mardi 14 août 2018

La Vallée aux loups...


 Le magnifique cèdre bleu pleureur (142 ans), unique au monde, une belle anomalie énigmatique de la nature


Sous le cèdre, dont les bras redescendent dans l'eau comme un énorme feu d'artifice


Je me souviens de cet énorme cèdre à Varèse (Italie), plusieurs fois centenaire, ce monsieur m'a aidé sans le vouloir à créer l'échelle de grandeur

Il faisait chaud, très chaud, à la descente du RER (Robinson, Hauts-de-Seine). Un jeu d'enfant, avec mon amie qui connait tous les chemins qui mènent aux arbres, de trouver le chemin de la maison de Chateaubriand, puis de l’arboretum...

Pas besoin d'anti-inflammatoire pour mon genou cagneux, aujourd'hui nous ne ferons pas les 20 km des si beaux bords de Marne de la fin juillet... Non, nous irons à pas plus doux, moins loin, nouvelle promenade tout à fait appropriée à ma capacité pédestre...

Mon amie m'avait alléchée par les visions de l’arboretum : des arbres remarquables ! Parfait, où tu iras, j'irai, car je ne suis pas très fortiche pour l'orientation... Après une légère côte, quelques bavardages bien avancés dans le train, nous avons pu regarder le paysage du haut du parc départemental Henri Sellier : des allées bien arborées partaient dans tous les sens, après la pause du déjeuner sur la terrasse, nous verrions par quelle route nous irions pour rejoindre la maison de Chateaubriand, aucune inquiétude, mon amie savait !

J'adore nos piques-niques, même si je n'ai pas faim, il faisait trop chaud, l'appétit vient en mangeant, et nous ne manquions pas d'eau.



Le paysage


La terrasse du pique-nique au parc Henri Sellier, sur un banc ombragé


La croisée des chemins (mon amie savait lequel prendre)

Mon amie savait, elle était notre boussole, je pouvais tout à loisir me laisser porter, rien à choisir, peu de chance de me tromper, je laissais faire le guide, quelle chance ! Elle adore me faire découvrir ses lieux de promenades favorites, et moi j'adore la suivre, je profite à fond de ses avantages...

Ça se présentait plutôt bien, comme dans ma campagne de l'Indre, l'impression d’être loin de la ville, loin de tout, il faudrait s’arrêter une heure à chaque pas... Détailler, détailler...


Un tronc remarquable


Un chemin remarquable

Allez Danielle, regarde comme le soleil pétille autour de nous, à travers les branches le chemin est plein d'étoiles... Nous y arrivons, nous allons prendre un café chez Chateaubriand ! Le musée avait prévu des tables et des chaises pour se rafraîchir sous les arbres, nous avons un "petit" café... Nos conversations "remarquables" sont reparties avec les petits bruits de nos histoires, les gros bruits du monde, pas de bruits d'ailes : ni papillons, peu d'oiseaux, nous en sommes donc là dans nos forêts, nos ruisseaux, nos paysages verdoyants, nos villes ! Dans mon Indre, je ne rencontre pas beaucoup de papillons non plus, je me demande si les rivières sont polluées, si les champs sont glyphosatés ?

Quelle belle journée, assises autour de cette petite table, le thé fumant malgré la chaleur, nos conciliabules... Je me souvenais de l’atmosphère d'été que j'avais fortement ressentie dans le film  divin de Bertrand Tavernier : "Un dimanche à la campagne" que j'avais, il y a de nombreuses années, vu et revu, à chaque fois ça marchait, l'été resurgissait avec sa lenteur, sa moiteur, ses couleurs, et sa petite tristesse... Une merveille...

Notre dimanche à nous était un mardi, mais ça fonctionnait tout autant, peut-être un peu moins de monde... Le jeune  garçon de café prit le temps de bavarder avec nous, son plateau en équilibre très stable sur son bras...



La belle maison de Chateaubriand fut construite à la fin du XVIIIe siècle par un riche brasseur, c'est au XIXe siècle que Chateaubriand, qui l'avais acquise, décida d'orner la façade d'un péristyle  néo-classique soutenu par deux cariatides


Son bureau au fond du parc, bien à l'abri du monde, sous les arbres... J'ai pris cette photo à travers la fenêtre du petit pavillon

Nous avions visité la maison de Chateaubriand il y a quelques années, comme le temps passe vite... L'écrivain y habita dix ans... Ici, aujourd'hui, rien n'a bougé depuis le XIXe siècle, mais j'ai des gros doutes pour les papillons, les oiseaux, les abeilles, la biodiversité... Les arbres sont devenus des bâtiments remarquables, ils valent tous le déplacement : déplaçons-nous, entourons-les de nos bras, regardons-les de près, voyez comme ils sont beaux et intelligents, disent certains, ils se parlent, communiquent par les feuilles et les racines, mais je ne suis pas du tout assez savante pour vous parler de tout ça... Beaucoup de grands scientifiques nous alertent depuis des années sur "l'anéantissement biologique», "défaunation aux conséquences catastrophiques", et certains disent même que c'est foutu. Le naturaliste Bruno David, président du Muséum d’histoire naturelle de Paris, s’alarme : "On ne pourra pas toujours s’en tirer, il n’y a pas de planète B".


