jeudi 21 juin 2018

Les nouvelles... Les bonnes et les moins bonnes...(1)



L'affiche du film, d'Alexandre Messina

On ne sait jamais comment les énoncer, les bonnes d'abord, ou les mauvaises ? Vas-y Danielle, fais comme tu peux...

Les bonnes nouvelles, avec un film :

Alors je commence par les bonnes, les bonnes surprises : un film qui donne du bonheur, de l'émotion, un documentaire incroyable, qui nous raconte une aventure exceptionnelle. PERCUJAM, un film sorti très récemment, avril 2018, et pas distribué, une seule salle à Paris le propose. Il mérite mieux que ça, j'ai eu la chance de dire au réalisateur : Bravo, votre film est merveilleux !

Imaginez, un groupe d'autistes lambda et leurs éducateurs qui fabriquent le projet de monter un spectacle de musique déjantée, ils composent tout, absolument tout, paroles et musiques, qu'ils interprètent, ils sillonnent la France avec ce spectacle, des grandes salles les accueillent, ils ont un succès fou !

Dans le centre où habite tout ce petit monde, Alexandre Messina n'élude pas la vie quotidienne avec les éducateurs, les réunions où se règlent le déroulement des journées, les tensions, les angoisses, les : j'y suis - j'y suis pas, et le travail musical. Les gens sont ce qu'ils sont, c'est à dire des autistes patentés, tous différents, insupportables, attendrissants, musiciens, artistes, tellement sincères et enthousiastes... Ils expriment leurs états d'âmes directs, sincères, pas question de tricher. Ce film n'est pas un film sur les autistes, c'est un film sur le montage d'un spectacle !

Les spectacles s’enchaînent, Alexandre Massina nous sensibilise à l'envers du décor : les difficultés, les hésitations, les regrets, les timides, les excités, et puis le spectacle superbe, moi je m'en foutais un peu que les artistes soient autistes, j'avais seulement envie d'en voir plus de leur spectacle, comme n'importe quel autre, ils mettaient le feu sur scène, des belles voix, des belles paroles, des belles parties musicales, ils étaient dans l'essentiel, donner du bonheur au public. L’enthousiasme du public me donnait envie d'y être, d'en entendre d'avantage.

Un grand moment de bonheur, merci les artistes !


Le superbe documentaire de Nicolas Philibert (1995)

Je me souviens du film merveilleux : "La moindre des choses" de Nicolas Philibert (1995) réalisateur génial de grands documentaires : dans un centre psychiatrique de La Borde, soignants et malades répètent une pièce de théâtre, une troupe de théâtre professionnelle vient spécialement pour les répétitions avec les résidents. Ce documentaire n'est pas un film sur la folie, c'est un film sur le partage, la douceur, la détermination d'aboutir à monter ce spectacle de fin d'année... Je fais un grand parallèle avec celui d'Alexandre Massina, les mêmes douceurs, le même respect dans les deux films, il arrive que l'on confonde les soignants, les éducateurs et les patients, participants. Deux réalisateurs très très talentueux !


La suite des belles nouvelles, avec un concert :





L'ensemble de chanteurs au grand complet (Lisbonne)

Un beau concert de quartier. Ah, bon ! Oui, un très beau concert dans le cadre des rencontres chorales 2018 de Seine Saint Denis. Pendant deux heures, que du bonheur !

Un groupe de voix d'hommes portugais, une vingtaine des jeunes étudiants (doctorants, ingénieurs d'un institut technique supérieur) qui déboulaient directement de Lisbonne, tous en tenues noire, guitares, mandoline, tambours, tambourins et belles voix dans un programme de chants traditionnels et populaires. Participait aussi un ensemble vocal composé de 12 chanteurs professionnels de très grande qualité, Soli-Tutti dirigé par un chef (Denis Gautheyrie) qui défend depuis 30 ans la création contemporaine. Un autre chœur de Montfermeil, dirigé par Jean-Philippe Dequin, fit merveille, précis, émouvants, un beau répertoire.

Un grand moment de bonheur ! Merci les artistes !

Des bonnes nouvelles, comme s'il en pleuvaient avec les visites dans les galeries d'art : des artistes de tout premiers plans.

- Jan Fabre (plasticien) - Galerie Templon
- Bill viola (vidéaste) - Galerie W
- Pierrick Sorin (vidéaste) - Galerie W
- Fabien Chalon (maître des mystères, boîtes magiques) - Galerie W

Incroyable ! Tant de grands artistes en une seule journée, l'immense joie de voir, revoir le très grand vidéaste Bill Viola, connu du monde entier, à juste titre. Ses œuvres non seulement sont belles et émouvantes, mais elles nous font réfléchir, elles nous engagent à aller plus loin que l'apparence, plus loin que l'indifférence, il nous conduit dans des zones qui me touchent : la solidarité, l'humanité, la bienveillance et l'indifférence...  Une sorte de déluge biblique à la Géricault. Vous voyez ? Attendez de voir...




Vidéo de Bill Viola - artiste américain (1955) - Tempest - étude pour le radeau - 2005... Durée de 
la vidéo 16'50''

Un groupe de gens s’installent devant nous, laissant un grand vide sur la droite...



