mercredi 24 août 2011

Venise 2011... L'amour prisonnier sur le pont Accademia.


La dorure du soleil couchant...

Je ne les avais jamais remarqués, comment est-ce possible ? Depuis quand date cette mode ? Cette tradition ? Ce culte ? Les enlève-t-on chaque année ? Le poids de l’amour est énorme par ici…

C’est en montant lentement sur le grand pont en bois d’Accademia qu’ils m’ont sauté aux yeux.


 Les accroche-coeurs

Des dizaines de cadenas fermés à double tour étaient accrochés aux rambardes de ce grand pont, le dernier des quatre qui enjambe le Grand Canal, avant d’arriver au bassin de S. Marc

J’ai examiné chacun et j’ai vu que si certains étaient gravés de façons très artisanale, d’autres portaient les noms des amoureux aussi finement ciselés que dans une bague de fiançailles…


 Retrouvons-nous ici dans 10 ans...

Il y en avait de toutes les couleurs, de toutes les grosseurs, de toutes les formes.

Beaucoup portaient la date de cette année, 2011, c’est pourquoi je me suis demandée si c’était une toute nouvelle mode sur ce pont des soupirs…

Il suffit pour commencer un rituel que quelques uns s’y collent et que les autres suivent, la motivation est grande à Venise…

Je me suis dit aussi, c’est peut-être un groupe, un énorme groupe de visiteurs qui s’est donné le mot, chacun vient avec son amoureuse/amoureux et son cadenas,  chacun grave son nom, ses initiales, chacun fait des promesses, on ferme et on jette la clé dans l’eau, certaines clés sont enfermées dans le cadenas, on est donc obligé de s’aimer toute la vie ?


À la vie, à la mort...

Toutes ces breloques vont rester suspendues au dessus de l’eau, combien de temps ? Si ça se trouve, au bout de plusieurs années, le pont va s’écrouler, le poids de l’amour va tout faire basculer, il peut provoquer une acqua alta gigantesque à force d’accumuler les clés d’acier et de cuivre juste en dessous…

Roger, Antoine, Isabelle, Marco, José, Francette, Igor, Fanny,  丹妮尔…Vous y croyez encore, et encore, et encore, et encore… Vos amours pèsent lourd sous le pont.

À côté de moi, au dessus des cadenas, les appareils photos vibraient, en duo, en trio, en famille, en groupe, personne ne peut passer le pont sans sa photo souvenir : j’y étais, regarde, c’est la plus belle vue de Venise et c’est vrai, toute les heures, chaque minute ajoute une lumière nouvelle à cette avenue d’argent, d’or, irisée, bleue, verte, presque parfumée...

Chaque année je passe et je repasse, je m’arrête, je regarde aussi loin que possible, et je sors moi aussi mon appareil, la tentation est forte, je ne résiste jamais à l’appel du large.

Maintenant la lumière est parfaite, et plus tard, ça sera encore plus beau, tiens, avec la pluie l’effet doit être magique, il faut que je revienne, je n’ai pas encore tout vu…



À la biennale d’art contemporain, j’ai vu un film (The clock), qui dure 24 heures en temps réel, quand il est trois heures sur votre montre, il est trois heures sur l’écran, l’artiste a recensé 3000 extraits de films ou de séries télévisées du monde entier, plus ou moins connus, qui marquent le temps avec des gros plans sur des montres, des horloges, des chronomètres, tout ce qui indique l’heure, minute par minute, l’ensemble de ces collages reforme un film composé de micros fictions,  reliées les unes aux autres, drôles, dramatiques, terrifiantes, des petits suspenses qui durent quelques secondes quand il s’agit des films de Hitchcock. C’était très impressionnant, on avait toujours l’heure exacte sur l’écran... Fascinant, l’artiste américain (Christian Marclay, Lion d’or de la Biennale) a fait une performance extraordinaire... La salle de projection se trouvait  en fin de parcours des oeuvres contemporaines, dans la Corderie de l'Arsenal. J'y suis bien restée vingt bonnes minutes, écroulée dans un confortable fauteuil, avant de m'apercevoir du temps réel entre ma montre et les images... J'étais éblouie, je me suis dit comment c'est possible de faire ça ?