Le cèdre bleu pleureur, est un géant !


Le grand pin, il faut faire une chaîne pour l'entourer de nos bras


 Impossible de me rappeler l'espèce de cet arbre magnifique,  mais vous saurez, j'en suis sûre, lui donner son nom...


Profitez de l'été les amis, semez de belles idées, posez des questions, comment peut-on faire pour améliorer le sort de la Terre ?

Bientôt, je vais demander que ma rue soit classée au patrimoine mondial... Pas un arbre n'a été planté depuis 35 ans... Ça va peut-être motiver la Municipalité pour agir !




jeudi 9 août 2018

La vie en rose ? Post triste !

La vie ! Vous en fait voir de toutes les couleurs...

Au début, la vie se présente avec des couleurs layette, vous vous souvenez bien avoir tricoté (surtout les filles) le rose et le bleu presque exclusivement. Et puis après, les vies sont venues avec des couleurs plus variées car le monde avait évolué, les filles et les garçons naissent aujourd'hui avec les couleurs de l'arc-en ciel, nous avons gagné du terrain sur la monotonie. Moi aussi, je me souviens de mes débuts, en bleu pour le premier de mes fils, en bigarré pour le deuxième... Qui tricote aujourd'hui pour les nouveaux-nés ? Les supermarchés, les magasins, les boutiques en ligne...

Alice, bien sûr, ma voisine de palier, centenaire, continue dans la nouvelle maison de retraite de tricoter encore exclusivement en bleu, rose et blanc. Je m'émerveille de son travail, mais je ne dis jamais rien pour les couleurs, les couleurs de son temps... Puisque je parle d'Alice, je peux vous dire que sa fracture du bassin s'est bien arrangée, depuis quelque semaines elle re-marche avec une canne, mais je me fais beaucoup de soucis quant à l'hypothétique retour dans son appartement. Ses enfants et elle-même semblent maintenant opter pour la maison de retraite, pas très loin de chez moi, Alice préfère "être servie". J'en suis très attristée, mais attendons la décision familiale finale... Alice n'a plus envie de vivre, voilà des années qu'elle m'en parle, et je lui dis : oui, Alice, je comprends, mais restez, restez donc, rien que pour nous... Mais maintenant, elle semble dire autrement : je ne me plais plus dans mon appartement !

Quel grand vide si Alice ne revient pas ! Je ne suis pas allée la voir avec ma voisine (celle que tout le monde adore, et moi aussi, dans la tour), j'étais trop triste, je n'ai pas pu, je n'ai pas pu...


Alice, revenez !


En ce moment, ce n'est pas rose dans ma tour, un couple au 7e a été catapulté, lui, est décédé la semaine dernière à l'hôpital, c'était un sacré jardinier. Ils avaient pris en location depuis de très nombreuses années un petit lopin de terre communal (appelé communément jardin ouvrier), tout ce qu'il plantait arrivait à maturité, c'était un artiste aux pouces verts, dit le voisin du 8e qui le connaissait très bien, vous auriez vu son jardin, fleurs et légumes se côtoyaient avec harmonie, c'était incroyable, il était formidable ! Il lui dressait des couronnes de lauriers, au lieu de parler du mort, on parlait des fleurs du mort et tout le hall d'entrée de l'immeuble s'était couvert des fleurs et des légumes de Manuel ! Je n'ai pas entendu souvent des éloges funéraires aussi beaux. Petra : quelquefois, je la voyais le soir à la fraîche redescendre la petite côte, elle revenait de leur beau jardin,  à petits pas, son panier d'osier à la main, pesant, rempli de légumes de toute beauté... Ces derniers temps, ils allaient tous deux à très petits pas, lui avec une canne, il avait frôlé la mort plusieurs fois, à chaque fois direction hôpital... Depuis peu, elle perdait la tête, allait faire ses courses sans un sou... Elle est maintenant elle aussi à l'hôpital...



Mes amis du 7e, je pense à vous

 Elle avait un accent espagnol à couper au couteau, il lui manquait quatre ou cinq dents du haut, je ne comprenais jamais complètement ce qu'elle disait, mais je m'arrêtais toujours pour écouter ce qu'elle avait de si pressant à me dire... On se quittait avec un sourire, comme elle n'entendait pas très bien, je lui disais assez fort : passez une bonne journée, passez une bonne soirée, chouette, il fait beau, zut, il fait froid selon le cas... Et elle allait trottinant...  Leur appartement restera vide, elle ne reviendra pas...

