mardi 11 décembre 2018

Mes petits cailloux... Doux, doux (4)



Le petit (15x21) plateau de bois et le mètre en ruban

Je l'ai déniché il y a très longtemps, dans une petite brocante de quartier. Immédiatement, je suis tombée en amour pour ce beau petit objet ancien, parfait, la dentelle de papier cartonnée qui en tapisse le fond était impeccable... Et pas cher ! Mais aussitôt, la lutte contre l'accumulation me tarauda ! Où vais-je le mettre ? Y mettre quoi ? J'avais cédé le pas à l'inutilité ? Il fallait absolument que je lui trouve une utilité impérieuse, j'ai cherché et j'ai trouvé... Mon petit plateau devenait indispensable, posé sur le coin de ma console, dans mon entrée...

Je pouvais y déposer les objets que je devais emporter avec moi pour aller faire des courses, prendre un transport en commun, poster une lettre urgente, la liste de courses, l'adresse d'un lieu à visiter, un pense-bête... Ainsi, impossible d'oublier quoique ce soit avant de sortir !...


Énumération... Ci-dessous :

Sac de courses réutilisable avec ses jolies couleurs, mini porte-monnaie avec une petite fente de chaque côté où je peux loger, dans l'une, quelques cartes : paiement, bibliothèque, musées, cinéma, Navigo... Et dans l'autre, le petit tissu qu'on aperçoit à gauche pour essuyer avec douceur mes lunettes... Mes clés, bien sûr, tenues avec un anneau où s’accroche le lion ailé de Saint-Marc en bronze, acheté à Venise il y a des lustres, dans une quincaillerie... Il tient le coup et me suit partout, au même titre que l'image pieuse donnée par mon amie, qui sait que je ne crois en rien... Rien du tout... Le petit crucifix en argent, trouvé dans la rue, je l'ai mis avec madame Marie Poussepain pour faire bon poids avec le ciel... Je file un mauvais coton...



Madame Marie Poussepin (pensée de mon amie) et le crucifix (trouvé dans la rue)

On ne sait jamais, avec mes nouveaux amis, si tout me souriait pour le bonheur, la santé, la bonne humeur, les bonnes trouvailles, on ne sait jamais ? Quand on vieillit, on a beaucoup moins de temps pour la suspicion, la recherche, le doute, l'attente, on ne sait jamais, dépêchons-nous... Je n'ai plus le temps pour vérifier scientifiquement ma chance, je prends pêle-mêle tout ce qui vient sous mes pieds, à portée de main...


Autres trouvailles des rues :

Cochons et hiboux ( trouvés également dans la rue) que je garde précieusement,... Voyez comme j'ai la main heureuse, mes talismans sont très variés... J'ai trouvé beaucoup de choses sur les trottoirs, de l'argent plusieurs fois, 100 euros d'un coup, deux billets entièrement neufs... Hop ! 40 euros trouvés dans le tiroir d'un distributeur de billets, ils dépassaient, et je passais par-là, trouvé des tas de pièces par-ci par-là, je comprends maintenant l'adage : le ciel vous le rendra, en plusieurs fois, c'est fait,  mais finalement, quand je fais mes comptes, "on" m'en a pris beaucoup plus que ce que j'ai trouvé... Les cadeaux sont inégaux entre les voleurs et la trouveuse...

En amitié c'est quelque fois un peu comme ça, beaucoup donné et ne pas recevoir assez, vous ne trouvez-pas ? En amour, c'est un peu plus compliqué, mais les parts restent à travailler, ciseler, sculpter jusqu'à l'oeuvre d'art... Mais les séparations ont lieu souvent avant la fin du chef-d'oeuvre...


J'ai rajouté quelques mouchoirs en papier dans le porte-monnaie

En fait, je me suis fait voler très souvent, vous ne pouvez même pas imaginer : mon sac à l'arraché en bas de chez moi, mon porte-monnaie souvent : dans le bus, dans mon tiroir du temps ou je travaillais dans un espace public, dans mon sac à dos, mon sac à main, direct dans ma poche, pour ma carte bleue, je défie toutes les statistiques... Je pense que mes amulettes devraient encore me servir mieux, je le mérite... Vraiment, l'argent que je trouve dans la rue ne remplace pas les pertes... C'est comme aux jeux, les gains couvrent rarement les pertes ! Ma voisine me racontait que ses grands-parents étaient très fortunés : immobilier conséquent et beaucoup d'argent, ils ont tout perdu au jeu, tout !

La semaine dernière, une amie de la chorale nous a prévenues : attention les filles, les vols à l'arraché sont en recrudescence en ce moment, je me suis fait piquer le mien hier, qu'on se le dise ! Forte de l'annonce, du coup je fourre tout dans mon tout petit sac en tissu (sauf les cochons et le hiboux), et je le mets sous le manteau...


Mon petit sac en velours (fait maison)

Il est plein comme un œuf, encore un cure-dent peut-être, faut voir, il ne faut pas que je m'enrhume, je n'ai pas la place de mettre un petit paquet de mouchoirs en papier, une paire de gants ? Trop petit, je n'ai pas essayé la lettre d'amour, ça tiendrait sûrement, au large, il y a toujours de la place pour ce genre de courrier... Mais bon, maintenant, je n'y compte plus, je garde la place pour le cure-dent...

Quand j'ai pris ma retraite, j'ai travaillé la faïence, les perles, les tissus et les galons, la laine, les toiles cirées, j'ai posé des biais autour de mes plaids, j'ai brodé main... J'ai raccourci et rallongé des rideaux, mais je n'ai jamais fait mes ourlets de pantalons, ça me barbe... Le petit sac rouge, il date de ce temps-là, où j'essayais de faire quelques choses de mes mains... Je m'en suis bien tirée !