Sur le pont Accademia, il faudrait faire ça, filmer le paysage avec toutes les lumières, tous les sons, toutes les impressions... Qui défilent pendant 24h, minute par minute. On pourrait aussi demander à Monsieur Monet de s’installer à demeure sur un pliant et de nous faire la même chose avec ses pinceaux, comme il a fait avec la cathédrale de Rouen… Moi je verrais bien Monsieur Turner remettre des petites brumes ici où là à chaque heure du jour et de la nuit… Photoshop pourrait s’y mettre aussi, 24/24h, il pourrait mélanger les heures et les lumières, on ne reconnaîtrait plus rien du tout, ça serait totalement expérimental...

Mais bon, c’est comme l’amour, des promesses, toujours des promesses... Attendons de voir aussi pour les cadenas s’ils seront encore là l’année prochaine, je vous tiens au courant... Promis.


Par un soir d'orage.. 



Lumière du matin...

A vous maintenant...

18 commentaires:

Michelaise a dit…

les tendances, sapristi, se répandent partout, commeune trainée de poudre... Sur le pont de l'académie, sur de la liberté à Budapest... allez je t'envoie quelques photos pour répondre à ton invite : à vous !

Danielle a dit…

Ça alors, partout il y a des cadenas d'amour, incroyable, l'amour est vraiment vivant...

Mais j'y pense, peut-être est-ce le même groupe à Budapest et à Venise qui fait le tour des ponts ?

Chère Michelaise merci pour tes photos, j'adore...

Bises du matin

Georg-Friedrich a dit…

Cela fait des années que la mode existe sur je ne sais plus quel pont de Florence et hier, en enjambant le pont des Arts, quelle ne fut pas ma surprise de voir qu'il était entièrement cadenassé!
Sinon, j'ai adoré la vidéo, je me demande aussi comment c'est possible de réaliser un tel film, vu qu'il n'existe à ma connaissance aucun outil qui décrit l'horodatage des scènes à l'intérieur des films. C'est tout simplement stupéfiant, mais je note qu'on passe de 4h10 à 4h12!!!

Danielle a dit…

Allons bon il y en a partout alors, mais... d'après la photo de Michelaise prise sue le pont Accademia en octobre 2010 je constate qu'il n'y a aucun cadenas à cette date...

La mode viendrait donc tout juste de s'établir à Venise ? Affaire à suivre.

Alors-là GF tu chipotes 2 minutes sur 24 heures, on peut excuser :-)))C'est magique ce travail, je suis restée scotchée un bon moment à la Biennale...

Bisous d'après midi :-)))

liliforcole a dit…

"Si ça se trouve, au bout de plusieurs années, le pont va s’écrouler, le poids de l’amour va tout faire basculer...". J'aime vraiment beaucoup votre scénario de l'effondrement du pont, avec une grande acqua alta terminale !!!
En fait, c'est l'équipement des ponts de la ville avec des mains courantes en inox qui a permis cette pratique, qui est donc assez récente.
Vaut encore mieux ça que des coeurs gravés dans la pierre d'Istrie... ;-)

norma c a dit…

Même le campanile de Torcello était gravé d'initiales d'amoureux...
C'était quand on le visitait encore, il y a de cela au moins 5 ans...

Danielle a dit…

Oui, Lili, je me suis bien amusée, merci de votre sourire...

Parfaitement vive les cadenas et vive l'amour...

Merci d'être passée:-)))

Danielle a dit…

A Torcello aussi, il y a déjà 5 ans ! Norma l'amour est donc partout, les promesses d'amour...

Je vais aller voir du côté du pont des arts à Paris, il y a des centaines et des centaines de cadenas, paraît... Je crois bien que notre ami Chic (FTTMIOM)avait fait une superbe photo sur le sujet...

