurais besoin que vous me teniez la main, ils savent, tu vois, il m'ont entendue, nous nous sommes compris... Je voyais bien que dans les yeux de Louise, ce n'était pas la pluie qui passait mais le chagrin. J'avais moi aussi du mal à contenir mes larmes, les émotions étaient fortes, visibles....

Louise, toi qui a été une femme résistante, forte, active, tu as peut-être laissé penser que tu n'avais besoin de personne pour exister. Oui, c'est vrai, je ne voulais pas peser sur eux. Ah ! La voilà, la femme balance, un vrai fléau, mais Louise, on ne pèse pas sur les âmes quand on les aime avec tendresse... Oui, tu sais, c'est drôle de se dire ça maintenant, je n'ose pas, mais il faudra que je réfléchisse à cet amour, l'essentiel, en somme. On se parle, tu sais, avec mes garçons, mais je sens bien qu'il nous reste beaucoup à dire. Permets-le Louise, permets-le...


Les cerises arrivaient

N'attends pas que le temps te fauche cet amour-là...

Nous sommes restées longtemps à parler d'amour sur le pas de la porte, nous n'arrivions pas à nous quitter, il fallait encore des mots, des exemples, des occasions, tu crois que ? Oui, Louise, je crois que le moment des paroles est venu... Ne parlons plus à demi-mots, il en manque la moitié pour se comprendre vraiment... Tout ce que je lui disais, tout ce qu'elle me disait, entrait parfaitement dans nos cœurs !

Je connaissais la grande humanité de Louise, c'était une femme formidable, sensible, touchante, elle avait fait pour bien des gens beaucoup plus qu'il ne faudrait, mais sait-on ce qu'il fallait ? Ses enfants l'avaient vue travailler dur, se débattre, se démener, mais pas souvent ils ne l'avaient entendue parler de cet amour qu'elle avait pour eux... Moi, je ne l'avais jamais sentie si vulnérable, si attendrissante, si grande que sur le pas de la porte.....

Nous nous sommes quittées pourtant, nous avions repris nos sourires, j'ai repris mon autobus, elle rentrait à pieds, nous n'étions sûrement plus tout à fait les mêmes, de fil en aiguille, quel bel ouvrage nous avions fait...

Et pour paraphraser François Villon : N'ayons entre nous de cœurs endurcis, osons, osons les mots, prenons /donnons la parole, osons les mots d'amour avec nos enfants...


L'allée des tilleuls, apaisante...

Mes amis, à très vite pour d'autres mots, d'autres histoires, d'autres couleurs...

mercredi 6 juin 2018

J'irai revoir sa Normandie !


 C'est un coin de verdure...

De quelque côté que vous regardiez, il n'y a que des verts de toutes les couleurs, des fleurs, des chants d'oiseaux, des rayons de soleil, pas toujours les mêmes du matin au soir, toutes les saisons défilent dans la journée...

De loin, on voit ces deux fauteuils qui attendent les conversations, offrent l'intimité, la bienvenue, le confort...

À l'heure du thé, il y a du thé fumant...


À l'heure du thé, il y a du thé...



Le paysage devant les fauteuils...

Quand je suis arrivée dans sa Normandie, je me suis dit : ça existe, ça ? Comment fait la nature ici pour tout capter, diriger : les regards, les émotions, les odeurs, les enthousiasmes, les pensées, comment fait-elle pour apaiser les cœurs, diminuer les douleurs, redonner même le sourire ? Bien des peintres s'y sont essayés avec talent, originalité, invention, grâce, beauté... La nature leur restera éternellement supérieure, elle reste une insurpassable oeuvre d'art, on ne peut la mettre en concurrence avec les artistes... Les imitations ne pourront jamais remplacer l'original, mais restent indispensables...

Quelle joie de pouvoir suspendre au mur de sa salle de séjour des paysages, des fleurs, sortis tout droit des pinceaux des artistes du dimanche, comme sont appelés les auteurs qui figurent aux bas des œuvres, le plus souvent à droite. Ils ne sont ni connus, ni cités dans les livres, ne font pas partie des inventaires, des dictionnaires, ces signatures sont le plus souvent des prénoms masculins et féminins : Alice, Renée, Adèle, Maurice, Madeleine, Henri... Dessinées avec pleins et déliés à côté d'une date... "Mes œuvres", achetées ça et là dans des brocantes, des puces et même sur internet, les beaux tableaux de mon frère peuplent mon univers, intimement !

Ici, dans sa Normandie, tous les volumes sont monumentaux, inattendus, superbes, les couleurs si proches se distinguent une à une, chaque brin d'herbe a sa personnalité, il faut beaucoup de temps pour tout absorber, impossible même, alors, j'embrasse l'horizon si proche qui ne va pas plus loin que mon regard, mon cœur... Avec bonheur !


L'horizon si proche

Quand le soleil s'étire à l'heure du déjeuner, ou vers le soir, on bouge, on sort les chaises, la petite nappe, les assiettes et les verres, on met les pieds sous cette table ! Les conversations continuent et mes yeux regardent, dans les intervalles de silence que laissent les paroles, les beautés de la nature, toujours parfaites.