Les défections s'empilent dans ma tour, les morts, les désertions, la roue tourne trop vite, il faudrait y glisser des petits cailloux pour la freiner...

Les anciens de la tour s'en vont petit à petit, la roue tourne trop vite... Trop vite...

La vie en rose  ? Dans ce film que j'ai vu dernièrement, certainement pas,  il faut avoir un moral bien trempé pour lui résister,  mais je ne peux pas tout prévoir. À la fin du film j'en suis ressortie avec "un petit moral".


Ne cherchez pas, le film s'appelle : The bacchus lady (1h50), d'un réalisateur coréen E J-Yong

E J-Yon, inconnu à mon bataillon de réalisateurs, une belle découverte, mais voilà, pour son film il faut tenir le coup... À vous de voir...

Le film raconte la vie très dure d'une personne âgée qui, faute d'une retraite suffisante, complète ses revenus en se prostituant. The lady bacchus est le terme élégant traduit en anglais pour désigner une prostituée... Voyez la version originale sur l'affiche en coréen...

Son quotidien est traité de façon douce-amère pour ne pas faire sombrer le spectateur... Elle rencontre des hommes de son âge, leur propose de "s'amuser"' un peu avec elle... Ses habitués prennent de l'âge tout comme elle, souffrent de maladies incurables (cancer, Alzheimer, solitude profonde), certains font appel à elle pour en finir... Elle donne le coup de pouce qu'il faut...

La fin est complètement morale puisque Lady Bacchus termine ses jours en prison.

Au sortir de la séance, le temps de me remettre de mes émotions, je rentre dans une discussion avec une spectatrice qui vient devoir le même film que moi... Et nous voilà parties dans une conversation qui la touche personnellement, elle me raconte la vie de sa maman qui est atteinte de la maladie d'Alzheimer... Mais surtout de la sienne qui bascule, comment faire madame ? Comment va être ma vie d'ici quelques années ? Je suis seule avec ma mère, mon frère est aux Etats-Unis, elle perd de plus en plus la mémoire, je dois lui répéter des dizaines de fois la même chose, cependant elle continue de vivre seule dans son appartement, mais pour combien de temps ? La voilà partie direct sur le droit à l’euthanasie, il y a déjà plusieurs pays qui sont bien plus en avance sur nous sur ce sujet...

Elle trouvait que ces personnes coûtaient chers à la société, elle prenait le parti de l'euthanasie à la place de l'aide... Je n'arrivais pas à le croire, je suis restée à l'écouter, mais au fond de moi j'étais effondrée...


Le poirier sauvage

Mais je n'avais pas fini de pleurer, car entre-temps j'ai vu un nouveau film que je vous recommande : "Le poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan (turc), 3h08. Un chef-d'oeuvre ! J'ai adoré chaque plan magnifique, chaque parole, même celles pleines de désillusion dans beaucoup de domaines de la vie : amour, croyance, famille, société, avenir, solidarité... Paroles amères, cinglantes, arrogantes, provocantes et pleines de doutes... Sinan, jeune diplômé, vient de terminer ses études qui doivent lui permettre de passer le concours pour devenir instituteur... Il revient dans la maison familiale, il n'est ni aimable, ni sympathique, l'empathie lui manque, il est plus critique que compréhensif, il va rater le concours... Sinan a écrit un livre qui s'appelle "Le poirier sauvage", il veut le faire éditer, mais le chemin sera long... Long aussi le chemin du rapprochement avec son père, joueur invétéré qu'il méprise... Le chemin sera court pour nous spectateurs, les rencontres sont multiples et passionnantes, émouvantes, faisant jaillir de multiples questions... Mais j'ai beaucoup pleuré, je pleure encore... Quelle belle rencontre, quel bonheur de voir un tel film, Ceylan nous donne le temps de vivre un morceau du chemin, tellement humain, que parcourt Sinan. À la croisée de ses chemins, les doutes s'accumulent... La fin reste tout de même pleine d'espoir.

Bravo l'artiste ! Un film à voir absolument...

Allez, le prochain post sera vert, vert comme l'herbe, vert comme les arbres, rose comme les fleurs... Bel été mes amis...


samedi 4 août 2018

Le partage de l'eau... (suite et fin du post du 28 juin dernier...)



Une ancienne minoterie et ses cascades vertes qui grimpaient vers le ciel

Dans mon petit post du 28 juin dernier (cliquez sur la date), je vous avait annoncé : le verre d'eau chez l'habitante... Et bien le voici, avec la canicule, c'est bien qu'il refasse surface pour vous désaltérer !

