jeudi 2 juillet 2020

Les boutures, les souvenirs... Et la rencontre !

Géranium rouge, celui que je veux

Les boutures :

Chaque fois que je vais chez mon amie, je m'extasie sur la beauté de sa terrasse, une vraie terrasse où on ne s’emmêle pas les pinceaux ! Entre l'arrosoir et le parasol, les nombreuses jardinières qui  courent tout le long de la rambarde, laissent encore de la place pour mettre une belle table ronde, des sièges pour prendre le thé et être très à l'aise pour le bavardage... D'aucuns diraient un grand balcon, moi je pense : terrasse... La lumière y est particulièrement belle, pas au soleil, mais lumineuse, toutes les fleurs paraissent éclairées mystérieusement à leur avantage, mi-ombre, mi-lumière, comme une peinture fraîche et éclatante... À chaque fois, je lui fais compliment ! Cette année, je lui avais proposé de m'occuper de ses plantations pendant son absence prolongée à la campagne... Tu peux faire ce que tu veux : lire, prendre le thé, faire autant de boutures que tu veux, en fait j'avais quartier libre pour l'entretien des fleurs, et le repos sur sa terrasse... Et la belle lumière ! La vie sera belle !

En attendant, elle m'avait donné trois bouts de géraniums du beau rouge que j'aimais, exactement ce que je voulais, un rouge pimpant, fort, qui tire sur le rubis, une vraie pierre précieuse... Pas de soucis, voilà, je suis repartie avec mes trois tiges de géranium qu'elle avait plantées comme des piquets dans le petit pot rempli de terre... Tu crois vraiment que ça va prendre ? D'une truc presque mort, on en fait du vivant ? Mais bien sûr, tu verras, essaye ! Je suis repartie comme si je marchais sur l'eau, avec le pot dans les bras... J'avais la foi de la jardinière !


C'est un comme ça que je voulais !

Pendant le confinement, j'ai eu tout mon temps pour observer mes boutures, je me disais chaque jour : ça va pas le faire, elles ne vont pas repartir, c'est sûr, mais j'avais toujours un peu de foi qui traînait. Un matin, j'ai vu une feuille de 2 mm qui pointait à côté d'une des trois tiges, le miracle avait eu lieu, j'attends maintenant le second miracle pour la deuxième tige qui reste... La troisième bouture a sombré corps et bien. Je vais les voir plusieurs fois par jour, comme on fait pour un grand malade, j'attends sans désespérer ! Je vous préviens...




Gros plan du miracle

Les souvenirs :



Les roses et la lavande

De tous mes menus larcins des rues, j'ai gardé dans une petite coupe en verre quelques pétales, quelque fois même quelques boutons de roses, pour faire encore plus beau. Souvent, la coupe entre mes doigts,  je respirais l'odeur de ces petits souvenirs, même fanés les pétales embaumaient toujours, chaque jour, j'en remettais une petite couche... Je gardais ainsi de mes promenades des roses sous toutes leurs formes, les couleurs se conservent pendant plusieurs semaines, j'ai sous les yeux un jardin grand comme ma main. Je savais exactement où je les avais coupées. Chaque jour, je rajoutais des butins nouveaux, mais pour ne pas perdre trop vite les roses déjà anciennes, une fois qu'elles avaient terminé leur vie dans l'eau de mes petits vases, je rajoutais leurs pétales dans la coupe.

La rencontre :

Voilà des années que je l'avais perdu de vu, un drôle d'homme toujours souriant, bavard pour deux, et optimiste sur tous les tableaux : tiens donc, comment allez-vous ? Bien, et vous ? La petite musique du début commence souvent par des interrogations à répétitions, après, les sujets démarrent en trombe...

J'ai beaucoup de travail mais j'aime ça, maintenant que je suis à la retraite, je m'occupe de tout : je garde mes petits-enfants, on fait des jeux, des gâteaux, on rit, je leur dis, après la console, tu aères ta chambre, ils m'écoutent, je m'occupe de tout l'administratif pour toute la famille, je sais tout faire, même le rapatriement des morts... Où ça ? En Algérie, c'est comme ça pour nous. D'accord, vous êtes l'homme à tout faire, l'homme orchestre. Il souriait à pleines dents, et j'ai vu qu'il lui en manquait deux : quand je suis arrivé ici, j'étais petit encore, il n'y avait pas tous ces immeubles, tout a changé, j'ai vu le maire l'autre jour, je l'ai félicité, il partait dans tous les sens, on refaisait connaissance... Je ne pouvais pas lui donner d'âge, un homme toujours jeune, plein d'esprit, dynamique... Mais son rêve, je le connaissais depuis longtemps, fonder une fanfare pour la ville, un beau projet qu'il n'a jamais pu réaliser... Bon, c'est pas tout ça, il faut que je file chercher les petits, à bientôt, madame, portez-vous bien, je vous embrasse mais de loin... Moi aussi, même avec le masque nous pouvions voir nos yeux se plisser comme des sourires.

