samedi 12 février 2011

Une journée particulière... A Paris.



Dans la vie, chaque journée est particulière, mais vraiment particulière, au matin rien n’est pareil, forcément, on ne sait pas ce qui va se passer, on ne l’a jamais vécu, ça reste à vivre jour après jour… On ne sait pas à l’avance si on va rire ou pleurer, on peut même faire les deux à la fois…

C’est ce jour-là que je fis les deux à la fois…

J’avais fait le projet d’aller à Belleville, vous savez, dans mon quartier d’adoption, déjeuner de délicieux raviolis, faire quelques courses exotiques.

Dans le métro ça avait vraiment bien commencé, pas loin de moi il y avait un homme qui parlait un peu fort dans son téléphone portable, un accent maghrébin, jovial, sympa, bon enfant, j’entendais toute sa conversation et de plus, comme il avait ouvert le haut-parleur, sans doute sans le savoir, j'entendais les questions et les réponses des deux correspondants.

Une belle conversation anodine, du genre : T’es où, comment ça va ? Je suis dans le métro. Ah bon ! Comment tu vas ? Bien, bien, tout va bien, et les enfants, rien de particulier ? Ils vont bien, et toi ? Impeccable, oui, oui, tu rentres tout de suite ? Oui, je rentre, je suis content que tout aille bien pour toi, pourquoi tu parles si fort ? Parce que je suis dans le métro. Ah bon ! Je suis à la maison dans 10 minutes, je t’appelle si tu veux, d’accord ? Bien sûr, je serais content, bon d’accord, à tout de suite alors ? Oui, je suis chez moi, j’attends ton appel.

Les deux hommes, entendus de tous, parlaient avec beaucoup d' affection des simples choses de la vie, je sentais à leurs voix de la sincérité, ils faisaient plaisir à entendre, leur gentillesse semblait se diffuser dans le wagon... En face de moi, il y avait un homme jeune, peut-être maghrébin comme eux, attentif aussi à cette conversation, nous nous sommes regardés un instant et nous avons souri, mais notre sourire n'était ni moqueur ni agacé... Nous profitions des nouvelles du jour, émouvantes et simples.

Notre sourire se prolongea sur deux stations, nos deux hommes n'en finissaient pas de se dire bonjour, au revoir, et bonjour aux enfants. J'avais bien l'impression que ce coup de fil apaisant faisait du bien aux auditeurs libres que nous étions...

Quand je suis descendue à ma station, j'ai dit au jeune homme : c’est vraiment sympathique d'entendre ça, et il m'a dit : oui c'est vrai, bonne journée à vous. J'étais contente et émue, de ce moment de douceur partagée...

La journée commençait vraiment bien, je passais la porte automatique, vers la sortie, il y avait du monde dans tous les sens, je pensais déjà aux raviolis, aux messieurs qui répandaient de bonnes paroles autour d’eux, je gardais le sourire…

Tout à coup, de grands cris résonnent partout dans le couloir du métro, devant moi, deux femmes noires, encore jeunes, poussaient des cris terribles, se tordaient les mains, elles étaient juste devant moi et je voyais leurs regards effrayés, il devait se passer une chose abominable dans mon dos, je n’en menais pas large, j’avais même peur de me retourner et voir la chose terrible qui les faisait hurler de terreur… Je me suis dit, c'est un attentat et j’ai vu, très vite, en jetant un regard furtif sur le côté, descendre l’escalier, jusque dans la rigole, près du mur, un gros rat qui courait, qui cavalait juste à côté de moi… Je n’ai pas bougé, je me suis trouvée un sang froid inhabituel, le rat a disparu en 3 secondes pas plus, je ne sais où, j’ai continué bravement mon chemin… Un jeune homme qui prenait la même sortie juste à côté de moi pressait le pas, je lui dis : il s’en passe des choses à Paris, il s’est retourné vers moi, m’a regardée, et m’a fait comprendre qu’il ne parlait pas le français. Mais nous nous étions compris, nous avions vu le rat, et nous ne pouvions pas en parler… Moi comprends pas français… Nous ne pouvions pas partager la peur.

J’étais passée brusquement de la douceur à l'effroi et à l'incompréhension… Mais les montagnes russes des sentiments ne se terminaient pas là...

