mardi 27 juin 2017

ZIGZAGS - 4


Avant de revenir à Venise

Allez ! Le dernier ZIGZAG avant de partir...

LES MAMOS DE L’ANNÉE 

Plusieurs fois (2011-2012), je vous ai raconté les histoires de mes mammographies de contrôle : mais oui, Danielle, c'est fait tout ça, t'as encore quelque chose à nous dire ?

Oui, en fait c'est chaque fois autre chose, comme pour les abricots merveilleux de l'abricotier en bas de chez moi, chaque année j'en guette les fleurs, les fruits, les chapardages, les ramassages, c'est comme avec un enfant, vous ne vous en lassez jamais, et bien moi c'est pareil avec mon abricotier, je le couve du regard et je vous en parle...

La mammographie c'est autre chose, elle revient aussi régulièrement, mais les enjeux sont extrêmement différents, c'est une question de vie et de mort... J'y allais d'un pas tranquille avec mon amie, nous avions pris un rendez-vous en duo, c'est bien plus rigolo...

Personne dans la salle d'attente, c'est plutôt rare, je passe tout de suite : mettez-vous torse nu, je viens vous chercher... Mais le temps est long quand on attend, et puis, à moitié nue sur le petit banc de la cabine, c'est pas glamour... Après la radio, je passe à l'écho, je reste toute seule avec les écrans allumés, tout va bien, le médecin fait son travail et moi je le regarde, guettant dans ses yeux le moindre mouvement, le moindre plissement qui voudrait dire : tiens, tiens, c'est quoi, ça ? Quand elle repasse deux fois au même endroit, je panique, ah ! C'est là, je suis cuite. J'ai beau regarder l'écran qui s'agite, je ne vois rien de définissable, je vois la vie en noir, évidemment... Elle passe et repasse, l’œil rivé à l'écran, sans parole, seulement le va-et-vient de son palpeur électronique, son attention est constante et, au lieu de me mettre en confiance, je panique... Tout va bien, c'est parfait, alors-là, c'est la récompense royale, encore sauvée pour cette année... Je mets du temps à me rhabiller, je l'ai bien gagné, pas d'énervement, pas de précipitation, du lent, du bon temps, du beau temps...

Nous étions sauvées toutes les deux !

L'EGLISE ORTHODOXE RUSSE 



Au pieds du Palais de Tokyo, ce grand escalier descend direct à la Seine


J'avais décidé d'aller visiter l'intérieur de la nouvelle église orthodoxe russe, près du musée Branly, j'avais pris des photos il y a quelques mois, lors de la pose de la première coupole, je voulais voir le résultat final avec les cinq coupoles dorées/mat... Mais bien sûr, je me suis trompée de station de métro : Iéna au lieu d'Alma-Marceau... Pour traverser la Seine j'ai pris un petit raccourci : le grand escalier (que l'on voit sur la photo) juste à côté du Palais de Tokyo donne rue de la Manutention, et dans cette petite rue j'ai découvert des espaces plantés  microscopiques,  entretenus par les riverains... Tomates, vignes, haricots verts et fleurs, beaucoup de fleurs... Sous la pile du pont un artiste parisien,
Pablo Tomek, avait réalisé des grands murs peints, magnifiques...        
                                                                                                                                                                 
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 La grille reste toujours ouverte, et pourtant il n'y a pas du tout de curieux...




En poussant la grille, il y avait cet espace silencieux et paysagé


Pablo Tomek


J'ai refermé la grille et j'ai longé les petits jardins potagers

Je suis arrivée ainsi à la passerelle Debilly, parallèle au pont de l'Alma, et j'ai traversé la Seine pour voir mon église toute neuve...

La promenade n'est pas très agréable de ce côté de Paris, car il y a énormément de voitures sur tous les axes, on en prend plein les poumons, comme au Cambodge, des tuks-tuks à pédales proposent le transport pour le musée d'Orsay, pas loin, et la Tour Eiffel, tout près, et même beaucoup plus loin, petit commerce écolo, pas toujours rigolo, il faut de la force dans les mollets...



Photo empruntée sur internet : Cathédrale de la Sainte Trinité, architecte Jean-Michel Wilmotte

Le complexe religieux regroupe : maison paroissiale, auditorium, centre culturel, école bilingue franco-russe, librairie, salles d'exposition, cafétéria . Il s'impose par son énorme volume, les coupoles sont recouvertes d'or mat et le soir, il est illuminé sur toutes ses facades... Je vous conseille vivement de faire un petit tour sur Wikipedia pour en savoir beaucoup plus long sur l'histoire déjà très longue et très compliquée de ce projet (réalisé), controversé, inauguration et incident diplomatique à la clé...