Alors que nous allions d'un mur peint à l'autre, dans une cité de Vitry-sur-Seine, bien installée dans son petit chemin d'une campagne très urbanisée, il restait encore de la place pour des fleurs et des arbustes, même des arbres... Plus aucune voiture par ici...


Le chemin de la campagne urbanisée

Tout au bout du chemin, juste avant les grands immeubles, nous avons fait une rencontre avec une grande maison grillagée... Un garage aérien ? Un drôle de "truc" avec des escaliers que nous ne reconnaissions pas, et qui attira bien sûr notre curiosité maladive. 


La structure en fer moins végétalisée (Photo empruntée sur internet)

Nous nous sommes approchées de très près pour comprendre l'affaire, il s'agissait d'une façade d'un grand immeuble du 19e siècle (ancienne minoterie), qui avait été réhabilitée du dehors comme du dedans, nous le sûmes en montant les escaliers qui menaient au premier étage, nous avions bénéficié de l'entrée libre grâce au portillon d'accès qui était cassé...

Au premier étage, nous avions compris que cette infrastructure rajoutée à la façade permettait l'accès aux  appartements par des passerelles ajourées, ainsi, chacun jouissait d'un espace privé  à l'extérieur, il y avait même assez de place pour y mettre une table et des chaises, tout cela donnait à cet immeuble un charme fou ! L'ensemble ce de beau bâtiment en pierre avait été agrandi avec ingéniosité, et superbement végétalisé...


Les passerelles qui desservaient chaque appartement


Bel arrangement d'architecte... Et enjolivement des propriétaires

En haut des marches que nous grimpions avec l'audace des intrus qui pénètrent dans une propriété privée, une charmante dame, accoudée à la balustrade, nous accueillit avec le sourire : votre immeuble nous intriguait tellement que nous nous sommes permises de l'explorer, grâce à la porte d'entrée qui est restée ouverte..

Mais entrez donc, vous avez bien fait ! Il faisait une chaleur de canicule, nous la complimentons sur la beauté du lieu, la création architecturale, les fleurs, l'environnement général... Entrez donc vous rafraîchir, venez visiter mon appartement ! L'invitation était spontanée et charmante, nous n'avons donc pas hésité. Un magnifique appartement, avec un espace généreux et décoré avec goût, des œuvres personnelles de la dame s'exposaient sur les murs, les couleurs lumineuses, tout ici respirait le soleil et la lumière... La beauté...

Asseyez vous... Nous avons pris place sur le canapé. Prendrez-vous une boisson ? Que puis-je vous offrir ? Un grand verre d'eau nous ira très bien, merci beaucoup de votre accueil... Le grand verre d'eau fut comme un oasis...

Nous étions amies, la conversation allait dans tous les sens, le repérage et l'achat de l'appartement, l'installation, le passé, le présent, le futur... Et le grand verre d'eau, se bousculaient. Jeanne : ce prénom qui n'était pas le sien lui plaisait tant, qu'elle se faisait appeler Jeanne... Comme vous devez vous plaire ici, pas de bruit, du vert et la lumière, tout pour être heureux... Mais Jeanne avait eu des soucis avec son cœur et avant de partir en la saluant, longtemps après être entrées, je lui dit en pointant du doigt son cœur : prenez soin de vous, Jeanne, prenez la vie du très bon côté, merci de votre accueil... Quelle belle journée nous avons passée...

Il avait suffit de trois fois rien pour être à l'aise, assises tranquillement à deviser sur les choses de sa vie, un moment très agréable de vraie convivialité, personne n'était pressé de partir et pourtant... Il le fallait...

Merci Jeanne, merci pour le partage de l'eau, pour le partage des mots, nous ne vous oublierons pas... J'avais bien l'intention de parler de notre rencontre que nous avons beaucoup aimée, mais mon ordinateur s'est cassé, et la vie ordinaire ou extraordinaire a continué son chemin... Sans vous, Jeanne...

L'été est en plein boom, il grille tout sur son passage, les fleurs de mon balcon (géraniums ) profitent au maximum, les orchidées de l'intérieur ne tiennent pas leurs promesses, je vais leur donner de l'eau...




Amis, profitez de l'été en plein cœur...

mardi 31 juillet 2018

Les bords de Marne !



Pique-nique au bord de l'eau, il y a du vent doux, nous ne sentons pas les degrés...

