dimanche 24 juin 2012

Gerhard Richter... Panorama


Abstraction, détail, sur couverture du catalogue


"Je n'obéis à aucune intention, à aucun système, à aucune tendance; je n'ai ni programme, ni style, ni prétention. J'aime l'incertitude, l'infini, et l'insécurité permanente."

Des paroles fortes, sincères, authentiques, qui semblent parfaitement correspondre à la personnalité de l'artiste, telle qu'elle m'ait apparue dans le documentaire réalisé par Corinna Belz en 2009 : Gerhard Richter - PaintingUn homme tout en retenue, en recherche permanente, dans le doute, l'incertitude.

Gerhard Richter est un peintre allemand de 80 ans. Du côté matériel, il est le peintre le plus côté au monde de son vivant, j'ai beaucoup aimé prolonger la rétrospective du Centre Beaubourg par la vision du documentaire, projeté dans une salle de cinéma côté du centre Beaubourg.


Abstraction, huile sur toile

Le Centre Beaubourg célèbre le 80e anniversaire de Gerhard Richter en proposant une exposition-panorama qui traverse son oeuvre, proposition chronologique, mise en espace claire, agréable, qui permet de découvrir une oeuvre dans toutes ses dimensions.

Quelle beauté, quelle émotion de me retrouver devant ses toiles éblouissantes... Une découverte vraiment exceptionnelle, je courais partout avec mon appareil photo, au lieu de me servir d'abord de mes yeux, je voulais tout fixer, tout collectionner, chaque tableau était une polyphonie de sensations... Comment est-ce possible de peindre avec autant de mouvements, de force, d'épaisseur, pour produire des effets si légers et si denses, si magnifiques, une explosion de couleurs ? J'avais l'impression de me trouver devant une oeuvre post-impressionniste, dans le secret des couleurs, dans le creux de l'arc-en-ciel, chaque cm² de la toile recèle des milliers de trésors colorés. Je ne connaissais rien de sa technique qui me fut révélée par le documentaire.

Ses tableaux en noir et blanc me plaisent moins, ils sont faits à partir de ses propres photographies, pour garder la fidélité aux images il emploie un procédé classique de reproduction : le quadrillage sur la photo. Ensuite, grâce à l'épiscope, il agrandit l'image directement sur le châssis qu'il a choisi.

L'effet de flou final est obtenu en frottant la peinture encore humide avec une brosse.


Corinna Balz filme Richter dans son processus de création, embarrassé par la caméra, gêné par l'observation, mal à l'aise dans les questions. Il consent à exposer sa technique, nous montre les outils qu'il a inventés pour pratiquer son art. Sous les feux des projecteurs, lors d'expositions dans le monde, ou dans des hommage qui lui sont rendus, il voudrait plus de discrétions. Sa véritable place est avec ses peintures, elles lui manquent quand il en est éloigné, peindre est sa respiration, le sens de sa vie, la seule chose qu'il sache faire. Il se bat sans arrêt avec les couleurs pour les dompter, les capturer... Une image formidable du documentaire nous montre le peintre appuyer de toutes ses forces sur sa raclette géante, et pousser la peinture sur le châssis, il l'étale, la tire, la contraint, il chasse la couleur de gauche à droite, de bas en haut, il pousse le rouge, le jaune, le vert, comme s'il luttait contre un vent contraire, c'est magnifique ! C'est lui le maître des couleurs. Impossible de compter complètement sur le hasard pour créer les traces colorées laissées par son énorme truelle, ses yeux scrutent le résultat, sans toutefois en être assuré, couche après couche le tableau apparaît, modifié, scarifié, zébré par un énorme couteau qui fend d'un coup toutes les épaisseurs de couleurs... Jamais terminé, toujours dans l'insécurité, dans l'insatisfaction permanente... Son regard laisse d'abord son geste en suspension : que va-t-il décider, ajouter ou retirer de la couleur, tel le sculpteur avec la terre, le va-et-vient est incessant entre l'accumulation et le retrait de matière...