L'intérieur est encore dépouillé, blanc et or, les icônes fraîchement créées scintillent sous le feu des bougies, fresques et mosaïques ne sont pas encore installées... Le financement de cette grande cathédrale est entièrement assuré par la Russie, qui avait acheté en 2010 quatre mille m2 de terrain (ancien site de Météo-France), site convoité par beaucoup de monde, dont l'Arabie saoudite...

Il faudra que j'y revienne, j'espère qu'ils ne vont pas mettre trop longtemps... Je me souviens du culte auquel j'avais assisté à Venise, dans cette très belle église orthodoxe grecque, très ancienne, il n'y avait en vérité pas grand monde à l'office, et je m'étais faite réprimander par une paroissienne qui n'avait pas apprécié que je croise les jambes sur mon siège, la magie est partie instantanément...






Les œuvres du moment

Je gage que les fresques, les mosaïques qui viendront orner ce lieu seront de toutes beauté... Attendons donc ! En revenant sur mes pas pour reprendre le pont de l'Alma, j'ai trouvé ce petit sentier, près du musée Branly, la campagne était au rendez-vous, secret !



Les petits chemins creux du musée Branly, chut !

Dans quelques jours je vais retrouver Venise, dans quels états seront-nous, elle et moi ?


La pose silencieuse

Il fera chaud, vais-je trouver l'ombre et la fraîcheur dans les petites rues encore peu fréquentées ? La Biennale que j'adore va sans doute me réserver des surprises, j'y suis prête, avec curiosité et passion !

Je vous raconte tout ça en revenant, à bientôt mes amis, vivez bien vos moments présents, avec enthousiasme !

Amicalement vôtre...

vendredi 23 juin 2017

Chiharu Shiota - ZIGZAGS - 3


Chiharu Shiota actuellement chez Templon à Paris

Zigzags exceptionnels, ceux de cette artiste hors norme, installée actuellement dans une galerie parisienne. La grande salle d'exposition est toute rayée de rouge, le fil de laine enveloppe tout sur son passage : les lumières et la barque se découvrent petit à petit à notre vue à travers les entrelacs rouges, l'immense toile d'araignée nous conduit travers des tunnels, bien au delà des murs, nous traversons des zones transparentes et mystérieuses... 


Je cours partout où ses fils m'appellent : blancs, noirs, rouge, rappelez-vous ses vapeurs d'eau au Bon Marché (au mois d'avril), pour le mois du blanc de ce magasin de luxe :


Installation au Bon Marché en avril 2017


Chez Vuitton en 2015

Des lumières ardentes, clignotantes, dissimulées, nous guidaient dans des couloirs de soie noire...

Pour rester les pieds sur terre, j'ai vu que le prix de vente de l'installation dans la galerie Templon était très élevé, mais le rêve et la beauté n'ont pas de prix, pour ceux qui peuvent se l'offrir. Le marché de l'art s'y entend pour élever les prix au maximum quand les artistes sont en vogue... Ils font aussi bien sûr vivre les artistes... De nouvelles et belles œuvres, plus petites, achetables pour des particuliers, ont fait leur apparition dans la galerie :


Les mains de bronze (de l'artiste) et une boule de laiton échevelé

Actuellement, une grande installation au fil rouge irradie la nef de béton de l'église Saint-Joseph au Havre, elle est en place jusqu'au 8 octobre prochain... J'ai bien envie d'aller la voir...

Mes amis , je vous souhaite à tous un très bel été... À très bientôt sur mes ZIGZAGS...

vendredi 16 juin 2017

ZIGZAGS - 2


Fleurs des rues : chèvrefeuille et roses

LES FLEURS DE MES RUES :

En allant aux répétitions de ma chorale, trois rues plus loin de ma tour, en fin de soirée, j'avais repéré le chèvrefeuille et son odeur si exceptionnelle, légère, fraîche, incomparable, aucun jus de parfumeur ne lui arrive à la cheville...