Mes amis, je ne sais pas encore ce que je vais trouver à mettre entre mes lignes et mes images, mais rendez-vous ici pour les prochaines nouvelles, la vie passe si vite, rassurez-vous, je n'oublie rien du tout : les malades, les morts, les inquiétudes... Prenez soin de vous...

lundi 29 juin 2020

Coups de gueule et bénédiction !


Les hautes branches de l'acacia, la force des vieux arbres

Coup de gueule 1 : Les arbres !

Le printemps, les fleurs, les arbres et les petits oiseaux, c'est bien beau, tout ça, mais il m'est arrivé quand même un coup de colère en regardant un documentaire sur la construction des cabanes dans les arbres : séjour "totalement original" pour les amateurs de sensations fortes, et bucoliques, il faut donc jouer à cabanes perchées pour être dans le coup ! Week-end insolite, dépaysement complet, messieurs-dames, passez la monnaie ! Ça me met dans une rage folle, non seulement le monde commence à compter ses arbres sur les doigts de la main, mais on va plus loin, de plus en plus fort, il faut encombrer les arbres de chambres à coucher et de salles à manger.

Vous imaginez le progrès, voleurs d'arbres, saccageurs de nature, c'est l'hôpital que se fout de la charité, séjour écolo ? Voyez comme nous on aime les arbres, on dort dedans, peu importe les dommages, les blessures, les oiseaux, les insectes, nous, on rêve dedans ! On mélange nos CO2 quand on est en famille, car dans l'arbre, on peut même faire sa cuisine. Au secours, le monde marche sur la tête, je ne veux pas voir ça !

Laissez les arbres tranquilles, laissez les arbres grandir et vieillir en paix, laissez les arbres nous donner leur oxygène et leur beauté ! Les arbres sont un bien commun inaliénable, mais plus on est de fous, plus on rit... Allons-y, les amateurs de gros sous sont prêts à proposer n'importe quoi, du moment que ça rapporte, contre vents et marées, c'est la valse des tiroirs caisses !


Une petite maison pour oiseaux, à la rigueur

Même une balançoire me fait mal, la corde qui scie les branches basses ne fait pas de bien à l'arbre, les parcs de loisirs  accrobranches me donnent envie de hurler : dévaster la forêts pour pédaler sur des cordes entres les arbres, c'est une honte ! On devrait mettre tous ces marchands dans des geôles en béton, accusés de lèse-majesté, dé-arbrez-les, pour longtemps ! Grimpettes d'arbre en arbre, voilà ce qu'on offre aux petits dans ces centres, les arbres sont enchaînés, coincés entre quatre planches, serrés par les cordes, les câbles, les tendeurs, pour amuser la galerie, en prison, vous dis-je ! Parcours dans les arbres, voilà les nouvelles autoroutes pour tous, du plus petit jusqu'aux plus grands, en prison, vous dis-je ! Pont de singe, passerelle népalaise, tonneaux, saut de tarzan, tyroliennes... Fermez les cellules sur ces marchands dénaturés, et jetez les clés dans les champs ! Vivez en pleine nature et foutez la paix aux arbres, ils ne  demandent qu'à nous sauver la mise contre l’asphyxie, la pollution, on devrait sans doute se mettre à genoux devant, et leur demander pardon !

J'avais bien vu pendant mes séjours en Brenne, dans le Berry, des gens grimper sur les racines aériennes d'un arbre, un grand chêne qui se penchait sur l'eau, presque à tomber, vieux de près de 500 ans, aucun respect, aucune limite. Une photo devant, je veux bien, mais lui cavaler sur ses racines, c'est faire violence à un patriarche, il a mis tant de temps à embellir le paysage : il est le paysage, à nous faire pleurer d'émotion, il ne méritait pas le frottement des sandales et des chaussures à crampons... C'est lui que je venais voir, j'aurais même payé l'entrée... En grognant !


Le vieux chêne au bord de l'étang, racines apparentes, une merveille, le paysage, c'était lui !