Nous mettons tout sur la table pour ne pas avoir à y revenir, ce beau mélange de salades, de fromages et de fruits y prend place avec harmonie. Nos conversations d'extérieur redessinent tout ce qui se passe à côté de nous :  l'herbe, les fleurs,  le poirier de 100 ans et le pouce qui s'accroche encore sur la façade, la lavande qui ne va pas tarder à répandre sa subtile odeur, la glycine qui attend sa petite réinstallation contre un mur de pierres sèches, et le merisier qui signale l'entrée de la propriété... Etc... Etc...



La belle maison


La grande coupe de lavande


Le poirier de 100 ans et le pouce

Sans rien, ou presque rien en dire, vous voyez bien de quoi je parle !

Dans un très beau lieu neuf, pas besoin d'avoir des yeux neufs, tout vous arrive en rafales, pour la première fois, vous ajoutez sans cesse des impressions qui ne s'en iront jamais, ce sont celles-là que vous garderez, aucune gomme mentale ne pourra effacer ces impressions soudaines... Après, quand vos yeux sont peu à peu habitués à la beauté naturelle, comme ils font quand vous êtes dans le noir, les nuances arrivent, les discernements, les détails prennent plus de place, cet univers entre en vous pour toujours, ces impressions si personnelles, si singulières, risquent bien de devenir, banalement : c'est beau, la Normandie !

Il vaudrait mieux prendre du temps pour traduire les beautés de ce petit coin de nature, la simplicité, le confort, la subtilité et l'élégance du décor intérieur, la somptuosité, le ravissement et l'éclat de l'environnement extérieur... Personne ne fait ça, on traduit le grandiose par : C'est beau, la Normandie ! 

Moi, j'étais déjà "asphyxiée" par l'air généreux et majestueux qui émanait de ces lieux, le soleil était à l'oeuvre, la belle petite maison était sans barrière, sans clôture, sans portail, elle n'était pas vraiment délimitée, en haut du petit chemin qui menait à l'habitation, aux deux fauteuils en osier, une haie bien verte, bien naturelle formait les murs d'un petit parking où pouvait stationner la voiture, invisible de la maison. Dehors, dedans, tout était beau à voir, "belle sous toutes ses coutures", comme vous pourriez le dire d'une "belle" personne, sa beauté, sa générosité sont des douceurs qui ne se mesurent pas à l'apparence, heureusement... Sa beauté vient des profondeurs... Vous vous foutez de l'enveloppe... Ici, dans sa Normandie, la beauté était partout, partout, la nature prenait toute sa place, domestiquée ou naturelle, en pots, en buissons, en herbes folles, en mauvaises herbes, en pommiers, en poiriers, il suffisait au départ qu'elle ait seulement un pied dans la terre, et pour vous reposer de tant de joie, les deux fauteuils, au loin, vous tendaient les bras...

Dedans, la sculpture continuait, les perspectives, les points de fuite étaient parfaits, comme dans les tableaux de Vermeer, la lumière venait aussi de gauche, par des fenêtres à petits carreaux (l'angoisse de la maîtresse de maison).


Une belle (petite) flambée pour faire chaud et beau

Il y eut même un soir une rencontre magique avec un jeune homme de 23 ans qui passait par là, il promenait son chien, mon amie le connaissait, c'était un enfant du pays, la conversation alla bon train, confortablement assises dans nos deux fauteuils. Il prit place accompagné de la tasse de thé offerte par mon amie, la conversation qui débuta à partir des talents du chien finit par faire le tour des "dépressions heureuses", comme il appelait ses états du matin... La pénombre, l’empathie, la confiance, la bienveillance, nos grandes différences d'âges, l'intérêt que sa personne nous inspira  d'emblée, orienta naturellement la conversation sur ses préoccupations du moment, de fil en aiguille,  il fut ainsi au centre de cette soirée amicale. Il parla avec plaisir de ses passions, ses espoirs secrets, ses recherches intimes, ses difficultés, son travail... Je relançais de temps en temps ses paroles, par une petite question par ci, par là, sur des sujets sensibles et délicats pour approfondir : l'amour, la mort, les passions, les plaisirs, les déceptions, ses attentes et ses projets dans sa vie. Petit à petit il sembla reprendre du crédit auprès de lui-même, la confiance en lui, si fragile, renaissait un peu, nous le sentions, imperceptiblement,  un beau moment... Vers 2 heures du matin, j'avais froid, sommeil, je suis partie me coucher, il ne se montra pas pressé de partir, je lui dis aussi que j'avais été heureuse de le rencontrer... Il resta là jusqu'à 4h avec mon amie à poursuivre les chemins que nous avions ouverts ensemble... Notre conversation intergénérationnelle fit des merveilles... Nous l'espérions ! Nous, les deux doyennes, nous nous étions engagées avec sincérité et confiance, sur tous ces sujets que nous pouvions nourrir de nos expériences, bien sûr, mais aussi de nos réflexions personnelles. Nous y avions tous trouvé notre contant de douceur et de la chaleur humaine.

À la prochaine chers amis, entre mes lignes... Je cherche des mots, des situations nouvelles à partager...

dimanche 27 mai 2018

Parler ou se taire ? Tel est le mystère !


Parler ou se taire ?


Tel est le mystère :

Il y a plusieurs écoles : celle des plus bavards (dont je suis), et celle des plus silencieux (dont je peux être aussi), pas facile de trouver sa voix ! Les deux ne s'y retrouvent pas aisément. Tout dépend des circonstances...