Il montait, échevelé, sur le grillage qui cachait les poubelles de la tour d'à côté. Quel paradoxe ! Des poubelles ou du chèvrefeuille, le gagnant était sans conteste les fleurs, elles poussaient là comme à la campagne, dans les petits chemins verts ou bleus selon la lumière du jour, dans les haies pleines d'oiseaux,  totalement étrangères à l'environnement, elles grimpaient au premier grillage venu, pimpantes, enivrantes, sentant merveilleusement bon, à côté des déchets de la ville. Pas rancunières, les belles... Le chèvrefeuille n'est pas exigeant, plus il vieillit, plus il est beau, il ne fait pas comme nous, les êtres humains, il ne prend pas une ride... Veinard !

Dans ma tour de ville, je suis bien équipée pour les rapines des rues, j'ai des vases : moyens, petits, très petits... Ce sont souvent les très petits qui vont le mieux aux tiges minuscules que j'arrive à subtiliser avec adresse, je ne casse rien, j'y vais délicatement. Juste en bas des marches de mon immeuble, il y a des massifs d'où sortent des fleurs rouges minuscules, depuis le temps, je ne connais même pas leur nom. En passant par la rampe d'accès pour les engins roulants, j'en cueille une petite branche ridicule, je n’exagère pas, mais comment résister ? Rapide comme l'éclair, je cache mon larcin dans mon sac...


Les fleurs rouges et les graminées qui poussent partout

En septembre, quand  j'arrive dans ma petite location de campagne, je fais un bouquet de tout ce que je trouve sur les chemins environnants. Le temps du chèvrefeuille commence à passer, mais restent quelques fleurs des champs, les roses qui dépassent des clôtures ça et là. Je prends tout, même les fleurs jaunes des pissenlits, tout ce qui dresse la tête et est coloré est pour moi. En rentrant, quel plaisir de chercher le vase qui ira bien à toutes les tiges, le mélange naturel des couleurs est toujours réussi, je n'ai presque rien à faire, tout s'ordonne sans moi, parfaitement.

LES FRUITS DE L'ABRICOTIER  :

Danielle, tu radotes, tous les ans, tu nous parles de ton abricotier. Mais oui les amis, je radote !

Pas de ma faute si tous les ans, l'histoire se passe autrement. Depuis le printemps je guette les fleurs, le froid, le gel, l'arrosage, et puis le temps fait le reste. Cette année nous devons nous plaindre, l'abricotier ne fera pas beaucoup de fruits, car il n'a pas été élagué par l'Office, ni arrosé comme il fallait, une récolte de perdue, vous imaginez le désastre...

Quelle chance, malgré toutes ses infortunes, l'arbre fruitier a tout de même quelques rescapés, gros, beaux, satinés, sucrés, quelques branches en sont chargées, mais nous ne feront pas les 60 pots de confiture de l'année dernière...

Chaque jour je surveille ceux qui tombent sur le trottoir, et hop ! Je vais les ramasser, tout cabossés, éclatés, flétris, certains sont déjà plein de fourmis, je secoue, et je les engrange dans ma boîte aux lettres en attendant de les récupérer à mon retour... On dirait des blessés de guerre, un peu fendus, un peu ouverts, un peu froissés...


Sauvetage délicieux, savoureux...

Chaque jour, la récolte se compte par unités, les gens passent et les écrasent comme des limaces...


Jour de grâce !

Voyez pourquoi j'y reviens chaque année, car chaque année c'est nouveau, miraculeux, la question se pose : comment va se comporter notre abricotier ? Comme pour un enfant, on prend des nouvelles de sa santé, d'un simple coup d’œil nous avons quelques réponses : ah ! Pourvu qu'il ne gèle pas, ah ! Mauvais, la tempête, et au printemps déjà, ah ! Voilà les abricots encore verts qui roulent sur le pelouse d'en bas, nous n'aurons rien ! Nous avons notre verdict, comme le paysan qui regarde son champ, ses animaux, et se dit : ça va pas, ça va pas cette année... En fait, nous ne sommes sûrs de rien, il faut prendre la vie comme elle va... Avec ses bons et mauvais jours...


Récolte très saine du jour d'après...

Tous les agriculteurs de la tour ont un avis différent : on n'aura bien quelques fruits cette année, vous croyez, bien sûr, peut-être pas de quoi mettre en marche l'usine à confitures, mais attendons, nous verrons bien... C'est tout vu, j'en ai déjà mangé une bonne dizaine.