L'Annonciation, huile sur toile

La présentation des oeuvres est faite en fonction de la chronologie, d'une diversité étonnante. Depuis les années 1960 il reproduit des chefs-d'oeuvres, l'Annonciation d'après Titien est extraordinaire, fondue, douce et transparente, le flou atténue les formes, tout devient évanescent, j'ai l'impression que les personnages sont dans l'eau...



Bouquet (2009) huile sur toile

Un maître ! Le bouquet attire mon regard, une oeuvre intimidante car elle porte un titre, je cherche... Les flamboyances, les mystères acrobatiques des formes me ramènent au bouquet, est-il ici, ou là, peu importe, tout est parfaitement à sa place...






 Septembre (2005) huile sur toile

La saison du vent, de la pluie, du ciel gris, de l'été indien... Je reste admirative, je songe aux architectures des tableaux de la Renaissance, et puis l'incompréhension me plonge dans un ciel de traîne qui s'étire sur la toile, dans un sens, dans l'autre, je rêve, mes yeux balayent la toile sur ses lambeaux de gris...


Venise, huile sur toile

La lagune et ses embarcations, les couleurs flottent, éclaboussent... Peut-on y voir autre chose que Venise ? Moi je m'y laisse entraîner, la main dans l'eau, le bleu du ciel se mélange à ceux de Tiepolo, un ravissement...


Glenn, huile sur toile 1983 (grand format 190x500cm)

Des forces sont en place dans les couleurs pour attirer le regard, courir dans le jaune, rester dans le bleu, traverser les lumières, les tensions sautent aux yeux, quelle symphonie, quel chahut impressionnant !! 


Betty, huile sur toile, 1988

La belle des belles, sa fille, comment ne pas tomber en arrêt devant cette pose ingresque, je suis subjuguée par la virtuosité, la douceur, l'audace de ce splendide tableau, je vous laisse avec Richter qui dit de Betty : "Et puis, il y a le tableau de ma fille qui est aussi une idéalisation car, par essence, c'est un désir de culture, désir de la beauté dans l'art que nous ne possédons plus, c'est pourquoi elle se détourne".


Bougie, huile sur toile, 1982

Une petite lumière, de la vie, de la mort, chacun choisit son camp... Pour moi c'est le souvenir... Une lumineuse création.







Un par un, avec chacun de ses tableaux, on remonte le fleuve de ses couleurs, de ses brumes, de ses flous. Ses bruissements de couleurs font naître en moi des enchantements...

Ses grands formats, aussi bien que les petits, nous plongent dans un univers où tout bouge, tout se transforme, pas d'opposition entre les oeuvres figuratives et les oeuvres abstraites, un travail minutieux pour certaines, des gestes rapides pour d'autres, le travail de création est lent et laborieux, souvent il laisse passer des mois entre les différentes couches de peinture, jusqu'au jour où il décide que le tableau est terminé.

Son oeuvre est "un monde de diversité complexe en transformation constante", comme il se plaît à le dire. Pour moi ça fait longtemps que je n'avais pas été surprise, éblouie, transportée par l'oeuvre d'un artiste, connu dans le monde entier, sauf de moi...

L'exposition sera présente au Centre Beaubourg jusqu'au 24 septembre 2012, Parisiens, courez la voir, gens de province, venez flâner sur les quais de la Seine, s'il faut choisir une exposition c'est celle-ci... Mais vous pouvez faire autrement...

11 commentaires:

norma c a dit…

En voilà un qui fera que je me déplacerai à Paris !
J'avais vu plusieurs de ses oeuvres au MACRO, à Rome, et au Musée des Beaux Arts, à Montréal et j'avais été séduite !
Merci pour ce billet qui m’enchante, je t'embrasse, Danielle.

Danielle a dit…

Oui Norma, je comprends qu'il te fasse déplacer, c'est un maître !

Je te bise moi aussi...

Par chez moi il pleut ...

