dimanche 28 octobre 2012

Venise, juillet 2012... Le 2e spectacle : à la Fenice !




La Fenice (détail)

Un spectacle de danse, chouette, des danses d'aujourd'hui et d'hier, sympa, les danseurs venaient de la République du Daghestan (Caucase), pourquoi pas, allons voir ça de plus près... Pour une fois que je peux aller à la Fenice pour pas cher !

Prévenue, avec le concert du palais des Doges, j'avais avec moi mon appareil photo, discret et efficace. Avant que le spectacle ne commence, les spectateurs pouvaient prendre toutes les photos qu'ils voulaient, le flash était libre, chacun voulait fixer tous les détails de la salle, entièrement reconstruite à l’identique, depuis le dernier incendie de 1996... Rutilante, toute neuve, trop neuve, le style rococo de l'opéra était acceptable avec la patine du temps, mais devant ce décor fraîchement sorti des ateliers on peut mieux en mesurer tous les excès...Aujourd’hui je dirais volontiers : mon Dieu, comme tout cela est kitchissime, une fausse  naïveté,  simili bois, simili or, simili stucs, les anges, les fleurs et l’or donnent le tournis, trop c’est trop. Seul le rideau de scène, bleu marine avec un semis de petites fleurs or, est sublime !


L'ange

  
La loge noble...

Je me souviens de ma déception, il y a quelques années, quand j’ai pu visiter l’opéra, cette impression d’être dans une boîte à bonbons, tarabiscotée, enrubannée, de mauvais goût : alors c’est ça la Fenice ?  Une pièce montée pour nouveau riche, rasé de trop près, habillé de clinquant,  trop brillant, trop coloré, trop voyant, un décor qui fait sourire. La loge princière, au premier balcon, a été également refaite à l’identique, une petite Galerie des glaces qui fait de vous un spectateur qui peut se voir à l’infini dans le miroir…


L'horloge pour compter l’ennui ou l'enthousiasme

En levant la tête on aperçoit juste au dessus de la scène une grande l’horloge, une énorme montre à gousset qui donne l’heure exacte, le spectateur peut à tout moment de son ennui ou de son enthousiasme mesurer le temps qui lui reste à demeurer ici, confortablement assis dans de superbes petits fauteuils rouges.


 Le beau passementier

J’étais venue un peu en avance, descendue à la station Giglio, longée la toute petite rue Gritti O del Campanile qui arrive pile au Campo San Marizio, très au calme dans la soirée, admiré la façade exubérante de l’église Santa Maria del Giglio, puis détaillé pour la dixième fois au moins la devanture du passementier Bevilacqua : les pompons de toutes les couleurs, en soie, en coton, en perles (hélas cette année les perles sont en plastique, comme partout)... Je suis arrivée tout de suite sur le grand bassin  qui borde la Fenice, par derrière, les rayons du soleil couchant qui traversent l’eau juste à cet endroit font du rio un grand morceau de porcelaine…


Les roses derrière la Fenice

Encore quelques petits tours en zigzag, et me voilà Calle della Fenice, qui longe le théâtre. Les sorties des artistes, des pompiers et des techniciens sont fermées. Les restaurants devant l’entrée principale sont pleins, j’entends le cliquetis des couverts, le bruit atténué des voix, quelques spectateurs comme moi venus en avance discutent sur les marches, l’air est léger, il fait doux…


Tout près de la Fenice

Ce soir : danses caucasiennes, j'ai la vague impression que je suis prise au piège, je ne sais pas encore pourquoi, le parterre est complet, quelques personnes seulement dans les étages, la Fenice sera au trois-quart vide ce soir. C'est parti, le spectacle commence, par des danses traditionnelles, vaguement revues à la mode du XXIe siècle, interprétées par des jeunes, très jeunes danseurs, pas de surprise cependant cela ressemble fort à ce que j'avais vu il y a plus de 30 ans (déjà) dans une salle parisienne... Depuis j'ai roulé ma bosse, et la danse maintenant pour moi, c'est Pina Bausch, Maguy Marin, Galotta, Decouflé, Fatoumi et Lamoureux, et quelques autres qui arrivent.

Après les premiers glissements de bottes, répétés à l'envie, les cris de la steppe et les genoux en terre exécutés avec souplesse et dextérité par  les jeunes et quelques adultes, le spectacle avait fini de m'intéresser, beaucoup trop tôt cependant, bien avant la fin du spectacle... Que faire ? Rester jusqu'au bout, réviser les danses folkloriques qui ont perdu toute signification, tout intérêt pour moi ? J'ai donc eu la bonne idée de regarder la grande horloge juste au dessus de la scène, encore une grosse demi-heure, jamais je ne tiendrais ! Le spectacle tenait à la fois du gala de bienfaisance préparé par les jeune, heureux de danser en public, fiers d'être vus par toute la famille, et de la kermesse locale haute en couleurs.


Le beau rideau... Cinquième rang de face pour rien...

J'étais bien décidée à quitter la place entre deux applaudissements, discrètement... Pourtant si merveilleusement  placée, cinquième rang de face, de quoi être très heureuse... Avant que le spectacle ne commence..

Ni une ni deux, je suis sortie avant la fin, ce que je ne fais jamais au théâtre, seulement au cinéma, j'avais oublié mon gilet, tombé par terre, en me levant avec précipitation, j'ai essayé d'expliquer tout ça au personnel de l'Opéra : gilet, récupération demain, est-ce possible, merci et au revoir..


La marquise du théâtre

Je n'étais pas contente après moi, j'avais mal choisi mon spectacle, perdu mon gilet, obligée de revenir demain matin à l'aube... J'ai repris tranquillement le chemin dans le sens inverse, m'arrêtant à chaque pas, savourant le paysage, nullement pressée, j'avais encore une belle soirée devant moi, les couleurs n'étaient plus les mêmes, quelle chance ! Sur le Grand Canal la pénombre laissait deviner la vie de famille dans les quelques palais encore habités, pour le reste j'étais à Venise, j'avais complètement oublié les pas de deux, trois, dix, vingt...