Bonne journée...

Marie-Josée a dit…

En travaillant, hier, sur les exercices de style de Queneau, je disais à mes étudiants que le style est presque tout puisque les thèmes sont toujours les mêmes en littérature depuis Homère... Voilà ici, sur ton pont vénitien, une variante stylistique amusante des initiales gravées. Cela abîme moins les arbres et le matériel urbain!

Danielle a dit…

Merci Marie-Josée, bien sûr, il n'y a que le style qui compte, les sujets sont toujours les mêmes...

Je comprends Flaubert qui rêvait d'écrire sur rien...

Maris-Josée en parlant d'Homère, connais tu le film de Jean-Luc Godard qui s'appelle Le Mépris (tiré su livre de Moravia) Un film exceptionnel de beauté et de profondeur avec une Brigitte Bardot magnifique ? je ne me lasse jamais de le regarder quand je peux.

C'est une autre version (il suit en cela Moravia) du départ d'Ulysse, remarquable et Godard qui a un style cinématographique grandiose en fait un chef-d'oeuvre.

Tu devrais le conseiller à tes élèves. Il n'a pas pris une ride comme Ulysse...

Chère Marie-Josée merci encore de ton passage et de tes mots.

A tout bientôt je te bisesss du jour.

Marie-Josée a dit…

Merci Danielle...

Non, je ne connais pas ce film. Le voisinage des Américains pèsent très lourd sur la programmation de nos salles de cinéma,et les salles de répertoire ont petit à petit fermé. Je vais essayer de voir à la bibliothèque, car même les DVD de films français classiques achetés au Québec comportent souvent, par défaut, des sous-titres anglais qu'on ne peut retirer! Je cherche et je t'en reparle. Bonne fin de semaine. Ici, nous attendons la queue de l'ouragan Irene qui ne frappera pas trop fort, je l'espère, New York. Ce serait trop bête, tout juste dix ans après le 11 septembre!

Marie-Josée a dit…

J'ai fait une anacoluthe, mais je ne ferai pas semblant qu'elle était voulue... Je rétablis donc : le voisinage des Américains pèse...

Danielle a dit…

Marie-Josée ne cherche pas, si tu veux je te l'envoie par la poste le DVD, je vais le copier et hop !!! Il suffira que tu me donnes ton adresse sur la boîte mail de mon profit et le tour sera joué...

Tu me dis d'accord ?

Bonne journée à toi puisqu'on est dimanche partout...

Bises du jour.

Anonyme a dit…

Le pont de l'Accademia est libre de ces cadenas depuis samedi dernier. Je me demande toujours comment procèdent-ils pour les enlever.
Car à Paris, derrière Notre-dame c'est sans doute plus simple de changer les grilles du pont.
M.17

Danielle a dit…

Merci M17 de nous livrer le mystère, donc, les cadenas sont régulièrement enlevés, donc on ne sais pas depuis quand date ce rituel ???

Merci d'âtre passé nous dire ça.

A Paris, je n'ai pas encore vu l'état des amour sur la passerelle...

En rentrant j'y cours.

Merci à vous.

Anonyme a dit…

"Ho voglia di te", film de 2007 d'après le roman de 2006 de Federico Moccia. Un passage décrit la scène sur le Ponte Milvio (Mollo) à Rome du cadenas, la clé jetée nel Tevere. Depuis ......
M.17

Danielle a dit…

M17, merci de toutes vos belles précisions..;

cette histoire prend du volume... Mais avec l'amour...

Merci à vous.

Lalou a dit…

c'est trop beau tout ces cadenas! moi j'en ai accroché un à paris avec mon copain, j'attend avec impatience de pouvoir en accrocher un à Venise! à paris j'avais acheté un cadenas hyper oroginal et fashion sur ce site : http://boutique.locksigns.com/ les cadenas de ce site sont personnalisables, avec des sitckers et un stylo indélébile le tout compris dans le coffret, je trouve le concpt génial, allez faire un tour sur le site c'est vraiment top!