Je suis heureuse d'avoir notre abricotier à côté de notre béton armé jusqu'aux dents, ici, chaque centimètre carré de terrain est capable de produire des merveilles, d'ailleurs, il y a cinquante ans, au pied de ma tour, il y avait un petit pavillon avec son jardin, sans doute avec du chèvrefeuille des abricotiers, des cerisiers, des fleurs, à Montreuil, il y pousse encore des pêchers, qui donnent les meilleurs fruits de la Région. Mais Danielle, c'est fini tout ça, maintenant tu prends ton sac à roulettes et tu vas faire tes emplettes dans ton grand magasin, là où il y a plein de tout...

Mais si vous saviez, mes amis, comme je me régale avec mes abricots estropiés, hauts en couleur, parfumés, sucrés, des vrais, des pur-sangs qui caracolent par tous les vents jusqu'au caniveau...

Amis qui passez par ici, ne ratez pas le prochain ZIGZAG-3... Très  bientôt...

dimanche 11 juin 2017

ZIGZAGS...



La magnifique villa Cavrois de Roubaix


ROUBAIX : SA VILLA CAVROIS


La villa Cavrois est une oeuvre totale ! Cette résidence privée, d'un riche industriel textile filateur de Roubaix, a été conçue et réalisée entre 1929 à 1932 par l'architecte Mallet-Stevens, entièrement restaurée à partir de 2003 jusqu'en 2008 par les Monuments Nationaux, elle est ouverte au public depuis 2015...

Monsieur Cavrois (Paul) avait épousé Lucie Louise Vanoutryve, précédemment mariée et veuve de son frère (Jean-Baptiste Carvis), décédé en 1915 durant la Première Guerre Mondiale. Cette famille recomposée avait sept enfants (3 de Jean-Baptiste et 4 de Paul). La villa abritait la famille nombreuse et le personnel de service. Madame Cavrois décède en 1986 et la villa est vendue à un promoteur immobilier, promise à la destruction et le parc loti. La villa est classée monument historique en 1990, le propriétaire la laisse volontairement se dégrader, pillée par des squatteurs, l'Etat la rachète en 2001. Sauvée !






La villa dans toute sa beauté ressuscitée

C'est un chef-oeuvre d'architecture moderne... La construction est en béton armé, recouverte de briques de parement ocres, joint noir..  Les proportions sont imposantes : 60 m de long, 1800 m2 habitables, 840 m2 de terrasses.

La villa a été  entièrement pensée et réalisée par l'architecte, dans ses moindres détails. À l'extérieur : la piscine, les parterres de fleurs, le miroir d'eau comme à Versailles, le sous-sol aménagé pour tout ranger, fabriquer, laver : buanderie, garage, réserve de fuel et machinerie pour  le chauffage, cave à vin, bricolage. À l'entrée de la propriété, la maison du gardien. À l'intérieur tout est prévu dans les moindres détails, même des trous dans chaque pièce pour laisser passer les ondes de la radio : la TSF, ainsi que la ventilation, le téléphone, la balance familiale pour se peser conçue spécialement dans la salle de bain (parentale) blanche, les robinetteries chromées, l'aménagement de la grande cuisine toute blanche, le mobilier des chambres, la salle de jeux, les passerelles entre les pièces, la terrasse ombragée, les miroirs, les couleurs, les éclairages indirects, et l'ascenseur... Tout, tout, tout, tout est beau ! Mallet-Stevens a concentré dans cette oeuvre toutes les avancées technologiques de son époque. Il disait : "le vrai luxe, c'est vivre dans un cadre lumineux, gai, largement aéré, bien chauffé, avec le moins de gestes inutiles et le minimum de serviteurs"



 Un immense couloir vous accueille en lumière, géométrie, miroirs et transparences...


Coin cheminée
La grande salle de séjour toute recomposée à l'originale dans des matières précieuses et colorées...


 Coin cheminée dans une petite chambre...



Grande salle à manger

Cet ensemble est une sculpture, de quelque endroit que vous soyez vous voyez grand, pratique et esthétique...


La grande cuisine toute en courbes, blanches


La salle de bain et les mêmes faïences que la cuisine, la blancheur toujours...


La chambre à coucher parentale, au carré

Je voudrai bien y habiter sans payer le chauffage (central), le jardinier et le gardien, et puis aussi sans la taxe foncière...

Ne passez pas par Roubaix sans courir voir ce palais des années 1930...

SA PISCINE MUNICIPALE DES ANNÉES 1930

Je saute la piscine municipale, transformée en musée extraordinaire, allez, juste quelques photos sans paroles :






Un grand bain culturel !