Épilogue : Le lendemain,  je me suis présentée à l'accueil technique, saluée avec gentillesse, mon gilet m'a été remis plié en quatre, dans une jolie enveloppe en papier Kraft, comme un cadeau...



Le chemin du retour (le lendemain)
..

mardi 23 octobre 2012

La mammographie... Saison 2



Picasso, Femme nue dans un fauteuil rouge 1932

Vous souvenez-vous de la Saison 1 qui se situait juste à la même période l’année dernière ?

Je vous avais parlé de toutes mes craintes avant et pendant l’examen, et puis de ma sortie triomphale le sourire aux lèvres, l’achat du magnifique sandwich jambon-crudités qui m’avait bien récompensée de tant d’angoisses envolées...

J’y suis donc retournée (au centre de radiographie) pour les mêmes raisons : contrôle annuel !

Il y avait du monde, j’allais sûrement attendre un bon moment, patience donc… Pas le temps d’avoir peur, il y a trop à faire, lire les revues, répondre au téléphone, écouter discrètement le personnel égrener à voix haute le prix à payer pour chacun des clients : voilà madame, ça sera 180 euros, pour vous monsieur 100 euros, bigre, les prix ont augmenté ? Pour moi ça ne sera pas si cher, une petite mammo, suivie d’une écho, rien de bien méchant, ni pour l’angoisse, ni pour le porte-monnaie… Restons sereine… Combien ai-je payé la dernière fois ? J’avais tout oublié, rayé, balayé aux oubliettes la facture, j’étais saine et sauve, ça n’avait pas de prix.

J’ai ma carte bleue, pas de soucis, j’espère tout de même que les prix n’ont pas grimpé avec la crise ?

C’est fou comme ces endroits sont propices à la philosophie, et si c’était mon tour ? Ça n’arrive pas qu’aux autres, comment je vais vivre ça si on me dit que j’ai «quelque chose», comment faire avec le «quelque chose» ?

J’ai beaucoup lu, parcouru, réfléchi à court terme, forcément, comment ne pas se laisser envahir par le début de la fin ?

Voilà un bon moment que j’attendais, je voyais les petites navettes des patients qu'on appelait à leur tour et qui partaient se déshabiller, puis revenaient attendre les résultats des examens, régler au guichet la consultation, et se sauver à l'air libre...
 Picasso-Femme-a-la-fleur-011.jpg

Peut-être n’ai-je pas entendu mon nom, j’ai été distraite par ces deux coups de téléphone, allez, je vais demander à l’accueil, dans le même temps me voilà appelée… : entrez madame, nous avons pris du retard, j’ai eu des dames qui avaient «quelque chose», il a fallu refaire des clichés, dans mon secteur on a pris une heure dans la vue… Elle parlait vite, pas le temps d’en placer une, ni même l’envie, ici je ne décide rien, je me fais toute petite sous les appareils, je veux être la première de la classe, si je me tiens bien je n'aurais rien de mauvais... Vous imaginez un peu l'artifice...

Elle était volubile, aimable, gracieuse, allons bon, les agrandissements nécessaires, je connaissais déjà de l’année dernière, elle a beau m’expliquer que c’était indispensable pour le médecin, vous comprenez il faut pouvoir comparer, mettez votre bras ici, votre tête vers moi, ne respirez plus…Mais déjà je le faisais très bien, voilà longtemps que j’avais arrêté de respirer…

Elle nettoya la machine avec un petit brumisateur et un chiffon doux, juste à l’endroit où je devais poser mon sein, et hop ! À encadrer !

Vous prendrez toutes vos affaires, vous pouvez les poser dans la cabine, je vous laisse, le docteur va venir…

Je l’entendais qui passait à la cliente suivante, levez, respirez, tournez-vous, j’étais sur la table, j’attendais pour l’échographie, et si ça avait bougé ? J’attendais depuis un petit moment, l’année dernière je l’avais échappé belle, cette année c’est pour moi, c’est curieux cet agrandissement, ça recommence donc, ça bouge, il veut être sûr, il en met un temps le médecin, et puis j’ai senti la chaleur monter, en un an la tumeur n’aurait pas eu le temps de trop se développer, j’avais toutes mes chances de m’en sortir… La saison 2 est optimiste.

Sept petits mots ont suffi à me rassurer pleinement, sept petits mots dits d’entrée avant la poignée de mains pour devancer toutes les mauvaises pensées : ne vous inquiétez pas, tout va bien ! Réveillée comme par enchantement par le baiser du prince charmant... La belle au bois dormant avait encore un an pour batifoler sans s'inquiéter...

La vie reprend ses couleurs, je peux vaquer à mes emplois du temps, beau temps, mauvais temps, qu’importe, je n’ai même pas eu besoin de foncer sur la récompense à la sortie, pas de café, pas de sandwich jambon-crudités, encore moins de pâtisserie, ni sucré, ni salé, j’ai juste payé la note, repris ma carte verte et mes clichés, dehors il tombait des cordes, j’ai ouvert mon parapluie, décidément  il fait vraiment beau aujourd’hui !

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui toutes les fleurs de la vie... Chantez des vers,
En attendant la Saison 3... 

   

 E. Hopper 1926


dimanche 21 octobre 2012

Venise juillet 2012... Mon premier spectacle au palais des Doges !


 La grande porte du palais des Doges, la nuit !

Magnifique, exceptionnel, fantastique, bonne idée !... La ville organisait un festival de musique : "Lo spirito della musica di Venezia", à des prix défiant toute concurrence, accessible à tous, dans des lieux superbes, comme le théâtre de la Fenice et le Palais des Doges...

J'avais mes places en poche, à moi les belles soirées de musique et de bel canto...

La série fut inaugurée au Palais des Doges avec l'orchestre de la Fenice dirigé par Myung-Whun Chung et trois chanteurs lyriques, un programme de musique italienne bien sûr, Verdi et Puccini, parfait !