Le vide-poche, vide

Je me souviens des films du grand, du très grand cinéaste japonais Jazujiro Ozu (1903-1963)Longtemps méconnu du public occidental, alors que ses compatriotes Akira Kurosawa et Kenji Mizoguchi bénéficiaient d’une reconnaissance internationale, il finira toutefois par rencontrer un plus large public international après sa mort, notamment avec  la sortie dans les salles françaises de "Voyage à Tokyo" (et de quelques autres films)… En 1978... Seulement...



Un de mes films préférés

Dans les films d'Ozu, le maître de maison vidait méticuleusement ses poches quand il rentrait chez lui le soir, après sa journée de travail. Une fois vidées, il laissait tomber sa veste par terre, avec un geste auguste de macho... Sa femme, courbée en deux, la ramassait naturellement, et la rangeait... Dans ces années 1960, les femmes courbaient encore le dos...

En repensant à ce personnage, je me disais que j'aurais bien du mal à mettre dans mes poches tous les objets que je range habituellement dans mon petit sac. J'ai essayé, le premier jour après la nouvelle recrudescence du vol à l'arraché, mais à chaque fois, pour trouver la chose que je cherchais il fallait que je tâte quatre fois au moins chacune de mes poches... J'ai abdiqué très vite pour cause d'agacements et j'ai repris le petit sac en tissu bien bourré (moins pire qu'un vrai gros sac qui pend au bout du bras)... Tant pis pour l'arrachage de rue...




Les gants et les livres ?



L'appareil photo ?

Pour ne pas faire l'impasse sur : les livres, les gants, l'appareil photo... De toute façon il faut que je prenne mes grands sacs profonds... Bonjour la liberté mâtinée de prudence... Pas folle la guêpe !

Mes amis, pour les gens honnêtes la vie n'est pas facile, les poches bien pleines j'oublie, je ne m'y ferais jamais, ce n'est décidément pas pour moi, faire le tour de mes poches m'énerve trop, j'opte définitivement pour le risque ! Vivons dangereusement ! Mais je vais faire peu attention quand même, pas folle la guêpe...

Mes amis, je draine dans mes rivière de diamants pour trouver mes petits cailloux, et vous amuser, vous divertir, me changer les idées... Je vous attends pour le n° 5...

samedi 8 décembre 2018

En Avignon, la belle rue des Teinturiers fait très mal aux pieds !


Avignon, la belle rue des Teinturiers

Cette rue constitue une des plus belles promenades de la ville : de très grands platanes anciens la jalonnent le long de la Sorgue (alimentée par les eaux de la fontaine de Vaucluse), où l'on peut encore voir quelques roues à aubes (4 visibles, sur 23 en 1817). Elles témoignent de son passé d'intense activité industrielle, liée au textile et aux cuirs (teinturiers, garanciers, soyeux, tanneurs, corroyeurs...), florissants entre les XIVe et XIXe siècles. Une association encourage aujourd'hui la  restauration de deux roues restant encore à l'état de squelette.


Le petit pont encore bien arboré en novembre


Les roues qui tournent toujours au gré de l'eau


Projet participatif  pour la restauration de deux roues



Vestige de l'église et son clocher (14-17e siècles)

Ici s'élevait au 13e siècle le couvent des Cordeliers, reconstruit, aménagé, arrangé de siècle en siècle, qui disparaît finalement en 1806. Subsiste aujourd'hui les ruines de son église, aux grandes dimensions, du 15e siècle. Ultime vestige de l’église où fut inhumée Laure, l’éternel amour de Pétrarque.

L'été, en juillet, pendant le festival d'Avignon, le coin est noir de monde, théâtres, commerces de bouche, artisans, friperies, touristeries, travaillent à plein... C'est leur saison !

Quel plaisir cependant de circuler dans la rue au mois de novembre, presque tous les théâtres sont fermés, les cafés et quelques petits restaurants maintiennent leurs activités à l'intérieur. La beauté et le calme de la rue, les ombres, les lumières tamisées du petit soleil d'hiver qui passe dans les arbres, incitent à la flânerie, pas de voitures, à peine des vélos... Des piétons, des piétons, des piétons et des promeneurs de chiens : comme je promenais celui de mon frère et ma belle-sœur, c'est fou ce que j'ai pu discuter "chiens" avec leurs propriétaires ! Comme il est mignon (c'est vrai), on me demandait son âge, son genre, je le savais à peine, ils se montaient les uns sur les autres, et quelques fois même la partie devenait totalement inégale, les gros essayaient de monter les petits... Faites donc attention avec votre gros chien madame, j'en ai un peu peur ! Ce qu'elle fit volontiers, en réduisant la longueur de la laisse. Ce n'est pas l'amour immodéré que j'ai pour les animaux de compagnie qui me caractérise, je suis restée très longtemps terrorisée par un simple matou qui tentait de frôler ma jambe, ou qui me regardait droit dans les yeux, les chats noirs me faisaient franchement peur et je les fuyais illico. En vacances, à la campagne, je faisais des kilomètres à pied pour contourner, échapper aux assauts d'un chien qui habitait près de ma location, j'entendais ses aboiements dès je passais au loin, un gros chien de garde qui sautait partout, une peur panique me paralysait des pieds à la tête. Finalement, le temps passant sur ma phobie, c'est seulement vers la quarantaine que j'ai pu faire ami-ami avec une chatte de gouttière choisie par mes enfants, ils étaient allés la chercher chez un "donneur de chats" dans le quartier ! Nous l'avons gardée vingt ans, en parfaite santé, tout le monde l'adorait et la voulait sur ses genoux, la chatte entretenait les jalousies en ronronnant sous nos caresses, c'est moi qu'elle aime le plus, non c'est moi,  nous avons pris des tonnes de photos !

Après sa mort, je n'ai plus jamais repris d'animal, et les enfants devenus grands, s'en sont vite consolés, mais notre chatte reste dans nos souvenirs familiaux avec tendresse. Ma maman la regardait d'un sale œil, elle avait vu les grandes traces de griffes sur les côtés de mon canapé en velours dont elle avait financé la remise à neuf ! Moi, j'en avais finalement pris mon parti, mais pas ma maman... Après la mort du chat, j'ai fait recouvrir le canapé d'un nouveau tissu, splendide ! 

