jeudi 13 janvier 2011

Cambodge... Ah ! Angkor !


Quand je suis arrivée sur le site je n’ai pas fait : Oh ! Mais : Aïe !

J’avais mal ? Mon cœur était ulcéré, j’avais presque le vertige, le ciel n’était pas comme je voulais ; tout marchait de travers, sauf les touristes, les milliers de touristes qui sont arrivés comme moi, le matin, vers 8h30.


Je m’étais préparée psychologiquement à ne pas rouspéter, à ne pas m’énerver, j’avais la ferme intention de rester calme et d’admirer sagement les magnifiques temples de la civilisation Khmère.

Je vous le dis tout de suite, ça n’a pas été possible…


À l’entrée, j’ai attendu pour avoir le billet, le pass de trois jours qui m’ouvrait toutes les portes des sites, à gauche le billet d’un jour, à droite le billet de trois jours, fallait pas traîner, la queue grandissait comme le nez de Pinocchio. Le pass se faisait instantanément, photo à l’appui, dès l’entrée, une petite caméra prenait votre binette au guichet et hop ! A payé, au suivant.


Imaginez la foule qui se pressait comme moi pour voir les splendeurs angkoriennes, la plupart des touristes étaient asiatiques : Chinois, Japonais, Coréens, les Européens sont loin derrière… Des files de voitures, de cars, de tuk-tuk, de vélos, de motos, déversaient les curieux, les assoiffés de beauté mystérieuse.

J’ai fait : Oh ! Où vais-je mettre mon émotion, ma joie, ma surprise, mon excitation ?



À la porte du premier temple, il y avait les marchands cambodgiens bien installés sous des nefs de paille qui proposaient les souvenirs, les plus petits marchands, ceux qui tiennent à bout de bras toute leur marchandise, essayaient de vendre les chapeaux de paille. Des enfants, en travailleurs indépendants, chargés de livres, de foulards et de cartes postales, criaient à la ronde le prix de tous ces beaux objets, dans toutes les langues. Les enfants vendeurs d'ici connaissent toutes les accroches commerciales, ils vous les servent dans toutes les langues, ils apprennent vraiment sur le tas, mieux qu'avec la méthode Assimil, j'avais vraiment l'impression qu'ils avaient été scolarisés longtemps, non, ils ont appris très vite dans la rue, auprès des touristes.


Un peu plus loin, les éléphants majestueux, vêtus de rouge et or, avec le cornac vermillonné, faisaient envie à tout le monde, pensez donc, quels souvenirs à rapporter, quelles sensations, voir Angkor sur le dos d'un éléphant, toujours plus haut, palpitant. J'ai eu quand même la tentation d'y monter, et puis je me suis dit : il ne faut pas exagérer, mais l'économie de fatigue que représentait ces gros pachydermes... Bon, j'ai tout fait à pied.


Beaucoup plus loin, on voyait déjà le temple-montagne Angkor Wat trouer le ciel bleu. On s’y précipite en bandes, il faut jouer des coudes, comment s’extasier à 42000 ? Vous pourriez faire ça, vous ?

J’ai toujours refusé d’aller voir les pyramides, trop de monde, je ne veux pas souffrir sur le terrain, je renonce, je continuerai à les regarder dans les livres, je veux bien feuilleter les photos des autres, de toute façon je ne vais pas faire le tour de la Terre, je ne vais pas pouvoir tout voir… J’envie les grands voyageurs du 19e siècle, particulièrement Henri Marchal qui passe plus de 60 ans au Cambodge, conservateur d’Angkor à la fin des années 30, il fait démonter les ruines et les remonte pierre par pierre… À sa mort, tout Siem Reap (la ville à côté du site) assiste à son enterrement, ses cendres sont répandues sur la chaussée d’Angkor Wat. Quel panache !

Notre époque n’est plus aux découvertes en solitaire, les tour-operators font ça très bien, ils passent tout au peigne fin, vous n'avez plus qu'à suivre… Ce qui fait que nous sommes nombreux à être sur les sites dès 5h du matin, pour avoir l’impression que nous sommes seuls au monde, d'être les découvreurs des splendeurs du monde. J'ai essayé cette heure-là à Venise, sur la place Saint-Marc... Il y avait déjà du monde.

Pour faire la photo, il faut être adroit et rapide, si vous n'appuyez pas tout de suite, il faudra attendre le groupe de 50 qui vient juste derrière... Ouf ! Dans la boîte !

Les temples d'Angkor dominent un immense territoire, la foule se disperse et petit à petit, en allant très loin, à quelques kilomètres, vous trouverez un temple sublime où il y aura moins de monde, le charme opère immédiatement... J'ai bien fait de venir, c'est tout à fait exceptionnel, quelle civilisation, quels constructeurs, la foi (hindouisme, puis bouddhisme), la puissance et la richesse déplacent des montagnes... Pour construire le plus majestueux des temples, il faudra la participation de 300 000 ouvriers et 6 000 éléphants, pendant 37 ans...