Petit à petit le groupe grossit, les gens se rassemblent et restent indifférents à leur voisin, un homme et une femme lisent, la femme en pantalon, au centre, regarde le spectateur, il forment une grande fresque classique, en rupture de communication...




Quelques seconde plus loin, la femme en bleu se retourne légèrement... L'action se prépare


Puis, imperceptiblement, le groupe bouge avec une quantité de tout petits gestes, que l'effet spécial du ralenti met en valeur, il faut les suivre avec attention, les deux femmes se reconnaissent et se parlent... Le lecteur continue de lire...



Tout à coup, un déluge soudain s'abat sur ces gens, sur les côtés,  ils sont frappés de plein fouet, cèdent à la panique, l'homme du milieu qui n'a pas encore été touché, continue sa lecture... Après moi le déluge, je n'entends rien, je ne vois rien !



Puis tout bascule, la panique gagne le centre, tout le groupe est frappé, désorganisé, effrayé, les gens tombent un par un sous le la force du typhon, des grandes vagues, du déluge... L'eau déferle avec violence...


L'ensemble du groupe s'agite, nous sentons la peur, certains sont à terre, victimes de la catastrophe...




Et nous voyons soudain apparaître les premiers gestes de solidarité, les mains se touchent...


Timidement,  ils se viennent en aide...

Et puis, 16'50" passées, la vidéo reprend... Il ne suffit pas d'un seul passage pour tout voir... 

Bill Viola nous dit : "Ce déchaînement des éléments naturels, s'il les laisse (les gens) échoués et désespérés, les réveille aussi de leur hébétude morale et ravive leur humanité".

L'effet spécial du ralenti augmente la densité de la tragédie, bouleverse nos perceptions, avec un œil d'entomologiste nous pouvons détailler ce qui se joue dans le groupe, et réfléchir...

Une merveille !

Jan Fabre fait son grand retour chez Templon (nouvelle galerie, beaucoup plus grande). La galerie lui a laissé les clés, il a eu carte blanche (elle l'expose depuis l'année 2000) pour l'inauguration des nouveaux locaux, il a fait ce qu'il a voulu et ce n'est pas triste, voyez, je me suis bien amusée...




La petite bête qui monte qui monte (titre de mon cru) Jan Fabre - artiste belge (1958)

Je vous avais prévenus, iconoclaste et imprévisible, un tantinet coquin, mais toujours avec un merveilleux talent,  et de l'humour !!





Matières premières : paillettes de toutes les couleurs... Qu'on se le dise !

Pierrick Sorin :

Que je n'avais pas vu depuis longtemps, un bonheur de le rencontrer avec des petits sujets animés, dans ses boîtes magiques :



Un petit personnage danse sur un vrai électrophone - Pierrick Sorin (1960)


Petit mise en scène avec projection de petits personnages - Pierrick Sorin (1960)


Projection en boîte - Pierrick Sorin (1960)

Les petites boîtes animées, installations vidéo de Pierrick Sorin, artiste français (1960), tour à tour vidéaste, scénographe, metteur en scène : ces petites boîtes sont des merveilles, où l'on voit des petits personnages marcher, danser, sauter dans un espace scénique minuscule, réduit à une boîte. Du rêve, du rêve, du rêve... Et de la poésie !

Fabien Chalon :

Cet artiste, ingénieur en physique nucléaire, est prodigieux, il invente des petites machine-Opéra qui s'animent et racontent une histoire avec son et lumière, extraordinaire créateur d'univers poétiques splendides : les boules roulent, les vapeurs montent, les lumières s'allument, la vidéo démarre, avec le son...

Il suffit d'appuyer sur le bouton de ses machineries extraordinaires et insolites pour que l'histoire vous soit contée,  de la beauté,  et des surprises vous attendent, ses œuvres sont généralement qualifiées de "mécaniques intimes" : le périple dure quelques minutes et il faut appuyer de nouveau sur le bouton pour se laisser embarquer...




La belle petite machine-Opéra qui raconte son histoire - Fabien Chalon - artiste français 


La machine-Opéra rouge qui danse - Fabien Chalon

Les boules activées par les spectateurs circulent à travers d'ingénieux labyrinthes, vous pouvez recommencer autant de fois que vous voulez, il suffit d'appuyer sur le bouton, le rêve est garanti à chaque fois... Dans la machine-Opéra rouge, la danseuse danse et les boulent roulent. Même arrêtées, les machines sont magnifiques, elles nourrissent le mystère et la poésie... Il faudrait que j'y retourne pour faire d'autres photos, pour le plaisir...

La prochaine fois, je termine les bonnes nouvelles et je parle des moins bonnes nouvelles... La roue tourne, à très bientôt les amis...

lundi 11 juin 2018

Sur le pas de la porte... (post illustré par les verts de Normandie)





Pommiers de Normandie

Pour continuer dans les parlotes, je vais vous raconter celle-là... Elle ne vient ni de Normandie, ni d'un salon, ni d'un groupe de paroles, elle s'est fabriquée sur le pas de la porte, sur le trottoir, au sortir d'une salle de cinéma que nous fréquentons toutes les deux. Nous nous connaissons depuis longtemps... Pas vraiment amies, plutôt copines, pas très proches, mais pas trop éloignées non plus, actives dans des activités associatives, mais nous ne nous étions jamais penchées sur nos berceaux... Nous avions abordé beaucoup de sujets, plein de choses et d'autres, pas très personnelles, mais toujours intéressantes...