J'allais donc avec le petit chien familial d'Avignon, dans la rue qui faisait mal aux pieds, comme si de rien n'était, sans peur et sans reproche ! Totalement guérie depuis de nombreuses années de ma peur, je ne le voyais même pas entortiller sa laisse autour de moi... Dangereusement...


La roue tourne


Les nœuds du platane

Mais revenons à notre rue, historique, il suffit de levez le nez ou de regarder en biais, de sortir son appareil photo ou son téléphone, "clic clac Kodak". Chaque coin de la rue vaut le déplacement...

La tranquillité de cette rue nous permet d'imaginer avec difficulté aujourd'hui les bruit d'autrefois, la pollution, la saleté, les tourbillons sonores qui devaient s'échapper de toutes les portes, fenêtres, roues en action,  cris, avec les nombreuses fabriques qui traitaient les textiles (soie, coton, chanvre) et les cuirs de toutes nature. Sans compter les carrosses, puis les voitures... Les chiens, les chats, les cochons sans doute, et bien d'autres passagers d'époques !

Plus loin dans la rue, la maison gothique du IX de chiffre, avec son mur crénelé, ses gargouilles et ses petites échauguettes, reste encore énigmatique, personne ne sait d'où elle vient, les historiens ne sont pas d'accord sur son origine (15e siècle). Pendant le Festival, la maison des associations se transforme en théâtre, on tire les rideaux, en avant la musique, asseyez-vous, et regardez comment va le monde... Réfléchissons ! J'aime bien le théâtre quand il va comme ça... Les histoires d'amour, de familles, j'aime bien aussi... Réfléchissons ! Émotionnons-nous !


La belle énigme du Quatre de Chiffre


Maison de Jean-Henri  Fabre, naturaliste-entomologiste (19e siècle)

Le célèbre artiste plasticien Belge Jan Fabre, qui prétend descendre de son parfait homonyme (Jean-Henri), l'illustre enseignant-chercheur, homme de science, instituteur, naturaliste, écrivain, compositeur... Est actuellement accusé par vingt ex-salariés de sa compagnie Troubleyn de gestes déplacés, de brimades, voire de harcèlement et chantage sexuel... Affaire à suivre. J'espère qu'il est innocent, car j'aime beaucoup son oeuvre protéiforme, magnifique ! Jan Fabre et sa troupe ont rapidement répondu à ces accusations, déplorant « un procès public injuste » mené dans les médias « sur la base de témoignages et d'allégations difficilement vérifiables » (Télérama septembre 2018). Bigre, attendons la fin...

Le décor d'une fenêtre m'a surprise : j'ai levé les yeux sans regarder mes pieds, étonnée !


Deux belles croix en fer forgé veillent sur  la maison

Plus loin, la Chapelle des Pénitents Gris, fondée au 13e siècle, un peu étrange, avec un fronton, qui me fait penser à la vêture du KKK américain, ces silhouettes m'intriguent, finalement les offices dans cette chapelle, après observation personnelle, sont peut-être un peu plus ferventes, intégristes qu'ailleurs ? Je ne suis pas suffisamment au fait des pratiques de cette chapelle pour avoir un avis. J'ai appris que du 13e au 16e siècle, il y eut sur Avignon un arc-en ciel de Pénitents : Bleus, Rouges, Violets, Gris, Noirs...


La chapelle des Pénitents Gris


La chapelle des Pénitents Gris (13e siècle), et ses pénitents un peu inquiétants

Oui, Danielle, avançons, avançons, pourquoi as-tu mal aux pieds dans cette belle rue historique ?


Le pavement de la rue des teinturiers

La belle rue historique est pavée de bonnes intentions avec les beaux galets de la Durance, chaque pas est un supplice, il faut avoir des semelles très épaisses, ou des pieds jeunes et frais, pour pouvoir supporter la rugosité de  la promenade. J'ai donc dû chercher un itinéraire bis, plus plat, pour mes pauvres pieds, une petite rue parallèle beaucoup moins belle, pleine de voitures, sans aucun intérêt historique... Au loin, un grand beau  platane fit enfin irruption dans cet itinéraire vert, le grand éclat de soleil me permit de le saisir dans toute sa lumière frissonnante...


Stationnement, voitures et platane illuminé sur itinéraire bis

Finalement, c'est très bien chaussée que je peux affronter sans souffrir les galets de la Durance, retrouver les douceurs du paysage, les boutiques ouvertes ou fermées, les restos, les petits bars, les propriétaire de chiens, les sites historiques, la douceur des platanes, le glouglou de la Sorgue, et les tourniquets des quatre roues à aube...

Dans la vie, certains chemins que nous prenons qui nous paraissent : beaux, puissants, enthousiasmants, lumineux,  nécessaires, peuvent aussi nous faire souffrir... Alors, comme les galets de (l'en)Durance, les chemins de traverse deviennent indispensables pour avancer...

Ah ! Les amis, n'oubliez pas vos bonnes chaussures de marche pour déambuler dans la rue des Teinturiers, attention, pieds fragiles s'abstenir... Seuls les jeunes gens légers volent sur les pavés sans se blesser... Quelle chance !

La prochaine fois, je reprends l'histoire de mes petits cailloux... Je vous y attends !

jeudi 29 novembre 2018

C'est un signe !!




Les anémones de gaze, les transparences de Noël en Avignon...

Bon signe ? Mauvais signe ? Nous ne le savons jamais à l'avance, mais ce petit déplacement de superstition me va comme un gant, il s'applique à tout ! Mais je le préfère quand il est bon...