Et puis au détour d'une cabine de bain transformée en musée des beaux-arts, j'ai saisi ces deux toiles :



Ma toile préférée de Louis Charles Priest (1864-1913) Nature Morte - 1886


Raymond Woog Oeillets - 1886

Beaucoup à voir, beaucoup à réfléchir à Roubaix, les corons, un centre ville à vendre, les grandes cheminées des filatures en friches, définitivement artistiques...

SES USINES CULTURELLES  :


L'ancienne condition publique des matière textiles : un nouveau centre culturel de quartier qui marche très bien...


Une grande usine de filature, aujourd'hui Archives Nationales du Travail


LE RESTAURANT : À PARIS...

Nous étions un peu en avance sur l'heure du rendez-vous, nous nous installons confortablement, le menu est alléchant, simple et copieux, prix raisonnables, nos sacs à nos pieds, les vestes au dos de nos chaises, nous faisons la lecture à haute voix en attendant notre autre convive, quand on a de l'avance on peut bien se concentrer sur le menu, un coup d’œil à droite, à gauche, tiens, l'équipe a changé, non ? Je ne sais plus, du personnel jeune, dynamique, sympa... Ah ! Zut, ils ont vendu, comment ça, vendu ? Mais oui, regarde le resto a changé de nom, sur le menu s'étalait en toutes lettres Café Martin ! Café Martin, ça alors ! Tu te rends compte, les commerces passent de main en main, par ici la bonne soupe, ça prévient pas et hop, je te change d'enseigne, ni vu ni connu je t'embrouille... Bon, allez, nous allons essayer, tout a l'air appétissant, de toute façon nous somme là, notre invitée va bientôt arriver... Coup de fil de l'invitée, où êtes-vous ? Nous t'attendons, nous sommes dans le resto, assises, arrive, dépêche, grouille, on a faim... Elle arrive, toute souriante, une jeunette des temps modernes, habillée comme une sirène... Ben, vous vous êtes trompées de resto, je vous attendais un porche plus loin, un éclat de rire général. Nous nous étions trompées de restaurant et nous avions inventé le changement de propriétaire, la nouvelle équipe, l'ambiance un peu différente, nous avions des arguments pour tout, impossible de se tromper, nous étions bien à notre rendez-vous habituel... Souvent, nous sommes à droite du comptoir, là nous étions à gauche, voilà tout... La vue était un peu différente, c'est tout. Ventre affamés n'ont point d'oreilles, ni de vue...

Nous aurions vendu père et mère, nagé de Brest à New-York, donné nos mains à couper, c'est nous qui avions raison, un point c'est tout, le restaurant était vendu !!! Nous avons très bien mangé, mais la prochaine fois, nous retournerons là où rien n'était changé...

LA VOISINE : Dans mon immeuble...

J'avais bien remarqué qu'elle ne m'entendait pas, j'étais juste derrière elle, son gros sac poubelle au bout du bras,  mon petit sac à la main, je me disais, incroyable un gros sac poubelle de 100 litres au moins pour deux personnes âgées ! J'ai bien répété trois fois : bonjour madame, bonjour madame, bonjour madame ! Rien, pas un tressaillement, elle n'entendait pas, je lui ai passé devant avec le sourire... Mais vous avez maigri, que vous est-il arrivé ? Elle s'appuya contre le mur et commença à m'expliquer tout : oui, hôpital, prise de sang, nez, épaule, très gentils, mieux, nez, épaule, diabète, sang, prise de sang, mieux, nez, prise de sang, diabète... Bonne journée ! Je n'avais strictement rien compris à ce qu'elle m'avait expliqué avec application... Elle parlait vite, entre ses quatre dents de devant manquantes depuis des années, avec un accent portugais à couper au couteau, mais d'habitude j'arrive à saisir un bout de conversation... Ça ne nous a jamais empêchées de rire et de nous dire bonjour, mais aujourd'hui, je ne savais pas de quoi elle souffrait, pourquoi elle avait perdu du poids. Reposez-vous bien, prenez soin de vous, ça va allez mieux, je le pensais de tout cœur, nous avions toutes les deux vidé notre sac, mais je n'étais pas contente, c'était la première fois que je ne comprenais rien de ce qu'elle me disait, elle entendait moins bien, la roue tournait à grande vitesse...

LA CLIENTE : Au grand magasin de mon coin...