Les mots défilent, filent, filent des trésors qu'on ne dit jamais...

Je ne sais pas vraiment d'où, comment, les paroles ont surgi, mais elles sont venues de loin...

Nous étions allées voir, chacune de notre côté, dans la même salle, ce très beau film : "Retour à Bollenes", de Saïd Hamich, réalisateur français que je ne connaissais pas du tout. Le thème du retour, des retrouvailles est complexe. Un homme, issu de l'émigration marocaine, revient dans sa commune du sud de la France où l’extrême droite est aux manettes municipales, il ne se  reconnait plus dans les traditions ancestrales maintenues par les membres de sa famille, et dont il s'est défait au cours des années de travail à l'étranger. L'amour pour les siens est resté intact... Comme son père parti du Maroc, lui aussi est parti travailler à l'étranger, loin de sa famille... Au retour, il bascule dans l'incertitude. En gros, le film parle de ces exils singuliers avec délicatesse, les questions sont posées, mais les réponses restent à trouver, les mots à dire... Le fils et le père ne peuvent pas trouver les mots, mais ils se serrent dans les bras...


Bouleaux de Normandie

Rien n'existait autour de nous que nos paroles, nos regards. Louise me disait que bien souvent, la vie était ainsi faite, les réponses ne suivaient pas toujours les questions. Cette attente avait parfois du bon, elle nous tenait en éveil, nous étonnait, nous questionnait sans cesse... C'est quoi la réponse ? Nous somme toujours pressés de la connaître, nous savons empiriquement que cette absence, cet espace inconnu nous donne de la liberté, et quelque fois même de la créativité. Nous essayons de trouver les réponses, jusqu'à la fin de notre vie, et sur ce chemin nous ne sommes sûrs de rien...

Je lui disais combien j'avais aimé ce film, ni compliqué, ni simple, il abordait avec tact et subtilité les rapports forcément passionnés et contradictoires des membres d'une famille...

De fil en aiguille, filent, filent des trésors qu'on ne découvre jamais...

Engageons-nous, Louise, soyons sincères, soyons vraies, dans la relation avec tes enfants, ose leur dire que tu n'es plus la plus forte, ose parler de ta vulnérabilité, de ton besoin de les sentir plus près de toi, commence à compter sur eux. Elle avait deux garçons qu'elle aimait plus que tout, elle me disait aussi que c'était réciproque, mais ils ne se le disaient jamais, personne n'osait dire ces mots-là. Tu as raison, l'essentiel, nous le réservons pour la fin, comme c'est dommage... Oui, Louise, comme c'est dommage, arrête de faire la forte, la costaud, arrête, mon amie, sois faible, sois comme tu es maintenant... Courage, confiance !

Moi aussi, j'ai fait comme toi, j'ai attendu, et le temps a fui... Je leur ai dit qu'ils m'étaient nécessaires, indispensables, ça fait longtemps déjà que je leur dit que je les aime, ils savent, ils me le disent aussi. Vous savez, mes enfants, plus le temps passera et plus j'aurais besoin que vous me teniez la main, ils savent, tu vois, il m'ont entendue, nous nous sommes compris... Je voyais bien que dans les yeux de Louise, ce n'était pas la pluie qui passait mais le chagrin. J'avais moi aussi du mal à contenir mes larmes, les émotions étaient fortes, visibles....

Louise, toi qui a été une femme résistante, forte, active, tu as peut-être laissé penser que tu n'avais besoin de personne pour exister. Oui, c'est vrai, je ne voulais pas peser sur eux. Ah ! La voilà, la femme balance, un vrai fléau, mais Louise, on ne pèse pas sur les âmes quand on les aime avec tendresse... Oui, tu sais, c'est drôle de se dire ça maintenant, je n'ose pas, mais il faudra que je réfléchisse à cet amour, l'essentiel, en somme. On se parle, tu sais, avec mes garçons, mais je sens bien qu'il nous reste beaucoup à dire. Permets-le Louise, permets-le...


Les cerises arrivaient

N'attends pas que le temps te fauche cet amour-là...

Nous sommes restées longtemps à parler d'amour sur le pas de la porte, nous n'arrivions pas à nous quitter, il fallait encore des mots, des exemples, des occasions, tu crois que ? Oui, Louise, je crois que le moment des paroles est venu... Ne parlons plus à demi-mots, il en manque la moitié pour se comprendre vraiment... Tout ce que je lui disais, tout ce qu'elle me disait, entrait parfaitement dans nos cœurs !

Je connaissais la grande humanité de Louise, c'était une femme formidable, sensible, touchante, elle avait fait pour bien des gens beaucoup plus qu'il ne faudrait, mais sait-on ce qu'il fallait ? Ses enfants l'avaient vue travailler dur, se débattre, se démener, mais pas souvent ils ne l'avaient entendue parler de cet amour qu'elle avait pour eux... Moi, je ne l'avais jamais sentie si vulnérable, si attendrissante, si grande que sur le pas de la porte.....

