lundi 25 avril 2011

J'suis pas dans le bon quartier ?


C'est incroyable, pourquoi ? J'attends l'autobus bien tranquillement, assise à côté d'une dame, qui parlait fort dans son téléphone, une histoire de prises électriques qu'il fallait déplacer dans son appartement... Ne me dis pas au revoir, vient me voir, et elle a raccroché, elle a continué de parler dans le vide... Plus personne n'était au bout de son fil, j'ai entendu cette femme dire : Seigneur quelle souffrance, elle marmonna une petite suite que je n'ai pas comprise, elle avait le regard qui allait loin devant elle.

J'ai pris tout le temps qu'il fallait pour faire deux trois courses absolument nécessaires, voilà longtemps que je n'avais mis les pieds dans cette grande surface, je l'évite le plus souvent possible, je préfère le commerçant du coin de ma rue, on se dit bonjour, on se raconte des histoires, mais ses fruits et légumes ne sont pas folichons. Aujourd'hui dans la très grande surface, c'était comme si je la découvrais pour la première fois, les gens couraient dans tous les coins, les caddies pleins, coincés dans les espaces vitrés qui séparent les escaliers mécaniques qui montent et qui descendent, il y avait des centaines de paquets de friandises, mis à la disposition des gens qui n'avaient qu'à tendre les bras pour se servir, pas de perte de temps, en montant on prend des chocolats, en descendant des bonbons, deux chances de vendre d'avantage, on fait grossir le client, pas un espace de libre pour rester libre...


J'étais contente de voir mon petit panier presque vide, j'avais résisté à presque tout...

Au rayon fruits et légumes tout venait d'ailleurs, de très loin, il y avaient juste les fraise qui n'avaient pas trop voyagé, elles sentaient bon, j'ai tendu le bras, pour les melons, encore un peu de patience, pour les groseilles et les framboises j'attends qu'elles poussent dans les bois

Avant de rentrer dans ce temple de la consommation j'ai rencontré une copine, elle avait pris le temps de voir passer la journée, sans se presser, avec le beau temps, on a envie de flâner même chez soi, mais tout de suite sont revenues ses histoires de famille, elle m'a dit une chose très jolie, tu sais, il ne faut pas me rencontrer si tu es pressée... A quelle heure ferme le magasin, dépêche-toi, on parlera une autre fois... J'ai toujours des tas de choses à dire, dépêche toi...

C'est peu après que j'ai vu les gens chargés de commissions, moi je n'avais plus envie de rien, trop c'est trop, trop de choses sur les étalages, trop de choses emballées, à peser, à acheter, je suis partie bien vite.

J'ai repris l'autobus pour rentrer, la flemme, le beau temps, pas pressée, si peu chargée, j'ai suivi la rencontre de deux personnes qui se connaissaient, l'une un peu amochée par la vie, la tête un peu simplette, l'autre vive dynamique, bonjour, fait beau, je reviens de chez mes enfants, oui, et vous ? J'ai rien fait, j'ai vu monsieur Armand qui allait chercher son pain, son journal comme tous les matins, oui vous l'avez vu, il fait ça tous les jours, elle lui parlait comme à une personne très ordinaire qui avait toute sa tête, elle souriait tout le temps, elle répondant aux questions, elle ne s'apercevait de rien, elle lui dit au revoir comme je dis au revoir à mon voisin. Il y a des gens formidables.


Je me disais j'en ai marre d'entendre des histoires qui se terminent toujours mal, j'suis pas dans le bon quartier... J'voudrais bien déménager... Aller où il y a des fleurs, des arbres, la mer pourquoi pas, non, la campagne, je préfère, avec les gens qui vont avec, bleus, roses, verts, qui sentent la lavande, le jasmin, chantent du soir au matin, ont des fleurs dans les yeux... Sans problème... Je rêve, c'est pas possible? Mais oui je sais le spleen, la douleur, ça n'a rien à voir avec le paysage, dommage !

Bien sûr, je plaisante, je ne suis pas assez naïve pour penser qu'il suffit d'écouter les oiseaux, faire son pain soi même, regarder pousser son persil, pour être heureux, j'ai de la bouteille, j'connais la musique, finalement, je suis bien avec les petites histoires de ma rue, celles que je passe au peigne fin, très fin, celles qui ressemblent à tout le monde, presque tout le monde... Ainsi, j'ai souvent envie de pleurer, la peine, le trouble, la détresse, ça me traverse... La joie aussi, ça me monte à la tête, le bonheur m'enivre, jour après jour, j 'ai les chagrins des gens au coeur, et leurs rires, et leurs sourires, je suis sûre que ça vous fait ça aussi... Forcément.


4 commentaires:

Michelaise a dit…

Oh que si Danielle, tu es dans le bon quartier, et tu y seras toujours ! où que tu sois !! car tu as une sensibilité à fleur de vie qui te rend attentive aux autres. Et ces autres, ils sont solitude et souffrance. Et toi, parfois, tu sais, quand tu le peux, adoucir d'un mot ou d'un moment d'écoute, leurs malheurs. C'est vrai que Paris est, pour nous qui ne faisons qu'y passer, terriblement pleine de gens seuls et dont la vie est triste, du moins c'est l'impression que l'on a. Pour autant il n'y a pas forcément plus d'humanité ailleurs, dans les autres quartiers, dans la campagne ou sur le bord de la mer.

Danielle a dit…

C'est vrai Michelaise, il n'y a pas forcément plus d'humanité à la ville qu'à la campagne, c'est seulement le paysage qui change.

Il y a très longtemps, je venais à la campagne, chez un paysan qui louait une petite maison, j'y venais avec mes deux enfants petits à l'époque, toute contente d'être dans un paysage de blé et de cerises, un décor de rêve de ville...

Mais mon paysan (jeune comme moi) était au tranxène, valium et autres pansements de l'âme...

Je n'ai jamais oublié, plus tard, j'ai rencontré plein de solitude et de désarroi à la campagne... Aussi.

Tu as raison, j'y suis j'y reste...

Bises du soir à toi.

Maïté a dit…

Toujours de belles histoires à nous transmettre avec un si beau talent.Des gens tristes il y en a partout, des gais aussi ; on a ça en soi, ou que l'on soit...
Pour moi, ça n'est que du bonheur, pour les jours passés, présents et à venir, je m'envole vers le Paradis demain matin!!!
Belle semaine, a presto !

Danielle a dit…

Maïté un grand bonheur pour vous de vous envoler à Venise (bien sûr ?) Voilà ce que je vous souhaite de tout coeur.

Oui Maïte, vous avez raison, le paysage ne fait rien à l'affaire...

Bonne journée et surtout bon Paradis :-)))

Bises du jour avant.