jeudi 7 octobre 2010

Dernières conversations dans le Berry...Fin.

En refermant la porte du boulanger, de père en fils depuis trois ou quatre générations, mais qui aujourd'hui fait du mauvais pain, j'ai rencontré un homme heureux !

Un homme souriant, habillé tout en dimanche, chemise et veste claires, le mauvais pain dans la main, droit comme un « i » : nous sommes restés un moment à bavarder sur les marches de la boulangerie, les paroles ne pouvaient pas attendre d'être sur le trottoir d'en face.

Bonjour, comment allez-vous, je suis contente de vous rencontrer, alors ? Ce scanner ? Tout va bien, tout est net, je vais bien... Et le « je vais bien » s'est noyé dans un grand sourire...

Je l'avais rencontré quelques jours avant, devant sa maison, une grande et belle ferme du siècle dernier, en pierre blanche, avec pigeonnier, en pleine verdure, rivière à gauche, petit bois à droite, un beau jardin, rouge pour les tomates, vert pour les haricots verts, et les grosses citrouilles oranges et vertes dans la terre, pour Cendrillon sans doute ? La vie de château... C'était un autre homme : tout en vert de gris, la casquette bien basse sur la tête, l'œil triste, voûté, lent, je vais faire un scanner lundi prochain... Un contrôle médical... J'espère que tout ira bien.


Dimanche, tout va vraiment bien, l'espoir fait revivre, il fait doux, comme un gâteau à la crème...

Au café, il y avait tellement de monde qu'il faisait chaud, entre cafés et anisettes, vins de toutes les couleurs, les conversations allaient bon train... Le pain sous le bras, en grande quantité, avec les pâtisseries déposées sur les chaises. On rit, on parle fort, la chasse fait de beaux coups de fusils, surtout des canons à boire...

J'ai repris le petit chemin, en côte, qui débouchait sur le bleu du ciel, les vaches d'un côté, les vignes de l'autre, un noyer tous les dix mètres... Au loin, les chasseurs, fusils sur l'épaule, avec les chiens qui couraient partout comme des fous, partaient en balade, il n'y avait rien à tirer... Le calme plat, pas un lapin, pas un faisan, pas un canard qui volait, que le beau temps à prendre au collet.

Le dernier dimanche de septembre dans le Berry, les derniers sentiers, les dernières noix à ramasser... Les dernières mirabelles, encore roses.

Dernière tasse de thé avant de plier bagages... Dernières conversations...

Premières pluies, plus moyen d'accrocher le linge sur les lignes tendues, impossible de blanchir le blanc aux rayons du soleil, il faut regarder les fleurs et le figuier par la fenêtre, la porte reste fermée, il fait froid, il pleut. Dehors, les couleurs sont resplendissantes, plus profondes, plus appuyées, le rouge des géraniums est bien plus rouge à côté du vert de l'herbe du jardin.


Pas un bruit... Le paysage aujourd'hui ressemble à une carte postale, glacée, immobile, colorée, pleine de lumière, un petit mot sur la carte : tout va bien, je me repose, je regarde tomber la pluie, je pense bien à vous...

Les conversations berrichonnes ressemblent aux conversations parisiennes, à première vue, tout va bien, tout est lisse, brillant, ça respire la santé le bonheur, et puis quand les violons commencent à jouer leur petite musique du jour, les vernis sautent, le brillant devient plus mat, même la santé décline un peu, le moral tient le coup mais il faut si peu pour défaillir.

Alors, les rencontres sont des lieux où nous pouvons nous dire, là, je ne vais pas bien, là, j'ai peur, là j'angoisse, j'ai des projets, je vous écoute, vous m'entendez, tout va bien pour le moment.

J'avais raté mon rendez-vous pour le thé de la semaine dernière... Mais j'y reviens, on ne va pas se fâcher pour si peu ? Pour si peu de quoi ? Si peu d'attention.