Nous nous sommes quittées pourtant, nous avions repris nos sourires, j'ai repris mon autobus, elle rentrait à pieds, nous n'étions sûrement plus tout à fait les mêmes, de fil en aiguille, quel bel ouvrage nous avions fait...

Et pour paraphraser François Villon : N'ayons entre nous de cœurs endurcis, osons, osons les mots, prenons /donnons la parole, osons les mots d'amour avec nos enfants...


L'allée des tilleuls, apaisante...

Mes amis, à très vite pour d'autres mots, d'autres histoires, d'autres couleurs...

mercredi 6 juin 2018

J'irai revoir sa Normandie !


 C'est un coin de verdure...

De quelque côté que vous regardiez, il n'y a que des verts de toutes les couleurs, des fleurs, des chants d'oiseaux, des rayons de soleil, pas toujours les mêmes du matin au soir, toutes les saisons défilent dans la journée...

De loin, on voit ces deux fauteuils qui attendent les conversations, offrent l'intimité, la bienvenue, le confort...

À l'heure du thé, il y a du thé fumant...


À l'heure du thé, il y a du thé...



Le paysage devant les fauteuils...

Quand je suis arrivée dans sa Normandie, je me suis dit : ça existe, ça ? Comment fait la nature ici pour tout capter, diriger : les regards, les émotions, les odeurs, les enthousiasmes, les pensées, comment fait-elle pour apaiser les cœurs, diminuer les douleurs, redonner même le sourire ? Bien des peintres s'y sont essayés avec talent, originalité, invention, grâce, beauté... La nature leur restera éternellement supérieure, elle reste une insurpassable oeuvre d'art, on ne peut la mettre en concurrence avec les artistes... Les imitations ne pourront jamais remplacer l'original, mais restent indispensables...

Quelle joie de pouvoir suspendre au mur de sa salle de séjour des paysages, des fleurs, sortis tout droit des pinceaux des artistes du dimanche, comme sont appelés les auteurs qui figurent aux bas des œuvres, le plus souvent à droite. Ils ne sont ni connus, ni cités dans les livres, ne font pas partie des inventaires, des dictionnaires, ces signatures sont le plus souvent des prénoms masculins et féminins : Alice, Renée, Adèle, Maurice, Madeleine, Henri... Dessinées avec pleins et déliés à côté d'une date... "Mes œuvres", achetées ça et là dans des brocantes, des puces et même sur internet, les beaux tableaux de mon frère peuplent mon univers, intimement !

Ici, dans sa Normandie, tous les volumes sont monumentaux, inattendus, superbes, les couleurs si proches se distinguent une à une, chaque brin d'herbe a sa personnalité, il faut beaucoup de temps pour tout absorber, impossible même, alors, j'embrasse l'horizon si proche qui ne va pas plus loin que mon regard, mon cœur... Avec bonheur !


L'horizon si proche

Quand le soleil s'étire à l'heure du déjeuner, ou vers le soir, on bouge, on sort les chaises, la petite nappe, les assiettes et les verres, on met les pieds sous cette table ! Les conversations continuent et mes yeux regardent, dans les intervalles de silence que laissent les paroles, les beautés de la nature, toujours parfaites.

Nous mettons tout sur la table pour ne pas avoir à y revenir, ce beau mélange de salades, de fromages et de fruits y prend place avec harmonie. Nos conversations d'extérieur redessinent tout ce qui se passe à côté de nous :  l'herbe, les fleurs,  le poirier de 100 ans et le pouce qui s'accroche encore sur la façade, la lavande qui ne va pas tarder à répandre sa subtile odeur, la glycine qui attend sa petite réinstallation contre un mur de pierres sèches, et le merisier qui signale l'entrée de la propriété... Etc... Etc...



La belle maison


La grande coupe de lavande


Le poirier de 100 ans et le pouce

Sans rien, ou presque rien en dire, vous voyez bien de quoi je parle !

Dans un très beau lieu neuf, pas besoin d'avoir des yeux neufs, tout vous arrive en rafales, pour la première fois, vous ajoutez sans cesse des impressions qui ne s'en iront jamais, ce sont celles-là que vous garderez, aucune gomme mentale ne pourra effacer ces impressions soudaines... Après, quand vos yeux sont peu à peu habitués à la beauté naturelle, comme ils font quand vous êtes dans le noir, les nuances arrivent, les discernements, les détails prennent plus de place, cet univers entre en vous pour toujours, ces impressions si personnelles, si singulières, risquent bien de devenir, banalement : c'est beau, la Normandie !

Il vaudrait mieux prendre du temps pour traduire les beautés de ce petit coin de nature, la simplicité, le confort, la subtilité et l'élégance du décor intérieur, la somptuosité, le ravissement et l'éclat de l'environnement extérieur... Personne ne fait ça, on traduit le grandiose par : C'est beau, la Normandie ! 