Je m'étais dit : j'y vais comme ça, je prends un petit sac léger en bandoulière, avec juste mes clés et mon mouchoir, un peu de monnaie, on ne sait jamais, pour les ouvreuses... Puis j'étais revenue sur mon idée, je vais quand même prendre mon téléphone pour une petite photo, et si je prenais carrément mon appareil photo ? Ma tablette c'est trop grand, ridicule, je ne vais pas aller à un concert avec, mais mon appareil photo ? Ah non ! Je ne vais pas faire ça, de quoi je vais avoir l'air ? La touriste qui profite du concert pour prendre des photos du joli palais, c'est lourd, encombrant, ce n'est pas une bonne idée, je prends juste le téléphone, zut, dans mon petit sac je n'ai  pas beaucoup de place... Mais arrête de vouloir prendre des photos partout, comme ça, c'est pénible, quand on va au théâtre on ne prend rien du tout, juste ses oreilles, ses yeux à la rigueur, surtout au Palais des Doges... Parfait, je ne prends rien, allez, pas d'appareil photo, pas de téléphone, pas de tablette, uniquement  mon billet, mon titre de transport, la monnaie, le mouchoir et les clés et en avant la musique... Et l’enthousiasme !



La belle porte ciselée, le matin...

Quelle merveille cette cour intérieure, toute blanche, brodée au point de Venise, les chaises remplissaient  presque totalement l'espace. Un éclairage discret faisait ressortir toutes les subtilités des sculptures. À ma gauche, le grand mur de briques qui donnait vers l'extérieur était juste percé de quelques fenêtres, à ma droite les arabesque, les fleurs et les feuilles dansaient sur le marbre... Au dehors on entendait le ronronnement de la foule qui circulait encore à la fraîche... Les orchestres des grands cafés de la place Saint-Marc mélangeaient allègrement les chansons du monde entier, les valses avaient la primeur et se fredonnaient à voix sourdes.

J'étais placée encore assez loin de la scène et je calculais mon coup pour voir quelque chose en me tortillant derrière une belle dame qui avait une chevelure magnifique, frisée, sublime, mais beaucoup trop abondante pour un concert... Je me suis dit tout aussitôt : pas de panique, ce n'est pas grave, il te suffira d'écouter, de regarder autour de toi, ne commence pas à te torturer les méninges... C'est une chance d'être là, c'est beau, c'est merveilleux, profite...

Le public arrivait doucement, chacun sortait, là, l'appareil photo, ici, le téléphone, trois rangs devant moi, je vis deux mains se lever au ciel avec une tablette... Tout le monde avait prévu de garder le petit souvenir de la soirée, personne n'avait voulu rater cette occasion inespérée de graver dans le numérique les splendeurs du lieu, tous, sauf moi qui n'avait pas osé, pensant secrètement que prendre des photos dans de telles circonstances ferait plouc ! Finalement la plouc ce fut moi, avec mes bras croisés devant les beaux cheveux bouclés de ma voisine de devant qui me cachaient toute vue. La dame à la tablette était enviée, quelle bonne idée, quelle beauté sur l'écran, la tablette est si légère à porter, et clic et clac, elle était au premier rang pour les souvenirs... Les flash crépitaient de partout, un vrai 14 juillet...



Un angle bien composé...

J'avais bien vu qu'il restait quelques places libres devant, très bien placées au 4ème rang, juste après les premiers applaudissements qui accueillaient l'orchestre, je fonçais m'y asseoir... Pas de photo mais une bonne place, je me suis consolée...

La soirée fut agréable, sans plus, pas d'émotion forte, pas de bouleversement, juste l'impression de participer à une soirée exceptionnelle pour le cadre... L'air doux du soir m'enveloppait, je pensais à la Venise des Doges, dans cette cour... Tant d'Histoire !



La basilique à la porte...

À la fin du concert, j'ai recherché le long du mur d'enceinte la trace des "bucca", ces boîtes aux lettres percées dans la pierre qui permettaient aux Vénitiens de dénoncer n'importe quel citoyen à l'ordre public... Les trous noirs étaient toujours là... 




La même boîte aux lettres de dénonciation sur les Zaterre...

Dehors, la place était encore pleine de monde... Au bord de l'eau, sur le grand bassin de Saint-Marc, les gondoles fermées, bien protégées par leur bâche de toile bleue, se balançaient doucement dans les petites vagues... En face, la façade blanche et soyeuse de l'église San Giorgio, éclairée discrètement, donnait à ce paysage du soir la beauté et le raffinement tant attendus par la foule... Comment est-ce possible d'avoir construit tant de beauté ?

Demain soir, je reviens prendre des photos...(Je n'y suis pas revenue...)

mardi 16 octobre 2012

Venise juillet 2012... La poste, ma rencontre avec Martine






Rialto lunedi


Depuis mon arrivée à Venise, il fait beau tous les jours, du matin au soir : ciel bleu, pigeons, mouettes et cigales, comme si le beau temps pouvait devenir un inconvénient...

Je marche d'un pas décidé, j'ai tout calculé pour arriver à l'heure à mon rendez-vous, en haut de la ville, près du cimetière S Michel, j'ai grandement le temps, j'ai calculé large, je pourrais quand même prendre des photos sans mon appareil, trop lourd pour aujourd'hui, j'ai pris mes petits instruments modernes qui le remplacent  : téléphone et tablette...

Avec plaisir, voyons-nous à Venise, la virtualité allait devenir la réalité !... Martine, (Les idées heureuses, Per l'Amore di Venessia), je ne la connais que par blog interposé, elle adore Venise, s'y rend souvent, sur son blog elle a toujours le sourire, ses photos de Venise sont magnifiques, des couleurs et des lumières éclatantes...

 Pour ne pas me presser : je prends mon temps, je mange dehors, pic-nique sur le Grand Canal, à l'ombre derrière un beau mur de brique, sur un banc rouge comme tous les bancs à Venise.. À peine assise, j'entends parler russe, anglais, italien, peu de gens et plusieurs langues, tout le monde se dit bonjour en italien, ça crée des liens, et les liens c'est vraiment indispensable pour manger ensemble sur un banc...