Jamais je ne me dis spontanément : tiens, c'est bon signe. Mais mes amis, ma famille, me le disent souvent, surtout quand je suis malade, en voie de guérison, bien sûr, tu as bon appétit, c'est bon signe, quelle belle énergie, c'est bon signe, tu es moins fatiguée en ce moment, c'est bon signe, tu as le sourire, c'est toujours bon signe...



Les signaux sont au vert, ils ne peuvent se tromper, tu vas guérir ! Moi même, je me suis mise à le dire maintenant pour les autres, ceux que j'aime en premier, je voudrais que le petit talisman verbal opère tout de suite, je ne fais pas le signe de croix puisque je ne suis ni catholique, ni croyante, mais  je dis souvent : c'est bon signe. C'est doux à dire, l'affection s'en mêle rapidement, je vois bien que ce sont des mots qui comptent. Tout le monde s'accroche aux bons signes, puisqu'ils sont bons, nous les aimons, nous ne cherchons pas à en savoir plus, c'est bon signe, voilà tout ! Nous sommes résolument du côté de l'optimisme...





Les larmes gelées - Oeuvre collective - Susanna Lehtinen / Silvie Cabezas Pizarro - Musée Vouland d'Avignon

C'est bon signe, tiens bon, je t'en prie, vas mieux, espère, crois-moi ! C'est bon signe, elle va s'en sortir... Le talisman est valable pour presque tout : la santé, le travail, l'amour, la météo, la marche du monde... Je guette le moindre signe qui va dans le bon sens... Souvent, les bons signes ne tiennent pas leurs promesses... Les mauvais ne s'imposent pas non plus... Les signes restent flous...


Quand le temps est mauvais et qu'un petit rayon de soleil traverse les nuages, c'est bon signe, il fera beau... Nous pourrons aller nous promener, ça sera bon pour les salades. C'est à la campagne surtout que les signes du ciel sont importants, le linge qui sèche sur les fils sera sec, vous croyez ? C'est certain, me répond le voisin, j'ai l'habitude, et souvent je constate qu'il pleut toute la journée... Aux champs, Météo-France n'a pas le dernier mot, elle se trompe souvent, dit le gars du coin... Moi, je vous dis qu'il fera beau... Évidemment, il faut habiter l'endroit, avoir vécu longtemps au vert, près des animaux (les grenouilles surtout), pour défier la météo scientifique qui fait quand même presque tout le temps ses preuves. On écoute cependant les gens du terroir, ils en connaissent un rayon, pas comme ceux des bureaux de la météo "qui se trompent tout le temps". Tout le monde oublie les prévisions exactes d'hier et d'aujourd'hui, nous n'avons pas la mémoire du temps... On ne retient même plus les dates, mais mon voisin de campagne est sûr de son coup, je vous dis qu'il fera beau, pas la peine de prendre le parapluie, bien m'en a pris, la pluie m'a trempée jusqu'au os...





Tasse en lévitation au musée Vouland d'Avignon

Il y a des signes qui ne trompent pas, des signes avant-coureurs qu'on néglige, là, c'est compliqué surtout en politique, comment voir clair ? Comment penchera notre balance intérieure, sans la laisser balancer du très mauvais côté... Je veux la paix, la justice, la démocratie, le bien de tous les humains, sans oublier la faune et la flore, qui va trépasser en premier ? Il y a des signes, les mauvais, qui ne trompent pas, je n'entends plus les chants des oiseaux dans ma campagne indroise... 


Je m'interroge, je réfléchis, les mauvais signes sont difficiles à percevoir, je donne ma langue au chat, mais je garde mon précieux bulletin de vote... Les signes encourageants ont des vertus, ils nous donnent du temps, encore quelques efforts et nous serons triomphants, le gros lot n'est pas loin, mais gardons le cap, rien n'est gagné d'avance, regardons droit devant nous, restons confiants, les bons signes sont de notre côté... Quels bons signes, nous ne le savons pas exactement, mais nous sentons le mieux, indéfinissable ! Les optimistes disent que ça va aller, les pessimistes attendent de voir... 





La théière lévite aussi au musée Vouland en Avignon

Mes amis, mes passagers, suivez mes pas dans une belle rue d'Avignon, dans le prochain post...

jeudi 22 novembre 2018

Mes petits cailloux... Doux, doux (3)


Miroir, beau miroir...

Ce petit miroir, je l'ai acheté chez un encadreur de Venise, il y a de très nombreuses années. Il en continue sans doute la fabrication mais dans d'autres gammes de prix, il était déjà cher à l'époque, mais il était si joli, il représentait tellement Venise avec ses petite feuilles et fleurs en verre de Murano, le tain du miroir faussement vieilli. J'ai dit : merci ! En sortant de la boutique, emportant mon précieux paquet... La boutique donnait sur une belle fondamenta dans le Dorsoduro, l'année dernière déjà, on ne reconnaissait plus rien dans le coin, il y avait du monde partout, les magasins anciens fermaient ou avaient changé de mains, les nouvelles marchandises étaient plus touristiques, on pouvait compter sur les investisseurs...

Chez moi, depuis des années, j'enlève la poussière des petits sujets en verre avec un pinceau, je souffle, j’essuie délicatement, jamais je ne me regarde dedans, je caresse juste les verres fleuris du bout des doigts... C'est un objet totalement  inutilitaire, juste pour faire beau... Je l'aime... 


Les cartes postales


Je les installe par-ci, par-là, dans mon appartement, les cartes que j'aime et qui m'ont été envoyées, les images qui me rappellent des lieux où je suis allée, mais c'est surtout Venise que je privilégie... Venise est toujours devant ou derrière une carte... J'ai  beaucoup acheté de marque-pages, car j'adore ce format et j'aime particulièrement les détails que permet le format des marques-page, j'ai un gendre qui les laisse dans tous les livres qu'il lit. J'ai beaucoup acheté de cartes postales à Venise, chaque année je faisais une grande liste de destinataires,  et au fur et à mesure des années la liste s'est réduite... Le téléphone y a été pour beaucoup, mais j'ai toujours acheté des images de Venise, même sur place elles m'ont toujours séduite. Jamais plus belles que la réalité, mais je voulais quand même  avoir la copie conforme, je les achetais avec toujours le même plaisir, et puis... Plus tard, quand j'ai définitivement préféré l'original à la copie, je n'ai acheté que les photos des tableaux que je trouvais dans les musées, les églises... Je voulais garder Venise par tous les bouts, j'étais devenue une addict, justement au moment où je n'irai plus !