Le genre humain sait donner des coups de pouce à la nature pour qu'elle soit plus belle, plus généreuse, plus humaine, mais il sait aussi lui donner des coups de pied féroces, des coups de tronçonneuse, des coups de bourse, et des coups de force pour l'anéantir, et lui avec ! Réfléchissons !

Coup de gueule 2 : L'Agneau mystique des frères Van Eyck





Le grand retable de l'Agneau mystique - Les frères Van Eyck - 1432 - Polyptyque sur bois peint (Cathédrale Saint-Bavon, Gand, Hollande)

Pendant le confinement serré, j'ai voyagé sur le Net, j'avais repéré que sur la plate-forme d'Arte, je pouvais voir un documentaire en replay qui s'appelait : L'Agneau mystique des frères Van Eyck (15e siècle), présenté dans la cathédrale Sain-Bavon de Gand (Hollande). Au vu de la grandeur de l'oeuvre, de la précision des peintures, de l'émotion qu'elle devait susciter (pour les croyants ou les non-croyants), je frétillais d'impatience d'y avoir accès, un vrai bonheur du jour !

Quelle aubaine ! Moi qui adore les frères Van Eyck, et surtout la représentation de l'Agneau mystique ! Je ne sais pas trop pourquoi ce symbole christique me procure des sensations fortes, j'en avais déjà rencontré une très belle interprétation avec le retable d'Issenheim au musée d'Interlinden de Colmar, de Matthias Grünewald (début du 16e siècle), retable que j'ai eu la chance de voir en vrai, d'une beauté incroyable. Comme dans tous les musées, la porte de sortie passant toujours par la case "Boutique", j'avais acheté cette belle carte postale, un détail du retable : l'agneau. Je l'ai mis dans un petit cadre chevalet ancien, et il trône depuis sur ma bibliothèque... L'agneau si doux, si triste, si magnifiquement peint me touche toujours, dans mon esprit de mécréante, je n'ai jamais compris pourquoi cet animal représentait à ce point la triste histoire du Christ ! Quand je vois des moutons dans un pré, je ne pense jamais au  Christ...


Mathias Grünewald et Nicolas de Haguenau - retable du 16e siècle - (fermé) - Musée de Colmar


Ma petite carte postale de l'agneau 

Je me suis donc confortablement installée pour visionner le premier documentaire : "L'Agneau mystique", avec la promesse de passer un très beau moment. Ce moment ne vint jamais, car une foule considérable de gens vint blablater sur l'écran, devant ou à côté de l'oeuvre, celle-ci restait trop souvent en arrière-plan, les discours accaparaient tout l'espace. Jamais l'oeuvre ne fut montrée plein cadre dans son ensemble, quelques détails très brefs, cependant... Et les voix, toujours, les voix ne laissaient aucune place au regard :  directeur du musée,  conservatrice,  peintre,  musicien,  vues sur la ville de Gand, chacun y allait de sa connaissance, mais le retable restait toujours derrière les beaux causeurs, j'attendais, j'attendais de la voir, cette oeuvre magnifique, en vain...

Voilà comment une oeuvre fut portée disparue à mes yeux, ni vue ni connue, je t'embrouille, je te ferme les yeux, ouvre tes oreilles, écoute nos discours, ils t'en disent plus que l'oeuvre... J'avais noté également sur ma liste, avec gourmandise, quatre grands musées à visiter virtuellement, Paris, Florence, Espagne, Amsterdam, tous étaient construits sur le même modèle. Les discours devant, l'oeuvre au second plan, le spectacle, c'est nous, les causeurs qui en parlons si bien, circulez, il n'y a rien à voir... Il y eut même l'ombre portée d'un spectateur en permanence devant le retable pendant tout le film.. Vous l'aurez compris, j'avais les nerfs, au secours ! J'ai rayé de ma liste tous les docus des musées... Je vais regarder en silence sur Internet, et observer les œuvres avec mes yeux et mon cœur ! Je suis à la recherche d'une histoire sans paroles... J'ai remis le petit agneau doux sur ma bibliothèque, et repris ma lecture, tranquillement, sur mon balcon fleuri...

La bénédiction :






Dans un des grand jardins partagés de ma ville, chacun avait choisi des armatures pour soutenir tomates et haricots, toute une armada de tuteurs personnalisés : droits, frisés, bambou, métal et même ficelle, se tenaient en ordre de bataille,  pacifiquement écologique, c'était magnifique à voir ! Le coup d'envoi était lancé pour la grimpette des légumes.