Vous avez sans doute vécu ces envies fréquentes, alternatives dans votre existence ! On va pouvoir en parler pendant longtemps, jusqu'à la fin sans doute... La très grande fin, bien sûr...

Je ne parle vraiment du silence ou de la parole qu'à l'aune de mes expériences personnelles, pas du tout envie de généraliser abusivement, il ne s'agit que de moi, nous ne pourrons pas aller très loin dans l'analyse. Tout le monde voudra s'exprimer là-dessus en fonction de sa nécessité propre, intime, urgente, habituelle... Impossible de me mettre dans une case, mais j'ai mes petites tendances...

Délicat comme sujet, mais moi, je sais à peu près où j'en suis... T'as bien de la chance, Danielle ! Voyons voir un peu :

Par exemple, quand je vais aux spectacles vivants ou plein écran, voir une expo ou un musée, j'aime bien y aller seule, le plus souvent. Depuis très, très longtemps, quand j'étais encore très jeune, adolescente qui démarre, j'allais partout toute seule, j'aimais bien cet entre-soi avec moi-même, je craignais le partage avant d'avoir fait le tour de mes impressions personnelles, de mes interrogations, de mes incompréhensions, je voulais avoir mon idée avant d'en discuter avec d'autres... J'ai gardé ce mode d'exploration jusqu'à aujourd'hui... Avec les arts en général, j'aime bien aller seule au front et réfléchir silencieusement. Avec les humains de la vraie vie, c'est tout autre chose, j'aime mieux parler...

Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas du tout toute noire ou blanche, maintenant que j'ai vieilli, j'ai changé (un peu), j'aime aussi partager, à deux, à trois ou plus, avec enthousiasme, empressement, réjouissement ! Pas si simple de trouver mon mode d'emploi...

Cause toujours :

Au dernier spectacle que j'ai vu au théâtre de la Colline à Paris, qui s'appelait : "À la trace" d'Alexandra Badea, je n'ai pas compris grand chose. J'y étais allée sur ce thème intéressant : "On ne connait jamais son enfant... À la place de nous apprendre à changer ses couches, on devrait plutôt apprendre à aimer nos enfants sans chercher à les connaître"... En gros, c'était le sujet de la pièce. Un magnifique décor à deux  étages à la verticale, découpé en trois espaces horizontaux chacun, les acteurs (3 femmes) passaient d'un cadre à l'autre, tout au long de la pièce. Une débauche de vidéos avec des acteurs masculins qui dialoguaient avec les actrices sur scène, des paysages aussi, qui défilaient superbement sur le décor, qui accompagnaient, faisaient partie du spectacle. Au début, une actrice chantait une chanson donnant un beau un moment d'émotion, pourtant la voix n'était ni singulière, ni attachante. J'adore les moments musicaux dans un spectacle vivant quand ils surgissent là où on ne les attend pas, j'ai vécu des surprises de taille dans certains spectacles, des émotions très fortes à cause d'un chant, uniquement... Mais revenons à mes moutons...


Mon petit décor à moi : fleurs de mon balcon et orchidées qui baissaient un peu la tête

Je n'ai rien compris, pas tout compris, rien senti en tout cas, trop de paroles, trop de texte alambiqué, trop de décor, pas de corps, aucune émotion, seulement à la fin cette révélation raide, tendue, mal jouée : on devrait plutôt apprendre à aimer nos enfants sans chercher à les connaître... J'attends toujours que ça se joue, je me suis sauvée... La salle était à moitié vide, je ne sais pas pourquoi : bouche à oreille, ponts du mois de mai, beau temps ? À vous de voir... J'ai repris le métro sans un mot.

Petite parlotte de village

Alors que j'entrais dans la petit boutique de mon petit épicier du coin, où il n'y avait que deux hommes, je lançais un "bonjour messieurs-dames"... Ce qui surprit l'un des deux qui me dit : mais il n'y a pas de dame (à part moi). C'est vrai, dis-je, c'est l’habitude. Ah ! C'est peut-être "Elle" (pointant du doigt l'affiche) qui vous fait dire ça, cette belle vache rouge qui rit avec ses boucles d'oreilles, peut-être en effet, alors l'épicier ajouta : c'est comme la vie, le fromage n'est pas terrible, mais l'animal est amical, souriant, il fait plaisir à voir... Nous faisons de la philosophie de bon matin, lui dis-je, c'est vrai, c'est bien agréable d'en parler ensemble...


Léon Brel,  affineur de fromage, s'est inspiré en 1921 du dessin original de Benjamin Rabier, crée au cours de la première guerre mondiale, en négociant les droits à l'auteur, pour déposer sa marque de fromage

Je venais juste de changer de trottoir, où j'avais fait remarquer à mon marchand de légumes qu'il avait l'air  un peu fatigué : c'est le Ramadan, madame, ça fatigue. Ben oui, je comprends, mais c'est bon pour la santé, vous savez. Ah bon... Et le voilà qui me vante les mérites de la diète "ramadienne", je ne sais pas où j'ai vu ça, c'est scientifique, vous savez, indépendamment des religions, bien sûr, les docteurs disaient que c'était bon pour la santé, de ne pas manger beaucoup, manger doucement, moi je fume et bien c'et dur de m'en passer toute la journée... Bon, alors courage et bon Ramadan ! Mon marchand de légumes est un lettré, il lit beaucoup, écrit, fait de la poésie, d'ailleurs sa boutique est un vrai petit jardin, j'aime bien y aller, on parle beaucoup... De tout...