Campo S. Simeone Profeta

Le Campo est grand (S. Simeone Profeta), l'ombre est toute petite, c'est pourquoi nous nous retrouvons à cinq, six sur les deux bancs. Les deux énormes platanes ne servent à rien le midi, nous sommes coincés dans un petit bout du Campo, au bors de l'eau, près du mur qui fait sa petite ombre dont nous profitons...

Nous commençons à discuter, mais je ne pouvais pas rajouter l'ukrainien à ma panoplie de langues étrangères qui est, comme vous le savez, approchante de zéro... C'est fou ce que l'on peut se dire avec les mains, le sourire et les yeux... La valse des petits pains met tout le monde d'accord, jambon, cornichons frais, épluchés sur place, moi je sors ma bouteille d'eau... La vie est belle...


Le banc à l'ombre au bout du campo

Après cette halte bien à l'ombre, je reprends ma route : à 16h, d'accord, nous nous reconnaîtrons, pas d'inquiétude, j'avais en tête sa belle chevelure et sa physionomie, impossible de me tromper...

J'étais ravie de rencontrer Martine, nous prendrions le thé sur la belle place de Zanipolo (contraction de S Giovanni et Paolo), à la terrasse de la pâtisserie, parfait...


Deux destinations ?

Mais j'étais encore loin de notre heure... C'est là que j'ai vu la relève du courrier par le préposé ! Il avait placé sous la grosse boîte postale publique, rouge, à deux entrées : une "per la citta", l'autre "per tutte le altre destinazioni", un seul sac, le courrier coulait comme un ruisseau, il retenait un peu de la main gauche le courrier destiné à Venise, et puis finalement il laissa tout tomber allègrement dans le sac... Je suis restée quelques secondes devant lui, il m'a jeté un œil, j'avais découvert le mystère de la relève, il n'y avait pas de tri directement à la source, tout le courrier allait dans le même sac, à Paris j'ai vu souvent la relève de la boîte postale, il y a deux sacs qui reçoivent chacun le produit des deux entrées : deux trous = deux sacs, à Venise : deux trous = un seul sac... Je me suis amusée de cette simplification au pied de la lettre...

Vénitiens, ne vous étonnez donc pas si votre courrier traîne un peu avant d'arriver... Touristes, n'ayez aucune crainte, vous pouvez glisser vos belles cartes postales dans n'importe quelle direction, elles arriveront aussi vite...

La minuscule anecdote méritait bien quelques lignes, pour la vérité et le sourire...

J'attendais avec plaisir devant mon verre d'eau frizzante, elle est arrivée, fraîche comme une rose, cette grande connaisseuse de Venise était à son affaire, debout très tôt, à l'heure où je dors encore, notre passionnée courait déjà les rues... Il faut dire qu'à Venise il y a du boulot...


La proue du navire

Nous avons fait connaissance, bavardé longtemps à l'ombre du grand parasol de la terrasse, puis nous avons pris le chemin des écolières en vacances, dévalé des ponts, volé des vues par les portes entrouvertes, je veux voir cela et puis encore ceci, Martine voulait tout voir, tout photographier... Quelle joie de se rencontrer...

Elle courait comme un lapin, moi je faisais l'escargot, bien sûr, j'avais le temps, mais même un mois ça passe vite...

Chère Martine, j'espère que tu as pu tout faire... Presque tout... Mais tu y seras encore en août... Et l'année prochaine et puis l'autre, et puis toutes les autres...

En un clin d'oeil nous étions passées du virtuel au réel, avec chaleur et douceur, nous avons échangé des histoires qui ne se racontent pas sur les blogs, des choses plus personnelles, Martine, elle connaît Venise sur le bouts des doigts... C'est une musicienne et à Venise elle est comblée, elle joue sur toutes les gammes...

À bientôt Martine, je t'embrasse...




Harmonies du soir

samedi 13 octobre 2012

La sentinelle des marches...



Les marches sur l'eau...

J'ai un surnom, je suis sobriquetée, estampillée, labellisée, j'ai fait une entrée triomphale dans le paysage indrois... Je suis « la sentinelle des marches ».

J'y viens souvent, c'est vrai, plutôt en fin de soirée, quand le soleil achève son magnifique travail de polissage, tout brille, tout reluit sur l'étang, on dirait une nappe d'argent bien astiquée, les carpes sautent de joie, mangent le maïs jeté à la volée par le propriétaire de l’endroit, les canards piquent une tête sous l'eau, les cygnes ouvrent les ailes ou restent des heures à se sécher sur la petite île, au milieu de l'eau, quand ils se décident à voler, ils font un joli bruit de moteur à plumes... Les mouettes, les hérons, tout le monde est au garde-à-vous devant moi, je passe tout en revue, je suis la sentinelle des marches, j’inspecte la réalité.



Je suis assise sur la dernière marche, au milieu des roseaux, mon regard descend en pente douce le petit escalier en béton qui mène à l'eau. Il ne sert jamais à personne, mais s'il a été fabriqué, c'est qu'il est utile pour embarquer, je n’ai jamais vu personne ramer…

C'est en effet au bord de l'eau qu'est mon quartier général, et celui qui passe en voiture dans le petit chemin qui borde l'étang peut m'y voir avec mes jumelles, ma tablette et mon téléphone... Mon vélo à l'arrêt penche ses roues du côté de la béquille, les sacoches sont pleines de mouchoirs en papier, pompe à vélo, gilet, porte-monnaie et bouteille d'eau... Tenue intégrale de la sentinelle

Le propriétaire de l'étang est furieux, c'est lui qui a inventé mon nouveau patronyme : bonjour madame la sentinelle des marches, toujours fidèle au poste, cette année le niveau de l'eau a bien baissé, c’est sûr, j'arrose mes terres avec l'eau de mon étang, je sauve mes récoltes et je sacrifie mon poisson. Il cultive des céréales et nourrit des carpes pour les poissonniers et restaurateurs… Une fois par an il vide l’étang pour la pêche miraculeuse… De toute façon, ça ne rapporte rien, pour tout le travail que ça donne, vous n’imaginez pas les tonnes de maïs que je déverse pour faire grossir le poisson…


Le monde sur l'étang

Les carpes grouillent dans une eau qui se rétrécit de jour en jour, elles font des ronds à la surface comme des gouttes de pluie, les hérons sont presque au milieu du gué, tout est rapproché cette année... Il ne pleut pas, c'est une calamité ! Pas pour moi, qui voudrais bien que la pluie commence à tomber seulement début octobre quand je serais partie !