Il faisait une chaleur, ce jour-là... Il fallait craindre les coups de soleil, plus de 35 degrés à l'ombre. Parties de bonne heure : métro, RER... Nous sommes arrivées sans encombre sur les rives de la Marne grâce à mon amie qui connaît toutes ces belles promenades par cœur, elle explore depuis longtemps les alentours de Paris, elle ne ménage pas ses efforts, c'est une bonne marcheuse, elle va toujours plus loin, et y revient sans cesse... Avec elle, je n'ai pas besoin d'apprendre l'itinéraire à l'avance : quel RER faut-il que je prenne, combien de temps je vais mettre, à quelle station je dois descendre, déjà ? Bon, nous nous attendrons sur le quai de notre destination, pas de problème... De plus, impossible de se perdre avec nos téléphones portables... Parfait, je t'attends à 10h ! Mon amie se lève tôt, les rendez-vous sont fixés aux aurores. Prenons de l'eau, du café, nos petites boîtes en plastique, le sandwich, les serviettes en papier, et ses couverts en argent... Chouette, je t'embrasse, à demain...

Il y a des histoires, très belles, très captivantes, qui commencent toujours par : Il était une fois... Nos histoires à nous, de rivières, châteaux, chemins creux, arbres et églises remarquables, commencent toujours par : quel RER je dois prendre, déjà ? Je me laisse guider avec joie... J'ai juste le souci, la veille, d’imaginer un pique-nique transportable, supportant la chaleur, et bon !

C'est elle qui apporte le "petit"café dans le thermos nickelé, moi qui ne bois que rarement du café, j'apprécie son "petit" élixir de jouvence, ça va nous faire du bien, dit-elle à chaque fois... Le miracle se produit instantanément, il est délicieux, ton café, parfait, comme je l'aime, pas trop fort, idéal... Nous nous passons l'unique petit gobelet : vas-y, vas-y, sers-toi, je n'ai pas terminé mon sandwich, c'est encore trop chaud, nous ne pensons jamais à apporter un autre gobelet...


Les oies de la Marne

Nous stabilisons l'entrée en matière à : comme nous sommes bien ici, en pleine nature, pas de voitures, pas de monde, nous avons l'impression d'être à 300 km de Paris, notre carte Navigo est le passeport fait pour nous ! Bien avant d'arriver aux canards, mon amie me pose invariablement la question : alors, Danielle, comment va le "petit" moral" ? Elle fait  toujours cette invitation au voyage intérieur qui facilite bien la vie, les bavardages n'ont de cesse jusqu'à ce que nous reprenions nos transports du retour, et que le bruit des wagons empêche toute discussion...

Je m'émerveille sans fin des découvertes que je fais, même les oies sont différentes, peu importe si je vois se profiler sur l'autre berge les immeubles d'habitation...


La Marne et l'autre rive...

Mais si je cadre plus serré, un peu plus loin, nous sommes presque seules au monde...


On aperçoit les canards qui se fichent bien de tout ça

Sur cette rive, bien aménagée pour les cyclistes, les coureurs à pied et les promeneurs solitaires, il y a de la fraîcheur, car le bord de l'eau est magnifiquement arboré pendant des kilomètres. Parfois, nous entrevoyons des péniches accostées pour toujours, elles ne voyagent jamais, solidement attachées aux passerelles... Biens dissimulées...



Les belles endormies bien accrochées à la rive

J'aurais peur de dormir au bord de l'eau, moi qui crains les voleurs, les souris, et les ratons laveurs... J'aurais peine à m'endormir au milieu des eaux, même avec le doux cancanement des canards sauvages... Au bord de la Marne, je vis la grande illusion de la campagne, le décor est planté, les cygnes et les canards sont des leurres, bien vivants certes, mais je rêve des petits chemins de l'Indre, des grands peupliers au bord des maïs, et des vaches dans les prés... Les petits étangs font mon affaire, et si je peux, je m'enfonce dans les bois pour être au milieu du silence, rien à voir avec les bords de Marne qui me font rêver à d'autres paysages...


Il y a des endroits où le rêve devient réalité...

Personne à gauche, personnes à droite, loin devant il n'y a plus d'immeubles en vue, la photo est trompeuse, elle ne dit pas la vérité. Il suffit de resserrer le cadrage pour être seules au monde, mais que dis-tu, Danielle, resserré ou grand large, le cadrage met tout en valeur, les bords de Marne sont beaux, voilà la vérité ! Ne mets pas d'ombres aux tableaux, ici il y a de beaux arbres, de beaux points de vue, de belles couleurs, des canards, des oiseaux, tu nous montres même un cormoran qui se sèche les ailes au soleil, une belle ruine du moulin de Gournay-sur-Marne. Il y a de quoi s'extasier, non ? C'est vrai... 


Des arbres superbes


Si près de l'eau


Le cormoran qui se sèche les ailes


Ruines du  moulin de Gournay-sur-Marne

Avec l'anti-inflammatoire du matin, pris un peu avant de partir, pour faire coïncider ses vertus avec le début de la promenade, j'avais toutes mes chances d'aller jusqu'au bout, il s'en est fallu de peu pour ne pas reprendre du paracétamol, j'ai bien terminé l'arrivée en toute sérénité... Ouf ! 