Le petit cadre avec l’aquarelle

Je me souviens de l'achat de cette petite aquarelle chez un peintre qui exposait tous les jours, sur la grande rive qui longe les jardins du Mole près du Palais Ducal, là où se mettent tous les peintres et les marchands d'éventails et de masques (comme à Montmartre)... Il avait une manière que j'aimais beaucoup, précise et assez floue, délavée comme le permet la peinture d'aquarelle, et si proche des couleurs de Venise, roses et blanches ! Il ne se passe pas un jour où je ne les regarde pas. Le peintre, lors de l'achat, m'avait raconté une histoire (qu'il inventait au fur et à mesure, pour me vendre encore plus de réalité) concernant ce coin de Venise, qui ne ressemblait pourtant à aucun original, je l'ai su longtemps après en connaissant mieux Venise, mais l'histoire et l'aquarelle m'avaient plu... La dernière année, à Venise, le peintre avait passé la main à son fils pour la vente aux touristes...



La coupe de verre de Murano (copie d'ancien)



Comme un original (en bleu) du musée Mocinego

En me promenant à Murano, sans surprise devant tout ce qui s'offrait au touristes, j'avais aperçu cette coupe si fine, si transparente, si simple, avec son petit liseré rouge que j'aimais tant, le prix était raisonnable, puisqu'il s'agissait d'un article de second choix, invisible... Bien sûr, à Murano il y a toujours des œuvres magnifiques dans les arrière-boutiques, un peu à l'abri des manipulations interdites... Des merveilles extraordinaires, qui valent des prix tout aussi extraordinaires...

Le marchand avait ficelé le très fragile objet avec moult bandelettes de papier pour le transport, et elle arriva à bon port chez moi, quelle joie, quel contentement, quand je la prends entre mes doigts, elle ne pèse rien, et sur la balance de cuisine seulement 120 grammes... La poussière remplit les vides, et souvent, je la caresse avec douceur pour enlever le voile gris qui se dépose régulièrement...




Une vue rose de Venise


Cette vue existe, je ne sais pas où, mais ce rose, je l'ai vu une fois, dans la soirée, à l'heure du soleil couchant, je n'en croyais pas mes yeux, un rose de porcelaine s'étalait sur tout... J'ai vu cet enchantement, j'y étais, le rose de juillet 2016, je m'en souviens encore...




Les soirs roses de 2016



Encore le rose du soir de 2016

J'ai mis moins d'une minute pour comprendre ce que je voyais, ce fut la course contre la montre... Inutile d'essayer de prolonger l'effet, il cessa très rapidement, comme par enchantement, sous mes yeux.

Ah ! Venise, je t'ai encore dans l'oeil dans le moindre détail, souvent je révise dans ma tête les parcours que je faisais, pas très loin de mon appartement, il y avait dix mille entrées et cent mille sorties, chaque année je trouvais quelque chose de nouveau... Une vie, même bien remplie, ne suffirait pas à tout expertiser. J'étais déja contente quand je trouvais un itinéraire inconnu au bout de vingt ans de visites...

Il restait les palais, les églises, les chapelles, les oratoires, les musées, les paysages, les places, les rues, les jardins, les îles, les ponts, le cimetière... Je n'oublie pas le cimetière juif du Lido, admirable et les couchers de soleil sur la lagune, sur le Grand Canal et dans tous les petits coins à découvrir. On peut aussi toujours compter sur le hasard pour des heureuses rencontres, je les gardais jalousement pour moi, comme des trésors... Je n'aurais jamais fait un bon guide, à cause de toutes mes rétentions...


Le jardin de Mazzorbo

Vous voyez bien, chaque ouverture devient un tableau, chaque tableau magnifique, bien réalisé, très ressemblant, reste pourtant en dessous de la réalité... À Venise,  il y en a pour tous les yeux, tous les appareils photo, chacun peut devenir un artiste sans le savoir grâce à la beauté intrinsèque du sujet regardé, un bon cadrage, une belle lumière, et roule ma poule... Mais il n'empêche que, comme à la campagne quand vous ramassez les fleurs des champs, même si vous sentez vos bras trop petits pour les contenir, tellement vous les trouvez belles comme le jour, vous voulez toujours agrandir votre bouquet, et celle-ci, et celle-là, et celle-ci...

À Venise, j'ai toujours eu cette sensation, de n'avoir pas assez de regards pour cueillir ses beautés, j'en laissais toujours derrière moi, et j'en avais pourtant plein les yeux...

Mes amis, je vais rechercher d'autres cailloux, ne perdez pas patience, je reviens... Merci de repasser !


mercredi 14 novembre 2018

Mes petits cailloux... Doux (2)


Ma boite à thé, belle comme au premier jour, en fer blanc qui n'a jamais bougé

Il n'y a pas que les photos qui soient menteuses, il y a aussi les marchands de thé !

Un jour, j'ai acheté du thé vert en feuilles, le plus beau, le plus bio (paraît-il), et je me suis dit : si je mettais les boutons de fleurs de jasmin dedans, le goût en serait accentué, non ? Après un certain temps de réflexion dans le rayon des thés, j'ai donc acheté un petit flacon de fleurs blanches de jasmin séchées et, quand je suis rentrée chez moi avec le Graal, j'ai mélangé les bourgeons blancs avec les feuilles vertes. Et, résultat, zéro pointé ! Les fleurs n'avaient aucune odeur, et mon mélange était raté, quand j'ai fait couler, délicatement, l'eau chaude (pas trop) sur le thé, ça sentait terriblement  le foin !