Avec mes jumelles je fais l'inventaire, entre l'eau et le ciel j'ai fort à faire, je m'applique, je compte, je cherche le ragondin qui me fait peur, les roseaux sont plus petits que l'année passée, ils sont tout cabossés, pas d'énergie, trop de soleil, ils n'en peuvent plus, ils plient la tête...


La fin de l'été

Au loin, une plage s'est formée sous les pattes des canards, l'eau ne montera plus jusqu'ici à moins que la pluie en mette un bon coup, orage, ciel bas feront l'affaire, il faut patienter, c'est la fin de l'été...

Je suis venue ici presque chaque jour, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il fasse beau, je suis restée des heures à regarder le mouvement de l'eau, la fuite des canards à mon approche, l'immobilité des échassiers, pas de cormorans cette année...

J'ai entendu le silence, je n'ai jamais rencontré de promeneurs... Par ici, personne ne marche à pied, personne ne se fait prendre par la pluie, l'orage, le grand vent... Moi qui marche à vélo, dans les côtes s'entend, j'ai la province à moi toute seule, mon départ est pour bientôt, je rentre, je laisse derrière moi les grands arbres, l'étang, les gens d'ici...






jeudi 11 octobre 2012

Un vélo bien préparé...



  Le vélo bien préparé

Tous les matins, c'est réglé comme du papier à musique, je vais en ville, je pédale léger, chaque fois que ça monte, je descends de cheval... Pour y aller, j'ai trouvé un chemin où je ne pédale presque pas, je respire largement, je me redresse, je m'asperge de soleil, je fonce doucement, je prends du plaisir uniquement, pas mal aux genoux, au dos, aux pieds, que du bonheur entre les bras de mon vélo !

En passant dans une petite rue, adossé au mur d'une ancienne petite fermette, je vois un beau vélo bien préparé, je  freine tout aussitôt, ça fera une belle photo. La belle boîte en bois sur le porte bagage m'avait intriguée, la canne bien amarrée aussi, quelle précision, quel confort, la petite reine était noire comme une robe du soir, impeccable, élégante ! Un beau sujet en vérité, tout allait si bien ensemble.


Mon vélo beaucoup plus crado

Mon vélo ressemblait un peu au sien en beaucoup plus crado, une vieille sacoche, un petit panier plat, dépenaillé, où je pouvais mettre les petites galettes feuilletées au fromage de chèvre de chez le boulanger, bien à plat, pas plus épaisses qu'un livre de poche. La poussière et la boue, du début du mois à la fin, mâtinaient de gris la couleur de ma monture... Rien à voir avec la petite robe noire, ci-dessus...

J'avais aussitôt imaginé que le propriétaire de ce joli vélo était peintre, aquarelliste, ou pique-niqueur professionnel, le petit appareillage de son porte-bagage garda tout son mystère... Jusqu'au lendemain...


Un peintre ? Un aquarelliste ?

À la place du vélo, je vois un gros monsieur, il avait une gêne à la marche, ça tombe bien avec la canne... Je me dis : tiens, voilà l'artiste, pas d'erreur, c'est lui ! Je freine et m'arrête à sa hauteur pour entamer la conversation, mais il me prend de vitesse : c'est vous qui avez photographié mon vélo hier ? Bonjour monsieur, oui c'est moi... Ah bon, pourquoi ? Je l'ai trouvé vraiment beau avec la petite boîte et la canne bien accrochée... Ben oui, j'ai un peu de mal à marcher, j'ai arrangé ce truc, il me restait du cuir pour faire les attaches... Et la petite boîte, c'est vous qui l'avez faite ? Oui, avec un peu de bois que j'ai trouvé juste en face... Elle est vraiment belle, vous y mettez quoi ? Ah ! Des outils pour réparer mon vélo... Tournevis, clés à molette, rustine, mon petit nécessaire à la réparation...

L'artiste avait les mains dans le cambouis, il était devenu mécanicien... L'autre matin, je vous ai vue prendre la photo, je me suis dis : tiens, c'est quoi ça ? J'étais juste en face, dans la salle de bain, pour ne rien vous cacher j'étais aux toilettes... Je sentais bien qu'il était méfiant, et il me raconta une histoire à dormir debout : l'autre jour j'étais sur le pas de ma porte et je vois passer une belle jeune femme, belle, très belle, elle me demanda si elle pouvait entrer chez moi, si j'avais 30 ans de moins vous parlez, non je lui ai dit, vous avez bien tort vous ne savez pas ce que vous perdez... Vous vous rendez compte ? Elle est partie plus loin où il y avait un garçon qui l'attendait, ils se sont embrassés à pleines bouches en riant, elle faisait de la prostitution, mais elle était belle, mais alors-là, belle incroyable, vous comprenez, maintenant je me méfie...

Le vélo avait perdu son mystère, au revoir monsieur, bonne journée, j'ai appuyé sur la pédale et j'ai filé... Moi qui ne suis ni jeune, ni belle comme le jour, j'avais éveillé sa curiosité juste avec un appareil photo...

Les jours suivants, chaque fois que je le croisais, le lui faisais coucou avec la main, nous étions  devenus les meilleurs amis du monde...

mardi 9 octobre 2012

Les gens d'ici...De l'Indre...


Porte des champs

Sont les mêmes qu'ailleurs, leurs yeux de toutes les couleurs, pleurent, rient... Parlent de leur vie avec les mêmes douleurs...

J'ai bien compris depuis tant d'années que se sont les malheurs qui viennent les premiers dans les paroles échangées..