C'est la saison, j'en profite, j'achète des framboises tous les jours, deux fois par jour, j'en ai déjà mangé un jardin entier, j'y retournais donc, dans ce grand magasin où il y a de tout, de tous les coins du monde, qui me met en rage... Une dame débonnaire me prend à partie : c'est interdit de manger sur les étalages ? Oui, madame, je crois bien, c'est drôle, ce n'est pas écrit... Si, si, je crois qu'il y a un écriteau quelque part autour du stand de fruits. Ah ! bon, je n'ai pas vu, quand même, ce n'est rien de goûter juste un fruit, ben, mais oui, un seul, c'est rien, ben, je n'arrivais pas à aligner deux mots tellement elle allait vite... Vous savez pourquoi ils veulent pas qu'on goûte ? Ben, pour qu'on achète, on goûte, c'est pas bon, vous avez vu les abricots, ils ont le goût de rien, ils veulent pas qu'on goûte pour qu'on achète, si on goûtait, on n'achèterait pas, c'est pas bon  ! Ici on fait le contraire du monde entier...
Je n'avais pas encore envisagé cette interdiction sous cet angle, mais je trouvais que cette dame avait bien de l'imagination... Surtout, elle justifiait cette interdiction qui cherchait à nous tromper, non pour nous punir de voler un fruit ou deux, ou plus... Elle avait des sourires plein les lèvres et le regard pétillant... Il ne sont pas bons les abricots, on dirait des pommes de terre... Elle avait bien raison, je n'en ai pas acheté encore, j'attends la saison prochaine...




Amis, ne manquez pas le prochain ZIGZAG, à bientôt, je pense à vous...

samedi 22 avril 2017

Gonflée au bloc !



Le petit pansement

Madame, c'est là, vous entrez par ici, le bâtiment principal, c'est là ! Et d'un large geste confraternel, l'inconnu qui sortait de la clinique cachée derrière deux palissades et trois échafaudages, m'indiqua l'entrée...

Son  sourire rassurant tombait à pic ! Il faisait beau, mais je m'en moquais un peu, tout allait bien.

Bien en avance, j'avais largement le temps de faire trois fois le tour du pâté de maisons. Mais non, absolument pas, l'heure c'est l'heure, même en avance... Le hall d'accueil était déjà rempli de monde, du tiers monde, du petit monde des quartiers avoisinants, dont je faisais partie...

Bonjour madame, je crois qu'il faut que je monte directement au premier étage... Oui, montrez-moi vos papiers, oui, oui, au premier étage directement... L'aventure commençait sereinement, juste trois marches à monter....

Les infirmière s'activaient dans le petit bureau d'accueil du premier étage, toutes sourires, fraîches et pimpantes, elles ne perdaient pas le fil des objectifs d'accueil : pianotaient sur l'ordinateur, préparaient les papiers en potinant sur leur soirée, leurs amies, les faits du matin. Bonjour madame, c'est qui votre médecin ? Ça commençait tambour battant...

Tension au bras, température dans l'oreille, bien, voilà votre petit bracelet, vous pouvez vérifier s'il vous plait, parfait ! Vous venez pour quoi ? Décontractée, souriante, reposante, elle écoutait ma réponse : vous ne savez pas pourquoi je viens ? Si madame, je le sais, mais justement, on veut entendre ce que vous avez à dire pour voir si ça coïncide avec notre fiche... Ingénieux, quelle présence, quel professionnalisme, ils ne risquent donc pas de se tromper de patient ! Me voilà totalement rassérénée.

Vous avez fait vos toilettes au Betadine ? Parfait. Vous êtes à jeun ? Oui, oui bien sûr, j'ai juste bu un thé vers 8h ! Et là, un blanc immaculé ! Elle ouvrit grands ses yeux, vous avez bu un thé ? Elle a bu un thé la dame, dit-t-elle à la cantonade... Les collègue : un thé!

Ah ! Ça va pas être possible, madame ! Zut je me suis trompée, c'est grave un thé ? Bougez pas, je téléphone à l'anesthésiste : elle a bu un thé vers 8h ! Et là, je me voyais faire demi-tour, reprendre mon agenda, recaler un rendez-vous plus tard, rembobiner le film à l'envers... Quelle idiote je fais, me tromper à ce point, c'est stupide, si je pouvais passer quand même... Bon ça va, elle a dit oui, on vous prend, vous passerez à la fin de la liste du chirurgien. Parfait, je préfère, et en voiture Simone... J'étais presque contente d’être ici, voyez comme les choses sont faites, moi qui traquais depuis la veille, sans rien montrer naturellement, j'étais ravie !