Les jardiniers accueillants qui me voyaient passer nonchalamment entre leurs petits carrés bien ratissés me faisaient des grands sourires, j'y répondais avec empressement :  bonjour monsieur, madame, ça pousse comme vous voulez ? Oui, ça se présente bien, mais il faut de l'eau avec cette chaleur. Toutes les plantations étaient bien alignées en rangs d'oignons, seules les fleurs obligatoires plantées autour des cultures semaient une belle pagaille artistique, un vrai bonheur ! Ouille ! J'ai mal au dos, la terre est basse, le jardin demande des soins journaliers, quel boulot ! Ils étaient tous contents des résultats : passez dans trois semaines, on vous donnera des légumes, il y en a bien trop pour nous... Des fleurs de lavande, vous en voulez ? Oui, merci d'avance ! Je vais pouvoir renouveler mon sent-bon dans mes placards...


Les petits jardins très partagés

J'étais au bout de ma promenade, le long du beau jardin partagé, parallèle à l'autoroute invisible derrière les arbres... Houlà ! Quand je l'ai vu arriver souriant de toutes ses dents, j'ai eu peur, un gros chien genre berger allemand venait vers moi à grande vitesse, une petite peur panique me prit, mais très vite apaisée, quand j'aperçus sa maîtresse avec la laisse qui arrivait derrière le toutou, calme et décontractée : n'ayez pas peur madame, il est très gentil, voyez, il vient chercher des caresses, il sent que vous paniquez. Bonjour madame, oui, je crains toujours un peu les chiens, malgré les gros progrès avec les années qui passent, le petit frisson d'angoisse persiste avec les gros chiens... 

Le chien tournait autour de moi, et s'assit tout contre mes pieds : voyez, il sent que vous êtes mal, il veut des caresses, c'est tout. À moitié rassurée, je mis deux  doigts sur son dos en guise de caresse, ça me suffisait largement : voilà, il ne vous fera rien ! Puis nous sommes passées très vite du chien aux gens, c'était plus mon terrain, nous sommes restées un long temps à parler de la pluie et du beau temps, surtout du beau temps, le fil de nos paroles ne faisait pas de nœuds, la dame était très bavarde, chouette ! Nous avons abordé tout naturellement des sujets aussi divers que variés : les bienfaits de l'alimentation sans viande, sans produits laitiers, l'alcool qui énerve, et par des détours imprévus : la convivialité, la chaleur humaine, la générosité, la charité... Le mal n'existe pas, madame, Dieu nous a fait bons, le corona est une épreuve, nous égrenions les belles pensées du partage... J'étais contente de l'écouter, elle me dit qu'elle était très croyante, ce que j'avais compris très vite, ce n'est pas un obstacle, madame, voyez, nous sommes attentives aux êtres humains toutes les deux. Moi, je ne crois pas en Dieu, mais les mots qui nous viennent sont souvent les mêmes... Aucun problème, je vais par là, continuons ensemble ! Elle fixa la laisse au chien, nous voilà à faire un bout de chemin côte à côte, à un mètre comme il se doit, sans arrêter de parler sur la gentillesse des gens, les rencontres, l'écoute... 

À la croisée de nos routes, nous avons échangé des mots d'adieu : je suis contente de vous avoir rencontrée, moi de même, dit la dame, je vous bénis, madame, ce qu'elle compléta avec un geste d'au-revoir ! J'en fus touchée, je vous en remercie beaucoup madame, à bientôt...

Ainsi donc, dans mes rencontres, toutes les voix sont possibles, il faut tendre l'oreille, prendre son temps, se parler, et souvent, se rapprocher...

Sur le chemin du retour, j'ai décroché une petite branche de l'eucalyptus de cinq ans, ma voisine m'avait dit que ça sentait bon l'hiver, quand on mettait quelques des feuilles sur le radiateur, c'était un souvenir qu'elle avait de sa grand-mère, de sa mère... Je vais essayer !


Je trouvais que les magnifique feuilles de l'eucalyptus coulaient comme l'eau de la rivière entre les algues vertes, la feuille d'eucalyptus est d'une grande beauté, au dos des feuilles, la nervure centrale est rose !


À très vite mes amis, les jours se suivent et ne se ressemblent pas, ils ont beaucoup de personnalité... Parlons-en ! Prenez soin de vous, le virus circule encore... À toute allure !!!

jeudi 25 juin 2020

C'est l'été les amis, la fête continue dans mon quartier !