Les petits grains de folie

J'ai bien vu l'écureuil qui filait dans le noisetier, un petit trait roux et panaché qui traversait la route, sous mes yeux, j'ai parlé des hirondelles qui ne voulaient pas partir avec les autres, très nombreuses, qui sont déjà en route vers l'Afrique... Et les vaches, les blondes, les noires et blanches, nous en avons parlé aussi, de l'avenir de l'agriculture également, j'ai discuté de tout ça sur les pas de leurs portes, les bras croisés, dansant d'une jambe sur l'autre, avec les gens d'ici... Le beau temps aussi nous a beaucoup fait parler, on ne peut pas compter sur la pluie, la campagne est carbonisée, les arbres sont vides, seuls les raisins font leurs petits grains de folie...


La lumière et l'acacia

Les douleurs des os, les maux de têtes, les mauvaises nuits, les petits matins vraiment trop tôt, les brûlures, les accidents font aussi partie de la vie des gens d'ici, chez moi ces mots-là s'échangent souvent dans l'ascenseur, sur les marchés, dans l'autobus, sur le trottoir, au supermarché... Au point de rencontre dans la rue... Ici, c'est dans les champs, dans les jardins, le vélo à la main, les yeux sur le paysage le plus beau, le plus troublant, qu'on vide son cœur directement sur les fleurs...

Souvent les malheurs des autres cognent les miens, ça fait un petit bruit de cristal, on trinque, à la bonne nôtre... C'est toujours la même émotion pour moi d'entendre les mots qui s'échappent pour raconter un tout petit bout de vie, chaque fois de façon différente. Le petit miracle du capital confiance qui se forme et se met en marche entre deux personnes qui ne se connaissent pas, ou si peu, est si fragile...

Ils boivent ! Il a commencé le premier, il est tombé, il est malade, elle aussi s'y est mise, ils ne peuvent plus s'arrêter, elle pleure, que lui dire pour l'aider, la sauver ?


Le panier à pinces à linge dans le soleil

Je n'invente rien, je ne dis rien d'autre que ce qu'ils m'ont dit et quelque fois même ils m'en disent trop... Et me tournent le dos, ils se sont mis à découvert et cherchent un abri sûr...

Je ne sais pas ce qui me prend, la nuit je m'agite, je hurle, je cogne, contre qui contre quoi, d'où me vient ce mal ? Il m'avait dit ça comme on achète une salade, simplement, je vais la prendre bien pommée, bien tendre... Avec une bonne vinaigrette... Aussi simple que ça, je ne sais pas ce qui m'agite, ce qui me tord !.. Allez, ça ira mieux demain, peut être... On passait du coq à l'âne, mais toujours dans la même basse-cour... Il avançait un mot après l'autre, timidement, j'attendais bien tranquillement en retenant mon souffle, les yeux dans les yeux... On essayait de comprendre pourquoi on bouge, on remue de tous les côtés pour se calmer. Il sortait d'une opération qui lui avait laissé un doute sur l'avenir, il s'accrochait, voulait bien faire en tout, un sans faute jusqu'au bout... Il avait peur... il évitait l'huile, le gras, l'alcool, tout ce qui serait un faux pas, il travaillait avec ardeur à vivre encore longtemps...


Le vieux lavoir

Je suis restée bouche bée, je ne m'attendais pas à cette nouvelle, l'année dernière on s'est quittées en bonne santé et puis aujourd'hui elle me dit : on est dans la merde ! Il s'est blessé gravement en bricolant dans la maison, comment va-t-il reprendre son travail, quand ? Toute la famille attend, le salaire lui aussi est fracassé depuis deux mois, de la moitié... On change de médecin, on va sur Internet, on prend les adresses, on verra bien.

Elle ne parle plus à personne, elle si gaie, si avenante, elle allait d'une maison à l'autre, au début, il y a longtemps, maintenant elle ne téléphone même plus, aucune nouvelle, c'est bizarre, les voisines s'étonnent, mais personne ne se parle... On attend qu'elle revienne... Quand je l'ai rencontrée, je n'ai rien su de plus, bonjour madame, bonjour madame, un aller et retour poli, sans suite... J'espérais une invitation pour le thé, un : comment allez vous ? Rien ne s'est passé, j'ai appuyé sur la pédale pour remonter la côte... Un peu triste.


Les bottes qui attendent d'être rentrées

Je ne sais pas quoi faire avec cette enfant qui ne veut rien apprendre, l'école est son cauchemar, vivement les vacances, elle dit tout le temps la même chose, ses amis sont les jours ou l'école est fermée, sa mère est désespérée. Tout le monde y va de son petit conseil, moi aussi ! On s'entraide, on se soutient, ça ne l'empêchera pas de se faire une place dans la vie, elle aime faire du cheval ? Elle va faire une sacrée cavalière, mais sa maman n'est pas tout à fait sûre du résultat...

Ici aussi la police piste les dealers, les villages ne sont pas épargnés, les petites villes non plus, dans les grands champs, le cannabis y pousse très bien, sinon mieux qu'ailleurs... Personne n'est épargné, le mal court...

Dehors, enfin, il pleut, le figuier est plus brillant, l'herbe reprend de la vigueur, les fleurs en mettent un coup pour faire passer la pilule de l'automne... À la boulangerie ils font des sablés divins avec un thé c'est royal, dimanche il y a la vente aux enchères, on va bien s'amuser. Il faut rentrer les géraniums, tailler, pailler avant l'hiver, pour avoir un beau printemps, il faut s'y préparer à l'avance, les mûres, les noix, les noisettes et les mirabelles seront sûrement au rendez-vous, il y aura que des bonnes nouvelles dans toutes les chaumières, promis...


La pensée...

J'ai rendez-vous pour le thé demain après-midi, chez des gens adorables qui ont une maison magnifique et des fleurs partout... Nous papoterons sur le monde...

lundi 8 octobre 2012

Le départ des hirondelles dans l'Indre...






Les quatre petits attendent au nid...




La béquée...

Dans l'ancienne grange il y a deux paniers suspendus aux poutres, quand il y a du courant d'air, ils se balancent imperceptiblement... Un nid ! Quatre petites hirondelle attendent la becquée, les parents ne tardent pas à venir nourrir leur progéniture, je reste à regarder ce petit manège à toutes les heures de la journée...