Moi, j'étais déjà "asphyxiée" par l'air généreux et majestueux qui émanait de ces lieux, le soleil était à l'oeuvre, la belle petite maison était sans barrière, sans clôture, sans portail, elle n'était pas vraiment délimitée, en haut du petit chemin qui menait à l'habitation, aux deux fauteuils en osier, une haie bien verte, bien naturelle formait les murs d'un petit parking où pouvait stationner la voiture, invisible de la maison. Dehors, dedans, tout était beau à voir, "belle sous toutes ses coutures", comme vous pourriez le dire d'une "belle" personne, sa beauté, sa générosité sont des douceurs qui ne se mesurent pas à l'apparence, heureusement... Sa beauté vient des profondeurs... Vous vous foutez de l'enveloppe... Ici, dans sa Normandie, la beauté était partout, partout, la nature prenait toute sa place, domestiquée ou naturelle, en pots, en buissons, en herbes folles, en mauvaises herbes, en pommiers, en poiriers, il suffisait au départ qu'elle ait seulement un pied dans la terre, et pour vous reposer de tant de joie, les deux fauteuils, au loin, vous tendaient les bras...

Dedans, la sculpture continuait, les perspectives, les points de fuite étaient parfaits, comme dans les tableaux de Vermeer, la lumière venait aussi de gauche, par des fenêtres à petits carreaux (l'angoisse de la maîtresse de maison).


Une belle (petite) flambée pour faire chaud et beau

Il y eut même un soir une rencontre magique avec un jeune homme de 23 ans qui passait par là, il promenait son chien, mon amie le connaissait, c'était un enfant du pays, la conversation alla bon train, confortablement assises dans nos deux fauteuils. Il prit place accompagné de la tasse de thé offerte par mon amie, la conversation qui débuta à partir des talents du chien finit par faire le tour des "dépressions heureuses", comme il appelait ses états du matin... La pénombre, l’empathie, la confiance, la bienveillance, nos grandes différences d'âges, l'intérêt que sa personne nous inspira  d'emblée, orienta naturellement la conversation sur ses préoccupations du moment, de fil en aiguille,  il fut ainsi au centre de cette soirée amicale. Il parla avec plaisir de ses passions, ses espoirs secrets, ses recherches intimes, ses difficultés, son travail... Je relançais de temps en temps ses paroles, par une petite question par ci, par là, sur des sujets sensibles et délicats pour approfondir : l'amour, la mort, les passions, les plaisirs, les déceptions, ses attentes et ses projets dans sa vie. Petit à petit il sembla reprendre du crédit auprès de lui-même, la confiance en lui, si fragile, renaissait un peu, nous le sentions, imperceptiblement,  un beau moment... Vers 2 heures du matin, j'avais froid, sommeil, je suis partie me coucher, il ne se montra pas pressé de partir, je lui dis aussi que j'avais été heureuse de le rencontrer... Il resta là jusqu'à 4h avec mon amie à poursuivre les chemins que nous avions ouverts ensemble... Notre conversation intergénérationnelle fit des merveilles... Nous l'espérions ! Nous, les deux doyennes, nous nous étions engagées avec sincérité et confiance, sur tous ces sujets que nous pouvions nourrir de nos expériences, bien sûr, mais aussi de nos réflexions personnelles. Nous y avions tous trouvé notre contant de douceur et de la chaleur humaine.

À la prochaine chers amis, entre mes lignes... Je cherche des mots, des situations nouvelles à partager...

dimanche 27 mai 2018

Parler ou se taire ? Tel est le mystère !


Parler ou se taire ?


Tel est le mystère :

Il y a plusieurs écoles : celle des plus bavards (dont je suis), et celle des plus silencieux (dont je peux être aussi), pas facile de trouver sa voix ! Les deux ne s'y retrouvent pas aisément. Tout dépend des circonstances...

Vous avez sans doute vécu ces envies fréquentes, alternatives dans votre existence ! On va pouvoir en parler pendant longtemps, jusqu'à la fin sans doute... La très grande fin, bien sûr...

Je ne parle vraiment du silence ou de la parole qu'à l'aune de mes expériences personnelles, pas du tout envie de généraliser abusivement, il ne s'agit que de moi, nous ne pourrons pas aller très loin dans l'analyse. Tout le monde voudra s'exprimer là-dessus en fonction de sa nécessité propre, intime, urgente, habituelle... Impossible de me mettre dans une case, mais j'ai mes petites tendances...

Délicat comme sujet, mais moi, je sais à peu près où j'en suis... T'as bien de la chance, Danielle ! Voyons voir un peu :

Par exemple, quand je vais aux spectacles vivants ou plein écran, voir une expo ou un musée, j'aime bien y aller seule, le plus souvent. Depuis très, très longtemps, quand j'étais encore très jeune, adolescente qui démarre, j'allais partout toute seule, j'aimais bien cet entre-soi avec moi-même, je craignais le partage avant d'avoir fait le tour de mes impressions personnelles, de mes interrogations, de mes incompréhensions, je voulais avoir mon idée avant d'en discuter avec d'autres... J'ai gardé ce mode d'exploration jusqu'à aujourd'hui... Avec les arts en général, j'aime bien aller seule au front et réfléchir silencieusement. Avec les humains de la vraie vie, c'est tout autre chose, j'aime mieux parler...

Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas du tout toute noire ou blanche, maintenant que j'ai vieilli, j'ai changé (un peu), j'aime aussi partager, à deux, à trois ou plus, avec enthousiasme, empressement, réjouissement ! Pas si simple de trouver mon mode d'emploi...

Cause toujours :

Au dernier spectacle que j'ai vu au théâtre de la Colline à Paris, qui s'appelait : "À la trace" d'Alexandra Badea, je n'ai pas compris grand chose. J'y étais allée sur ce thème intéressant : "On ne connait jamais son enfant... À la place de nous apprendre à changer ses couches, on devrait plutôt apprendre à aimer nos enfants sans chercher à les connaître"... En gros, c'était le sujet de la pièce. Un magnifique décor à deux  étages à la verticale, découpé en trois espaces horizontaux chacun, les acteurs (3 femmes) passaient d'un cadre à l'autre, tout au long de la pièce. Une débauche de vidéos avec des acteurs masculins qui dialoguaient avec les actrices sur scène, des paysages aussi, qui défilaient superbement sur le décor, qui accompagnaient, faisaient partie du spectacle. Au début, une actrice chantait une chanson donnant un beau un moment d'émotion, pourtant la voix n'était ni singulière, ni attachante. J'adore les moments musicaux dans un spectacle vivant quand ils surgissent là où on ne les attend pas, j'ai vécu des surprises de taille dans certains spectacles, des émotions très fortes à cause d'un chant, uniquement... Mais revenons à mes moutons...


Mon petit décor à moi : fleurs de mon balcon et orchidées qui baissaient un peu la tête

Je n'ai rien compris, pas tout compris, rien senti en tout cas, trop de paroles, trop de texte alambiqué, trop de décor, pas de corps, aucune émotion, seulement à la fin cette révélation raide, tendue, mal jouée : on devrait plutôt apprendre à aimer nos enfants sans chercher à les connaître... J'attends toujours que ça se joue, je me suis sauvée... La salle était à moitié vide, je ne sais pas pourquoi : bouche à oreille, ponts du mois de mai, beau temps ? À vous de voir... J'ai repris le métro sans un mot.

Petite parlotte de village

Alors que j'entrais dans la petit boutique de mon petit épicier du coin, où il n'y avait que deux hommes, je lançais un "bonjour messieurs-dames"... Ce qui surprit l'un des deux qui me dit : mais il n'y a pas de dame (à part moi). C'est vrai, dis-je, c'est l’habitude. Ah ! C'est peut-être "Elle" (pointant du doigt l'affiche) qui vous fait dire ça, cette belle vache rouge qui rit avec ses boucles d'oreilles, peut-être en effet, alors l'épicier ajouta : c'est comme la vie, le fromage n'est pas terrible, mais l'animal est amical, souriant, il fait plaisir à voir... Nous faisons de la philosophie de bon matin, lui dis-je, c'est vrai, c'est bien agréable d'en parler ensemble...


Léon Brel,  affineur de fromage, s'est inspiré en 1921 du dessin original de Benjamin Rabier, crée au cours de la première guerre mondiale, en négociant les droits à l'auteur, pour déposer sa marque de fromage

Je venais juste de changer de trottoir, où j'avais fait remarquer à mon marchand de légumes qu'il avait l'air  un peu fatigué : c'est le Ramadan, madame, ça fatigue. Ben oui, je comprends, mais c'est bon pour la santé, vous savez. Ah bon... Et le voilà qui me vante les mérites de la diète "ramadienne", je ne sais pas où j'ai vu ça, c'est scientifique, vous savez, indépendamment des religions, bien sûr, les docteurs disaient que c'était bon pour la santé, de ne pas manger beaucoup, manger doucement, moi je fume et bien c'et dur de m'en passer toute la journée... Bon, alors courage et bon Ramadan ! Mon marchand de légumes est un lettré, il lit beaucoup, écrit, fait de la poésie, d'ailleurs sa boutique est un vrai petit jardin, j'aime bien y aller, on parle beaucoup... De tout...

Histoire sans paroles et beaucoup d'oeuvres :

J'avais vu un entrefilet dans un canard : Agnès Varda s'expose ! J'y cours, j'y vole, je ne m'occupe pas du temps, je ne prends pas de parapluie, je chausse mes nus-pieds, avec Agnès je suis certaine de passer un bon moment. Peu avant d'arriver à la galerie, une pluie battante, du tonnerre, de la grêle, les 10 plaies d'Egypte ! J'avais les pieds trempés, le pantalon itou, la grande lessive, mais pour Elle, j'aurais nagé dans la rue...

Une petite expo, pas plus grande qu'elle, mais comme je suis une inconditionnelle, une fan, pas question de critiquer...

Il y avait là des petites maquettes de maison, de tentes, de bateaux, faites avec la pellicule 35 mm de son film "Le bonheur", qui ne pouvait plus servir maintenant que le numérique était arrivé... Elle avait dû faire tous ses tiroirs, ses archives, l'intention était touchante, la glaneuse avait recyclé, fabriqué  tous ces objets avec les copies de ce  film sorti  en en 1964. Je suis restée dans la galerie, grâce à la pluie, à observer sans dire un mot... Alors que j'en aurais parlé volontiers avec quelqu'un. Dès l'entrée, nous passions sous une arche, elle était construite entièrement de boîtes pour transporter les bobines... Agnès ! Quoi que vous fassiez, vous donnez toujours envie de pleurer... Et de sourire... Merci !