Histoire sans paroles et beaucoup d'oeuvres :

J'avais vu un entrefilet dans un canard : Agnès Varda s'expose ! J'y cours, j'y vole, je ne m'occupe pas du temps, je ne prends pas de parapluie, je chausse mes nus-pieds, avec Agnès je suis certaine de passer un bon moment. Peu avant d'arriver à la galerie, une pluie battante, du tonnerre, de la grêle, les 10 plaies d'Egypte ! J'avais les pieds trempés, le pantalon itou, la grande lessive, mais pour Elle, j'aurais nagé dans la rue...

Une petite expo, pas plus grande qu'elle, mais comme je suis une inconditionnelle, une fan, pas question de critiquer...

Il y avait là des petites maquettes de maison, de tentes, de bateaux, faites avec la pellicule 35 mm de son film "Le bonheur", qui ne pouvait plus servir maintenant que le numérique était arrivé... Elle avait dû faire tous ses tiroirs, ses archives, l'intention était touchante, la glaneuse avait recyclé, fabriqué  tous ces objets avec les copies de ce  film sorti  en en 1964. Je suis restée dans la galerie, grâce à la pluie, à observer sans dire un mot... Alors que j'en aurais parlé volontiers avec quelqu'un. Dès l'entrée, nous passions sous une arche, elle était construite entièrement de boîtes pour transporter les bobines... Agnès ! Quoi que vous fassiez, vous donnez toujours envie de pleurer... Et de sourire... Merci !


L'arche romane en boîtes de pellicules, on peut y lire les titres des films dessus



La grande serre du Bonheur,  grandeur nature, on peut rentrer dedans, construite avec des copies du film "Le Bonheur", tournesols, transparence, portes et fenêtres ouvertes, tout respire le bonheur ? - Agnès Varda


Les beaux tournesols faux de l'été - "Le bonheur" Agnès Varda


Maquette de barque en ruine et en pellicule - Agnès Varda


Maquette, modèle réduit de la grande maison pleine de tournesols - Agnès Varda


Un ensemble très émouvant de petites maquettes, réalisées entièrement avec de la pellicule (copies du film) - "le Bonheur" 

Bien sûr, avec Agnès Varda, qui ne fait pas dans le bonbon anglais, on peut se douter que "le bonheur" tournera au vinaigre... Fleurs, musique, famille heureuse avec ses deux enfants, l'histoire, va tourner au désastre... Ainsi vont les histoires d'amour... Au désastre pour la plupart... "Les histoires d'amour finissent toujours mal" (Les Rita Mitsouko) mais à quoi bon en parler...

Et bien chantons maintenant :

Quand on chante on ne parle pas, biens des chanteurs que je connais ont choisi le chant pour se taire ! Allons bon, Danielle, qu'est-ce que tu nous chantes ?

Accompagnés de la musique, les textes des chanson en disent plus long que les paroles, l'harmonie à trouver à plusieurs n'est pas facile, le chœur dans lequel je chante depuis toujours a dû apprendre à écouter les autres pour sonner juste. Certains en avaient assez de parler pour ne rien dire... Ils se sont mis à chanter...

À très vite mes amis, entre mes lignes, où, je ne sais pas encore...

lundi 21 mai 2018

Méditer au vert !


Banc à l'ombre, très bien adapté à la méditation

Un soir de cette semaine, j'ai regardé une émission de télévision sur la méditation !

Pourquoi méditer ? Pour éviter que mille maux/mots de la vie ne s'accrochent en vous, vous blessent, vous malmènent en vous rendant très malheureux. La méditation est une idée intéressante ! Si j'essayais ? Tous les jours, les sujets de tristesse ne manquent pas, ils s'incrustent, vous assaillent, vous fragilisent, vous accablent. Mettons toutes les chances de notre côté : méditons !

Tiens, bonne idée, si j'allais méditer, dans un jardin, au milieu de la nature, elle qui ne renvoie jamais rien de désagréable, jamais de questions indiscrètes, jamais de mensonges, elle ne donne à voir que la beauté, son langage est une aubaine, c'est ce qu'il me faut. Une méditation toute improvisée, bien sûr, sans règle, sans vade-mecum,  il me suffira de penser au moment présent, et ne pas me laisser envahir par des pensées parasites, et l'affaire sera faite, je serais sereine pour la journée... Bon exercice, allons méditer...

J'avais pris soin de visualiser le bon itinéraire sur internet avant de partir, j'avais pris la panoplie complète : pique-nique, couverts en plastique, serviette en tissu, roule ma poule ! Vous connaissez maintenant mon côté Bécassine, à la descente de l'autobus, j'allais à droite quand il aurait fallu prendre à gauche, j'ai donc refait le tour complet du carrefour, sans m'énerver, je commençais illico la méditation...

Beaucoup de voitures dans ce bois de Vincennes ! J'aperçois mon point de chute : l’Arboretum de la ville de Paris, il y avait un soleil magnifique, l'heure de déjeuner était largement dépassée, je vais donc directement dans l'allée aux bancs, la seule allée de tout le jardin où il y a quelques bancs, sur 13 ha ça fait peu pour les gens qui comme moi préfèrent le banc à l'herbe verte, aïe ! Que la terre est basse !