Moi qui ne connais vraiment rien en hirondelles, cette année j'apprends beaucoup, et je me pose déjà des milliers de questions. Je sais une chose, elles vont partir bientôt vers l'Afrique... Comment vont faire celles-là qui ne sont pas prêtes du tout, les petits sont encore au nid... Sont-ils condamnées ? Le suspense est entier...


Deux...

Chaque jour il y a des progrès, les quatre petits qui avaient toujours le bec ouvert se sont mis à voler, d'abord dedans, en hésitant un peu partout... L'un d'eux est rentré dans ma salle de séjour et ne pouvait plus en sortir, j'ai ouvert tout en grand et il a trouvé facilement le chemin du retour.

Un autre jour, ils sont tous partis faire un tour, quand j'ai lu sur Internet qu'ils pouvaient faire trois cents kilomètres par jour, je me suis dit : ils visitent la région, ce soir ils seront là, j'étais presque rassurée, le fait est que tous les soirs ils étaient rentrés pour manger, les petits avaient grandi mais les parents les nourrissaient toujours en leur faisant du bec à bec...


Plus deux...

Ce matin c'était noir de monde m'a dit ma voisine, elles se sont massées sur les fils électriques, on ne pouvait plus les compter, il y en avait des milliers, je pense qu'elles peuvent partir d'un jour à l'autre... Il faut se lever de bonne heure pour les voir nous quitter... De bonne heure ? Oui, vers 7h, bon, alors je vais mettre mon réveil à sonner demain matin...

J'étais contente, rien ne s'était encore passé sans moi !

Dans la grange tout mon petit monde voletait avec entrain, les petits étaient sur le panier le bec ouvert, vont-ils être prêts pour le grand départ ? Leur présence me confirmait que la transhumance n'était pas loin, et j'avais toutes mes chances pour demain matin... Ou après, il va falloir que je me couche tôt, moi qui suis une couche-tard, je vais devoir bouleverser ma vie pour le départ des hirondelles...


Font quatre petits... Presque prêts pour le départ

Ça fait déjà plusieurs années que je rate le départ groupé, moi qui aurait adoré les voir s'envoler toutes ensembles, vous parlez d'un spectacle. Sur Internet ils disent aussi que leur nombre a franchement diminué depuis de nombreuses années, à cause de la pollution, des pesticides, elles ne trouvent plus la nourriture qui leur faut, les insectes volants... Elles doivent se nourrir beaucoup avant le grand saut, quelques grammes de graisse pour faire dix mille kilomètres...

De quoi rêver : quelques grammes de graisse pour une distance aussi grande...

Je vais donc m'organiser, manger tôt, regarder un DVD et hop au lit, demain il y a hirondelles...

J'ai fait exactement comme je vous l'ai expliqué : un peu d'information, un DVD et je suis allée me coucher, j'ai mis mon réveil à sonner à sept heure, comme je vous l'ai dit... À six heures et demi j'étais sur le qui vive, le jour n'étais pas tout a fait levé, au loin je voyais les petites maisons enrobées de rose... Le soleil faisait en entrée dans la ruelle...

Sur les fils électriques du carrefour il n'y avait rien, pas un oiseau, pas un volètement, pas un "cui cui", j'avais vu devant la grande porte de la grange mes hirondelles qui m'avaient donné courage, elles sont là donc tout va bien, elles font des dessins dans leur course effrénée, elle tourne autour du pot, c'est sans doute un bon signe, peut-être le bon matin...

Tous les quarts d'heure je suis allée sur le chemin, près de la glycine de monsieur Jean, rien, le ciel était vide, les fils lisses, j'avais tout raté, elles sont parties hier ! Le grand départ c'était donc hier ! Il faudra que j'attende encore un an pour les voir s'envoler comme un gros nuage noir, comme j'aurais aimé vous en parler, les prendre en photo...

Je suis rentrée prendre mon petit-déjeuner, sans entrain, j'avais loupé mon rendez-vous, malgré toutes mes précautions... Je n'ai pas senti l'appel de la nature.

Demain matin je me réveille sans réveil, naturellement...

Il faudrait que je trouve un calendrier spécial qui précise le départ des hirondelles comme celui qui indique le début et la fin du ramadan, c'est net, c'est clair, on reste confiant, on peut continuer à prendre son petit-déjeuner sans se presser... À huit heure j'y suis retournée, on ne sait jamais, un petit retard ça peut arriver, pour faire dix mille kilomètres elles ne sont pas à dix minutes, sur le grand pylône de la rue il y avait une tourterelle blonde qui prenait ses aises, elle roucoulait, seule, toujours seule...

Nous étions dimanche, part-on un dimanche ? On reçoit ses amis, on va faire un tour, un petit tour, on fait des gâteaux, des projets, on ne décide pas de partir pour l'Afrique de si bon matin...



C'est quand le départ ?

Quand je suis rentrée dans la grange, sans y penser, un peu plus tard, les quatre petits étaient bien là, sur les poutres, le panier dodelinait au moindre brin d'air, ils étaient restés, abandonnés, la nature est bien cruelle... Mais il y eut un départ de rattrapage, je n'ai même pas eu le temps de prendre mon appareil photo, une cinquantaine d'hirondelles qui passaient encore par là, fermant la marche, s'envolèrent d'un seul coup en une minute... Les quatre petits qui sont restés n'ont rien vu venir, ils sont toujours là, ils ne bougent pas, ils faisaient déjà partie d'une deuxième couvée, ceux-là ne feront pas le voyage avait dit le voisin en voyant toute la maisonnée, les petits ne sont pas élevés... Comment vont-ils faire pour grandir en Indre, seuls, sans les parents pour terminer leur élevage ? Je ne sais pas... Ils vont mourir, dit ma voisine...



Oui, quand ?

Mais en fait, je n'avais pas bien vu, ils sont là tous les six, les parents aussi, ils continuent leurs sarabandes en  poussant des "tui tui tui", volent d'un bout à l'autre du jardin, font mille tours et puis reviennent toujours dans le panier qui dodeline...

