jeudi 16 septembre 2010

Ça passe le temps...



Je descendais la pente, en roue libre, je venais de la petite vigne, bien rangée, bien propre, bien verte, qui donne du vin pour un an...

J'avais dans mon sac de quoi faire une belle compote de mirabelles, les dernières, j'avais encore engagé une bataille gagnée avec les abeilles, pour ramasser les prunes encore bien fermes, avant de devenir des pruneaux...

Le noyer qui borde le champs, courbe ses branches, à peine, sous le poids des noix, qui une à une commencent à joncher l'herbe, j'ai repéré les pêchers de vigne, pleins de fruits pas assez mûrs.. J'attendrai....

Le petit chemin qui s'enfonce dans le bois fait comme une rivière, qui coule entre les châtaigniers et les peupliers.


J'ai toujours une hésitation entre aller plus loin, et rester sur place... Tout m'attire, tout me tente au loin, mais le paysage immédiat est déjà très beau, pourquoi avancer ? L'herbe est plus verte ailleurs ? Mais ici, c'est pourtant bien joli.

L'autre matin, je discutais avec une dame du bourg, au coin de sa maison, ancienne, magnifique, la dame n'avait qu'une dent dans sa mâchoire du bas et l'œil vif, elle me disait qu'elle était née ici, n'était jamais allée ailleurs, jamais, peut-être au supermarché, à la mairie, à la ferme d'à côté ? Et que sans doute, elle finirait ses jours ici, elle m'a dit ça avec le sourire, c'est son destin, son présent et son avenir, ici !


Mais moi, j'avais envie d'aller plus loin, dans l'eau de mon petit chemin, voyez comment le monde est fait ?

Donc, je descendais en roue libre... Je me suis arrêtée juste devant l'entrée d'un jardin, j'avais aperçu la propriétaire qui s'apprêtait à rentrer chez elle, le soir venait, il faisait frais, elle fermait le portail, les volets peut-être ? Nous avons engagé la conversation.

Un homme seul, on dit que c'est difficile, mais une femme seule aussi, comment faire pour tondre toute la pelouse, j'ai fait tout ça, et elle me montre, avec le geste auguste de la semeuse, la grande partie de l'herbe qu'elle avait elle-même tondue... Et faire des petites réparations, j'peux pas. Pas facile tout ça.

Mon fils n'a pas le temps, il a la ferme et les laitières, je l'aide le soir pour la traite. Je me souviens avoir vu cette femme, l'année dernière, en plein travail, auprès de son fils... Et puis mon autre fils, il habite en face, mais il vit à Paris...

Vous écoutez la radio ? Vous regardez la télévision le soir ? Pas beaucoup, je ne vois pas très bien, mais j'aime pas trop la télé...

Rien n'avançait entre nous, elle avait perdu petit à petit, sûrement, la confiance pour chaque jour.

Je lui dis que j'allais boire le thé, demain, avec une dame du pays, je vais apporter le cake...
Ben oui, vous avez raison, ça passe le temps...


Alors c'est comme ça pour elle ? La rencontre, la conversation, les sensations d'entendre et d'être entendue, les sourires, les mains serrées autour de la tasse de thé, bien au chaud, les secrets, les révélations, les confessions, les interrogations : c'est quoi la vie pour vous ?

Uniquement faite pour passer le temps ? Pas de bonheur, pas de petites joies, pas de partage ? Seule, chaque quart d'heure de toutes les heures ?

Bonsoir madame, je vais aller voir votre fils à la ferme, à 18h pour la traite, bonne soirée, à bientôt...

J'ai appuyé fort sur les pédales pour rentrer à la maison. À la campagne comme à la ville, l'ennui, la solitude, la déprime, le sentiment d'abandon, font les mêmes ravages.


À la campagne, quand nous y venons l'été, tout sent le bonheur, les couleurs, les odeurs, la beauté, rien ne manque à la légèreté du séjour, bonjour madame, bonne journée... Mais plus tard dans la saison, la vie ordinaire reprend ses droits, personne ne passe dans le chemin, le soleil baisse sur l'horizon, les arbres sont gris, les cœurs aussi...