Il y a environ 300 temples dans la région d'Angkor, les constructions vont du VIIe au XIIe siècle, j'ai vu un temple appelé la Perle de grès rose (Banteay Srei, c'est ici que Malraux vola un bas-relief en 1930), un joyau de l'art Khmer, c'est la plus belle chose que j'ai vue ici... Des sculptures si fines, si denses, si délicates... Les femmes dansent sur les murs... Ce temple est dédié à Civa...


Plus loin, j'ai adoré le temple Babteay Kdei (Bouddhique), abandonné (presque), et livré à la végétation, l'atmosphère est étrange, les arbres qui ont plusieurs centaines d'années enserrent dans leurs racines les murs de pierre... La végétation coule entre les pierres comme des leviers de fer, et fait tout ébouler.

Ici, par chance, peu de monde, j'ai fait le tour du temple, sous le mur d'enceinte, juste les arbres, les pierres et moi... Envoûtant et presque angoissant...


Chaque fois que je me retrouvais devant un petit temple, en brique (les plus anciens sont tous en brique), presque seule, les pieds rougis par le sable, contemplant la grâce, les prouesses architecturales, les fines sculptures, j'étais touchée par la vénération dont il jouissait encore aujourd'hui, l'émotion était à son comble, les siècles sont passés, et je restais à l'unisson avec tous les peuples qui ont souffert et qui se sont agenouillés ici.


Angkor garde intacts son histoire, ses mystères, sa grandeur, son extrême beauté... Les milliers de touristes n'y changeront rien, il faut s'organiser, visiter à contre-temps, préférer les petits temples aux "vedettes", et prendre un guide qui augmentera considérablement le charme et l'intérêt de la visite.



17 commentaires:

Felice a dit…

Bonjour Danielle,

Le tourisme de masse est au voyageur d'autrefois ce que la démocratisation est à l'école : il est difficile de s'opposer au fait que le plus grand nombre ait accès à la culture, à la formation et aux merveilles du monde, mais on peut se désoler que ce fait de donner accès a eu comme corollaire un amoindrissement de la qualité des «activités culturelles» comme de la formation.

L'accès pour tous, c'est bien, mais encore faut-il se demander à quoi cela donne dorénavant vraiment accès...

La voyageuse que tu sembles être et que j'ai déjà été ne sera pas contente de ce conseil de Proust dans «Les Plaisirs et les jours»: «Pourquoi voyagez-vous si souvent? Les carrosses des voitures vous emmènent bien lentement où votre rêve vous conduirait si vite. Pour être au bord de la mer, vous n'avez qu'à fermer les yeux. Laissez ceux qui n'ont que les yeux du corps déplacer toute leur suite et s'installer avec elle à Pouzzoles ou à Naples.»

Dotés d'une vive imagination, les personnages de Proust sont toujours un peu déçus lorsqu'ils arrivent devant ce dont ils avaient tellement rêvé. Ils vivaient pourtant il y a plus d'un siècle!

Bonne fin de semaine quand même

Enitram a dit…

Comme tu a dû te sentir bien devant ce petit temple, toute seule ! Et quand tu y es entrée, un ange passa....
Bon dimanche, grande voyageuse !

Michelaise a dit…

C'est vrai que cette presse, cette impression d'une foule, d'une foire alors qu'on voudrait découvrir, dans le calme, seul en tête à tête avec ses émotions... il faut avoir le courage de supporter cette étape pour, ensuite, comme tu l'as fait Danielle, s'éloigner, faire quelques pas hors du sentier majoritaire, et souvent, se retrouver seul, pas trés loin de la cohue, mais hors des sentiers battus. Tes photos nous donnent à voir des merveilles, comme si nous étions seuls avec toi ! C'est étonnant, et saisissant. Ces racines qui enserrent les pierres branlantes, ces temples en équilibre précaire et pourtant immuable, c'est magnifique. TOn récit est parfait, et tu as profité de cette visite pour t'approprier des endroits secrets.
L'accès du plus grand nombre Felice, abime aussi, détruit ou détériore souvent. C'est normal que tous aient envie de voir les merveilles mais cela passe malheureusement par des nuisances qui finissent par entrainer la restriction. Et puis, tous ont-ils vraiment envie de visiter ces endroits, ou est-ce simplement de la consommation ??? Certes on ne peut pas trier les visiteurs sur l'intérêt réel que suscite le site pour eux, mais il faut bien avouer que parfois, certains touristes "font", "ont fait" ou feront"... sans faire grande distinction.

Danielle a dit…

Félice ce petit texte de Proust me va parfaitement, merci...

Bien des fois j'ai pensé comme lui...et j'ai fait autrement :-))

Je n'aime pas les voyages rapides, j'essaye de faire peu mais mieux...