Les graines des glycines apparaissent avec élégance comme des gousses de vanille

À la fin du printemps, sous les feuilles des glycines, apparaissent ces grandes "gousses veloutées de vanille" où sont logées les graines. Je me suis dit : génial, à moi les belles glycines sur mon balcon, je vais les planter illico ! Alors j'ai feuilleté le journal d'internet, et j'ai vu que je n'étais pas prête de l'avoir, ma glycine de rêve : pour sentir ses grappes odorantes, l'attente sera longue puisqu'au mieux, il faut attendre dix ans, au pire quinze ans, pour qu'elle fleurisse ! Je vais donc passer à autre chose, c'est plus raisonnable ! Je ne plus attendre si longtemps. Je comprends maintenant pourquoi, dans "ma cité", tout le monde se refile des boutures de glycines d'une maison à l'autre, c'est une vieille histoire de voisinage... Qui visiblement a fait merveille ! La maison où sont nées toutes les boutures, le printemps a dû la reconnaître, elle croule sous les plantes grimpantes... Le propriétaire doit avoir un double passe pour rentrer chez lui : une clé et un sécateur  ? Le mystère reste entier !


La maison mère des boutures de glycines (au pic du printemps)

Du haut de mon balcon, après plus de trois mois d'observations quasi journalières, je peux, tel un Général des armées, placer mes drapeaux devant presque chaque propriété, reconnue au loin. Les petites rues sont devenues des parcours bien identifiés, familiers, je peux me remémorer sans mal les découvertes que j'y ai faites : ici, dans ce jardin, il y a les nains et Blanche-Neige, là, un rosier, ancien, sublime qui parfume un pauvre mur en brique de six sous, là encore, un rosier rose (guidé par la main du propriétaire d'à côté) grimpe dans un pommier, faisant la surprise aux passants. La plus belle marquise de tout le lotissement est ici, la plus belle maison avec chats est celle-là, les glycines qui se sont rependues dans toute l'allée sont juste devant moi, je peux presque en sentir l'odeur divine, le gros rosier rouge qui sent si bon et qui déborde largement chez le voisin avec bonheur, réjouit le cœur pour la convivialité. Là-bas, les deux grands acacias avec un nid de corneille, le gros noyer, je n'ai pas vu les lilas en fleurs, je n'étais pas encore en tournée de confinement. Dans cette maison, il y a ce grandiose arc de triomphe qui habille tout le portail de rose pâles si délicates, plus loin, dans le square qui limite la cité, il y a les énormes platanes et le cèdre superbe... Il m'en reste beaucoup à vous raconter, mon vœu serait que je fasse connaissance avec chaque propriétaire... Attendons ! Que chacun pose devant sa maison, pourquoi pas ! Ah ! J'oubliais, la nouvelle terrasse sur pilotis, montée en un rien de temps par des jeunes, nouveaux propriétaires, cache à sa base deux grands moteurs de climatiseur/pompe à chaleur, qui font du bruit, ce n'est pas très écolo, tout ça... Que vont dire leurs voisins ? Et cette propriété ensevelie sous les glycines qui dort à poings fermés, je n'ai jamais vu personne entrer ou sortir. Il y a aussi des maisons qui sont nues, sans fleurs ni couronnes, la nature fait ce qu'elle veut sans rien demander à personne, elle fait pousser des touffes d'herbe, des fleurs sauvages à la porte. Quelques maisons sont fermées depuis longtemps, vacances, voyages, coincées chez le Notaire en attente d'héritage ? Je regarde ce paysage avec une certaine affection pour toutes ses beautés qu'il m'a permis de découvrir jour après jour... Bien souvent, les gens m'ont accompagnée, sourires et paroles à l'appui... Maintenant, je vais suivre l'été nouveau-né du jour !


Les graines vont se lâcher, c'est l'été des fruits et des légumes qui arrivent



Les roses se fanent, d'autres couleurs mettent le feu

Les fleurs d'ail ou de poireaux se dressent  comme des piques après la bataille, à la fin d'un printemps  très réussi. La nature s'installe dans l'été... Seulement pour trois mois, ça va être court aussi !

Comment ai-je pu ignorer aussi longtemps ce beau bouleau qui dégringole comme un saule ?