C'est vrai, quelle chance d'avoir les bords de Marne, quelques belles heures à échanger avec Paris, s'aérer à peu de frais pour beaucoup de beauté, tous comptes faits...

Et je ne vous ai pas encore parlé du parc de Noisiel, de ses arbres remarquables. La grille d'honneur, comme neuve, bien restaurée, s'ouvrait sur le Château de Noisiel (construit au XVIIIe siècle et démoli en 1954). Très touché à la suite du bombardement de 1944, la famille Meunier (les chocolats), derniers propriétaires du lieu, n'ont pas pu assumer sa restauration, la grille est tout ce qui reste du château avec le petit pavillon, du gardien sans doute ?...


 Le petit pavillon, témoin de l'histoire du château... Subsiste avec ses entrelacs en pierre...


(Photo empruntée sur internet)

Avec cette belle grille se referme notre balade sur les bords de Marne, ombragée, jonchée de beautés,  propice aux confidences, à l'abri du soleil, nos conversations ont pris l'ampleur de nos vies : ai-je bien fait ceci, ai-je mal fait cela, s'il fallait tout refaire ? Nous avons parcouru ainsi au moins 20 km, bien trop pour moi, mais l'amitié et la curiosité nous mènent si loin... Il faudra y revenir, mais je n'y reviens jamais... Mais...


Mes amis en plein été, j'espère que vos promenades sont belles, en vrai ou sur internet... Je vous embrasse...


samedi 28 juillet 2018

Le Kodo ! Le Tonnerre et la goutte d'eau...


J'y étais !

Le KODO est le nom d'une troupe de percussionnistes japonais 

Je n'aurais donné ma place à personne ! Je les avais vus dans un théâtre parisien, je crois bien que c'était le théâtre des Champs-Elysées, je ne sais plus exactement, il y a très longtemps, longtemps, peut-être bien 20 ans ou plus. Eh oui ! Je me souviens être allée deux fois de suite dans la même semaine voir le Kodo, les forces qu'il produisait me faisaient battre le cœur, mais surtout faisaient naître des tas d'émotions fortes, l’enthousiasme, je ne voulais jamais que ça s’arrête... 

Le bruit du tonnerre qui  jaillissait des énormes tambours du Kodo m'est resté longtemps en mémoire, c'était  totalement impressionnant, totalement beau, totalement émouvant, totalement inoubliable...

Les percussions ont toujours eu sur moi un effet incroyable, ça me bouscule, ça me traverse de part en part, ça me touche autant qu'une symphonie de Mozart, c'est vous dire.

Le Kodo est spécial, il a ses codes, ses inspirations ancestrales, ses cadences, il ne ressemble à aucun groupe de percussions que je connaisse, différent des percussions africaines (que j'adore également) des cliques brésiliennes, fantastiques, comparé à tous les tambours de la terre, il est unique !... Le Kodo ne ressemble qu'à lui-même, tout fait partie du spectacle : une mise en scène minutieuse, lente et mesurée, les costumes : la sobriété japonaise stricte, blancs et noirs, rien qui dépasse, les coupes restent de notre temps. Les interventions sont bien calculées, précises, bien sûr tous les morceaux finissent en apothéose attendue, un crescendo fortissimo nous entraîne toujours au final, avec une force incroyable. Ils font vibrer les murs, sans doute chavirer les cœurs, les femmes incluses dans le groupe étaient fantastiques, fines, menues, mais tapant fort, une très grande présence... Cette fois-ci, "la nouvelle génération" présentait des chants ancestraux mais également des compositions contemporaines qui trouvaient merveilleusement leur place, il y eut aussi quelques chants accompagnés d'un instrument à corde, des petites cymbales, des bâtons qui, frappés même légèrement l'un contre l'autre, faisaient la pluie et le beau temps... Un tonnerre d'applaudissements saluait chaque final grandiose. Le roi n'était pas mon cousin...



Les tambours du Kodo

Je vous raconte aussi les moments d'avant le spectacle, mon entrée, une bonne heure avant les bruits du tonnerre et de la goutte d'eau.

La compagnie du Théâtre du Soleil, fondée par Ariane Mnouchkine en 1964, à la recherche d'un  lieu pour poursuivre son activité, s'installe en 1970 de façon précaire sur des terrains militaires du XIXe siècle (Cartoucherie, en plein bois de Vincennes), appartenant à la ville de ParisCe n'est qu'en 1985, après la réhabilitation des bâtiments par la Ville de Paris, que des contrats de location ont pu être établis, pérennisant ainsi l'installation des différents théâtres : l'Aquarium, l’Épée de Bois, la Tempête et le Chaudron, qui se sont succédés dans les lieux, après le Théâtre du Soleil.