En fait, ce qui me convient bien c'est de demeurer plus longtemps dans un endroit, comme je fais l'été 1 mois à la campagne ou à Venise, j'ai le temps de sentir les choses.

Pour le tourisme de masse, je ne sais pas répondre à cette question, je ne sais pas comment faire... Pour tout conjuguer, ensemble les monde et le lieu...

Félice passe un bon dimanche.

Bises du jour.

Danielle a dit…

Enitram, tout à fait, je me sentais bien, il m'es arrivée une fois de ressentir le silence et presque la peur, dans un temple isolé, perdu au milieu des arbres...

Passe toi aussi un beau dimanche.

Danielle a dit…

Oui Michelaise, j'ai pris des photos pour montrer, ce que je voyais, sans tricher avec la foule... et puis, quand je me suis éloignée du monde, j'ai voulu redonner un peu les émotions qui me saisissaient... Je suis ravie si peux les ressentir avec moi.

Pour le reste, je ne sais comment faire, aussi, je déserte petit à petit les lieux qui deviennent des temple de la consommation. A Paris, je ne vais plus non plus dans les grandes expos... Je préfère flâner dans les petites galeries...

Peut-être serais-je tentée un jour de faire comme Proust nous le suggère...

Pour l'instant j'essaye de voyager en tenant compte de tout cela.

Passe un excellent dimanche, il y a du soleil ici...

autourdupuits a dit…

Danielle comme je comprends tout ce que tu décris.
Tu as pu comprendre que nous sommes un peu sur le même moule.
Je ne ressents jamais autant d'émotion que lorsque je pénètre seule dans un lieu.
Cela fait longtemps que j'ai envie d'aller au Cambodge d'autant que nous avons sympathisé avec le patron du restaurant asiatique dans lequel nous allons souvent,il est cambodgien.
Il nous raconte souvent comment il a fui du pays,son père était diamantaire ils ont tout perdu.
Si tu le rencontrais tu nous rapporterais ses histoires de façon fabuleuse comme tu le fais toujours si bien

Felice a dit…

Rebonjour Danielle et bonjour MIchelaise,

Je crois qu'il n'y a évidemment pas de solution facile. Proust avait beau jeu de n'être que peu tenté par le réel puisqu'il a passé les quinze dernières années de sa vie alité, à revivre les premières trente-cinq : cela donne une oeuvre magistrale, mais ce n'est pas un destin que je nous souhaite!

Comme tu le dis, il faut pluttôt chercher d'autres solutions comme le voyage à contretemps qui m'a permis de me retrouver seule dans la cathédrale de Carcassonne pendant une tempête de neige : j'avais même transporté mon climat pour être certaine de ne pas être dérangée!

Comme cela n'est pas toujours possible, j'ai trouvé une autre technique : je dessine ce que je vois lorsqu'un guide ne me pousse pas dans les fesses! Cela me permet d'être dans une bulle de concentration qui me coupe un peu de la foule...

De ton côté, texte et photos montrent bien que tu as aussi réussi à aménager un peu ton espace de contemplation malgré tout!

Bon dimanche.

Danielle a dit…

Chère Françoise je suis comme toi, je sais que tu a aussi abandonné les grandes expos de Paris, au profit des petites escapades que je suis avec beaucoup de plaisir :-)))

Ton "patron" Cambodgien a du beaucoup souffrir... Leur cuisine est délicieuse, je vais en parler :-)))

Passe un très bon dimanche avec le soleil.

Danielle a dit…

Felice, nous n'en voulons pas à "Marcel" il nous a tant donné, avec son enfermement :-)))

Je t'imagine très bien Felice dans la cathédrale avec ta tempête...

Tu dessines ! Quelle bénédiction, je t'envie largement...

Finalement nous faisons très bien nos affaires, en nous arrangeant avec nos échappatoires... Toi tu dessines, moi je rouspète... et je vais ailleurs...

Michelaise, Enitram, nous cherchons comment faire, cherchons encore comment nous approprier des lieux encombrés :-)))

Bises du jour.

beatrice De a dit…

Voir Angkor et mourir ! Tellement de chose à voir !

Je pense que là-bas, il ne faisait pas froid. A Prague on se gelait... les mains en prenant des photos.

Hélas le tourisme de masse peu difficilement être évité. Tout le monde aspire aux voyages.

Je crois que je suis allée en Egypte juste avant la grande *Débardée*. J'ai appris que l'on avait construit des débarcadère en béton, là on l'on nous mettait une planche pour débarquer.

Danielle a dit…

C'est vrai Béatrice, tout le monde aspire aux voyages ! Je sais bien, il n'y a pas de solution...

L'Egypte j'y ai renoncé...

Je vais voir sur ton blog ton voyage à Prague :-)))

Bonne journée à toi.

Chic a dit…

Superbe ! Et ils se révoltent quand là-bas ;)

Danielle a dit…

merci Chic, mais la révolte j'en ai pas entendu parler :-)))

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