jeudi 27 mai 2010

Venise dans tous mes états... Episode N° 13



















Giovanni Bellini (1425-1516, Venise)

La présentation au Temple (1460-1463)


Une oeuvre que j'aime énormément, toutes les occasions sont bonnes pour aller la revoir, aussi souvent que possible, à la Fondation Querini Stampalia.


Tout d'abord, le regard (comme dit Juliette Binoche dans le film de Kiarostami) : je suis d'accord, l'art pictural est d'abord une affaire de regard, d'émotion, ensuite on peut rajouter le savoir, la compréhension, les anecdotes, l'histoire... Pour augmenter les sensations ? Peut-être, l'intérêt, sûrement. Il me semble bien que Picasso a parlé de ça en évoquant le regard du spectateur devant une toile.

La première fois que j'ai vu ce tableau, je suis tombée à la renverse.


La beauté des couleurs, toutes dans les tons chauds, la subtilité du "cadrage" au premier plan : la Vierge et l'enfant Jésus, le prêtre, ce petit enfant entièrement bandé, dans les bras de sa maman, tout près de son visage, la pose est extrêmement touchante, nous ne sommes presque plus dans le sacré (il n'y a plus d'auréoles), mais dans le réel : une maman attentive, un bébé complètement livré à l'amour maternel, la Vierge présente Jésus au prêtre, tout en le tenant serré contre elle, elle a mis un petit coussin sous les pieds de son bébé, protectrice. Au 2e plan, légèrement décalés, presque à la même hauteur, d'autres personnages (inspirés des figures familiales du peintre), dont les regards nous échappent...


Seul Joseph, derrière, nous fixe gravement, sévère, sans doute. Il semble nous dire : regardez, ce bébé, c'est l'enfant du monde, il va compter.


Ensuite, je vois la simplicité des matières employées, pas de brocards, pas de dentelles, ni satin ni or, les étoffes sont presque rugueuses, lourdes (sauf celle du prêtre)

Impossible de se distraire de la scène, pas de détails qui enjolivent, qui dissipent notre attention. Tout est à notre portée, presque sur le même plan, pas d'échappatoire, la chose est simple : voici l'enfant Jésus avec sa mère.

Le tableau est d'une beauté majestueuse !


Si vous passez par Venise, il vous attend ... Après la visite, achetez même une carte postale, mettez-là dans votre livre, reprenez le train et contemplez-la... en souriant.

9 commentaires:

norma c a dit…

Et après la visite, allez déguster un fameux "Bellini", au "Harry's Bar" de préférence...
Bonne journée, Danielle.
Norma

Danielle a dit…

Une autre belle possibilité, merci Norma...

Anonyme a dit…

Pendant le mois que je viens de passer à Venise, j'ai contemplé cette merveille et, comme vous, je suis tombée en extase! Un Bellini complètement différent de ceux de l'Accademia. Merci pour vos "merveilles".NB.

VenetiaMicio a dit…

Je sais que la première fois que je suis allée à la fondation Querini-Stampalia, c'est justement pour ce tableau...
Après j'y suis retournée à nouveau car j'aime beaucoup ce lieu, je touve qu'il y règne beaucoup de quiétude.
bonne soirée
Danielle

Miss Lemon a dit…

Le tableau existe par le regard du spectateur et le spectateur existe par ce jeu d'échanges des regards.
J'aime beaucoup aussi les visages de face, trois-quart, profil.
Je repense au tableau que vous présentiez l'autre jour, tous les personnages nous tournaient le dos à la fois pour nous tenir de fait à l'extérieur mais provoquer en nous suffisamment de curiosité pour approcher et imaginer ce qui nous était caché. C'est là du grand art.
Merci pour vos billets toujours passionnants.
Bonne soirée.

AnnaLivia a dit…

Pour moi, le rendez-vous a été raté. La journée où je me suis présentée à la Fondation, c'était fermé! Ça ira à la prochaine fois...
Bon week-end Danielle!

Danielle a dit…

Merci à vous toutes mes visiteuses, quel bonheur de vous lire, nous étions donc toutes devant cette merveille, le coeur heureux... pleines d'émotions.

AnnaLivia vous voyez ce qui vous attend la prochaine fois... visite obligatoire :)))

Je vous souhaite à toutes une très belle journée de samedi.

A très bientôt.

JMV a dit…

Merci Danielle de m'avoir fait découvrir ce tableau en 2004 que je ne connaissais indirectement que par René Jacobs et Harmonia Mundi (pochette du CD de l'oratorio de Noël de Bach)!!!

Danielle a dit…

Cher JM, un bonheur de te l'avoir fait découvrir, nous avons bien travaillé à l'échange des savoirs... et j'ai été à bonne école avec toi aussi...j'en vis encore.

Enorme bisous du jour.