Sur le banc, face aux lilas fanés mais restés beaux, je déballe mon pique-nique, pas besoin de méditation pendant ce moment plein d'action, je me concentre sur l’œuf dur, le fromage et le 1/2 pamplemousse, pas le temps de penser à autre chose... La petite bouteille d'eau, pour boire une gorgée et me rincer les doigts.


Ici, les branches des arbres s'étirent jusqu'au sol, comme des ailes de grands oiseaux

Dans ce petit coin isolé, je n'ai vu que des grosses corneilles noires, on aurait dit des poules, elles craillaient comme dans les films de Hitchcock, à faire peur ! Je craignais même qu'elles ne viennent jusqu'à mon banc partager mon repas, elles sont restées à l'écart, pas farouches, mais prêtes à tout. Je n'y connais rien en corneilles, mais je ne les aime pas près de moi.


Sous mon banc, il y avait plein de boutons d'or

Et puis, j'ai repris ma promenade entre les grands arbres magnifiques, les faux petits chemins spécialement crées par la tondeuse entre les hautes herbes, j'avais l'impression qu'ils menaient loin, j'essayais de reconnaître et de retenir le nom des arbres. Pas besoin d'être assise, allongée sur le ventre ou sur le dos pour méditer... Il suffit de regarder profondément autour de moi toutes ces gammes de verts, de jaunes, de mauves, de blancs, de respirer à la volée toutes les effluves printanières qui vous passent sous le nez, pour ne pas penser à autre  chose. Pas besoin de chasser les pensées étroites, pas belles, celles qui vous mettent les tripes à l'envers, dans le grand jardin tout est calme en moi, il sera toujours assez tôt pour les reprendre à la sortie... Méditer demande de l'entrainement, il paraît que trois mois suffisent déjà à vous mettre un peu dans le bain, quand je vois des choses très belles j'ai souvent envie de pleurer, les émotions sont renversantes, et ruisselantes, comme pour les bonnes ou les mauvaises nouvelles, je suis submergée par les vagues... Quand j'étais petite, ma mère me disait que je pleurais tout le temps, j'avais sans doute beaucoup d'émotions en moi à déverser, mais je crois bien que je n'ai pas beaucoup changé, j'ai des ruisseaux dans les yeux, puissants comme des torrents...


Un beau petit chemin qui ne mène pas loin...

Autour de moi, aucun papier gras, bouteille en plastique, canette de bière, tout est propre, calme et beauté... En essayant de me concentrer sur le moment présent, j'allais déjà beaucoup mieux, mais ce temps reste fugace, car ce que vous avez d’indiscipliné, de tourmenté à l'intérieur, revient très vite vous taquiner, vous vous souvenez ? Il faut lutter, regarder les arbres, les fleurs, les petits chemins, les mares, les saules, les chênes, compter  les feuilles... Beaucoup compter, j'ai pris des photos...

L'Arboretum date de 1936, il est l'un des quatre sites botaniques de Paris, il y a plus de 500 essences d'arbres venus de tous les continents (beaucoup d'arbres viennent de Chine).


Arbre de neige chinois - 1950


Les fleurs de l'arbre de neige ont une odeur très douce et pénétrante, un peu comme celle du tilleul


Un acacia grandiose


Ses fleurs sont généreuses et délicieusement
 parfumées

Pendant que je m'occupais des arbres, je n'avais pas besoin de faire attention à la méditation, les arbres sont la méditation... Puis, tout à coup je me suis aperçue qu'il y avait beaucoup de bruit autour de moi, j'entendais le vrombissement des voitures et de quelques hélicoptères qui passaient assez régulièrement... En fait, ce site, très près de l’hippodrome de Vincennes, est traversé par le bruit, l'entretien du terrain pour les courses de chevaux est fait par des machines bruyantes, on les entend de partout. Les routes à grand trafic qui traversent le bois de Vincennes et longent l'Arboretum sont le gros point faible du site, je ne l'avais pas perçu la première fois que j'y étais venue avec une amie,  nous y avions beaucoup bavardé, et le bruit de notre conversation avait suffit à tout couvrir,  je n'avais rien entendu d'autre que le doux chant de ses paroles. Étais-je en méditation ?

Le bruit devint vite un inconvénient majeur pour moi, j'aurais dû me mettre en méditation, mais comme je n'avais pas beaucoup de pratique, je n'ai pas réussi à m'en abstraire, je me suis sauvée... En passant devant les petites mares pleine de canards près de la sortie, j'ai pensé au Petit Trianon, petite ferme reconstituée du château de Versailles, décor de théâtre, façon normande... .J'ai vu des chênes étonnants, immenses, une haie sèche, un noyer... Et je me suis mise à penser à l'Indre, j'avais envie de pleurer, j'entendais le silence de là-bas, je voyais les saules pleurer, les vrais petits chemins qui menaient loin, et les étangs de la Brière...


Le tronc d'un chêne presque centenaire

Moi, je comprends les gens qui touchent les arbres pour se faire du bien,  les gros arbres plein de veines apparentes, ils sont beaux et réconfortants, ils sont vrais ! Ils se moquent du temps qui passe, pas comme nous...