L'arche romane en boîtes de pellicules, on peut y lire les titres des films dessus



La grande serre du Bonheur,  grandeur nature, on peut rentrer dedans, construite avec des copies du film "Le Bonheur", tournesols, transparence, portes et fenêtres ouvertes, tout respire le bonheur ? - Agnès Varda


Les beaux tournesols faux de l'été - "Le bonheur" Agnès Varda


Maquette de barque en ruine et en pellicule - Agnès Varda


Maquette, modèle réduit de la grande maison pleine de tournesols - Agnès Varda


Un ensemble très émouvant de petites maquettes, réalisées entièrement avec de la pellicule (copies du film) - "le Bonheur" 

Bien sûr, avec Agnès Varda, qui ne fait pas dans le bonbon anglais, on peut se douter que "le bonheur" tournera au vinaigre... Fleurs, musique, famille heureuse avec ses deux enfants, l'histoire, va tourner au désastre... Ainsi vont les histoires d'amour... Au désastre pour la plupart... "Les histoires d'amour finissent toujours mal" (Les Rita Mitsouko) mais à quoi bon en parler...

Et bien chantons maintenant :

Quand on chante on ne parle pas, biens des chanteurs que je connais ont choisi le chant pour se taire ! Allons bon, Danielle, qu'est-ce que tu nous chantes ?

Accompagnés de la musique, les textes des chanson en disent plus long que les paroles, l'harmonie à trouver à plusieurs n'est pas facile, le chœur dans lequel je chante depuis toujours a dû apprendre à écouter les autres pour sonner juste. Certains en avaient assez de parler pour ne rien dire... Ils se sont mis à chanter...

À très vite mes amis, entre mes lignes, où, je ne sais pas encore...

lundi 21 mai 2018

Méditer au vert !


Banc à l'ombre, très bien adapté à la méditation

Un soir de cette semaine, j'ai regardé une émission de télévision sur la méditation !

Pourquoi méditer ? Pour éviter que mille maux/mots de la vie ne s'accrochent en vous, vous blessent, vous malmènent en vous rendant très malheureux. La méditation est une idée intéressante ! Si j'essayais ? Tous les jours, les sujets de tristesse ne manquent pas, ils s'incrustent, vous assaillent, vous fragilisent, vous accablent. Mettons toutes les chances de notre côté : méditons !

Tiens, bonne idée, si j'allais méditer, dans un jardin, au milieu de la nature, elle qui ne renvoie jamais rien de désagréable, jamais de questions indiscrètes, jamais de mensonges, elle ne donne à voir que la beauté, son langage est une aubaine, c'est ce qu'il me faut. Une méditation toute improvisée, bien sûr, sans règle, sans vade-mecum,  il me suffira de penser au moment présent, et ne pas me laisser envahir par des pensées parasites, et l'affaire sera faite, je serais sereine pour la journée... Bon exercice, allons méditer...

J'avais pris soin de visualiser le bon itinéraire sur internet avant de partir, j'avais pris la panoplie complète : pique-nique, couverts en plastique, serviette en tissu, roule ma poule ! Vous connaissez maintenant mon côté Bécassine, à la descente de l'autobus, j'allais à droite quand il aurait fallu prendre à gauche, j'ai donc refait le tour complet du carrefour, sans m'énerver, je commençais illico la méditation...

Beaucoup de voitures dans ce bois de Vincennes ! J'aperçois mon point de chute : l’Arboretum de la ville de Paris, il y avait un soleil magnifique, l'heure de déjeuner était largement dépassée, je vais donc directement dans l'allée aux bancs, la seule allée de tout le jardin où il y a quelques bancs, sur 13 ha ça fait peu pour les gens qui comme moi préfèrent le banc à l'herbe verte, aïe ! Que la terre est basse !

Sur le banc, face aux lilas fanés mais restés beaux, je déballe mon pique-nique, pas besoin de méditation pendant ce moment plein d'action, je me concentre sur l’œuf dur, le fromage et le 1/2 pamplemousse, pas le temps de penser à autre chose... La petite bouteille d'eau, pour boire une gorgée et me rincer les doigts.


Ici, les branches des arbres s'étirent jusqu'au sol, comme des ailes de grands oiseaux

Dans ce petit coin isolé, je n'ai vu que des grosses corneilles noires, on aurait dit des poules, elles craillaient comme dans les films de Hitchcock, à faire peur ! Je craignais même qu'elles ne viennent jusqu'à mon banc partager mon repas, elles sont restées à l'écart, pas farouches, mais prêtes à tout. Je n'y connais rien en corneilles, mais je ne les aime pas près de moi.