15 commentaires:

norma c a dit…

Je n'aime pas ce "ça fait passer le temps", comme si le temps n'était plus précieux, un jour...
C'est triste de solitude, de non-vie, de mal-vie sans doute...
Un billet très émouvant, Danielle.

Chic a dit…

Complètement craquantes ces photos ! Bises

zen a dit…

(snif)
Bon aujourd'hui, c'est pas tout ça, c'est le jour des gâteaux !
Bon dimanche rempli de sourirs et de gens heureux

Miss Lemon a dit…

Nous vous l'avons tous écrit un jour, vous avez l'art de narrer.

On comprend dès le début que quelque chose va clocher, derrière cet imparfait se cache un présent moins bucolique et on découvre au fil du récit, au fil du temps, le drame qui pointe effectivement derrière l'image d'une campagne idéalisée, rêvée.
Vos mots sont justes et le texte émouvant.
En chute et conclusion, j'adore le commentaire de ZEN.
Bon dimanche et bon dessert, Danielle !

VenetiaMicio a dit…

Chic dit : "toujours craquantes tes photos", moi je dirais toujours craquants tes petits textes, émouvants, l'utilisation des mots justes, aujourd'hui un peu trites...je vais prendre ton vélo et pédaler pour aller voir ailleurs, je dis non à la solitude,non aux jours qui passent identiques à celui d'hier ou à celui de demain!!!
Bon moi aussi je veux bien d'une petite part de ce gâteau dominical.
Allez on se fait une petite musique : "When you're smiling" comme chantait Louis Armstrong.
Danielle

beatrice De a dit…

Ce *rouleau* me fait penser à mon premier voyage en GB en voiture, avec un ami. A l'époque, je n'avais jamais vu cela ! J'avais tellement été impressionnée, que j'en avais illustré la présentation de l'album de photos de ce voyage-là !
Cette année, depuis le balcon du chalet d'une amie, à Château d'Oex, en Suisse, j'ai pu assister à l'enmaillotage de ces balles. Impressionnant ! Une machine qui tourne et répartit les bandes de plastique. Je croyais que ces *manteaux de pluie* était fait d'une seule pièce. Un peu naïve la dame, vu le poids que doit peser ces rouleaux compresseurs. Ces rouleaux qui seront toujours attachés à un souvenir. C'était le dernier jour d'un chalet, puisque ma copine le vendait et que nous étions là pour enlever les derniers traces de son passage.

beatrice De a dit…

Les dernières traces.

Danielle a dit…

Norma, merci de ton passage comme d'habitude c'est toujours un grand plaisir pour moi.

Passe une bonne journée.

Danielle a dit…

Merci Chic, merce de ton oeil, précieux...

A bientôt de t'entendre.

Danielle a dit…

Zen, oui, c'était aussi le jour des gâteaux, j'ai repris un Paris Brest, délicieux :))))

Passe une très bonne journée.

Danielle a dit…

Miss, merci à toi d'être passée, je suis ravie, oui, les gens d'ici, sont comme les gens de là-bas... Avec les mêmes tristesses et les mêmes joies... Je glâne les paroles avec beaucoup d'émotion...

le Paris-Brest était encore magnifique :))))

A tout bientôt.

Danielle a dit…

Danielle V. comme ta bonne heumeur fait plaisir, je te prête volontier mon vélo pour aller voir ailleurs...

le gâteaux était délicieux...

Je continue mes découvertes... Et je reviens.

Passe une très bonne journée.

Danielle a dit…

Béatrice, je crois que les bottes font près de 300 kg chaque...

j'adore les retrouver confortablement installées dans les champs...

Bonne semaine à toi, merci d'être passée.

Enitram a dit…

Quelle émotion...

Danielle a dit…

Enitram, quel plaisir de créer des émotions avec mes mot et de pouvoir les partager... Merci.

Bienvenue sur mon blog, je suis très touchée.

Bonne journée à toi.