Il pleut encore, mais dans le ciel, il y a de grandes traînées bleues, je peux remettre mon linge au soleil, rien ne bouge, pas une feuille déplacée, aucun souffle d'air, même une conversation devient un chahut...

Je vais boire le thé... A quatre feuilles...

J'ai baigné pendant tout un mois dans les raisins de la douceur, dans le temps retrouvé, dans les voix, les murmures, les émotions, les chagrins, les ennuis, les sourires, les espoirs d'aller mieux, la joie.

J'étais entourée de bois, de fleurs, d'herbe, de ciel ouaté, d'arbres pointus ou têtes rondes, majestueux.

Les bottes de paille, de foin, n'ont pas attendu longtemps pour être rentrées, les écureuils sautaient partout, rapides et roux. Les vaches arrachaient l'herbe avec un bruit inimitable, puis posaient leurs quatre pattes lentement dans la prairie pour ruminer, en prenant tout leur temps,

J'ai dit bonjour à tous les gens qui se trouvaient à portée de voix et j'ai toujours eu des échos...

Je vous ai rapporté fidèlement les plus belles rencontres, avec émotion, dans leur vérité humaine, mais pour certaines, trop proches, trop intimes, elles restent dans le silence de mon cœur... Je vous ai parlé du ruissellement de l'eau sur les ailes des canards, du bruissement de l'air sur celles des hérons, des frôlements dont on peut dire : quelle élégance, quelle beauté !

9 commentaires:

CLAIRE....... a dit…

je n'aime pas le mot fin,
et pourtant,
il a toute son utilitée...
et puis aprés, chaque fin,
un nouveau début....
comme aprés la pluie, "le beau temps"...
je suis comme toi,
je goute, toutes les conversations et les échanges possible..
Il y a de la magie,
partout,
et tous les jours dans, notre vie......
la nature est belle,
et si notre coeur est ouvert,
le bonheur n'est jamais loin....
merci....
a bientot, DANIELLE, bisess

Danielle a dit…

Merci Claire, pour ton joli poème...

Moi aussi je te bisesss du jour, à très bientôt.

Georg Friedrich a dit…

C'est déjà fini? Je me sentais bien par ici! Mais comme dit Claire, si c'est pour rebondir, pourquoi pas à Venise dont nous avons pas encore vu toutes les photos ni entendu tous les murmures des pierres et des tableaux...
des bises, GF

Danielle a dit…

Merci GF d'être passé, dans mon Berry, oui tu as raison je vais rebondir sur Venise, dont je n'ai pas dit un mot depuis mon retour...

Grosses bises du jour à toi.

Fadette a dit…

Danielle, ces textes sont magnifiques et seraient dignes de composer un recueil sur le Berry !
Je les ai lus avec beaucoup d'attention, et je les relirai encore. Car ils sont aussi bien riches en description de la nature qu'en rencontres humaines. Vous avez réussi à saisir l'un et l'autre, à les mêler l'un dans l'autre, et le résultat est savoureux.

Danielle a dit…

Merci Fadette pour votre commentaire très gentil. Il me touche extrêmement.

Ce Berry m'a apporté beaucoup de joie et de sérénité, j'ai essayé de restituer ce que je ressentais, avec les gens, avec la nature et si cela vous a plu, merci 1000 fois de me l'avoir dit. J'en suis très heureuse.

A bientôt.

Danielle a dit…

Fadette, j'ai lu sur votre blog Berrichon, que vous aviez eu la gentillesse de mettre mon blog en lien, je voulais vous dire que tous les billets précédents les Conversations... Où je parle de cette magnifique campagne...Concernent aussi le Berry... Je suis restée un mois dans ce Paradis et j'ai écrit ce qu'il m'avait inspiré...

Merci encore de votre passage.

Fadette a dit…

Et bien j'ai de la lecture en prévision. Formidable !

Danielle a dit…

Fadette merci, vous ne pouviez me faire plus grand plaisir...

Bonne lecture, et merci de votre bienveillance.

Passez une très belle fin de journée.