Le bouleau qui pleure


Le printemps a bien travaillé, il a rendu tout supportable, le confinement, la réclusion, les attestations à remplir, les masques, jamais je n'ai oublié les malades, les morts, les suites de mauvaises nouvelles. J'ai regardé d'un peu plus près ce qui était à ma portée, chaque pas compte, quand le chemin est court. Les fleurs, les arbres, les herbes sauvages, les couleurs, les odeurs délicieuses et même mon balcon m'ont aidée à ne pas désespérer. Juste une rue à traverser et j'étais dans un autre monde... Les jardins partagés, je les ai tous faits, les roses, les pois de senteur, les beaux feuillages qui dépassaient des clôtures, je les ai coupés pour mes bouquets, j'ai même photographié des chats parfaits dans le paysage...


Chat roux dans la nature


Chat gris et blanc sur un mur

Hier, j'ai vu les premiers arbres aux papillons qui remplacent bien les lilas, avec des papillons en plus. En passant près du grillage d'un jardin associatif, j'ai eu la chance de voir deux papillons qui s'aimaient d'amour tendre, il n'y aura sans doute pas de prochaine fois, j'ai armé mon appareil photo et appuyé trois fois sans bouger du tout ! Voyez :


L'arbre aux papillons sur ciel bleu


Madame attend


Madame et Monsieur pendant les ébats


L'affaire est terminée... Chacun s'en va de son côté

Au delà de la petite cité, j'ai poussé plus loin mes pas, dans le grand parc régional, il y a des petits coins de campagne... Je les garde pour une prochaine fois...

Mes amis portez-vous bien, restez prudents, revenez dans mes lignes pour que je vous raconte mes derniers énervements... Je vous embrasse.

   

dimanche 21 juin 2020

Suite de printemps avant l'été... Et deux arbres nouveaux !


Le coq de la petite cité


J'ai mis au moins un mois avant d'apercevoir la girouette perchée sur la cheminée. Le plus souvent, la girouette est fixée sur la toiture, au niveau du faîtage, là elle se trouve juste au niveau du pommier mort, qu'on voit sur la gauche de l'image. Je me félicite quand je peux voir quelque chose de nouveau dans toutes ces rues que j'examine à la loupe.

Aujourd'hui, c'est le dernier jour du printemps, il faut que je me dépêche avant l'arrivée de l'été qui est prévu demain ! Sur mon parcours, j'ai fait des tas d'erreurs : j'ai pris depuis le début, la bignone (plante grimpante orange) pour de la glycine ! À chaque passage, je me suis demandé : mais pourquoi donc cette glycine tarde tant à sortir, alors que toutes les autres sont en fleurs ? J'ai attendu, attendu les belles grappes violettes et parfumées, et quand j'ai vu sortir les trompettes oranges, là je me suis dit : ma belle, t'as encore beaucoup de choses à apprendre ! J'ai foncé sur internet : Bignone, ou la trompette de Virginie ou encore Jasmin de Virginie, ou Jasmin-trompettes, ou trompettes de Jéricho.

Revoici les images de la glycine/bignone, tout au long de mon aveuglement...


15 avril 2020 - J'en suis certaine, c'est une glycine


26 avril 2020Je la trouvais magnifique, tiens, pourquoi ne fleurit-elle pas ?




26 mai 2020 - J'attends toujours, je ne vois rien venir, ça m'intrigue ! 



20 juin 2020 -  Les trompettes oranges sortent de la bignone !!



Sonnez trompettes ! Nous voilà !


Je continue les regards sur les petits jardins, ils changent de couleurs, les géraniums explosent... Il y a beaucoup de chats qui changent de crèmerie.


En avant la musique ! Le 21 juin 2020 !



Le pommier est plein


Dans de quartier, mon champs d'exploration, il y a une petite maison toute en brique. Au début de mes pérégrinations, il y a trois mois, je la voyais moche, mal arrangée, fouillis, déglinguée... Aujourd'hui, je trouve que c'est la plus belle du quartier, tout me plait en elle, même le petit négligé de son perron. Quand la fenêtre du devant est ouverte, je peux voir la fenêtre du fond dans une belle perspective, souvent il y a un chat perché qui se marie très bien avec l'ensemble. Les fleurs ont poussé de partout, la maison devient de plus en plus belle, maintenant, c'est elle que je préfère, c'est comme dans la vie, il faut du temps pour aimer vraiment... Je n'ai pas encore rencontré les propriétaires pour leur dire combien leur maison était belle... Elle me fait penser à Venise... Tout est en brique, et il y a beaucoup de chats...