Mon petit bouton louche au coin du nez, il fallait l’enlever : il est moitié-moitié, madame, m'avait dit le chirurgien, donc un peu bon, un peu mauvais, il faut le retirer, c'était pour ça que j'étais là et contente d'y être, surtout en ayant bu un thé à 8h ! En prenant mon thé du matin, je me trouvais très à l'aise, heureusement que je peux boire un thé, ça fait du bien le matin, même sans tartine c'est câlin, ça réconforte, j'avais trouvé tous les mots qui allaient avec le plaisir du thé quand on doit rester à jeun... Raté, archi raté  !

L'attente dans la chambre était plutôt reposante, charlotte sur la tête, sur-chaussures sur pieds nus, enfin bref, toute la panoplie nécessaire pour le bloc opératoire. C'est fou ce que l'on peut penser dans cette attente, petites pensées insignifiantes, confiantes, ou film catastrophe, toutes font le même trajet dans le cerveau, le plus mauvais de toute façon, c'est comme ça, on n'y peut presque rien... Allo, allo, oui, tout va bien, j'attends tranquille, ne vous inquiétez pas, bisous bisous, la petite musique des affections contre les petites misères fait bon poids... Toute la famille était au rendez-vous...

Et puis j'ai eu de la compagnie, une petite dame en noir, prostrée, accablée, bossue d'angoisse, qui s'est mise rapidement sur son brancard, sans un mot, avec tous les beaux habits du bloc, j'étais prête pour les bavardages, mais ils n'ont pas pu avoir lieu...

Mes maux à moi étaient légers : je vais avoir un gros pansement ou un petit, voyez, ça devrait se surmonter rapidement...

Après, petite balade sur le brancard, bonjour par ci, bonjour par là, ça va madame, tout le personnel roulant étaient accueillant. Descendue en ascenseur, tournée, virée jusqu'à la petite salle d'attente du bloc, juste face à la télé qui marche sans interruption, ça tombait bien pour moi qui regarde volontiers les informations, par contre, la dame devant  moi en avait plus qu'assez d'entendre parler... Mais la télé était là pour toujours pour parler, parler, parler...

Voici l'anesthésiste, souriante, rapide, elle vérifie mon bracelet, me redemande mon nom, ma date de naissance, pas d'erreur, c'est bien moi, c'est là, et je repointe le bout de mon nez pour lui montrer mon bobo méchant, elle me raconte tout le processus, la petite sieste, l'endormissement et tout en me mettant l'aiguille dans le bras, elle me raconte aussi sa péridurale du temps ou elle accouchait de son premier enfant, comme je voyais bien qu'elle voulait boucher les trous, je l'ai laissée aller jusqu'au deuxième enfant...

Après, si vous êtes déjà passé par là, vous savez bien qu'on ne se souvient de rien, mais quel plaisir de se réveiller à la toute fin, dans ce champ d'or ! Un champ d'or ? Oui, dans cette salle de réveil, où tous les opérés qui ont froid ont été délicatement recouverts d'une couverture de survie, dorée comme le dôme des Invalides... C'est beau !

Revenue à la chambre, la petite sieste d'après, comme vous la savourez, il fait beau, vous allez manger, on va venir vous chercher, la vie, la vraie, va reprendre d'une heure à l'autre, le petit pansement est vraiment petit, ça ira bien pour la sortie...

Avant la sortie, il y a eu la collation, et c'est là que les bavardages commencèrent, j'y retrouvais ma petite dame de compagnie silencieuse qui maintenant parlait  : j'ai un peu mal au ventre. C'est rien madame, vous allez voir, ça va se passer très vite, nous étions deux autres personnes à la rassurer, comme si on avait les diplômes de la faculté qu'il fallait pour nous permettre de prendre ses affaires en mains, la voilà qui souriait, le mal diminuait, elle allait pouvoir manger sa délicieuse compote allégée en sucre... Chacun expliqua le pourquoi de sa présence en deux mots, le personnel est vraiment gentil, vraiment humain, rien à dire, à redire, allez, bonne continuation, au revoir monsieur, mesdames, passez une bonne fin de journée, portez- vous mieux......