La grande salle d'accueil du public, petite restauration (bon marché), vente de livres, et gros bouquet de fleurs

Cet accueil confortable et beau me fait toujours chaud au cœur, l'endroit est chaleureux, illuminé par des lumières scintillantes,  le gros bouquet de fleurs ajoute une attention si délicate pour le public, ce théâtre a toujours été pour moi un lieu de surprises et d'émotions fortes... J'y ai vu des spectacles qui m'ont fait pleurer, sourire, réfléchir... Réfléchir... Émerveillée !


 Les roses de l'accueil, le public est le bienvenu...


Les décors indiens et les tables pour manger, ou boire un thé, ou toute autre chose

Comme je n'avais ni faim ni soif, j'ai quand même dégusté un petit gobelet de thé vert... Que du plaisir, la visite des lieux tranquillement, car venue une "vraie" bonne heure en avance, pour avoir le bonheur de faire le tour du propriétaire, il n'y avait personne, j'ai donc commencé l'inventaire... Tiens, je n'avais pas vu ceci, cela, en réalité rien n'avait changé, et je retrouvais tout avec étonnement...


Beau détail de lumière


Les coulisses, comme si vous y étiez, sous les gradins, les petites ouvertures dans les rideaux légers permettent de voir sans être (presque) vu des artistes

Les jeunes artistes du Kodo se mettaient en forme, maquillage, et bonne humeur... Il faisaient des vocalises, des mouvements d'assouplissement, ils se chauffaient...

Au Théâtre du Soleil, rien n'est laissé au hasard : pour vous éviter d'avoir trop chaud, pas de problème, dans un grand panier d'osier, avant de prendre place sur les gradins (avec dossiers), vous pouviez prendre un petit éventail en paille pour vous faire du vent.


Les ventilateurs de paille, en forme de pétales de lotus

Tout le temps que j'avais devant moi me permit des petites discussions bien sympathiques avec les gens, une petite parlotte avec deux dames qui attendaient comme moi que commence le spectacle. Comme nous n'étions pas des perdreaux de la veille, nous avions pleins de souvenirs en commun de la maison... Vous vous souvenez ? Elle se souvenaient... Voilà comment nous avons passé notre temps, joyeusement : pourvu qu'Ariane continue de nous enchanter avec ses spectacles, elle n'est plus toute jeune, toute jeune... Oui, pourvu ! J'ai lu quelque part une information, à vérifier et, à suivre de près, concernant le théâtre de l'Aquarium, je l'ai vu appelé : "l’ensemble immobilier n°4", j'ai lu aussi qu'un "appel à projets" avait été lancé pour l'Aquarium et ses locaux... Bon, je n'en sais pas plus pour l'instant, mais ça fait peur quand même... "L'ensemble immobilier n° 4"... Une rumeur ? Beaucoup de bruit pour rien ? Il y a des fumées sans feu... Mais attention... Méfions-nous de l'été et de ses coups tordus... Motus et bouche cousu... Si j'ai du nouveau, soyons vigilants, on en reparle... Avec tambours et trompettes... Et sonnettes d'alarmes...

Avec cette information à prendre avec des pincettes, j'ai inquiété ces dames, je leur ai mis le moral à zéro, mais toutes sourires, nous nous sommes précipitées à nos places... Avec nos éventails d'oiseaux de paradis...

Le tonnerre et les gouttes d'eau tombent sur mes épaules, j'ai senti que j'étais prête à pleurer aux premiers coups d'orage... Je ne peux pas traduire avec des mots le travail du Kodo... Les tambours résonnèrent aussi haut, aussi fort que des cascades, aussi haut, aussi fort que le grand vent, ils roulent, ils hurlent... Au début, souvent ils murmurent très finement, aussi légers que des ruisseaux, tout le plateau prend l'eau petit à petit, puis le feu arrive. Comme c'est beau, tous les tambours crépitent, l'ensemble est  parfait, les roulements s'entrecroisent , se recouvrent, se répondent avec des reprises saccadées, rapides, très rapides, donnant à entendre des envolées inouïes. Le grand tambour, monté sur socle en bois, est frappé par deux hommes, postés de chaque côté, on retient son souffle... J'aurais voulu que ça dure encore et encore, j'étais dans un autre monde...


Les voilà ces valeureux, ces artistes étonnants, presque autant de femmes que d'hommes

À la sortie du spectacle, tous les artistes attendaient le public pour lui faire une dernière aubade avec les plus petits tambours, ils souriaient et moi je voyais les sourires du public, les applaudissements interminables, tous les téléphones portables étaient de sortie, ils crépitaient dans tous les coins. Merci les artistes pour votre art si touchant !



L'aubade aux spectateurs tout simplement

Chers amis, surveillons l'ensemble immobilier n°4, ouvrons l’œil, dressons l'oreille, je vous embrasse dans le bel été, un peu trop chaud !


samedi 21 juillet 2018

Le Land Art au cinéma avec Andy Goldsworthy : "Grandeur" nature...






