samedi 2 octobre 2010

Conversation dans le Berry... 2e partie.

Je vous disais bien que ce dimanche était un jour fort, en rencontres, en émotion et en partage.

Ma journée du patrimoine a été composée de tous les gens que j'ai rencontrés. Tous des monuments.

Au bout de ma rue, sans trottoir, sans voiture, juste de l'herbe qui pousse de chaque côté, il y a une petite maison qui doit dater d'un bon siècle, comme beaucoup de maisons d'ici.

J'avais mon appareil photo sur le ventre, j'ai engagé la conversation avec la propriétaire d'uneancienne petit ferme, qui venait à ma rencontre, nous avons tout de suite sympathisé, en me parlant elle me touchait sans cesse le bras, familièrement, j'ai bien aimé ça, ça rapproche.

Elle m'a fait entrer dans son jardin, m'a montré le four en pierre, qui servait aussi de pigeonnier, dans la soupente, mais les pigeons c'était juste pour l'amitié, mon mari les adorait... Elle ne pouvait plus tuer une poule, même un lapin, en vieillissant je ne peux plus, voyez, je ne peux plus voir ça, les animaux ça devient comme des personnes. Son jardin était dans un joli désordre, elle aimait mieux le naturel que le bien rangé... Dans sa cuisine-salle à manger, c'était pareil que dans son jardin : un terrain d'aventures...

Elle m'a montré les photos de sa famille, avec fierté. Avant les photos elle m'avait parlé de sa fille qui était décédée, encore trop jeune, il y a quelques années, d'un méchant cancer... Elle n'avait plus de larmes dans les yeux, mais son cœur était gros. Ma fille, c'était la moitié de moi, vous voyez ! Je voyais très bien.



Elle me dit qu'elle a tout réglé, fait des donation à ses enfants, partagé équitablement, tout payé chez le notaire.

Au revoir madame, je reviendrai vous faire un petit coucou, il faudra que je réserve un jour entier pour faire mes adieux par ici...

J'ai souvent mis pied à terre, à côté de mon vélo, ça va moins vite,c'est très bien, toujours sous le ciel bleu, je passais devant une maison d'une autre rue, avec herbe sur le trottoir, j'avais encore mon appareil photo, la dame m'a dit, entrez donc, j'ai un bel âne, si vous aimez faire des photos. J'ai sauté sur l'occasion.

Le mari faisait des travaux, et moi sans faire attention j'ai marché sur ses joints... Il peaufinait son pavage d'entrée, et je n'avais pas vu le ciment frais.

Pas grave, la dame m'a emmenée jusqu'au fond du jardin, immense... L'arche de Noé c'est ici, ânes, poules, canards, oies, lapins, mouton, chèvres bientôt, poissons dans le bassin, pour les fritures, j'ai su après, pour le porc et le bœuf : dans le congélateur. Tout y était.

Dans le jardin, il y avait tout ce qui peut pousser pour mettre dans une assiette, via le pot-au-feu, le ragoût et toutes sortes de gâteaux. Elle mettait en pots tout ce qui pouvait se conserver, au vinaigre ou bouilli, des confitures n'en parlons pas, les pâtés, les fois gras, les boudins, c'était le quotidien... Pour les arbres fruitiers, juste un mot, personne n'a eu de pommes cette année, et bien chez elle, c'était le Paradis, Ève aurait été heureuse, il y avait un choix extraordinaire, il y a sûrement un micro climat sur son terrain ?

Elle m'a montré les gros lapins, aucun n'avait la myxomatose, elle prenait des précautions avecl'eau. Elle avait la main jardinière, fermière et cuisinière, dans sa serre elle faisait des expériences, le persil poussait comme de la menthe, les tomates remontaient jusqu'au plafond, elle savait les conserver tout l'hiver, cette dame était une experte, j'ai tout de suite vu que les recettes, c'était elle qui me les donnerait... J'ai ouvert mes oreilles.

Elle m'a fait goûter des framboises remontantes, comme des rosiers, délicieuses.

Nous avons progressé dans tous les domaines, pour finir sur une histoire très triste, on ne peut pas gagner sur tous les tableaux, voyez ! Ah bon ? Oui, j'ai un fils malade, une maladie orpheline, son avenir n'est pas bien assuré, il se retrouvera sur une chaise roulante... Nous étions arrivées sur le seuil de ciment frais, j'ai fait bien attention où je mettais les pieds. Au revoir madame, merci de m'avoir accueillie, j'ai appris beaucoup de choses, passez un bon dimanche.

Pour finir sur ce bon dimanche, je suis retournée à la ferme où il y a de nombreuses vaches, moitié viande, moitié lait... La veille, j'avais vu une vache vêler, juste sous mon nez, elle avait fait son petit en une demie-heure sans un grognement, je ne les ai pas quittés des yeux. Ce soir je suis allée voir où ils en étaient, la vache avait été séparée du petit, mais elle avait sauté par dessus la barrière pour aller le chercher...

Mais c'est chacun de leur côté qu'ils vont vivre maintenant, elle, pour son lait, et lui, pour la viande.

Quand je suis rentrée chez moi, j'ai encore rencontré monsieur Jean, assis comme une feuille morte, dans l'herbe, sous son pied de vigne, il avait quitté ses habits du dimanche, il prenait le frais en attendant l'heure de son souper à 20h. Souvent, je l'ai trouvé dans l'herbe, allongé ou assis, se reposant, tranquille, au début je l'avais pris pour mort, je lui avais proposé un verre d'eau, de l'eau ? Mais, je ne suis pas malade, nous avons ri... Monsieur Jean se porte comme un charme.


Quel beau dimanche à la campagne, quelle belle année du patrimoine... Vive les gens !

10 commentaires:

Artemisia a dit…

Tu as raison de dire que les personnes que l'on rencontre sont des momuments ... Ne dit-on pas aussi que quand une vieille personne meure, c'est comme une bibliothèque qui disparait ! On apprend tant des autres !

maite a dit…

Moi qui ai toujours rêvé d'habiter à la campagne, quand je te lis, j'ai vraiment l'impression d'y être, la vie a vraiment un autre sens. Bonne fin de dimanche, a presto !

Enitram a dit…

Les rencontres sont rarement anodines et pourquoi aller chercher loin ce que nous pouvons trouver à portée de bicyclette...
Bon dimanche Danielle

Danielle a dit…

Artemisia, oui, j'ai toujours trouvé que les personnes, les arbres, les choses de la nature sont aussi grandes que des monuments.

C'est vrai Artemisia on apprend beaucoup des autres, c'est passionnant.

Grosses bises du soir et merci de ta visite.

Danielle a dit…

Maite, je suis contente que tu profites de "ma" campagne merci 1000 pour ton commentaire.

Bonne soirée.

Danielle a dit…

Enitram, oui, oui, oui, c'est tout près que nous faisons de très belles rencontres.

Merci d'être là.

A tout bientôt.

Miss Lemon a dit…

Simple et authentique, quoi de plus ?

Encore un excellent billet.
J'adore.

Georg Friedrich a dit…

J'adore moi aussi comment tu restitues toutes ces rencontres, comment tu saisis tous ces instantanés et comment tout prend vie sous ta plume... On s'y croirait...

Danielle a dit…

Merci Miss, d'être passée et d'aimer mes instentanés, je suis contente.

A très bientôt.

Danielle a dit…

GF, merci, ça me fait grand plaisir tout ce que tu dis-là.

Je suis ravie que tu sois dans mes promenades et mes conversations...

Bises du soir, à bientôt.