À la sortie j'étais gonflée à bloc, bien chouchoutée, bien transportée, allo, allo, oui, tout va bien, j'ai juste un petit pansement sur le coin du nez, je n'ai pas mal du tout, bisous, bisous, je te rappelle ce soir...

jeudi 20 avril 2017

Les merveilles de Laon (2)


Notre-Dame de Laon dans le froid, le vent, la pluie et la grisaille du jour de ma visite

Sur la façade aux trois portails, juste en dessous des trois arcs, j'ai photographié ces figures de pierre, si expressives, et je me disais en les admirant : souffrance, tristesse, angoisse, frayeur...









Les tristes faces gardiennes du Temple... Le talent des artistes n'a pas de limite, le réel dépasse la fiction

Je ne suis pas assez calée en symboles religieux chrétiens pour en comprendre les significations exactes... Comme j'ai la flemme de faire des recherches sur Internet, je me laisse donc guider simplement par mes impressions, peut-être même semblables à celles que devaient ressentir les gens qui passaient par là au Moyen-Âge... Comment faire pour résister aux tentations interdites pour accéder au Paradis ? Si j'en crois les anges et les flammes des Jugements Derniers : peints de mille façons, sur fond de mosaïque d'or, sculptés splendidement et inlassablement sur beaucoup de frontons des cathédrale...Par quels détours faut-il passer pour tutoyer les anges ?

Je garde bien sûr en tête le Jugement Dernier de Torcello à Venise, dans la grandiose basilique Santa Maria Assunta (construite au 7e siècle), composé en mosaïque ( XIIe), qui se lit comme une bande dessinée sur un fond d'or : un véritable trésor artistique que je ne me lasse jamais de voir et revoir, chaque fois que je reviens à Venise, le trajet sur l'eau pour l'atteindre est déjà une oeuvre d'art... Je reste toujours un long moment à détailler chaque figure, à y mettre du sens, mon bon sens, petite païenne devant l’Éternel, souvent sans prendre une photo qui s'avère toujours bien en-deçà de l'original... Je me souviens aussi de ce monumental Jugement Dernier de la cathédrale d'Albi, une oeuvre éblouissante ! Inscrit au Patrimoine Mondial, donc il y a du monde, il faut venir le matin à l'ouverture des portes... Du Paradis...




Le Jugement Dernier de la basilique Santa Maria Assunta de Torcello, extraordinaire ! (Image empruntée sur Internet)





Le grandiose Jugement Dernier de la cathédrale d'Albi

À deux pas de la cathédrale de Laon, dans l'ancienne commanderie, il y a cette petite merveille : une chapelle (XIIe, restauration aux 19e et 20e), dernier vestige de la présence templière, le mur clocher domine l'ensemble et quatre pierres tombales se trouvent encore à l'intérieur. Il y a un musée (fermé) qui recèle un tableau des frères Le Nain natifs de Laon. Plantée au milieu de nulle part, au bout d'une pelouse, une autre surprise de la promenade...




 Le chœur

Dans le vent, la pluie, le froid, les grandes tours de l'Abbatiale Saint-Martin font leur apparition, énigmatique, énorme, splendide. Construite par une congrégation de chanoines Prémontrés au XIIe siècle, achevée au XIIIe, l'emplacement de l'abbaye accueille aujourd'hui l'hôpital de Laon. L'église est devenue paroissiale.


Elle a fière allure, j'en visite les abords puisqu'elle est fermée. En 1944, un bombardement a détruit tous les bâtiments entourant la cour de la "Communauté", les ailes ouest et nord mettant ainsi au jour les pignons médiévaux du cellier et du réfectoire. La médiathèque est installée dans le cloître, on y accède par un escalier suspendu monumental en pierre, avec une rambarde du XVIIIe de toute beauté.





La dédicace à Saint-Martin qui partage son manteau avec un pauvre


Saint-Laurent, martyr chrétien sur son grill : voyez comme la sarabande de souffleurs de braises est joyeuse !

Le cloître


Voici que je découvre en poussant la porte de la médiathèque, ce sublime escalier suspendu et sa rambarde de fer forgé


Je m'avance pas à pas, personne dans les lieux, je l'ai entièrement à moi ! Impossible de l'avoir d'un seul tenant dans mon appareil photo, il n'y a pas assez de recul, je le prends bout par bout :


La belle spirale


Jusqu'en haut...

En sortant, tout au fond, dans la cour de la communauté, un beau reste d'un bâtiment du XVIIe, le logis de l'abbé.


Dans la grisaille du moment...

Prochain post : Gonflée au bloc !