Le magnifique film de Thomas Riedelsheimer 

La critique de Télérama fait la fine bouche pour la sortie ce film... Les goûts et les couleurs... Le documentaire  de Thomas Riedelsheimer était consacré à l'extrêmement talentueux artiste de Land Art  : Andy Goldworthy. J'ai couru, volé, pris le bus, le métro, un petit café avant la séance, j'ai mis tout de mon côté pour réunir tous les ingrédients d'un bon moment à passer, bien calée dans un bon fauteuil d'une de mes salles favorites de Paris. Goldsworthy, vous imaginez la chance, aucun film n'avait été fait depuis 16 ans sur son oeuvre. Le réalisateur nous entraîne dans le processus de création de l'artiste, et nous montre le lent déploiement des œuvres, la création à l'état brut avec des éléments naturels, il nous enseigne le regard à perte de vue... Andy Goldsworthy parle très bien de son oeuvre, chacune de ses paroles ajoute une pierre à ses édifices.

Voilà qu'il renouvelait avec ce réalisateur, une rencontre qui avec le précédent documentaire : Rivers and Tide (2001) avait déjà eu un succès mondial. Thomas Riedelsheimer met en valeur l'homme, l'artiste et son oeuvre avec magnificence...



Rivers and Tides, documentaire de Thomas Riedelsheimer - 2001-

Au début de "Penché dans le vent", il y a un petit rond de lumière déposé au sol par un rayon de soleil, le rayon tombe du toit à l'intérieur d'une petite maison abandonnée. Andy Golsworthy n'est pas un Dieu, c'est un artiste qui voit ce que vous ne voyez pas, qui pense ce que vous ne penserez jamais, il intensifie la beauté de la nature, il la détourne, l'arrange, la transforme, la fait pousser autrement... Il est le seul à pouvoir le faire de cette manière, il m'a émerveillée, il vous émerveillera !

Autour du petit rond de lumière, il secoue la poussière, et la poussière monte le long du rayon de soleil, et le transforme en baguette magique : et la lumière fut !

Je n'ai pas d'images à vous montrer, je ne pouvais pas sortir mon téléphone pour faire des photos, non, bien sûr, alors il faut que je trouve les mots qui vous emmènent là où il m'a emmenée...

Pour vous donner une idée de ses manigances, j'ai glané sur internet des images pour rendre compte de ses
prodiges :



Oeuvre de Andy Goldsworthy, artiste anglais - 1956

Il crache des fleurs, se peint les mains en pétales, les trempe dans le ruisseau pour laisser une trace rouge sang... C'est beau !

Il construit dans des sites improbables, au bord des rivières, dans des forêts improbables, des cœurs... Qui battent pour toujours, je n'en ai jamais vus en vrai, j'irai bien à ses sources, mais c'est un peu tard pour y penser, peut-être dans les jardins de Chaumont sur Loire, je vais voir... Bien sûr, il ne vit pas
d'amour et d'eau fraîche, ses œuvres sont achetées dans le monde entier...




La bouche en fleurs d'Andy Goldsworthy (1956)



Oeuvre d'Andy Goldsworthy


Andy Goldsworthy (1956) Cœur de pierre


Andy Goldsworthy un autre cœur... De bois

Il trace des chemins que la nature n'avait pas inventés, amoncelle des pierres, des bois, des feuilles, des branches, des feuilles, du plus lourd au plus léger, il ne rate rien... Il décore les arbres, les racines, les rivières, fabrique des chaussées de géant, creuse des tombeaux pour les vivants uniquement, il rend tout plus beau.




Un tombeau pour les vivants uniquement, pour dormir à l'intérieur de la terre, et écouter les bruits de la nature - Andy Goldsworthy (1956)

Il fait sortir un serpent, un mur, de la rivière...


Mur de la tempête - 1997-98 - Andy Goldsworthy (1956)  j
Je ne suis même pas certaine du nom des œuvres (pardon monsieur Goldsworthy)


Bien sûr, vous en voulez encore, allez voir le film qui vient de sortir, laissez tout tomber, laissez la vaisselle en plan, refusez de garder les enfants, les petits-enfants, si vous êtes au jardin lâchez pioche et bêche, l'arrosage se fera plus tard, laissez la scie sauteuse au placard, rangez tout ce qui peut vous empêcher de sortir, courez... Il n'est plus temps de ne pas voir Andy au travail, pourquoi le film est-il si petit, 97 mn, comment peut-on faire si court... J'attends le troisième film (un peu plus long, s'il vous plait, monsieur Riedelsheimer... En attendant de tout voir en vrai... Si je peux... Mais...Peut-être, pas certain...Me reste les images... et le bruit de l'eau...

Mes amis, le bel été pour voir de belles choses, allez-y...