Il faut avouer que les fleurs m'avaient fait tourner la tête, je m'imaginais avoir trouvé l'astuce pour parfumer mon thé, que nenni, pour parfumer du thé vert c'est tout un art, et visiblement, je n'avais pas cet art-là ! Depuis, j'ai laissé dormir ensemble le thé, les fleurs et la cuillère... Nous verrons plus tard, car il faudra probablement enlever toutes les fleurs une par une, pour fabriquer une tasse de thé buvable...



Le thé vert en feuilles - les boutons de jasmin - la cuillère en argent, au repos

Non seulement la grande boite est belle, mais pas besoin de la nettoyer, elle brille toujours, elle peut contenir 200gr de thé, elle est parfaite ! Tout le monde veut la même, je me disais : voilà un petit cadeau qui fera plaisir à plus d'un, mais je ne l'ai jamais retrouvé, même chez le marchand indien chez qui je l'avais dénichée. Elle est unique !



Boite à thé - boite à pilules - clémentine pour la couleur - et petit paquet de thé aux agrumes qui se trouve juste derrière, sur l'étagère

Bien sûr, la boite à pilules en argent a aussi son histoire, je vous la raconte : j'avais aperçu cette petite merveille dans la vitrine d'un grand argentier de Venise, la plus ancienne boutique d'argent de toute la Sérénissime. Je passais et repassais devant, sans oser entrer, je me disais que dans cette boutique splendide, tout devait être hors de prix, passons notre chemin. Et puis chemin faisant, un jour, j'y suis entrée, il y avait de l'argenterie du sol au plafond, de très belles pièces anciennes, des grandes et des petites. Moi, je voulais connaître le prix de la toute petite, là, en vitrine, sur la gauche, vu l'état  squelettique de mon italien, j'avais montré la chose avec le doigt... 


La boite ancienne en argent, fermée

Le gars m'en a dit le prix, il l'a même baissé, sans que je lui demande rien. Il a astiqué la boîte avec la peau de chamois, et pendant tout le temps que dura l'astiquage, il m'a raconté l'histoire de l'Italie. Je ne parle peut-être pas, mais je comprenais assez bien tout ce qu'il me disait... D'abord, "ils" fabriquaient et vendaient de l'argenterie de père en fils depuis des lustres, mais maintenant que les touristes voulaient tout pour rien, ils allaient être obligés de fermer boutique. J'ai vite compris qu'il n'était pas du même côté de mon manche politique, il parlait de la Ligue du Nord avec beaucoup de lumière dans les yeux, il astiquait, il astiquait, moi je n’impatientais, je voulais payer et emporter ma belle petite boite ancienne en argent. Comme je n'avais pas beaucoup de répondant, même si je hochais la tête de temps en temps ou montrais ma réprobation, mes doutes, il poursuivait allègrement, avec passion, sa leçon d'histoire, la Ligue par-là, la Ligue par-ci, on ne faisait plus rien de bien dans ce bas monde, surtout en Italie, il n'y avait que dans sa boutique qu'on trouvait le fin du fin, tout le reste ne valait rien... Du travail à l'ancienne, bien fait, avec talent, voilà madame, merci beaucoup, arrivederci, ouf ! Me voilà sortie, depuis, je me sers tous les jours de cette superbe boite, j'y mets mes pilules pour la tension, et elle a baissé ! Je dois l'astiquer moi aussi, énergiquement, avec la peau de chamois, de temps en temps, pour qu'elle garde son éclat, je l'aime...



Boite ouverte, vue sur pilules jaunes et blanches

Je l'ai mise à portée de mes yeux, mais les paroles se mélangent encore dans ma tête, je m'en étais bien sortie, et même pour un peu moins cher qu'ailleurs, comme quoi, mieux vaut peut-être aller directement acheter ses bijoux chez Chaumet plutôt que chez Tati, non ? Je n'en suis pas certaine, certaine, j'ai des doutes... Quand même...

Les amis, les petits cailloux s'amoncellent, je les sème encore au prochain post...

lundi 12 novembre 2018

Mes petits cailloux... Doux... (1)


Branche de laurier et bouquet de menthe, secs

Allons bon, Danielle, ça commence très fort, des herbes séchées, squelettes végétaux, qu'y a-t-il à dire là-dessus ?

Tout, mes amis, tout, voyons-nous encore ce qui nous entoure dans nos logements, nos maisons ? Regardons-nous les objets qui font partie de nos quotidien avec un œil neuf, un battement de cœur ? Je vous propose une petite promenade intime à travers les choses qui m'entourent et qui me sont chères, ou indispensables...

Ces deux branches de feuilles sèches pendent au bout d'un petit ruban de soie verte depuis la fin de l'été. Une fois le dessèchement complet, je mets toutes les feuilles en pots, et je m'en sers soit pour le thé, soit pour les bouillons, les légumes... Le parfum de la menthe perd de son intensité, je lui  préfère les feuilles fraîches qui ne durent pas, et laissent un sillage et un goût uniques. Ces deux bouquets m'ont été donnés par des amies, le souvenir s'étire sur plusieurs mois, et chaque fois que j'ajoute une feuille dans mes préparations culinaires, je pense à elles, chaque fois...

Quand mon frère avait encore son jardin en Avignon, je revenais souvent avec un gros bouquet de laurier tout frais, je l'accrochais sur la poignée de ma petite valise, comme des fleurs des champs...

Maintenant qu'il est en appartement, ce sont mes amies qui me font ces cadeaux. Le petit ruban vert, en soie, a sa propre histoire : j'avais trouvé, il y a quelques années, des rouleaux de rubans en soie aux Puces de Montreuil, je les garde soigneusement, et pour orner mes petits cadeaux, je fais des beaux  petits nœuds que je dispose sur les paquets... Juste pour faire beau !