J'ai donc le temps de bien observer leur petit manège, de réécrire une page d'histoire d'ailes... Une fois que le gros du troupeau est parti, que font les dernières, celles qui ont raté le coche ?

Ne partez pas trop vite... Demain j'aurais des nouvelles fraîches, même ce soir, puisque je suis à côté, de leur côté...

Hélas ! Tous les matins je suis passée, je les ai trouvées sur le panier, voletant dans le grand espace de la grange, quelques sorties dans la journées, peuvent-elles se nourrir ? Vont-elles s'en tirer ?

Ce matin, j'ai encore vu un petit départ groupé, je me suis dit, allez, c'est le moment, sortez de la grange, profitez du dernier train...



Deuxième départ pour l'Afrique

Hélas ! Trois fois hélas !  Les quatre petits sont toujours là, sans leurs parents qui ont pris le deuxième train à tire d'ailes, laissant la couvée derrière eux... Pourtant la voisine m'avait dit : jamais ils ne partiront en laissant leur progéniture.

Tous les matins, jusqu'à mon départ, je suis allée les voir avec l'espoir de ne pas les voir, mais elles tournoyaient dès que j'ouvrais la porte de la grange...




Tous les soirs, devant la porte de la grange, elles venaient toutes les quatre dorer leurs ailes au soleil couchant... Je les ai confiées à la voisine : donnez-leur à manger, veillez sur elles... Oui, ne vous inquiétez de rien...


samedi 6 octobre 2012

Elle date de 1200...



Les toits de la belle maison de "1200" (l'année dernière)

Avec mon vélo je vais partout, un petit sentier, un chemin creux, c'est pour moi, je fais bien attention aux cailloux quand même, je fais du vélo en "mémère tranquille". Je suis descendue jusqu'au fond d'une petite voie sans issue, l'an dernier il y avait des fleurs de chaque côté, cette année il n'y a que des buissons et des touffes d'herbe, mais c'est vert et beau quand même.

Tout au fond il y a une jolie maison, une ancienne ferme avec un toit extraordinaire, d'une longueur démesurée, recouvert de petites tuiles rectangulaires en terre cuite comme on fait par ici depuis toujours.

Les branches d'un pommier dépassaient largement du jardin, des Reines des Reinettes, mes préférées, elles étaient petites, mal en point et beaucoup de celles qui étaient déjà à terre étaient pourries. Je me suis baissée pour ramasser quelques rescapées, j'en ai vite croqué une pour vérifier, c'étaient bien elles, les délicieuses, les sucrées qui craquent sous la dent comme du verre, pas d'erreur, c'est le trésor de l'automne.




Les pommes de l'année dernière

J'avais bien aperçu un monsieur à l'intérieur du jardin, assis sur un fauteuil de campagne, qui me regardait du coin de l'oeil, j'ai pris les devants, bonjour monsieur, je ramasse quelques pommes par terre, vous permettez ? Bien sûr, prenez tout ce que vous voulez, oui, se sont bien des Reinettes, elles ne sont pas mûres encore, mais elles tombent, pour la compote y'a pas mieux, nous étions entièrement d'accord la-dessus.

Il s'était rapproché tout à fait du grillage de son jardin et me passait les pommes qu'il ramassait de son côté, j'avais trouvé la scène rigolote, elle me faisait penser aux singes du zoo à qui on donne des cacahuètes, le singe c'était moi, ça m'amusait... Je me disais aussi, quelle drôle d'idée de ne pas m'inviter à venir les ramasser de son côté où visiblement elles étaient bien plus belles. J'acceptais bien volontiers sa petite livraison et nous avons avons fait un bout de conversation tout en continuant à cueillir les pommes par les trous du grillage...

Vous avez une bien belle maison, quelle magnifique toiture, vos voisins ne sont pas là ? Tout est fermé autour de vous... Oui, mes voisins d'en face sont d'Aix et ceux d'à côté de Paris, ils viennent seulement pour les vacances. Votre jardin est superbe, les salades, les tomates sont magnifiques, mais les pommiers ont bien souffert des gelées de mai... Oui, on n'a pas grand chose... Je me sens un peu seul dans cette grande maison, mais c'est bien mieux que la maison de retraite... Il me tendit encore une pomme, j'en avais plus qu'il n'en fallait, votre maison est très ancienne, oui, elle date de 1200... Pas possible ! Bien sûr on a fait des travaux, mais elle date de 1200, vous verriez les murs à l'intérieur, épais de soixante centimètres ou plus, ça fait longtemps que je suis là... Il était fier comme un petit banc de sa maison de 1200, il avait bien raison, elle était de toute beauté avec son envergure, sa puissance, parfaite dans ses proportions, une ferme qui a dû en voir de toutes les couleurs... Notre homme ne bougeait pas de son grillage, mais voulait visiblement poursuivre le conciliabule... D'ordinaire, j'aurais cherché  à en savoir plus, ajouté petit à petit mes mots aux siens, mais rien ne venait, je ne sais pas ce qui me pressait de partir, je n'avait pas envie de savoir, il y avait trop de barrières entre nous... Sans doute...

Au revoir monsieur, portez-vous bien, merci encore pour les pommes, au moment de la compote je penserais à vous...




La belle maison cette année, les maïs verts, près de la rivière

J'ai repris une photo ou deux par derrière, où les toitures sont mises en valeur, et j'ai remonté la pente...

Je songeais à monsieur Jean, mon voisin qui était maintenant en maison de retraite... J'ai pédalé pour ne pas penser... Et je suis rentrée à la maison avec mes pommes, j'ai bien fait la compote mais je n'en ai pas eu envie, plus tard le goût m'en reviendra...

Après coup je me suis dit que la conversation trop difficile avec le monsieur aux pommes n'était pas due au grillage, j'en ai vu d'autres des portes mi-closes, entrebâillées, et des appuis de fenêtres, je pensais trop à monsieur Jean qui avait dû tout quitter pour mieux se porter, je n'avais pas eu envie de remplacer les pommes par des mots, des mots tristes : seul, santé, maison de retraite, il faut tenir, mais tenir quoi ?




 Un petit chemin creux (l'année dernière)... Allez, allons plus loin...