Les escaliers de la station de métro débouchaient sur un énorme marché de la misère, je pouvais à peine mettre un pied devant l’autre, de tous côtés il y avait des vendeurs à la sauvette, tout leur étalage était posé à terre, sur des draps, des chiffons, des tapis de fortune… Les vendeurs étaient aussi nombreux que les acheteurs, pour quelques euros l’affaire se faisait, les vieux vêtements, les casseroles ou les téléphones portables passaient d’une main dans l’autre…

Cette vision apocalyptique me fait à chaque fois le même effet, comment faire pour changer tout ça ? Quelque fois, sur cette même place, je vois traîner des vêtements, des bouteilles, des vélos, des livres, des papiers, tous les signes du passage récent de la police, les vendeurs avaient pris la poudre d’escampette, laissant là ce que les deux mains n'avaient pu ramasser assez vite…

La journée n’est pas finie, je poursuivais mon chemin vers un magasin où je vais d’habitude acheter les fruits exotiques, le lait de coco, les légumes et la citronnelle… Des dames, toutes asiatiques, faisaient le pied de grue tout le long de la rue, la prostitution s’est installée là depuis quelques mois, je n’avais rien vu, mais maintenant leur présence est très visible, elles sont nombreuses. En passant, je vois qu’elles répondent aux hommes qui demandent le prix de la passe, en levant les deux mains, elles maintiennent en l'air le nombre de doigts qui convient, et le prix change d’une dame à l’autre…

Descendre à Belleville est maintenant un point d'interrogation, car jamais je ne peux répondre aux questions que je me pose : comment ça va finir tout ça, comment, pourquoi la pauvreté a-t-elle progressé si vite, par-là ?... Jamais ne n’arrive à avoir le moindre début de réponse, mais je vois bien que de jour en jour, la pauvreté, la violence, gagnent du terrain ici…

Quand je suis rentrée dans le magasin, j’ai acheté les fruits, les légumes, le lait de coco, j’ai oublié un instant, toutes les questions que je me posais en entrant… Je les ai reprises en sortant !


11 commentaires:

norma c a dit…

Chronique d'une journée parisienne, presque ordinaire, hélas...
Heureusement que ton humour et ton regard sur la vie nous permettent de nous sentir quand même bien, en te lisant...

Michelaise a dit…

Ton attention trancende le banal en un récit presque épique et surtout, tellement humain. Nous partageons les questions avec toi Danielle, elles seront moins lourdes à porter à plusieurs

Chic a dit…

Alors toi aussi tu M ;)

Chic a dit…

...malgré tout ;)

Danielle a dit…

Norma, je suis contente de ne rien plomber du tout, j'essaye de voir de tous les cotés avec bonheur et chagrin...

Merci d'être là.

Bises du soir.

Danielle a dit…

Comme ce que tu me dis allèges le poids, je suis heureuse de ce partage, à plusieurs... Merci.

Passe une belle soirée Michelaise.

Danielle a dit…

Cher Chic, toujours là au bon moment, attentif et souriant... Oui malgré tout j'M :-))

Tes photos sont magnifiques, j'en profite pour te le dire ici...

Chic a dit…

j'M :) quand tu dis ça ;)

beatrice De a dit…

Je ne connais pas Belleville, mais j'aime beaucoup Barbès fruits exotiques trois fois meilleur marché que chez moi.. Si près de Montmartre et ses magasins de tissus que l'on peu y aller à pied.

Cette année suis retournée au marché de la Croix de Chavaux, à Montreuil. Sympathisé avec une Marocaine qui fabrique ses délicieuses pâtisseries *exotiques*. Pas résisté. Elle est en plein milieux du marché, a un stand, long, long... Passez lui le bonjour de la déco qui lui a donné l'adresse de son blog. De la dentelle au mètre pour de futur bricolage.

j'aime parcourir Paris à pied. Le meilleur moyen de découvrir. J'y ai rencontré des gens formidables, n'ayant pas la langue dans ma poche. Les Parisiens non plus !

beatrice De a dit…

Cette année. suis *descendue * à Strasbourg St Denis, dans un hôtel super sympa !

En revenant de la rue Etienne Marcel à Pied, je réalise qu'il y a beaucoup de prostituée dans cette rue. Tout le monde le sais... sauf moi. Il y a aussi une mercerie où j'ai découvert des trucs intéressants. Bien fais de revenir à pied. Vive Paris.

Danielle a dit…

Voilà Béatrice toujours pleine d'énergie qui passait par là...

Tu as bien raison Béatrice, à pieds c'est le mieux...

Je connais bien aussi le marché de la Croix de Chavaux, je vois que tu connais les bonnes adresses et les belles merceries...

Chère Béatrice, je suis sûre que tu vas faire des merveilles avec tout ce que tu as ramené de Paris, j'ai hâte de voir tout ça sur ton blog...

Bises du soir.