Le chêne triomphant


La petit haie sèche faite par les élèves de l'Ecole Du Breuil, (école d'horticulture de la ville de Paris), juste à côté


Le noyer par-dessus la haie...

Je me suis sauvée, j'avais le bourdon, au diable la méditation, je m'y mettrais mieux la prochaine fois...

Méditation d'hier : J'ai vu un très intéressant documentaire, réalisé avec la participation active  de personnes malades mentales qui se retrouvent dans un centre d'accueil psychothérapeutique de jour, ouvert à Reims. "Nous les intranquilles" : le titre du film est déjà très beau, à la fin, au cours d'un débat sur la maladie mentale,  un  vieux médecin psychiatre qui devait en connaître un rayon, déclare à la tribune, avec une grande émotion : que même les toutes petites choses étaient importantes, un regard, une parole, un geste,  un signe, elles nous rassemblent et nous aident à vivre, tous, les malades et les "mieux" portants ! C'est tout ce qui fait notre humanité, elles requièrent toute notre attention. Ça m'a beaucoup touchée... Je crois que c'est vrai ! Moi je vis comme ça... J'essaye !

Mes amis fidèles et ceux qui passent par hasard entre mes lignes, à très vite...

vendredi 18 mai 2018

Les cartons du déménagement... En Avignon


Légumes nouveaux de la ferme d'à coté d'Avignon, sur l’île de la Barthelasse

Vous le savez, mon frère et sa femme vont déménager... Ils vont quitter la grande maison extra-muros d'Avignon, et le petit jardin plein de moustiques tigres... Le grand figuier montre ses dents, elles sont là, les nouvelles figues de l'année, elles arrivent à pas de loup, elles sont déjà violettes, j'ai compté, il y en a suffisamment pour faire une tarte qui pourrait régaler 10 personnes...  Il suffit d'attendre. Ce sont les locataires suivants qui vont se lécher les babines...

Mais voyons, tu le sais bien, Danielle, maintenant il y a le bruit du voisinage qui vient des nouvelles constructions, on entend, les rires et les disputes, la musique et les crissements des pneus, la ville étend ses bras jusqu'ici... Avant... C'était la campagne, tout y poussait paisiblement, dans le silence... Et puis, nous irons les cueillir dans de nouveaux jardins, ceux de nos amis qui seront bien contents de ne pas en laisser perdre une seule, quel propriétaire n'est pas malheureux de voir ses figues s'écraser au sol ? Nous ferons toujours la confiture du matin qui a des petits grains qui se coincent sous les dents, mais que l'on aime tant...

Mais voyons, tu le sais bien, Danielle, maintenant il y a les moustiques qui nous attendent à la sortie, du matin au soir ils sont là, ils guettent le client qui est sorti sans révulsif...


Légumes de la ferme (2) Agriculture raisonnée... seulement !

Dès hier en arrivant, j'ai vérifié, ils étaient là, je me suis fait piquer aux mains, aux pieds, dans les cheveux, nous étions toujours au moins deux... C'est vrai, il faut partir, c'est une bonne raison... Un paradis peut vite devenir un enfer, ce n'est plus comme l'envers qui valait l'endroit, ce n'est plus du tout doux comme de la soie... On dresse l'oreille au moindre bruit, pourtant c'est le printemps dans les arbres, les fleurs, ils s'en foutent de nos angoisses, de nos questions de nos hésitations, ils sont solides ils ne pensent qu'à se faire beaux, ils se préparent pour la beauté annuelle, comme d'habitude... C'est nous qui pleurons...

Mais voyons, Danielle, tu le sais bien, un déménagement, c'est une nouvelle vie, des projets, des enthousiasmes nouveaux, un nouveau départ, allez, remplissons les cartons, les petits pour les petites choses, les gros pour le reste, oui, remplissons... Il y a autant de place là-bas... Ils y seront très bien.

Alors, j'ai rempli les petits, déplacé les gros, nous étions heureux de nos nouveaux travaux manuels, mon frère dit que le temps passe vite, qu'il ne faut pas perdre de temps, qu'ils auront juste le temps avant le nouvel avenir, la nouvelle vie. Le festival d'Avignon, pas question de ne pas y aller, ils vont tout laisser tomber : le papier bulle, les rouleaux de Scotch, les paires de ciseaux, et les papiers journaux, attention à l'escabeau, laissez tomber le rangement, pour courir dans tous les coins de la ville voir les rideaux rouges se lever sur les histoires du monde...


Légumes de la ferme (3), fraises pas très sucrées encore

Mon frère a tant d’œuvres à emporter, nous avons démonté une à une ses vanités, éparpillé, déboulonné tous les petits objets qui les composaient, on a enfermé précieusement la philosophie... Les globes de cristal, vides, sont devenus des yeux morts... Mon frère dit souvent ça de quelqu'un qui ne sait pas regarder les objets d'art, même s'il a étudié l'histoire de l'art depuis des années, il peut avoir des "yeux morts" quand même, il n'éprouve pas pour autant de discernement, d'émotion, il ne sait pas sentir, voir avec sensibilité, il ne connaît que l'histoire... Il ne raconte que des histoires...