En vacances, dans ma campagne indroise, je suis tentée par tous les végétaux que je pourrais rapporter et faire sécher, mais je me retiens. Lles bouquets d’hortensias avec leurs couleurs arc-en-ciel m'ont souvent tentée, mais j'ai résisté...

Sur le chemin du retour de Montfort L'Amaury, je n'ai pas pu me retenir de glaner quelques marrons. Emportant un bout de promenade dans mes poches... Un homme qui passait nous salua : comme nous, il ramassait, mettait dans sa poche. C'est bon pour les rhumatismes, tout ce qui ne va pas, dit-il avec un large sourire, j'étais toute prête à le croire... Déjà, j'allais mieux... Du genou droit, surtout...


Les marrons de Montfort


Pommes, aulx, salade et noix (2015)

Cette jolie réserve, justement, je l'ai rapportée de l'Indre : cadeaux des propriétaires de ma location, cadeaux tout frais, tout bons, tous beaux

Les champs, la rivière, les chemins creux, les tas de bois, les fleurs, les roses fanées, les petits jardins alignés, pimpants... Sont restés là-bas... Tous les animaux, les gens sont restés aussi... Je vais les retrouver l'année prochaine, si prochaine... J'ai toujours le cœur serré quand je les perds de vue...


Ces fruits de la passion d'automne...

M'ont été donnés : prends ça, tu vas te régaler, une bonne soupe ! Mais non, je n'ai fait aucune soupe, je les ai mangé des yeux... Je me souviens aussi de magnifiques coings, donnés pour le parfum : tu verras, tu les mets dans une coupe dans ta cuisine où tu veux, et tu sentira leur fraîcheur et leur personnalité... Je n'ai jamais rien senti, il fallait que je mette le nez dessus pour avoir une petite effluve de rien du tout, un petit parfum acidulé, mais rien de magique... J'ai renouvelé l'opération plusieurs années, en vain... Mieux vaut compter sur le rêve... 

J'ai ramené des brassée de lavande, je l'adore, mais jamais je n'ai été récompensée, dans les petits sacs accrochés dans mon armoire, je ne sentais rien sans les avoir triturés un peu dans ma main, un petit filet d'odeur se dégageait alors, mais si furtif... Il reste le rêve, je les ai gardés longtemps pour le rêve...

Les pommes données, rapportées, je les ai toutes mangées... Non sans avoir pris la photo, leur temps était compté, il ne fallait pas qu'elles se gâtent trop vite, mais chaque fois qu'elles passaient sous mes yeux, j'admirais leur spectacle, quand toutes les feuilles furent tombées, elles avaient disparu.


Mes belles pommes d'amie


Fin de vacances d'automne à la campagne

Heureusement que j'ai gardé la photo, mes amis qui m'avaient fait ce cadeau se demandaient bien pourquoi je photographiais "tout et n'importe quoi", ils s'étonnaient toujours de ce qui me plaisait... Danielle, viens donc, je remue les pommes, Danielle, viens donc, j'allume le feu sous les feuilles mortes, Danielle, viens voir, je ratisse, j'élague, je coupe, je plante, j'arrose, je tonds, je fais propre avant l'hiver ! Ils m'appelaient, car ils savaient que tout me plaisait... Mon ami allait et venait dans ses petits chemins, il tournait en rond, regardait le travail fait, et ce qui restait à faire, avec le sourire et un grognement : Ah ! Si je n'avais pas tout ça à faire... J'en mourais... Plusieurs fois il m'en avait parlé : quand je me lève le matin, je réfléchis à ce que je vais faire, ça me rend heureux, même si je m'en plains. Ah ! J'ai encore tout ça à faire, quelle corvée ! Mais non, mon ami, pas une corvée, un élixir de jouvence. Il savait que ses jérémiades sonnaient faux, ça lui donnait du cœur à l'ouvrage, son cœur qu'il avait dû se faire rafistoler, il y tenait comme à la prunelle de ses yeux... Allez, au boulot mon ami, c'est ta vie... Cet homme est un poète sans le savoir, il ressemble à monsieur Jourdain, ses mots s'ajustent aux sentiments, ils sont beaux et simples, ça fait du bien, il me surprend toujours, il raconte ce qu'il fait de concert  avec ce qu'il pense, et ça donne de l'originalité à tout ce qu'il dit......

Mes amis, je ramasse mes cailloux... Doux et je reviens... Attendez-moi...

samedi 10 novembre 2018

Montfort l'Amaury... Le retour !


Les moutons au pré de Montfort l'Amaury, le 26 novembre 2009


Les vaches du 5 décembre 2012

Allons à Montfort ! Nous aimions cette petite ville pleine de charme... Petit inconvénient pour moi, il fallait que je me lève tôt, mon amie est matinale, je repoussais notre rendez-vous toujours un peu plus loin dans le matin : rendez-vous sur le quai, Danielle, oui mon amie, oui, j'y serai. Elle arrivait en principe une belle demi-heure à l'avance, et moi un petit quart d'heure seulement, nous étions extrêmement à l'heure, toujours plus tôt que prévu.. Mon amie me faisait des signes de loin...

Une heure de transport depuis la gare Montparnasse, un trait d'union entre la Capitale, bruyante, polluée, et la campagne, là-bas, l'herbe a toujours été plus verte !



Le charme de décembre et ses feux de végétaux, très poétiques (2012)

Depuis 2009, nous allions régulièrement à Monfort l'Amaury, il faudrait avoir enregistré nos conversations pour nous rappeler vraiment le climat de nos promenades. Rien à voir avec la météo du ciel, qu'avions-nous à nous dire en ce temps-là, faisions-nous la pluie ou le beau temps, refaisions-nous le monde autrement, avec moins de dangers ?

Les émotions provoquées par les paysages, la beauté des couleurs et des ombres, le silence, avec quelles âmes les avions-nous accueillis ? Impossible de s'en souvenir, mais nous avions toujours eu envie d'y revenir...