Sous mon banc, il y avait plein de boutons d'or

Et puis, j'ai repris ma promenade entre les grands arbres magnifiques, les faux petits chemins spécialement crées par la tondeuse entre les hautes herbes, j'avais l'impression qu'ils menaient loin, j'essayais de reconnaître et de retenir le nom des arbres. Pas besoin d'être assise, allongée sur le ventre ou sur le dos pour méditer... Il suffit de regarder profondément autour de moi toutes ces gammes de verts, de jaunes, de mauves, de blancs, de respirer à la volée toutes les effluves printanières qui vous passent sous le nez, pour ne pas penser à autre  chose. Pas besoin de chasser les pensées étroites, pas belles, celles qui vous mettent les tripes à l'envers, dans le grand jardin tout est calme en moi, il sera toujours assez tôt pour les reprendre à la sortie... Méditer demande de l'entrainement, il paraît que trois mois suffisent déjà à vous mettre un peu dans le bain, quand je vois des choses très belles j'ai souvent envie de pleurer, les émotions sont renversantes, et ruisselantes, comme pour les bonnes ou les mauvaises nouvelles, je suis submergée par les vagues... Quand j'étais petite, ma mère me disait que je pleurais tout le temps, j'avais sans doute beaucoup d'émotions en moi à déverser, mais je crois bien que je n'ai pas beaucoup changé, j'ai des ruisseaux dans les yeux, puissants comme des torrents...


Un beau petit chemin qui ne mène pas loin...

Autour de moi, aucun papier gras, bouteille en plastique, canette de bière, tout est propre, calme et beauté... En essayant de me concentrer sur le moment présent, j'allais déjà beaucoup mieux, mais ce temps reste fugace, car ce que vous avez d’indiscipliné, de tourmenté à l'intérieur, revient très vite vous taquiner, vous vous souvenez ? Il faut lutter, regarder les arbres, les fleurs, les petits chemins, les mares, les saules, les chênes, compter  les feuilles... Beaucoup compter, j'ai pris des photos...

L'Arboretum date de 1936, il est l'un des quatre sites botaniques de Paris, il y a plus de 500 essences d'arbres venus de tous les continents (beaucoup d'arbres viennent de Chine).


Arbre de neige chinois - 1950


Les fleurs de l'arbre de neige ont une odeur très douce et pénétrante, un peu comme celle du tilleul


Un acacia grandiose


Ses fleurs sont généreuses et délicieusement
 parfumées

Pendant que je m'occupais des arbres, je n'avais pas besoin de faire attention à la méditation, les arbres sont la méditation... Puis, tout à coup je me suis aperçue qu'il y avait beaucoup de bruit autour de moi, j'entendais le vrombissement des voitures et de quelques hélicoptères qui passaient assez régulièrement... En fait, ce site, très près de l’hippodrome de Vincennes, est traversé par le bruit, l'entretien du terrain pour les courses de chevaux est fait par des machines bruyantes, on les entend de partout. Les routes à grand trafic qui traversent le bois de Vincennes et longent l'Arboretum sont le gros point faible du site, je ne l'avais pas perçu la première fois que j'y étais venue avec une amie,  nous y avions beaucoup bavardé, et le bruit de notre conversation avait suffit à tout couvrir,  je n'avais rien entendu d'autre que le doux chant de ses paroles. Étais-je en méditation ?

Le bruit devint vite un inconvénient majeur pour moi, j'aurais dû me mettre en méditation, mais comme je n'avais pas beaucoup de pratique, je n'ai pas réussi à m'en abstraire, je me suis sauvée... En passant devant les petites mares pleine de canards près de la sortie, j'ai pensé au Petit Trianon, petite ferme reconstituée du château de Versailles, décor de théâtre, façon normande... .J'ai vu des chênes étonnants, immenses, une haie sèche, un noyer... Et je me suis mise à penser à l'Indre, j'avais envie de pleurer, j'entendais le silence de là-bas, je voyais les saules pleurer, les vrais petits chemins qui menaient loin, et les étangs de la Brière...


Le tronc d'un chêne presque centenaire

Moi, je comprends les gens qui touchent les arbres pour se faire du bien,  les gros arbres plein de veines apparentes, ils sont beaux et réconfortants, ils sont vrais ! Ils se moquent du temps qui passe, pas comme nous...


Le chêne triomphant


La petit haie sèche faite par les élèves de l'Ecole Du Breuil, (école d'horticulture de la ville de Paris), juste à côté


Le noyer par-dessus la haie...

Je me suis sauvée, j'avais le bourdon, au diable la méditation, je m'y mettrais mieux la prochaine fois...

Méditation d'hier : J'ai vu un très intéressant documentaire, réalisé avec la participation active  de personnes malades mentales qui se retrouvent dans un centre d'accueil psychothérapeutique de jour, ouvert à Reims. "Nous les intranquilles" : le titre du film est déjà très beau, à la fin, au cours d'un débat sur la maladie mentale,  un  vieux médecin psychiatre qui devait en connaître un rayon, déclare à la tribune, avec une grande émotion : que même les toutes petites choses étaient importantes, un regard, une parole, un geste,  un signe, elles nous rassemblent et nous aident à vivre, tous, les malades et les "mieux" portants ! C'est tout ce qui fait notre humanité, elles requièrent toute notre attention. Ça m'a beaucoup touchée... Je crois que c'est vrai ! Moi je vis comme ça... J'essaye !

Mes amis fidèles et ceux qui passent par hasard entre mes lignes, à très vite...