Vanité -Yves Boussin

Faites très attention à cette coupe de cristal, très fragile et ancienne, j'y tiens beaucoup... D'ailleurs, il l'enveloppe lui-même dans un énorme morceau de papier bulle, l'entoure de bandelettes comme une momie, la retourne pour l'emmailloter complètement, et vlan, il la lâche sur la table, un petit choc, un grand cri, ZUT ! La voilà en miettes, ruinée la coupe, enlevé c'est pesé, elle est foutue, juste bonne pour la poubelle ! Pour le consoler, nous avons vite trouvé de solides arguments, ma belle-sœur et moi : prends de la distance, y'a plus grave dans la vie, vous en retrouverez une autre, et puis imagine si tu ne l'avais pas enveloppée comme un bébé, tu aurais mis du verre partout, tandis que là, rien de plus simple à ramasser, même pas besoin de balai, c'est propre... Mon frère a ri et nous aussi... Pour finir avec humour à la fin il dit : elle est vraiment bien cassée !


Légumes (4)

Le mur des cartons commence à monter, les choses s'entassent délicatement... Un peu comme dans nos appartements, nos maisons de ville et de campagne, nos mémoires. Nous les gardons, on ne sait jamais, nous les gardons, nous n'arrivons pas à nous en défaire, nous les gardons, nous les avons toujours vues là, nous les gardons en souvenir, nous les gardons, on verra demain, nous les gardons, ça peut servir... Nous amoncelons aussi sur nos murs, nos tiroirs, nos placards, dans toutes les pièces, en nous disant quelque fois, il faudra que je trie,  range, donne, jette, et nous ne le faisons jamais...

Tout le jardin s'est mis à devenir plus vert, plus tendre, plus indispensable, la guirlande de lumière, le grand laurier, le salon de jardin, les plantes, les fleurs, les herbes... C'est vrai que l'on entend beaucoup les voisins, leurs nouveaux voisins de l'immeuble d'a coté...


Le fauteuil abandonné au fond du jardin repris par la nature


Dès l'entrée le vieux banc abandonné, ils partent...


La guirlande de lumière ne scintillera plus devant le grand laurier


Premières et dernières fleurs de jasmin du jardin


Les vanités qui se trouvaient sous les globes sont déjà dans les cartons... Elles partent ailleurs !

En ville, la vie leur sera plus facile...

Les anecdotes que nous aimons :

Ma belle-sœur cherche toujours ses affaires : son sac, ses clés, son téléphone, la télécommande, son porte-monnaie, la laisse du chien... Riez... Dans une grande maison, ce n'est pas facile, il y a tellement de coins possibles pour poser ses objets, trop de chaises, trop de fauteuils, trop d'étagères, de tiroirs, de tables. À un moment, elle disait : où j'ai mis ? ... On tournait alors dans toutes les pièces, la recherche se faisait souvent avant de sortir, ce qui fait qu'on finissait par s'énerver un peu... Alors je disais : je vais voir. Au bout de très peu de temps, je trouvais l'objet avant tout le monde, ma belle-sœur m'a dit au dernier sac retrouvé : ne nous quitte pas, Danielle... Nous en avons tellement ri... Moi j'avais pris plaisir à ce Colin-maillard des objets, c'était un petit défi, j'en sortais toujours un peu triomphante ! Elle perd aussi souvent sa carte bleue, elle faisait tout de suite opposition, ma belle-sœur est très efficace... Et la retrouvait immédiatement après sous un vêtement, une serviette, sur le bureau, une chaise, sous le clavier de l'ordinateur, jamais au même endroit, forcément c'est pas facile...... Il fallait  donc réapprendre le nouveau code, c'est tout ! Elle est comme ça, elle est étourdie... Et puis dans les cartons du déménagement, il y a de quoi s'y perdre, mais je crois quand même qu'elle égarait tout, même avant le déménagement... Chut !!!...




Ma belle-soeur change de collier tous les jours, elle est comme ça, elle en assortit la couleur avec ses vêtements, c'est très beau, très réussi, d'autant que tous ses colliers, c'est moi qui les ai confectionnés, et je suis très fière qu'elle les aime, comme tout le monde, elle a ses préférés... Chaque fois que je trouve de jolies perles qui me font de l’œil, n'importe où je me trouve, je les achète en prévision d'un nouveau joli collier à faire pour elle... Quelques fois même, elle en change deux fois par jours si elle est invitée, si elle sort, elle se fait de plus en plus belle... Donc forcément, elle change de collier...


Les colliers

Mon frère n'aime pas la nature, c'est un homme des villes, quand il se retrouve en plein jardin, en plein champs ou en plein paysage, il dit : "tout est hostile autour de moi, tout m'attaque". Nous en rions, bien sûr, mais c'est vrai ! Pour le nouvel appartement, nous avions l'idée ma belle-sœur et moi de végétaliser le mur de la petite loggia avec des tas de plantations aromatiques : fines herbes, basilique, thym, romarin, persil, mon frère qui nous entendait de son coin se mit à sourire, nous avons tout de suite compris qu'il se moquait gentiment de nous. Vous l'avez compris, il ne se passionne pas pour la nature, ce n'est pas un homme des bois, il aime mieux être devant son chevalet...


Le grand platane de la ville

Mon frère grignote avant le repas (presque toujours) :

Une rondelle de saucisson par ci, un bout de fromage par là, un morceau de rillettes, sympa, un bout de jambon qui traîne, avec du pain... Mais voyons, lui dit ma belle-sœur (presque à chaque fois), ne fais pas ça, tu sais bien que c'est mauvais pour la santé, tu n'auras plus faim ensuite pour le repas, tu vas prendre du poids, etc... Mon frère s'en fiche complètement, il n'entend rien, il continu de grignoter avec un tel plaisir que nous ne disons (presque) plus rien... Il est comme ça, il grignote !