Juin 2020 - Le gris



Mai 2020 - Le roux

Ces arbres-là, je ne les ai pas vus tout de suite, je ne suis pas encore assez attentive, je ne lève pas encore assez les yeux : le grand bouleau qui retombe comme un saule, il bouge tout le temps, au moindre souffle, le tronc est en argent. Plus loin, dans le square, il y a un beau cèdre des Atlas, vieux de 30 ans, il était là avant que j'arrive dans le quartier, mais il est toujours plus jeune que moi... Il me reste tant de choses à voir...


Le grand cèdre de l'Atlas (30 ans) - 20 juin 2020


Le bouleau qui pleure comme un saule - 20 juin 2020


Pour terminer en beauté la petit suite du printemps, avant d'aborder l'été, j'ai vu dans un jardin des artichauts fleuris d'une grande beauté. Mon amie m'a dit qu'elle avait vu fleurir un artichaut, chez elle, sans même le tremper dans l'eau, elle l'avait laissé dans un coin, et quelques jours plus tard, il avait fleuri. Alors, je suis allée chez mon primeur, je lui ai demandé s'il avait un artichaut un peu vieux, qu'il ne vendrait pas, bien sûr, c'est cadeau, tenez, faite pousser la fleur, je ne suis pas certain que vous y arriverez, prenez une photo ! Que sera, sera...


Les chardons/artichauts d'un petit jardin, sans vinaigrette, sans crème, juste pour faire beau  - 15 juin 2020


Mes amis, je reviens avec l'été, prenez soin de vous, gardez vos distance si vous avez comme moi beaucoup plus de 30 ans. Je vous embrasse.

mercredi 17 juin 2020

"Il était temps"... Julien, Jacqueline, Isabelle...


Allez hop, coupons le printemps !

Ils ont sorti la grande échelle des pompiers du printemps, faut pas traîner ! C'est pas sympa, Danielle, toi, tu n'as pas de maison à fleurs, tu n'y connais rien, il arrive un moment où il faut couper l'herbe sous le pied, c'est l'entretien, c'est le bon sens des choses, le printemps n'est pas fait que pour toi ! Bien sûr, c'est plus beau quand toute la végétation batifole à tort et à travers, mais pour le lampadaire par exemple, il faut qu'il éclaire, alors on éclaircit ! Dans les jardins, c'est pareil ? Oui, c'est pareil, il faut couper pour la bonne repousse, il faut couper pour faire propre, remettre un peu d'ordre !


On en laisse un peu dépasser !

Dans un petit jardin d'une avenue que j'ai souvent photographié, je ne reconnais plus rien, la maison de Blanche-Neige est toute changée, un vieux monsieur ramassait les dernières feuilles, les roses fanées décapitées (ben oui, Danielle, il faut ça pour la repousse). Blanche-Neige et les nains attendaient que ça se passe dans un coin, le monsieur tondait de près, en marmonnant : "il était temps", il était content, satisfait comme moi quand j'ai fait mes placards de cuisine pendant le confinement ! Mais je trouvais au fond de moi-même qu'il avait bien le temps, ce monsieur, j'avais un peu de peine à le voir faire table rase du printemps... Peut-être fallait-il tout couper avec soin le printemps, pour faire place nette à l'été ? Je voyais la tonte du printemps avec beaucoup de peine, car je savais que c'était un temps exceptionnel qui ne reviendrait pas de sitôt... Même si je n'oublie ni les malades, les morts, les vulnérabilités qui persistent... Je pleurais le printemps !


Avant l'orage, presque toute la famille (recomposée) était réunie en rang d'oignons... 
(25 avril 2020)


Après l'orage, Blanche-Neige et un nain avaient chuté ! Le printemps était présent sur  tout le paysage, on ne voyait que lui... (24 mai 2020) 


On ne reconnait plus rien le 15 juin 2020, "il était temps" ? Blanche-Neige attend dans un coin...