Bretonne a dit…

On peut faire autrement ? Ça tombe bien lors de mon prochain passage à Paris, je n'irai pas faire un tour pour voir ce peintre qui, certes est considéré comme un "géant" mais cette peinture ne me parle pas. Pour cette peinture j'en sais trop ou pas assez, sans doute pas assez, je laisse cela aux connaisseurs ou aux snobs. Je ne voudrais pas que tu prennes ombrage de ma phrase précédente , je sais que tu n'es pas ainsi mais en province lors de petits repas le nombre de fois où j'ai entendu dire que je suis allée voir telle expo à Paris relevait du snobisme. C'est bizarre, je ne les vois jamais lors de conférences au musée des Beaux arts .
As-tu vu de bons films lors de la fête du cinéma ?
Le départ approche sans doute.
Bises

Danielle a dit…

Bien sûr Françoise tu peux tout à fait faire autrement , tu sais je n'ai plus l'âge, ni le goût de parler de ce que j'aime en fonction de la météo mondaine, je m'en moque, je ne parle que de choses qui me touchent vraiment en positif ou en négatif. De plus, j'adore l'art contemporain aussi bien que l'art plus ancien. Je ne fais aucune hiérarchie dans l'art. J'ai mis quelques années à venir à l'art contemporain qui demeure l'art de notre temps et j'y découvre des œuvres magnifiques qui me parlent de notre monde.

Si fait que j'ai autant de plaisir et d'enthousiasme à voir les peintres classiques de Venise et la Biennale d'art contemporain. Fin bref, fais comme tu as envie c'est le mieux:-)))))

J'ai vu au cinéma "ma petite Venise" un film touchant mais très inégal, j'ai mieux compris comment les chinois opèrent pour être présents dans les commerces en Italie... Je le vois a Venise :-)))) en fait comme j'ai une carte illimitée pour le cinéma, pour moi la fête du cinéma c'est toute l'année :-)))))

Je me prépare à Venise, malgré mes grognements, mes critiques, ma lucidité sur cette ville, je m'en réjouis...

Bise du soir chère Brigitte.

Bretonne a dit…

Si tu as une carte illimitée pour le cinéma, c'est dommage que tu ne fasses quasiment plus de critiques, je les adorais. Venise c'est comme pour le reste rien n'est totalement noir ou blanc.
Bises Françoise, il est vrai que tu m'appelles souvent Brigitte mais c'est la même époque.

Danielle a dit…

Mais c'est insupportable ce que je fais, Françoise au début, Brigitte à la fin, ça m'énerve, pardonne moi...

En fait ce qui m'embrouille se sont les pseudos, il faut tout le temps que j'y pense et finalement je fais tout faux...

Françoise, je vais beaucoup au cinéma, et je pensais que ce que j'en disais ne devait pas intéresser, je vais y revenir...:-)))

Je te re-bise du soir Françoise...

Brigitte a dit…

Ah mais si je lisais moi aussi avec attention tes critiques ciné car j'y vais aussi souvent !!!
J'ai loupé ce film "la petite Venise "qui ne passait plus à "mes" horaires

Un billet plein de couleurs et d'émotions merci du partage ,j'ai pu admirer ainsi un petit bout de cette expo dont tu parles avec admiration et enthousiasme.
Bises du jour de Brigitte(clin d'oeil )

Brigitte a dit…

J'oubliais j'espère que tu n'as rien oublié dans ta valise ???Ton départ doit être proche maintenant .*
Je terminerai en te disant de bien en profiter
Re -bises

Danielle a dit…

Brigitte de ton passage, d'accord je vais y songer pour le cinéma :-)))

Si tu peux va voir l'expo...

Bien sûr je vais oublier quelque chose, c'est tout le temps comme ça, malgré la liste, malgré tout !

Encore quelques lignes avant de partit...

Bises du jour Brigitte (clin d'oeil)

Michelaise a dit…

Bon bon, c'est noté car en effet, c'est un maitre ! je vais tenter de ne pas oublier ce rendez-vous là puisque tu dis ce que cela dure jusqu'en septembre. Bon été Danielle

Danielle a dit…

Merci Michelaise toi aussi passe un bel été partout où tu iras.

Bises du jour.