Fromages, saucissons... (photo empruntée sur internet)

Comme d'habitude, je ne sais pas ce qui viendra après... Il faut que j'ouvre les yeux, les oreilles... À très bientôt, chers amis.

mardi 8 mai 2018

Suboth Gupta au musée Conti à Paris



Adda - 2018 - Suboth Gupta (1964)

"Adda" (bien que difficile à définir) veut dire en hindi : lieu de rendez-vous culturel, lieu où les gens se rassemblent pour discuter de leurs idées de façon détendue, lieu propice aux dialogues. J'y ai vu également un arbre à palabres africain. C'est vrai que l'on a plutôt envie de s'y asseoir à l'ombre pour discuter du monde...

Dressée au milieu de la grande cour du musée Conti, l'oeuvre est magnifique. L'acier inoxydable des ustensiles de cuisine miroite sous le soleil, on a tout de suite envie de se précipiter sur l'expo tellement c'est beau !

Ce que je fais... Petite discussion à la caisse pour prendre mon billet, l'entrée coûte 14 euros, ce qui est très cher. La dame à côté de moi est de mon avis, nous rouspétons en chœur : vous ne faites plus de prix pour les seniors ? Non, madame ! Bon, un billet, s'il vous plait. Petit à petit, le terrain des expositions se réduit pour moi sur Paris, entre 14 et 15 euros, c'est trop ! Restent les galeries, et heureusement les collections permanentes des musées de Paris, certains restent payants, pour tous, les expositions temporaires sont payantes.

La mauvaise humeur passée, je fonce au premier étage admirer les œuvres pas assez nombreuses à mon goût de Suboth Gupta. Artiste indien né en 1964, vit et travaille à Delhi. Je me souviens d'une exposition qui s'appelait Paris Delhi-Bombay, en 2011 au centre Pompidou, qui m'avait enthousiasmée. Suboth Gupta y était présent avec des installations d'ustensiles de cuisine, des merveilles, il y avait une foultitude d'artistes indiens et français, à se lécher les babines de plaisir... Depuis l'année 1990, le matériau inoxydable est sa matière de prédilection, car elle représente la vaisselle présente dans tous les foyers de l'Inde, même si tous n'ont pas les moyens de la remplir, un énorme paradoxe... L'abondance et la rareté !

Au musée Conti, Suboth Gupta revient avec des objets de la vie quotidienne : timbales, bouteilles, plats, simples ustensiles de cuisine, on y voit aussi des œuvres plus anciennes, comme des objets évoquant le voyage, l'immigration (vélo, bagages, chariot à roulette...). Il se sert de toute cette "batterie" de la vie quotidienne, pauvre et ordinaire, comme d'une voix de création, un nouveau langage qui magnifie, transforme, et métamorphose le quotidien quand il le coule dans le bronze doré. Il élève ainsi ces objets rares et prolixes, en statue, arbre, décor, vidéos, sculptures de toutes sortes, tête de mort... Oeuvres d'art... Les titres qu'il donne à ses œuvres achèvent la transcendance...


Les deux vaches (Two cows) Suboth Gupta (1964) - 2003-2008


Détail


J'ai beaucoup aimé l'association de la pirogue et des grands pots à eau, et le titre nous rappelle le retour à la source...


L'eau est dans le pot, et le pot est dans l'eau - 2012 - Suboth Gupta (1964)


Dessous


Dessus


Dedans

Le travail d'accumulation, de suspension, d'agrégation, est magnifique, l'installation fonctionne exactement comme une sculpture, il faut la voir de tous ses côtés, il faut circuler autour, comme l'eau circule entre les pots, avec la même surprise, et à chaque fois s’extasier. C'est exactement ce que j'ai fait, je me suis laissée prendre à cette poétique de l'évocation... J'y voyais aussi des grelots, des grains de grenade, un fruit juteux qui contient de l'eau... J'en aime beaucoup l'harmonie, l'osmose chromatique, tous ces objets s'épousent parfaitement, sans perte de sens.

Bien sûr le voyage, la couverture roulée, l'immigration est toute entière contenu dans ces signaux de départ, je peux imaginer toute la maison du voyageur pliée en quatre pour rentrer dans les valises... Le bronze donne du poids, du grandiose à tous ces départ obligés vers l'exil... Solitude du chariot rempli de valises et d'émotions...



Suboth Gupta (1964)


Suboth Gupta (1964)


Et puis bien sûr, le parcours se termine par cette immense vanité, faite d’ustensiles nickelés.


Very Hungry God (Dieu insatiable) - 2006 - Soboth Gupta (1964)


Cette énorme tête de mort restera une question, une énigme, un avertissement, une vérité pour le visiteur, suivant sa culture, ses croyances, son imagination, la fin ou le commencement... Ou y verra-t-il son autoportrait, comme moi ? Suboth Gupta suggère encore l'abondance, l’opulence opposée à  la faim, la mort... Sans doute !

Je file à l'anglaise en Avignon, revoir le ciel bleu et le petit jardin plein de moustiques tigre ! À très bientôt les amis...