Maintenant, quand je rencontre quelqu'un dans les rues de la petite cité, je trouve toujours un prétexte pour engager la conversation, ça marche à tous les coups : bonjour madame, elle est belle, votre maison ! Vous êtes gentille, si vous saviez tout ce que j'ai fait pour l'embellir, j'ai refait le crépi, repeint les volets, j'ai encore du boulot mais j'en vois le bout. C'est quoi la petite pastille que vous avez sur le haut de votre bras ? Un patch de nicotine ? Non, pas du tout, c'est pour mon diabète, c'est vraiment bien, moderne, efficace... Et de fil en aiguille... : vous connaissez le nom de l'arbre là-bas, à côté des acacias ? Non pas du tout, il faudrait demander à Julienle vieux monsieur d'en haut, il perd un peu la tête, mais il s'y connait, ou Jacqueline juste en face, c'est la plus vieille habitante de la cité, elle connaît tout, tout, tout, elle ne voulait même pas qu'on mette des réverbères dans les allées pour y voir clair, non, pas d'électricité dans la rue, ou alors Isabelle, juste à côté, elle est forte en arbres... De maison en maison, je remplis mon carnet d'adresses de visu... Je l'ai examiné, je pense que c'est vraiment un noyer. Un noyer ? Mais je ne vois pas de fruits ! Il y en a quelques uns, je les ai photographiés... Je n'avais pas la berlue...


Un noyer, c'est certain (13 juin 2020)

Moi aussi, j'étais passée par là des dizaines de fois sans voir le noyer ! Ainsi, j'ai continué, chaque jour, à rencontrer les gens, par exemple, pour le portail aux roses, sans conteste la beauté de la rue...


Le portail aux roses et sa couronne de fleurs

Son propriétaire (le monsieur aux rosiers), m'avait raconté qu'il avait "travaillé" pendant sept ans le très vieux rosier de droite pour qu'il veuille bien suivre le chemin de la structure en fer qu'il avait installée au dessus de son portail. Au bout de sept ans, le rosier de droite avait recouvert entièrement, la structure en ferraille, pour s'unir au rosier de gauche, un peu plus rose, la boucle était bouclée. Chaque printemps, des centaines de roses formaient l'arc de triomphe ! Le beau spectacle s'unissait à la belle histoire ! Un autre jour, sa femme (la dame aux roses), m'avait aussi beaucoup aidée à déchiffrer correctement le paysage, et comme elle voyait que je regardais, pensive et curieuse, la masse noire posée très haut dans le vieil acacia du haut de sa rue, elle arrêta sa voiture en pleine course, à côté de moi, et fenêtre baissée, elle me renseigna plus amplement : c'est un nid de corneilles, oui, oui, un petit est tombé ce matin et mon chat l'a achevé. Elle me confirma aussi qu'il n'y avait aucun doute, c'était bien un noyer qui était sur la droite : venez quand vous voulez, pour des boutures de rosiers, j'en ai un très beau dans mon petit jardin de derrière qui sent très bon. Merci, merci, madame, merci beaucoup ! J'étais aux anges... Elle repartit tout sourire !



Le gros nid de corneilles


L'oiseau monte la garde juste à côté de son nid ! (15 juin 2020)

Ce matin, j'ai constaté que le jardinier (!) qui avait coupé l'herbe dans notre carré de verdure au pied de mon immeuble, avait éradiqué également les roses trémières en plein fleurissement tout près du grillage, je l'ai maudit (mentalement) copieusement !! En coupant net, sans pitié, toutes les roses trémières, il a fait plein de malheureux locataires, j'ai eu déjà des échos, ma voisine si charmante, que tout le monde aime dans ma tour, m'a dit spontanément : as-tu vu nos roses trémières bousillées par cet abruti, contre la bêtise il n'y a pas de remède. Il faudra donc attendre l'année prochaine pour revoir ces fleurs magnifiques qui surgissent toujours là où on ne les attend pas, gardiennes de la beauté sauvage.  Ouf ! Il a loupé les iris, qui vieillissent tranquillement, le dos au mur...



Les roses trémières attendent tranquillement la saison d'été, à la porte, gardiennes de la beauté 

Tout au long de mes promenades, j'ai rapporté des petites fleurs, ça et là, je coupe celles qui dépassent, j'ai même trouvé du laurier pour mettre dans mes bouillons, du romarin, et des roses très odorantes, merveilleusement odorantes... La dame au diabète me suggérait de faire un petit livre souvenirs sur toutes mes promenades, ça serait vraiment bien, les gens aimeraient ça... On verra, on verra, mais je savais bien que c'était tout vu... Il n'y aura pas de livre !


Au retour, j'ai suspendu un bout de printemps par les pieds

Je ne veux rien perdre, tout me paraît important, les traces du printemps sont partout dans ma maison, les petits bouquets du soir et les souvenirs se ramassent à la pelle...



Le printemps dans ses œuvres !

Mes amis, revenez me suivre dans les jardins de cette ville que j'habite, je vous la montre par le petit bout de ma lorgnette... Prenez soin de vous déconfiner, en douceur, si vous le pouvez.