Ah ! Monfort l'Amaury : son église Saint-Pierre et sa merveilleuse verrière (37 vitraux du XVIe), d'une beauté confondante, unique. Unique en Ile-de-France, son très vieux cimetière des XVI/XVIIe, entouré de galeries semblables à un cloître, les vestiges du château du XIIe siècle, la maison de Maurice Ravel que nous n'avons jamais visitée, ouverte seulement le week-end, à 18 km de la forêt de Rambouillet... Et les nombreuses maisons à colombages dans les petites rues de la ville...

Ah ! Montfort l'Amaury... Nous réservait toujours de belles surprises...


L'abri voyageurs de la gare de Montfort, novembre 2018

Un paysage n'est pas complet dans mon souvenir sans les mots qui se disaient en marchant, sous le soleil ou avec des nuages. Une fois, sur le chemin du retour, nous avions ramassé sur nos épaules toute la pluie de la journée, trempées jusqu'aux os, nous avions gardé le sourire, mais nos mots, nos mots... Envolés ! Tant mieux, ils seraient de toute façon trop étriqués pour évoquer la réalité... Certaines conversations sont des confessionnaux ambulants... Nous avions le temps, un pas devant l'autre, sans se presser, nos cœurs en bandoulière, forcément, nous avions parcouru tellement de chemins dans notre vie, nous avions tant à raconter, tant à partager... Nous le faisions, naturellement, comme on respire...

Comme de belles ponctuations, les paysages, les églises, les chemins, les belles villas regonflaient nos poumons, comme c'était beau ! 




Quelques vitraux en pleine lumière, d'une beauté confondante !


L'entrée du cimetière (2018)



Une galerie du vieux cimetière, ratissée de près, magnifique (2018)



Et une vue générale, l'ancien et le nouveau...

Pour notre retour de 2018, il faisait un soleil radieux, la lumière pénétrait partout, triomphale, donnant à tout le paysage des nuances incroyables, la finesse des arbres effeuillés les faisaient ressembler à des Corot...


La présence de la lumière tant de fois imitée par les peintres


Le batelier de Mortefontaine - Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875)

Il ne faisait ni froid, ni vent, nous avons pique-niqué sur le banc d'une petite place. Le temps doux, illuminé, ne changeait pas ce qui ne peut être changé : le bruit ! Le bruit surprenait dès la sortie de la gare, tout le long de la nationale qui mène à Montfort (3 km). Mais Danielle, il n'y avait pas tant de voitures les autres fois, nous ne nous entendions presque plus parler. Danielle, c'est assommant ce bruit constant, ces vitesses, ces pétarades... Au bout des 3 km, nous n'en pouvions plus... Tiens, c'est bizarre, jamais nous ne l'avions entendu avec cette force, était-ce le trafic qui avait augmenté, ou était-ce nous qui avions changé ?

Arrivées en ville, nous l'avons trouvée plus désolée, quelques magasins fermés, à vendre, un cœur de ville désertifié. Heureusement, des commerces marchaient toujours : une supérette, deux boulangeries-pâtisseries, des magasins à colifichets, décors d'intérieurs, des coiffeurs... Les coiffeurs, dans une petite ville où il ne reste plus grand chose, sont les derniers à partir. Les voitures bruyantes circulaient dans les petites rues, et comme il n'y avait personne, les bruits des moteurs nous paraissaient plus forts.

Danielle, nous ne reviendrons plus à Monfort, assez, nous allons nous arrêter de vouloir y retourner.

Nous avons vu et revu avec plaisir  toutes les beautés du coin, inscrites aux Monuments Historiques, et les autres. J'ai félicité les jardiniers pour leur beau travail : heureusement que vous êtes là ! Merci madame, merci beaucoup... Et ils reprenaient leurs instruments de torture pour dompter la nature, la rendre encore plus belle. Nous étions restées énormément de temps dans l'église à admirer les vitraux, dans le cimetière ancien rien n'avait bougé, sinon les monceaux de fleurs qui coloraient les tombes, la chapelle de la famille de Charles Aznavour croulait sous les hommages ! 

Le temps passait... Allez Danielle, partons, il est l'heure de reprendre notre train, nous ne reviendrons plus à Montflort, il y a trop de bruit, le chemin qui mène à la gare n'est plus décoré de vaches et de moutons, où sont-ils passés ? Les voitures formaient le gros du troupeau, les vroum, vroum avaient-ils comme par enchantement remplacé le chant des oiseaux (que nous n'avions jamais entendu) ? Mon amie, qui d'habitude dans nos promenades n'était gênée par aucun bruit, recherchait maintenant le silence. Danielle, ce n'est pas croyable, aujourd’hui j'entends tout, c'est horrible, je perçois le bruit par dessus tout. Nous n'avons jamais pu trancher, pourquoi détestions-nous aujourd'hui ce que nous supportions sans problème jusqu'à présent ? Le lieu avait-il vraiment augmenté ses décibels, nos oreilles devenaient-elles plus délicates ? Nous ne le savions pas... Deux ronchonneuses, ça c'est sûr...

La prochaine fois, si nous allions à Noyon, voir la cathédrale ? Parfait, en décembre, c'est une belle période pour admirer des gargouilles, bien sûr, avec grand plaisir, nous irons, nous irons...

Le retour fut aussi bruyant que l'aller, j'ai pris une photo en trente seconde, sur la nationale, un petit bout de moment calme, mais ne vous vous y fiez pas... La photo est menteuse, le bruit arrivait de toutes parts comme un grand vent...


La route nationale pendant trente secondes de calme


Quand le bruit devient plus perceptible, quand il commence à faire parler de lui en premier, quand il envahit l'environnement, alors, il faut changer de lieu, rechercher le silence devient une priorité... Je songeais à l'Indre, à mon vélo, mais là aussi, je n'entends plus les oiseaux...

Mes amis de passage et mes amis réguliers, à très vite pour d'autres images et paroles...